Chapitre 7

Les crises se multiplient

L'incident de la voiture a fait grand bruit dans l'immeuble, les racontars se portent sur les deux couples de gays, bien évidement, dès qu'il s'agit de faire des histoires l'ont peut être sûr que ce genre d'individus sont en premières lignes… C'est ce que pensent les charmantes dames des jeunes gens… Préjugés quand vous nous tenez…

Albafica féru de jardinage c'est proposé pour agrémenter la cours extérieure en s'occupant d'y implanter des fleurs et des arbustes en pots. Il a même commencé de bécher une petite parcelle de terre pour y planter des aromates. Cela ne peut que rajouter un charme supplémentaire à cet immeuble.

En ce dimanche vingt sept octobre il protège les plantes du gel avec des bâches en plastiques. Sous le porche se dessine une silhouette qui avance avec assurance, c'est n'est autre que Minos encore une fois. Il passe à côté de son « adorable » voisin, une moue de dédain à son égard et prononce un « Mum » d'un ton narquois. En le dépassant, l'argenté envoie valser un de ses pots en lui balançant un coup de pied assez mesquin pour le coup. Albafica contracte les traits de son visage, prend une motte de terre et la lance sur Minos, elle atterrit dans sa belle chevelure d'ange.

Il se retourne en maronnant quelques insultes fortes déplaisantes. Son agresseur se relève tout fier de lui en se tapant les mains pour enlever la terre. Il relève la tête en signe de défit. Minos approche à grands pas, lève son poing pour l'abattre sur lui quant à sa grande stupeur ce dernier le stoppe net. Il lui fait subir une clef de bras – technique apprise par son petit ami Shion maître en Ju-jitsu – fort pratique entre parenthèse. Minos plie sous la contrainte, il a mal, très mal, Albafica possède une force insoupçonnée. Il prononce avec un timbre de voix irritant :

-« Alors vous vouliez me faire quoi monsieur Mikkelsen ? Hein ? Ca vous plait ce que je suis entrain de vous faire ? J'espère que vous apprécier mon contact ? Quoi ? Je n'entends pas, vous dites ? Ah, vous ne sentez rien, vous voulez que j'accentue ma prise ? Pas de problème vos désirs sont des ordres…

Il augmente la pression de sa poigne, Minos se tord de douleur. Il hurle sa souffrance.

… Encore ? Vous êtes sûr ? »

-« Stooop ! Vous me faites mal, arrêtez ! »

-« Que j'arrête quoi ? Je n'ai rien compris, parler plus fort ou demandez-le moi plus poliment »

-« S'il vous plait lâchez-moi ! »

-« Mum, nan ça ne suffit pas, essayez à nouveau pour voir… »

-« Haaa mais vous me faites mal ! S'il vous plait j'ai dis, arrêtez, je suis désolé »

Le breton cesse sa prise, satisfait de son petit effet il enfonce le clou :

-« J'aime mieux ça, je savais que vous étiez un homme raisonnable monsieur Mikkelsen. Bon, bien je ne vous retiens pas plus longtemps, votre vue m'insupporte je dois dire… J'en ai assez pour aujourd'hui, pas vous ? »

L'autre bougonne dans sa barbe avant de fichez le camp. Se faire ratatiner par une mijaurée roucoulante ce n'est pas possible ! C'est impensable, inadmissible ! Qui lui a appris à se battre de la sorte ? Que diable ! Minos éprouve une honte extrême, il hait de tout son être cet espèce de Ken fanfreluché. Oh qu'il le hait ! Il le déteste. Il n'a qu'une envie : l'étrangler de ses propres mains, lui faire ravaler sa salive. Il ne restera pas sur une défaite, foi de Minos !


Vendredi veille du week-end, en ce premier du mois de novembre les réservations se font rares. Saga désespère un peu mais c'est le busines comme on dit. Ce soir Shion ne sera pas en renfort, il reste vers sa douce moitié. L'ainé s'occupera de la salle, il installera les clients, fera le lien entre la cuisine et les deux salles tandis que son frère restera à la réception.

Toujours fringuant il affiche un sourire ravageur aux clients qui se présentent à son guichet. Surtout aux gentes demoiselles en quêtes de compliments. Entre œillades incendiaires et sourires charmeurs, il fait des émules autour de lui. Il se baisse derrière son poste pour ranger quelques papiers quand une sonnette retentit. Il se lève et voit un type brun accompagné d'un chevelu à la couleur délavée qui se tient devant lui.

-« Bonsoir nous avons réservés une table pour quatre personnes au nom de Moryl »

-« Bonsoir messieurs, oui un instant je vous prie, je vérifie… Ah oui, monsieur Moryl réservation pour vingt heures trente, votre table est prête. Veuillez patienter je vous prie, mon frère va vous accompagnez à votre table… Ou si vous préférez, vous pouvez vous désaltérer à notre bar qui se trouve au fond de la salle »

-« Non je vous remercie ça ira »

Minos ronchonne comme d'habitude, il n'aime pas attendre dans le vent.

Deux hommes se tiennent derrière eux, Kanon ne les distinguent pas bien. Il cherche son frère des yeux pour lui indiquer de se ramener vite fait bien fait pour conduire ces clients à leur table. Saga est occupé à parlementer au fond de la pièce, il ne le voit pas. Il reprend ses tâches.

Minos s'exaspère de plus en plus et de plus en plus bruyamment. Les hommes se concertent, Kanon ne relève pas la tête. Quand un homme s'avance jusqu'à son comptoir :

-« Excusez-moi, mais mes amis et moi sommes impatients de dîner. Surtout que vous nous avez confirmé que notre table est prête. Peut être pourriez-vous nous accompagner ? »

Il lève les yeux et voit une vision enchanteresse… Devant lui, se tient l'homme de l'autre jour… Lui. Ce blond imposant, cet homme magnifique, ce canon tout simplement !

Sans le vouloir il adopte un mouvement de recul, il n'en croit pas ses yeux. Cet homme est là, dans son restaurant. Il y a pensé pendant des jours, mais sans chercher à étoffer son enquête. Il n'a rien appris d'ailleurs à son sujet. Kanon se pare de sa plus suave attitude pour lui répondre d'une façon quelque peu sensuelle :

-« Mais certainement monsieur… Monsieur ? »

-« Monsieur Murray, Rhadamanthe Murray. Merci, c'est très aimable de votre part, nous sommes impatients de goûter à la cuisine de cet établissement, voyez-vous, il nous a été chaudement recommandé… »

-« Ah oui et par qui si ce n'est pas trop indiscret ? »

-« Par un des voisins de mon ami, un certain monsieur Natla si je ne m'abuse »

-« Shion !? Vous connaissez Shion ? »

-« Oui je pense que c'est son prénom, oui pourquoi vous aussi ? »

-« Mais oui c'est un de nos amis proches à mon frère et moi. Et bien cela change tout… Si vous êtes les obligés de Shion, nous vous réserverons la meilleure table ainsi que le meilleur accueil, je peux vous l'assurer. Bien, suivez-moi je vous prie… Je vais vous emmenez de ce pas à votre place »

Kanon les conduit dans la deuxième salle en bas, celle réservée aux bons clients. Il ne peut s'empêcher de dévisager Rhadamanthe, son allure l'hypnotise.

Une fois installés Eaque convient que le jeune réceptionniste est fort charmant, Minos tique, Valentine acquiesce, Rhadamanthe se tait.

Kanon revient avec la carte des vins et met un point d'honneur de leur expliquer en détail la composition de leur cave, tout en détaillant la plastique du beau blond qui se tient en face de lui. Le cadet des jumeaux s'est désigné serveur en titre de cette table pour le reste de la soirée… Nous n'allons pas chercher à savoir pourquoi…

Entre ses allées et venues, il détaille l'attitude de chaque. Il sait que le couple de voisin de ses amis sont gays, peut être que leurs amis le sont également… Pourtant le blond semble austère, il ne porte pas de gestes tendre envers le quatrième homme. Homme qui possède une chevelure abracadabrante, un rose pâlichon, comme s'il était passé à la machine à laver et que sa couleur aurait déteint… Tout simplement abominable ! Si ce colosse envoutant a pour petit ami ce freluquet rose bonbon, Kanon veut bien se jeter sous le premier pont qu'il trouvera !

Rien ne semble trahir une quelconque relation entre ces deux là… Gagné, Kanon peut enclencher la seconde, sa technique est bien rodée, il n'essuie jamais de refus. Il part, revient, inlassablement avec son ton enjôleur et séducteur. Ses yeux ne cherchent que les deux pépites or, ils ne voient qu'elles. Son allure féline n'existe que pour faire chavirer le cœur du blond.

Rhadamanthe perçoit le manège du bleuté. Il se rappelle son entrevue dans cet ascenseur. Sa longue chevelure océane dévalant la chute de ses reins, son allure de fauve indomptée, ses yeux… Ses prunelles vertes-d'eau pareil à deux lagons tropicaux, une eau limpide réside dans ses iris mystérieux. Son sourire carnassier où transparaissent ses dents blanches taillées pour tuer. Déchiqueter la chair tendre de tout humain s'aventurant dans ses bras. Il ne sait pas pourquoi mais en cet instant il a chaud. Il se ventile avec sa serviette avant de se lever pour aller aux toilettes se rafraichir.

Il s'humidifie le visage avec l'eau fraiche, cela l'apaise. Pourquoi la pensée de cet homme le met dans cet état là ? Il se regarde dans le miroir. Sa relation avec Valentine le satisfait, même s'il avoue que parfois son trop plein d'enthousiasme le fatigue. Mais il est bien avec son petit ami, leur relation évolue tranquillement, elle lui suffit.

Valentine possède un sacré charme, il a plein de qualité, il l'aime. Alors pourquoi cet inconnu complètement différent le trouble comme ça ? Lui est plus masculin, une force pure, une sensualité exacerbée, un regard dangereux. Cet homme est dangereux, il le sent au fond de lui.

La porte s'ouvre, de l'autre côté du miroir cet homme justement se tient derrière lui, un sourire indéfini vissé aux joues. Kanon s'appuie contre la porte battante d'un des toilettes, bras croisés il observe sa proie. Il l'a suivi jusqu'ici. Ses yeux dévalent les courbes viriles pour s'évader sur les fesses rondes. Il possède un beau petit cul ce blondin…

Kanon passe sa langue sur ses lèvres, c'est un appel au stupre. Les jeunes gens s'observent par glace interposée. Puis Rhadamanthe s'informe :

-« Je peux vous aidez ? »

Kanon prend un malin plaisir à faire durer le moment. Il se redresse, s'avance vers lui toujours en arrière, se poste derrière son dos et le capture en posant ses mains contre le lavabo, près des siennes. Il l'entoure de l'étau de ses bras.

-« Oui surement… »

Sa voix rauque… Le ton qu'il emploie… L'avocat sent sa tête tourner une fraction de seconde, son chant rappelle celui des sirènes, entêtant, envoutant. L'anglais se ressaisit il enchaine :

-« Et bien dites-moi tout, en quoi puis-je vous être utile ? »

Kanon approche son visage tout près de l'oreille et murmure :

-« A plein de choses certainement…

Il laisse trainer les dernières syllabes exprès, puis se ravise en s'écartant.

… Vous passez une bonne soirée ? Tout vous convient ? »

-« Oui merci, tout est parfait. Pourquoi cette question ? »

-« J'aime quand nos clients son satisfaits et comblés… Nous mettons un point d'honneur à offrir une prestation digne de ce nom. Et qui plus est, nous vous avons été recommandés par Shion, cela serait fort dommageable de faire mauvaise impression »

-« Rassurez-vous, votre restaurant ne nous fait pas mauvaise impression mes amis et moi. Tout est à notre convenance, le service est remarquable, les plats également »

-« J'en suis ravi…

Les deux hommes se font face, Kanon s'approche de nouveau.

… Surtout n'hésitez pas à revenir, Rhadamanthe… Vous faites partis de nos clients privilégiés maintenant. Je mettrai tout en œuvre pour vous satisfaire, soyez-en certain… »

Ce sous entendu éhonté sonne comme un appel au viol. Rhadamanthe déglutit difficilement, lui qui d'habitude affiche une aisance à toute épreuve, il doit reconnaître que devant ce double langage son assurance s'effiloche. Les vapeurs le reprennent.

-« Bien, c'est noté, je ne manquerais pas de revenir »

-« Au fait, quand vous reviendrez demander Kanon Costa, c'est moi. Je vous servirez avec plaisir… Sur ce, je vous souhaite de passer une excellente soirée, Rhadamanthe »

A chaque fois qu'il prononce son nom, l'avocat défaillit, le restaurateur emploie un de ces tons, tellement dépravé que cela devrait être régulé par le code pénal, en ajoutant un verset sur les allusions ambivalentes.

Le serveur s'éloigne à pas de velours, chaloupant de sa démarche électrisante. Avant de refermer la porte il se retourne une dernière fois et dit :

-« J'espère à très bientôt… Vous serez toujours le bienvenue »

Puis disparait, laissant un homme perplexe, pleins de questions.

Celui-ci retourne auprès de ses amis, il regagne sa place aux côtés de Valentine. Pour se rassurer sur ses sentiments il prend la main de son petit ami sous la table. Oui, il l'aime c'est sûr, cela ne fait pas l'ombre d'un doute.

Cependant il cherche du regard pour le reste de la soirée une silhouette élancée mais masculine, une cascade bleue qui lui devient un peu familière.


Chez lui dans son appartement Aphrodite est contrarié. Depuis l'incident « Manigoldo » il n'a plus la possibilité de sortir seul à seul avec son cousin. Leurs virées lui manquent. Il adore son cousin.

Depuis toujours ils sont inséparables, il le protège et inversement. De plus, le jeune homme aime sortir. Nan et nan il veut Albafica ! Cette situation devient intenable pour ses petits nerfs à fleur de peau ! Shion est contrariant pour ne pas dire chiant de le surprotéger comme cela. Son cousin n'est pas fait en sucre qu'il sache ! Il ne va pas fondre à la moindre averse !

Il se met devant son écran d'ordinateur et envoie une alerte à Albafica via MSN. Une réponse, chouette.

« Kikou ça va tu fais quoi ?

Coucou, ça va et toi ? Rien je m'ennuie, pis toi t'as prévu quoi ce week ?

Rien, je me fais iech aussi… Ton Cerbère t'interdit toujours de sortir ?

Oui, j'arrive pas à le résonner. Il ne m'écoute plus. En plus je me suis presque battu avec mon voisin, c'est encore pire qu'avant.

Quoi ? Mais t'es intenable mon bibi ! Qu'est-ce que tu lui as fait encore ?

Je te raconterai. Hen j'en peux plus il faut que je sorte, je te jure je vais péter une pile !

Mince ! Moi aussi ! Tu bosses le week prochain ?

Oui la semaine prochaine c'est à mon tour.

Zut la poisse. Bon, on s'organise un truc quand tu seras libre ? T'en dis quoi ?

J'en dis que j'aimerais bien mais je ne suis pas sûr que Shion apprécie…

Au pire, on attendra qu'il aille travailler au resto des grumeaux pour se faire une virée en boîte non ?

Vi ! Super idée ! Je m'informe et je te tiens au courant. En attendant je passerais te voir un coup dans la semaine, jeudi je ne bosse que le matin et toi ?

Bah moi je bosse jusqu'à seize heure, je n'ai plus de rendez-vous après, tu passes chez moi alors.

Oui OK. Bisous Aph'

Bisous mon bibi »

Il quitte la conversation et soupire. S'il avait un petit ami au moins il pourrait se passer le temps. Il a des copains aussi mais pratiquement tous sont en couple. Il sort quand même sans Alba mais zut, parfois il aimerait se faire des petites soirées tranquilles, romantiques avec quelqu'un de spécial… Quelqu'un qui l'aimerait et que lui aimerait également.

C'est bien de mener une vie de célibataire mais au bout d'un moment, c'est agréable de se poser aussi.

Aphrodite dégage un charme magnétique, tout le monde s'accorde pour le dire. D'ailleurs c'est la cible de toutes les attentions de son cercle d'amis. Dès qu'il met un pied dehors, il est assailli par des nuées de gens venant à sa rencontre. Il est invité de partout, tout le monde l'adore et l'admire. C'est la petite star de son univers.

Son naturel enjoué, guilleret, espiègle charme les gens d'une manière générale. L'on pourrait penser qu'il est volage, mais nullement. Au contraire, il sélectionne prudemment les candidats qui auront l'honneur de partager ses nuits. Aphrodite préfère rester seul que mal accompagné. De plus, son caractère exigent le pousse au-delà des limites du raisonnable. Il cherche la perle rare, fait son difficile sur ses potentiels partenaires. Il ne se lance pas à l'aveuglette dans une relation. Pour bénéficier du privilège de petit ami en titre, il faut passer certains critères, autant sur le plan physique que moral. Le breton n'accorde pas sa confiance à n'importe qui, il faut montrer patte blanche pour entrer dans son cercle privé.

Résultat : Aphrodite demeure seul. Ah le pauvre petit chéri, sa plastique de rêve ne lui sert pas à grand-chose dans ces coups de temps là.

Sa dernière histoire s'est soldée par un échec. Il sortait avec un jeune adonis de cinq ans sont cadet, lui en ayant vingt cinq. Donc son dernier copain en date n'avait que vingt ans tout juste, d'une fraicheur appréciable, d'une beauté surprenante, d'une candeur et d'une gentillesse inouïe. Ils sont restés tout de même plus de trois ans ensemble, ils avaient prévus de se mettre en ménage. Mais la possessivité d'Aphrodite, conjuguée à sa soif d'excellence gâcha leur relation. Il le suivait partout, le harcelait de coups de fils, espionnait sa messagerie, son compte Facebook – décidément tout le monde en possède un – et se disputait avec le frère de son chéri.

Shun lui passait tout parce que sa bonté d'âme pardonnait toutes les incartades. Puis un jour il le quitta pour un autre, un blond sans charisme ni personnalité. Un certain Hyõga, sombre étudiant Russe enfin quelque chose du genre…

Depuis Aphrodite reste blessé au fond de lui, il ne l'admet devant personne, mais il lui arrive de penser encore à Shun… De revoir son magnifique sourire, ses yeux émeraude posés sur lui… Il sait qu'il a déménagé quelque par en Haute-Savoie puisque son nouveau copain le blond fadasse adore la neige, Shun a cédé pour le suivre dans une région polaire.

Il se sert une tasse de thé et ouvre un dossier sur son ordinateur dans la case Images. Shun apparaît rayonnant. Du temps de leur bonheur, du temps où il était heureux, du temps où il pouvait le prendre dans ses bras à toute heure du jour ou de la nuit. Une larme nait aux coins de ses yeux, elle roule sur sa joue blanche. Son cœur se serre, il rétrécit au fil des mois. Il ne reverra plus jamais son petit Shun. Il ne connaîtra plus jamais un pareil amour.

Il lui faut une activité, il faut qu'il se change les idées. Albafica doit lui revenir comme avant.


Albafica cherche son chat, encore et toujours, il saoule tout le monde avec ça. Depuis qu'il s'est carapaté il y a de cela plus de trois semaines, il demeure introuvable. Son bébé lui manque.

Eaque lui voit son Gandalf changer de comportement. Il parait plus sauvage, tout du moins devant Minos il se sauve. Maintenant devant lui également, ce n'est pas normal. Pauvre petit amour… Si ça se trouve son compagnon lui a perforé les intestins en s'acharnant dessus… Le brun l'appelle mais le petit animal ne sort pas de sous sa cachette. Inquiet il décide de le capturer pour l'emmener chez un vétérinaire.

Il n'a pas cherché son propriétaire comme promis, trop content d'avoir un bébé à choyer. C'est comme leur petit enfant… Enfin disons plus en ce qui le concerne parce que pour Minos, nous connaissons son amour pour les animaux…

Le chat se décide enfin à venir pour manger un peu dans sa gamelle, Eaque en profite sournoisement pour l'attraper et le mettre dans sa cage de transport, direction le véto !

Il entre dans le hall de l'immeuble et voit Albafica prendre son courrier. Le brun le salue :

-« Hey ! Salut Alba ça va ? Tu ne bosses pas ? »

-« Si je rentre de ma tournée de l'aprèm mais toi tu n'es pas à ton théâtre ? »

-« Ah nan, je suis rentré vers quinze heures, j'ai tout réglé ce matin »

L'infirmier pose son regard sur la caisse, un miaulement s'en échappe.

-« Tu as un chat Eaque ? Il s'appelle comment ? »

-« Oui c'est mon minouchka ! Je l'ai appelé Gandalf il est trop mignon, mais là je l'emmène chez le véto »

-« Oh pourquoi ? Le pauvre chouchou ! »

-« Eh bien pour tout te dire, on a eu une dispute avec Minos et il s'est défoulé sur le chat, il lui a donné un coup de pied. Depuis il est tout bizarre, j'ai peur qu'il ait mal quelque part… Il n'y a pas été de main morte »

Albafica émet un cri puis pose ses mains jointes devant sa bouche.

-« Mais c'est horrible ! Le pauvre ! Comment est-ce qu'on peut battre un animal !? Excuses-moi de te dire ça, mais ton copain est un monstre, je ne sais pas comment tu fais pour le supporter ! »

-« Oui je sais il est spécial… Mais je l'ai disputé bien comme il faut, enfin bon je l'emmène là j'ai pu le chopper »

-« Je peux le voir ? »

-« Oui »

Eaque lève la cage pour la mettre à hauteur de poitrine. Son interlocuteur dévisage l'intérieur de la cage il s'écrie :

-« Oh ! Ton chat… C'est le mien ! C'est mon Cheshire ! Il s'est sauvé il y a trois semaines après que mon cousin me l'ait rapporté. C'est lui j'en suis sûr, tu l'as depuis quand ton chat ? »

-« Eh bien je dirais à peu près ce temps là, mais ça ne veut rien dire ! C'est mon chat il est à moi ! »

Albafica prend la cage des mains du brun en la tirant vers lui.

-« Nan c'est le mien, j'ai mis des affiches partout ! Comment est-ce que tu as pu les ignorer ? Tu n'as pas le droit de t'approprier un animal qui ne t'appartient pas, rends-le moi ! »

-« Mais tu dis n'importe quoi ! Il ne te reconnait pas la preuve ! Laisses-le c'est mon chat ! Va t'en chercher un autre ! »

Les deux hommes se disputent comme des chiffonniers, et argumentent des choses sans sens, pire que des gosses de maternelles.

Eaque parvient à faire faux bon à l'autre et se dépêche de monter dans sa voiture pour se sauver. Cette fois-ci s'en est fait, le bleuté ne supporte pas non seulement le chevelu blanc mais en prime son copain fanfaron qui lui a volé son chat sans remords !

En rentrant Shion a du se farcir le récit larmoyant de son ange bleu. Encore une fois les voisins sont la cause directe de ses tracas, il en a plus que marre mais plus que plus que marre ! Depuis qu'ils ont emménagés c'est bien simple, pas un jour ne passe sans que leurs noms ne soient prononcés comme les fléaux de l'Egypte… A eux tous seuls ils combinent les dix plaies divines.

Shion n'en peut plus, Shion est à bout. Il dit à son amant d'aller se faire voir chez les grecs et repart faire un petit footing pour se calmer. Hors de sa vue, hors de ses oreilles il fuit ses pleurnicheries, ses discriminations perpétuelles !

De l'air, de l'air, de l'air !

Quand il rentre, malheureusement son ange ne s'est pas calmé puisqu'il le trouve collé à la porte d'entrée de ses vosins entrain de défoncer celle-ci en pestiférant. Il le traine par le bras pour le ramener chez eux, il règlera cette histoire demain avant d'être obliger de se faire interner dans un hôpital psychiatrique.


Bingo ! Le lendemain matin Albafica suggère à son mout-mout – et par suggérer entendez forcer la main – d'aller récupérer Cheshire par la force. Shion n'étant pas adepte de la violence gratuite ni des prises de tête l'accompagne pour en finir.

Ils sonnent. Sonnent et re-sonnent jusqu'à ce que Minos, cheveux emmêlés, mine de déterrée, bas de pyjama tombant leur ouvre en se frottant les yeux. Il émet juste un grognement, puis distingue le visage de « l'autre », pour ne pas se provoquer une rupture d'anévrisme dès le matin en s'emportant, il les fait rentrer. Il traine des pieds jusqu'à la cuisine pour se préparer son petit déjeuner. Albafica le suit des yeux, dieu que ce personnage s'avère étrange. Ils attendent dans l'entrée, Minos n'a pas pris la peine d'appeler son petit cœur. Albafica s'engage dans la cuisine pour demander si son « charmant » voisin ne peut pas prévenir Eaque. L'argenté lève la tête mais ses mèches qui lui mangent les yeux ne permettent pas de distinguer son visage. Il souffle sur sa mèche pour répondre qu'il n'a qu'à l'appeler lui-même et qu'il n'en a rien à foutre de leurs histoires. Bien, ça c'est fait comme on dit.

Albafica se pointe en bas des escaliers et appelle Eaque. Celui-ci descend dans le même état que son copain. C'est-à-dire à moitié réveillé, les cheveux ébouriffés, des petits yeux tous collés. Entre deux bâillements il leur dit bonjour.

Albafica aborde le sujet délicat :

-« Salut Eaque, excuse nous de te déranger de bon matin, mais nous sommes venus récupérer notre chat. Ne fais pas d'esclandre s'il te plait c'est le notre, rend-le nous »

Le népalais écarquille des yeux ronds comme des boulons, prend un air pincé et assène :

-« Quoi ? J'hallucine ! Tu es venu me pourrir ma matinée pour reprendre mon chat ? »

-« Ne commences pas, c'est le mien ! Je l'ai élevé depuis qu'il a deux mois ! »

-« Mais ma parole tu me sues toi ! Je te dis que c'est mon minou point barre ! Rentres chez toi et arrêtes de me gonfler ! Je n'abandonnerais pas mon Gandalf !

-« Il s'appelle Cheshire d'abord je te ferais dire ! Et tu n'as pas le droit de le garder, ce n'est pas ta propriété mais la mienne ! »

Les deux hommes se chamaillent avec acharnement. Shion se tient en arrière il en a plus qu'assez de ces bêtises. Minos se calle contre le chambranle de la porte en mangeant son bol de céréales au blé complet. Il mâchouille en profitant du piteux spectacle qui se tient devant ses yeux. Les piaillements des deux protagonistes l'énervent au plus haut point, sa patience a quitté sa raison. Il veut du calme bon sang de bordel !

Il hurle en couvrant le bruit de la dispute :

-« Taisez-vous bordel de merde ! C'est pas possible ! On ne peut plus être pénard chez soi !? Eaque, je t'ai prévenu, ce sac à puce ne reste pas ici, maintenant que son propriétaire le réclame on le lui redonne. Et pas de discussion possible ! C'était temporaire, bon débarras j'ai envie de dire ! Et toi là, dégages de chez moi, je te vois assez dans les parties communes, je ne peux pas t'encadrer, sors de chez moi ! Remballes ton chat et oust du vent ! »

Complètement révulsé par ses propos Albafica prend son chat sous le bras, entraine Shion et sort de ce lieu de perdition. Que pouvait-il répliquer ? Cet appartement n'est pas le sien et Minos a raison sur ce coup là, ils ne sont pas chez eux. Il laisse malgré tout un Eaque anéanti de la perte de Gandalf, son minou d'amour…

Le reste du week-end est déplorable, Eaque n'adresse plus la parole à son amant, il reste dans son coin. Lui il l'aimait bien ce petit chat. Au moment du dîner l'ambiance est plus que tendue, Rhadamanthe les a rejoint, ils mangent à la cuisine.

Eaque ne parle pas à Minos et celui-ci suit le mouvement. Tous deux prennent à parti leur ami pour les banalités d'usages.

-« Rhad, peux-tu demander à Minos de me passer la vinaigrette s'il te plait, si bien sûr il n'y voit pas d'inconvénient. Je ne voudrais certainement pas le perturber, après tout nous sommes ici chez lui. C'est le souverain et maître ». Minaude le népalais.

-« Rhad, tu pourras signifier à Eaque que je lui passe la vinaigrette avec plaisir, je ne voudrais pas qu'il nous fasse une crise existentielle et qu'il finisse en pleurs comme à son habitude. Je serais fort navré de le voir se lamenter de la sorte comme pour ce matin ». En rajoute l'homme d'affaire.

Rhadamanthe soupire, il préférerait souper auprès de son petit ami pour le coup. S'il avait su il ne serait pas venu.

-« Rhad, est-ce que pourrais dire à Minos qu'il ait l'amabilité de fermer la bouche quand il mange, son bruit m'énerve, je ne le supporte pas. Nous ne sommes pas obligé de supporter ses mastications »

-« Rhad dis bien à Eaque que je l'emm… avec force et que s'il n'est pas content il peut toujours aller à l'hôtel, ou bien chez Rune encore… »

Sur cette dernière remarque assassine Eaque se lève révolté, balance sa serviette au nez de Minos et quitte la table en hurlant :

-« Pauvre… Rhaaa tu me… Tu me… Et merde je me casse…

Il sort furibond de la pièce, met son manteau, prend ses clefs de voiture et informe tout en ouvrant la porte.

… Si tu me cherches je serais chez Rune ! »

Un bruit sourd résonne, il est parti. Minos ne s'attendait assurément pas à ce que son cœur le prenne au pied de la lettre, maintenant il se retrouve comme un pauvre hère avec son angoisse qui monte. Qui monte, qui monte. Que va faire Rune en voyant débarquer sa déité chez lui ?


Rune papote tranquillement au téléphone avec son meilleur ami Byaku en se limant les ongles. Il entend frapper à sa porte. Tiens à cette heure-ci c'est étrange, il regarde sa montre qui indique vingt et une heures. Il s'excuse auprès de son interlocuteur et raccroche. Soit, il va ouvrir puisqu'il n'attend pas de visite à priori.

Etonnement, stupéfaction !

Dès qu'il découvre dans l'embrasure de la porte son Eaque tout chamboulé là devant lui sur son palier ! Sur son palier quoi !

Il se précipite de le faire entrer.

-« Eaque vas-y viens ne restes pas sur le pas de la porte, qu'est-ce qu'il t'arrive ? »

Le brun apparaît très contrarié, la nervosité le gagne, on dirait une pile électrique – pile que Rune a bien envie de mettre à plat – il fait des allées et venues dans le salon du bibliothécaire.

La décoration de l'appartement de Rune reflète son caractère traditionnel, vielle France bourgeoise. Ses murs sont clairs, travaillés des lambris style Versailles, son plafond est haut, il habite dans un immeuble ancien à l'architecture évoquant l'époque de la Renaissance. De hautes fenêtres s'étalent le long de ses murs donnant sur l'extérieur.

Une immense cheminée en pierre dans le ton Régence s'encastre dans le mur du fond où se loge son salon cosy. Elle est ouvragée de nombreux dessins évoquant des gibiers, la chasse, des armoiries. De nombreux tableaux sont suspendus aux murs assombrissant un peu la pièce, une multitude de petites statuettes et de lampes sont installées sur les meubles, les guéridons, les étagères.

Son canapé chic rayé de bleu sombre et clair fait face à la cheminée, de chaque côté sont apposés des fauteuils matelassés dans les tons beiges. Au milieu est placée une table basse pièce unique créée spécialement à la demande du jeune homme, un grand miroir carré posé sur une structure en bois sert de plateau. Une bibliothèque qui mange tout le pan de son mur d'entrée déborde sur la salle à manger juste à côté. Féru de littérature, de poésie, de philosophie, Rune collectionne les livres. Une pièce aménagée exprès lui fait office de bureau mais celle-ci reste secrète pour ses invités, c'est son petit jardin intime personne n'a le droit d'y poser un pied, pas même Eaque.

Eaque justement qui trépigne, marchant de long en large chez son ami. Rune le conduit jusqu'à son divan accueillant pour le faire assoir.

-« Calmes-toi et expliques-moi ce qui te met dans un état pareil »

Il en profite pour prendre son ami dans ses bras.

-« C'est Minos, on s'est disputé mais quelque chose de phénoménal ! Je ne lui pardonnerai jamais ! Il m'a offensé, c'est inexcusable ! »

-« Mais tu connais Minos pourtant… D'ailleurs comment fais-tu pour le supporter au quotidien ? Il doit te rendre la vie infernale ? Cela reste une énigme pour moi… »

Il en profite pour passer sa main compatissante sur le dos musclé du népalais, pour le réconforter.

-« Oui mais là il a dépassé les bornes ! Je ne peux plus remettre les pieds à l'appartement pour ce soir »

Pendant qu'Eaque s'épanche de ses malheurs, Rune fait mine d'écouter en continuant ses caresses incessantes sur les épaules, les bras, le dos de son ami. En tout bien tout honneur naturellement.

Il ne se lasse pas de contempler le visage de mannequin du brun, « sa gueule d'ange », il est d'une beauté à couper le souffle. Ses yeux jacinthes où luit l'étincelle de la perspicacité, sa bouche charnue, sa peau cuivrée, son corps de rêve ultra bien proportionné. Tout lui plait, absolument tout, il n'y a rien à jeter chez Eaque. Il perche son regard sur la chevelure de jais, ce qu'elle doit être douce… Rune se demande quelle odeur peut bien émaner de cette chevelure abyssale ? Peut être sent-elle le caramel ? Le pain d'épice ? Le chocolat ? Enfin il est certain que le brun porte sur lui une fragrance pareille à une sucrerie défendue. Eaque représente le fruit défendu dans lequel Rune s'impatiente de croquer depuis toutes ces années…

Depuis toutes ces années Rune continue d'aimer secrètement son ancien amant. Leur brève liaison date d'au moins quatre années quand le couple emménagea sur Paris. Elle ne dura que quelques mois, deux ou trois tout au plus, ce qui n'empêche pas notre rat de bibliothèque d'espérer reprendre leur histoire. Si seulement Minos pouvait disparaitre de la surface de la Terre… Ou alors s'il pouvait être foudroyé par une crise cardiaque, hop d'un seul coup comme par magie… Ou bien encore s'il pouvait se faire renverser par un bus… Cela mettrait fin à son calvaire. Rune se perd dans ses réflexions pendant que son ami jacasse toujours dans le vide.

Dire que le deuxième argenté déteste Minos, exprime tout à fait la vérité. Il le hait de tout son être. Son attitude pédante, son snobisme exacerbé, ses manières prout-prout, son visage acrimonieux, sa voix aigre, ses cheveux fades, son teint cadavérique… Que cet homme est laid au possible ! Comment est-ce qu'Eaque peut-il lui trouver des qualités ?

Il n'ose imaginer la scène écœurante qui s'impose dans son esprit, voir Minos étendu sur le corps parfait de son idole le révulse. Le voir l'embrasser à pleine bouche, le toucher partout le dégoute, il ne comprend pas comment un homme aussi abjecte peut avoir la chance fabuleuse de vivre auprès d'un dieu vivant ! C'est tout bonnement injuste !

A force de dévorer des yeux son invité Rune flanche et manque de tomber sur lui, heureusement il se rattrape à la dernière seconde à la cuisse d'Eaque.

-« Ouh j'ai fait un petit malaise désolé. Au fait, tu as déjà mangé Eaque ? »

-« Nan avec tout ça je n'ai pas diné, on en était à la salade pourquoi ? »

Rune replace sa longue chevelure immaculée d'un mouvement de nuque, elle vient mourir sur ses épaules. Il sourit en laissant entrapercevoir ses dents blanches avant de reprendre :

-« Et bien reste diner avec moi et si tu veux, tu peux passer la nuit ici si tu n'as pas envie de retrouver Minos ce soir »

-« Je ne sais pas, je devrais peut être rentrer après… »

-« Pourquoi ? Pour qu'il gagne ? Laisses-le mariner cette nuit, ça lui remettra les idées en place, et tu verras demain il sera aussi doux qu'un agneau avec toi… »

-« Bon tu as peut être raison, après tout je ne fais rien de mal, et je suis chez toi donc pourquoi pas… T'as fais quoi à manger ? »

-« Un sauté de veau avec des pommes rissolées, tu aimes ? »

-« Oh oui ça m'a l'air bon, je te suis ! »

C'est en conquistador que Rune regagne sa cuisine en compagnie de sa divinité personnelle. Au passage il en profite pour examiner le déhanché de cette dite divinité, spectacle fort agréable soit dit en passant.

Au moment du couché Rune prêta un bas de pyjama à son invité, celui-ci préférant dormir nu habituellement, mais vu qu'il n'était pas chez lui il accepta. Son torse nu permit à l'érudit de se rincer l'œil une fois de plus sur les abdominaux saillants. Il partit se coucher la tête emplie de doux rêves.


Minos a passé une soirée et une nuit épouvantable, Rhadamanthe a du rester à ses côtés pour écouter ses élucubrations. Seulement à un moment donné il se contentait d'acquiescer pour la forme. Il connait ses amis, ils se disputent mais se réconcilient toujours, quoi qu'il doit admettre que ces temps-ci ils s'enguirlandent bien plus souvent… Bizarre songe le blond. Serait-ce du à une accumulation de stress ? La passion qui s'émousse ? Il ne trouve pas la cause exacte de ce changement de climat, une chose est sûre c'est qu'Eaque va revenir la bouche en cœur et se faire pardonner comme Minos en fera de même.

La preuve, en partant ce lundi au bureau il laisse les deux hommes en tête à tête pour s'expliquer, Eaque vient de réapparaitre. Rhadamanthe s'éclipse.

Minos est installé sur l'ilot central, son journal posé devant lui. Il boit son jus de tomate. Son amant se tient droit en face de lui l'observant, tapant du pied. Il tousse pour marquer sa présence. Point de frémissement de la part de son cher et tendre. Il souffle bruyamment, aucun mouvement de la partie adverse. Eaque finit par craquer :

-« Oh eh je suis là je te ferais dire ! Bonjour quand même ! »

Le golden boy relève un sourcil, le regarde en coin puis replonge dans son journal, il argue :

-« Tu as passé une bonne nuit ? Tu m'as l'air bien reposé. Rune va bien ? »

-« Oui en effet j'ai passé une bonne nuit, et oui Rune va bien. Et toi, ta soirée fut bonne ? »

-« J'ai passé une excellente soirée avec Rhad, je te remercie »

-« Et tu n'as rien à me dire par hasard ? »

-« Que devrais-je te dire ? »

-« Je ne sais pas moi, par exemple que tu es désolé de t'être comporté comme le pire des primates ou le dernier des imbéciles ! »

-« Et toi, tu n'as rien à te reprocher peut être ? Monsieur Eaque est parfait, tout le monde le sait »

-« Je ne suis peut être pas parfait mais au moins je ne balance pas des méchancetés à la face de mon fiancé ! »

Minos se moque.

-« Depuis quand tu t'offusques de mes propos dis-moi ? A force de fréquenter l'autre chochotte tu finis par devenir aussi geignard que lui ! »

La coupe est pleine, le népalais ne supporte plus le ton impitoyable que son ami emploie à son encontre. Il tourne les talons et monte dans sa chambre, ils ne parviennent plus à s'expliquer sans en venir aux pics.

Minos se rend compte qu'il a été trop loin, il ne peut s'empêcher de sortir des vacheries et cela devient encore plus véridique quand la colère le prend. Et cette nuit en est la preuve rutilante, son anxiété lui a rogné le cerveau. Il imaginait les sales pattes de Rune posées sur son cœur, sa bouche baveuse le couvrir de baisers fangeux, son corps fluet se presser contre le sien. Il voyait Eaque gémir de plaisir sous ce contact horrifique.

La panique le prend, elle lui saute à la gorge, et si un jour il perdait pour de bon l'amour d'Eaque ? A cause de son comportement outrageux. Il sait parfaitement que parfois il dépasse les bornes, mais c'est comme ça, on ne change pas sa nature par un coup de baguette magique.

Il se lève et par à la poursuite de son amour. Monte les escaliers, passe la porte de la chambre. Eaque fouille dans leur armoire sa tenue du jour, Minos avance et le prend dans ses bras, il niche sa tête dans le cou doré, respire son parfum si particulier. Il sert ce corps de toutes ses forces pour qu'il ne parte nulle part ailleurs.

Eaque sent une bouche effleurer son cou, un souffle subtil. A son tour il s'accroche aux épaules rondes de son compagnon. Qu'il fait bon de le retrouver. Qu'il est appréciable de toucher cet être chéri.

-« Je suis désolé pour hier, j'ai eu peur que tu ne reviennes pas. J'ai eu peur que tu succombes à Rune ». Avoue Minos.

Cet épisode ne s'effacera jamais, il résidera une faille dans leur histoire, cette faille se nomme Rune… Eaque comprend que lui aussi a été trop loin en balançant sans ménagement sa fuite chez l'homme de lettre. Il a blessé Minos sans le vouloir, ou si, il savait parfaitement que ses mots lui feraient mal. En tout état de cause il a choisi d'aller se faire plaindre, au lieu d'aller voir Alraune par exemple.

Eaque n'est pas tout beau tout gentil non plus, il maîtrise l'art de blesser, d'humilier, de rabaisser à la perfection. Quand l'envie lui prend de provoquer de la peine, il n'hésite jamais longtemps, non seulement pour se protéger mais pour attaquer également. Ne jamais sous-estimer le jeune homme à « la gueule d'ange »…

Il se colle contre Minos, passe sa main dans les cheveux d'ange, et susurre au creux de ses oreilles :

-« Moi aussi je suis désolé, je n'aurai pas dû aller me réfugier chez lui… Je sais la peine que ça te cause, je ne recommencerai plus »

Minos relève la tête et plonge ses yeux mercure dans l'océan de quartz qui le fixe. Son souffle s'intensifie, il désire retrouver les lèvres de son bel amant, alors il plonge sur ses sillons de chair. Il cherche à ouvrir le passage avec ses dents, mordille tendrement. Un pétale se prend entre ses lèvres, il le suçote avec avidité. Ce gout de miel, il le retrouve. Cette fois-ci la langue force le barrage et s'engouffre dans cette intimité. Minos plaque sa bouche contre celle de son amant, le baiser se fait succulent. Ils fondent l'un dans l'autre avec autant de ravissement qu'au premier jour. Les mains cherchent les sensations qu'offrent leurs peaux, elles mènent la danse à leurs tours. Les cœurs s'emballent, les respirations saccadées font places à des soupirs d'extase.

Minos entraine son amour contre le lit, place ses mains en dessous des cuisses et le soulève en tailleur. Fait quelques pas, puis se laisse tomber de tout son poids en portant Eaque dans ses bras, ils basculent sur le matelas en continuant leur étreinte. Les cheveux de jais s'éparpillent autour de lui pour former un halo ténébreux, son corps appelle celui de son partenaire. Ce matin, ils arriveront probablement en retard à leurs travails, parce que là il est temps de rattraper le temps perdu. Parce que là, ils s'apprêtent à s'aimer pour la ixième fois de leurs vies.

(suite...)


Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.

Trouvez-vous qu'Albafica abuse et qu'il a un caractère de crotte ? Normal, moi je l'adore. Il faut bien ça pour tenir tête à Minos.

Nous ne dirons pas que Shion est un mou du genou, non, il adopte une attitude zen…

Le chat est au cœur des tourments décidément.

Bon Rhad a pris un sérieux coup de chaud dans ce chapitre. Se laisserait-il tenté par une belle cascade océane ? On verra…

Concertant le couple Aphrodite/Shun c'est un de mes pairing préféré, alors je m'en donne à cœur joie. Malheureusement il n'est pas traité sur ce fandom, : (

Je remédie à ça na ! Que voulez-vous, leur combat m'a marqué on n'y peut rien.

Prochain chapitre : Les rapports changent, les problèmes se profilent à l'horizon.

Parution vendredi.

Il y aura du Rhada, du Rhada et encore du Rhada. Nous le verrons à son bureau, et là nous ferons la connaissance de Thanatos Ellison le « dragon ». Nous suivrons Rhada chez son Valounet et puis… Mystère. Rhoo bon ce n'est pas un mystère bien dur à trouver.

Ah petite nouveauté, nous irons au Templier voir ce qui se passe du côté de Shion et de Doko. Bonjour Doko ! Grande nouveauté pour moi.

Il y aura encore une prise de bec entre les voisins, oui j'exploite le filon à fond.

J'espère que mon histoire vous plait toujours, merci de me lire et encore plus de commenter. Et thank pour les ajouts.

Bises,

Peri