When the leader of the bad guys sang,
Lorsque le meneur des malfaiteurs a chanté
Something soft and soaked in pain,
Quelque chose de doux et trempé dans la douleur
I heard the echo from his secret hideaway,
J'ai entendu l'écho de son refuge secret
He must've forgot to close his door,
Il a dû oublier de fermer sa porte
As he cranked out those dismal chords,
Tandis qu'il lançait ces accords moroses,
And his four walls declared him insane.
Et ses quatre murs l'ont déclaré fou.
(twenty one pilots : The Judge)
Kitten acheva ses ennemis qui poussèrent des lamentations. Ces malfrats n'avaient rien mérité de plus que la mort. Ils se tordaient de douleur, leurs corps furent pris de soubresauts, le sang s'accumulait dans leurs gorges tranchées. Ils rendirent l'âme, leurs regards se voilèrent, leurs muscles se relâchèrent. Une mare de sang se déversa autour des corps immobiles. Bientôt, leurs jambes commencèrent à se réduire en poussière. Lentement mais progressivement.
La femme posa un dernier regard sur les cadavres avant de ranger son colt dans son pantalon, d'appuyer son pied de biche tâché de sang contre son épaule. La mission avait été parfaitement remplie. Certes, il y avait quelques bavures mais la Garde Royale se souciait très peu des morts retrouvés qui appartenaient à la pègre. Les journaux en parlaient brièvement mais cela ne révoltait personne, les gens craignaient les truands et quoi de plus rassurant que d'apprendre qu'un groupe d'entre eux avait été assassiné ? Cela faisait un danger potentiel de plus d'écarté. La société était ainsi faite. Elle méprisait ceux qui n'entraient pas dans les codes. Pourtant, les honnêtes gens de cette société sélective n'hésitaient pas à faire appel aux services des hors-la-loi pour leurs affaires personnelles. Cela ne dérangeait en rien Kitten, bien au contraire. Ce type de demande ne faisait qu'enrichir la mafia et elle-même par la même occasion. La pègre avait besoin de ces personnes désespérées pour s'imposer, étendre leur pouvoir. Elles se réfugiaient dans la drogue, les jeux d'argent, les plaisirs interdits par les codes de bonne conduite. Un cercle vicieux, infernal dont jamais elles ne parvenaient à sortir. Elles s'y noyaient avant de disparaître aux yeux des autres. Devenaient des fantômes méprisables.
L'humaine avait quitté depuis une bonne vingtaine de minutes le lieu du crime. Elle était épuisée, n'était parvenue à trouver le sommeil ces trois derniers jours. Le seul moyen pour elle de récupérer cette énergie perdue était de dormir. Kitten haïssait dormir sans une présence, une personne de confiance de préférence. Sans cette présence, elle se sentait vulnérable aux ennemis, aux mauvais souvenirs, aux cauchemars. De plus, son travail au sein de la mafia n'aidait pas à trouver un sommeil réparateur. Le meurtre n'était pas son domaine, ni quelque chose qu'elle appréciait. Elle méprisait cela mais le jugeait nécessaire pour entretenir une certaine prospérité. Les fauteurs de troubles n'étaient pas des gens très bien accueillis au sein des Familles, mieux valait les supprimer avant qu'ils ne parviennent à leurs fins.
Kitten n'avait pas le courage d'aller saluer Punchbag et Clam Guy qui devaient sûrement se trouver au repaire avec d'autres membres de la mafia. A cette heure-ci, ils partageaient des verres de whisky autour de racontars, d'anecdotes plus ou moins intéressantes et histoires en tout genre à propos de leur vie privée. Elle aimait se retrouver avec eux, enfoncée dans le canapé de cuir avec un verre, les écouter parler de manière joviale comme des adolescents surexcités. Don G ne se joignait jamais à eux, sûrement parce qu'il n'était pas au courant ou qu'il avait d'autres priorités.
La femme emprunta un véhicule pour rentrer au manoir, acheta le silence du conducteur et fut déposée à destination. Le portail se dressait devant elle. Les belvédères qui bordaient les trottoirs éclairaient faiblement la grande cour qui séparait la rue du manoir de Don G. D'un pas lourd, Kitten traversa la cour, les graviers craquant sous ses pas avant de pousser l'une des portes de l'immense demeure. Elle se retrouva dans le couloir qui donnait sur la pièce à vivre, l'escalier qui menait aux chambres, à la salle de bain et au bureau de Don G. L'humaine retira son manteau qu'elle rangea dans le placard, détacha ses cheveux châtains qui glissèrent le long de sa nuque puis posa son pied de biche sur le carrelage froid. Elle s'en occuperait demain matin.
Après une douche bien méritée, elle sécha sa chevelure, la démêla, enfila des vêtements propres après avoir inspecté brièvement son corps nu dans le miroir de la salle de bain. Elle observait les cicatrices de son enfance dans son dos, espérant un jour les voir disparaître ainsi que les traces de seringues sur ses bras, les autres cicatrices dues à des opérations médicales non justifiées. Quelques fois, elle regardait si les abdominaux de son ventre étaient plus marqués par rapport à la dernière fois.
Kitten descendit les escaliers tout en boutonnant sa chemise, attrapa un oreiller qui se trouvait sur le canapé bordeaux dans le séjour avant de se rendre à une pièce où Don G se trouvait à cette heure-ci. Il lisait son journal quotidien confortablement installé dans un sofa et c'était souvent durant cette période là de la soirée qu'il le terminait. Sans prévenir, la femme ouvrit brusquement la porte qui frappa le mur avec fracas. G leva la tête de son journal, la regarda entrer d'un pas lourd, poser l'oreiller sur le coin du sofa avant de prendre place sur les coussins sans lui adresser un regard.
« Vous avez besoin que je m'en aille ? demanda t-il. »
Elle mit son doigt sur ses lèvres, fronça les sourcils puis prononça un "Shhhh" d'un ton qui semblait agacé puis se renversa en arrière, la tête sur l'oreiller, les yeux clos, les bras croisés. L'humaine sentait déjà le sommeil la gagner, tant la fatigue accumulée au cours de ces trois derniers jours était importante. Le regard de G resta un court instant posé sur elle avant de revenir aux lignes du journal posé sur ses genoux.
Lorsque Kitten ouvrit les yeux, elle fut surprise de ne pas avoir été éblouie par la lumière artificielle de l'extérieur. La femme se redressa, remarqua que les rideaux avaient été tirés pour empêcher les rayons de pénétrer dans la pièce. Elle se rendit compte qu'une couverture avait glissé jusqu'à ses hanches, qu'on lui avait retiré ses chaussures ainsi que les bretelles gênantes de son pantalon afin qu'elle soit plus à l'aise durant son sommeil. C'était l'oeuvre de Don G, sans aucun doute. Celui-ci avait quitté la pièce, les jambes de Kitten avait pris sa place. Elle ignorait combien de temps elle s'était reposée mais jamais elle ne s'était sentie autant revigorée.
La porte s'ouvrit doucement. G fit son apparition dans la pièce d'un pas silencieux, une tasse de café dans la main. Il récupéra son journal plié sur l'accoudoir, s'aperçut que la femme était réveillée.
« Pardonnez-moi. Je vous ai réveillé ? »
Elle fit signe de la tête que ce n'était pas le cas. Il afficha un petit sourire, déposa la tasse de café fumant aux pieds de l'humaine qui s'était assise.
« Buvez le mien, je vais m'en préparer un autre.
- Merci. Quelle heure est-il ?
- Environ quatorze heures, répondit le Parrain. Je n'ai pas voulu vous réveiller, vous étiez épuisée et mes intentions ne sont pas de vous tuer à la tâche, Kitten.
- Ce n'est pas correct de ma part, j'ai une fonction à remplir, poursuivit la femme, embarrassée.
- Ne vous inquiétez pas, vous avez fourni un excellent travail ces derniers jours. Ce jour de repos, vous l'avez mérité. »
Il était inconcevable qu'elle puisse ainsi manquer à ses fonctions. Kitten retira la couverture de ses hanches, se redressa tant en se recoiffant. G quitta la pièce.
« File-moi l'argent, connasse ! s'écria le monstre en se ruant sur l'humaine, son arme blanche dans la main. »
Elle évita le coup de l'inconscient qui se retrouva déstabilisé par l'esquive effectuée aisément. Kitten, étant une femme difficilement impressionnable, dégaina son colt de la ceinture de son pantalon, le doigt sur la détente, pointé vers le crâne de l'adversaire. Celui-ci afficha une expression surprise, ne s'attendant pas à un tel retournement de situation.
« Hé, demoiselle qu'est-ce que tu fous avec une arme à feu ? dit-il, d'un ton chancelant. C'est dangereux de se promener avec ça.
- Ferme la, lâcha t-elle. Rends-moi la drogue que tu as volé ou je te tire une balle entre les deux yeux. »
Il esquissa un sourire, émit un rire tremblant tandis que Punchbag avançait d'un pas discret jusqu'au malfrat qui avait agressé la Consigliere. Elle demeurait impassible, le doigt qui commençait lentement à appuyer sur la détente. Le monstre écarquilla les yeux, fut pris de sueurs froides. Il tentait tant bien que mal de préserver son calme, se disant qu'elle n'aurait pas le courage de tirer. C'était très mal connaître Kitten. D'un coup bien porté à l'aide du manche de son pistolet, Punchbag assomma l'agresseur qui se retrouva étendu sur les pavés en l'espace de quelques secondes. Il le retint dans sa chute afin d'éviter que celle-ci ne lui soit fatale, puis se mit à fouiller dans les vêtements du monstre avant de récupérer un petit sachet de drogue, de méthamphétamine. L'humaine poussa un soupir, rangea son colt. Son coéquipier lui adressa un sourire en guise d'excuse, fourra la précieuse marchandise volée dans sa poche.
« J'irai en toucher deux mots au fautif, répondit-il. Faites en sorte que Foxy grandpa ne soit pas au courant de tout ça.
- Ce n'est pas lui qui recrute des soldats incapables, poursuivit l'humaine en lui tournant le dos pour reprendre son trajet. En revanche, tu devras aller t'expliquer auprès de Don G lorsque la Garde Royale aurait retrouvé cet homme à moitié sonné.
- Ne vous inquiétez pas. Comme si la Garde Royale en avait quelque chose à faire de ce moins que rien. Que diriez-vous d'un petit verre ? »
Ils tournèrent à l'angle d'une rue, poursuivirent leur chemin jusqu'à se retrouver dans les rues bondées de New Home. Ils passaient inaperçus, comme s'ils n'étaient coupables de rien et étaient des gens lambda. Kitten attirait quelque peu l'attention déjà de par sa curieuse apparence et ensuite, par le fait qu'elle ne portait pas de robe comme une majeure partie des femmes de l'Underground. Cela lui importait peu, elle n'était pas soumise à certains codes de la société. Punchbag mit ses mains dans ses poches, sa cravate à moitié dénouée se balançait sur son torse. Ils peinèrent à avancer dans la foule, les gens essayaient de s'écarter mais furent bloqués par d'autres.
« J'ai quelques affaires à régler.
- Vous vous surmenez, Kitten, fit-il remarquer. Les membres seront sûrement heureux de vous recevoir parmi nous cette après-midi.
- (elle regarda les gens qui essayaient tant bien que mal de se frayer un chemin) Il reçoit un client particulier aujourd'hui, je me dois d'être présente.
- Vraiment ? Lorsque vous irez le rejoindre dans son bureau, vous le retrouvez seul avec sa boîte de confiseries à la menthe, les enfilant toutes une par une tout en regardant par la fenêtre d'un air nostalgique. »
Elle n'y répondit rien, joua des épaules pour inciter les passants à se pousser jusqu'à parvenir à s'extirper de la vague de personnes. Punchbag fit de même, de manière un peu plus polie soit dit en passant. Ils se quittèrent à l'intersection d'une rue, après de brèves salutations puis Kitten se rendit au repaire de Don G. Elle n'avait pas envie d'emprunter une voiture, elle s'y rendit à pied. Les voitures étaient très rares dans l'Underground, étaient réservées aux personnes qui possédaient les moyens d'en emprunter une. Elles circulaient uniquement dans New Home avec quelque peu de difficulté à cause du nombre de personnes qui marchait dans les rues chaque jour.
Une fois arrivée, elle découvrit deux véhicules garés dans la cour. L'un d'entre eux devait appartenir à Don G. La Consigliere passa le portail, traversa la cour pour rejoindre la demeure où se trouvait le bureau du Parrain. Elle salua quelques membres de la mafia au passage, monta les escaliers qui menait à l'étage. Elle toqua à la porte, elle obtint une autorisation. Kitten pénétra dans la pièce, fut peu surprise de découvrir Brett ainsi que Jerry qui se tenaient près de Don G qui venait d'achever sa conversation avec un monstre svelte, voire squelettique. Elle était arrivée trop tard. L'humaine s'excusa de cette interruption puis alla s'installer dans le fauteuil près de la fenêtre. Le Parrain ne l'avait pas quitté des yeux jusqu'à ce qu'elle prenne place. L'attention qu'il lui avait accordé n'avait pas été négative, bien au contraire. Jerry se racla la gorge. Le monstre svelte s'était raidi à la vue de la Consigliere.
« Brett, tu te chargeras de cela, répondit G, comme s'il venait de recouvrir ses esprits. J'ai des affaires importantes à préparer. A moins que vous ne vous portiez volontaire, Consigliere ?
- Navrée.
- Bien. Brett, raccompagne-le jusqu'à sa voiture. »
Le concerné obtempéra, le client le remercia chaudement puis les deux monstres quittèrent la pièce sans davantage s'y attarder. Don G sortit un cigare, l'alluma. Son regard se posa sur Jerry qui le soutint. Une tension se créa entre eux. Le Parrain y mit fin de manière rapide, indiquant au membre de la mafia de quitter le bureau par l'intermédiaire de ce silence. Celui-ci ne tarda pas à s'en aller à son tour, quoique avec une légère hésitation. La porte se referma dans un cliquetis. De nouveau, le calme s'installa.
« Je suis désolée ne pas avoir été présente, Don G.
- Inutile de vous excuser, dit-il après avoir expulsé une bouffée de fumée. Après tout, ne vous avais-je pas demandé de prendre une journée de repos ?
- (elle se leva pour le rejoindre) Je ne suis pas ici pour me reposer. »
Leurs regards se croisèrent. Plusieurs secondes, une brève, peut-être ? Les deux occupants de cette pièce ne pouvaient le savoir. Pourtant, cette brève seconde fut suffisante à Kitten pour s'engager dans quelque chose de plutôt osé. Elle ne savait pas réellement ce qu'il lui avait pris, ni même ce qu'il l'avait poussé à faire cela d'ailleurs. L'attention qu'il lui portait avait fini par porter ses fruits, sûrement. Il s'était redressé, son fauteuil avait légèrement reculé. Elle l'embrassa de manière presque hésitante mais il vint approfondir le baiser lentement. Kitten se retrouva le bas du dos contre le bureau, ses doigts effleurèrent le cigare qui se consumait encore que G avait délaissé. La femme ne l'avait pas repoussé, certainement avait-elle fait le contraire. Ses gestes étaient incontrôlés. Le Don fit glisser ses mains le long de sa nuque avant de descendre encore, d'un geste doux et presque méticuleux. Ce fut lorsque celles-ci atteignirent le milieu du dos de l'humaine, qu'elle se rendit compte de son erreur. Était-ce réellement une erreur ? Elle n'avait pas envie de répondre à cette question, ni de mettre fin à tout cela. Elle l'avait réclamé. Sa peau se hérissait au contact des mains de G, son cœur s'emballa, son esprit semblait ailleurs. Il y allait toujours de cette même douceur, celle dont il faisait preuve à son égard. La femme sentit ses bretelles glisser le long de ses bras, puis se fut au tour de sa chemise qui débutait sa descente jusqu'à ses hanches. G l'embrassa dans le cou, Kitten posa son regard sur le plafond, ferma les paupières pour ne sentir que les caresses éphémères de celui-ci. Il remonta, se prépara à dégrafer le soutien-gorge, ses mains caressaient les cicatrices de son dos avec une curiosité dissimulée. Un frisson lui parcourut l'échine.
Il ne fallut qu'une simple frappe à la porte pour mettre fin à tout cela. Le Don se stoppa un court instant, tenta de ne pas en tenir compte, déposa un autre baiser. On frappa une nouvelle fois. Son souffle dans le creux du cou de l'humaine se fit plus fort pour exprimer sa contrariété.
« Qu'y a t-il ? Je ne veux pas être dérangé.
- Don G ! Permettez-moi d'entrer, j'vous prie. »
C'était la voix grotesque et paniquée de Jerry. Il poussa un soupir, reboutonna rapidement la chemise de sa Consigliere, lui laissa remettre correctement ses bretelles. Son regard croisa celui de Frisk qui n'osait dire un mot. Peut-être valait-il mieux se taire à ce sujet. D'un geste doux, le Don indiqua à Kitten de s'écarter tandis qu'il s'installait dans son fauteuil. G reprit son cigare, expulsa une bouffée de fumée.
« Entre. »
Jerry affichait une expression inquiète, ses yeux passèrent du Parrain au Consigliere, comme s'il se doutait de quelque chose. Il était accompagné d'une autre personne affichant la même face, au ventre rond qui déformait son vêtement rentré dans son pantalon brun. L'humaine demeura silencieuse, ajusta d'un geste bref le col de sa chemise.
« Don Dreemurr ! s'exclama l'autre monstre. »
La simple évocation de ce prénom fit écarquiller les yeux de Don G. Il en lâcha presque son cigare.
Phew ! Ça a failli virer à la catastrophe. Heureusement que Jerry était là pour arranger les choses. Mis à part ça, j'espère que j'ai un minimum respecté le caractère de Don G du début de la fiction, jusqu'à la fin de ce chapitre.
Aaaaah, moi, mes fictions et les monologues qui durent une éternité... Si ça vous ennuie trop, dites-le moi que je corrige ça. J'ai cette sale habitude d'écrire des monologues, désolée. Pour les paroles, j'écoutais souvent cette chanson pendant que j'écrivais le chapitre et je trouvais qu'elles collaient plutôt bien avec le personnage de Don G, ahah.
Excusez-moi si le chapitre est de moins bonne qualité, je suis un peu débordée par le travail en ce moment (je m'en sors assez bien, ceci dit) mais je ne peux pas m'empêcher d'écrire ! J'avais fini ce chapitre avec deux jours d'avance, donc je le poste. Merci d'avoir lu jusqu'au bout, à ceux qui me suivent, vraiment.
