Game Over.

Début de soirée. Domicile de Steve.

Émotionnellement épuisé, Steve s'apprêtait à rentrer chez lui. Ces dernières heures avaient été les pires de toute sa vie. Il avait dû annoncer la terrible nouvelle à la famille de son partenaire. Inutile de le préciser ce fut littéralement atroce. Les larmes de Grace avaient brisé le cœur de Steve. Ce fut encore pire lorsqu'il dut téléphoner aux parents de Danny. Leurs émotions, leurs chagrins n'avaient fait qu'empirer la propre détresse de Steve. Amber avait piqué une telle crise de nerfs qu'elle s'était retrouvée hospitalisée d'urgence sous calmants.

Pour ne rien arranger, l'enquête ne progressait guère. Seul Duke Lukela avait pu lui apprendre une information intéressante. Une voisine avait vu la veille au soir, une voiture s'arrêter devant la maison de Danny et demander son chemin à ce dernier lorsqu'il s'apprêtait à rentrer chez lui. Les occupants de la voiture avaient une carte routière à la main et d'après la voisine ce devait être des touristes d'origines asiatiques. Le temps de se retourner, Danny et la voiture avaient disparu. Ce maigre indice laissait à penser que le lieutenant avait bien été kidnappé aux abords de son domicile.

En début de soirée, de retour au Palace, et après avoir renvoyé son équipe chez eux, Steve fit une dernière halte dans le bureau de Danny pour y ramasser les différentes photos de Grace et les objets personnels de Danny. Il allait les garder précieusement en souvenir.

Ne voulant pas rester à son bureau pour y tourner en rond, il se décida finalement à rentrer chez lui. Étant plus qu'épuisé, il ressentit soudainement le besoin de retrouver son domicile. Son dernier refuge. Sachant très bien qu'il ne dormirait pas de la nuit, il prévoyait surtout de boire enfin ce verre dont il avait tant besoin. Où peut être la bouteille. Rien de mieux que l'alcool pour anesthésier sa douleur. Cette douleur qui l'étouffait. Cette douleur qui ne voulait plus ressentir. Il voulait juste oublier un court moment cette journée cauchemardesque.

Au moment ou Steve s'apprêtait à tourner la clef dans la serrure, il sentit son téléphone vibrer. Il venait de recevoir un message d'un numéro inconnu lui conseillant d'aller vérifier sa boite aux lettres. Plus surpris que véritablement inquiet, il s'exécuta. À l'intérieur de ladite boite, il trouva deux enveloppes. L'une semblait contenir une lettre, l'autre un objet de petit calibre déduisit Steve en les examinant de plus près.

Il emporta le tout au salon, se servit un verre de scotch, puis pris connaissance du contenu de ces deux mystérieux éléments. La première enveloppe contenait une simple lettre que Steve s'empressa de lire.

Alors son univers vola en éclats et son monde s'écroula.

Hébété, stupéfié, la respiration haletante, le cœur battant à tout rompre, Steve McGarrett venait de voir sa pire terreur se réaliser.

Il savait désormais qui était l'assassin de Danny.

Lui.

Steve.

Tout était de sa faute. Coupable, il était le seul coupable de la mort de Danny.

Son partenaire avait payé le prix de la guerre personnelle que livrait Steve contre Wo Fat. C'était écrit noir sur blanc dans cette lettre qu'il venait de lire. Une lettre signée de la main de son pire ennemi. Wo Fat. Ce dernier expliquait à Steve dans sa missive qu'il avait eu largement le temps ces dernières années de préparer sa vengeance. De perfectionner le choix de ses armes. Et dernièrement il avait conçu un plan infaillible pour mettre enfin le SEAL «échec et mat». Il avait trouvé une nouvelle arme, une arme dangereuse lorsqu'elle était bien maniée. La culpabilité.

Hélas, pour mettre son plan à exécution, Wo Fat avait dû sacrifier une pièce de l'échiquier de Steve. Cela le désolait, car il n'avait aucun ressentiment personnel envers le lieutenant Williams. Seulement ce dernier était le fidèle partenaire de Steve, la personne la plus proche du SEAL. Donc la pièce à abattre pour que sa nouvelle arme fonctionne. Le voilà coupable de la mort de son meilleur ami. Il allait devoir maintenant vivre avec ce poids sur les épaules jusqu'à la fin de sa vie. C'était le cadeau mortel, l'ignoble vengeance de son pire ennemi. Et quelle vengeance ! Wo Fat lui avait pris la personne dont il était le plus proche et juste pour culpabiliser Steve l'avait tué.

Il lui souhaitait bien du plaisir de vivre en portant cette culpabilité. Il ferait en sorte que Steve n'oublie jamais que c'était lui le seul responsable de cette mort injuste.

Et pour cela, il lui laissait un dernier petit présent qui se trouvait dans la deuxième enveloppe. Cette dernière contenait un téléphone portable. Téléphone que Steve reconnut immédiatement comme étant celui de son partenaire. À présent qu'il regarde donc la dernière vidéo enregistrée.

Totalement anéanti, l'esprit en déroute, Steve obéit à cette injonction et lança la vidéo. À sa grande stupéfaction, il y vit apparaître Danny. Ce dernier était dans une sorte de cellule, menotté à une chaise et avait l'air groggy. Enfin, plus exactement, il semblait totalement drogué. Il fixait la caméra d'un air impassible, sans la moindre trace d'émotion, sans appréhension. Comme s'il n'avait plus aucune volonté propre. Au bout de quelques secondes, il prit la parole. Il donnait l'impression de réciter un texte appris par cœur. « Steve, veille sur Grace pour moi s'il te plaît, dis-lui que je l'aime… je te laisse la voiture tu en prendras soin … ne fais pas de bêtises, SuperSeal, promets-le-moi …n'oublie pas c'est pas de ta faute alors ne fais rien d'insensé…reste en vie pour moi».

Lorsqu'il se tut, la caméra se déplaça sur Wo Fat qui d'un glaçant « Game Over McGarrett » mit fin à l'enregistrement.

Steve resta un long moment incapable de réagir. Ce n'était pas réel, ce n'était qu'un cauchemar. Son esprit refusait d'accepter cette atroce réalité. Il cherchait désespérément une issue de secours. Seulement il n'y en avait pas. Danny était mort par sa faute. Wo Fat avait gagné. Et lui Steve était effectivement game over.

Alors, il laissa libre cours à son chagrin et à sa douleur puis finit par chercher refuge dans l'alcool.

Au petit matin, pâle et défait, les yeux cernés, les épaules voûtes, sa décision était prise. Il savait ce qui lui restait à faire.