Hum…mes chapitres ne se terminent plus :) erf ! Je n'oublie pas cette histoire, je l'adore trop ! à chaque fois que je rejoue à Fable, j'en écris un bout ! et comme je viens de recommencer un perso…j'ai fini le jeu avec mon perso précédent…snif…l'est trop bo, et trop fort…dire que je peux rien en faire…snif…

Enfin ! voilou la suite ! Et un grand merci à mes reviewers ! Ca me fait ++ plaisir ! N'hésitez pas à me dire si ça vous plait (ou pas) !

!!!!!!!PUB!!!!! : j'en profite pour faire un peu de pub pour une de mes fics qui se trouve dans un recoin peu fréquenté du site ! C'est une fic sur Roméo et Juliette, réadaptée par mon cerveau tordu ! Il faut aller dans Books, puis Shakespeare ! Je l'aime beaucoup, je m'éclate vraiment à l'écrire et j'aimerai vous la faire partager ! Son rating est M il faut donc mettre Allrating dans les critères de recherche sinon elle n'apparaît pas ! Voilou !


Chapitre 7 : la sœur, l'apprentie héros et l'admiratrice acharnée (2)

Je n'y croyais pas. Je restais les bras ballants, à dévisager cette fille qui me dévorait du regard. Cette sœur. Cette petite sœur qui avait eu tout ce que moi je voulais. La fille que j'aurais aimé être. Et qui m'avait toujours traité comme la pire des bonnes.

-Comme je suis heureuse de te voir ! s'exclama-t-elle en me serrant contre elle.

J'étais pétrifiée, incapable de l'entourer de mes bras. Ce corps qui jamais ne m'avait effleuré en vingt et un ans se pressait à ce moment là contre le mien, comme s'il l'avait toujours fait. Elle ne sembla pas se rendre compte de mon trouble car elle ne se desserra son étreinte que pour me regarder dans les yeux, un sourire aux lèvres :

-Tu es magnifique Grande Sœur, dit-elle en me prenant les mains.

-M…merci, balbutiai-je, incapable de dire autre chose.

-Je suis enchantée de vous connaître, Puissant Avatar, continua-t-elle en s'inclinant profondément. Je suis Philea du village de Kenrel, apprentie héros depuis l'âge de neuf ans. Je suis la petite sœur de Sharna.

-C'est ce que j'ai cru comprendre, répondit mon époux de sa voix grave en me jetant un coup d'oeil.

J'étais toujours immobile, ne pouvant bouger le petit doigt, les yeux braqués sur ma sœur. Je n'y croyais pas. J'avais l'air d'exister pour elle…Elle qui avait tout réussi…Elle qui était belle et intelligente…Elle qui avait réussi à s'extraire de notre misérable condition pour devenir apprentie héros à à peine neuf ans…Oui je la détestais. Mais ce n'était que de la jalousie. Jalouse de ne pas être comme elle. De ne pas être elle. A ses côtés, à cet instant, je me sentis redevenir le hobbe, le ver de terre, la larve…Comme avant.

-Je suis tellement fière de ma sœur, dit Philea en m'adressant un superbe sourire auquel je répondis, forcée, les mains crispées sur ma robe. Elle a toujours eu beaucoup de courage, vous savez.

-Oui, je sais, fit-il en posant son regard clair sur elle.

-Mais elle est arrivée tellement loin…ajouta-t-elle en me prenant la main, les yeux luisants de tendresse. Je suis si contente…Même si tu ne m'as pas invitée à ton mariage, méchante !

-Dé…désolée, balbutiai-je en baissant les yeux.

-Ce n'est pas grave. Je te pardonne, assura-t-elle en pressant mes mains dans les siennes, un bon sourire sur les lèvres.

A ce moment là, je fus soulagée. Comme à chaque fois qu'elle m'annonçait qu'elle ne m'en voulait pas. C'était la seule protection contre mes parents. Même si elle avait quatre ans de moins que moi. Même si elle ne s'était jamais privée que me faire battre à sa place. J'étais le bon chien qui donnait toujours la patte pour ne pas être frappé. Et qui rêvait de lui sauter à la gorge dans son sommeil.

- Que diriez-vous de partager notre repas ? demanda-t-elle en se tournant vers l'Avatar. Il est frugal mais j'aimerai beaucoup m'entretenir avec ma sœur. Cela fait si longtemps que nous ne sommes pas vues.

Je sentis le regard clair sur moi et je ne pus relever les yeux. Je me sentais…minable.

-Pour l'instant, ils viennent avec moi, intervint le maître de la Guilde. Et toi, jeune Philea, il me semble que tu as cours d'enchantement.

-Oh Maître, s'il vous plaît, minauda-t-elle en lui jetant un regard de chien battu. Je viens juste de retrouver ma sœur…Elle m'a tellement manqué !

-Vous vous verrez plus tard. Allez, file.

Elle fit alors sa moue de petite fille déçue à laquelle mes parents et tous les membres du village fondaient. Et là, je perçus le danger. Un nouvel instinct s'est éveillé en main. L'instinct de la femme mariée.

-Très bien…grogna-t-elle. A tout à l'heure grande sœur.

Et elle me piqua un baiser sur la joue avant de faire une révérence à mon époux accompagné d'un délicieux sourire. Je demeurai pétrifiée par son geste. Ma joue me brûlait comme si on y avait apposé un fer rouge. Et cette étrange douleur irradia tout mon cerveau, au point de faire monter les larmes à mes yeux.

-Oh…fit le maître en se méprenant sur mon état. Je ne savais pas que cela vous ferait tant de peine…Voulez-vous que je la rappelle ?...

-Non, m'exclamai-je presque en essuyant vivement mes yeux. Non…Ca ira, merci…Je suis…un peu bête…

Le vieil homme hocha la tête avec un gentil sourire et me proposa son bras que je pris. Sur ma nuque le regard bleu. Inquisiteur. Une honte irraisonnée me dévorait. J'étais si misérable que j'aurais voulu disparaître en un instant…J'avais tellement peur. Tellement peur qu'il se dise qu'il avait choisi la mauvaise sœur…

Guidés par le vieil homme, nous grimpâmes les marches de la tour pour arriver dans une petite pièce circulaire. Le maître me fit asseoir avec un sourire dans un des fauteuils qui faisait face à la cheminée.

-C'est visiblement un grand émoi d'avoir retrouvé votre sœur cadette, commença-t-il alors que l'Avatar s'appuyait contre la pierre, en face de moi.

-O…oui, en effet, acquiesçai-je en regardant mes mains.

Je sentais le regard clair sur moi et, comme des semaines auparavant, il me rendit nerveuse. Je ne voulais pas qu'il me voie de nouveau ainsi, faible, tremblotante et pitoyable. Je voulais redevenir Sharna Robe d'Oakvale. Mais la rencontre avec Philea m'avait replongée dans mes souvenirs. Et claqué violemment la porte de ma nouvelle vie.

-Votre sœur est une brillante élève, continuait le vieil homme en apportant un plateau où reposaient trois verres.

-Oui, elle a toujours été…plus douée, réussis-je à articuler en me servant.

-Elle a du potentiel, c'est certain, acquiesça le maître en se tournant vers mon époux. Elle me fait penser un peu à toi en fait…

Mes doigts se crispèrent sur le cristal. Non, non…Voilà qu'elle revenait dans ma vie. Voilà qu'elle allait de nouveau m'éclipser, prendre ma place ! Oui, je l'avoue, à cette époque ma jalousie envers elle était sans borne. J'avais encore du mal à réaliser dans quelle position je me trouvais. Pour moi, elle était toujours devant, quoique je fasse. Et si elle était là, je finirais toujours dernière, perdant tout ce que je possédais. Tout, et tout le monde.

-Vous me comparez à une femme ? releva l'Avatar avec un léger sourire.

-Ne fais pas l'idiot mon garçon, gronda gentiment le maître. Tu es le mieux placé pour savoir que certaines femmes possèdent une puissance sans limite.

-Jamais femme ne me vaincra, déclara soudain mon époux. Sauf si je le désire.

Je relevai vivement la tête, sans écouter les remontrances du vieillard. Ces derniers mots semblaient m'être adressés…Il voulait me rassurer. En témoignaient les deux yeux bleus qui ne me quittaient pas. Légèrement soulagée, le cœur un peu plus léger, je lui souris, cherchant à cacher mon trouble. Il fallait que je tienne. Il fallait que j'en termine avec mon passé. Avec son aide, rien ne me semblait impossible. Même sortir de sortir de deux décennies de servitude. Et d'affronter mon pire bourreau.


-Je n'y croyais pas quand je l'ai appris ! Je pensais que c'était quelqu'un d'autre mais quand je t'ai vue… !

Je souris. Ce même sourire gêné et figé qui était accroché à mon visage depuis le début du repas. Nous étions assis en bout de table dans l'immense salle à manger de la Guilde, de chaque côté du maître qui présidait. Ils s'agissaient des places d'honneur où siégeaient les personnes les plus importantes d'Albion, et voilà que je m'y trouvais. Mais je n'en tirais aucune satisfaction. Car Philea était à mes côtés, me prenant sans cesse la main et me souriant à tout vas. En face de moi se tenait mon époux qui ne nous quittait presque jamais du regard sauf pour s'adresser à son maître ou à quelques uns de ses anciens compagnons qui étaient de passage. Je ne pris aucun plaisir à le voir à l'aise et souriant comme je le faisais de coutume. Avo sait pourtant combien j'aime le voir ainsi. Mais j'étais trop tourmentée pour cela. Et tous les regards intrigués et curieux tournés vers nous ne me rendaient que plus mal à l'aise. J'avais l'impression que j'allais m'écrouler sous le poids de tout cet intérêt. Mes belles résolutions avaient volé en fumée.

-Et que dirais-tu de venir donner des cours ici ? demanda soudain le maître de la Guilde à l'Avatar. Je suis sûr que tous les apprentis seraient ravis.

Un vent d'excitation parcourut la table d'un bout à l'autre et je vis du coin de l'œil le regard de Philea briller alors qu'il se posait sur mon époux. L'angoisse me serra le cœur. Je ne voulais pas. Je ne voulais pas qu'il demeure seul ici. Pour moi, il y était bien plus en danger que face à des bandits. Les yeux bleus se posèrent sur moi. Je détournai le regard, gênée. Je n'arrivai plus à lui faire face. Ma faiblesse m'écoeurai. Et je n'avais guère envie que ses choix dépendent de ma défaillance.

Les murmures s'étaient tus autour de nous, attendant avec appréhension la réponse de l'homme le plus convoité d'Albion. Nul doute qu'avec son expérience, il pouvait énormément apporter aux jeunes recrues…Egoïstement, je m'en fichais. Tout, mais pas ça. Pas se retrouver seul avec elle.

-Je regrette, dit-il de sa voix grave alors que des murmures de déception fusaient autour de la table. Je n'ai guère de temps pour cela.

-Je sais bien que tu viens juste de te marier et que tu dois t'occuper de ta ravissante épouse, fit le vieil homme en me faisant un gentil sourire auquel je répondis mécaniquement. Mais je pensais à la nouvelle rentrée, à la saison des vendanges…

-Je n'aime guère l'idée de rester enfermé entre quatre murs, Maître, répondit calmement mon époux. Je ne crois pas que jamais je viendrais enseigner ici.

-A mon grand dam ! déclara le maître avec un soupir. J'espère toujours que cela change mais je crois bien que c'est perdu d'avance. Il est têtu comme une mule, ajouta-t-il à mon intention.

Je n'eus même pas le courage de sourire. Le regard glacé de Philea s'était posé sur moi. Et je savais que dans les heures qui viendraient je revivrai le calvaire de mon enfance.

-Maître ! fit-elle soudain en se levant vivement, me faisant sursauter en posant sa main sur mon épaule. J'aimerai montrer ma chambre à ma grande sœur ! Est-ce possible ?

Une vague de terreur m'envahit. Je jetai un regard désespéré à mon époux et vis son poing se refermer imperceptiblement sur son verre alors que ses yeux glace s'étaient rivés sur Philea.

-Ma foi…commença le vieil homme en jetant un regard à l'Avatar silencieux. Si vous n'y voyez aucun inconvénient…

-Je…J'en serai ravie, balbutiai-je alors que les doigts fins se resserraient sur mon épaule.

-Vous avez ma permission, fit le maître avec un bon sourire. Cela me permettra de discuter un peu avec mon élève favori.

-Merci Maître !

Je me levai un peu gauchement, toutes les personnes présentes faisant de même, mis à part le maître et mon époux. Privilège du à mon rang. Quatrième femme d'Albion. Tout cela me semblait ridicule à cet instant. J'étais incapable de tenir tête à une fille de paysans. Pitoyable.

Je m'inclinai face au maître et à mon époux lorsque ce dernier se leva à son tour, me tendant la main. Mon cœur se gonfla alors que je m'avançais, posant ma main tremblante dans la sienne. Lorsque ses doigts se refermèrent sur les miens, je me sentis soudain en sécurité. Une sécurité infaillible. Enveloppée dans un cocon de chaleur et surveillée tendrement par ses yeux bleus qui ne me quitteraient jamais. Où que je sois.

-Reprends-toi, souffla-t-il simplement, juste assez fort pour que moi seule entende.

-Oui mon Seigneur, répondis-je en inclinant la tête. Pardonnez moi. Ca va aller.

Je forçai un sourire alors qu'il me dévisageait. Ses prunelles brillaient d'un éclat que je connais bien à présent, et que je commençais juste à percevoir à l'époque. Ce sont les yeux que j'adore voir en public, ceux qui me sont entièrement dévoués. Ceux qui disent qu'il veut me prendre dans ses bras, qu'il veut écraser ma souffrance, qu'il veut me voir rire, mais qu'il ne peut pas, face à des étrangers. Ces yeux traduisent cette impuissance qu'il exècre. Et cette profonde tristesse mêlée à de la rage de ne rien pouvoir faire pour me tirer de ma torpeur.

Je pressai mes doigts autour des siens en m'inclinant légèrement, puis m'éloignai pour rejoindre ma sœur dans le grand hall. Un nombre important d'Apprentis s'y trouvaient également, me regardant approcher avec un respect mélangé à de la curiosité. Les paroles d'Aïka résonnèrent soudain à mes oreilles. Il fallait que je fasse attention à mes mots. La vie de l'Avatar ne devait être dévoilée plus qu'elle ne l'était. Rester dans les banalités.

Les jeunes gens, d'abord intimidés par ma présence, finirent par se détendre au fil des minutes. J'avais repris quelque peu contenance et récupéré de mon assurance. Leur présence me rassurait. Je n'étais pas seule avec Philea et elle ne pouvait pas me traiter comme elle le faisait lorsque nous étions enfants. Cependant, je sentais ses doigts s'enfoncer dans mon bras, qu'elle tenait serré dans les siens, au fur et à mesure que le temps s'écoulait. La crainte s'insinua en moi. Elle avait peur. Peur de manquer de temps pour me dire ce qu'elle avait à me dire. Des choses qu'elle ne pouvait déclarer devant d'autres. Elle allait essayer de me forcer à faire quelque chose. Et il n'était pas difficile de deviner quoi.

-Et comment vous êtes-vous rencontrés ? demanda soudain une Apprentie, les yeux brillants.

-Nos parents tiennent une auberge, lâcha Philea avant que je puisse ouvrir la bouche. C'est là qu'ils se sont vus.

-Tu n'as pas de chance ! déclara un garçon. Si tu y avais été, tu aurais peut-être été l'heureuse élue !

-Je préfère être ici ! trancha ma jeune sœur, l'air hautain.

-N'importe quoi ! railla une autre. Moi je préfèrerai mille fois être la femme de l'Avatar que d'être ici !

Les autres acquiescèrent alors que je souriais. La femme de l'Avatar…Toutes auraient aimé être à ma place…Toutes. Même Philea. Et ça, c'était ma force.

Je me levai alors du fauteuil où j'étais assise, devant les regards étonnés, et celui courroucé de ma sœur.

-Je vais prendre congé de vous, dis-je avec un sourire. Je me sens lasse de ce long voyage. Il est temps pour nous tous de prendre du repos.

-Pas déjà ! s'exclama Philea en bondissant sur ses pieds alors que les autres s'apprêtaient à partir. Nous n'avons pas encore parlé toutes les deux.

-Je n'ai rien à te dire.

Ses yeux bleus s'écarquillèrent d'étonnement avant de se teinter de haine. Les Apprentis nous dévisagèrent en silence, leur regard allant de l'une à l'autre sans vraiment comprendre. Je fis un effort surhumain pour ne pas baisser les yeux et inspirant profondément, je me tins droite face à elle, tête haute, mains jointes sur mon ventre :

-Avais-tu quelque chose de particulier à me dire, « Petite soeur » ? continuai-je essayant de forcer ma voix à ne pas trembler.

-Oui, lâcha-t-elle d'un ton dur. Mais en privé ! s'exclama-t-elle à l'intention des autres qui filèrent rapidement par la porte, la refermant derrière eux.

Nous y étions. J'étais seule avec elle. Le moment de l'affronter était venu. J'essayai de calmer les battements hiératiques de mon cœur. Du bout des doigts, je caressai mon alliance. Il était là. Pour moi, Sharna. Et juste moi.

Philea se tourna vers moi avec lenteur, un sourire mauvais sur les lèvres, et entreprit de me tourner autour, me jaugeant du regard.

-Tu t'es bien débrouillée…lâcha-t-elle au bout d'un instant. Moi qui aie toujours cru que tu finirais dans le bordel de Darkwood…Tu as trouvé un établissement bien plus prestigieux.

Elle se planta devant moi, ses yeux lançant des éclairs, et je sentis toute mon assurance fondre d'un seul coup :

-Mais tu es et tu resteras toujours une catin ! cracha-t-elle. Tu as beau être bien habillée et parfumée, sous tes habits ne reste pas moins la putain de village crasseux !

Elle me saisit violemment la mâchoire et les doigts commencèrent à la broyer, comme ils l'avaient toujours fait. Sa force était bien plus importante qu'auparavant. Et sous la douleur, je mis un genou à terre.

-Ecoute moi bien, garce, siffla-t-elle. Je refuse qu'une traînée comme toi gâche mon existence. J'ai vu toutes tes minauderies et ça me débecte ! J'ai travaillé dur pour arriver jusqu'ici ! J'ai besoin de ces cours ! Et il est hors de question que l'Avatar refuse de les donner pour tes jolies petites fesses blanches !

Elle serra un peu plus fort, le visage déformé par la colère :

-Alors tu vas le faire rester ! Je me fiche de savoir comment, ou même si je suis la seule à en bénéficier, mais je veux ces cours ! Tu as compris, idiote ?! Je les veux !

Cela dit, elle me lâcha durement et je me rattrapai juste à temps pour éviter que ma tête ne frappe le plancher. Elle me donna un violent coup de pied dans la cuisse pour sceller notre accord et je retins un cri, rétractant mes jambes sous moi. Je demeurai prostrée au sol alors qu'elle se recoiffait, inspirant profondément.

-Attend que les marques aient disparu avant de sortir, ordonna-t-elle.

Ceci dit, elle claqua la porte. Je n'eus même pas la force de pleurer. Je me levai pour aller m'asseoir devant le miroir. Les traces rouges de ses doigts sur mes joues s'effaçaient peu à peu. Bientôt, elles auraient disparu. Impossible de savoir qu'elle m'avait maltraitée. Elle était très forte pour ça. Elle frappait toujours où ça ne se voyait pas, jambes, cheveux, ventre, tête…Comment se plaindre après ça ?

Mon reflet me renvoyait un regard vide, faible. Je fus soudain prise de nausées et me précipitai aux jardins pour vomir. Là, à l'ombre d'un arbre, à l'abri des regards, je me laissai glisser au sol. J'étais épuisée. Fatiguée de tout ça. Je voulais rentrer. Retourner à Oakvale. Lui échapper.


Debout devant une chaise où il avait posé ses affaires, l'Avatar tourna vers moi un regard partagé entre l'inquiétude et l'étonnement. Je voyais son reflet me dévisager dans la glace et j'évitai avec soin son regard, continuant de brosser mes cheveux.

-Tu veux que je donne ces cours ? me demanda-t-il en s'approchant de moi.

-Cela serait bon pour votre image, mentis-je sans cesser de me coiffer.

-Ma réputation se porte très bien, répliqua-t-il vivement.

-Je sais…Mais cela ne serait-il pas mieux pour ces jeunes Apprentis de recevoir des conseils du plus grand guerrier d'Albion ?...Pensez un peu aux dangers qu'ils sauraient éviter avec votre expérience.

Je le sentis me dévisager un instant qui me parut une éternité.

-Tu veux t'éloigner de moi, déclara-t-il d'un ton quelque peu rude, peut-être même blessé.

-Vous vous trompez, dit-je rapidement en levant les yeux pour le regarder dans la glace. Etre votre femme est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée. Je vous le jure.

-Alors quoi ? grogna-t-il, légèrement irrité. Parle donc, je ne peux pas deviner !

Je baissai le regard, incapable de lui tenir tête. Comment lui dire ? Comment lui dire que j'étais terrifiée par ma petite sœur, que celle-ci me brutalisait… ? Que si je ne faisais pas ce qu'elle me disait, elle serait capable de me tuer ?...Ou peut-être même d'essayer de lui faire du mal ?...

Ce fut alors que je sentis les grands bras m'entourer et son souffle chaud dans mon cou :

-Très bien, souffla-t-il en posant ses lèvres sur ma peau. Ne parlons pas.

Je frissonnai de plaisir en sentant ses mains puissantes glisser sur mon corps jusqu'à mon ventre. Je me retournai pour l'embrasser, passant mes bras autour de son cou. Je tremblai. Comme une feuille. J'eus peur un instant qu'il pense que cette frayeur vienne de lui. Mais il me serra plus fort et je sus qu'il comprenait. Peut-être même avait-il compris depuis l'instant où mon regard avait croisé celui de Philea. Il attendait que je lui dise. Il voulait une preuve de ma confiance. Et moi…Moi je n'arrivais pas à la lui donner.

J'étouffai un gémissement de douleur lorsque sa main, remontant sous ma robe légère de nuit, caressa ma cuisse. Il se détacha alors vivement de moi pour me dévisager. Et comme notre première nuit, les larmes coulèrent sur mes joues sans que je puisse les retenir. Je vis son visage se décomposer alors qu'il saisissait le bas de robe.

-Non mon Seigneur ! suppliai-je en retenant sa main. Ce n'est rien, je vous en prie…

Il ne m'écouta pas. Vivement, il déchira le tissu dévoilant ma cuisse blanche de n'avoir jamais vu le soleil. Et l'énorme hématome bleuté qui s'y trouvait.

Je ne peux décrire l'expression qui passa sur le visage de l'Avatar à cet instant là. Je crus voir un démon descendant de Skorm lui-même. Ses yeux bleu glace luisaient d'un feu qui ressemblait à celui des enfers alors que ses cheveux d'ébène lâchés balayaient son visage déformé par la haine et la colère. Il se leva d'un bond et empoigna son épée d'un tel mouvement guerrier que la terreur me saisit. Il allait tuer. Tuer tout le monde jusqu'à retrouver celui qui m'avait fait ça. Ou celle.

Je me levai à mon tour, titubante, juste à temps pour me jeter contre lui avant qu'il n'atteigne la porte. Je me pressai de toutes mes forces contre le torse dur, enfouissant mon visage mouillé contre la peau tatouée. Je sentais tous les muscles palpiter sous la peau tannée, prêts à exploser dans une gerbe de magie brute.

-Je vous en supplie mon Seigneur ! hurlai-je alors qu'il avançait toujours vers la porte, me traînant pitoyablement avec lui. Ne faites rien ! C'est ma faute, ma faute !

-Ta faute ?! rugit-il en braquant son regard bleu glace sur moi.

-Je ne suis pas assez forte ! m'exclamai-je en le regardant, les yeux débordant de larmes. Je n'ai aucun droit, aucun droit d'être aimée par vous ! Je…

Les sanglots brisèrent ma voix :

-Je…suis…indigne de vous…

Vidée soudain de toutes mes forces, je me sentis flancher. Le bruit métallique d'une épée percutant le sol retentit à mes oreilles alors que des bras puissants m'entourer, me retenant dans ma chute. Ses lèvres vinrent envelopper les miennes, se pressant presque brutalement contre ma bouche. Incapable de bouger, emprisonnée dans cette étreinte puissante et indestructible, j'eus l'impression que mon corps ne m'appartenait plus. Et, alors que j'étais prête à suffoquer, asphyxiée, il se détacha de moi pour prendre mon visage en coupe dans ses mains et m'obliger à le regarder :

-Ce n'est pas à toi de décider ça, déclara-t-il d'un ton grave. Je t'ai choisie et tu m'appartiens. Personne n'a son mot à dire là dessus.

Sans même me laisser le temps de reprendre mes esprits, il m'embrassa de nouveau, de ces baisers passionnés que je ne connaissais pas, et m'entraîna vers le lit. Ses gestes se firent moins brusques une fois là mais son attitude me fit complètement chavirer. J'étais perdue. Je ne comprenais pas. Comment un homme tel que lui pouvait autant tenir à une catin comme moi ? La passion et l'appétit qu'il démontrait pour moi, pour mon corps, finit de me faire plonger dans un univers où seuls nous existions. J'oubliais le reste d'Albion cette nuit là. Je ne vivais que pour ces mains glissant sur ma peau et ce souffle brûlant sur mon corps.

Je ne repris mes esprits qu'en me réveillant au petit matin. Je clignai plusieurs fois des yeux, essayant de sortir de cette délicieuse torpeur et de reprendre racines dans le monde réel. Ce fut alors que je sentis un léger chatouillement sur ma jambe. Je me redressai lentement et souris. L'Avatar était allongé à mes côtés, la tête reposant sur mon ventre. Du bout des doigts, il caressait ma cuisse blessée, juste sous l'hématome, prenant garde à ne pas le toucher. Je ne voyais de lui que l'arrière de son crâne, mais je savais qu'il réfléchissait activement. Et je n'avais guère envie de le laisser aller plus à de sombres pensées alors que j'étais réveillée.

Doucement, je glissai une main dans les cheveux noirs, descendant jusqu'à la nuque. Il se retourna avec lenteur, sans quitter mon ventre, et prit ma main dans la sienne pour en embrasser gentiment la paume.

-Bonjour, fis-je avec un sourire en laissant mes doigts glisser sur la joue légèrement piquante de la barbe matinale. Comment vous sentez vous ?

-Plus calme, dit-il simplement en se redressant.

J'eus un petit pincement au cœur alors qu'il s'approchait de moi. Je lisais sur son visage une certaine tristesse. Et je savais que je lui avais causé du souci durant tout ce temps où j'avais dormi. Mais alors que j'ouvrais la bouche pour parler, il posa un doigt sur mes lèvres pour me faire taire et m'embrassa. Je sentis ses doigts descendre sur ma cuisse blessée puis une légère sensation de froid sur l'hématome. Et la douleur s'évanouit. Il se détacha alors de moi, pour me dévisager de longues minutes, une main caressant ma joue. Je lui rendit son regard, légèrement perdue. Je n'aimais pas le voir aussi pensif. Surtout à mon sujet. Je ne voulais pas lui causer d'ennuis. Pas à lui.

-Je vais donner ces cours, dit-il enfin alors que je m'apprêtais de nouveau à parler.

Devant mon étonnement, et peut-être mon angoisse lisible sur mon visage, il sourit :

-Mais ils auront lieu en petit comité à ma demeure de Bowerstone et seulement une fois l'an.

Il m'embrassa de nouveau :

-Partons dès aujourd'hui, souffla-t-il.

Je ne sais même pas aujourd'hui comment il a toujours réussi à deviner mes craintes et mes peurs. Mais quelque soit la situation, il avait toujours les mots pour me rassurer.

-D'accord, fis-je avec un sourire heureux.

Je lus le soulagement sur son visage et nous nous pelotonnâmes de nouveau l'un contre l'autre pour dormir encore un peu.

J'aurais du m'en rendre compte. J'aurais du le savoir. Mais il est vrai qu'à l'époque, je ne faisais guère attention à tout cela. J'aurais du savoir que jamais, jamais un affront n'était pardonné par l'Avatar. Et que, les yeux grands ouverts dans le noir, alors que je dormais tranquillement lovée contre lui, il préparait froidement sa vengeance.

A suivre…

Chapitre 8 : la sœur, l'apprentie héros et l'admiratrice acharnée (3-fin)