Chapitre VII

C'est le grand jour ! C'est la fête du village ! Tout le monde s'en réjouit dans toutes les maisons et dans tous les domaines alentours. Il n'y a que la Comtesse douairière qui ne voulait se mêler à ce peuple.
Domestiques comme nobles se réveillent tous rapidement à Downton, ce n'est pas tous les jours qu'il y a des fêtes et que l'on peut se reposer.
- Bonjour Milady, dit en entrant Gwen à Sybil qui l'attendait.
- Bonjour Gwen.
La femme de chambre ouvrit les rideaux et sourit à sa maîtresse en attendant qu'elle se lève pour qu'elle puisse la changer.
- Aujourd'hui est un jour peu ordinaire, n'est-ce pas Gwen ?
- Tout à fait, Milady.
- J'espère que tout le monde s'en réjouit en bas.
Sybil. Toujours aussi adorable que sa mère. Toujours à s'inquiéter du bien des autres.
- Tous. On a tous hâte d'y aller.
- J'espère que Tom ne sera pas trop surchargé.
Pourquoi parlait-elle de lui ? La veille, elle avait envie de le tuer.
- Oui… Il sera présent à la fête d'ailleurs.
Sybil sentit son cœur s'accélérer : il viendra. Elle essaie de le cacher à sa femme de chambre, mais de toute façon, Gwen le savait déjà, elle lui sourit.
Tout le monde se retrouve dans la salle de manger, même la Comtesse qui s'est dit que c'est un jour peu commun et qu'elle peut se permettre cela.
- Bonjour, dit le Comte à toutes les femmes qui l'entourent, vous êtes toutes magnifiques.
Elles lui répondirent à l'unanimité « Merci ». Une femme aime recevoir des compliments. Cora s'approche de Carson et lui dit à voix basse.
- Faites-les sortir rapidement, ce serait peu sympathique de les laisser terminer les tâches. Y comprit Daisy. Je veux tout le monde au village à la fin de la matinée.
- Bien, Milady.
Elle vint s'assoir à table et tout le monde commence à manger dans une joyeuse ambiance.
Quelques minutes plus tard, le petit-déjeuner fini, ils se rendent à l'extérieur où William et Branson les attendent. Le valet leur ouvre la portière et tout le monde rentrent. Les regards de Tom et Sybil se croisent, un regard simple, mais qui redonne du courage au chauffeur. William ferme la portière et la voiture s'éloigne.
Les domestiques se dépêchent de tout ranger et nettoyer, puis filent se changer et se rendre au village à pied. Anna est avec Bates, Daisy entre Thomas et William. Gwen est également à côté d'eux corporellement, mais son esprit est ailleurs, elle songe à ce qu'elle a dit la veille.

- Tout va bien, Gwen ? demande William qui se sentait un peu à l'écart à cause de Thomas et Daisy.
- Oui, je réfléchissais.
- Voyons ! C'est la fête aujourd'hui ! Ne pense plus à rien et amuse-toi !
Que ce garçon est gentil.
Une fois arrivés, la famille sort et Branson va garer la voiture dans un endroit à l'écart où il se change.
- Oh ! Regardez ! C'est les Lurray qui sont là ! remarque Edith.
- Oui, il était prévu qu'ils viennent, reprend Mary.

En effet, Andrew, Clémence, Guillaume … et François étaient là. Sybil cacha son désespoir. « Oh non ! Je voulais pas le voir ! J'espère qu'il va parler avec Edith ou Mary, mais pas à moi ! » Eh non ! Il s'approcha d'elle après que tous ce soient salués. « Seigneur ! Faites que quelqu'un me sauve ! »

De loin, Gwen voyait Sybil avec un homme, mais ce n'était pas Branson, c'était François ! « Zut ! Il faut que je fasse quelque chose. Mais ai-je le droit d'aller accoster mes supérieurs ? Nan… Il faut que j'attende qu'ils se soient éparpillés et je pourrai intervenir. »
Sybil, voulait faire diversion. Elle chercha un regard ami et aperçut Branson. Il ne restait plus qu'à trouver une bonne excuse. De toute façon, ses parents sont d'un côté, ses sœurs de l'autre et envoyer un vent à François ne la gênerait pas le moins du monde.

- Veuillez m'excuser.
Il la regarde s'éloigner et lui reste planté comme un idiot au milieu de la place.

- Branson !
Il se retourne et la voit arriver d'elle-même. Par réflexe, il lui sourit. Il sait ce qu'il fait, mais il est audacieux.
- Oui, Milady ?
- Seigneur, vous étiez au bon endroit !
Comment ça ? Il n'a pas bien compris le sens de sa phrase.
- Moi ?
- Oui, vous êtes la seule personne proche aux alentours.
Il est vexé, mais ne se laisse pas abattre : si elle est venue, alors que la veille ils s'étaient séparés dans de mauvaises conditions, c'est qu'elle n'était pas rancunière…ou qu'elle l'aimait beaucoup.
Gwen sourit de son côté quand elle les vit l'un en face de l'autre. Elle ne s'en inquiéta plus et prit pleinement part à la fête.
Branson se souvint qu'il devait être audacieux.
- Milady, pouvons-nous parler rien que tous les deux ? Un peu plus loin.
- Bien sûr, mais où ? Il y a du monde partout.
- Dans les bois à la sortie du village, ce n'est pas très loin.
Elle accepta, c'est bien mieux d'être avec lui qu'avec des gens comme les Lurray. Elle le suivit, ou plutôt, ils marchèrent à côté.
À l'entrée du bois, Sybil s'arrêta, elle commença à prendre peur. Ils étaient tout de même loin du village et personne ne sait ce qui pourrait leur arriver.
- Je pense que nous sommes largement éloignés des gens.
- Je suppose aussi.
- De quoi voulez-vous me parler ?
Branson prit une grande inspiration : ce sera sa seule chance de le lui avouer, alors il ne faut pas qu'il passe à côté.
- Voilà, Milady. Chaque fois que je vous vois, je ressens un truc au fond de moi. Quelque chose qui s'anime : mon cœur. Quand vous me parlez, je ne me lasse point. Je…Je vous aime plus que tout homme au monde.
Elle resta figée. Ce n'est pas tous les jours qu'on lui déclare sa flamme. Elle essaya de bégayer un mot, mais il était intraduisible. Il poursuivit :

- Si vous ne voulez pas me répondre à cause de vos parents, de votre rang social, je vous comprends. La seule chose que je souhaite, que je désire, c'est votre pensée. Au fond de vous, se passe-t-il quelque chose ?
S'il se passait quelque chose ? Mais bien sûr ! Elle avait mal au ventre ! Très mal. Elle frissonnait. Et puis zut ! C'est la dernière ! Elle n'est pas destinée à garder le domaine.
- Branson, si vous voulez savoir, moi aussi je vous aime. Depuis combien de temps ? Je n'en sais vraiment rien. Après, il est vrai que ma place dans la société m'empêchait de m'ouvrir correctement les yeux vis-à-vis de vous. Si vous me l'aviez annoncé dans le village, je ne sais pas ce que je vous aurais fait, mais là, nous sommes seuls.
Il eut un instant de blocage : il n'en croyait pas ses oreilles. Il voulut se pincer pour vérifier si ce n'était pas un rêve, mais non. C'était bel et bien la simple réalité. Il se rapprocha d'elle pour l'embrasser, mais elle l'interrompit dans son élan :
" - Yes, you can kiss me, but that is all until everything is settled."
" - For now, God knows it's enough that I can kiss you."
Puis, il posa ses lèvres sur les siennes pour leur premier baiser. Quelques instants après, ils se regardèrent et, Tom prenant sa main, Sybil lui dit :
- Promenons-nous dans les bois…

FIN