Et hop, un septième OS !

J'espère qu'il vous plaira ~


Le complice des marches du bus

Sakura x Itachi

L'avantage quand on ne mène pas une existence palpitante mais qu'on doit prendre le bus tous les matins, c'est qu'au moins, on trouve toujours de quoi faire pour chasser l'ennui qui se pointe dès l'aube. Après tout, on dit que les transports en commun, ce sont les lieux idéals pour faire de nouvelles rencontres. Ou au moins, quand on est un poil asocial comme moi et trop rose pour plaire aux gens, on peut avoir l'occasion d'observer le monde en toute liberté.

Et dans un bus, même une petite ligne citadine comme celle que je prends à 7h13 tous les matins, croyez-moi, il y toujours une belle diversité de personnes à découvrir.

On peut repérer les garçons qui sont mignons, les garçons qui sont moins mignons; les filles qui ont l'air cool, les filles qui ont l'air connes; ceux qu'on a connu il y a longtemps et qui n'ont pas changé entre temps; les mecs qui ont l'air de craindre et qu'on préfère ne pas trop regarder – pas qu'on attire son attention sans faire gaffe; les vieilles dames qui ont l'air honnête et les vieilles sorcières; les petits collégiens avec leur gros sac à dos qui donnent une bouffée de nostalgie; le chauffeur de bus qui change presque tous les matins – un mystère jamais résolu. Ceux qui s'assoient devant, ceux qui s'assoient derrière; ceux qui restent debout à l'avant pour causer avec le chauffeur, ceux qui restent debout à l'arrière pour faire des conneries en cachette; ceux qui restent debout au milieu – pauvre gens sans assise ou avec un vélo ou avec une poussette.

De quoi se prendre pour un sociologue avec tout ce panel de gens différents – dont on peut prétendre à déduire la vie et le caractère par leur façon de s'habiller, de se tenir, de parler, en fonction même de la place qu'ils choisissent dans le bus. Ceux qui prennent toujours le même siège et ceux qui en changent tous les jours; ceux qui font la grimace quand quelqu'un d'inopiné les force à changer leurs habitudes. Ici, tout le monde est coincé dans sa petite routine.

Ma routine à moi, c'est peu de gens, en réalité. Du moins, peu de gens auxquels je prête réellement attention – pas comme si j'allais m'intéresser au tas grouillant d'individus qui se forme à mi-chemin du trajet. Les premiers sont les plus intéressants.

D'abord, il y a la fille qui monte en même temps que moi et qui s'assoit toujours pile au milieu du bus. Environ dix-sept ans, je dirais, avec les cheveux noirs très lisses, les sourcils parfaitement épilés, les yeux maquillés et la manucure soignée. Toujours en train d'envoyer des SMS ou de téléphoner à quelqu'un d'une voix trop enjouée et forte et aigüe pour être naturelle. Profil type de la pin-up populaire. Mais moi, je connais son secret. J'ai une fois capté le mouvement de son portable vers son oreille avant d'entrer dans le bus, et aucun numéro n'était affiché à l'écran. Moi je sais qu'en fait elle n'a personne à qui parler. Comme quoi, les apparences sont trompeuses. En fait, je ne l'imagine pas trop populaire. Plutôt en manque d'affection. Du genre un peu mythomane qui a besoin de se faire voir. Elle doit vraiment souffrir, la pauvre. Dommage que ses efforts la fassent plus passer pour une salope que pour une fille bien qui a besoin qu'on s'occupe un peu d'elle.

Après, il y a la femme qui embarque deux arrêts plus loin. Blonde à la forte poitrine, elle est du genre à sourire plus que nécessaire au chauffeur – et le sourire a toujours l'air plus authentique quand c'est un homme au volant. Elle s'assoit tout de suite au premier rang - quand elle ne s'accoude pas carrément à la porte du conducteur. Et elle tape la causette pendant tout le trajet, jusqu'au terminus. Cette femme a l'air d'avoir la quarantaine, magnifiée par l'âge, mais éminemment célibataire. Soit c'est une croqueuse d'hommes, soit c'est une dame si désespérée dans sa vie amoureuse qu'elle en vient à draguer des chauffeurs de bus différents tous les matins. Juste pour se sentir admirée. Ouais, sans doute une autre génération en manque d'affection.

Trois arrêts après, il y a l'habituel tandem du vieux monsieur et du petit garçon. Tandis que le papy met trois heures à rentrer à pas de tortue, trainant sa canne derrière lui, le garçon – sans doute au tout début de ses années de collège -, est toujours en train de courir pour attraper le bus. Heureusement, grâce au vieux monsieur, il y arrive à chaque fois avec cinq minutes de marge – le temps que le grand-père pose sa canne, sorte son portefeuille, tire sa carte sénior de sa pochette, la présente au chauffeur, range sa carte, range son portefeuille, reprenne sa canne et se dirige a pas rendu plus lent encore par l'approche de l'échéance vers un siège libre – généralement, il ignore le premier pour aller s'assoir plus loin. Allez savoir pourquoi. Le collégien, plus pressé, prend la place que le vieux a ignorée, et pose son gros sac sur ses genoux. C'est le petit moment doux du trajet. Le duo est toujours mignon à voir, même si la scène se répète chaque matin, et même si ça fait pester la plupart des adultes qui ont peur d'être mis en retard – la même rengaine tous les matins, alors qu'ils arrivent à l'heure tous les matins.

Bref. Je ne m'éterniserais pas sur les banales adultes qui stressent pour leur travail. Il y en a beaucoup trop de toute façon et ils sont beaucoup moins intéressants.

Non, le dernier passager qui m'intéresse est en fait le tout premier. Il monte au premier arrêt, celui juste avant le mien, toujours seul quand j'embarque dans le véhicule, assis tout devant à gauche – là où il y a juste un siège avec la fenêtre d'un côté, la rangée de l'autre, et le panneau séparant le chauffeur des passagers devant. Un petit cocon bien isolé, où avec des écouteurs enfoncés dans les oreilles comme lui, on peut oublier tout le vacarme de la masse de gens qui s'entassent sur toute la longueur du véhicule. Je prends toujours place au deuxième rang à droite – derrière la quarantenaire en mal d'amour. Comme ça, j'ai une bonne vue sur lui, et je continue de tourner le dos au plus gros de la foule.

Cet homme, il doit être un peu plus âgé que moi – environ vingt ans, je dirais. Il a de longs cheveux noirs retenus en catogan, une peau d'albâtre, des yeux onyx ourlés de longs cils – étonnamment très charmants et harmonieux sur son visage aristocratique. Il est un homme, c'est certain, mais il a une touche de féminité qui lui donne un charme particulier. Il a les mains fines aussi, comme celles d'un pianiste. Il porte toujours des vêtements sobres, mais classes. Du genre chemise repassée, pantalon cintré et chaussures cirées. Une montre argentée au poignet droit. Parfois des lunettes de vue sur le nez quand il lit un roman. Sans paraitre trop snob ou tape-à-l'œil, il a pourtant indéniablement l'air de faire partie de la petite bourgeoisie, si ce n'est qu'il est en fait très riche en réalité – pourquoi monter dans un pauvre bus, bel inconnu ?

Il descend chaque matin au terminus, à la gare, comme la bimbo aux cheveux trop lisses, la blonde à forte poitrine, l'improbable duo qui marque le fossé des générations, et la fille aux cheveux trop roses – moi, en l'occurrence. Le petit garçon fonce chaque fois comme une fusée jusqu'à la porte de sortie, la miss au portable ne tarde pas à faire claquer ses talons sur le bitume, et le vieux monsieur s'est endormi sur son siège – comme d'habitude. La séductrice rallonge les adieux avec le chauffeur, et en attendant, le bel homme et moi, nous descendons la marche du bus toujours pile en même temps. Parfois nos bras se frôlent, parfois ce sont nos mains, parfois même il s'excuse quand le contact est trop appuyé et que le cliquètement métallique de sa montre résonne, me permettant ainsi de filtrer sa voix grave à travers la musique dans mes oreilles. Pourtant, aucun de nous deux n'a jamais eu le bon sens – ou l'envie – de laisser passer l'autre en premier pour éviter ces petits « incidents » - ou cadeaux des dieux, si vous voulez mon avis.

J'aime à penser que c'est une sorte de complicité qui nait entre les passagers d'un même bus.

Je me demande souvent ce que lui peut bien penser, enfermé dans son cocon au premier rang, de tous ces gens qui grouillent autour de lui. Est-ce qu'il y a déjà prêté attention ? Est-ce qu'il s'intéresse à eux ? Est-ce qu'il s'intéresse à moi ? Est-ce que c'est un sourire de politesse enseigné par sa bonne éducation qu'il m'accorde à chaque fois que nos chemins se séparent devant le bus, ou est-ce que c'est plus intime et sincère que ça ?

Enfin, qu'importe la réponse, maintenant. Parce que depuis peu, j'ai tout ce qu'il faut pour me consoler. Un petit papier cartonné, pas plus grand que la paume de ma main, noir, gravé de lettres blanches au design baroque. Une invitation que ma meilleure amie Ino, de bonne famille elle aussi, a reçu en début de semaine dans sa boite aux lettres.

L'Association des Artistes expose encore un jeune prodigue du domaine dans votre ville !

Après le marionnettiste Akasuna no Sasori et le sculpteur Deidara Iwa, nous avons l'honneur de vous présenter Itachi Uchiha, artiste peintre et pianiste.

Ce samedi 12 mai, venez le retrouver en personne au Centre d'Art de Konoha pour une exposition son et image à couper le souffle.

A droite des écritures, une photo de l'homme en train de jouer sur un élégant piano à queues, une toile peinte en nuances de gris accrochée sur le mur au-dessus de lui.

Même à moitié de dos, même sans voir son visage, même engoncé dans ce costume trop parfait, je sais que c'est lui. Le premier passager du matin, le bel homme dans son cocon, le complice des marches du bus.

Itachi Uchiha.


Et voilà, j'espère que c'était pas trop long :-)

N'hésitez pas à me donner votre avis ~ Et vos idées aussi, si vous en avez - parce que j'ai beau avoir des tonnes de pairings en tête, la mise en situation est plus difficile :-/ Bref, si vous avez des idées, je suis preneuse ~

A demain, j'espère!