Et le voilà le nouveau chapitre ! Zavez vu ? J'ai tenu mes promesses, je n'ai pas été longue lol. Et en plus, je me suis vraiment emballée. Au lieu de 6 pages word, vous en avez 8. Je suis partie, et je ne me suis pas arrêtée. Et encore, je comptais continuer mais je me suis dit que vous pourriez attendre le suivant.

Je n'ai pas été aussi sadique, je vous préviens tout de suite. Je vous préviens, mon café du midi était en pleine action sur mon organisme, j'étais un peu euphorique par moments lors de mon écriture, mais rien de bien méchant.

Rappel, comme d'habitude. Ce qui est en gras est en français, le reste en anglais.

Bonne lecture !

Lauriane


titiia : Merci beaucoup, ton compliment me va vraiment droit au coeur. J'espère que tu continueras d'aimer ^^

Ally : Tu vas voir, ce chapitre va être différent par rapport aux émotions lol. Merci beaucoup pour ta review =D

bébé23 : Très bonnes vacances merci. Un peu courtes évidemment, mais très bonnes lol. Et oui je suis sadique, et je le revendique ! XD

colilie : Merci beaucoup. Tu vas voir, tu vas avoir à faire à d'autres émotions pour celui là. J'espère avoir réussi encore à les faire passer.


Chapitre 6. Que la force soit avec moi

***

Je n'en croyais pas mes yeux. Enfin je veux dire, depuis un mois et demi j'étais un légume qui ne savait pas quoi faire de sa peau, de sa vie. Et voilà que mon phare et mon énergie se trouvaient devant moi, sortant d'un aéroport à minuit.

Et là je fis quelque chose que je n'avais jamais fait depuis mon réveil : j'ai couru. Etrange non ? Courir est une chose tellement… naturelle. Quand vous êtes pressés, quand vous êtes heureux, quand vous avez peur… Mais en un sens, tout ce temps je n'avais jamais ressenti de telles choses. Rien ne m'avait provoqué le besoin de courir. Mais là, mes jambes étaient parties d'elles mêmes, sans que je ne leur commande quoi que ce soit.

La boule d'énergie avait suivi mon mouvement, mais dans le sens inverse. Si bien que nous arrivâmes à la même hauteur l'une de l'autre au bout de quelques secondes.

- Bella ! Comme je suis contente de te voir !

Son sourire était éclatant, et le mien également d'ailleurs. Je crois. Je vis qu'elle s'était retenue de me sauter au cou de justesse, et je l'en remerciai intérieurement. Nous fûmes ensuite rejoints par mon phare et mon ours.

- Donnez-moi vos bagages, intervint Emmett dans un accent trop mignon, je vais les mettre dans le coffre de la voiture.

Il ouvrit grand les yeux quand il vit la quantité de bagages. Edward, qui n'avait rien dit jusqu'à maintenant, ria.

- Désolé Emmett, Alice sera toujours Alice. Je suis heureux de vous revoir tous les deux.

Quand il prononça les derniers mots de cette phrase, il me regarda droit dans les yeux. Ses prunelles vertes émeraude me transpercèrent et je ne pus m'empêcher de rougir.

Je tournai ensuite mon regard inquisiteur vers la peluche sournoise qui me sert de grand frère. Evidemment, il partit une fois de plus dans un grand fou rire.

- Désolé Bell's. C'était une surprise. Et ce n'est pas la peine d'essayer de me le faire payer, je les ai engagé comme gardes du corps. Ils vont rester quelques jours à la maison.

Et en plus ils allaient loger chez nous ? Pour la première fois depuis très longtemps, j'étais heureuse. Je ne pouvais m'empêcher de sourire. C'était vraiment très déroutant. Je m'étais habitué à mon état végétatif. C'était une bulle réconfortante, qui me rassurait. Là j'avais l'impression d'évoluer sans filet et ça m'angoissait. Toutefois, j'en étais heureuse. Heureuse… Un mot qui me semblait venir d'une lointaine, très lointaine galaxie.

Tout le monde monta ensuite en voiture. Edward était monté à l'avant car Alice avait insisté que je reste près d'elle. Elle était devenue un véritable moulin à parole. Ah oui, le décalage horaire… oups ! Elle n'était pas prête de s'arrêter.

De mon côté je n'avais plus du tout sommeil. A vrai dire, pour la première fois, je me sentais… vivante. Je crois que j'allais devoir discuter avec le docteur Hale. Enfin, façon de « parler ». Mais je crois que ça allait lui faire plaisir. Je me sentais même prête à reprendre les cours dans quelques jours. Je me sentais forte tout d'un coup, tout simplement. Comment interpréter cela ? Je l'ignore. Peut-être qu'ils étaient tous les deux effectivement les seuls repères que j'avais depuis mon réveil. Peut-être que parce qu'ils avaient aussi vécu des tragédies ils arrivaient mieux que quiconque à me comprendre. Mais ça fait beaucoup de peut-être.

J'avais aussi conscience qu'avec mes sauts d'humeur il était possible que demain je sois plus bas que jamais. Mais à ce moment précis, je m'en fichais.

Alice nous fit l'animation pendant tout le voyage. Elle me raconta son dernier défilé. Comment la robe de mariée s'était déchirée une heure avant le passage et qu'elle l'avait réparé en urgence. Comment les mannequins n'avaient pas compris qu'il y avait une différence entre être mince et être un squelette. Comment elle avait lutté pour trouver une musique adéquate. Et puis finalement comme la collection a été couronnée de succès.

Pendant ce temps, Edward écoutait, souriait. Puis, dans une des rares fois où Alice reprenait son souffle – ça ne durait rarement plus de dix secondes – Emmett posa une question à Edward d'un air compatissant.

- Dis-moi. Elle est toujours comme ça ?

Edward soupira, et répondit en paraissant affligé.

- Malheureusement, oui. Et encore, je la préfère comme ça que quand elle est en colère ou en shopping, car là ça devient complètement dangereux.

Je ne pus m'empêcher de rire silencieusement devant cette remarque. Emmett me regarda avec de grands yeux étonnés à travers son rétroviseurs, puis un sourire montant jusqu'aux oreilles illumina son visage.

***

Mon père et ma mère nous attendaient à la maison. Ils saluèrent chaleureusement Edward et Alice avant de m'observer et d'arborer à leur tour un grand sourire. Je ne compris pas sur le moment, mais plus tard dans la soirée, alors que je me lavais les mains dans la salle de bain, je me vis dans le miroir.

Je faillis ne pas me reconnaitre. Je ne ressemblais pas au légume d'il y a quelques heures. J'avais des couleurs, et même un petit sourire. Mes yeux étaient brillants, et non ternes comme j'avais pris l'habitude de les voir.

Je ne m'attardais toutefois pas devant ce reflet car j'avais toujours autant du mal avec mon corps. Moins je le voyais, mieux je me portais.

Quand je suis redescendue dans le salon, je trouvai Emmett en train de faire un exposé sur la suprématie de la bande dessinée Astérix sur toutes les autres. Je crus d'ailleurs que j'étais en train d'halluciner quand j'assistai à la scène. Mais non, c'était bien réel. Edward était dubitatif. Alice n'arrivait pas à s'arrêter de rire. Mes parents étaient désespérés. Moi je crois que j'étais le tout en même temps.

La fin de soirée se déroula ainsi. Dans la joie et la bonne humeur. Emmett continuait de divaguer. Alice restait une pile électrique. Edward était calme, réservé mais participait malgré tout activement. Mes parents se comportaient en parfaits hôtes, même mon père d'un naturel plus solitaire. Et moi j'observais. On ne me laissait pas de côté. On me laissait tout simplement m'adapter. J'avais régulièrement des sourires de tout le monde. On m'encourageait silencieusement. On me laissait du temps.

Vers deux heures du matin, mes yeux commencèrent à se fermer. J'entendis au loin un ténor.

- Bella ? Tu devrais aller dormir…

Mais je dormais déjà presque. Puis je sentis une odeur que je reconnaissais vaguement, qui m'apaisait. Une main toucha mon épaule fébrilement, comme si elle avait peur de se brûler. Au lieu de me raidir, je ne bougeais pas. Je ne sais si c'était mon inconscient ou le peu de conscience que j'avais, mais quelque chose en moi m'a dit que je pouvais avoir confiance en cette main.

Elle se fit un peu plus insistante sur mon épaule, et je sentis mon buste bouger pour venir se lover contre un torse. Ma tête se logea au creux d'un cou. Je sentis ensuite un bras passer sous mes genoux pendant qu'un autre enlaçait mon dos, puis le vide. On me transportait. Je savais vaguement qui. J'avais reconnu l'odeur dès le début. Une seule personne pouvait empêcher mon corps de convulser à un contact. Edward.

Il m'amena dans ma chambre et me coucha dans mon lit. J'étais déjà dans une espèce de pyjama, si on peut appeler ça ainsi. Un tee-shirt extra large et un pantalon de jogging.

Alors que je sombrais dans les ténèbres, je sentis un souffle tiède puis des lèvres se poser sur mon front.

Ma nuit fut sans rêve. Ni bons, ni mauvais. Je dormis d'un sommeil profond réparateur. Et je me réveillai fraiche. Alors que je m'apprêtais à descendre les escaliers pour me rendre dans la cuisine, j'entendis les voix de mon frère, d'Alice et d'Edward. Quand mon nom fut prononcé, je m'arrêtai pour écouter. D'accord, ce n'est pas très honnête, mais ça me permettrait peut-être d'avoir des réponses à mes questions muettes.

- Je vous remercie une fois encore pour être venu, dit mon frère. Nous ne savions plus quoi faire. Et nous vous devons tellement. Jamais nous ne l'avons vu ne serait-ce que sourire sincèrement. Hier elle a même ri.

- Tu n'as pas à nous remercier, répondit Alice d'une voix très sérieuse. Elle nous manquait terriblement. Et même nous, nous ne l'avions jamais vu ainsi là-bas. Je crois qu'elle a aussi beaucoup avancé personnellement. Cette thérapie lui a fait du bien, mais comme vous la voyiez au quotidien il vous était peut-être difficile de le voir. Il est possible que notre venue n'ait été qu'un élément déclencheur. Mais qu'a dit ce thérapeute ?

- A nous, pas grand-chose. Il nous a juste demandé d'agir avec elle normalement. De lui parler si nous avions besoin et de faire en sorte qu'elle s'exprime. De faire l'effort de la comprendre. Mais c'est difficile. Maman est un peu dans les nuages et voit ce qu'elle veut voir. Mon père n'est pas très doué dans les rapports sociaux. Bella tient de lui d'ailleurs. Ce n'est pas une critique, c'est juste qu'ils sont des solitaires de nature. Moi… Et bien j'essaie. Je ne suis pas parfait, mais je l'observe de loin. Je lui laisse un maximum de liberté, mais quand je vois que ça ne va vraiment pas j'essaie d'intervenir. J'arrive à lui arracher parfois des sourires, mais aucun ne pouvait rivaliser avec ceux que l'on a vus hier soir. Lundi elle est censée reprendre les cours. Je me suis dit que vous étiez peut-être notre dernière chance pour qu'elle en ait la force. C'est pour ça que je vous ai appelé. Je sais reconnaitre quand je suis impuissant.

Ainsi c'était grâce à Emmett qu'ils étaient là. Jamais je ne pourrai le remercier suffisamment, mais je savais comment commencer.

Pour cela, je pris une grande inspiration et descendis les escaliers. Trois paires d'yeux se tournèrent vers moi. Un sourire s'imposa à moi quand je regardai mon frère. J'avançai doucement, prenant soin de ne pas me prendre les pieds dans quelque chose. Arrivée à sa hauteur, je me mis sur la pointe des pieds et déposai une bise sur la joue de mon ours. C'était le premier contact physique. Je le vis se tendre, me regarder ensuite complètement ébahi. Puis ses yeux devinrent brillants et je vis des larmes perler.

Aucun mot supplémentaire ne fut échangé. Ce n'était pas nécessaire. Les premières paroles qui se firent entendre arrivèrent environ cinq minutes plus tard. Elles étaient à propos du petit déjeuné presque immangeable qu'Emmett avait tenté de faire : des crêpes. Heureusement je parvins à sauver la pâte un peu étrange sous les rires de l'assemblée et les grognements du frangin.

L'heure me montra ensuite qu'il était temps de partir pour ma séance avec le docteur Hale. Emmett proposa que nous y allions tous les quatre, comme ça nous pourrions directement nous promener ensuite. Alice fut enthousiasmée, mais Edward se tourna vers moi, gêné.

- Je ne veux pas que tu te sentes obligée d'accepter. On peut se rejoindre qu'après si tu veux.

Il en aurait presque rougi, et je trouvai ça adorable. Une fois de plus il me prouvait qu'il ne voulait pas me brusquer et qu'il voulait que je me sente en confiance. Je lui adressai un sourire en faisant un « non » de la tête. Ça ne me gênait pas qu'ils viennent. Je n'avais même pas peur qu'ils s'ennuient en m'attendant, vu comment ils s'entendaient bien.

Quinze minutes plus tard nous étions au cabinet. Nous étions tous les quatre à attendre devant la salle d'attente quand le docteur Hale sortit. En nous voyant, il s'arrêta, interdit de voir autant de monde. Nous nous levâmes tous et Emmett fit les présentations. Je me doutai que de cette manière il voulait lui faire savoir subtilement que les deux personnes qui m'avaient sauvée aux Etats-Unis étaient là.

- Docteur Hale, laissez-moi vous présenter Edward et Alice Cullen. Ils sont arrivés hier soir et restent pour quelques jours.

Jasper Hale commença par dévisager Edward. A première vue, il n'avait pas fait de rapprochement entre Edward Masen et Edward Cullen jusqu'à cette rencontre.

- Enchanté de vous connaître, répondit-il dans un américain parfait.

Il allait dire la même chose à Alice en lui tendant sa main quand il fut arrêté par une force invisible. Les yeux de ma meilleure amie – car c'est ce qu'elle était, je n'avais plus aucun doute là-dessus – et de mon thérapeute se soudèrent. Je ne suis pas experte en relations humaines, mais je savais à quoi j'étais en train d'assister. Je n'en avais aucun doute.

- En… Enchanté, avait-il finalement réussi à articuler.

Le lutin lui fit le plus beau de ses sourires alors qu'Emmett se raclait la gorge, mal à l'aise. Je lui fis de gros yeux réprobateurs alors que le docteur Hale reprenait contenance.

- Bien, on y va Bella ?

J'hochai la tête. Il s'adressa ensuite à mes accompagnateurs.

- Nous en avons normalement pour une vingtaine de minutes.

Ils acquiescèrent, me laissant rentrer dans le cabinet avec mon thérapeute. Bien que je fusse dos à lui, je l'entendis prendre une grande inspiration dès que la porte fut fermée. Ça m'arracha un petit rire silencieux qu'il remarqua.

- Et bien Bella, je suis heureux de vous voir rire, même si c'est à mes dépends je crois. Avant que je ne paraisse vraiment stupide, je peux vous poser une question ?

J'hochai la tête, me demandant quelle information il allait essayer d'obtenir à propos d'Alice.

- Vos amis… ce sont bien ceux qui vous ont aidé à l'hôpital ?

Il tournait autour du pot. J'acquiesçai, l'encourageant du regard. Du jamais vu ! C'était la patiente qui encourageait le psy !

- Et hum… Ils sont bien le chanteur Edward Masen et la grande styliste Alice Cullen n'est-ce pas ?

Alors là je restai sidérée. Qu'il reconnaisse Edward, évidemment. Mais Alice… Je confirmai, mais le regardai d'un air inquisiteur et suspicieux. Il fit semblant de ne pas le voir. Ben voyons ! Quand ça l'arrangeait il ne me comprenait pas !

- Et si nous commencions ?

Ah non ! Il n'allait pas s'en tirer aussi facilement. J'insistai sur mon air inquisiteur jusqu'à ce qu'il rende les armes.

- D'accord. J'ai une petite sœur qui a deux passions : les voitures bien montées et tout ce qui a attrait au stylisme. Vivant avec elle je suis amené à entendre parler de ces deux passions, et elle m'a parlé il n'y a pas longtemps de la dernière collection d'une certaine Alice Cullen qu'elle avait trouvée fantastique.

Je sentais qu'il y avait plus d'explications, mais c'était déjà ça. Il était tellement mignon en cet instant présent ! Il était rouge comme une tomate. Puis il me regarda et je sentis qu'il allait se venger de mes moqueries intérieures.

- Bon, ce n'est pas le tout, mais ce n'est pas de moi dont nous devons parler. Je peux me tromper, mais j'ai l'impression qu'il y a eu des avancées depuis notre dernière rencontre. Je me trompe ?

Bon, c'était à moi de passer à la casserole. Mais je le faisais avec joie car j'étais fière. Nous n'en avions pas reparlé, mais je me rappelai comment j'étais arrivée dans mon lit. Et puis il y avait aussi ce matin avec Emmett. Ajoutez ma bonne humeur, et je pouvais vraiment arriver ici la tête haute. Alors je lui souris.

- C'est excellent. Est-ce que ces avancées ont été importantes ?

J'acquiesçai. Je voulais qu'il comprenne, qu'il sache. Je voulais qu'il m'aide à ne pas faire demi-tour. J'étais consciente que pour un pas en avant je pouvais en faire trois en arrière. Mais je ne voulais pas en arriver à là. Je me le refusais. J'y arriverais.

- Une parole ? – Je fis non de la tête. – Un souvenir ? – Encore non. – Un contact ?

Cette fois-ci, j'acquiesçai en faisant un grand sourire qu'il me rendit.

- Excellent ! Un ou plusieurs ?

Je lui fis un « deux » avec les doigts de ma main. Je vis ses yeux s'illuminer. Il était sincèrement heureux pour moi.

- Et bien je crois que je vais bénir leur venue. Car c'est grâce à eux n'est-ce pas ?

Une fois de plus j'acquiesçai. Pour une fois que je sortais presque que des « oui » !

- Etait-ce avec Alice Cullen ?

Il avait rougi en disant ça. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais certain que soit il le dirait en premier, soit en dernier, mais il ne pouvait pas le jeter comme n'importe quel nom. Je ne m'étais donc pas trompé. J'avais assisté à un véritable coup de foudre entre mon thérapeute et ma meilleure amie.

Quoi qu'il en soit, je lui fis un « non » de la tête. Je crois qu'il en fut presque déçu.

- Son frère ? Edward Ma… Cullen ?

Alors qu'il avait commencé à dire « Masen » je lui fis de gros yeux. Il comprit immédiatement. Pour moi il n'est pas que le chanteur. Il est un être à part entière. Edward Masen est juste ce chanteur-compositeur aux chansons angéliques. Edward Cullen est cet homme mal dans sa peau mais avec un cœur grand comme le monde, qui traverse tout un océan pour me donner un peu de courage.

Je lui fis comprendre que oui. Son visage s'illumina.

- Bien Bella, nous allons essayer quelque chose. J'imagine que vous avez déjà joué au mime, et bien nous allons faire la même chose. Je veux que vous me racontiez comment ça s'est passé.

Oups. Bon, là il tenait sa vengeance de mes petits sourires moqueurs à propos d'Alice. Je pris une grande inspiration et commençai ma montée dans le ridicule.

Je commençai par me mimer en train de m'endormir avec mes yeux qui tombent de sommeil.

- Vous vous endormiez, c'est ça ?

J'acquiesçai. Le plus dur était à venir. Je retroussai ensuite mes jambes, montant mes genoux vers mon buste. Ma main droite alla derrière mon dos, ma main gauche sous les genoux.

Le docteur Hale ouvrit alors grand ses yeux.

- Attendez… Vous êtes en train de me dire qu'il vous a porté ? Que vous vous êtes laissé faire alors que vous étiez suffisamment consciente pour savoir qu'il vous portait ?

Je lui fis un sourire. Puis je lui délimitai un grand rectangle en face de moi, symbolisant un lit, et je joignis mes deux mains sur la joue gauche pour faire semblant de dormir.

- Et il vous a porté jusqu'à votre lit. Je suis vraiment impressionné. Donc ça c'était hier soir si je comprends bien. Bella je suis vraiment impressionné. Vous avez fait de grands progrès. Même plus que ça. Vous avez accordé votre confiance à un homme en dehors de votre famille. Je crois que vous avancez vraiment.

J'avais choisi de ne pas lui parler du baiser d'Edward sur mon front. Ça me semblait trop intime, trop personnel. Je voulais le garder dans mon jardin secret. Mais je ne pouvais m'empêcher de sourire devant les encouragements du docteur Hale car je savais qu'il avait raison. Et je reprenais espoir.

- Le deuxième contact était-il encore avec Edward ?

Je lui fis un « non » de la tête. Je savais que ça lui ferait encore plus plaisir que si j'avais dit oui. Ça voulait tout simplement dire que je permettais à plusieurs personnes de m'approcher.

- Votre frère ?

J'acquiesçai.

- Vous essayez de me raconter ?

Oups. C'était encore plus difficile. Je réfléchis quelques secondes. Je me rappelai de la Petite sirène quand elle avait tenté d'expliqué à son prince pourquoi elle était muette. Ma main partit de ma gorge, je fis des mimiques avec ma bouche – comme si je parlais – tout en élevant cette même main dans les airs. Il plissa les yeux, réfléchit, puis eu un élan d'illumination.

- Il parlait c'est ça ?

Ouf. Il avait compris mes gestes incompréhensibles. Je mis ma main sur mon cœur en souriant.

- Il disait des choses gentilles ?

Génial ce thérapeute. Je fis alors un bisou à mes doigts, comme quand on l'envoie, puis posai ces mêmes doigts sur ma joue.

- Et vous lui avez fait une bise sur la joue. Bravo Bella. Il faut absolument que vous continuez comme ça. Vous souriez, vous acceptez certains contacts… Je crois vraiment que vous êtes en très bonne voie. Dans trois jours vous avez la possibilité de commencer cette école de journalisme. Est-ce que vous vous sentez prête à cela ?

Je fis une grimace. Cette question me hante depuis des jours. Suis-je prête à ça ? Que faire d'une étudiante en journalisme muette ?

- Voulez-vous que je vous donne un point de vue objectif ?

Je levai mes yeux vers lui et l'encourageai dans sa démarche.

- Je pense que c'est peut-être un peu tôt, mais vous en êtes capable. Ça peut vous faire du bien d'avoir des journées définies, des heures strictes, du travail. Voir du monde aussi. Faire des rencontres. Ça peut être bénéfique, tout comme ça peut tout gâcher. Il faut que vous preniez en considération deux choses avant de rendre votre décision. La première est que si vous acceptez, je ferai un mot officiel pour dire qu'actuellement vous ne pouvez prononcer un mot, mais que ce n'est pas définitif. Il n'y aura pas les raisons. Juste un mot médical pour qu'on ne vous embête pas avec ça. La deuxième, c'est que vous avez auprès de vous une famille qui vous soutient ainsi que deux amis, qui je crois, tiennent beaucoup à vous. Ils sont venus pour vous aider à traverser cette épreuve si vous désirez le faire. Il ne faut toutefois pas que vous le fassiez pour ne pas les décevoir, mais bien parce que vous le voulez et que vous vous sentez prête.

Il s'arrêta et me jaugea. Moi je réfléchissais à tout ça. Je savais que si je ne faisais pas cette rentrée je perdrais un an. C'était maintenant ou jamais, du moins pour cette année. C'était encore très récent. Trop peut-être ? Mais pour la première fois je me sentais forte. Il me manquait mon passé. Je n'avais toujours pas vraiment retrouvé ma dignité. Je ne parlais pas. Je n'acceptais pas de contact ou alors en de rares occasions. Mais je me sentais forte. Soutenue par ma famille et mes amis.

Ma mère et sa bonne humeur.

Mon père et sa discrétion.

Mon frère et son cœur tendre.

Ma meilleure amie et son énergie.

Mon ange-gardien et sa bienveillance.

Et même mon confident, puisque le docteur Hale l'était devenu en quelque sorte, et ses encouragements.

Je me sentais forte car je n'étais plus seule. Il y a à peine vingt-quatre heures pourtant je le croyais, mais je me trompais. Et dans trois jours je reprendrais les cours.

Je le regardai d'un air décidé avec un grand sourire. Il comprit immédiatement le message. Il commença alors une lettre qu'il adressa directement au doyen de l'école. Il me la tendit ensuite, cachetée dans une enveloppe.

- Voilà votre passe pour la liberté Bella. Bienvenue dans notre monde.

Je pris l'enveloppe avec un grand sourire. Alors que nous commencions à nous lever pour rejoindre la sortie, j'eus l'envie de le remercier pour tout ce qu'il faisait. Et je savais comment. Je me retournai et allai vers son bureau.

- Un problème Bella ?

Je ne pris même pas le temps de relever la tête. Je notai quelque chose sur une feuille de papier que je laissai ensuite. Il vint prendre le morceau calligraphié et rougit furieusement après l'avoir lu. Je lui avais noté le numéro de téléphone d'Alice avec un petit mot « Si vous osez l'appeler, j'oserai la laisser m'enlacer. ». Du chantage ? Non. Nous surmonterons juste nos peurs à propos de la même personne en même temps.

Il ne fit aucun commentaire, évitant juste de croiser mon regard.


Alors cette rencontre Jasper/Alice ? Pas trop déçus ?