Chapitre 6 : Le cours de potion
Ni Ron ni Blaise ne vendirent la mèche. Zabini, en bon Serpentard, savait la valeur d'une telle information, et avait entrepris d'en apprendre le plus possible. Passer la découverte plutôt émotionnelle, personne ne savait vraiment s'il approuvait ou répugnait la rumeur. Il échangeait ses informations contre des faveurs, son masque souriant et impassible fermement en place. Lorsque l'on posait la question à Pansy, elle éclatait de rire. On n'était pas plus avancé.
La désapprobation de Ron elle était beaucoup plus claire. Résilients, les élèves de l'école s'étaient rapidement fait au changement. Et même si l'on pouvait techniquement parler de la rumeur à Ron, on évitait, sous peine de le voir devenir rouge de colère et irritable. Il fallait mieux ne pas trainer dans la salle commune durant ces moments là.
Le Gryffondor jetait des regards mauvais à Malfoy à chaque fois qu'il le voyait, et encore plus lorsqu'il s'approchait un tant soit peu de Harry. En réponse, le Serpentard haussait le sourcil avec un air de défi, mais Hermione arrêta toujours Ron avant qu'il ne fasse une bêtise. Comme évoquer la rumeur à Malfoy.
Et à cause de ces réaction plutôt voyantes, Draco lui-même se doutait de quelque chose. D'après Blaise, il cherchait quelle action avait pu causer une telle réaction de la part de Weasley, et la manière de s'en servir. Il n'allait probablement pas deviner « Oh pas grand-chose, le rouquin croit juste que tu te tapes son meilleur ami. ». Mais il pouvait déjà imaginer que cela ait un rapport avec Harry. Malfoy était un Serpentard après tout, et la déduction un de ses points forts. On demandait régulièrement des mises à jour de Zabini pour essayer de garder la rumeur sous contrôle.
Draco n'était d'ailleurs pas le seul Serpentard à avoir deviner qu'on lui cachait quelque chose. Mais Rogue, maitre espion, avait été beaucoup plus efficace dans sa recherche de vérité et d'information. Depuis le banquet ce fameux soir après le cours de divination, il savait qu'une rumeur s'était propagée à travers l'école.
Au départ il l'avait ignorée, pensant encore à une querelle enfantine. Mais à mesure qu'elle gagnait en ampleur sans faiblir, le professeur de Potion s'était mis un point d'honneur à la découvrir discrètement. Cela n'avait pas été difficile : entrainé à mentir et à espionner beaucoup plus gros qu'une bande d'élèves, Rogue avait facilement entendu Lavande et Pansy échanger des informations.
Croire ses informations, ça c'était autre chose.
Il avait du mal à s'imaginer les deux rivaux entretenir une relation amoureuse, secrète qui plus est ! Connaissant le caractère du Gryffondor, il n'aurait pas tenu trois jours. Loin de crier au scandale comme on aurait pu l'imaginer, le professeur resta impassible, tout en priant que la rumeur ne soit qu'une mauvaise farce. Cela lui éviterait beaucoup d'ennuis.
D'autant que comme le voulait le curriculum, les 6ème années fabriqueraient aujourd'hui de l'amortentia. Rogue appréhendait toujours ce cours : toutes ces hormones risquaient de causer des accidents. Et si tout le monde était aussi passionné par la rumeur qu'il avait cru deviner, il devrait apporter une attention particulière à la sécurité.
Encore une fois Potter allait déranger son cours.
Il apparut évident que Rogue avait raison. Les premiers élèves arrivaient à peine dans la salle de cours, et ils avaient déjà du mal à contenir leur enthousiasme. Quelques minutes plus tard, tout le monde était assis à sa table. La classe entière était surexcitée : on allait enfin savoir quelle odeur était la plus irrésistible pour chacun. Et pour Harry et Draco.
En tout cas c'est ce qu'espérait certains.
Rogue s'accorda un moment de faiblesse et soupira, avant de retourner à son cours.
-Aujourd'hui nous préparons une des potions les plus dangereuses qui existe. Quelques gouttes suffisent à créer une obsession qui plierait même les esprits les plus forts à la volonté de son créateur. Il est impossible de fabriquer ou d'imiter l'amour : l'amortentia n'est qu'un moyen de manipuler les autres, et de les soumettre à son désir…
Les instructions se trouvent dans votre livre, page 79. Je vous prierais de rester civilisés, et de ne pas succomber aux vapeurs ensorcelantes d'un chaudron d'amortentia correction préparé. Aucun flacon ne quittera cette salle. Me suis-je bien fait comprendre ?
La classe hocha la tête, et sous le regard insistant de Rogue, tout le monde se mit au travail. Les 6eme années travaillaient seuls, pour se préparer aux examens. On fonça aux placards pour récupérer tous les ingrédients nécessaires à la préparation de la potion : Œufs de serpencendre gelés, épines de roses, menthe poivrée, pierre de lune, poussière de perle…
Oubliées les rumeurs, chacun travailla en silence et avec diligence. C'était une potion de niveau avancé, qui demandait un timing extrêmement précis. On n'entendait presque rien dans la salle, hormis les bruits d'ingrédients que l'on découpe et écrase, le son de bulles qui éclatent, et le léger crépitement des flammes sous les chaudrons.
Finalement, l'heure et demie toucha à sa fin, et un bruit strident résonna dans la salle pour signifier à chacun qu'il était temps. Rogue se leva et passa entre les rangs pour évaluer rapidement les potions des élèves.
Comme souvent, le chaudron d'Hermione suivait la recette sur le bout des doigts, mais c'était la potion de Draco qui était la mieux préparée. Le travail d'Harry était convenable, au grand regret de Rogue, tout comme celui de nombreux autres. Il était presque fier des résultats de sa classe, et allait se féliciter d'un cours sur l'amortentia sans encombre, lorsqu'un bruit sourd attira son attention.
Théodore Nott s'était effondré par terre sans raison apparente. Rogue leva un sourcil, attendant que le serpentard se relève. Lorsqu'il le fit, il découvrit avec horreur que son regard était vague et inattentif, symptôme caractéristique d'une personne ayant consommé de l'amortentia.
Rogue balaya la classe du regard, appelant clairement le responsable à se manifester. A un œil non entrainé, personne ne semblait particulièrement suspect, mais des années passées en temps qu'espion et professeur lui permettait de distinguer les signes subtils de la culpabilité.
-Voilà qui est particulièrement inapproprié monsieur Zabini.
A l'entente du nom du Serpentard, Nott releva la tête et un sourire béat illumina son visage. Il se retourna vers le jeune homme, et paraissait prêt à l'admirer jusqu'à la mort. Zabini se contenta de hausser les épaules, ne niant pas sa responsabilité.
Rogue retint un soupir et retira à regret 10 points à sa maison.
-Si c'était un Gryffondor, il se serait déjà fait renvoyer, murmura discrètement un élève.
Le professeur choisit d'ignorer la remarque.
-A présent monsieur Zabini vous allez accompagner monsieur Nott et moi-même à l'infirmerie. Vous aurez également une détention dont je vous communiquerais les dates plus tard. Pour le reste de la classe, je compte sur votre maturité. Je serais de retour dans une dizaine de minutes pour récupérer un échantillon de vos potions.
Blaise se leva, et suivit le professeur hors de la pièce, Nott sur ces talons. Alors qu'il quittait la salle, Blaise lança un clin d'œil à Pansy, qui lui rendit le geste.
Le reste de la classe parut confus, jusqu'à ce que Pansy commence à interroger Malfoy
-Alors Draco, qu'est-ce que tu sens dans ta potion ?
Ceux intéressés par la rumeur apprécièrent pleinement le génie du plan des deux Serpentards. Cette question tenait Draco en échec.
Il ne pouvait pas prétendre que sa potion ne fonctionnait pas, car tout le monde savait que ce n'était pas le cas : le liquide abordait la couleur nacrée caractéristique de l'amortentia, dégageait des vapeurs en spirale et sentait délicieusement bon. Même à l'opposé de la pièce, Lavande était capable de sentir l'odeur agréable des violettes de son jardin.
Draco ne pouvait pas non plus prétendre se cacher derrière la rigidité du cours et la sévérité de Rogue, qui n'aurait pas toléré ces enfantillages. Celui-ci se trouvait malheureusement absent pour les dix minutes à venir grâce au sacrifice de Blaise et celui involontaire de Nott.
Bien sûr, il pouvait choisir de ne pas répondre, prétextant une faiblesse qu'il ne voulait pas révéler à ses adversaires. Mais refuser de répondre, c'était confirmer qu'il avait bien une faiblesse. Car après tout, il pouvait bien dire la vérité, s'il ne sentait que du chocolat ou l'odeur de l'herbe coupée. Si son odeur était plus… personnelle, là ce serait une raison pour ne rien dire.
Malfoy n'avait plus qu'un choix à sa disposition s'il ne voulait pas dire la vérité : mentir. Et Pansy se sentait capable de discerner le bon grain de l'ivraie dans les propos de Draco Malfoy.
A présent, les autres élèves faisaient semblant de discuter entre eux, tout en tendant l'oreille. D'autres, le regard dans le vague, reniflaient leur potion comme des addicts, se délectant de l'odeur unique de l'amortentia.
Le sourire que Pansy adressa à Draco était carnassier, et ce dernier resta impassible, mais on devinait clairement son malaise. Pendant quelques secondes il ne dit rien, calculant ces possibilités, avant de répondre.
-De la pomme.
Ce n'était pas faux, mais clairement il ne disait pas toute la vérité.
-Quelque chose d'autre peut-être.
-De la cannelle
-Quel beau crumble tu nous fais, se moqua Pansy.
Malfoy la fusilla du regard.
-Feu de cheminée, ozone, « Eau sauvage » de Christian Dior. Et toi très chère ?
-Je suis ravie que tu ais posé la question darling ! Je sens l'« Allure » de Chanel, un grand classique, tu devrais l'essayer, mon huile essentielle préférée aux notes d'agrumes, et le parfum incroyable de ce saint-honoré que prépare ce petit pâtissier français.
Draco ne pipât plus mot. Pansy était satisfaite. Rien de ce qu'avait dit Draco n'était très explicite, uniquement des odeurs qu'il aime ou porte, mais c'était des informations à consigner pour plus tard.
Comprenant la manœuvre, Lavande imita Pansy du côté des Gryffondor.
-Alors Harry tu sens quoi ?
Potter n'était pas très enthousiaste, mais il répondit quand même.
-Euh… je dirais tarte à la mélasse, bois de manche à balai, et… je ne sais pas trop… une eau de Cologne ?
Les élèves environnants parurent très excités par la nouvelle. A présent que la flagrance de Malfoy était connue, la demoiselle essayait de relier les points, pour voir si l'odeur que sentait Harry pouvait être celle de Draco.
-Quel type de Cologne ? demanda-t-elle précipitamment.
Harry parut confus.
-Aucune idée, je ne suis pas un spécialiste. La seule que j'ai on me l'a offert alors…
Avant que l'interrogation reprenne, Rogue retourna dans la salle, claquant la porte derrière lui et faisait sursauter les élèves inattentifs. Pour la première fois de sa vie, Harry fut presque heureux de voir son professeur de potions, qui l'arracha aux questions de ses camarades.
-Trêve de bavardages. Je veux que chacun d'entre vous se munisse d'une fiole et la remplisse d'un échantillon de sa potion, que je noterais. Je vous demande également d'écrire pour mardi prochain 30 pieds de parchemin décrivant l'amortentia, son procédé de fabrication, et ses symptômes. Le cours est terminé.
