Tenkû no Escaflowne – Caprice malheureux
Lune des Illusions.
Hitomi ferma les yeux et son cœur au monde environnant. Elle s'assoupit, contre son grès, sous un cerisier en fleurs.
Gaïa.
Allen maudit intérieurement Mirana et ces idées saugrenues de femme.
Quelle folle pensée l'avait pénétré le jour où elle avait pris l'initiative de vouloir marier Van Fanel et Allen Schezar. Les deux femmes descendues du vaisseau de Dryden étaient belles et magnifiques, mais des écrins bien trop précieux pour lui, homme de combat, habitué à dormir à la dure, loin du confort des palais. Il savait que sa réaction était identique à celle de Van.
Il se sentait trahi par Mirana qui connaissait le cœur des deux hommes. Il devinait et comprenait en partie les raisons de son geste, mais il ne lui pardonnerait pas si facilement cette trahison.
Passés les fêtes annuelles de la Paix, il partirait, laissant la jeune femme désignée pour être sa femme à la capitale. Elle comprendrait bien rapidement qu'Allen ne reviendrait pas et, résignée, elle rentrerait à Palace.
Mirana lui en voudrait sûrement. Mais il n'avait que faire des caprices d'une enfant gâtée.
Une voix fluette le dérangea dans ses récriminations intérieures. « Messire Schezar ! »
Il prit une profonde respiration en reconnaissant la voix de Lydia, une des deux femmes amenée par Dryden. Il se tourna vers la dame et la salua.
« Dame Lydia ! »
« Je me demandais si vous pourriez me tenir compagnie pendant ma balade dans les jardins de Fanélia. Mirana m'a vanté la beauté sauvage des lieux… mais j'ai peur qu'ils ne soient trop sauvages pour moi seule ! »
Allen la salua de nouveau. « Je suis désolée, ma dame. Mais une mission importante requiert ma présence immédiate. Je crains de n'être peu disponible pendant les prochains jours. La fête de la Paix amène beaucoup de monde et nous nous devons d'être vigilant. »
Il la salua une troisième fois, tourna les talons et remonta le couloir sans un regard en arrière. Il devina la fureur de la dame. Jamais personne n'avait du se comporter avec elle comme il venait de le faire. Il jubila de plaisir.
Personne, pas même Mirana, ne l'enchaînerait à une femme. Il savait son amour impossible, mais il gardait son cœur pour elle et elle seule. Il connaissait les sentiments du cœur d'Hitomi et ils n'étaient pas tournés vers lui. Elle l'aimait à sa façon, comme un grand frère, comme un ami de toujours sur qui on peut se tourner en tout problème.
« Aidez-moi ! » murmura une voix emprunte de tristesse.
Allen s'émut de la souffrance qui perçait dans la voix féminine. Puis il la reconnut. Il pivota d'un quart sur lui-même.
Agenouillée dans l'obscurité d'un mur, Hitomi les mains sur le visage ne parvenait pas à endiguer le flot de larmes.
« Pourquoi ? Pourquoi m'abandonne-t-il pour une autre ? » hurla Hitomi en disparaissant.
Allen ne comprit pas. Hitomi était au courant pour les deux femmes envoyées par Mirana ? Mais ne connaissait-elle pas la profondeur du cœur de Van ? Il ne se laisserait jamais passer la corde au cou si facilement.
Il comprit l'enjeu de cette déclaration quelques jours plus tard, au festin organisé pour l'ouverture de la fête annuelle de Fanélia. Quand il vit Van se lever, s'approcher de Mila, la deuxième femme envoyée par Mirana, lui tendre la main et la faire se lever devant tous les convives réunis.
« A vous tous, réunis ici, je vous présente la future Reine de Fanélia. » déclara Van en levant son verre et en saluant les invités.
Allen bondit, repoussant violement sa chaise en arrière qui tomba dans un bruit sourd, couvrant le fracas du verre qu'échappa Van et qui se brisa sur le sol de carrelage.
« Van ! » hurla le chevalier. « Oublies-tu à qui est destiné ton cœur ? Sais-tu que c'est une trahison ! »
Van pivota vers son compagnon, le visage blanc, le regard perdu.
« Je… je n'ai pas été capable de la faire revenir ! » murmura-t-il.
« Mais si vous épousez cette femme, Van, vous condamnez la seule femme de votre vie… a mourir ! » déclara Cid qui entra à l'instant dans la grande salle.
Dans le ciel étoilés se leva la Lune des Illusions, éphémère et aérienne, elle sembla frissonner à l'affirmation du jeune duc de Flied. Et le silence s'installa.
