Et voilà enfin le nouveau chapitre tout juste relu, tout beau tout chaud (lemon XD eh oui, il était temps^^) rien que pour vous ;) Mes excuses pour le retard, mais pour me faire pardonner vous noterez que c'est le plus long de la fic :)
Ce chapitre je tiens à le dédier à l'adorable Amelia, qui m'a beaucoup aidée sans même s'en rendre par ses bons conseils. Tout ceci n'était pas prévu, la fin initiale étant plus rapide, trop rapide. Mais avec les encouragements de cette auteure talentueuse je me suis lancée, les raisons de mon retard mais j'ose croire que cela en valait la peine ;)
Plus qu'un chapitre ensuite, qui sera plus proche de l'épilogue, alors n'hésitez pas à vous lâcher avec les reviews, avoir votre avis est tellement agréable. Et merci aux lectrices fidèles, vos petits mots sont un régal :)
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Lorsque Greg lui ouvrit la porte de son appartement, John comprit pourquoi même Sherlock, pourtant si peu intéressé par les états d'âme de ses proches, avait vu que quelque chose clochait. Le policier avait l'air plus las et fatigué que jamais. Ces derniers jours pourtant Watson l'avait vu reprendre du poil de la bête et s'était même naïvement senti en parti responsable de cela. A présent son ami semblait comme… anéanti.
« Je peux entrer ? » s'enquit-il en voyant que l'autre homme ne prenait toujours pas la parole ni n'esquissait le moindre geste.
L'aîné sembla hésiter un instant avant de secouer presque imperceptiblement la tête.
« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dit-il finalement d'une voix qu'il tentait au mieux de contrôler.
- Sherlock m'a pourtant dit que tu étais venu chez nous, que tu voulais me voir. Pardon de ne pas avoir été là mais…
- C'était aussi bien que tu aies été absent. Je n'aurais pas dû venir. Je me suis pris quelques heures pour digérer ce qui s'est passé hier tu comprends. Et à un moment j'ai eu un instant de faiblesse en pensant que tu pouvais encore te préoccuper de mon sort.
- Bien sûr que je m'en préoccupe, sinon je ne serais pas là.
- J'ai finalement été autant soulagé que déçu quand Sherlock m'a annoncé que tu étais absent. Tu prenais le petit-déjeuner avec Mary apparemment. C'est bien. Il est hors de question que je ne me mette entre vous. »
Entendant cela John se composa un visage dur, prêt à forcer le passage pour entrer s'il fallait en arriver là, parce qu'il était exclu qu'il reparte.
« Laisse-moi entrer ! dit-il d'un ton qui tenait plus de l'ordre que d'autre chose. On doit parler », rajouta-t-il en se radoucissant.
Greg, qui le connaissait mieux qu'il n'aurait voulu l'admettre, savait qu'il ne se débarrasserait pas de lui aussi facilement qu'il l'aurait souhaité. Soucieux d'éviter un esclandre au beau milieu du couloir, il s'effaça donc. Le médecin hocha la tête, satisfait, et pénétra dans le petit appartement. Il put constater qu'en dehors des traces de l'effraction de Wilder, rien n'avait changé ici depuis qu'il n'y était plus venu. Toujours la même décoration, les mêmes meubles… La seule chose qu'il nota comme nouvelle était la bouteille de scotch et le verre ainsi que le cendrier débordant de mégots posés sur la table basse, à portée de main du fauteuil le plus confortable. Nul besoin d'être un génie comme Sherlock pour en déduire où son ami avait passé la plus grande partie de sa nuit.
« J'ai prévu de faire du rangement aujourd'hui, s'écria Lestrade comme pour s'excuser du désordre qui régnait en maître. J'ai pas encore eu le temps de m'y mettre comme je ne suis revenu de Baker Street qu'hier soir. Il faut aussi que je rachète un ou deux meubles. Je viens de passer une heure au téléphone avec mon assurance, ils ne devraient pas me faire de problèmes avec ça. »
John ne répondit rien. Non pas qu'il ne soit pas intéressé par ce babillage nerveux, mais ce n'était pas pour ce côté matériel de la vie du policier qu'il était venu. Retrouvant ses habitudes dans ces quelques pièces, il fila vers la cuisine, où il mit de l'eau à chauffer dans la bouilloire. Ils étaient Britanniques, rien de mieux qu'un bon thé pour gérer toutes les situations. Fouillant dans les placards à la recherche des tasses, cuillères et du lait, il était heureux de réaliser qu'il se sentait parfaitement chez lui ici, comme s'il n'était jamais vraiment parti.
L'air bourru, Greg était appuyé au chambranle de la porte et suivait chacun de ses gestes en s'interrogeant sur la meilleure attitude à adopter. Cette situation n'avait décidément rien de naturel pour lui et si son instinct lui disait quelque chose, à savoir qu'il devait foncer sur le blond pour l'embrasser et lui promettre de ne plus jamais le quitter, sa raison lui dictait plutôt la sagesse. Il se devait de se préserver, c'était là l'essentiel après tout ce qu'il venait de traverser et tant pis si son ancien compagnon semblait peu enclin à abonder dans son sens.
Donnant l'impression de comprendre ce qu'il avait en tête, John le fixa en silence un bon moment, une expression indéchiffrable sur le visage. Quand l'eau commença à frémir il esquissa un sourire.
« Assieds-toi », lança-t-il avec un signe de tête vers la chaise la plus proche.
Si son ton avait été doux, il ne laissait pourtant pas place à la moindre opposition. Greg ne se sentait de toute façon pas le courage de parlementer, il obtempéra donc avec soupir.
Comme toujours avec le médecin le thé était parfait. Dosé juste ce qu'il fallait, à la température idéale et avec la quantité appropriée de lait et de sucre… Et tandis que l'aîné le buvait à petites gorgées il sentait le calme le gagner.
Rasséréné lui aussi autant par la préparation que sa dégustation, John se sentit enfin capable de prendre la parole. Il y avait bien des choses à mettre au clair et le moment semblait tout particulièrement approprié.
« Ce matin c'est vrai que j'ai vu Mary, mais tu dois savoir ce que nous nous sommes dit. Nous avons rompu ! Lorsque je me suis éloignée d'elle c'était en quelque sorte pour faire le point, et nous avons compris l'un comme l'autre que nous n'avions plus rien à faire ensemble. Enfin tu me connais, c'est surtout elle qui l'a compris pour nous deux. Mais c'était également ce que je voulais.
- Tant mieux. Si c'était ce dont tu avais besoin je suis content pour toi. Pour ce que j'en ai compris ces derniers jours elle ne semblait pas faire ton bonheur.
- Greg, c'est pour toi que je l'ai fait.
- Ne dis pas ça ! s'écria l'inspecteur, serrant si fort la tasse dans sa main qu'il craignit la briser. Ne dis surtout pas ça !
- Mais c'est la vérité. Je l'ai enfin réalisé ! Elle ne pouvait me rendre heureux parce que toi seul peut y parvenir. Et je sais que moi aussi je peux t'apporter beaucoup.
- Tais-toi John !
- Pardonne-moi d'avoir été si long à m'en rendre compte.
- Non, je ne peux pas te pardonner. »
Cette fois la voix du policier avait perdu de son mordant pour n'être plus qu'un murmure et cela effraya le cadet bien plus que lorsqu'il criait.
« Greg…
- Je ne t'en veux plus pour m'avoir quitté. Tu avais tes raisons et surtout tu avais le droit de le faire. J'ai traversé un calvaire les premiers mois, enchaînant les coups d'un soir pour trouver une forme d'apaisement. J'ai cru que j'allais mourir tellement j'avais mal et j'ai même tenté de provoquer ma perte. J'ai ramené des mecs trouvés dans des bars, me fichant bien qu'ils puissent être dangereux et j'ai couché avec la plupart sans protection, souhaitant presque qu'ils me refilent un truc. Je voulais crever !
- Greg, je suis tellement désolé…
- Et puis j'ai fini par comprendre ce que j'aurais déjà dû comprendre après mon divorce. Je ne suis pas fait pour les histoires d'amour. C'est pas réjouissant mais c'est comme ça. Alors j'ai appris à faire avec. J'ai un boulot prenant, ça aide. Mais tu dois comprendre, je me suis blindé pour une question de survie. Dans ces conditions je ne peux pas te laisser me faire croire que toi et moi…
- Je ne veux rien te faire croire, mais bien t'affirmer que je t'aime et que si tu en as envie je voudrais qu'on recommence.
- C'est non ! Je n'y arriverais pas. »
Lorsque son compagnon s'interrompit, John ne reprit pas la parole. Il ne savait plus quoi dire. Il se sentait frustré, malheureux, mais une part de lui comprenait évidemment qu'il méritait cela. Il avait blessé cet homme merveilleux, avait refait sa vie avec quelqu'un d'autre… Il ne pouvait pas espérer, à présent qu'il avait retrouvé la raison, reprendre leur vie comme avant sans assumer les conséquences. Greg n'était pas à son service. Alors il saurait respecter son choix, aussi douloureux que lui apparaisse cette décision pour l'instant. Plus que quelqu'un d'égoïste, Greg avait besoin d'un ami sincère et compréhensif qui saurait faire passer ses désirs en premier. John serait cet ami, il s'en fit la promesse, et la frustration qui malmenait présentement son cœur serait un bien maigre prix à payer pour l'inconséquence qui avait été la sienne. Et puis peut-être qu'avec un peu de chance, en se montrant à présent patient, alors Greg finirait par lui revenir. Il avait besoin d'y croire, d'espérer, mais surtout demeurerait l'ami fidèle quoi qu'il arrive.
Il esquissa un sourire triste, faisant taire au mieux la douleur qui l'étreignait, et prit la main du policier dans la sienne.
« C'est entendu, dit-il d'une voix sourde. Nous ferons comme tu le désires. Je veux juste que tu puisses être heureux. »
Lestrade hocha lentement la tête, semblant pourtant toujours aussi pitoyable. Et John se détesta pour cela. Il se souvint à cet instant la véritable raison de sa visite et comprit que leur relation n'était pas la seule chose qui préoccupait son compagnon, ne pas l'avoir réalisé avant allait à l'encontre de ce nouveau rôle d'ami fidèle qu'il s'était promis d'endosser. Caressant du pouce la paume chaude, il reprit la parole d'un ton aussi détaché que possible.
« Tu vas travailler aujourd'hui ? Tu dois mener l'interrogatoire d'Andrew Lemon j'imagine.
- J'ai pris quelques jours de congés. J'ai préféré refiler le bébé à Donovan.
- Sérieusement ? Ok les petites vacances te feront du bien, je sais combien tu as du mal à décrocher du boulot. »
Les deux hommes eurent de concert une pensée pour leur dernier week-end en amoureux qui étaient tombé à l'eau à cause d'une enquête particulièrement prenante pour l'aîné. Et cela avait été loin d'être une première. Compréhensif, John ne lui avait jamais rien reproché mais s'inquiétait pour lui en permanence.
« Mais pourquoi Donovan ? C'était ton affaire, depuis le début, alors à présent que tu en vois le bout… »
Lestrade se mordit la lèvre en regardant dans le vague.
« Je ne me sens pas capable d'affronter ce gamin, avoua-t-il. Pathétique quand on est flic depuis aussi longtemps que moi j'en ai conscience. »
John sentit son cœur s'accélérer désagréablement tandis qu'il prenait toute la mesure de la peine de son ami, pourtant il se refusa à l'interrompre pour l'instant pour tenter de le réconforter. Il sentait que Greg avait besoin de vider son sac d'abord.
« Il a détruit trois vies et je l'ai laissé faire. J'ai le sang de Michael Lemon et Susanna Wilder sur les mains et… je dois prendre du recul pour assumer ça. C'est la confirmation de ce que dit Sherlock bien souvent, je ne suis pas bon dans mon métier.
- Greg…
- C'est la vérité.
- C'est absurde ! Sherlock est peut-être bien plus intelligent que nous deux réunis mais il est aussi capable de dire un monceau de conneries. »
Lestrade eut un sourire las à cette idée. Il était d'accord avec cela mais ce n'était pas ce qui le rassurait pour autant.
« On m'a proposé une promotion l'année dernière, reprit-il sur un ton monocorde. Mieux payé, mieux considéré, des horaires de bureau… Mais j'ai refusé pour ne pas m'éloigner du terrain, craignant de dépérir dans ce rôle de gratte-papier. J'en suis à le regretter, dans un bureau je serais certainement moins dangereux. »
Le médecin soupira profondément tandis que le regard de son ami se voilait. Cette conversation ne lui plaisait pas le moins du monde, il lui fallait donc agir au plus vite. Ce qu'il fit sans une once d'hésitation, tout en raffermissant sa prise sur la main qu'il devinait tremblante dans la sienne.
« Andrew Lemon a manipulé tout son monde, y compris ceux qui lui étaient le plus proche et il est le seul responsable de la mort de sa tante. Alors sors-toi de la tête que tu puisses être responsable de quoi que ce soit dans cette affaire. Tu es un très bon policier ! N'en doute jamais. »
Seul un hochement de tête lui répondit.
« Tu es impossible Greg ! Mais je suis là, je te lâche pas et on va essayer de te changer les idées. Tu as des congés donc. Qu'est-ce que tu as prévu de faire ?
- Honnêtement ? Si tu n'étais pas venu je serais avachi devant un programme télé débile. Ou alors je serais retourné me coucher. »
John secoua la tête d'un air désapprobateur.
« Dans ce cas je vais tâcher de t'occuper. Je suis de garde cette nuit mais d'ici là je suis tout à toi. En ami, s'empressa-t-il de rajouter. On va faire un peu de ménage, ranger les dégâts. Et ensuite pourquoi ne pas aller manger dehors puis se promener ? On habite dans l'une des plus belles villes du monde alors autant en profiter, non ? »
Imitant son compagnon Lestrade se leva, esquissant son premier vrai sourire sincère de la journée. Jusque-là il n'avait vu aucun intérêt à sa journée, à présent elle n'aurait pu mieux se présenter. Il était heureux de cette réconciliation avec John, de cette nouvelle amitié qui commençait à se forger. Il ne se sentait pas près le moins du monde pour autre chose, mais le médecin était trop important pour qu'il se résigne à le perdre. De cette façon, avec un John apparemment aussi motivé que lui, tout semblait au mieux.
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« Tu sors ? » s'enquit Sherlock depuis son canapé, sans esquisser le moindre geste.
Voilà plusieurs jours qu'il n'avait eu la moindre enquête alors il végétait ainsi toute la journée, se montrant bien souvent plus insupportable que d'habitude. Mais John, qui avait repris ses marques dans cet appartement qu'il n'aurait jamais dû quitter, supportait chaque saute d'humeur avec le sourire. La vie était revenue à la normale, ainsi même côtoyer l'insupportable Holmes était une partie de plaisir.
« En effet, dit-il en enfilant sa veste. Greg vient me chercher.
- Vous sortez beaucoup ensemble en ce moment.
- Tu as remarqué ? J'avais pourtant l'impression de cohabiter avec une statue ces derniers jours.
- Je n'ai pas besoin de bouger ou de parler pour voir ce qui se passe autour de moi. Ce que je ne comprends pas c'est que tu passes beaucoup de temps avec lui mais tu n'es pas… avec lui ? Il me semble que c'est comme ça qu'on dit…
- C'est comme ça, s'amusa l'aîné. Et non, on n'est pas ensemble. On est simplement amis, comme au bon vieux temps, c'est ce dont il a besoin.
- Et toi ?
- Ça me convient. Plus ça va et plus je me rends compte que simplement le voir sourire ça me fait du bien. Et là je suis en train de me rendre compte combien c'est irréaliste de parler de ça avec toi. Je veux dire… tu es Sherlock.
- Je connais mon prénom.
- Je sais bien. Ce que je veux dire c'est que normalement tu te fiches totalement de ce qui se passe dans ma vie. Et ne parlons même pas de Greg.
- Je confirme, je me fiche de la vie de Graham. Mais toi tu es… Disons que maintenant que tu as enfin compris que ta place était définitivement dans cet appartement je ne voudrais pas que tu tombes sur quelqu'un qui risquerait de t'éloigner. Je sais que Lestrade lui ne le fera pas.
- Et moi qui pensais que mon sort t'intéressait vraiment, ironisa le blond.
- Eh bien… un petit peu. »
Mal à l'aise avec le tour que prenait la conversation, le détective préféra changer de sujet.
« Et vous faites quoi aujourd'hui ?
- On va visiter le musée Madame Tussauds. Et peut-être un ciné ensuite.
- Un musée ? répéta Sherlock avec dédain. Ces attrapes nigauds sont faits pour les touristes.
- C'est ma ville, il est grand temps que j'en connaisse autre chose que les locaux de Scotland Yard et les ruelles les plus sordides. Ce genre d'attractions c'est amusant. Et puis je suis au chômage, sans personne pour m'imposer quoi que ce soit quand tu es de bonne humeur, alors autant que j'en profite.
- Ennuyeux », grogna le brun, sa façon à lui de clore ce débat stérile.
Watson eut un hochement de tête amusée et se lança à la recherche de ses clés. La vie ces temps-ci était trop belle pour que Sherlock ne puisse gâcher quoi que ce soit. Après sa période de préavis, il avait enfin quitté cet emploi qui ne lui avait jamais convenu. Il n'avait aucun projet professionnel pour l'instant mais même cette perspective ne l'inquiétait pas, au contraire c'était bon pour quelque temps de n'avoir aucun contrainte. Dans le même temps Greg et lui s'étaient rapprochés plus que jamais, enchaînant sorties, visites, dîners… toujours en amis certes, mais même de cela John n'éprouvait pas la moindre frustration. Profitant de toutes ces vacances qu'il n'avait plus prises depuis une éternité, Greg s'accordait pas mal de jours de repos, désireux de mettre un peu de distance avec ses responsabilités, tentant de se remettre de la frustration qui l'étreignait depuis la débâcle Lemon. Et cela fonctionnait. Presque de jour en jour, à mesure qu'il l'entourait de son affection, le médecin voyait l'aîné s'ouvrir à nouveau, sembler plus serein. C'était un plaisir d'assister à cette transformation s'apparentant à une renaissance, et une fierté d'en être en parti responsable. Alors s'il le fallait John, malgré l'amour qu'il éprouvait pour cet homme, qui allait crescendo à mesure qu'ils passaient du temps ensemble, se contenterait de cette amitié qui avait su redonner le sourire au policier. Tout pour que celui-ci soit heureux.
Il sursauta en entendant la sonnette retentir et fila sur un bref "Salut" à l'égard de son colocataire, qui n'avait toujours pas bougé même s'il avait esquissé un sourire, dévalant les escaliers avec excitation. Il se força pourtant au calme lorsqu'il ouvrit la porte, pour ne surtout pas gêner Lestrade avec son empressement. Celui-ci lui sembla plus nerveux que de coutume lorsqu'ils se saluèrent.
« Tu vas bien ? » s'enquit le blond, ne pouvant s'empêcher de s'inquiéter.
Si ces dernières semaines Greg était effectivement au mieux, il l'avait vu au plus mal tandis que la culpabilité le rongeait et il ne voulait plus vivre cela. Le policier le rassura d'un bref hochement de tête, mais la main hésitante qu'il passa dans ses cheveux avait tendance à aller à l'encontre de cet acquiescement.
« Greg ? insista le médecin en refermant la porte.
- Il y a un truc que j'ai envie de faire depuis plusieurs jours et… je me dis qu'il faut que je m'en débarrasse une bonne fois ou ça va me rendre dingue.
- Quoi donc ? »
Et si John eut la surprise de voir l'autre homme s'approcher, il eut cependant le bon sens de ne rien dire. Le baiser que Greg lui donna était plus doux que dans ses souvenirs et il sentit son cœur s'emballer tandis que les bras qui l'avaient étreint si souvent par le passé se refermaient dans son dos. L'échange était si intense qu'il ne parvint même pas à éprouver la moindre gêne à l'idée qu'il se livrait à un roulage de pelle en règle avec un autre homme au beau milieu du trottoir devant chez lui, à la vue de tous. Ne comptait que le désir qui montait en lui à mesure que la langue de Greg titillait la sienne. Et lorsque finalement le policier s'éloigna il ne put retenir un grognement de frustration.
« Bon, on y va ? lança Lestrade en se détournant.
- Tu te fiches de moi ? s'écria John en reprenant ses esprits.
- Allons-y ! »
Et toujours en train de reprendre ses esprits Watson n'eut pas le choix et partit à la suite de son ami, qui traversait déjà la rue. Le baiser en lui-même ne l'avait pas dérangé, bien au contraire, mais c'était le genre d'évènements dont il estimait devoir parler. Greg était décidément parfois bien difficile à cerner.
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Revenant du bar avec une nouvelle tournée, Lestrade reprit sa place en face de John à leur petite table. Samedi soir dans un pub bondé, légèrement éméché, voilà une soirée comme il les aimait. En fait ces derniers temps tout avait retrouvé son sens, comme si la Terre tournait à nouveau plus rond maintenant que John était à nouveau là. Ecoutant celui-ci parler de son nouveau travail dans une clinique sans grand prestige mais dans laquelle il se sentait pleinement utile, Greg le fixa intensément, détaillant chacun de ses traits. Nom de dieu comme il lui avait manqué ! Son petit sourire, son air angélique, son regard intense… Il avait longtemps essayé de se convaincre du contraire mais il lui apparaissait clair désormais qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer. Récemment cette perspective avait cessé de l'effrayer, ce qui était rassurant. Parce qu'il avait à nouveau confiance en John. Par sa patience, son amitié indéfectible, ce dernier avait prouvé qu'il était là pour lui, comme au bon vieux temps. Dans ces conditions, et malgré toutes ses belles promesses qu'on ne l'y reprendrait plus, il allait craquer, ce n'était plus qu'une question de temps. Mais même cela ne parvenait plus à l'inquiéter. S'il aimait le médecin à ce point c'est que celui-ci en valait la peine, non ? De toute façon il était pris au piège. Le baiser qu'il lui avait donné voilà presque un mois avait été une erreur, pourtant il ne l'avait jamais regretté, sans l'assumer pour autant. Depuis lors, chaque fois que John tentait d'en reparler il éludait en passant à autre chose tout en crevant d'envie de l'embrasser à nouveau. Résister devenait de plus en plus difficile et il n'était même plus sûr que cela en vaille la peine. John avait su prouver qu'il était capable de le rendre heureux alors l'idée de se laisser enfin aller n'était jamais apparu aussi attirante.
« Quoi ? s'enquit tout à coup Watson en prenant conscience de l'intensité du regard qui ne le lâchait pas.
- Rien », répondit l'inspecteur en secouant la tête avant d'avaler le contenu de son verre d'une traite.
Ok il se sentait plus serein envers ses sentiments mais ce n'était pas pour autant qu'il était à l'aise à devoir faire le premier pas. Cela n'avait jamais été son fort. Cela dit l'alcool saurait peut-être l'aider, mais encore fallait-il qu'il en consomme un peu plus.
« La prochaine tournée est pour moi, lança John en suivant son regard sur les verres à nouveau vides. D'ailleurs je me demande si on n'aurait pas plus vite fait de commander directement une bouteille. »
Et il se leva en riant. Lestrade le suivit des yeux tandis qu'il allait vers le bar. C'est alors qu'il remarqua une jolie blonde à proximité qui observait John comme… eh bien avec la même intensité que lui le faisait. C'était normal somme toute, John était bel homme et semblait si accessible cela n'en demeurerait pas moins intolérable pour le policier. Il ne pouvait pas supporter que cet homme qu'il aimait, qu'il voulait tout à lui, puisse provoquer la convoitise chez d'autres, hommes ou femmes. Il fallait que John soit à lui, tout à lui, c'était vital parce qu'il ne pouvait envisager le perdre à nouveau, pas après l'enfer qu'il avait traversé la première fois. Pourtant il vit là l'occasion de tester John, afin de s'assurer qu'il ne se trompait pas une nouvelle fois.
Ainsi lorsque son ami revint, il lui indiqua la jeune femme d'un signe de tête.
« Elle te mange littéralement du regard, expliqua-t-il à la question silencieuse du cadet.
- Oui je l'ai remarquée il y a un petit moment déjà.
- Et ?
- Et quoi ?
- Eh bien il y a là une femme tout à fait séduisante qui ne dirait certainement pas non si tu lui proposais de la ramener chez toi. Alors je ne peux pas m'empêcher de me demander si ce n'est pas ce que tu aimerais faire. »
Watson prit le temps de boire quelques gorgées de son bourbon, savourant la brûlure dans sa gorge tandis que la tête lui tournait agréablement depuis un moment déjà, puis il planta un regard volontaire dans celui de son ami.
« Greg, commença-t-il en soupirant, il n'y a en ce moment dans ce pub qu'une seule personne que je veux ramener chez moi, et crois-moi ce n'est certainement pas cette inconnue, aussi agréable soit-elle à regarder.
- C'est à moi que tu penses ?
- Evidemment ! Ça a toujours été toi !
- Et comment je peux être sûre que les femmes ne vont pas te manquer ?
- Je l'ai compris auprès de Mary, les femmes c'est fini pour moi.
- Et les autres hommes dans ce cas ? Tôt ou tard tu en croiseras un plus jeune que moi, plus séduisant, et…
- Alors tu ne comprends vraiment pas ! s'écria John avec un petit rire. Il n'y a jamais eu d'autre homme. Ce ne sont pas les hommes qui m'attirent, seulement toi. »
Ces propos semblaient presque trop beaux pour être vrais, pourtant Greg n'avait plus le moindre doute, John n'avait jamais su lui mentir de toute façon. Avalant le contenu de son dernier verre tout en fixant le médecin, il décida qu'il avait assez bu, assez réfléchi, assez tout... Ne lui restait plus qu'à passer à l'action. Attirant John à lui, il l'étreignit avec une force presque rageuse et pris brutalement possession de ses lèvres.
Le retour jusqu'à Baker Street fut particulièrement chaotique, le trajet en taxi s'apparentant à une véritable torture tandis que les deux hommes tentaient de résister à la passion qui les dévorait. Lestrade quoi que n'ayant plus tout à fait toute sa tête était satisfait que John ne soit pas trop pressant, connaissant son désir de ne pas s'exhiber. Ce fut une autre histoire en revanche lorsqu'ils furent arrivés au 221B. La porte d'entrée à peine refermée derrière eux ils se jetèrent avidement l'un sur l'autre, ne songeant pas un instant que Mrs. Hudson pouvait les surprendre à tout moment au milieu de l'entrée. N'importait que le désir qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Les baiser de John, de même que ses mains, étaient comme dans les souvenirs de Greg. Comme si ces années loin de lui n'avaient pas existés. Il ne voulait de toute façon plus songer à elles, ayant souffert plus que son compte.
En bas des marches il eut un grognement de satisfaction lorsque John, plutôt que l'entraîner vers l'étage, le plaqua contre le mur avec brusquerie. Les lèvres du médecin furent dans son cou, mordillant et léchant tour à tour sa peau exactement comme il aimait, son compagnon prouvant qu'il n'avait rien oublié de ses préférences. Lui-même encerclait la taille du blond d'un geste possessif et se frottait lascivement contre lui, n'ignorant rien de l'excitation qu'il sentait poindre contre son bassin et qui était un écho parfait à la sienne. Donnant l'impression qu'il lisait dans ses pensées, Watson releva la tête exactement quand il commença à en éprouver le besoin et l'embrassa, se faisant intrusif avec sa langue. S'il s'abandonnait ensuite à l'autre au plus fort de l'acte, lors des préliminaires le médecin n'aimait rien de mieux que mener la danse et Lestrade se laissait faire bien volontiers, appréciant le traitement. Tout à leur baiser l'aîné ne réalisa que John ouvrait son pantalon que lorsque ses mains firent dans son sous-vêtement. Il se crispa un instant en songeant à l'endroit exposé où ils se trouvaient pour se prêter à de telles activités, mais lorsque les doigts se mirent en mouvement, caressant son début d'érection, lui donnant du même coup peu à peu toute sa vigueur, il ne put que fermer les yeux en se mordant la lèvre. Prenant cela pour l'invitation que c'était, John mit plus d'ardeur à la tâche. A bout de souffle le policier avait de plus en plus de mal à garder le silence et cela ne s'arrangea pas lorsque son compagnon tomba à genoux devant lui, non sans lui avoir adressé au préalable un sourire coquin qui ne dissimulait pas grand chose de ses intentions.
« John, pas ici », grogna l'aîné d'une voix qui lui aurait paru pathétique s'il n'avait pas su qu'elle lui appartenait.
Pour seule réponse le médecin se contenta de le prendre dans sa bouche et cette fois Lestrade ne trouva rien à y redire. Il avait de toute façon bien assez à se concentrer pour ne pas s'effondrer, ne pas gémir trop fort. Il appuya donc sa tête contre le mur et porta une main tremblante dans les cheveux de son homme.
John s'amusait davantage à le titiller du bout de la langue qu'à le sucer réellement, le frustrant plus qu'il ne le comblait réellement. C'était un petit jeu dans lequel il était passé expert, portant du même coup leur excitation à tous deux à son paroxysme. Et lorsqu'il eut conduit Greg aux portes de la libération, il l'abandonna, se relevant et l'embrassant avant de commencer à monter les escaliers. Sa victime pour le moins consentante se débâtit un instant avec le pantalon qui entravait ses mouvements et se lança à sa poursuite.
« Putain John », fut tout ce qu'il put marmonner.
A cet instant il n'était plus capable que d'une seule pensée, celle de vouloir prendre l'autre homme dans la seconde, quitte à ce que ça se passe à même ces marches très certainement inconfortables. Mais John n'avait pas fini de jouer avec lui, se dérobant chaque fois qu'il s'approchait et c'est en riant qu'ils arrivèrent finalement sur le palier du premier étage. Cette fois le médecin se laissa rattraper de bon cœur mais ils n'avaient pas eu le temps de s'embrasser que Sherlock sortait du salon, les regardant d'un air dédaigneux. En croisant son regard, John se souvint d'Irene Adler l'appelant le puceau et il n'eut plus le moindre doute quant à cet état de fait. L'expression du détective laissait clairement entendre qu'il ne connaissait rien de l'intensité du moment que vivait ses deux amis et le médecin se sentit d'autant plus mal à l'aise d'être surpris justement par lui dans un moment pareil. Et cette sensation n'alla pas en s'améliorant quand le petit génie prit la parole.
« J'ai compris en vous entendant arriver que la soirée s'annonçait mouvementée, je vais donc aller à St Barth pour quelques heures. Cela dit vous avez été plus longs que je ne l'avais prévu au rez-de-chaussée. »
Les deux amants échangèrent un regard complice en se retenant de rire devant l'incongruité de la situation mais ils reprirent bien vite leur sérieux quand le cadet leur présenta ce qu'il avait à la main.
« J'ai pensé que ceci pourrait vous être utile. Sur ce, bonne soirée ! »
Et John de rougir en récupérant la boîte de préservatifs tandis que Holmes s'éloignait déjà.
« Toujours aussi clairvoyant, s'amusa Lestrade.
- Un peu trop », marmonna le blond.
Un instant il contempla la boîte de protections, se demandant s'il était donc aussi prévisible que Sherlock ait pu deviner qu'il en avait justement besoin ce soir ? Puis l'absurdité de cette pensée le frappa en même temps qu'il convenait qu'il avait bien mieux à faire. Alors il hausa les épaules et prit Greg par la main.
« Ma chambre ! » lança-t-il en l'entraînant à sa suite.
John se cambra en gémissant, tentant de profiter davantage de la caresse. Patient, minutieux, Greg embrassait avec soin sa peau moite, redécouvrant chaque parcelle de son corps tendu. Et le médecin réalisait combien cela lui avait manqué. Pas seulement le plaisir ressenti, qui était relativement le même qu'avec ses maîtresses passées, mais bien à cause de certains détails qui lui faisaient totalement perdre la tête. Le contact de ce menton légèrement râpeux contre son ventre, cette érection parfaitement visible à travers le pantalon entrouvert du policier, cette voix rauque qui grognait régulièrement quelques compliments ou simplement son assentiment quant à l'étreinte qui allait en s'intensifiant. C'était ces détails typiquement masculins qui avaient terriblement manqué à John, qui n'avait jamais su retrouver autant de sensations auprès des quelques femmes qu'il avait fréquentées.
« Greg… » appela-t-il d'un ton proche de la supplique.
L'interpellé, qui avait honoré soigneusement tout son corps de ses lèvres, venait de se redresser pour se déshabiller à son tour. Il leva les yeux vers le visage rougi du blond et celui-ci estima qu'il n'avait jamais rien vu de plus beau que le sourire qui éclairait ses traits. Cela avait été longtemps hésitant entre eux, mais Watson n'avait plus de doute désormais, plus la moindre inquiétude. Tout irait bien il le savait et pour cela il se sentait aussi heureux qu'un gamin le matin de Noël.
« Je t'aime », dit-il dans un murmure.
Lestrade hocha la tête, souriant de plus bel, et revint s'allonger sur lui, leur arrachant un gémissement à tous deux à présent que leurs corps nus pouvaient se redécouvrir.
« Moi aussi je t'aime », chuchota l'aîné à son oreille.
John frissonna en sentant le souffle chaud tel une caresse. Il prit la main de son amant dans la sienne et les mena toutes les deux vers leurs membres pleinement érigés. C'était une caresse que le cadet aimait tout particulièrement parce qu'ils éprouvaient les mêmes sensations au même moment, sentant le plaisir monter simultanément, comme s'ils étaient plus connectés que jamais. Dans le même temps ils ne se quittaient pas des yeux, chacun lisant en l'autre, toutes les barrières cédant tout à fait. Leurs lèvres se frôlaient parfois, leurs gémissements se répondaient et leurs peaux se frottaient l'une à l'autre de plus en plus vite… Dans un cri ils jouirent de concert, mêlant leur semence aussi bien qu'ils venaient de le faire de leurs corps. Le cœur battant la chamade, les membres tremblants, ils s'embrassèrent tendrement avant de simplement se blottir l'un contre l'autre sans un mot, en phase comme jamais ils ne l'avaient été.
Remis de leurs émotions, ils passèrent l'heure suivante, sans s'être séparés à aucun moment, à bavarder tranquillement, tirant des plans sur la comète et faisant mille projets à présent qu'ils pouvaient enfin se considérer à nouveau comme un couple, avec tout ce que cela impliquait. Et même s'ils savaient d'avance que tous les projets ne deviendraient pas effectifs – car non Greg ne bosserait très certainement pas moins, pas davantage que John ne quitterait définitivement Baker Street et par là même Sherlock – cela faisait du bien d'avoir enfin un avenir à imaginer.
Watson estima que cette seule soirée comblait bien plus son cœur que les deux ans passés à tenter de se construire avec Mary. Enfin il était en paix avec ce qu'il était réellement, un homme qui en aimait un autre, et se sentait prêt à l'assumer sans le moindre état d'âme. Greg avait su lui offrir cela et pour cette raison en plus de bien d'autres il lui serait éternellement redevable. Grâce à l'amour de cet homme il était enfin lui-même.
Après un dernier baiser le médecin décréta qu'il mourrait de soif. Il descendit rapidement à la cuisine se sustenter, ayant pris le soin d'enfiler son peignoir au cas, quoi qu'improbable, où Sherlock rentrerait sur ces entrefaites. Et quand il revint dans la chambre il se débarrassa immédiatement du vêtement, qui serait toujours de trop en présence de son amant. Amant qu'il fut surpris de retrouver, quoi que tout aussi nu que lui, assis au bord du lit, pieds résolument plantés sur le parquet, le regard perdu dans le vide.
« Greg ? » appela le blond en s'approchant de lui.
Aucune réaction, ce qui n'était pas pour le rassurer. Bien décidé à ne pas laisser quoi que ce soit gâcher leur moment, il alla s'asseoir sur les cuisses de son amant, ses jambes de part et d'autre de son bassin.
« Bébé ? » insista-t-il d'une voix douce.
Cette fois l'interpellé posa sur lui des yeux toujours voilés.
« J'étais en train de me demander si ce n'était pas une bêtise.
- Quoi ? » s'écria le cadet, sentant son cœur d'accélérer douloureusement.
Il ne pouvait pas le perdre, pas maintenant qu'il le retrouvait à peine !
« Pas que je regrette ce qui vient de se passer, reprit le policier avec un sourire lointain. Je voudrais juste être sûr qu'on n'est pas en train de brûler les étapes. Je pourrais peut-être rentrer chez moi pour cette nuit. Et te réinviter à sortir dans quelques jours… prendre le temps de… Je ne voudrais pas que plus tard on ait l'impression d'avoir été trop vite juste parce que ce soir on a été incapable de ne pas se sauter dessus.
- Il est hors de question que je te laisse quitter cette chambre avant que le soleil ne se soit levé. Tu as des doutes je le comprends mais moi je n'en ai pas, et il va falloir que tu me fasses confiance. On est bons là, on prend la bonne direction. On est en train de reconstruire ce qui n'aurait jamais dû être brisé, trois ans c'était suffisamment long. Alors je peux t'assurer que jamais plus je ne laisserai quoi que ce soit se mettre entre nous. Je t'aime ! Et tu m'aimes aussi, n'est-ce pas ?
- Et comment !
- C'est tout ce qui importe. On a essayé à cause de ma stupidité, on est incapables de vivre l'un sans l'autre. La plus belle aventure de notre existence démarre maintenant, la vie à deux, et pour moi rien ne sera jamais assez rapide maintenant qu'on s'est retrouvés. »
Lestrade eut un sourire totalement épanoui cette fois tandis qu'il hochait la tête.
« Sherlock a raison, tu es trop passionné dans tes propos, mais je n'ai justement jamais rien entendu de plus beau.
- Bien. »
Déposant un baiser sur la clavicule de son compagnon, John se leva pour récupérer les préservatifs donnés par le détective ainsi que le tube de lubrifiant qui n'avait jamais quitté sa table de nuit, puis revint prendre sa place initiale sur les jambes de l'autre homme.
« A présent cher inspecteur Lestrade j'ai envie que vous me fassiez l'amour, dit-il en glissant le tube de gel dans les mains de son homme.
- Ça devrait pouvoir se faire », acquiesça l'aîné avec un petit rire.
John frissonnait, se délectant autant de l'inconfort que du plaisir procurés chaque fois qu'un nouveau doigt progressait en lui. Greg avait proposé qu'ils changent plutôt de position et s'allongent mais il avait refusé. Il ne voulait plus de routine et faire cela ainsi assis au bord du lit l'excitait tout particulièrement. Son explication avait amusé son amant, qui n'avait rien trouvé à y redire pourtant, bien au contraire. Comme toujours pour lui il n'y avait que le plaisir du médecin qui importait. Celui-ci se cambra en criant quand le policier frôla sa prostate.
« Putain ! grogna-t-il.
- Ça te plaît ? s'amusa l'aîné.
- Tu me demandes si ça me plaît alors que tes doigts sont… là ? Tu peux pas imaginer comme ça m'a manqué.
- Oh si, j'en ai une petite idée. Mais on va rattraper tout ça… »
Et pour illustrer ses propos Lestrade posa son autre main sur le sexe du blond, lui arrachant une série de gémissements sonores, leur faisant apprécier à tous deux que Sherlock ait eu la bonne idée de déserter les lieux, ainsi ils en étaient quitte pour s'éviter une série de commentaires gênants lorsqu'ils le croiseraient le lendemain. Watson cambra le dos, tentant d'apprécier autant l'une que l'autre les deux caresses qui le mettaient à la torture. Il ne lui en aurait pas fallu beaucoup pour qu'il atteigne le point de non-retour de cette façon, mais Greg était trop fort pour cela, le stimulant comme il fallait avant de s'immobiliser exactement quand il le fallait, le privant de la délivrance tant attendue
« Greg ! »
Le grognement était si rauque qu'il les fit sursauter tous les deux.
« Arrête ! reprit John. C'est de la torture !
- C'est le but.
- J'ai envie…
- Oui John, dis-le !
- Je veux que tu me prennes ! Maintenant ! »
Disant cela il s'était penché pour se saisir de l'une des petites pochettes brillantes, qu'il déchira d'un geste sûr. Puis il considéra le préservatif d'un œil sceptique. C'était quelque chose que Greg et lui n'avait pas utilisé longtemps lorsqu'ils étaient ensemble et ce soir encore il aurait préféré s'en passer. Mais étant donné les révélations récentes de son amant quant à certaines de ses habitudes durant leur séparation mieux valait faire preuve de sagesse. Il réalisa que cette protection représentait tout ce qui avait changé entre eux, les bêtises commises, et cela lui fit mal. Même s'ils commençaient enfin à s'en relever, certaines marques demeureraient douloureusement indélébiles. Par sa faute.
Un baiser de son compagnon le ramena finalement à leur réalité, celle-là même qu'il avait tant souhaitée. Greg était bien là, à ses côtés, l'aimant et s'apprêtant à le faire sien, c'était tout ce sur quoi il devait se concentrer. Alors il mit toute son âme à répondre à ce baiser et quand ils se séparèrent il sourit avant d'enfiler le préservatif sur le membre sur policier, en profitant pour le caresser.
« Tu es sûr ? s'enquit une dernière fois l'aîné.
- Et comment ! Seulement… ben tu le sais j'ai pas fait ça depuis un moment alors il faudrait peut-être y aller doucement.
- Etant donné notre position c'est toi qui gères. Et je n'ai aucune intention de te faire du mal. »
Oh, de cela John n'avait aucun doute, bien au contraire. D'ailleurs il était bien trop excité pour s'inquiéter réellement de quoi que ce soit.
Comme prévu l'intrusion n'était pas aussi aisée que dans son souvenir malgré la préparation soigneuse de Greg et l'utilisation de lubrifiant. Le médecin avait l'impression de revivre sa première fois mais comme à l'époque son amant fit preuve de patience et de douceur, et lorsqu'il fut tout entier en lui John s'autorisa à soupirer profondément. Enfin tout était parfait, exactement comme ce devait être.
Greg enfouit le visage dans son cou et mordilla gentiment sa peau tandis qu'il caressait ses fesses. Dans le même temps John passa une main dans les cheveux gris, l'autre s'appuyant sur la cuisse derrière lui pour se maintenir en équilibre.
« Je t'aime », murmura-t-il.
Et il entreprit un premier mouvement, allant et venant autour de la hampe fiché en lui. Les deux hommes grognèrent de concert en se crispant, et les sens en éveil ils entreprirent de se mouvoir l'un contre l'autre, trouvant rapidement leur rythme. John respirait avec difficulté, profitant de toutes les sensations… Ses jambes nues frottant le drap froissé, la douceur de la peau de Greg contre la sienne, l'odeur piquante de leur étreinte et le son de leurs deux corps se heurtant de plus en plus vite… Chaque détail le conduisait peu à peu vers la délivrance, la petite mort, qui portait si bien son nom. Ouvrant des yeux qu'il ne se souvenait pas avoir fermés il tomba sur le visage de Greg relevé vers lui. Il lut tant d'amour dans son regard qu'il se sentit comme submergé. Et il aimait cela.
« Tu es si beau », souffla-t-il si bas qu'il n'était pas certain d'avoir été entendu, mais le sourire du policier lui confirma le contraire.
Ses doigts quittèrent les cheveux moites pour descendre sur le visage, courant sur la joue, le nez, les lèvres, redessinant chaque trait du policier, se l'appropriant.
Greg était à lui, tout comme lui-même lui appartenait. Oublié ces mois de détresse, de solitude, enfin il avait droit à sa part de bonheur et il ne la laisserait s'échapper pour rien au monde, autant pour lui que pour Greg. Celui-ci intensifia ses mouvements en lui, percutant désormais sa prostate à un rythme insoutenable. John se demanda un instant s'il n'était pas tout bonnement en train de mourir, pour constater qu'il s'en fichait bien. Puis il ne pensa plus à rien quand une main ferme se posa sur son érection. Rejetant la tête en arrière il cria et lorsque la poigne le caressa plus vite tandis que son propre bassin ruait il sut que c'était la fin. Il vint dans un geignement, se répandant longuement entre les doigts qui ne l'avait pas lâché. Tout à son propre plaisir il ne vit pas Greg jouir à son tour, se contentant du son de sa voix, unique comme toujours au moment de l'orgasme. Cela n'avait guère d'importance, ils auraient bien l'occasion de se rattraper désormais que rien ne pouvait plus se mettre entre eux.
« Merde, marmonna Lestrade entre deux halètements. C'était bon ! »
John eut un petit rire satisfait en s'affalant dans ses bras.
« J'en doutais pas », nota-t-il.
Il apprécia les deux bras forts qui l'étreignirent, se blottissant autant qu'il pouvait contre lui, ne désirant rien d'autre que fusionner avec lui si seulement il l'avait pu.
Quelques instants plus tard ils étaient allongés dans les bras l'un de l'autre. Watson prit la main de son homme dans la sienne, entrelaçant amoureusement leurs doigts avant de les porter à ses lèvres, les embrassant avec une tendresse dont il n'avait plus su faire preuve pendant tellement longtemps.
« Pardonne-moi pour tout ce temps perdu, articula-t-il avec difficulté alors que l'émotion l'étreignait encore.
- C'est oublié. Tu es là, c'est tout ce qui importe.
- Et je ne partirai plus. »
Ils échangèrent quelques baisers avant que Greg n'étouffe un bâillement.
« Désolé. Mais tu me connais, alcool et sexe ça me tue à chaque fois », se défendit-il d'une voix effectivement fatiguée.
Le médecin éclata d'un rire franc, savourant comme il se devait la situation au demeurant peu romantique. Tout n'était pas parfait mais c'était aussi cela la vie alors cela ne pouvait être mieux. Il déposa un baiser sur le bout du nez d'un Greg qui déjà fermait les yeux, lui rappela encore une fois combien il l'aimait. Lui ne dormirait pas avant un moment et c'était aussi bien tant il voulait profiter de cette nuit. Posant la main sur la poitrine qui se soulevait désormais lentement il fixa le visage serein du policier et eut la confirmation que c'était bien là qu'était sa place.
A suivre…
