Voilà donc ce qu'ils cachaient...

Le 22 Décembre 1974. L'une des dates qui resteront gravées en moi.
C'est ce jour-là que j'ai appris le secret. Ce jour-là que j'ai compris. Mais je vais commencer au début…

Après avoir surpris la conversation entre les deux garçons, je fis comme si rien n'était. Sauf en soirée, où, comme nous allions, à ma demande, rendre visite à Remus, j'ai négligemment demandé ce qu'ils comptaient faire de leur soirée. Ils se sont alors tous mis à parler en même temps, s'embrouillant, se coupant, jusqu'à ce qu'ils se mettent d'accord sur une version: hé oui, ces quatre énergumènes m'ont déclaré sans rougir, qu'ils devaient « terminer mon cadeau de noël et, par conséquent, qu'il m'était interdit de mettre un pied ou ne serait-ce qu'un cheveu, hors de mon dortoir. » Sur le coup, je me suis vraiment demandé où ils avaient été chercher cette idée…qui, si je n'avais su qu'elle était fausse, m'aurait fait extrêmment plaisir. Mais, dans ce cas, pourquoi Remus, connu pour être d'un calme sans égal, se serait-il énervé ?
C'était ce que je comptais bien découvrir. Par mes propres moyens…

Le soir, je me suis donc postée derrière la porte entrouverte de mon dortoir tendant l'oreille pour les entendre sortir. Ils se sont exécutés sans un bruit, juste quelques « chhutttt! » par-ci, par là. Ils me faisaient sourire dans le noir, à essayer d'être discrets sans succès. Quand j'ai entendu le clic signifiant le refermement du portrait cachant la grande salle, je suis descendue sur la pointe des pieds, vérifiant qu'ils étaient sortis tous les trois, Remus étant toujours à l'infirmerie. Enfin c'est ce que je pensais…
J'ai entrebaillé le portrait de la grosse dame qui somnolait déjà. Et je les ai suivis, me fiant au bruit de leur pas, prenant garde à leur laisser une bonne longueur d'avance. Puis je me suis retrouvée en haut de l'escalier descendant vers le hall. Je me suis aplatie contre le mur en les entendant parler: « Remus doit nous attendre. Peter dépêche-toi ! ». J'ai jeté un œil mais ils n'étaient plus là; seul le bruit de la porte qui se fermait m'a fait comprendre où ils se trouvaient. Je me suis donc glissée dans le parc à leur suite… Mais là, malgré la pleine lune éclairant les lieux, impossible de les repérer ! Puis je me suis souvenue : la cape d'invisibilité de James !
J'ai juré entre mes dents mais ai quand même scruté le parc en désespoir de cause. Je regardais une nouvelle fois en direction du saule cogneur déchaîné quand, soudainement, celui-ci s'est figé.
Alors j'ai couru. Je me suis arrêtée à distance raisonnable des branches qui avaient recommencé à s'agiter en tous sens. Je ne sais combien de temps je suis restée là, exactement. Puis l'arbre s'est figé à nouveau. Je me suis accroupie à quelque distance, cachée derrière des buissons épineux. Le vent plaquait mes cheveux en arrière, il était contre moi… C'est ce qui m'a sauvé.

Je n'ai pas compris au départ. Pour moi, ce n'étaient que des animaux. De simples animaux qui jouaient. Mais des animaux avec un comportement étrange, familier. A bien y regarder, ce chien et ce cerf, à se sauter sur le poil de cette façon… ce sourire… « Sirius… ». J'avais murmuré sans m'en rendre compte. J'ai vite porté la main a ma bouche et ai ouvert de grand yeux ébahis quand le chien à tourné la tête dans ma direction. Je n'ai plus fais un bruit, m'obligeant même a ne plus respirer. Ils se sont vite remis a s'amuser et je les ai reconnus. Le chien, bien évidemment, joueur et fidèle était mon frère. Le cerf, majestueux et fier, ne pouvait être que James. Et le rat, que je distinguais faiblement entre les sabots de celui-ci, peureux et rusé, était Peter.
Mais alors, où était Remus ? Ils avaient pourtant dit qu'il les attendait, que…
Et c'est à ce moment qu'il est apparu, superbement effrayant.
Mon souffle s'est bloqué dans ma gorge. Mon frère ! James ! Peter ! Ils étaient en compagnie… d'un loup-garou ! Ils étaient en danger ! Ils… jouaient ? Ils s'amusaient ? Avec cet animal…

Du regard je cherchais Remus, me répétant comme une litanie que la bête ne lui avait fait aucun mal, car sinon, les maraudeurs auraient depuis longtemps réagis.
Je ne comprenais pas, je ne voulais pas comprendre !

Puis le loup garou a levé la tête pour hurler à la lune et la vérité m'a sauté au visage. M'a sauté au cœur.
Ses yeux, je les connaissais. J'avais devant moi mon maraudeur aux yeux d'or… Le plus calme, le plus posé de la bande. Remus…

Puis ils se sont tous quatre détournés vers la forêt interdite, insouciants… Quand ils s'y sont enfoncés, et après avoir recouvrée l'usage de mes jambes, je me suis mise à courir, plus vite que je n'avais couru, à en perdre le souffle. Je me suis emmêlée dans les buissons, m'égratinant fortement au passage mais je n'aurai ralenti pour rien au monde. Mes jambes ont arrêté leur course folle une fois que j'eu claqué derrière moi la porte de mon dortoir et ne m'ont plus porté, me faisant m'allonger par terre, une main sur le cœur, luttant pour reprendre mon souffle. Et mes esprits…

Puis je me suis prostrée contre le rebord de mon lit, les genoux bien serrés entre mes bras, les mains entrelacées. Et j'ai lutté pour ne pas réfléchir, pour enlever ces images de ma tête, pour penser à autre chose. A quoi, je ne sais plus. Mais je me rappelle que tout tournait dans ma tête, formant une farandole sans fin.
Quand mon cerveau a accepté de me laisser un peu de répit et a cessé de gamberger, le jour s'était levé et le soleil inondait ma chambre. Je me suis redressée comme une automate pour me laisser retomber sur mon lit. A la seconde même où j'ai touché l'oreiller, je me suis endormie, happée par une brume de plomb.