Et hop, voilà la suite ! Comme d'hab, l'univers HP appartient à JKR, et je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 7 : Les allégeances suspectes

Au bout d'une demi-heure épuisante d'interview avec Hector Fidgy, qui lui posait toujours énormément de questions mais ne paraissait absolument pas intéressé par les réponses, Emily sentit le besoin de prendre une pause. Le journaliste n'arrêtait pas de fixer avec insistance ses tics nerveux au lieu de l'écouter, ce qui la rendait encore plus mal à l'aise. En plus, elle avait promis à Erwan de sortir des locaux de la Gazette d'ici un quart d'heure à cause de la limite d'effet du Polynectar et elle n'avait toujours rien découvert de probant, si on exceptait l'incompétence de certains travailleurs à la Gazette. Si elle ne bougeait pas maintenant, sa mission serait un échec complet. Le fait qu'Hector Fidgy n'ait manifestement même pas pris la peine de lire le livre de Valenna avant de l'interroger ne contribuait pas à la mettre de bonne humeur. Il lui semblait qu'à la place de la voyante canadienne, elle aurait été passablement énervée.

- Pensez-vous que les trolls aient un rôle à jouer dans la divination ? Il paraîtrait que des recherches révolutionnaires ait mis en évidence une certaine...

- Monsieur Fidgy, cette entrevue m'enchante et j'aurais aimé la prolonger, mais mon emploi du temps est chargé. Je suis désolée mais il faut que j'aille retrouver mon assistant. Puis-je... passer aux toilettes avant ?

C'était la seule idée qui lui était venue à l'esprit pour se promener un peu seule dans les locaux sans paraître suspecte. Son ton avait sonné particulièrement brusque et malpoli mais le journaliste se contenta de hausser un sourcil indifférent sans paraître s'en formaliser.

- Oui, bien sûr. De toute façon, j'aurai assez de matière pour mon article, je vous remercie.

Emily se demanda un instant quel genre de contenu aberrant et irrespectueux il mettrait dans son article, mais l'occasion de s'éclipser était tellement belle qu'elle se précipita hors de la pièce sans relever.

- Les toilettes sont au deuxième étage au fond du couloir à droite, il faut un mot de passe pour que la porte accepte de s'ouvrir. Il suffit de dire "pureté". Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée, madame Vilipenda.

- Mademoiselle, corrigea sèchement la fausse Valenna une nouvelle fois. Bonne soirée à vous aussi.

En sortant de la salle d'interview miteuse, elle marcha le plus lentement possible dans les couloirs en regardant partout autour d'elle ; fort heureusement, son apparence de vieille femme l'autorisait à la lenteur. Mais elle trébuchait à chaque pas, et la peur d'être découverte la tenaillait encore plus que dans la petite salle à l'écart de tout. Elle voyait partout des journalistes ou des stagiaires pressés qui se bousculaient, portaient des missives, écrivaient, discutaient, buvaient du café. L'atmosphère aurait pu être très agréable mais ce n'était étrangement pas le cas, et Emily eut une impression d'hypocrisie et de malaise généralisé. Absence de sincérité, absence de confiance. Un flot ininterrompu de personnes occupait l'ensemble de l'espace disponible, et l'endroit paraissait nettement sous-dimensionné par rapport au nombre de journalistes à accueillir. Le couloir bondé présentait toutefois l'avantage non négligeable que personne ne faisait attention à elle. Elle surprit plusieurs fois des "Mais c'est pas grave, efface ça, ajoute ça, le chef sera content !", ce qui ne la rassura pas. Elle passa devant un homme et une femme d'âge indéterminé, des articles plein les mains, qui discutaient à voix très basse avec animation.

- Mais arrange-toi pour qu'il ait l'air coupable ! Je sais que nous n'avons pas de vraie preuve, mais trouve quelque chose de crédible ! Ou sinon la somme que Cassidy nous a promise nous passera sous le nez. Je t'assure que...

L'homme se tut brusquement lorsqu'Emily passa en face d'eux. Des journalistes corrompus, cela n'avait rien de particulièrement surprenant ni de particulièrement réconfortant. Mais cela ne constituait nullement une preuve qu'ils servaient Vous-Savez-Qui. Il fallait chercher plus loin.

La fausse Valenna finit par atteindre péniblement le deuxième étage. En héritant de l'âge de Valenna, Emily avait manifestement aussi hérité de ses problèmes d'articulations et elle se maudit de ne pas pouvoir se lancer un sort d'apaisement. À peine moins peuplé que le couloir du premier, celui du deuxième étage s'avéra une nouvelle épreuve et l'enquêtrice en herbe atteint le fond du couloir et la porte des toilettes sans avoir rien appris de très nouveau.

- Pureté.

Elle se sentait stupide à prononcer ce mot de passe devant la porte close des toilettes, comme si Hector Fidgy s'était payé sa tête, et d'ailleurs elle trouvait ce mot de passe étrange et insensé. Pureté de quoi ? Pureté dans les idées ? Pureté... du sang ?

La porte s'ouvrit tandis qu'une petite sorcière ronde en sortait d'un pas vif. L'agencement des toilettes n'avait pas plus de sens que le mot de passe qui y menait, et tout cela ressemblait à un labyrinthe. Fatiguée, troublée et inquiète, Emily prit le temps de s'appuyer quelques secondes contre un lavabo, observant son reflet devenu immonde et distordu. Dans le miroir, elle voyait comme par magie une horloge à l'ancienne, un coucou qui lui rappelait que dans cinq minutes elle devait être sortie de ce bourbier.

Soudain, elle entendit deux voix ; les deux personnes chuchotaient mais dans le silence on pouvait à peu près percevoir ce qui se disait. Impossible d'en découvrir l'origine dans tout ce labyrinthe avec des murs, des portes et des tournants, mais Emily pouvait distinguer les mots échangés, sans doute deux journalistes :

- Je t'ai déjà dit mille fois d'enlever ce genre de phrases, ça ne passera jamais !

- Mais j'aimais bien la sonorité. Ces fameux Moldus... J'allais continuer avec une assonance en f, je pense.

- Alors tu mets fumeux, fumier, foutoir, foutriquet, fou... Fou tout court, f... je ne sais pas ! Mais tu mets quelque chose d'un minimum négatif.

- Je sais, je sais. Et c'est quoi la politique à l'égard de Maximus Dusseme, déjà ?

Emily s'écrasa et se replia contre le mur avec l'impression de ne pas avoir le droit de se trouver là en cet instant, paniquée.

- Coupable. Tu l'accables de tous les maux.

- D'accord. Je sens qu'il va encore falloir inventer, je n'ai pas eu mon autorisation d'enquête. Et de toute façon, comme à chaque fois avec ces sujets sensibles, je n'aurais rien trouvé de tangible.

- Que veux-tu, c'est difficile le métier de journaliste en ce moment...

- Et les exigences du Maître qui nous complexifient encore le boulot ! Bon, je m'y plie de bonne grâce, mais ceux qui se rebellaient au début... Ils sont devenus... bizarres, non ?

Cette fois, Emily n'avait plus le choix ; enquête ou pas, si elle ne sortait pas d'ici quelques secondes, elle risquait d'être découverte et elle ne donnait pas cher de sa peau dans ce cas. Le... Maître... Vous-Savez-Qui... Et ces histoires de collègues devenus "bizarres"... La Gazette était sous les ordres de Vous-Savez-Qui. L'ignoble visage de la vieille voyante la fixait toujours dans le miroir comme si elle la surveillait, comme si elle lisait en elle. Terrorisée, Emily sortit en courant des toilettes, claquant sûrement la porte un peu trop fort, et se fondit de nouveau dans la foule du couloir.

Partir, partir... Courir... Ses articulations et en particulier ses genoux la faisaient atrocement souffrir. Premier étage, rez-de-chaussée, porte d'entrée, délivrance. Rendez-vous avec Erwan dans une ruelle adjacente, retrouver son chemin. La jeune femme n'arrivait plus à aligner des pensées cohérentes.

Elle avait dû pas trop mal gérer son temps parce que la transformation inverse commença alors qu'elle déboulait à peine dans la ruelle où l'attendait Erwan. De nouveau, la douleur insupportable, mais cette fois, la sensation rassurante de retrouver son propre corps, que tout redeviendrait normal. Elle était si perturbée qu'elle aperçut à peine la véritable Valenna Vilipenda, toujours inconsciente et allongée à même le sol dans un recoin de la minuscule allée. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait enfin des éléments concrets et indiscutables à raconter à Erwan et qu'une fierté sans nom avait envahi son cœur à l'idée de ce qu'elle avait accompli. Tout ce qu'elle voyait, c'était le jeune homme inquiet qui lui faisait face et attendait son compte-rendu. Elle voulait tout lui raconter, pour lui dire à quel point elle avait réussi, elle voulait enfin lui dire, elle voulait qu'il soit enfin fier d'elle, qu'il lui dise "Merci, tu as été indispensable..." Elle l'attendait depuis tellement longtemps, ce moment. Mais il n'était pas si beau que ce qu'elle avait imaginé. Toujours vêtue des vêtements de Valenna, trempée par une averse impromptue, encore terrorisée par ce qui s'était passé dans les locaux de la Gazette, elle se ressemblait pas à une héroïne qui venait de réaliser une action incroyable. Elle paraissait juste pitoyable. Le mélange d'émotion intense et d'épuisement non moins intense fit qu'elle s'écroula, en larmes.

- J'ai réussi... parvint-elle à articuler.

L'instant d'après, elle sentait que les bras d'Erwan l'entourait et qu'elle perdait conscience.

Emy écroulée sur moi, je sens toute la tension de ses muscles retomber brusquement lorsqu'elle perd connaissance dans mes bras. Je la regarde, et elle est un peu trop petite, un peu trop frêle et fragile pour le secret que je lui ai demandé de porter, pour la mission que je lui ai demandé d'effectuer au péril de sa vie. Quelques gouttes de sueur perlent de son front, et ses doigts s'agitent encore dans un tic nerveux. Je prends le temps de jeter tous les sortilèges de confusion et d'oubli que je connais sur la vieille voyante encore inconsciente, et je m'éclipse, Emily calée sur mon dos comme une charge supplémentaire dans ma vie, un bonheur supplémentaire dans mon cœur.