Chapitre 7

Behind Blue Eyes

« Don't worry, I'll not tell you lies. »

Limp Bizkit

Il ne restait que trois jours... Trois jours pour répéter avec hargne les riffs endiablés, trois jours pour chanter encore et encore les paroles engagées, trois jours pour déterminer un vainqueur dans la guerre Draco/Hermione.

Si la jeune fille n'avait pas apprécié les retournements de situation à répétition de la part du blond, ce dernier gardait d'assez mauvais souvenirs de la soirée où il avait fini bourré. Entre ce dont il se souvenait et ce qu'on lui avait raconté, son attitude n'avait pas du être très glorieuse ce soir là… Alors ce concours de musique était devenu un véritable symbole : le gagnant prenait en même temps l'avantage sur l'autre, et ce de façon définitive.

Alors forcément, du côté d'Hermione comme de celui de Draco, le travail était au rendez-vous. Quitte à jouer les chefs impitoyables. Tout le monde, durant cette dernière semaine, évitait tant que possible de croiser Hermione ou Draco, car leur humeur massacrante avait déjà fait pas mal de victimes morales.

Et puis, le jour, le grand jour arriva. Tous les élèves étaient rassemblés dans la Grande Salle. Et Dumbledore démarra son discours.

- Je suis très heureux de vous voir réunis ici pour admirer le travail de ceux qui ont choisi de participer à ce concours.

Draco regardait le directeur fixement. Bien sûr, ce n'était plus le même Dumbledore qu'avant, mais qu'est-ce qu'il lui ressemblait… Quand Albus avait été tué, son frère avait été choisi pour le remplacer à la tête de Poudlard. Et que ce soit au niveau de ses yeux clairs, de sa barbe blanche ou de ses intonations majestueuses, ce nouveau Dumbledore ressemblait trait pour trait à son défunt aîné. A tel point que beaucoup finissaient par en oublier que le Dumbledore qu'ils avaient toujours connu était mort sous la baguette de celui qu'il avait toujours protégé.

Quand Draco croisait Dumbledore dans les couloirs, le directeur lui lançait des regards noirs. Intérieurement, il lui reprochait la mort de son frère. Peu importe qui avait lancé le sort, et surtout pourquoi, puisque l'ancien Mangemort avait programmé cet assassinat avec Dumbledore lui-même, mais il savait que tout venait de Draco. Alors quoi qu'il fasse, ce regard pénétrant le faisait se sentir coupable. Mais coupable de quoi ? D'avoir été enfanté pour faire le mal ?

- L'ordre de passage des groupes vous a été communiqué, et j'espère que tous les participants sont prêts. Que la fête commence !

Le château s'illumina. Les bougies flottantes habituelles furent remplacées par des boules à facettes et des projecteurs qui lançaient des lumières de toutes les couleurs sur les murs. Puis la scène, installée pour l'occasion, s'illumina elle-aussi grâce à des néons bleus. Le spectacle était grandiose.

Le premier groupe à se présenter fut celui de Draco Malfoy. Crabbe, Goyle et Draco avait fait des efforts de style pour l'occasion. Le blond portait un jean qui retombait en dessous de ses hanches, un peu trop large pour lui et orné des chaînes en fer. Son pantalon lui tombait jusqu'aux pieds, où on pouvait voir les célèbres chaussures « All Star » des moldus, cette fois-ci en rouge et noir. Pour le haut, il avait choisi une chemise noire large, dont les premiers boutons du haut et du bas étaient restés ouverts. Une cravate rouge desserrée accompagnait son accoutrement.

Draco ressemblait à un parfait rockeur moldu. Jusqu'à ses cheveux, qui pour être assortis au reste, n'étaient plus tirés en arrière. Il les avait coiffé avec des pics, dans un style décoiffé très calculé. Au niveau de ses tempes, quelques mèches retombaient et entouraient son visage. Ses yeux gris étaient entourés d'une très fine couche de eye-liner, qui relevait le côté sombre de son âme. Crabbe et Goyle étaient dans le même style, mais à côté de leur leader, ils ne faisaient pas le poids.

A peine arrivé sur scène, Draco s'empara du micro. Dans ses yeux, on pouvait voir un mélange déroutant de haine, de tristesse, mais surtout de détermination. Crabbe était le batteur, installé devant sa batterie rouge, et il aurait presque paru petit et maigre derrière elle. Goyle avait pris la guitare en main, une électrique noire qu'il avait branché à son ampli. Dans le coin, un synthétiseur trônait fièrement, attendant calmement que quelqu'un veuille jouer avec lui, mais il ne semblait pas encore prévu au programme.

Tout le monde attendait que le spectacle commence. A la vue du groupe, on pouvait s'attendre à une puissante musique, entre hard rock et métal. Peut être du metalcore, si on prenait en compte le petit côté punk qui ressortait de tout ça.

Puis le moment tant attendu arriva. Goyle se pencha pour mettre le son, Draco alluma son micro et Crabbe frappa le tempo avec ses baguettes. Dans un premier temps, des notes se succédèrent calmement. Pas d'accords joués en croches, pas de rythme infernal sur la batterie. Et pas de distorsion non plus. Une musique calme, trop peut être ? Puis la bouche aux lèvres si fines s'approcha du micro, et les premières paroles envahirent la salle.

« No one knows what it's like to be the bad man, to be the sad man… »

Quelque part dans la foule d'élèves, une gryffondor de dernière année se demandait pourquoi le blond avait choisi cette chanson...

« Behind blue eyes. »

- Qu'est-ce que tu dis, Hermione ?

- Le titre de la chanson, c'est Behind Blue Eyes.

- Si tu le dis…

« No one knows what it's like to be hated, to be fated… To telling only lies. »

Tous les élèves étaient subjugués par la voix de Draco Malfoy. Sa froideur habituelle avait laissé place à une sensibilité, certainement feinte pour la chanson, mais une sensibilité tout de même. Où était le serpentard arrogant que tout le monde connaissait ?

« But my dreams they aren't as empty as my conscience seems to be. »

- Ses rêves ? J'imagine le genre : diriger le monde, se taper toutes les filles, dominer…

- Peut être, Hermione, mais c'est un sacré concurrent. On va avoir du mal… Tu ne crois pas ?

- Tais-toi Ron, si tu commences à douter, on va perdre. Mais on ne perdra pas !

« I have hours only lonely. My love is vengeance that's never free... »

Et en disant ces mots, Draco avait regardé Hermione dans les yeux. La jeune fille fut d'abord déstabilisée, puis elle comprit. Il lui sembla qu'un sourire malsain ornait les lèvres de Draco Malfoy. C'est ce qu'il voulait. Il voulait lui faire perdre contrôle pour gagner ce concours et la ridiculiser une fois de plus. Mais elle n'allait pas se laisser faire. Il n'en était pas question !

« No one knows what it's like to feel this feelings like I do… And I blame you ! »

A présent, tout le monde semblait ingurgiter les paroles de Draco Malfoy sans rien réaliser de ce qu'il y avait autour d'eux, comme si seule sa voix avait de l'importance. Hermione n'était même pas sûre que quiconque entende la musique qui accompagnait la voix. Est-ce qu'elle seule se rendait compte que tout cela n'était que de la comédie ?

« No one bites back as hard on their anger. None of my pain and woe can show through. »

- Putain, est-ce qu'il va arrêter sa comédie ? Il nous fait le coup du pauvre adolescente déprimé et délaissé, mais si tout le monde le craint c'est parce qu'il le cherche !

Personne n'écoutait Hermione, et de toute manière Hermione n'écoutait personne. Elle était passablement énervée par le petit numéro de séduction de Draco Malfoy, mais surtout par le fait que ce dernier parvienne à mettre autant de monde de son côté. Oui, il chantait bien, mais il n'avait rien vu. Elle, elle allait leur livrer un vrai spectacle moldu. Et Malfoy pouvait aller se rhabiller.

« No one knows what it's like to be mistreated, to be defeated behind blue eyes. »

Draco avait une douceur impressionnante dans la voix, et Hermione finissait par s'avouer à elle-même qu'il était vraiment très doué. Mais cela n'enlevait rien à son sale caractère et à cet air malsain qui lui collait à la peau.

« No one knows how to say that they're sorry. But don't worry I'm not telling lies. »

Il ne fallait pas exagérer, tout de même. Il ne faisait que raconter des mensonges. N'est-ce pas ?

« No one knows what it's like to be the bad man, to be the sad man behind blue eyes… »

La chanson se finit sur cette phrase, dont Draco semblait douloureusement ressentir chaque mot et sa signification. Quand les notes de musiques et la voix s'arrêtèrent, il y eut quelques fractions de secondes durant lesquelles les élèves semblaient retrouver leur réalité, parfois durement, parfois rêveusement, encore empreints des paroles qu'ils venaient d'entendre et de la beauté de la voix qui les avait chantées. Puis un tonnerre d'applaudissement retentit. Tous étaient debout, frappant en cadence dans leurs mains et ne tarissant pas d'éloge le groupe de Draco. Les serpentards étaient en fête, car ils savaient qu'il allait être dur pour les gryffondors de battre ça.

Mais à vrai dire, même parmi les gryffondors, le groupe avait, après une chanson, de nombreux fans. Draco Malfoy observait la scène avec visiblement beaucoup de satisfaction. Un sourire ornait ses lèvres, et il ressemblait étrangement à celui qu'il arborait lorsqu'il parvenait à se montrer supérieur au célèbre Harry Potter. C'est exactement la réflexion que se faisait Hermione à cet instant. Oui, décidément, Malfoy aimait par-dessus tout surpasser ses ennemis et ceux qui osaient se dévoiler meilleur que lui dans un domaine. Mais cette fois-ci la jeune gryffondor n'allait pas se laisser faire. Non, elle allait l'anéantir. Le talent, on l'a ou on ne l'a pas.

Avant de quitter la scène, Malfoy fait un petit signe à l'attention de toutes les filles de la salle, qui gloussèrent toutes au même instant, persuadées que ce signe était destiné à leur personne propre. Et alors qu'il passait derrière le rideau, il jeta un regard de défi à Hermione, qui était plus déterminée que jamais à le relever.

Plus le temps passait et plus Harry et Ron étaient effrayés à l'idée de monter sur la scène. Hermione aurait souri devant le fait qu'un héros qui combat des dragons ait peur de jouer de la batterie devant son école si elle n'avait pas considéré cette simple soirée comme un combat à proprement parler. On aurait dit que ces trois minutes de musique allaient déterminer le reste de sa vie. Ron et Harry, auparavant blagueurs, n'osaient plus dire un mot.

D'autres groupes passèrent. Pour la plupart, le résultat était satisfaisant, mais aucun n'arrivait à la cheville de celui de Draco. Harry, Hermione et Ron étaient les avant-derniers à se produire sur scène. Dans sa tête, la jeune fille répétait les paroles. Elle connaissait sa chanson par cœur. Ca n'avait pas été difficile, en fait, elle l'avait tellement écoutée durant chaque vacance scolaire où elle pouvait acheter de la musique moldue qu'il lui avait suffit de lire une seule fois les paroles pour se les approprier.

Hermione ne cessait de penser à la manière odieuse que Malfoy avait utilisé pour gagner. Il avait joué sur son terrain. Non pas en voulant séduire, mais en utilisant les sentiments des gens. Il faut être inhumain pour jouer avec le cœur de personnes que l'on a toujours méprisées. Draco Malfoy était inhumain. D'habitude, il séduisait plutôt avec ses grands airs arrogants et son physique attirant. Mais là, il avait utilisé la méthode hermionesque : le cœur.

A croire qu'il essayait d'inverser les rôles….Inverser les rôles ? L'idée percuta la tête d'Hermione. La jeune fille se mit à courir frénétiquement, défaisant le nœud de la cravate qui ornait son cou. Elle courut jusque dans sa chambre, enleva ses habits et les changea rapidement. Elle finit de se préparer et redescendit dans la salle. Elle atteignait la porte quand le groupe précédent finit la chanson. Hermione évita de traverser les rangées d'élèves et vint rejoindre Harry et Ron derrière la scène.

- Je vous demande d'applaudir bien fort le prochain groupe, constituer de Messieurs Ronald Weasley et Harry Potter, ainsi que Mademoiselle Hermione Granger.

Le rideau s'ouvrit pour les laisser entrer. Le spectacle pouvait enfin commencer…