Chapitre 7 : Sang-de-Bourbe

Dans les jours qui suivirent, Harry passa une bonne partie de son temps à se cacher chaque fois qu'il apercevait Gilderoy Lockhart au bout d'un couloir. Mais il lui devint difficile d'ignorer Colin Crivey. C'était une véritable plaie et Harry dut lui expliquer que la prochaine fois qu'il le verrait entrain de prendre une photo en douce, il s'arrangerait pour faire manger les négatifs au kraken ou toute autre bestiole peu regardante sur la qualité du repas qu'on lui servait.
Hedwige restait encore un peu fâchée de la façon dont s'était fini le voyage en voiture, mais acceptait quand même de lui rendre visite de temps en temps. De son côté, Théodore ne décolérait pas contre Hermione. Harry commença à se poser des questions. Est-ce que, à tout hasard, le Serpentard aurait craqué pour la Miss-Je-sais-tout de Gryffondor ? Sarah en était venue aux mêmes conclusions, tout en se demandant si leur camarade avait la moindre chance.

Le samedi matin, Harry avait bien l'intention de faire la grasse matinée. Il entendit soudain un grognement puis une voix qui grommelait, puis quelqu'un le secoua par l'épaule.
- Keskiya ? marmonna Harry en ouvrant un œil.
- Séance d'entraînement ! dit Marcus Flint. Allez, debout !
- Marcus, je parie que le soleil est à peine levé, fit la voix de Malefoy derrière eux.
- Faut pas exagérer. Mais j'ai bien l'intention de vous faire bosser, tous les deux.
- Tous les deux ? s'étrangla Malefoy.
- Ouais. Je sais que ton papa a payé nos nouveaux balais, mais je te signale que Harry est un très bon attrapeur et que je n'ai pas l'intention de le lâcher, à moins que tu ne sois meilleur que lui. OK ?
Marcus était un élève de septième année, à la carrure de troll, qui menait son équipe d'une poigne de fer. Drago n'osa pas répliquer.
Lui et Harry s'habillèrent et enfilèrent leur cape par-dessus leur robe verte pour se tenir chaud. Sans se regarder, ils sortirent dans la salle commune. Marcus leur fit signe de monter dans la grande salle et d'y prendre un bon petit déjeuner. Les autres joueurs se trouvaient déjà assis autour des tréteaux, se passant pichets de jus de citrouille et pots de confiture. Harry repéra aussi Sarah.
- Tu veux faire partie de l'équipe ?
- Mais non, bêta ! Marcus m'a dit qu'il y aurait entraînement aujourd'hui, et j'aimerais bien vous voir un peu faire.
- T'es fan de Quidditch à ce point ? demanda Wendel Fallencrest entre deux bouchées de toast.
- Non, je suis fan de stratégie. Je dois dire que pour le moment, je n'ai pas été déçue.
- Parfait ! dit Marcus en frappant la table du plat de la main. Avec ce que j'ai concocté, on va bien s'amuser, cette année...
- Au fait, c'est quoi, les nouveaux balais ? s'enquit Harry.
- Des Nimbus 2001, répondit Feral en sortant le sien de sous la table.
Harry émit un petit sifflement. Il était du même genre que le sien, mais plus profilé encore, tout en bois sombre avec des ferrures de métal pâle.
- Ils sont chouettes, admit-il.
- C'est clair, fit Marcus. Remarque, tant que tu te débrouilles bien avec ton Nimbus 2000, je te le laisse. Ce serait dommage de réserver ce beau balai pour de simples voyages. De toute façon, aucune autre équipe n'en a de plus rapide que le 2000. Donc, ce ne sera pas un gros handicap. Bon, vous avez fini de manger, tous ?
- Oui chef !
- Alors, on y va !
Bien en rang, ils partirent vers le terrain d'entraînement, le balai sur l'épaule. C'était bien la première fois qu'on voyait une équipe composée de huit joueurs...
En arrivant au stade, ils virent d'autres élèves en l'air.
- Ah ! Les Gryffondor sont à pied d'œuvre, à ce que je vois. On va les déloger vite fait, chantonna Marcus.
Ils firent leur entrée sous les yeux furieux d'Olivier Dubois, le capitaine des Gryffondor. Il fonça en piqué pour se poser non loin de Marcus et de ses équipiers.
- Flint ! beugla Dubois. J'ai retenu le terrain pour nous ! Il est entièrement réservé, ce matin.
- Allons, Dubois, il y a sûrement de la place pour tout le monde. On pourrait même se faire un petit match amical pour se remettre en jambes... ou en vol, si tu préfères, avant le début de la saison.
- C'est pas idiot, commenta Angelina Johnson derrière Olivier.
Celui-ci lui jeta un regard si noir qu'elle n'osa plus ouvrir la bouche.
- Je te dis que j'ai réservé ce terrain !
- Ah bon ? Pourtant, j'ai un mot du professeur Rogue. Regarde : Je, soussigné professeur Rogue, donne à l'équipe de Serpentard l'autorisation de s'entraîner aujourd'hui sur le terrain de Quidditch pour départager les attrapeurs.
- Départager ? Quels attrapeurs ? dit Dubois avec effarement.
- Ces deux-là, répondit Flint en désignant Harry et Drago. On va voir qui va nous servir de remplaçant et qui fera le titulaire.
- C'est toi, le fils de Lucius Malefoy ? demanda Fred avec dégoût.
- C'est marrant que tu parles de lui... Regarde un peu le beau cadeau qu'il nous a fait.
Les sept joueurs garnis de ces balais les firent admirer en les levant bien haut.
- Le tout dernier modèle, dit Admunsen en chassant d'une pichenette un grain de poussière imaginaire sur le manche de son Nimbus 2001.
- Ils sont plus rapides que les vieux 2000, bien sur, ajouta Flint.
- Alors pourquoi tu laisses le sien à ton attrapeur ?
- On va voir si on lui en donne un autre ou pas. Et de toute façon, aucune de vos antiquités ne pourrait rivaliser avec un 2000, donc je ne pense pas qu'on risque grand-chose à le garder. Vos pauvres Brossdur ne tiendront jamais la comparaison... fit le capitaine Serpentard d'un ton condescendant.
Les Gryffondor restèrent un instant silencieux. Malefoy souriait largement. Harry n'était pas mécontent de voir Dubois réduit au silence.
- Oye ! Le terrain est envahi, dit Pucey, un des poursuiveurs Serpentard.
Ron et Hermione se trouvaient à quelques mètres des quinze opposants.
- Ben ? Pourquoi vous ne jouez pas ? s'étonna Ron. Qu'est-ce qui se passe ?
- On se dispute le terrain, Weasley, répondit Malefoy avec un sourire mauvais. Et ton équipe apprécie à leur juste valeur les balais que mon père nous a fournis.
Ron resta muet de stupeur.
- Pas mal, non ? Je vous suggère de vendre vos vieux Brossdur à un musée : vous récolterez peut-être assez d'or pour vous en payer un correct.
- Au moins, lança dédaigneusement Hermione, aucun joueur de Gryffondor n'a payé pour être dans l'équipe. On les a choisis pour leur talent.
- Ah ? Au vu de leurs performances l'année dernière, j'étais sûr qu'ils avaient payé, moi... répliqua Harry. Ou alors ce sont les autres élèves qui devraient les payer, ça les motiverait peut-être pour jouer décemment.
- Et de toute façon, qu'est-ce que tu y connais, espèce de Sang-de-Bourbe ! cracha Malefoy.
Harry comprit que Drago avait dit quelque chose de très, très grave. Même les Serpentard semblaient contrariés. Les sourcils épais de Flint se froncèrent profondément.
- Comment oses-tu ? hurla Alicia Spinnet.
Ron plongea la main dans sa poche et sortit sa baguette.
- Cette fois, tu vas le payer !
Il pointa sa baguette vers Malefoy.
- Crache-limaces !
- Spectrum ombus ! répliqua une voix.
Le rayon rebondit sur un obstacle invisible et revint en arrière pour frapper Ron, qui tomba dans l'herbe.
- Ron ? Ça va ? cria Hermione.
Les jumeaux se précipitèrent aux cotés de leur frère tandis que Katarine Campbell reculait, sa baguette toujours en main. Ron voulut dire quelque chose, mais il émit un énorme rot et deux grosses limaces tombèrent par terre.
- Berk ! fit Admunsen.
- Chuis vraiment désolée, mais connaissant le grand amour qui unit leurs familles, c'était indispensable, s'excusa Campbell.
Les autres Serpentard riaient ouvertement. Harry fit les gros yeux à Colin Crivey, qui désirait à tout prix prendre une photo de l'évènement.
- Bon, on va s'en aller, dit Hermione en prenant son camarade par les épaules.
Les Gryffondor s'avouèrent vaincus pour cette fois et les Serpentard restèrent seuls maîtres du terrain.
- T'aurais pu t'en dispenser, lâcha Flint en passant à côté de Malefoy. Allez ! Tout le monde en piste!
- Ça veut dire quoi, Sang-de-Bourbe ? demanda Harry à Fallencrest.
- C'est une des pires insultes sorcières. Elle s'adresse aux enfants de Moldus ou aux sorciers ayant un Moldu dans la famille. Ça veut dire que la personne aurait le sang… sale, quoi…
- Très intéressant, fit Sarah d'un air menaçant que Harry ne lui avait jamais vu.
- Malefoy ferait bien de se rappeler que j'en suis un. Parce que la prochaine fois qu'il dit ça…
- Laisse tomber, il répète seulement ce que raconte son papa…
Ils enfourchèrent leurs balais et se lancèrent dans les airs. Depuis son perchoir, Harry put voir les silhouettes noires de Ron et d'Hermione qui partaient vers la cabane de Hagrid. Il aperçut aussi une forme toute de mauve vêtue qui partait de la maison du garde-chasse. Lockhart avait du vouloir lui
donner un cours sur la meilleure façon de se débarrasser d'une vermine quelconque. Derrière la cabane, de grosses taches orangées signalaient la présence de citrouilles dodues.
- Je lâche le vif ! beugla Flint.
Harry et Drago partirent aussitôt en chasse. Harry fut ravi de constater que son adversaire avait moins d'expérience que lui et ne manœuvrait pas son Nimbus 2001 avec beaucoup de souplesse. Ils enchaînèrent figures et virages sous les encouragements des six autres joueurs. Finalement, Harry essaya une feinte vicieuse, et Drago eut bien du mal à éviter le mur de planches de l'enceinte. Le temps qu'il revienne sur la bonne trajectoire, Harry brandissait le vif entre ses doigts.
- Bon, ben... Je crois que ça règle le problème. Malefoy, tu remplaceras Potter si jamais il se casse quelque chose et que ça l'empêche de jouer.
- Mais... Mais ? bafouilla Drago.
- D'accord, ton père paye l'équipement. Mais le recruteur, c'est MOI, gronda Flint. Tant que tu ne feras pas mieux que lui, tu resteras remplaçant, et lui titulaire. J'ai dit !
Le visage de Drago vira au rouge. Sur le balai, il n'avait pas sa baguette, mais semblait vouloir foncer sur Marcus. Quand…
- Cyclopsych !
De rouge, le visage de Drago devint bientôt vert. Son balai était pris, avec son propriétaire, dans ce qui ressemblait à une minuscule tornade, à deux mètres du sol. Il finit par tomber de son balai et s'étaler sur le sol, aux pieds de Sarah, qui tenait encore sa baguette brandie dans la direction de la tornade.
- Ouille…
- Avant de dire un mot de plus, écoute-moi bien, immonde petit paon imbu de ta naissance. Si tu insultes encore une fois le sang des enfants de Moldus, ce sera pire. Apprends que je suis la première sorcière de ma famille, aussi lointains que puissent être mes ancêtres !
Tous les joueurs, ainsi que les quelques Gryffondor restés au bord du terrain pour observer, ouvrirent des yeux ronds. Plusieurs choses s'expliquaient à présent, comme la connaissance qu'avait Sarah de la culture moldue, et l'expression de ses parents au chemin de traverse…
- Impossible ! cracha Malefoy. Seuls les sorciers de sang pur sont acceptés à Serpentard ! C'est la maison des vrais sorciers, de noble famille !
- Dans ce cas, considère-moi comme la fondatrice d'une noble famille, c'est la seule explication possible… Bon, tu as de la chance, Marcus s'impatiente. Je vais te laisser à ton entraînement de remplaçant ! Mais je te quitte sur un conseil : à l'avenir, surveille ton langage.
Sarah rangea sa baguette et repartit vers les tribunes, non sans surveiller Drago du coin de l'œil. Au moins, elle ne semblait plus en colère : humilier Drago devant l'équipe lui avait procurer la plus grande satisfaction.

Une heure plus tard, fourbus, les joueurs en vert et argent rentrèrent au château pour le déjeuner. Malefoy regardait Harry et Marcus d'un œil noir et jetait à Sarah un regard exprimant plus le dégoût que la colère. En bougonnant, il alla rejoindre Crabbe et Goyle. Quant à Harry, il fut appelé au passage par son chef de maison.
- Vous voilà, Potter ! Votre retenue commence à huit heures ce soir. Le professeur Lockhart a jugé que votre aide lui serait indispensable.
- Pour quoi faire ?
- Il ne l'a pas précisé. Quant à vos deux comparses, le professeur McGonagall les a envoyés nettoyer l'argenterie de la salle des trophées.
- Je pourrais pas aller les aider ? Ou astiquer les chaudrons ? demanda Harry, pitoyable.
- En aucun cas, répondit Rogue en haussant les sourcils.
- Bon... D'accord, marmotta Harry en s'éloignant, le dos courbé.
Quand il en parla à Fred et George, ils lui proposèrent d'échanger leurs taches, mais d'un autre coté... toute l'argenterie nettoyée à l'huile de coude... Au final, les jumeaux repartirent le dos rond vers leurs cours.

L'après-midi fila en un éclair au goût de Harry. Vers huit heures moins cinq, il prit le chemin du bureau de Lockhart en traînant les pieds. Les dents serrées, il frappa à la porte.
Elle s'ouvrit aussitôt et Lockhart l'accueillit avec un sourire rayonnant.
- Ah ! Voici notre chenapan ! Entre, Harry, entre.
Harry fit quelques pas dans le bureau et leva les yeux au ciel. Eclairées par des chandelles qui répandaient un doux parfum floral, d'innombrables photos encadrées de Lockhart étaient accrochées au mur. Il en avait même signé quelques-unes. Une autre pile de photos était posée sur le bureau.
- Tu n'as qu'à écrire les enveloppes ! dit Lockhart comme s'il lui faisait une incroyable faveur. La première, c'est pour Gladys Gourdenièze, une de mes plus ferventes admiratrices (Le nom lui va à merveille, songea Harry en s'asseyant ).
Les minutes passaient avec la lenteur d'un escargot piqué à la morphine. Harry n'écoutait rien du flot de paroles que Lockhart déversait sur lui tout en dédicaçant ses photos. Harry en vit passer une où l'enseignant était assis sur un balai, en robe de quidditch, et faisait de grands signes au photographe. Nul. Tout en écrivant les adresses, le garçon marmonnait des « Oui, bien sûr », « d'accord », « très bien »... De temps en temps, il percevait une platitude du genre : « La renommée est une amie bien peu fidèle, Harry », ou « La célébrité ne peut donner que ce qu'elle a, ne l'oublie jamais ».
Les chandelles diminuaient régulièrement et leur parfum devenait franchement écœurant. Leur lueur dansait, imprécisant les contours des objets. Harry avait la main douloureuse à force d'écrire des adresses. Il était entrain de recopier celle d'une Veronica Smethley à l'encre lilas en priant le ciel pour pouvoir bientôt partir. Il entendit alors un son étrange, quelque chose qui n'avait rien à voir avec les bavardages de Lockhart ou le crachotement des chandelles qui s'éteignaient. C'était une voix froide à vous geler le sang dans les veines, repoussante comme un mauvais venin.
- Viens... Viens à moi... que je te déchire... que je t'écorche... que je te tue...
Harry sursauta en faisant une tache sur l'enveloppe.
- Quoi ?
- Eh oui, je sais, dit Lokchart en croyant que Harry lui répondait. Six mois de suite en tête de liste des best-sellers ! Record battu !
- Euh... non, non... Je parlais de cette voix... Vous n'avez pas entendu ?
- Quoi donc ? demanda Lockhart, déconcerté.
- Il me semble avoir entendu quelque chose...
- Ah non, rien du tout. Tu es peut-être entrain de t'endormir ? Nom d'un best-seller ! Nous avons passé près de quatre heures ici ! C'est fou comme le temps passe vite (Cause pour toi) !
Lockhart finit par le libérer et Harry partit en hâte vers les dortoirs de Serpentard. Il regardait sans cesse derrière lui. Se balader seul, sans cape d'invisibilité, à plus de minuit, dans les couloirs de l'école ne lui plaisait pas plus que ça. Il faillit avoir une attaque quand les frères Weasley le croisèrent au détour d'un corridor. Ils empestaient le produit nettoyant.
- Coucou. Finalement, c'était ignoble, dit George. Ce vieux s******d nous a fait astiquer au moins quinze fois la coupe de quidditch et l'écusson qu'on a attribué à je sais plus quel gus pour services rendus à l'école. Ignoble, je te dis !
- Ouais. Allez, bonne nuit, les gars.
En rentrant dans la salle commune des Serpentard, Harry trouva Théodore qui l'attendait. Quand il lui parla de la voix et de l'absence de réaction de Lockhart, Théodore resta perplexe.
- Tu crois qu'il a menti ? Même quelqu'un d'invisible aurait du ouvrir la porte pour entrer...
- Je sais, fit Harry en baillant. Moi non plus, je ne comprends pas.