Chapitre 7 : Double face

Lundi 20 septembre, 8h58.

Grande Salle de Poudlard.

Hermione regarda Harry s'approcher de la table de leur maison, essayant de deviner son humeur à travers ses traits. A côté de Drago, Harry était un livre ouvert, et il semblait d'excellente humeur : Un immense sourire atteignait ses oreilles, tandis qu'il s'approchait de son amie d'un pas euphorique.

Ron, qui le suivait de près, regardait fixement ses chaussures. Le visage maussade, il changea de trajectoire en voyant celle d'Harry et se dirigea vers Gabrial, son colocataire.

Elle ne pouvait pas lui en vouloir, vue comment elle s'était rapproché du sien.

"Coucou 'Mione !"

"Et bah Harry, t'as l'air bien joyeux !"

"Oh, si tu dis ça pour le Quidditch, aucun rapport. Tu diras bravo à Drago, d'ailleurs."

Hermione ne savait pas de quoi être la plus surprise : Le fait qu'il félicite Drago de l'avoir écrasé, ou de l'avoir appelé Drago tout simplement. Harry s'assit, et lança un deuxième sourire à Hermione. Merlin, qu'est ce qu'il lui arrive pour qu'il appelle son ennemi par son prénom?

Puis, elle comprit, en voyant le regard d'Harry fixé sur le visage de Ginny, tourné légèrement vers la table des professeurs.

Ohoh.

Même jour, 11h23.

Classe de Métamorphose, Gryffondors.

Hermione tenta de faire transformer sa boite de conserve en bouteille, en vain. Le moral dans les chaussettes, elle arrivait à peine à la faire changer de couleur, ce qui ne l'alarma même pas.

Elle savait parfaitement que son esprit était entièrement tourné vers le rouquin, en face d'elle, qui évitait consciencieusement son regard.

Harry, à ses côtés, semblait également perdu dans ses pensées. Hermione le suspecta de penser à certains cheveux roux, mais ne trouva même pas la force de lui rappeler qu'il devait travailler, pour remporter ses BUSE. Après tout, elle ne faisait rien d'autres que fendre l'air de sa baguette, sans prononcer la moindre incantation… Elle ne montrait pas un bon exemple.

"Bien, bien, vous pouvez tous sortir. Miss Granger? J'aimerais à vous parler."

Hermione regarda, surprise, sa directrice de maison. Elle se leva, fit un signe direct de la tête à Harry pour qu'il ne l'attende pas, et se dirigea vers le bureau de McGonagall.

Les derniers élèves sortis, non sans lancer un regard curieux à la brune, la professeur mit du temps à accorder son attention, occupée à ranger de nombreux papiers sur son bureau. Enfin, elle annonça d'une voix sèche :

"Miss Granger, je ne remettrai jamais en cause votre grand savoir, ou votre intelligence dont vous avez fait preuve dès le premier cours. Mais depuis quelques semaines, vous êtes, comme… Effacée."

Hermione baissa les yeux, et le rouge lui monta aux joues. Pitié, que McGonagall ne parle pas de Ron, pitié, pitié...

"Je voulais donc vous demandez… Est ce que c'est à cause de l'emplacement de votre dortoir? M. Malefoy a-t-il été méchant, avec vous? Vous pouvez tout me dire, vous savez."

Cette fois-ci, la Rouge et Or regarda sa professeur avec de grands yeux, malgré le soulagement qui fit dégonfler ses poumons jusqu'alors comprimés par l'angoisse.

"Non, non ! Pas du tout, au contraire, il me protège des Serpentards, en quelque sorte."

Hermione se mordit la lèvre, comme pour retenir les derniers mots qu'elle avait prononcé.

Les yeux de McGonagall pétillèrent comme si elle lui avait annoncé qu'elle allait devenir directrice de Poudlard.

"Oh ! Très bien ! J'en suis ravie !"

Elle murmura quelques paroles incompréhensibles, tout en fermant son sac. Elle balaya la pièce d'un mouvement de la main, comme pour chasser ses paroles précédentes, et lança d'une voix presque joyeuse :

"Merci beaucoup, Miss Granger, vous pouvez disposer !"

Hermione la salua donc d'un bref mouvement de la tête, et sortit.

Parler de Drago, d'accord, mais de Ron, hors de question. Le sentiment qui emplissait sa poitrine rien que de l'imaginer était si désagréable qu'elle lui donna des hauts-le-coeur.

Mardi 21 septembre, 15h34

Chambre de Drago Malefoy

Drago vit valser les feuilles jaunies du petit cahier entre ses doigts, le regard lointain.

Il savait qu'il s'apprêtait à faire quelque chose de malsain, qu'il allait le regretter, qu'il pourrait détruire toute chance d'avoir Hermione. Lire son journal intime était une très mauvaise idée.

Mais il ne pouvait s'empêcher de glisser des regards sur les mots écrits à la plume, et d'y déceler les pensées de sa brune.

Ses yeux s'arrêtèrent sur un mot en particulier. Un mot qu'il le rongea d'une curiosité maladive. "Drago".

Après avoir vérifié, pour la dixième fois, que sa porte était bien fermée et qu'Hermione n'était pas dans sa chambre, il se pencha sur la belle écriture de la jeune femme, et poursuivit sa lecture.

"Cher journal,

Aujourd'hui, je ne sais pas trop quoi faire. J'ai l'impression que ça fait 6 mois que je suis de retour à Poudlard, et pourtant… Ma vie semble arrêtée. Ron et Harry que je ne vois plus, les cours qui m'ennuient, le changement de comportement de Drago… Comment ma vie a t-elle pu se transformer à ce point?

Je me demande ce que j'aurais écrit, si Peeves n'avait jamais inondé notre dortoir."

Drago relit la phrase encore et encore, et revint quelques jours en arrière. Avec un dégoût, il relit le jour suivant la gifle qu'il lui avait donné :

"Cher journal,

Je souffre. La gifle que m'a donné Malefoy était si puissante que j'ai l'impression qu'elle me brûle continuellement. J'ai essayé d'apaiser la rougeur de ma joue, en vain… Un coup de sa main ne peut être effacée par la magie.

Je ne sais pas ce que j'ai fais pour mériter ça, pour dormir à côté de mon ennemi, de devoir croiser la maison des Serpentards tous les jours, dans LEUR salle.

Merlin doit y être pour quelque chose… Ou Dieu. Je ne sais pas, je ne sais plus.

J'ai l'impression que des tonnes de questions tourbillonnent dans ma tête, sauf que je n'y trouve aucune réponse.

Je t'écris ça, car je me sens seule. Plus seule que jamais.

Ron est devenu ami avec Gabrial, le colocataire des Serdaigles, Harry a retrouvé Seamus, Dean, Neville et Ginny, et moi je suis exclue. Si seulement…"

Drago ne finit pas la phrase, et jeta le journal à travers la pièce. Il alla s'écraser contre le pied du fauteuil, déchirant ainsi quelques pages au passage.

Il se passa nerveusement sa main dans ses cheveux soignés, et mit sa tête entre ses mains.

Comment avait-il pu faire ça? Comment avait-il pu la faire souffrir à ce point? A la lire, il l'avait plus blessé que Pansy, et avait même laisser une trace sur sa joue.

Et Weasley, comment pouvait-il se rapprocher d'un autre? Il l'avait laissé tomber, lui qui pensait qu'il allait l'attendre devant sa chambre tous les matins et la raccompagner, le soir. Potter aussi, qui se rapproche des autres Rouges et Or alors que sa meilleure amie est à moitié en dépression…

Non, il ne pouvait pas rejeter la faute sur la belette et le balafré. IL l'avait fait souffrir, et IL était la cause de toute cette douleur… Elle avait l'air si malheureuse...

Malgré tout, Drago reconnut qu'elle avait une grande force : S'il n'avait pas lu ces lignes, il n'aurait jamais suspecté Hermione de souffrir autant. L'hypothèse du mur qu'elle construisait autour d'elle, à son image, retentit une nouvelle fois dans son crâne, et il esquissa un sourire.

Si différents, et pourtant si proches.

Mardi 28 septembre, 12h22.

Grande Salle de Poudlard.

Hermione avait laissé son assiette intacte, malgré la faim qui tenaillait son ventre. Elle se forçait presque à ne pas manger, de peur de vomir le reste dans la journée.

Comme depuis une semaine.

L'absence de Ron dans sa vie avait laissé des traces qu'elle n'aurait jamais soupçonné, quelques années plus tôt : Vomir, pleurer et s'effacer était désormais les trois mots qui rythmaient son quotidien.

Sans le vouloir, son regard dans le vide se focalisa sur un blond, à deux tables d'elle. L'air perdu, il contemplait l'estrade de Dumbledore d'un air absent. Amusée par son air absent, elle tenta de détourner le regard, en vain. Elle était comme hypnotisée par ces iris d'un bleu ciel profond.

A force de côtoyer Drago, elle avait apprit à comprendre ses humeurs selon son visage, et particulièrement ses yeux. Lorsqu'ils étaient bleus, comme maintenant, cela signifiait qu'il était calme, et quand ils prenaient une teinte verdâtre, c'était forcément lorsqu'il souriait.

Par contre, lorsque ses prunelles se transformaient en gris acier, c'était lorsqu'il luttait intérieurement contre un sentiment : La haine, la culpabilité, l'amitié. Il se forçait à reprendre son impassibilité, mais Hermione avait apprit à déceler les émotions qui le traversaient avec de plus en plus vite de vitesse, le devançant largement lorsqu'il tentait vainement de changer ses traits.

"Hermione? Ca va?"

Elle reconnut la voix de Ginny, mais une boule qui lui oppressait la gorge retarda sa réponse. Avec tous les événements récents, elle en avait presque oublié la conversation majeure que devait avoir la brune et la rousse. D'ailleurs, elle sentit presque le regard de Blaise contre sa joue, à l'autre bout de la salle.

Elle inspira, et balança :

"Ginny, il faut impérativement que je te parle."

Et là, sans qu'elle le devine, une larme roula lentement sur sa joue.

La Weasley se leva, et attira quelques regards curieux parmi les élèves de Gryffondor. Elle attrapa le bras de son amie, et sortit de la Grande Salle sans un regard en arrière.

Hermione aurait tant aimé avoir son courage.

Même jour, 12h36.

Chambre d'Hermione Granger, cachots des Serpentards.

Ginny contempla la chambre d'Hermione, teintée de vert et d'argent, un air émerveillé sur son visage. Sa propriétaire, gênée, s'assit discrètement dans son lit tout en essuyant de sa manche les larmes sur son visage.

"Bon, alors, raconte-moi."

La rousse continua de regarder d'un oeil intéressé les différentes meubles qui peuplait la petite pièce, et d'admirer le grand lit vert en son centre, avant de s'y asseoir. Puis, elle fixa le visage de la brune, apparemment pour y déceler quelconque sentiment.

"Alors… J'ai plusieurs choses à te dire."

Ginny encouragea Hermione d'un petit sourire, et cette dernière poursuivit sur sa lancée :

"Zabini est venu, l'autre jour, dans ma chambre. Au début, j'ai cru que c'était pour me lancer des insultes au visage, ou me demander de rédiger son devoir… Mais en fait, pas du tout. Il était super sérieux, comme s'il s'apprêtait à me lâcher une bombe.."

"Quoi? Qu'est ce qu'il t'as dis?" demanda Ginny, des étoiles dans les yeux.

"Euh.. Il m'a dit qu'il voulait que je vous présente, tous les deux. Je pense qu'il… T'apprécie."

Contrairement à ce qu'elle aurait imaginé, Ginny éclata d'un rire cristallin.

"Alors ça ! Je m'y attendais pas du tout ! Blaise Zabini qui veut sortir avec moi…"

"Non, non, il a pas dit ça, il a juste dit qu'il.."

Ginny regarda Hermione, un air desolé sur le visage. Puis elle dit doucement :

"Quand un garçon demande à se faire "présenter", c'est que tu lui plais… Et je pense que si tu le fais vraiment, il se gênera pas pour me draguer."

La brune resta interdite, presque choquée : C'était vraiment comme ça que ça se passe? Certes, les histoires d'amour n'était pas vraiment son truc, mais elle n'aurait jamais imaginé que ça se déroulait de sortes, et encore que ce soit Ginny qui lui explique. Bien que cette dernière ai prit de l'assurance et de la maturité depuis cet été, elle ne pouvait concevoir qu'elle avait autant de succès autant des garçons… Peut-être qu'elle resterait toujours la petite soeur de Ron, sensible et émerveillée, après tout.

Les deux filles se regardaient, assises dans le lit vert. Puis, la voix timide rompit le silence qui flottait dans la pièce :

"Tu sais, Hermione, faut vraiment que je t'apprenne deux trois trucs sur la drague."

Et elles éclatèrent de rire, sans vraiment savoir pourquoi.

Hermione regarda, à travers les éclats de rire qui la secouait, le visage de la rousse. Oui, ça lui faisait du bien de rire, enfin. Hilare, elle ressentit un bonheur la submerger, l'espace de quelques secondes : elle avait l'impression d'être enfouie dans une perpétuelle bulle de solitude, et de ne pouvoir que se confier qu'à elle-même. Et enfin, elle pouvait tout lâcher dans un fou rire.

Soudain, alors que des petites larmes se formaient au coin de ses yeux rieurs, Hermione entendit une porte s'ouvrir.

Une tête blonde, empreinte d'une inquiétude palpable, passa dans l'ouverture :

"Granger? Qu'est ce qui…"

Il regarda, hébété, Ginny, pendant quelques secondes. Puis, il parut reprendre constance, et déclara d'une voix dure :

"J'ai cru que tu t'étouffais. C'est pas un rire, que tu as, Granger."

Et il ferma la porte. Hermione tourna la tête vers son amie, l'amusement toujours accroché sur le visage. Puis, alors qu'un nouveau silence engloutissait la pièce humide, Ginny lâcha, avec un petit sourire malicieux :

"C'était quoi, ça?"

Même jour, 16h02.

Couloirs de Poudlard

Quand M. Binns termina sa phrase d'une voix plus mélancolique que jamais, Hermione fit toute suite racler sa chaise sur le sol et sortit de la salle, ses cahiers à la main. Elle ne voulait pas s'éterniser devant le visage fermé de son ex-meilleur ami. Et elle ne voulait pas voir la bonne humeur débordante d'Harry.

Elle avait envie que d'une chose : Retrouver sa chambre, et s'allonger dans son lit. Lit qui était, elle devait l'avouer, douillet au possible.

"Hermione?"

La concernée se retourna, prête à rembarrer quiconque osait se mettre en travers de son chemin. Mais avant qu'elle ai pu lancer une phrase, Ron se planta devant elle.

Aussitôt, ce fut comme si tout son sang était descendu vers son estomac. Elle sentit son visage perdre ses couleurs rosées, et une bataille intérieure débuta au fond de son cerveau : Partir, l'écouter? Fuir, lui parler?

"Je voulais juste te dire que je regrettai ce que je t'ai dis. C'était carrément abusé. Jamais j'aurai voulu que tu souffres encore plus."

La tension qui émanait du corps de la brune se dissipa, alors qu'elle repassait les mots dans sa tête. Le plaisir de retrouver son meilleur ami se dessina sur ses lèvres sans qu'elle le veuille, et elle se surprit à vouloir le serrer contre elle. Enfin, le vide qui lui aspirait peu à peu son coeur sembla s'évaporer, et les tremblements qui l'ébranlaient au fur et à mesure de sa journée diminuèrent.

"Mais je maintiens : je ne comprends toujours pas pourquoi tu es devenue ami avec ce.. ce.. Malefoy."

Ah, oui, elle avait oublié ce détail. Malefoy et Weasley n'étaient vraiment pas faits pour être amis… Malgré tout, elle risqua timidement :

"Je ne sais pas, Ron, il n'est plus le garçon qu'il était avant. Peut-être qu'il a changé…"

Les traits du rouquin se durcirent, mais il se tut devant les pauvres mots qu'avait dit Hermione.

"Alors, réconciliés?"

Harry s'approcha du couple, toujours avec le même entrain.

"On dirait bien que oui." affirma Hermione dans un sourire.

Samedi 1er octobre, 13h45.

Chambre de Drago Malefoy, cachots des Serpentards.

Drago, depuis son lit, regardait le journal intime d'Hermione, posé à quelques centimètres de sa jambe. Le lire? Le rendre? Lui dire? Le brûler? Toutes les possibilités qu'il pourrait faire avec ce précieux carnet tournoyaient dans sa tête, sans qu'il en trouve une plus convaincante que les autres.

Il haïssait ce journal, mais le chérissait également. Il représentait pour lui trahison, et la découverte, le moyen parfaite de comprendre les pensées secrètes d'Hermione, et lui garantir une dispute.

Il était perdu. Et il détestait également ce sentiment.

Il avait l'impression de tromper Hermione, de découvrir une parcelle d'elle sans qu'elle le veuille, de la forcer à sa volonté. Voilà, c'était exactement cela : il avait l'acerbe sensation de lui avoir lancé un "Imperium". Il frappait Pansy, mais méritait autant qu'elle.

Mais une petite voix dans sa tête lui intima de lire les dernières phrases du journal, malgré son incertitude. Au fond, il avait le droit de regarder quelques phrases, puis reposer le carnet à la même place, Hermione ne le saurait jamais.

Rassuré, il reprit le carnet entre ses doigts et contempla les différentes dates que la brune avait écrit.

Même jour, 14h15.

Bibliothèque de Poudlard.

Hermione n'arrivait pas à se concentrer. Elle avait la dure impression d'être épiée, en permanence, par un regard inconnu, qui lui brûlait les joues, le cou, les yeux…

Les mots du livre qu'elle tenait entre ses mains dansaient, floutés.

Elle releva la tête brutalement, comme pour intercépter la personne qui l'observait en douce, et se stoppa net : En face d'elle, Gabrial la fixait, un air niai ancré dans son visage.

"Ok… Ce n'est peut-être pas toi qu'il regarde, Hermione, relax.." pensa-t-elle, soudain sur la défensive.

Discrètement, elle regarda derrière elle pour voir une quelconque personne qui expliquerait ce regard, mais la table était vide. En fait, seul un élève, à part Gabrial et Hermione, lisait tranquillement dans la bibliothèque. Et il était derrière le garçon qui regardait Hermione, et donc absolument pas dans son champ de vision.

Presque aussitôt, et secouée par un sentiment d'insécurité, Hermione mit sa main dans sa poche et tâta le bois de sa baguette, ce qui eut le don de la rassurer immédiatement. Après tout, Gabrial pouvait la fixer autant qu'il voulait, ça lui était égal.

Elle replongea dans sa lecture, en essayant vainement d'ignorer la trajectoire de la vision du garçon, qui atterrissait désormais au creux de son décolleté. Cette situation était terriblement gênante, il fallait qu'elle bouge, fasse quelque chose pour qu'il décolle enfin ses yeux d'elle.

La brune feignit de se lever, prenant son livre du bout des doigts, comme pour aller le remettre sur une étagère. Gabrial se mit debout, et observa les yeux d'Hermione, comme pour y voir ses intentions.

Les mains légèrement moites, mais n'y laissant rien paraître, la Gryffondor ramassa ses affaires et reposa l'ouvrage. Puis, sans se retourner, elle salua Mme. Pince et quitta son antre, à son grand regret.

Quelle fut sa surprise, lorsqu'elle vit Gabrial la suivre de près, tandis qu'elle arpentait les couloirs du château.

Même jour, 23h12.

Chambre d'Hermione Granger, cachots des Serpentards.

"Mais, bon sang… Où… Il était là…"

Hermione se releva, un air intrigué sur le visage. Elle se pencha de nouveau sur sa valise, et remua les vêtements qui y étaient entassés. Les sourcils froncés, elle parcourut sa chambre de quelques pas et chercha dans son armoire, en vain. Son regard se promena sur le tas de parchemins qui traînait sur la table, puis dans ses cahiers de cours.

Rien.

Elle poussa un soupir d'exaspération, et se jeta dans son lit. Elle se passa la main sur son visage, mais une angoisse persistante faisait toujours palpiter ses veines.

Mais où peut-être ce journal?

La porte de la chambre de Drago s'ouvrit, mais elle ne prit même pas la peine de décoller ses mains de son visage. Un silence pesant flotta dans la petite chambre, tandis que Drago observa le bazar qu'avait créer Hermione dans sa recherche. Enfin, il lança d'une voix ensommeillée :

"Granger, je sais pas ce que tu fous, mais arrête. Les gens normaux dorment, à cette heure-ci, et j'aimerais bien le faire également."

Hermione déposa lentement les mains sur le lit, et inspira brutalement. Quand la porte commença à se fermer, elle dit d'une voix qu'elle se voulait ordinaire, mais étrangement aiguë :

"Drago? Tu n'aurais pas vu… Un… Petit carnet, noir?"

Elle se releva pour faire face à son interlocuteur, qui haussa vaguement les épaules. Elle lâcha un second soupir, et l'entendit ricaner.

"Quoi?"

"T'es vraiment une fille, toi."

Hermione réfléchit, ne sachant pas comment prendre cette phrase : Était-ce une découverte, ou une simple constatation?

"Et pourquoi ça?"

"Parce que seule une fille peut tenir un journal intime, Granger. C'est complètement depassé."

Hermione voulut renchérir sur le fait que même Voldemort en avait un, mais eût peur que Drago le prenne mal et se renfrogna.

"Tu devrais plutôt dormir, Granger."

Sur ce, il ferma lentement la porte et laissa une Hermione désemparée. Puis, après plusieurs minutes de contemplation de son plafond, elle sauta du lit et fouilla encore une fois dans sa valise, en essayant d'arrêter d'imaginer une Pansy hilare, devant son carnet.

Mardi 4 octobre, 17h21.

Couloirs de Poudlard.

Drago étouffait : La journée de cours qu'il venait de passer l'avait epuisé au plus haut point, en dépit de son inattention totale. Ombrage, leur nouvelle professeur de Défense Contre les Forces Du Mal, lui aurait tout suite plu s'il n'avait pas été amoureux de la meilleure amie de Potter, car elle prenait un malin plaisir à le torturer en retenue.

Le sourire sadique si familier désormais de la femme fit légèrement frissonner Drago, tandis qu'il descendit les escaliers quatre à quatre.

Cela faisait maintenant 4 jours qu'il n'avait qu'entre-vue Hermione, et son visage lui manquait terriblement. Ses nuits n'étaient que ponctuées par le doux souvenir de son rire, et se révélaient très courtes. Le bâillement qui lui décrocha la mâchoire le prouvait.

Il s'apprêtait à rentrer dans sa chambre, quand il la vit. Postée devant la porte de la Salle Commune des serpents, Pansy tournait la tête de tous côtés pour espérer d'apercevoir Drago. Quand elle le fit, elle sauta littéralement de joie et se faufila parmi les élèves qui affluaient vers leurs dortoirs :

"Drago? Drago, viens, faut que je te parle…"

Le concerné leva les yeux au ciel, mais fut emporté par une violente poignée de main vers un couloir plus isolé. Il aimait critiquer Pansy, mais sa force était particulièrement développée et Drago se contenta de la suivre.

Quand le brouhaha des cachots fut attenué, et qu'ils déboulèrent dans ce même couloir obscur où la Serpentard avait brutalisé Hermione, Drago lâcha un gémissement de dégoût.

Pansy se retourna, les yeux emplis d'une euphorie nouvelle. Elle contempla quelques secondes les lèvres de Drago, le dévorant des yeux. Puis, la Verte et Argent dirigea son regard vers celui, glacé, du blond, et lança joyeusement :

"J'ai eu une super idée, tout à l'heure."

Drago eût toute la peine du monde à réprimer une réplique cinglante, du type "Ah, ça t'arrive?", et s'adossa tranquillement contre le mur.

"Je t'écoute?"

Malgré toute la haine qu'il avait déversé sur cette fille, il arrivait toujours à l'apprécier : Colporteuse, elle avait un don pour déverser nombreuses rumeurs, et écouter les ragots de Poudlard. De plus, agacer les premières années était sa passion, ce qui enchantait Drago qui avait du mal à trouver un acolyte.

Un petit sourire illumina brièvement le visage informe de Pansy, mais retrouva rapidement un masque de gravité, comme si ce qu'elle allait lui dire se révélait être le meilleur scoop de sa vie.

"Ok, alors, je te propose un plan : On emmène un Sang-De-Bourbe dans une salle de classe vide, en l'attirant par un stratagème. Quand il y est, on l'enferme toute la journée, pour revenir que le soir. Là, il sera affamée et épuisé, et on le brutalise avec des sorts. Ensuite, on le laisse là, et on fête ça dans ta chambre."

La dernière phrase fut ponctuée par un petit clin d'oeil, et elle claqua furieusement ses mains dans un geste enjoué, comme s'il s'agissait de la meilleure idée du siècle. On aurait cru un enfant qui avait reçu ses cadeaux de Noël en avance, ce qui arracha un rire à Drago.

Cette idée lui paraissait bien farfelue, étant donné que le sang ne le préoccupait plus du tout comme avant : Hermione était une Sang-De-Bourbe, et avait pourtant de bien mieux résultats que tous les Serpentards réunis. S'il savait qu'il aurait ce genre de pensées il y a moins de 2 ans de ça, il se serait certainement giflé.

Mais, tout compte fait, il s'ennuyait mortellement en ce moment. Quand il ne voyait pas Hermione, passait ses journées en cours et ne parlait à personne, il se sentait bien seul, et ce pour la première fois. Après tout, il pouvait bien s'amuser un peu? En plus, un sortilège d'Oubliette, et l'élève n'en gardera aucun souvenir...

"Ca me tente bien, répliqua Drago d'un ton joyeux. Et qui est donc l'heureux élu?"

Pansy marqua une petite pause, et articula lentement :

"Hermione Granger."