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Chapitre 7

Sherlock resta silencieux tout le reste du temps. De retour dans l'appartement, il se dirigea telle une ombre vers son canapé où il s'allongea sans prendre la peine d'enlever son manteau ou ses chaussures. John ne savait s'il était contrarié ou juste plongé dans ses pensées habituelles. Sachant qu'il ne mangerait rien, il lui prépara tout de même une tasse de thé.

Il soupira en déposant la tasse chaude sur la table basse à proximité du corps. La soirée avait pourtant bien commencé et il avait apprécié le spectacle. S'avouant même que la main froide de Sherlock sur la sienne l'avait agréablement surpris.

Cette soirée entière avait été surprenante. L'opéra, Sherlock, James … Il ne savait d'ailleurs que penser de ce dernier. De ce baiser.

En y repensant en fixant Sherlock, le dos appuyé contre l'embrasure de la cuisine, John songeait qu'il avait envie de l'embrasser, lui, maintenant.

Pourquoi ? Sans raison précise. Il n'y en avait jamais. Embrasser, c'était spontané. Une envie impulsive et irrépressible.

Il finit sa tasse et la déposa tranquillement sur la table de la cuisine. Puis, toujours aussi calmement, il se dirigea vers le beau brun. Quitte à ce que ce dernier s'enferme dans son mutisme pour des raisons qui lui étaient propres, il pensait qu'un simple baiser lui assurerait son soutien dans ses tortueuses pensées.

Félin, il se baissa pour effleurer tendrement les lèvres de Sherlock avant de se retirer vivement et de le laisser ruminer seul.

Arrivé dans sa chambre, il se débarrassa de son costume et le rangea avec soin dans sa housse. Il n'avait que peu de fois eu l'occasion de le porter. Sa sœur l'avait aidé à le choisir dans des circonstances tragiques. Le décès de sa bien aimée grand-mère. Ce soir, il venait de lui apporter un souvenir heureux. Un rendez vous organisé par le grand Sherlock Holmes lui-même.

En refermant son armoire, il aperçut le dernier cadeau livré ce matin. Madame Hudson avait dû le lui monter durant leur absence. Son nom était inscrit en gros sur le dessus. Un instant, il hésita à l'ouvrir et puis, il se souvint de la dernière demande de Moriarty avant de le quitter. La curiosité étant la plus forte, il déchira le papier pour trouver une boîte contenant un téléphone neuf.

Ce dernier émit un bip. Il venait de recevoir un texto. Il ne fallait pas être détective pour savoir de qui le lui avait envoyé.

To Johnny boy

From James M

J'espère qu'il te plait.

A défaut de te voir, je souhaite pouvoir communiquer au gré de nos envies.

JM

John ne savait que faire. Il ne pouvait se laisser embarquer dans ce jeu. Car ce n'en était pas un.

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Moriarty était venu se glisser tel un serpent près de John. Carte blanche et puis quoi encore ! Il était là le premier. John était son colocataire, son ami, son … compagnon. Ils partageaient tellement. Moriarty était le mal, un lui-même qui aurait mal tourné. Il représentait ce que Donovan croyait qu'il deviendrait. « Un jour, il y aura un cadavre et c'est lui qu'il l'aurait placé là ! ». Il n'avait pas besoin de faire ce genre de chose. Moriarty, son double maléfique, s'en chargeait très bien tout seul. Et chaque fois, cela le dégoutait il savait que jamais il ne ferait une telle chose. JAMAIS.

Un coup léger fut frappé contre la porte. John, à l'étage, ne l'entendit pas. Sherlock n'y prêta pas attention, son visiteur entra sans être invité. Cette soirée ne pouvait pas plus mal finir. Mycroft entra dans toute sa splendeur et envahit son espace. Cette arrivée impromptue l'agaça au plus au point. Déjà que Moriarty lui avait gâché son rendez-vous.

-Je te mettrais bien en garde contre Moriarty mais tu ne m'écouteras pas, commença Mycroft en jouant avec son parapluie.

Sherlock grogna et se recroquevilla sur lui-même pour signifier à son frère que son intervention dans sa vie n'était pas la bienvenue.

-Ne sous-estime pas l'attrait que le mal peut représenter, continua Mycroft soucieux.

-John est un soldat, il est loyal et droit, claqua Sherlock comme une évidence.

-Le meilleur homme de Moriarty en est un aussi, contra Mycroft. Ne sois pas présomptueux et méfie toi de la fascination exercée par l'autre côté. Elle n'est pas réservé à une minorité d'hommes aux instincts plus sadiques que d'autres.

Sherlock ne trouva rien à répondre. Il lui était juste inconcevable que John tombe dans le panneau. Tout ceci n'était qu'un piège grossier. A aucun moment, John ne pourrait avoir envie de fréquenter Moriarty plutôt que lui. Inconcevable et totalement illogique.

-Tu n'as pas réussi à le corrompre, je ne vois pas ce que Moriarty pourrait faire de plus que toi. N'as-tu donc pas assez à faire entre ton régime et ton gouvernement à gérer ? demanda sarcastiquement Sherlock.

-Contrairement à ta croyance, je ne suis ni le diable, ni la reine d'Angleterre. Je me soucie de toi, répliqua Mycroft en pinçant les lèvres.

Voyant que son frère était déjà parti dans ses pensées, Mycroft renonça à restaurer le dialogue. Sherlock n'était pas prêt à écouter. Son frère était borné et ne prenait pas Jim Moriarty comme un adversaire sérieux autre que sur le terrain criminel. L'aîné des Holmes considérait qu'il était dans l'erreur mais il ne pouvait rien y faire pour l'instant, à part garder un œil sur John.

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Après une nuit plutôt agité, Sherlock ayant joué du violon une grande partie du temps, John prit sur lui pour se lever tout de même de bonne heure. Il avait pris sa douche et préparé le thé du matin. Cet après-midi, il devrait passé au cabinet pour récupérer quelques affaires qu'il avait dû abandonner sur le coup. Sarah terminait tôt aujourd'hui et il ne risquait pas de la croiser. Cette dispute avait eu des conséquences pour le moins inattendues et sa semaine avait été plutôt chargée en découverte depuis.

Il déposa une tasse bien chaude sur la table basse à portée de main de Sherlock mais celui-ci ne réagit même pas, toujours plongé dans ses réflexions. Pour passer le temps, John lut un peu le journal, aida Madame Hudson dans quelques travaux qu'il lui avait promis de réaliser depuis longtemps et soupira plusieurs fois devant l'immobilisme de son colocataire.

Finalement, il quitta l'appartement pour le cabinet. S'assurant à l'accueil que Sarah était effectivement partie, il s'aventura dans ce qui fut son bureau temporaire et rangea son matériel. Un seul carton contenait tout ce qu'il devait récupérer. Il salua les quelques collègues qu'il croisa et s'en fut. John venait de tirer un trait sur sa tentative de réinsertion professionnelle.

En sortant, il se sentait plus léger malgré l'encombrant carton entre ses bras. Une berline noire s'arrêta à sa hauteur sans qu'il n'y prête attention. Finalement, la vitre se baissa et une voix masculine l'interpella. Se figeant en reconnaissant la voix, il hésita à se retourner pour y répondre.

-Je ne m'attendais pas à te croiser, dit-il sous le regard perçant.

-Et bien, je me suis dit que c'était mon tour de t'inviter, lança joyeusement Moriarty.

John, pas si surpris que cela, lui désigna son carton pour lui signifier que ce n'était pas vraiment le moment.

-Ne t'en fais pas, ma voiture est assez grande et je te redéposerai avec ton précieux carton à la fin de la soirée à la porte de ton appartement, sourit le criminel avec un air bienveillant.

Bienveillant et Moriarty dans la même phrase, John cherchait où se trouvait l'erreur. Il n voulait pas se retrouver en fâcheuse posture et puis Sherlock devait l'attendre. Enfin, techniquement, Sherlock ne s'était certainement même pas aperçu de son départ. Jim semblait sincère. Là encore, qu'en était il réellement de la sincérité de ce criminel de génie ? Le criminel lui ôta le carton des bras pour le glisser sur la banquette et lui prit la main pour l'entraîner à sa suite dans la voiture. Il ne le forçait pas vraiment.

-Et où allons-nous, demanda John en regardant autour de lui pour essayer de se repérer.

-Dîner sur un bateau, sur la Tamise. Je trouve cela follement romantique, déclara Jim en lui souriant doucement.

John resta silencieux durant tout le trajet et cela ne froissa pas son hôte. Il analysait la situation. Etait-il réellement entrain d'aller à un rendez-vous romantique avec Moriarty ? Ce dernier semblait d'ailleurs d'une humeur joyeuse. Il était comme transformé, il ressemblait à ce gentil garçon qui l'avait courtisé à l'opéra. John ne savait vraiment pas ce qu'il devait en penser. Devait-il lui donner une chance sachant qu'à la fin, il choisirait Sherlock ? Sans l'ombre d'un doute pour lui. Il ne pouvait pas donner de faux espoirs à quelqu'un, même au plus grand criminel de tous les temps.

-Je ne sais pas ce que tu attends exactement de moi, mais je ne voudrais pas te donner de faux espoirs, lâcha John dans un soupir, craignant de se prendre une balle dans la tête pour son honnêteté.

-Voyons, tu ne veux pas me donner de faux espoirs, donc tu sais très exactement ce que je peux attendre de toi. Je te demande juste de me laisser une chance de me montrer sous meilleur jour et je m'inclinerai sans rancune lors de ton choix final, si tu me laisses une vraie chance, argumenta aussitôt Jim.

-Une vraie chance, murmura John un peu ébranlé.

La voiture s'immobilisa sur les quais devant l'entrée d'un restaurant flottant. L'endroit avait l'air assez chic et le médecin militaire se sentit mal à l'aise. Il n'avait pas la tenue vestimentaire adéquate pour le lieu. Avisant, la tenue tout aussi décontractée que portait Moriarty, il décida que cela n'avait pas d'importance. Après tout, il venait d'être kidnappé, on ne l'avait pas prévenu d'un quelconque rendez vous galant.

Le criminel avait réservé une table pour deux et un serveur les pria de le suivre. Jim refusait de lâcher sa main, cela aurait dû le déranger. Seulement, cela lui semblait bizarrement naturel. Un contact naturel avec un tueur qui aurait dû lui inspirer de la répulsion. Watson se dit qu'il devrait reprendre d'urgence rendez-vous chez sa psy.

Le serveur les aida à s'asseoir et leur donna la carte. John remarqua aussitôt qu'il n'y avait pas les prix d'indiquer. Il allait en faire la remarque quand il discerna le sourire de son vis-à-vis. Ravalant son reproche, il plongea dans la lecture du menu. Après tout si Moriarty voulait se ruiner dans un coûteux dîner, c'était son problème. L'argent du crime profiterait au moins au restaurateur et à ses employés.

Le regard pétillant de Moriarty ne le quittait pas, le jeune homme semblait réellement heureux de dîner en sa compagnie et se montrait très agréable. John devait avouer que c'était sympa d'avoir un interlocuteur comme lui.

Lui laisser une vraie chance. Jim paraissait tellement humain avec lui qu'il était tenté d'accepter cette proposition. Une vraie chance. Pouvait-il le lui accorder ? Il semblait à l'opposé du fou furieux de la piscine, il ressemblait à ce charmant jeune homme qui était venu le retrouver à l'opéra.

-Je pourrais t'offrir le monde, déclara Moriarty avec emphase, un verre de champagne à la main.

-Le monde ? Et si je te demandais juste de te rendre, demanda John curieux, sa coupe tendue pour trinquer.

-Je le ferais John, répondit Jim en faisant tinter leurs verres les yeux dans les yeux. Pour toi, je le ferais.

John fut un instant abasourdi par le sérieux du criminel et fronça les sourcils. Il ne pouvait pas réellement avoir entendu cela. La conversation dévia d'ailleurs très vite sur autre chose et le dessert arriva. La soirée se déroulait doucement et agréablement. John se surprit même plusieurs fois à rire.

-C'était délicieux, dit-il en terminant la dernière bouchée de son dessert.

-C'est un de mes restaurants préférés à Londres. J'aime voguer sur les flots pendant le repas, un peu comme si je ne m'arrêtais pas de voyager même en mangeant, confia Jim le regard un peu vague.

-Merci, c'était très agréable, commença John.

-Je vais te raccompagner comme promis, termina Jim soucieux de garder la main et sachant parfaitement que son invité souhaitait rentrer.

Il ne voulait pas trop le forcer au risque de le braquer. Déjà, le fait que John accepte et dîne avec lui tranquillement, était fantastique. Lui, qui avait souvent les mauvais choix, avait l'impression d'avoir une chance inouïe d'être en compagnie de cet homme. Il aurait voulu l'avoir rencontré plus tôt. Il n'aurait peut-être pas eu à se battre comme cela. La bataille qui s'annonçait, serait rude, mais elle ne lui faisait pas peur.

Jim avait toujours aimé les défis et celui là le motivait au plus au point. Il serait le meilleur, il ne pouvait pas perdre un homme comme John. John en valait le coup. La preuve, même son ennemi l'avait remarqué et voulait l'avoir pour lui. Sherlock avait un peu d'avance et une meilleure position de départ. Mais, Sherlock avait un point faible et il n'hésiterait pas à s'en servir en dernier recours.

En attendant, son cerveau était entrain de mettre au point un plan pour impressionner John Watson. Il ne ferait pas les choses à moitié et il était persuadé que ce qu'il avait en tête lui ferait marquer des points.

Le trajet du retour se fit dans une ambiance confortable, John avait peut-être pris une coupe de trop mais rien de grave. La voiture s'immobilisa juste devant le 221B. John hésita encore sur la marche à suivre et finalement descendit en saluant poliment Jim de la main. Puis, il récupéra son carton. Jim descendit à sa suite pour le raccompagner jusqu'à sa porte. Posant son chargement le temps de trouver ses clefs dans sa poche, John réfléchissait à son étrange soirée. Jim était là à côté de lui, silencieux. Il fit tourner les clefs, ouvrit la porte et finalement, il attrapa le criminel doucement et déposa un furtif baiser sur ses lèvres avant de se pencher pour récupérer son carton et fuir chez lui.

Refermant la porte à clefs, il s'adossa dessus un instant pour réfléchir. Il attendit d'entendre la portière se refermer et la voiture démarrée avant de s'autoriser à accepter qu'il venait d'embrasser de son plein gré le pire ennemi de celui qu'il aimait. Il avait dîner et rit avec le criminel et pour finir, il l'avait embrassé. Cela n'allait pas du tout. Cette soirée entière était délirante. N'avait-il pas résolu la veille de protéger Sherlock ? Résolution qui s'était envolée à la seconde où Jim l'avait invité.

Dès qu'il était prêt de lui, il était littéralement un autre homme. Ce n'était pas possible il ne pouvait pas se laisser prendre au piège d'une façade d'humanité. Jim Moriarty était un tueur, il était à la tête du crime organisé. Et même, si avec lui, il semblait différent, cela n'était pas suffisant. James Moriarty était leur ennemi. Il était celui de Sherlock et donc le sien. Il ne pouvait pas fraterniser avec lui et encore moins l'embrasser !

Bon sang John, tu délires, qu'est ce qui a bien te prendre ? ne cessait-il de se répéter légèrement paniqué. Seul responsable de ce qui s'était passé, John ne pouvait rejeter la faute sur le criminel.

En proie à une crise de conscience, il remonta doucement les escaliers jusqu'à l'appartement. Lorsqu'il entra, ce dernier était plongé dans la pénombre. Se débarrassant de son carton sur la table de la cuisine, il constata que Sherlock avait dû migrer vers sa chambre pour prendre du repos. Du moins, n'avait-il pas assisté à la navrante prestation de John embrassant Moriarty. Là, il voulait le retrouver pour l'embrasser lui. Il voulait se débarrasser du goût du criminel. Il voulait se prouver que la seule personne qu'il voulait, était le génie du bien.

Poussant la porte de la chambre de Sherlock, il le trouva endormi sur son lit. Il s'assit sur le bord et caressa son visage pâle. Déchiré par le péché qu'il venait de commettre, John se pencha au dessus du corps de son ami et déposa un chaste baiser sur les lèvres du détective endormi. Sherlock semblait si pur et innocent. Il était tellement mignon quand il laissait ses sarcasmes et son manque de tact au vestiaire. Quoi que souvent, ses sarcasmes étaient drôles quand il y repensait loin des cibles.

Un instant, il pensa s'allonger là, près de lui. Sans sa permission, il n'osa pas. Il ne voulait pas le brusquer et puis, il ne se sentait pas le droit de faire cela quelques minutes à peine après avoir embrassé leur ennemi.

Soupirant, le soldat s'obligea à s'éloigner du corps parfaitement engourdi par le sommeil de son colocataire et monta dans sa propre chambre. Tombant sur son lit sans même prendre la peine de se déshabiller, John se tortura encore au sujet de sa soirée et de son dénouement. Il ne pouvait pas se laisser aller à donner une chance à Moriarty. Il ne pouvait pas blesser Sherlock.

Le portable que Jim lui avait offert, bipa mais John ne regarda même pas le message. Il resta prostré dans son lit à attendre que le sommeil le prenne. Il voulait oublier, il voulait pouvoir effacer les données de son cerveau avec la même facilité que Sherlock. John lui enviait cette capacité. John souhaitait ne pas avoir penser qu'il pourrait donner une chance au criminel consultant. Une chance de quoi d'ailleurs, une chance d'atteindre son cœur ?


Alors ? Qu'en avez-vous pensé ?