Titre : Collision
Rating : M
Bêta du chapitre : Angedescieux
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Il a répondu oui. Puis il s'est tourné vers moi, et avec la maladresse d'un homme qui n'a jamais dormi nu avec un autre homme, il m'a pris par la taille et s'est endormi contre moi.
J'ai dormi aussi. Ca fait longtemps que je ne me suis pas senti aussi bien en ouvrant les yeux au réveil. Très longtemps. J'avais des cheveux blonds dans le visage, l'odeur du café dans le nez, et un foutu élan dans les poumons. Comme si chaque baiser de lui avait été un bouche à bouche particulièrement bien exécuté.
Il dort encore et je le regarde comme un amoureux transi.
Quand il se réveillera, il faudra qu'on parle.
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Chapitre 7.
Il fait sombre. La poussière danse entre le plafond et nous. C'est paisible.
C'est n'importe quoi.
On est paumé. Pas autant qu'on aimerait l'être, mais un petit peu quand même.
- Je te déteste.
Oh.
- ... Je crois, ajoute-t-il.
Je soupire. C'est crevant tout ça.
Draco s'est réveillé il y a quinze minutes à peine. J'observais déjà le fascinant ballet des grains de poussière, l'esprit vide. Je l'ai senti bouger, je crois même que j'ai senti le moment où il a ouvert les yeux. Je suis resté étendu sur le dos, à contempler les grains de poussière... Il était silencieux depuis, jusqu'à ça.
- Je ne te déteste pas, je lui réponds. Je ne crois pas.
- Qu'est-ce qu'on est en train de foutre Potter ?
- J'en sais rien...
Nouveau soupir.
Je sens Draco remuer et, du coin de l'œil, je le vois s'asseoir contre son oreiller. Il étend ses longues jambes par dessus les draps...
Ca me donne envie de lui.
- Je n'ai jamais envisagé de... coucher avec un homme. Jamais. Et avec toi Potter... Là, c'est de l'ordre du délire.
Je l'écoute, silencieux. Il a raison. C'était juste jusqu'à il y a un mois de ça.
- Je n'envisageais pas non plus ma vie comme ça, poursuit-il, il y a quelques années, quand on était encore à Poudlard, à se foutre sur la gueule.
Je me redresse à mon tour, appuyé sur le côté, contre les oreillers, je le regarde :
- Tu t'attendais à finir avec une gentille épouse sang-pur et à faire un héritier blond pourri-gâté, tout en vivant dans ton spacieux manoir ?
- C'était ce qui était prévu, dit-il en tournant la tête vers moi.
Il a l'air sincère.
- Tu ne l'avais pas vue venir toute cette merde, hein ?
- Parce que, toi, tu l'avais vue ? réplique-t-il.
Je me marre silencieusement. Non, aussi approximatif qu'était mon avenir, je n'avais pas envisagé ma vie - dans l'hypothèse ou je survivrai - comme ça.
- Je croyais que j'épouserais Ginny, et qu'on ferait plein de gosses. Je me voyais aurore. J'aimais bien cette vie... Jusqu'à ce que je l'essaie.
- T'as eu de la chance Potter. Moi, on ne m'a pas laissé le choix. Mon père... Mon père a pris de mauvaises décisions. Il l'a payé, et ma mère et moi aussi.
J'ai eu de la chance... C'est une façon de voir les choses.
Il soupire profondément et remue un peu. Je le regarde encore, il est beau. Sans réfléchir, je me rapproche de lui et je laisse traîner mes lèvres dans son cou. J'aime le goût de sa peau. Il gronde doucement, et je sens sa gorge vibrer contre ma bouche. Il penche la tête un instant pour me laisser plus de place, avant de la tourner pour me faire face. On est - littéralement - nez à nez et il me jette un de ces regards... On dirait qu'il a envie de me bouffer. Ma foi, ça me va très bien.
Je me penche en avant et il m'embrasse. Doucement et profondément. Je me rallonge et il s'étend contre moi. Puis le baiser ralentit, ses lèvres s'éloignent des miennes et il se met sur le côté et me pousse à faire de même. On est face à face, on partage le même oreiller et je trouve ça bêtement touchant. Comme... Je n'ose pas y penser.
- Quand Tu-Sais-Qui est mort, mon père a été arrêté, comme la majorité des mangemorts à l'époque. Quand c'est arrivé, je croyais qu'ils allaient lui donner le baiser. J'étais effondré. Ma mère... Ma mère était stoïque. Platement et faussement stoïque. Mais ils ne l'ont pas fait. Non, ils l'ont enfermé, à vie, à Azkaban.
Il chuchote. C'est… Ce serait confortable si le sujet s'y prêtait. Ça l'est un peu quand même... Après tout, ce sont des confidences qu'il me fait là.
- On allait le voir, à chaque fois qu'on en avait le droit. Tous les trois ou quatre mois... Une belle saloperie, la justice de ce pays, si tu veux mon avis.
Je hoche la tête silencieusement. Je sais.
- Je le voyais dépérir, au fil des mois. Il crevait à petit feu, me confit-il dans un murmure enroué. Il devenait dingue et, un jour, il est mort.
Il reste silencieux un instant avant de poursuivre :
- Ma mère ne s'en est jamais remise.
Il passe une main dans mon dos, les yeux perdus sur le chemin de suçons qu'il a tracé dans mon cou. J'ai des frissons.
- Ils étaient dans un mariage arrangé, tu sais ? reprend-t-il en fixant son regard au mien. Mes parents... Ils s'aimaient vraiment. Ils m'aimaient vraiment.
- Je sais, dis-je sans pouvoir m'en empêcher.
- Ah oui ? Je croyais que tu nous voyais comme tout Gryffondor digne de ce nom : malfaisant, méprisant, égoïste et incapable d'aimer quoi que ce soit plus que nous même.
- La partie "malfaisant, méprisant et égoïste" correspond assez. Même le reste, j'ajoute avec un petit sourire navré. Mais je savais que vous vous aimiez. Je m'en doutais au moins : tu as risqué ta vie pour sauver tes parents, ta mère a mis en danger la sienne et sauvé la mienne pour savoir si tu étais sauf et ton père... J'aurais du mal à te dire pourquoi, mais je me doutais bien qu'il t'aimait. Je...
Je me tais. Je ne sais pas si je dois dire ça... Si j'ai le droit de dire ça. Je ne veux pas de reconnaissance. Je veux... Ca non plus, je n'ose pas y penser.
- Tu as témoigné en ma faveur et en celle de mes parents.
- Tu sais ?
- Mon père a échappé au baiser, souffle-t-il. J'ai échappé à Azkaban ! Je me suis posé des questions, j'en ai posé. On m'a répondu : "Remercie plutôt l'Elu et estime-toi heureux !".
Il reste silencieux un instant :
- Je ne t'ai jamais remercié.
- Je ne veux pas de tes remerciements. J'ai dit la vérité, c'est tout, je réplique.
J'ai fermé les yeux, je ne sais pas quand. Mais là, ils sont fermés. J'ai la tête qui tourne.
- Potter... Qu'est-ce qu'on est en train de foutre ?
Je les ouvre, et je le regarde.
Je ne sais pas. Je l'ai déjà dit ça, on tourne en rond. Je roule pour me remettre sur le dos. Je ne fais pas attention à la poussière sous le plafond, j'observe Draco du coin de l'œil et je dis :
- Je suis seul. Depuis longtemps. Je ne trouve personne avec qui je me sente bien. Je ne trouvais personne ; là, je suis bien. Aux dernières nouvelles, je préfère les femmes. Mais bon, je crois que ça n'a pas d'importance. On se connaît bien tout les deux et on est seul.
Draco me regarde, toute expression caché sous un masque stoïque. Et puis quelque chose de douloureux transparaît. Un instant seulement...
- Tu n'as jamais voulu mourir, Potter ?
Je ne m'attendais pas à ça. Je soupire :
- Parfois.
- Moi, jamais.
- Pourquoi tu me demande ça ? j'interroge.
- Parce que je m'en doutais... C'est inquiétant.
- Ah bon ?
- Je ne veux pas que tu me laisses seul, me dit-il, le regard fixé sur ses mains qui triturent les draps nerveusement.
Merde. "Comme un couple". "Je veux juste qu'il m'accepte dans sa vie". Ca y est, j'arrive à y croire. C'est terrifiant.
- Tu es seul depuis longtemps ? je lui demande.
Je me remets sur le côté, pour lui faire face. Il relève les yeux :
- Ouais. Après... Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé endetté. Le ministère nous a tout pris. Il ne restait plus que le manoir. Je l'ai vendu, j'ai remboursé les dettes et je me suis caché. Quand je marchais dans les rues et qu'on me reconnaissait. Alors je suis parti chez les moldus. Il me restait un peu d'argent que ma mère avait fait échanger et cacher pour moi. Je m'en suis servi pour m'acheter cet appartement. J'étais mort de peur. Un peu parano aussi... J'ai vite trouvé un travail de traducteur, un truc où je n'ai pas besoin de sortir de chez moi. J'avais gardé un ou deux contacte, j'ai beaucoup de temps pour étudier et je travaille sous un pseudonyme. Mes transactions se font toutes par hiboux. Je travail avec des particuliers surtout.
- Et t'as pas eu de relations depuis ? je demande.
Draco se tourne vers moi, un sourcil relevé.
- Pour qui tu me prends Potter ? Je suis humain. Si, bien sûr que j'ai eu des aventures. Avec des moldues, des trucs sans importance. J'ai même appris à me servir d'un préservatif.
Je rigole. J'imagine Draco, la première fois qu'il se retrouve avec une moldue, et la nana qui lui présente une boite de préservatifs et lui demande d'en enfiler un. C'est assez cocasse.
- Moi, j'ai rien fait depuis que je suis ici. Je vis avec mon héritage. Il y en a assez, comme je ne fais pas énormément de dépenses. C'est malsain de vivre comme ça. Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je suis bon qu'à jouer au Quidditch et à battre des vilains mages noirs. A quoi bon ? Je supporte plus les gens...
- Hum... Le héros du monde sorcier est devenu agoraphobe, souffle Draco en plongeant son visage dans mon cou et en accrochant ses bras à ma taille. Il me sert contre lui et il me mordille l'oreille.
C'est parfait. Vraiment.
- Je ne veux pas que tu me laisse, je dis.
Draco se relève un peu, son visage au dessus de mien, et il me regarde avec cet air interloqué que je commence à aimer.
- Hé bien, puisqu'on est d'accord là-dessus, peut-être qu'on devrait continuer comme ça...
Je souris doucement.
- Peut-être, oui.
Et il m'embrasse.
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Il pleut.
Je marche avec un grand sourire aux lèvres et je suis sûr que j'ai l'air d'un parfait demeuré. Si j'avais la fibre musicale, j'interpréterais sûrement "I'm singing in the rain" à grands coups de chorégraphie et de pas de claquettes.
Merci Merlin, ce n'est pas le cas, et je me contente de fredonner l'air de la chanson en sautant d'un pas artistique au dessus de chaque flaque qui croise mon chemin.
Bon sang, la vie est foutrement belle.
La nuit commence à tomber.
Après notre discussion, j'ai encore traîné au lit avec Draco. Quand on s'est enfin levé, je nous ai préparé à manger dans sa petite cuisine, et on a avalé notre déjeuner tardif sur la table basse, au son de sa petite télévision moldue. Puis on a pris une douche. Ensemble. Après un thé et un dernier baiser, j'ai fini par m'en aller. Pour le laisser bosser, et puis parce que c'est mieux comme ça. Il faut qu'on prenne le temps de se réapprendre, de se reconnaître. Prenons notre temps...
Oui. La vie est foutrement belle.
- I'm siiiiiinging in the rain, Just siiiiinging in the raiinn, What a gloooorious feeeling, I'm haaappy agaiin ! ...
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Du grand art : .com/watch?v=rmCpOKtN8ME
Voilà, une inspiration pour tous les bienheureux sous la pluie.
Review ?
