Il régnait au Ministère de la Magie une effervescence qui n'avait cessé de s'accroitre au fil des jours. Les employés du bureau des aurors avaient tous été rappelés au quartier général, et leurs missions non-essentielles remisées au placard. Ceci n'était plus arrivé depuis 1945.

Les informations étaient maigres cependant car le directeur du bureau était absent, en pleine réunion avec la Ministre de la Magie, Eugénia Jenkins.

Chose plus surprenante encore, Silvius Magnus, le mystérieux chef du département des Mystères avait été vu dans l'ascenseur une heure auparavant. Plus précisément, un vigile à la retraite l'avait apparemment reconnu car personne ne savait à quoi le Directeur Magnus pouvait ressembler dans la mesure où il n'était plus sorti de son département depuis près de 39 ans, et rares étaient les employés présents à l'époque exerçant encore au Ministère.

Des rumeurs se répandirent alors, chuchotées dans un premier temps, puis répétées de plus en plus jusqu'à se muer en échos sourds. Les théories allaient d'une guerre avec la Bulgarie à une maladie magique de grande ampleur, en passant par l'évasion de Grindelwald.

Cette dernière était pour les plus anciens la pire de toutes compte tenu de la puissance colossale du prisonnier de Nurmengard. Les rumeurs d'un autre mage noir présent en Angleterre étaient, elles, balayées.

En effet, selon une croyance tenace, les sorciers étaient convaincus que les mages noirs de grande envergure n'apparaissaient qu'à la mort de leur prédécesseur. Idée au combien stupide lorsqu'on prenait en compte le fait qu'Herpô l'infâme et Gueldy Main-d'obsidienne avaient coexisté sur la même île britannique pendant plusieurs années et qu'aucun des deux n'était plus important que l'autre. Et c'était sans compter Mordred et Morgane.

Mais un monde de paix est fragile, et l'humanité s'accroche à la tranquillité avec aveuglement, pour éviter de se confronter au pire.

La Ministre de la Magie était elle-même relativement sereine. Oui il y avait des rumeurs naissantes dans les forêts d'Angleterre et des récits décousus de quelques voyageurs. Mais était-ce vraiment si incroyable ? Que valait le témoignage d'un berger moldu ou d'un indicateur qui trempait dans la contrebande ? Et quand bien même il y aurait de la magie noire en jeu, fallait-il vraiment s'inquiéter pour un de ces voyous médiocres utilisant la magie illégale au fin fond du pays de Galle ? Après tout, c'était le pain quotidien des aurors.

- Non Madame. Rétorqua le chef des Aurors, homme basané et lardé de cicatrices. Nous n'avons pas à faire à un minable trafiquant qui vend des fausses amulettes ou d'un malfrat qui produit des potions illégales. Si les rumeurs sont vraies, nous avons affaire à quelqu'un de redoutable. Il aurait anéanti à lui seul un avant-poste français rempli de tireurs de baguette chevronnés.

- Des rumeurs ? Répéta la Ministre. Vous me parlez de rumeurs ? Mais suis-je donc à la tête d'un cabinet d'astrologie ou de diseurs de bonne aventure ? Il me faut des faits clairs et précis, par Merlin. Il est hors de question de susciter un vent de panique dans nos rues pour une rumeur. Si cette attaque est réelle, pourquoi n'y a-t-il pas de mandat d'arrêt déposé à la Confédération internationale des sorciers ?

- Cessez vos atermoiements ! L'interrompit le directeur Magnus sans même paraître se soucier de lui donner son titre. La panique, Eugénia, sera bien pire lorsque ce mage noir aura implanté son influence sur les terres britanniques. C'est précisément parce que vous êtes à la tête d'une puissante organisation sorcière que vous avez le devoir d'investiguer dans le cas d'une menace de cette ampleur.

Son interlocutrice grimaça. « Très bien. Alors soit, envoyez donc vos hommes enquêter directement sur cette hypothèse d'un retour de Mordred ou je ne sais quelle autre information irréaliste. Je veux des rapports réguliers. »

Ses collaborateurs s'inclinèrent et quittèrent le bureau. Elle resta seule, perdue dans ses pensées.


Collège de Poudlard, Ecosse

Dans l'école de magie la plus célèbre des îles britanniques, l'année était terminée mais déjà les plannings de cours étaient préparés. Après tout, les professeurs de Poudlard tenaient à leurs semaines de vacances et il était hors de question de se voir réclamés par la suite pour finaliser leurs travaux.

Mais ce travail en amont était retardé car le Directeur, Albus Dumbledore, était encore et toujours absent. Depuis un moment déjà il s'absentait pour des périodes indéterminées. Un air soucieux ornait son visage.
Lorsque Minerva avait cherché à l'interroger à ce sujet, il n'avait répondu que de façon évasive.

La vérité c'est que le vieil homme avait retrouvé la trace d'une personne qui occupait énormément ses pensées. A sa grande surprise, le surprenant nouvel élève inscrit pour l'année suivante était lié au Ministère de la Magie qui avait apparemment orchestré son infiltration de l'hôpital.

Plus surprenant, l'ordre émanait du service de la Justice magique, ce qui semblait incongru. Mais le service avait lui-même reçu une demande officielle de la part des Aurors. Interrogés, ces derniers révélèrent que la procédure avait débuté avec une note de service émanant du Département des Mystères.

Et cela n'avait aucun sens. Strictement aucun. Car il était impossible de rattacher une demande de récupération d'un jeune sorcier aux prérogatives du Département le plus secret d'Angleterre. Excepté pour quelques raisons obscures, et très loin d'être rassurantes. Loin de s'apaiser, cette nouvelle ambiguité inquiéta Dumbledore. Malheureusement, il était impossible d'aller plus loin de manière officielle car le département possédait un statut dérogatoire au droit commun magique qui le rendait virtuellement autonome et interdit d'enquêtes.

Mais il appris cependant que l'enfant avait été confié à une jeune Auror dans une petite ville ouvrière. Alors, il se résolut à régler le problème définitivement par une visite en personne.

Théodore Swift relisait son roman pour la troisième fois sans sembler se lasser lorsqu'on sonna à la porte avec une certaine frénésie.

- Théo, tu peux aller ouvrir ? Cria Jennifer depuis l'étage. J'en ai pour une seconde.

Dans les premiers temps, l'Auror était restée prudente sur la présence de son jeune protégé. Mais maintenant, la plupart du quartier s'était habitué à sa présence et les quelques aurors qui venaient la voir le connaissaient déjà. Dès lors, elle avait commencé à moins s'inquiéter.

Posant soigneusement son ouvrage, le garçon obéit. C'étaient Lily et Severus qui venaient l'inviter à sortir, comme ils le faisaient pratiquement tous les jours. Depuis leur première rencontre, les trois enfants avaient noué de plus en plus de liens.

Avec un sourire amusé, Jenny les regarda partir par sa fenêtre et se félicita que le hasard ait placé trois sorciers du même âge dans la même petite ville. Elle demeurait cependant encore assez inquiète.
Les jours s'enchaînaient et bientôt sa période d'inactivité prendrait fin. Qui s'occuperait alors de Théo ? Elle ne pouvait qu'imaginer une famille ou un autre orphelinat, ce qui serait un déchirement.

La sonnette retentit une nouvelle fois la faisant sursauter légèrement. Elle se dirigea machinalement vers la porte, pensant que Théo avait oublié quelque chose ou qu'une de ses voisines venait lui demander quelque chose.

Il s'avéra qu'il s'agissait de quelqu'un de beaucoup plus inattendu et de beaucoup plus important.

Dans l'ouverture se tenait un homme de grande taille, d'un âge qu'elle n'arrivait même pas à imaginer tant sa barbe était longue. Le surprenant vieillard portait une robe bleu nuit constellée de motifs étoilés, ce qui tranchait complètement avec les tenues d'ouvriers des habitants du coin. Elle ne mit pas plus d'une demi-seconde pour le reconnaître.

- « Professeur Dumbledore ? Que puis-je faire pour vous ? » S'enquit-elle avec respect et curiosité.

Au cours de sa scolarité à Poudlard, elle n'avait eu que peu de rapports avec le directeur du Collège magique. Mais ce dernier lui avait toujours parlé avec gentillesse lorsqu'elle avait pu le croiser dans les couloirs.

Dumbledore qui observait soigneusement les environs répondit en souriant d'un air affable.

- « Bonjour, Miss Blaque, je passais dans le quartier quand je me suis rappelé que nous avions plusieurs jeunes sorciers y habitant. Et puis, j'ai appris que vous vous occupiez de l'un d'eux donc j'ai décidé de passer vous voir.

Il y avait dans cette dernière phrase un tel nombre de questionnements perceptibles que le rendu final en était déroutant. Pourtant, Jenny ne sembla pas s'en formaliser.

- En effet. Mais entrez-donc, Professeur.

Elle le mena vers le petit salon. « Désirez-vous du thé, du cognac,…. ? »

- Non non, je ne faisais que passer. Fit Dumbledore en inclinant la tête. Remarquez qu'un petit cognac ne serait pas de refus….ce serait avec plaisir.

A nouveau, son regard se fit curieux et s'orienta dans toutes les directions, semblant jauger la pièce. Mais il reprit la parole.

- Vous avez fait du chemin depuis notre dernière rencontre. Complimenta-t-il. 8 Aspic donc 6 Optimal et deux Effort Exceptionnels sont un score très élevé et qui fait largement honneur à votre Maison. Et j'ai su que la promotion dont vous faisiez partie à l'entrée chez les Aurors a fait l'objet de louanges par ses formateurs.

- Vous semblez très bien informé, Professeur. Répondit Jenny en rougissant légèrement.

Le Directeur de Poudlard eut un geste léger de la main : « Nous sommes à une période de l'Histoire où il est toujours bon de pouvoir compter sur les personnes en charge de préserver l'ordre public. Aussi, je ne peux que me féliciter de savoir cette mission aux mains de jeunes personnes talentueuses. »

Sirotant son cognac avec un plaisir évident, il posa alors une question qui surprit la jeune femme par son ton soudain plus sérieux.

- Qu'est-ce qui vous a poussé à vous occuper d'un jeune orphelin ?


Alors que l'école était fermée pour les vacances, la haute grille d'entrée était restée ouverte pour faciliter la circulation des équipes magiques de jardinage qui venaient faire des inspections régulières de certaines espèces d'arbres plantées dans le parc du Château.

C'était une visite qui intervenait tous les trois ans, mais avait été avancée d'une année.

En effet, un parent d'élève avait envoyé, quelques temps auparavant, une lettre à Dumbledore à propos de son enfant qui intégrerait probablement Poudlard à la rentrée prochaine, et anticipant ainsi la venue des lettres qui conforterait ce droit. La situation était délicate car l'enfant en question souffrait d'une maladie incurable et spécifiquement dangereuse le rendant infréquentable par ses pairs à des moments précis du mois.
Car le petit Remus, fils de Lyall et Espérance Lupin était un loup-garou. Au regard de la loi en vigueur, il semblait presque impossible que le garçon entre à Poudlard. Aussi, le malheureux père en venait à penser que même Albus Dumbledore ne pourrait pas donner l'opportunité à Remus de ne pas commencer sa deuxième décennie de vie comme un paria à la société et suppliait donc seulement qu'il ait le droit de visiter le château au moins une fois.

Dumbledore avait alors pris tout le monde de cours en leur rendant visite en personne, transmettant la lettre d'admission à Poudlard en avance pour lui montrer que Poudlard ne faisait aucune discrimination et affirmant solennellement qu'il serait toujours le bienvenu au Château. Dans la foulée, il avait commandé une série de travaux pour raccorder le parc du château à une petite cabane isolée créée simultanément aux abords de Pré-au-lard. Un arbre dissimulerait le passage secret.

Steven Westring, jardinier professionnel et expert en flore magique avait alors proposé un jeune saule cogneur, encore dans la fougue de l'arborescence selon les termes du bon de commande.

Et tandis que les équipes s'activaient, une silhouette encapuchonnée franchit à son tour la porte, dissimulée par une batterie de sorts. Avec précaution, elle se rapprocha du groupe et attendit. Bientôt, les travailleurs s'éparpillèrent dans le vaste parc. Le mystérieux individu en suivit un, souriant sinistrement. Un sort informulé plus tard, et le chef des travaux tombait, assommé, derrière un buisson à l'écart des regards.

Alors, son assaillant mit fin à sa dissimulation. Son visage, dissimulé dans une épaisse capuche, ne laissait rien paraître, mais sa voix était aussi glaciale qu'une nuit sans lune.

- Quelle bêtise de laisser une porte ouverte dans un lieu si protégé. Siffla-t-elle. Mais quelle opportunité….Vous allez pouvoir m'aider à avancer dans mon plan bien plus tôt que je n'aurais pu le souhaiter, Steve Westring.

- Qui êtes vous ? S'écria le jardinier. Qu'est-ce que vous voulez ?

- Je te veux toi.

Un éclair de lumière illumina les environs.


- Et vous m'affirmez que personne ne connaît les parents de cet enfant ? S'enquit Dumbledore.

- Personne, à ce que je sache. Acquiesça Jennifer. Cela étant, une fois qu'il sera plus âgé il pourra toujours tenter un test à la Banque de Gringott s'il veut creuser ses racines.

Dumbledore eut l'air pensif pendant quelques secondes, avant de se lever machinalement.

- Je ne vais pas vous retarder plus longtemps, Miss Blaque. Recevez mes remerciements pour votre hospitalité.

- C'est toujours un plaisir, professeur. Répondit chaleureusement la jeune femme.

Le vieil homme sourit avant de sortir par la porte.

Le mystère n'avait été que peu éclairci par l'entrevue. Mais tandis qu'il cheminait dans la ruelle il vit un groupe d'enfants.

Il se rapprocha deux machinalement t les quatre yeux bleus se croisèrent un instant.

- Théodore Swift je présume ? Demanda le vieil homme avec gentillesse. Et voici Lily Evans et Severus Rogue.

- Oui monsieur. Répondit ce dernier avec une certaine méfiance. Comment connaissez-vous nos noms ?

- Je suis Directeur de l'école de sorcellerie de Poudlard. Oh….mais j'y pense, connais-tu Poudlard, Théo ?

Théo hocha la tête. « Jennifer m'en a parlé. C'est un grand château avec des tableaux qui parlent, des escaliers qui bougent et même des fantômes. »

Dumbledore eut un petit rire amusé devant le ton émerveillé de son interlocuteur. « Il y a de ça en effet ».

Puis son regard se fit plus pénétrant tandis qu'il s'introduisait légèrement dans l'esprit du garçon en face de lui. C'était quelque chose qu'il faisait rarement car c'était en violation de ces principes de droiture. Mais cet enfant semblait parfaitement correspondre à la description d'innocence et gentillesse qu'on lui en avait donné, alors autant régler cette affaire une bonne fois pour toute et partir sur de bonnes bases.

Cette courte inspection confirma la première impression. Il n'y avait que des pensées parfaitement conformes à ce qu'on pourrait attendre d'un jeune sorcier qui découvre le monde magique et a eu l'occasion d'en parler avec des enfants de son âge.

Rien d'inquiétant en somme. Pourtant, pourquoi ce mauvais pressentiment ne le quittait pas ?

- Est-ce que tu sais déjà utiliser la magie, Théo ? S'enquit-il l'air de rien.

- J'ai réussi à faire changer de couleur une fleur l'autre jour. Révéla fièrement ce dernier. Severus dit que c'est pas très impressionnant, mais bon il fait souvent des blagues, alors…

- En même temps, le premier acte magique de Lily ça a quand même été de sauter à cinq mètres de hauteur. Rétorqua Severus en levant les yeux au ciel. Ça a tout de même plus de classe.

- Sev' ! S'écria Lily en regardant Dumbledore d'un air gêné.

Ce dernier eut un petit rire amusé. « Les premières manifestations magiques sont toujours surprenantes ».

Rire vite interrompu cependant car un hibou arriva sur ses entrefaites. A sa patte il portait un message au contenu des plus alarmants : « Poudlard est attaqué ».