Bien le bonjour !
Je suis contente de vous retrouver pour vous proposer un nouveau chapitre, en étant pas trop à la bourre.
Quelques précisions utiles avant de lire : J'ai abordé ce chapitre à reculons, puisque j'y parle de géo-politique et que c'est pas forcément ma tasse de thé. Le défi de décrire l'après-révolte du gouvernement me semblait insurmontable. Et finalement, j'avais engrangé beaucoup d'idées, et j'ai pris grand plaisir à imaginer tout ça. Je suis désolée par avance de ceux que je vais ennuyer avec tous ses détails, mais cela me semble indispensable de poser le nouveau monde dans lequel vont devoir se reconstruire Katniss et Peeta. Ça me permet de replacer des personnages que vous n'avez pas vu depuis longtemps, vous verrez, ainsi que d'analyser – encore – les caractères des protagonistes et la façon dont ils vivent les choses.
Pour m'aider dans cette tâche, je me suis aidé d'une carte de Panem très bien faite par Vamg, disponible sur wikipedia. Vous pouvez la trouvez via google image en tapant "carte de Panem", c'est celle qui ressemble à un planisphère et où on voit donc Panem mais aussi les autres continents (encore un défi à révéler, celui de deviner ce que sont devenus les autres pays après la montée des eaux et les guerres).
Je la trouve particulièrement bien réalisée, et je la préfère à la version que l'on trouve le plus couramment, celle tiré du jeu vidéo Hunger Games, et donc présumée officielle. C'est un choix personnel.
Encore une chose et je vous laisse à votre lecture. J'ai réalisé une espèce de frise temporelle où je replace les évènements de la fin du troisième tome, la révolte, les bombes au grand cirque, la guérison de Katniss au Capitole, le procès, le retour au Douze. Je dois l'affiner mais bientôt je ferai des notes avant les chapitres (et éditerai les anciens) pour que vous puissiez vous repérer dans le temps. Encore une fois, c'est une frise faite à mon appréciation, puisque nous n'avons pas de détails précis, que j'ai tiré après des dizaines de lectures et des heures de réflexion.
Je vous souhaite une bonne lecture !

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Le pouls de Panem


Période couverte: 27, 28, 29 et 30 mars


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Elle est là, et je ne vois qu'elle, parce qu'elle est la plus importante et que le reste ne compte pas. Le soleil se reflète sur sa surface dorée à vous en rendre aveugle.
La Corne d'Abondance.
Elle se dresse, gigantesque, impressionnante devant moi. Elle écrase tout le reste, occupe tout l'espace.
Quand le décompte de soixante seconde est terminé, je pars en sprint vers elle, persuadée que ma survie se trouve là-bas. J'y arrive la première, met la main sur un arc où est gravé "Glimmer" en lettre d'or. Je cherche autre chose, mais les objets sont étranges.
Des petits pains au fromage, un pain du District Onze, un bol de soupe de Sae, Lady, la chèvre de Prim en train de manger des racines de Katniss, des coquillages, une veste en cuir, des roses odorantes…
Comme une intuition, je me tourne brusquement vers ma droite, et voit mon Père qui n'a pas bougé de sa plateforme. De là où je me trouve, je lui hurle de toutes mes forces de fuir, mais il explose dans un bruit sourd et se transforme en poussière de chardon.
Alors que je pleure, personne ne me rejoint pour essayer de me tuer. Etrange. Je suis pourtant dans l'Arène.
Puis Peeta apparaît, courant vers moi et me criant de courir, courir loin, et je vois derrière lui Gale retenant ma petite sœur en larme, et qui me dit "Vas-y Catnip".
Puis tout le monde disparaît. A la place, des mutations génétiques, chiens, singes, reptiles foncent vers moi.
Alors je cours, à m'en faire mal aux jambes, à en perdre le souffle, mais l'orée de la forêt s'éloigne au fur et à mesure que je m'en approche.
Des geais bavards se sont joints à mes poursuivants et font résonner dans ma tête le bruit des flammes léchant le corps de ma petite sœur.
Je me laisse tomber dans la boue, me retourne, prête à me laisser submerger par mes ennemis. Mais ils ne sont plus là. A la place, Cato me tend la main, couverte de sang, et plante ses yeux dans les miens en m'implorant :
"Je t'en prie…"

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Je me réveille brutalement, me sentant secouée de toute part, et j'entends quelqu'un hurler, me glaçant le sang.
Il me faut bien une minute entière pour replacer les évènements dans le bon ordre et comprendre que c'est Peeta qui me secoue, et que c'est moi qui hurle.
Je me suis endormie sur mon tabouret dont je suis tombée à genoux, et Peeta me serre dans ses bras pour me calmer. Je ne comprends pas tout.
Il me tire vers lui, en chuchotant des mots de réconfort que je ne saisis pas, à peine si j'ai encore la voix pour objecter que le canapé est trop petit pour deux.
Peeta secoue la tête, je crois, et répond :

- Tant que je serai là Katniss, il y aura toujours une place pour toi à mes côtés.

Je lui fais un sourire mouillé de larme et il m'attire contre lui pour me coller contre le fond du canapé.
Avant de sombrer dans le sommeil, je l'entends murmurer :

- N'aie pas peur Katniss, je te protège, toujours

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Trois nuits et quatre jours ont passé depuis que j'ai trouvé Peeta en proie à sa folie dans sa chambre.
A part quand il m'a sauvé de mon cauchemar, il n'a pas beaucoup bougé. Il récupère. Il dort. Il mange un peu plus chaque jour. Il se lève uniquement pour aller aux toilettes.
Haymitch est passé une fois, le deuxième jour, pour prendre des nouvelles. Il m'a apporté le journal que j'ai voulu lire chez lui. Je ne l'ai pas encore ouvert, car je ne vis que pour Peeta.
Le premier jour, j'ai appelé ma mère. Je lui ai raconté ce que je pouvais lui avouer, tout l'aspect médical et psychique en mesure de l'aider. Elle ne pense pas qu'il faille un médecin. Ma présence et ce que je fais pour lui suffit d'après elle. Et elle a ajouté qu'elle était fière de moi. Ce compliment m'a rendu muette, et j'ai raccroché rapidement. Je ne souhaite pas de laurier, j'ai eu mon lot de couronnes et de médailles, je souhaite juste que Peeta aille mieux.
Puis j'ai appelé le Docteur Aurélius. Il s'est contenté de me dire de ne pas oublier de lui donner ses médicaments. Et que le reste devrait aller mieux.
Fantastique.

Pour ne pas tourner en rond, je fais la cuisine, et je fais quelques progrès. J'ai appelé Sae qui est venue m'expliquer quelque base. C'est pas mauvais. Ça ne vaut pas non plus le ragout d'agneau du Capitole mais ça m'occupe. Pour ne pas penser.
L'avantage de me consacrer à plein temps à Peeta, c'est que je ne pense pas à mon propre désarroi. Mais ça ne peut plus durer. Il va bien falloir trouver une autre solution que se sauver l'un l'autre pour avancer.
Je n'ai jamais aussi bien dormi que depuis que les bras de Peeta me protègent des monstres de la nuit. J'ai ouvert le canapé-lit pour ne pas trop me coller à lui mais je me réveille inlassablement au creux de ses bras. Je ne sais pas s'il s'en rend compte. Je choisis de m'en moquer.
Pour l'instant, l'important n'est pas là. J'ai beau me répéter qu'il va falloir que l'on parle, plus qu'on ne l'a fait pendant sa crise où la colère et la peur phagocytaient tout, mais je ne m'y résous pas.
Nous nous sommes fait assez de mal pour avoir mérité de nous mentir encore un peu.

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J'ai dû me résoudre à appeler Haymitch le quatrième jour. Pas pour Peeta mais pour moi.
J'ai ouvert le journal, en me disant que prendre le pouls de Panem et de son actualité me changerait les idées. Seulement, il y a des choses qui m'échappent, je n'ai pas tout compris.
Je manque de vision d'ensemble dirait mon Mentor. Il aurait raison, encore, et même si ça m'énerve, je dois m'en remettre à lui.

Cela l'étonne que je l'invite, qui plus est chez Peeta. Je n'aime toujours pas le café, j'ai donc fait du chocolat chaud, mon péché mignon, et une tasse l'attends quand il passe la porte. Il avise la maitresse de maison que je suis avec surprise et constate :

- Tu es encore là ?
- De toute évidence…

Je déteste la manie qu'a Haymitch d'énoncer des pléonasmes sur un ton absolument insupportable car il arrive à transformer une banalité en attaque frontale ou en jugement. Ou les deux.
Je lui désigne le fauteuil en face de moi pour qu'il s'installe. Ce qu'il fait en regardant de travers le chocolat chaud. Il hausse les épaules, puis sort une flasque de l'intérieur de sa veste et rajoute de l'alcool.
Je fais une grimace face au mélange douteux pendant qu'il en boit quelques gorgées en appréciant :

- Pas mauvais…
- Tout n'est pas à jeter au Capitole je suppose. En parlant de ça !

Je sors le journal que je déplie devant moi dans un bruit de papier qui se froisse. Je fais attention où je place mes doigts. La production à échelle nationale d'un journal d'information a dû donner du fil à retordre aux usines du district Sept, l'encre de ce premier numéro bave et ne tient pas bien, et donc tâche facilement, je l'ai appris à mes dépends.
Le bruit du journal réveille Peeta que je pensais plus endormi que ça. Je l'entends gémir dans son sommeil et voit ses yeux s'ouvrir doucement. Je me lève rapidement pour aller chercher un bol que je remplis de chocolat chaud, je le place sur un plateau avec des petits pains à tremper dedans, et lui donne, une fois qu'il s'est assis convenablement.
La tendresse que j'ai pour lui me pousse à passer affectueusement ma main dans ses cheveux. Je me retiens de justesse de lui poser un baiser sur le front.
Parfois, j'ai l'impression de me retrouver dans la grotte de la première Arène avec lui, quand nous devions, quand je devais, jouer l'affection pour obtenir de la nourriture. La frontière est si mince entre mes souvenirs et la réalité.

Haymitch regarde la scène en haussant un sourcil mais ne commente pas. Je lui en suis reconnaissante. Pour une fois.
Puis Peeta prend la parole :

- De quoi vous allez parler ?
- De l'actualité.

Mon Mentor prend un air catastrophé en faisant tinter sa tasse sur la table, levant les yeux et les bras au plafond.

- Je rêve ! Katniss Everdeen s'intéresse au monde qui l'entoure ? Pincez-moi !

Ma bouche se tord dans une grimace et je réponds :

- Merci pour les encouragements, ça fait toujours plaisir !

Il hausse les épaules, puis se penche vers moi au-dessus du broc de chocolat chaud encore fumant :

- Je t'écoute.

Je dois me donner un bon coup de pied mental au derrière pour avouer que j'ai besoin de ses lumières.

- Vous avez des nouvelles de Plutarch ? Ou de la Présidente Paylor ?

Haymitch, surpris, m'adresse un sourire désabusé :

- Mais bien sûr, tous les jours, ils ne peuvent se passer de mes conseils avisés !
- Je ne plaisante pas Haymitch…
- Alors oui, on ne dirait pas, j'en conviens, mais j'ai des nouvelles, la plupart du temps de Heavensbee.

Je regarde les titres du journal, et choisis ma première question :

- Il va y avoir des élections de gouverneurs ? En quoi cela consiste ? Les informations sont assez vagues sur le journal.

Mon mentor s'installe au fond du fauteuil et commence :

- Pendant la révolte, la plupart des maires de districts sont morts, torturés par le Capitole par exemple, et le reste étaient pourris jusqu'à l'os. Seulement, leurs rôles étaient plus représentatifs qu'autre chose, et la Président Paylor aspire à une gestion presque autonome des districts, en donnant plus de responsabilité à la personne qui en aura la charge. Le poste de gouverneur est une idée de Plutarch, comme dans l'ancien monde. Ils seraient d'abord élus par le gouvernement actuel, et auraient des comptes à rendre. Et ce serait un poste très important, étant donné tous les changements qui vont avoir lieu.
- Les changements ? Ça a l'air simple pourtant, le Capitole aura toujours le contrôle des districts.
- Non, tu n'écoutes vraiment pas… De l'autonomie ! Après une telle révolte, de tels sacrifices, jamais les habitants des districts n'accepteront un retour en arrière, même minime. Nous nous sommes battus pour être libre, et c'est bien ce que Paylor veut tenter de faire, nous donner en partie notre indépendance. Mais elle est obligée de garder un minimum de contrôle, car nous serions incapables de gérer efficacement toute cette liberté soudaine.
- Je vois…

Et en effet, j'imagine pour la première fois les bouleversements qui vont secouer mon pays.
Haymitch continue ses explications avec patience. Je dois dire que cela me surprend de lui. La dernière fois qu'il a voulu m'inculquer quelque chose, il a fini par me traiter de limace crevée !
Je m'essaye à une supposition :

- Mais pour les gouverneurs, comment ça va fonctionner ? Parce que d'un district à l'autre, les choses sont différentes. Ici il n'y a presque plus personne, même quand le Douze n'avait pas pris feu, par rapport au Onze qui est si vaste, ou bien le Quatre ou même le Sept, il y a tellement d'habitants, et de partout !
- Oui ça c'est un souci que Paylor essaye de prendre un compte. Si je me souviens bien, je crois qu'elle envisage de diviser le Onze en plusieurs arrondissements comme elle appelle ça, avec des responsables dans chaque partie du District, comme des maires par exemple. Dans les grands districts et ceux à forte population. Mais le Sept par exemple n'a pas besoin d'être diviser, une grande partie du district est couvert d'arbre.
- Dites donc, vous êtes calé en géographie !
- J'ai beaucoup parlé avec les autres Mentors au fils des ans.
- Mais vous semblez en savoir plus que ce vous voulez faire croire.
- Je ne fais croire rien du tout, je fais beaucoup de suppositions, pour le reste, j'ai occupé une place important dans le Treize à l'époque où on en parlait, certains projets étaient même validés par Coin.

Le souvenir de cette femme que j'ai tué, sans savoir si c'était mon choix ou bien celui de Snow me glace. J'essaye de me consoler en me disant que je le sentais depuis le début, puisque je ne l'aimais pas, que je l'avais déjà cerné. Je ne sais pas trop ce qu'on a fait de son corps une fois transpercé par ma flèche.
Haymitch a toujours était doué pour percevoir mes pensées sans que j'ai à les dévoiler à voix haute, c'est en partie grâce à cela que nous avons pu communiquer si facilement à travers les Jeux, et j'apprécie cette qualité encore plus à l'instant, quand il me regarde et finit par me dire :

- Coin n'a pas été enterré comme une Présidente devant tout le pays, mais comme la leader qu'elle était dans le Treize. Il y a beaucoup de gens qui n'arrivent pas encore à se faire une idée précise de qui elle était et de ce dont elle était responsable.
- Vous avez eu du mal à me sauver ?

J'ai posé cette question à voix basse, parce que c'est difficile d'en parler, parce que j'étais tellement perdue à cette époque. Et parce que je me rends compte qu'Haymitch m'a encore une fois sauvé la vie, et que je lui dois tellement. Nous n'en avons jamais vraiment parlé. Par pudeur. Par peur. Par lâcheté.
Il plisse les yeux, plongé dans ses souvenirs, et boit une gorgée d'alcool directement à sa gourde pour se donner du courage :

- Ce n'était pas facile. Je ne suis pas avocat, et je ne brille pas par ma réputation. C'est la tienne qui a tout fait, car quoique tu fasses ou dises, tu restes le Geai Moqueur pour une grande partie du pays.

Je me renfrogne et n'ai pas besoin de dire à quel point j'aimerai me débarrasser de ce costume. Parce qu'il est trop lourd à porter, parce que je ne l'ai pas choisi, et plus encore parce que c'est Cinna qui l'a créé.
On pourrait m'objecter que je l'ai assumé pendant la révolte, mais encore une fois, je ne sais pas faire la différence entre ma volonté propre et celle des autres. Arriverais-je un jour à assumer mes choix ?

Peeta se lève. Et moi aussi. Comme si j'avais peur qu'il tombe.
Il secoue la tête avec un sourire et m'indique du menton l'étage.

- Je vais me laver, pas que votre conversation m'ennuie, mais je connais déjà tous ces détails ennuyeux, et je me sens mieux.

Je n'ai pas le temps de lui demander comment qu'il est déjà monté. Alors je me tourne vers Haymitch, un sourcil levé en guise d'interrogation. Lui-même semble surpris de mon propre étonnement.

- Il ne t'a pas dit ?
- On ne se dit pas beaucoup de chose lui et moi, quand on essaye de sortir des sentiers battus, et on se fait toujours du mal.
- Plutarch l'appelle souvent. Parce qu'il veut absolument que Peeta devienne le nouveau Porte-parole du gouvernement.
- J'ai toujours trouvé Plutarch ridicule mais je lui concédais une certaine intelligence. Je me rends compte que j'ai eu tort… Mais quel abruti ! Quel con!

L'insulte arrache un rire à Haymitch. Il faut dire que je suis rarement vulgaire. Quand je m'énerve, j'appuie là où ça fait mal, trop souvent, mais mon vocabulaire reste assez classique. Mais là c'est plus fort que moi. Et mon Mentor est d'accord avec moi.

- On ne refera pas Plutarch, il veut profiter de l'aisance naturel de Peeta à parler au public et se le mettre dans la poche, comment pendant les Jeux.
- MAIS IL N'A PAS COMPRIS QUE PEETA NE SERA PLUS JAMAIS LE MÊME ?!

J'ai crié sans m'en rendre compte, mais Haymitch sait bien que ce n'est pas contre lui. C'est contre l'imbécilité de l'ancien Grand Juge des Hunger Games, et contre cette vérité qui nous fait tant de mal.
Plutarch voulait me transformer en star de la chanson, maintenant il veut se servir de Peeta…

- On ne sera jamais tranquille à la fin ? Jamais ?
- Cela prendra du temps.
- Et si je ne veux pas ?
- Tu sais ce que je vais te répondre, et ça ne satisfera pas.

Oui je sais. Il va me dire que tout ça me dépasse. Et ça ne sert à rien d'en discuter. Et il est mal placé pour prêcher la patience qui me fait tant défaut. Alors je préfère ne rien rajouter. Je prends sur moi. D'aucun dirait que c'est de la maturité. Je préfère appeler ça de l'instinct de survie. Eviter de me faire du mal, encore, volontairement.
Mais une question me brûle les lèvres quand même :

- Et les Hunger Games édition Capitole, ils ne seront pas fait, n'est-ce pas ?

Je crois que je perdrais tout ce qui me reste de confiance dans mon pays si Haymitch me disait oui.

- Non, bien sûr. Ça n'a pas été facile de faire lâcher le morceau à Plutarch. Il a beau avoir fait partie de la rébellion, il a grandi au Capitole, et il y a des limites qu'il ne connait pas. Il a essayé de se servir de ton vote pour ça, et du mien.
- L'imbécile, il n'a pas non plus compris que je votais pour cerner les véritables intentions de Coin ! Et gagner sa confiance ?
- Je le lui ai dit. Il a eu beaucoup de mal à comprendre. C'est un homme de spectacle. Comme je t'ai dit, il a des valeurs typiques du Capitole. Mais la Présidente Paylor a tranché. Alors il a capitulé. Il préfère rester du côté où se trouve le pouvoir. Et on a besoin de lui. Il n'a pas sa pareille pour mettre en scène les choses et les gens, et il comprend parfaitement comment réfléchi un habitant du Capitole, comment les amadouer, les gérer…

Je grogne de dépit et de soulagement. Plutarch est un incommensurable idiot mais un idiot nécessaire. D'un côté, il me plait de savoir qu'il est utilisé au même titre qu'il utilise les gens, et qu'il ne s'en rend peut-être pas compte.

- D'autres questions ? me demande Haymitch en désignant le journal.

Il me sort de mes pensées et je sursaute, puis parcoure les nouvelles en essayant de me souvenir des détails que je voulais.

- Oui… J'ai vu qu'il y avait un gros projet de voie ferrée pour permettre à tous les habitants de voyager ?
- Exact. Paylor veut permettre à ceux qui le souhaitent de visiter leur pays autrement qu'avec des images dans des livres, et même de faire leurs vies dans un autre district s'ils le veulent. Certains ont été décimés par la révolte, le Huit surtout, ils ont besoin de monde là-bas. De sang frais aussi. Des facilités seront données à ceux qui acceptent l'exode. Comme venir dans le Douze.
- Mais à part reconstruire ici, il n'y a rien d'autre à faire que de creuser les mines, et même avec de l'argent à la clef, je doute que cet avenir intéresse beaucoup de gens.
- Je crois qu'ils ont d'autres projets pour le Douze.
- Lesquels ?
- Je ne sais pas encore, je ne sais pas tout Katniss.
- Vraiment ?
- Ne te moque pas, si tu veux des détails, je suis sûr que Plutarch serait ravi d'un coup de fil de ta part.

Ma grimace est assez parlante pour m'éviter de jurer à nouveau. Je préfère revenir au sujet initial :

- Et le Treize ?
- Ah ça… On ne veut rien me dire. C'est très compliqué de gérer l'avenir de ce district. Je crois qu'ils y ont laissé le minimum vital en personne de confiance et qu'ils réfléchissent. Mais comme cela relève de la sécurité nationale, je n'en suis pas informé, évidemment…
- Evidemment…
- Mais pour revenir aux trains, il y a eu grande vague de recrutement en ce moment pour moderniser les lignes existantes et en rajouter. Le Six est débordé par la construction de trains.
- Aussi luxueux et rapides que ceux qui emmenaient les tributs à la mort ?
- Aussi rapide oui. Aussi luxueux non. Ce seront des trains pour le transport de nombreuses personnes, et d'autres pour celui des marchandises entre districts. C'est une très vaste entreprise. Le secrétaire aux transports a vu grand et y travaille avec la secrétaire à l'emploi. Cela va offrir beaucoup d'emploi. Une vraie révolution industrielle.

Haymitch cache bien son jeu. Qui pourrait penser en le voyant faire ses pitreries d'alcooliques depuis des années à la télévision qu'il est si intelligent ? Je l'avais déjà remarqué lors de ses Jeux, qu'il a gagné parce qu'il a réfléchi et analysé l'Arène pour l'utiliser à son avantage. Je me rends compte qu'il fait ça partout. Il observe, il analyse, il en tire des conclusions qui souvent font mouche. Le quartier général du Treize a du déceler aussi ses capacités, en l'associant à l'élaboration des plans durant la révolte, et il est regrettable qu'il noie ses aptitudes dans l'alcool.

Toutes ces informations ont ouvert en moi une curiosité politique que je ne me connaissais pas. Je ferme le journal qui ne fait que survoler les grands changements à venir et continue mes questions :

- Et les habitants du Capitole ? Ils vont devenir quoi ? Je veux dire, ils travaillent mais…
- … mais il n'y aura plus de passe-droit, enfin, dans l'idéal, car il y aura toujours des politiques véreux. Donc beaucoup vont perdre leurs postes, ça va être la pagaille, ça l'est déjà d'ailleurs. Les grands responsables coupables de malversations, cruauté et autres joyeusetés ont été emprisonnés ou exécutés, et ça va continuer car il y a beaucoup de ménage à faire. Pour les autres, ils auront aussi l'occasion de partir s'installer dans les districts.
- Dans les districts, les habitants du Capitole ? C'est de l'utopie.
- Peut-être, nous verrons bien. Tout le monde n'est pas heureux là-bas, les laissés pour compte, les oubliés.
- J'avais toujours pensé que c'étaient nous, les oubliés.
- C'est vrai. En tout cas, je sais que le gouvernement compte sur la prochaine génération et son éducation pour changer tout ça.

Il faudra à mon avis plus qu'une génération pour bouleverser un pays. Mais après tout, je ne connais rien à la politique. Pour la première fois, je suis heureuse d'être confiné dans mon district si peu attractif, loin de tout ça.
Il y va y avoir quantité de mécontents de cette nouvelle façon de voir les choses. Je me demande…

- Et les Pacificateurs ? Que vont-ils en faire ?

Haymitch plisse la bouche, et je sens qu'il n'a pas envie de me répondre, comme si quelque chose allait me déplaire. Il semble peser le pour et le contre en buvant de nouveau de l'alcool. Puis il finit par m'avouer du bout des lèvres :

- C'est le rôle de Gale ça. De décider de l'avenir des Pacificateurs.

Entendre parler de mon ancien meilleur ami me fige. Quand donc cela cessera-t-il d'être douloureux ? Quand pourrais-je penser à lui sans regret de notre amitié et sans colère contre les armes qu'il a créées avec Beetee, responsable de la mort de ma petite sœur ?

- Qu'a à voir Gale avec les Pacificateurs ? Je croyais qu'il avait trouvé un bon emploi dans ne Deux.
- Exact, le district qui a toujours formé les Pacificateurs, ce n'est pas pour rien. Je te l'avais dit, juste avant l'exécution programmée de Snow, je t'avais dit que Gale participait au nettoyage du Deux.
- Je ne me souviens plus très bien. Et quel est son rôle ?
- Continuer le nettoyage.
- Le nettoyage ?
- Il passe tous les anciens Pacificateurs au crible, pour cerner ceux qui peuvent être rattrapable. En termes de principe. Ceux à qui on pourra faire confiance à nouveau pour faire appliquer une juste justice.

J'ai un reniflement méprisant devant cette nouvelle.

- Parce que Paylor pense réellement que des Pacificateurs peuvent être recyclés en gentil défenseurs de la justice ? Vous plaisantez ?
- Beaucoup de Pacificateurs ont embrasé cette carrière pour fuir le district Deux ou éponger des dettes, pas par plaisir. Ne me dit pas que tu n'as pas connu de Pacificateurs qui valaient la peine d'être sauvés ?

Cette fois je gémis. De douleur. Parce qu'il sait parfaitement à qui je pense.
Darius…
Torturé pour m'avoir trop apprécié. Torturé parce qu'il était trop humain pour la mission qu'on lui avait confiée. Notre brève poignée de main sous la table lors de mes seconds Jeux me suit jusque dans mes rêves.
A y réfléchir, même Cray n'était pas cruel par pur plaisir. Il était tordu, il était pervers, mais il n'était pas foncièrement mauvais. Et Purnia aussi, dont j'ignore si elle a survécu.
Cela dit, je ne vois pas en quoi Gale est qualifié pour faire une telle sélection.

- Pourquoi lui plutôt qu'un autre ? Que je sache, il n'a pas été formé pour ça.
- Parce que plus que quiconque, Gale saura déceler quels hommes dépassant régulièrement les limites conservent malgré tout leur intégrité. Il saura reconnaître ses semblables…

Ce n'est pas Haymitch qui a parlé cette fois-ci, mais Peeta.
Il a pris sa douche, ses cheveux blonds sont encore humides et quelques gouttes coulent le long de sa tempe gauche. Il a aussi enfilé une tenue propre et a bien meilleur mine que quelques jours avant. Mais cela ne me touche pas comme ça le devrait.
Me souvenir des limites qu'a dépassé Gale me remplit de rage.

- Je n'ai aucune envie de faire partie d'un pays dont la sécurité sera garantie par des hommes qui pensent que les victimes collatérales sont sacrifiables pour le bien commun. Qui ont été choisi par quelqu'un qui a tué ma sœur.

Je me lève, énervée, et me met à ranger tout ce que j'ai sorti pour le chocolat chaud. Mais mes mains tremblent et le broc m'échappe, se fracassant avec bruit sur le sol, tâchant le sol d'une teinte marron foncée. Je hurle de colère et Peeta accoure pour ramasser en essayant de me calmer :

- Laisse Katniss, je vais le faire, tu vas te blesser.

J'essaye de rassembler tous les morceaux en vitesse mais il me les arrache des mains et je saute sur mes pieds, le corps parcouru par la colère. J'écrase des débris et les envoie aux quatre coins du salon en continuant de crier. Je suis prise d'une vraie crise de nerf et Haymitch se lève pour venir me ceinturer dans ses bras afin de me forcer à me calmer. Mais sans succès.
Je contemple mes dégâts et remarque avec une ironie mordante :

- Nos vies sont en morceaux, comme cette vaisselle, on est pas fichus de se reconstruire. Et Gale est fêté dans le Deux, comme un sauveur ? Il a créé des armes de guerres qui ont tué des enfants ! Ce n'est pas juste !

Mon Mentor ne répond rien et me laisse me débattre. Il a une force étonnante. Je ne lui en veux pas à lui. Là, tout de suite, j'en veux à Peeta et je pointe sur lui un doigt accusateur.

- Et toi tu prends sa défense ! Tu comprends ça ?

Je le vois se lever lentement, une pelle pleine de débris à la main qu'il dirige vers moi dans un geste presque menaçant, les pupilles dilatées.

- Est-ce que j'ai dit que je comprenais ? J'ai juste expliqué pourquoi il avait été choisi. Ça ne veut pas dire que je cautionne ce choix.

Je baisse les bras, vidée de mes forces, tandis qu'il s'en va dans la cuisine. Soudain, la rage m'a quitté, et je m'en veux de m'en être pris à lui, gratuitement, sans réfléchir, comme toujours.
Haymitch me lâche et me conseille :

- Rentre chez toi Katniss, occupe-toi de toi.

Suivre son conseil me coûte, car je ne veux pas laisser Peeta seul.

- Peeta va beaucoup mieux, il est assez grand pour prendre soin de lui.
- Il a raison…

Peeta se tient sur le seuil de sa cuisine, un torchon dans la main. Si lui me chasse aussi, alors je n'ai plus rien à faire ici. Mieux vaut rentrer retrouver Sae, mon chat, et mes cauchemars…
Je rassemble mes affaires disséminées un peu partout et me dirige droit vers la porte, sans un regard pour mes compagnons, un goût amer dans la bouche.

- On peut venir manger chez toi ce soir ?
- Hey ! Pourquoi tu m'inclus dans cette soirée ?
- Parce que vous avez manifestement besoin d'ingurgiter quelque chose de solide pour changer, et Sae fait de la bonne cuisine.
- Ça se tient, je viendrai.

Je ne réagis même pas à leurs projets de s'imposer dans ma maison et rentre chez moi.
Sur le seuil, je croise Sae que j'informe de la venue d'invités ce soir. Elle hoche la tête mais ne cherche pas la conversation. Je monte dans ma chambre, pose mes coudes sur le rebord de la fenêtre et laisse mes pensées vagabonder vers le district Deux, pendant que Buttercup se frotte à mes jambes entre lesquelles il ondule, en quête d'attention que je suis bien incapable de lui donner maintenant.
Je déteste penser à Gale, j'ai l'impression de trahir la mémoire de Prim. En même temps, il m'est trop difficile de le rayer définitivement de ma mémoire. Il est déjà assez dur de le rayer de ma vie. Il a été tellement, et maintenant il n'est plus rien. Je refuse de me dire que la révolte est responsable de cet état de fait. C'est lui qui a eu l'idée de la bombe à double explosion qui a couté la vie de ma sœur et de dizaines d'enfants.
Je sais que cela le fait souffrir. Sa phrase "C'est la seule chose que j'avais pour moi. Le fait d'avoir pris soin de ta famille" hante encore mes nuits. Mais il ne souffre pas autant que moi, puisqu'il a trouvé la force d'accepter un poste prestigieux offert par le Capitole qu'il décriait tant. Je me sens trahie. Et dire que j'ai pensé l'aimer !
Pourtant, l'imaginer dans le Deux, parader et être entouré de femmes me serre le ventre, et ça me rend folle ! Je n'ai pas le droit d'être jalouse, pas pour lui ! Le monde dans lequel nous aurions pu nous aimer n'existe plus, c'est peut-être ça qui me fait le plus mal.

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Et voilà, je n'ai pas menti hein ? C'est plein de détails fastidieux mais que j'ai adoré imaginer. J'espère que vous êtes d'accord avec ma vision des choses, bien évidemment, j'ai hâte de savoir ce que vous en pensez en review.
En ce qui concerne Gale, j'étais toute fière au début de lui trouver cette carrière, et puis en cherchant dans le tome 3 la phrase exacte qu'il prononce, je suis tombé sur le moment où Katniss apprend entre autre qu'il participe au nettoyage des Pacificateurs du Deux. Je suppose que c'est resté dans un coin de ma tête sans le savoir, c'est donc la suite logique des choses pour moi.

Merci à tous ceux qui prennent le temps de me lire, qu'ils reviewent ou non, et j'en profite pour remercier la lectrice Megan Wells qui m'a laissé une très touchante review, et j'espère que tu aimeras ce chapitre !