Nouveau chapitre ! Un peu plus en avance que le dernier, celui-là, je vais essayer de maintenir la cadence ! Un chapitre assez tranquille, profitez-en, c'est le calme avant la tempête :)

Comme toujours, un grand merci à Yuuko-sama alias Poiroo pour sa correction !

Petite note importante pour la compréhension du chapitre : En grèce antique, pour que l'âme d'un défunt puisse reposer en paix, elle devait absolument être mise en terre, avec des rituels précis. L'âme d'un défunt auquel les honneurs funèbres n'avaient pas été rendus était condamnée à errer dans le monde des vivants. Ce qui explique pourquoi l'âme de Fai hante toujours la prison.

Petite réponse aux reviews :

Sanashiya : Le KuroFai progresse encore un peu plus ;) ... Moi aussi j'adore Yuui (et j'ai toujours du mal à m'y retrouver dans les fics qui inversent les deux prénoms )

Anders Andrew : Yuuko est vraiment passionnante à faire entrer en scène, j'aurais aimé la faire apparaître à nouveau ... Quant à FWR, marrant que tu aies cité Jafar en premier, c'est justement lui qui m'a inspiré pour le rôle x3

Irissia87 : Un chapitre avec beaucoup de Kuro, tu vas être contente ;)

Hina kun : J'ai failli faire une attaque en voyant ta review XD #sort le champagne# ... #la lit # ... #prend la grosse tête# ... c'est malin, je vais plus rentrer dans mon chapeau maintenant ...

Hokutoxtora : Merci !J'avais peur que les cross-over fassent "trop" (et de m'attirer les foudres des fans de Bishamon-ten, faut avouer que j'ai dû le rendre assez OOC ...)

Kyarorin : Plus de flash-backs pour l'instant ;)

Chii46, Hitokage83 : Contente d'avoir répondu à toutes vos questions :) .. Quant aux KuroFai, il va commencer à avancer sérieusement à partir de maintenant ;)

The nouf : Rassure-toi (où inquiète-toi p), Kuro n'a pas fini d'en démorde avec les deux gardes ...

Zoro-chan : Merci de jouer les apôtres XD ... Quand à Théophane, ça m'aurait étonné si tu l'avais pas aimé (ou alors ça aurait voulu dire que j'avais complètement loupé le perso x3). En tout cas, tu auras l'occasion de plus le voir dans le prochain chapitre ;)

Martelca : Et voici la suite ! Avec du Kuro à revendre !

Bonne lecture !


Assis sur une chaise de la cuisine, Kurogane contemplait le fond de son verre d'hydromel , semblant délibérer s'il devait oui ou non s'en servir un second. La situation avait de quoi être risible : près de quinze jours qu'il n'avait plus fait le moindre rêve, et c'était maintenant qu'il commençait à avoir des problèmes de sommeil. Reposant son verre sur la table, il cala son dos plus confortablement sur le dossier de la chaise, profitant du silence environnant pour tenter de faire le vide dans son esprit.

À cette heure-ci de la matinée, il n'y avait personne pour le déranger : les cuisinières n'étaient pas encore arrivées pour préparer le petit-déjeuner, et la plupart des gardes étaient soit en fin de service, soit encore endormis. Enfin, cela ne faisait guère de différence, de toute façon : depuis qu'il avait aidé Fai -ou plutôt Yuui, il ne s'y ferait décidément jamais – les gardes semblaient se faire un devoir de l'éviter scrupuleusement ...

Quand ils ne cherchaient pas à le provoquer.

En quelques jours à peine, les regards s'étaient faits plus pesants, les murmures plus empressés, de moins en moins dissimulés. Ce qui n'était demeuré dans un premier temps qu'une discrète remarque, une rumeur ponctuelle glissée à la va-vite à l'oreille d'un autre compagnon de travail, était devenu bien plus ostentatoire dès qu'ils s'étaient jugés suffisamment nombreux pour ne plus se faire dessus dès qu'il leur lançait un regard un peu méchant.

Bien sûr, ce n'était rien de vraiment concret. Mais certains s'étaient quand même livrés à quelques actes héroïques : un commentaire fait juste assez fort pour qu'il puisse l'entendre – sans savoir exactement qui avait prononcé ces mots, un discret ricanement quand il rentrait dans une pièce ... De quoi lui faire comprendre le plus clairement possible qu'ils ne l'aimaient pas sans pour autant trop se mouiller.

Des sales petits rats trouillards, voilà tout ce qu'ils étaient. Malheureusement pour eux, il avait passé l'âge de se cacher dans un coin pour pleurer parce que ses méchants camarades l'embêtaient ... contrairement à eux, certainement, pensa-t-il avec un sourire.

La porte de la cuisine grinça faiblement derrière lui ; il se retourna : Sakura se tenait sur le seuil, tenant en main un plateau recouvert de restes et de couverts sales. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle l'aperçut : elle avait probablement l'habitude de se trouver seule ici à cette heure. Elle se reprit aussitôt, cependant, le gratifiant de son habituel sourire d'un blanc éclatant.

"Bonjour Monsieur Kurogane."

"Bonjour Princesse."

La jeune fille rougit en l'entendant l'appeler par son titre, mais ne sembla pas aussi surprise qu'on aurait pu l'escompter.

"J'espère ne pas trop vous déranger", lui dit-elle en posant le plateau sur un petit comptoir situé juste derrière lui. "Je suis chargée de m'occuper de préparer et débarrasser le repas des gardes qui sont de service avant le petit-déjeuner. Je n'en aurai pas pour longtemps."

Elle le salua puis commença à laver dans une bassine la vaisselle qu'elle venait d'apporter. Kurogane se servit un second verre d'hydromel qu'il dégusta lentement, tout en la regardant. La jeune fille ne cessait de lui jeter des regards furtifs, avant de se retourner à la hâte, le visage rouge comme une pivoine. Elle semblait brûler d'envie de lui demander quelque chose - sans oser toutefois s'y risquer.

"Qu'est-ce que tu as ?" Il reposa son verre et appuya son menton sur ses mains croisées pour mieux l'observer. "Si tu as une question à me poser, fais-le. Je ne mange plus les gens : ça commençait à me donner des aigreurs d'estomac."

"Vous avez raison." Elle rit, puis son visage se fit plus sérieux. Elle posa les verres qu'elle venait de finir d'essuyer pour se tourner vers Kurogane. "Ce prisonnier dont vous avez la garde ... Celui que j'ai rencontré, il y a quelques semaines ... Est-ce qu'il va bien ?"

Cette question le déstabilisa quelque peu. Suspicieux, il plissa les yeux : ceux de Sakura plongèrent aussitôt en direction des dalles de pierre qui recouvraient le sol de la prison.

"Pourquoi t'intéresse-t-il autant, tout à coup ? Tu le connais à peine, n'est-ce pas ?"

"C'est seulement qu'il avait l'air gentil." Ses mains se crispèrent imperceptiblement sur le torchon, qu'elle avait toujours en main depuis qu'elle avait fini la vaisselle. "S'il lui arrivait quelque chose, ce serait vraiment trop triste ..."

"Tu sais."

Il n'eut pas besoin de préciser de quoi il parlait. Sakura releva la tête, et Kurogane ne put réfréner un petit sourire. La princesse avait beau être de nature assez timide, elle savait se montrer sûre d'elle quand le sujet devenait vraiment sérieux.

"J'étais trop jeune, lorsqu'ils ont été emmenés ici, pour me souvenir d'eux. Mais j'ai commencé à faire des rêves, il y a quelques années. J'y ai appris ce qui leur était arrivé, ainsi que d'autres choses : votre arrivée ici en fait partie." Elle secoua négativement la tête en voyant l'expression de Kurogane. "Ce n'est pas lui qui me les a envoyé. J'ai toujours eu ce genre de pouvoirs ... d'aussi loin que je me souvienne."

"Une liseuse de rêves", constata Kurogane. La princesse hésita un instant, puis hocha la tête.

"J'ai essayé d'en parler à mon père, mais il refuse de m'écouter. Alors je suis venue ici pour me rapprocher de lui ... me rapprocher d'eux. Je voulais les aider, mais les gardes me surveillent – en particulier les deux envoyés par son conseiller pour veiller à ce que tout se déroule comme il le souhaite. Je n'ai même pas réussi à les approcher ..."

Kurogane hocha lentement la tête, pour l'encourager à continuer. Fei Wang Reed ... C'était donc le conseiller du roi qui avait envoyé Cruzad et Théophane dans cette prison. Décidément, ce type semblait se trouver derrière le moindre sale coup qui se tramait dans cette histoire.

"Fai est encore ici, derrière ce mur." La voix de Sakura monta soudain, puis ne fut plus qu'un murmure. "Puisque personne ne lui a rendu les honneurs funèbres, il n'a pas encore pu rejoindre le monde des morts. Son esprit ne peut pas quitter la prison ; il est condamné à errer ici, enfermé entre quatre murs ... Tout comme Yuui."

Quelques larmes coulèrent sur les joues de la jeune fille. Et Kurogane, qui pouvait se vanter de ne jamais avoir laissé la culpabilité l'empêcher de trouver ses mots, ne trouva rien à répondre, cette fois-ci. Si même l'héritière du royaume s'y mettait ...

"Écoute ...", commença-t-il -mais il n'eut pas l'occasion d'aller plus loin. La porte de la cuisine s'ouvrit pour laisser passer Shaoran. Il resta figé sur le pas de la porte. Ses yeux se posèrent d'abord sur Kurogane, puis sur Sakura ; lorsqu'il s'aperçut qu'elle pleurait il cria, affolé :

"Princesse ! Que se passe-t-il ?" Il vint immédiatement se placer entre elle et Kurogane en un geste protecteur, semblant le défier de tenter de lui faire le moindre mal. "Que faites-vous ? Pourquoi est-elle en train de pleurer ?"

"Calme un peu tes hormones, gamin. On n'a fait que discuter."

"Il dit la vérité." Sakura posa la main sur son épaule pour le rassurer – un geste qui sembla le gêner atrocement. "Ne t'inquiète pas Shaoran, ce n'est rien."

"Mais ...Bien, comme vous voudrez."

Shaoran se calma à contrecoeur, mais continua tout de même à lancer des regards un peu méfiants à Kurogane. Ce dernier retint un petit rire : ce gamin était tellement zélé que c'en était touchant ... Un petit peu surprotecteur sur les bords, hein ? Il avait beau être un peu maladroit par moments, le gosse était sûrement l'un des seuls gardes qui valaient le coup dans cette prison. À se demander comment il avait bien pu s'y retrouver ...

Sakura s'essuya les mains, posa son torchon à côté des verres propres, puis, tirant l'extrémité de la ficelle argentée nouée autour de son cou, sortit de sous ses vêtements un coquillage dans les tons de rose mordoré.

"Je dois aller chercher de quoi préparer les repas. Mais avant cela ... " Elle glissa l'objet dans la main de Kurogane. "Lorsque vous verrez Yuui, donnez-lui ceci, s'il vous plaît. C'est un talisman. Je sais que ce n'est pas grand-chose, mais ... C'est tout ce que je peux faire pour lui pour l'instant."

Et moi, je pourrais certainement faire bien plus ... N'est-ce-pas ? Il garda les yeux rivés sur le dos de Shaoran et Sakura tandis qu'ils s'éloignaient, serrant le talisman au creux de sa main. Il pourrait certainement faire sortir Yuui et Fai de cet endroit, s'il en prenait la décision. Il n'en faisait pourtant rien. Mais ni la princesse, ni Yuui ne semblaient lui en vouloir pour ça.

Alors pourquoi diable sentait-il la culpabilité le ronger ainsi, depuis quelques temps ?


La garde de Kurogane s'étendait du début de l'après-midi jusqu'au lendemain matin. Deux gardes qu'il ne connaissait pas le saluèrent du bout des lèvres lorsqu'il arriva devant la cellule, avant de partir se reposer dans leurs quartiers – à grands renforts de messes basses ainsi que de reniflement méprisants. Cela faisait déjà quelques jours que Cruzad et Théophane ne s'étaient pas chargés de la surveillance de Yuui, et sa santé semblait s'en être un peu améliorée.

Yuui bondit littéralement contre les barreaux dès que Kurogane s'approcha, lui arrachant contre son gré un petit sourire amusé. Certaines choses ne changeraient jamais ... et ce n'était peut-être pas si déplaisant que ça.

"Bonjour Kuro-toutou ! Ou plutôt bon après-midi, si j'ai bien compté. Tu vas bien ? Bien dormi ? J'ai entendu les gardes dire des choses pas très gentilles à ton sujet tout à l'heure, j'espère que Kuro-chan n'a pas de problèmes ? Comment s'est passée ta journée ?"

"Si tu parles aussi vite, comment diable veux-tu que je réponde à tes questions ?", répliqua Kurogane d'un ton qui se voulait irrité.

Le blond avait beau savoir se montrer particulièrement rageant quelquefois, il ne pouvait nier qu'il éprouvait un certain plaisir à le voir ainsi. Ce qui était stupide, d'ailleurs, quand on y réfléchissait. Il avait souhaité tant de temps que le blond soit sérieux, et quand il y était enfin parvenu, ce n'était que pour être soulagé lorsqu'il le voyait redevenir jovial. Les contradictions semblaient décidément être de mise, depuis le début de la matinée.

"Tu as l'air en forme, aujourd'hui. Ça tombe bien, j'ai un cadeau pour toi – de la part de la Princesse."

"Un cadeau ? Pour moi ?", répéta Yuui. Il sembla seulement confus, au départ, puis ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il saisit l'ensemble de la phrase. "De la part de ..."

"De ta demi-soeur, oui."

Yuui se crispa visiblement lorsqu'il prononça ces mots, mais Kurogane s'en fichait. Il en avait assez de cette habitude qu'il lui avait fait prendre de toujours tourner autour du pot : maintenant que le temps des faux-semblants était derrière eux, les choses avaient grand besoin d'être posées une bonne fois pour toutes.

Une résolution un peu hypocrite, quand toi-même tu ne sais plus trop comment tu dois te comporter avec lui ...

"On dirait que tu as décidé de ne plus mâcher tes mots, Kuro-chan", répondit le blond avec un petit rire gêné.

"Peu importe."

Kurogane sortit le coquillage de la poche où il l'avait rangé – afin d'éviter que les gardes l'aperçoivent et se mettent à le bombarder de questions inutiles – et le tendit au blond. Ce dernier, passant le bras au travers des barreaux, l'entoura de ses doigts hésitants et le prit pour l'amener vers lui, le scrutant sourcils froncés.

"Pardon Kuro-chan, mais ... qu'est-ce que c'est ?", lui demanda-t-il soudain. Il tenait l'objet du bout des doigts, semblant se demander dans quel sens il était censé le mettre.

Kurogane laissa échapper un soupir. Il aurait dû s'y attendre. Bien sûr, Yuui – qui ne connaissait presque rien du monde extérieur, n'avait jamais pu voir le moindre coquillage. C'était assez logique, en y réfléchissant. Et en même temps un peu triste ...

"Ce sont des coquillages", expliqua-t-il. "C'est un peu comme une carapace, pour des animaux qui vivent dans la mer ... Comme la coquille des escargots (il pria intérieurement qu'il sache ce qu'étaient les escargots). C'est un peu ... comme leur maison quoi. Sauf que c'est une partie de leur corps."

Ça, c'est vraiment clair comme de l'eau de roche, Kurogane. Formidable. Il espérait que le blond aurait quand même compris, même si son air dubitatif indiquait plutôt le contraire.

"Je vois...je crois" , reprit ce dernier. "Mais tu m'as bien dit qu'ils vivaient dans la mer ? C'est bien ce gros tas d'eau qui sépare deux pays ?"

Kurogane secoua la tête, se sentant soudain bien las. L'explication s'avérait encore plus laborieuse que ce à quoi il s'attendait.

"C'est ... Comment t'expliquer ... Tu vois la couleur du ciel ? Et bien ..."

"Pas très bien, non ..."

Kurogane s'interrompit. Bien sûr, il n'avait posé la question que de façon purement rhétorique, sans réfléchir. Il ne s'attendait pas à ce que le blond y réponde - et surtout pas de cette façon.

"Ça fait déjà un bout de temps que je suis ici, Kuro-chan," dit Yuui avec un petit sourire d'excuse. "Il y a pas mal de choses dont j'ai du mal à me rappeler clairement ..."

Kurogane resta silencieux. Qu'aurait-il pu ajouter, de toute façon ? Lui expliquer à quoi ressemblait le bleu du ciel ne rimerait pas à grand chose. Et la mer, comment lui représenter ? Le paysage éblouissant, la douceur du sable chaud lorsqu'il s'infiltrait entre les orteils et ce vent brûlant qui emmêlerait ses cheveux dorées ... C'était des choses qu'il fallait vivre : à quoi bon les entendre de la bouche de quelqu'un d'autre ?

Yuui, bien sûr, n'avait presque pas vécu. Et Kurogane commençait à sérieusement lui en vouloir. Parce qu'il commençait à le faire douter de ses serments ... Plus le temps passait, moins il parvenait à savoir vraiment ce qui le poussait à rester ainsi fidèle à ses serments. L'honneur ? Ce qu'il accomplissait ici, le fait qu'il s'obstine à se désintéresser de ce que Yuui subissait ... Cela ne méritait certainement pas de s'appeler ainsi. Pour ses parents, alors. Mais seraient-ils vraiment heureux de le voir faire ce genre de choses, ou bien du sort de Yuui ? ... Certainement pas.

"Kuro-chan ?"

Le blond l'observait à travers les barreaux, la tête légèrement inclinée sur le côté. Il avait dû rester plongé dans ses pensées plus longtemps qu'il n'aurait fallu. Il lui demanda ce qu'il lui voulait – espérant que son ton contrarié suffirait à cacher son trouble. Yuui eut un drôle de sourire, puis lui lança le pendentif - Kurogane le saisit par réflexe, avant de lever vers lui un regard interrogateur. Yuui se contenta de hausser les épaules.

"Tu diras à Ho ... à Sakura-chan que c'était adorable de m'offrir ceci, mais que je ne peux pas le garder."

"Et pourquoi ça ?", répliqua Kurogane d'un ton plus brusque qu'il ne l'aurait souhaité.

"Ce serait plutôt ironique, que quelqu'un dans ma situation - condamné pour des motifs que je n'ai pas à te rappeler - soit en possession d'un talisman supposé m'accorder l'aide divine en cas de besoin, tu ne trouves pas ?"

Il rit, mais Kurogane ne le suivit pas, lui jetant à la place un regard glacial.

"Tu briserais le tendre coeur d'une jeune fille pour un prétexte aussi bidon ?"

"Elle n'a pas besoin de faire ce genre de choses", fut la réponse du blond qui avait retrouvé son sérieux.

"Et qui es-tu pour décider ce que les gens ont besoin de faire ou non ?" Il renifla d'un ton méprisant.

"Hum ... Si tu poses les choses de cette façon ... Dieu, je suppose."

Son sourire s'élargit quasiment jusqu'à ses oreilles. Kurogane quant à lui se retint de justesse d'écraser le talisman au creux de son poing serré, préférant prendre une profonde respiration pour essayer de se calmer ... Avant de se figer soudainement ; un rictus de victoire peint sur les lèvres.

"Bien, tu ne me laisses pas le choix, alors."

Il faillit rire en voyant l'expression triomphante de Yuui, et plus encore en la voyant se décomposer à peine quelques secondes après, lorsque – au lieu d'abandonner la dispute et reprendre sa garde, comme ce dernier l'avait supposé – il glissa la clé dans la serrure et entra, brandissant le talisman comme s'il s'agissait de quelque arme aux pouvoirs de destruction encore insoupçonnés. Kurogane s'avança d'un pas ferme vers le blond – qui ne bougea pas d'un pouce, même si ses traits soudain tendus trahissaient son inquiétude.

"Kuro-myu ..."

"C'est amusant de voir à quel point tu changes de comportement chaque fois que je fais un pas dans ta cellule." Il saisit le menton du blond pour le forcer à lever les yeux vers lui. "Aurais-tu peur de moi, Yuui D. Flowright ?"

Il lui sembla que Yuui allait reculer pour se défaire de son contact, mais il ne le fit pas. Il resta immobile, et l'azur profond de ses prunelles, aussi pur que s'il était enfant de ce ciel pourtant oublié depuis des années, dévora le feu de son regard. Ses lèvres claires articulèrent lentement :

"Aurais-je des raisons d'avoir peur de toi ? Kurogane."

Le dit Kurogane n'avait aucune idée de l'effet que le fait que Yuui se décide enfin à prononcer son nom en entier aurait dû lui faire, mais une chose était sûre : ça n'aurait pas dû être celui-là. Son regard courut le long du corps du prisonnier sans qu'il l'eut vraiment décidé. Sous sa tunique légère, on pouvait deviner la courbure de ses reins et le tissu déchiré par endroits laissait apparaître sa peau blanche qui semblait si douce ... Sa main s'était déjà posée sur ces hanches fines, si dangereusement près des siennes, pour le confirmer ...

"Kuro-chan ..."

Il releva les yeux vers le visage du blond, et l'expression d'abandon incertain qui s'y peignait le fit revenir à la réalité. Ce qu'il s'apprêtait tout juste à faire lui apparut alors – en même temps que les bleus et les marques qui couraient encore sur la peau de Yuui, à divers endroits, son corps fragile et un peu amaigri. Il ne valait pas mieux que ceux qui lui avaient fait ça, au final ... Il recula imperceptiblement.

"Bon sang, mais qu'est-ce que je fabrique ..."

"Kuro-chan, est-ce que j'ai fait quelque chose qui ..."

La main du blond se posa sur sa joue – de façon fuyante, comme s'il n'était pas sûr de savoir comment il devait -ou voulait – se comporter, mais il la repoussa. Kurogane prit le talisman et le passa autour du cou de Yuui.

"Garde-le, c'est tout."

Avant que ce dernier ne puisse ajouter quoi que ce soit, le garde se détourna, sortit de la cellule, referma la porte à clé et partit d'un pas rapide le long du couloir. Et bien que son amour-propre refusât d'appeler par le mot fuite ce qu'il venait de faire, jamais il n'avait senti aussi clairement dans le fond de sa gorge le goût amer de la défaite.


Yuui passa ses doigts autour des barreaux. Le couloir devant sa cellule était désert ; il n'avait pourtant pas envie d'en profiter. Il rit d'un doux rire sans joie puis posa son front contre la paroi de métal, accueillant avec joie la sensation de fraîcheur humide que ce geste lui apporta.

"On dirait que finalement, j'ai réussi à le faire fuir ..."

Il aurait dû se sentir soulagé, mais n'était pas sûr de l'être réellement. C'était pourtant ce qu'il espérait, non ? Bien que cette fois-ci, il n'ait pas agi de façon intentionnelle ... Il passa sa main sur sa hanche, à l'endroit où Kurogane l'avait touché, et ne put retenir un frisson. Depuis quand ce nouveau garde avait-il franchi la ligne, la frontière qu'il maintenait strictement définie entre lui et le monde depuis des années ?

Il aurait dû s'en apercevoir plus tôt. Mais il ne l'avait pas fait. Consciemment. Parce qu'il se sentait seul, depuis que Fai n'était plus là ... Bien sûr, comme l'esprit de son frère ne pouvait pas quitter la prison, ils pouvaient encore entrer en contact fugace, par moments. Mais les mains de Kurogane étaient si chaudes ... Elles lui avaient fait prendre conscience de ce qui lui avait manqué pendant tant d'années, sans qu'il ne puisse encore le savoir.

Il laissa échapper une exclamation de frustration, et donna un coup de pied rageur dans la porte. Il n'avait pas le droit de penser comme cela. Pas après ce que Fai avait fait pour lui. Fai se sentait beaucoup plus seul que lui, bien sûr, mais ne se plaignait jamais. Et lui n'était même pas fichu de faire ce qu'il fallait pour que ce dernier puisse reposer en paix. Au lieu de cela, il s'attachait à l'un de ceux qui étaient chargés de l'en empêcher ... c'était si stupide qu'il ne put s'empêcher d'en rire.

Et le comportement de Kurogane ... il n'avait pas rêvé, il venait de s'intéresser à lui. Ça n'avait pas de sens ... Après tout ce qu'il lui avait dit ... Ce n'était pas son genre, de faire ça, si ? Après tout, il ne le connaissait pas, ne savait pas comment le brun se comportait en dehors de ces murs ... Et puis Kurogane ne serait pas le premier garde à vouloir simplement prendre un peu de bon temps avec ce qui lui passait sous la main.

Il se laissa glisser au sol. Il se sentait vidé de toutes ses forces ; tout devenait si compliqué. Avant l'arrivée de Kurogane, il n'avait eu qu'un seul but : accorder le repos à l'âme de son frère, et ensuite ... ensuite, peu importe. À présent, c'était comme si tout lui échappait au fur et à mesure ... Il fallait que tout cela s'arrête. Et Kurogane semblait penser la même chose lui aussi : considérant la façon dont il était parti, il n'y avait plus de doute, il ne voudrait certainement plus rien avoir à faire avec lui. Il ne serait pas vraiment surpris qu'il finisse par quitter son poste.

Plantant ses ongles sur les dalles de pierre, Yuui pria pour que Kurogane recommence à le détester. C'était peut-être le seul espoir qu'il leur restait, à tous les deux.


Kurogane échangea son tour de guet avec le premier garde qui eut trop peur pour oser lui résister, et quitta la prison. Marchant à grandes enjambées, comme pour mettre le plus de distance possible entre lui et ce qui venait de se produire ... Ou plutôt, ce qui aurait pu se produire. Il passait trop de temps enfermé là-dedans, avec ces imbéciles de gardes, et toute ces frustrations lui faisaient monter des envies stupides à la tête.

Il n'était qu'un homme après tout, et ces choses étaient probablement courantes chez quelqu'un de son âge. L'explication semblait bien simple, en apparence. Mais il ne parvenait pourtant pas à y croire.

Contrairement à beaucoup de ceux qu'il connaissait, il n'avait jamais nourri ce genre de penchants. Alors si cet homme l'attirait ainsi ... Il préférait ne pas penser aux implications qui pouvaient en découler. Parce que cela ne pouvait pas être une simple passade physique ... bien que ça n'aurait dû être que ça. Il ne pouvait pas se permettre plus, dans une situation comme celle-ci. Alors pourquoi les résolutions qui le gouvernaient depuis des années s'inclinaient-elles si facilement, laissant un tel gringalet l'obnubiler ?

Après avoir erré quelques heures dans la ville, tournant inlassablement les mêmes pensées dans sa tête – sans pour autant pouvoir faire avancer d'un seul pouce sa situation - il partit prendre une chambre dans une auberge qui offrait également boisson et oubli à volonté. Après plusieurs bouteilles il finit par se laisser toucher par les avances de la femme aux cheveux longs ondulés qui n'avait cessé de le regarder avec insistance, depuis sa table au fond de la salle, et accepta l'invitation qu'elle lui faisait de partager les frais d'une chambre double.

La femme avait un maintien et une habileté qui rappelaient ceux d'une prostituée, mais elle ne lui demanda d'argent ni au début ni à la fin de la nuit. Leur relation n'entrait donc pas en contradiction avec ses convictions, et une part de lui en fut profondément reconnaissant, car il n'était plus si sûr d'être capable de refuser ses services. Sa peau tannée par le soleil et ses cheveux de jais lui laissèrent un arrière-goût d'insatisfaction bien trop prononcé ...


Et voilà ! Ca vous a plu ? #évite les regards noirs des fans de Kuro#

Laissez quand même une petite review, même si c'est pour me crucifier sur place !

Prochain chapitre : Où l'on apprend que la tranquillité est de courte durée. Théophane et Cruzad reviennent, et mettent à jour des choses qui n'auraient pas dû être révélées ... le poste de Kurogane pourrait-il être menacé ?