Me revoilà avec un nouveau chapitre ! Je sais que vous êtes tous impatient x) Au fait, je suis en train de faire une grande crise existentielle par rapport à mon futur boulot (les études ne me paraissent pas mener à quelque chose de concret, je ne sais pas si j'ai encore envie de devenir notaire, je ne sais pas si j'y réussirai...). Pour ceux d'entre vous qui ont un job, qu'est-ce qui vous y a amené ? Avez-vous changé d'études en cours de route ?

Comment est-ce que vous annoncez à vos parents que "ouais, ça fait six ans que j'étudie le droit mais je ne sais même plus si je veux vraiment bosser là-dedans, désolée de vivre à tes crochets" ?

Voilà voilà x)

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Et évidemment... Voici les réponses aux reviews !

Salut Aomine ! Premier à commenter, comme toujours x) Les vidéos sorcières apparaitrons dans le tome 4, mais elles ne seront absolument pas basées sur la technologie du dictaphone x) Pour ce qui est de Drago... Excellente question ! Il voit Tom exactement comme Elisa (pour ce qui ets de son apparence physique) : mais plongé dans une semi-pénombre. Car le Tom que lui évoquent les Détraqueurs, ce n'est pas l'incarnation de son échec. C'est bien son pire souvenir, celui e Tom lui murmurant dans la Chambre des Secrets qu'il n'était rien, qu'il n'était pas aimé, que son père allait l'abandonner... Pour ce qui est du livre du Prince de Sang-Mêlé, par contre, la réponse est toute simple : l'avidité et la curiosité. Elisa a toujours eu un coté Serdaigle, mais depuis qu'elle a été possédée par le journal, c'est plus... affirmée. Elle veut apprendre plus, elle veut connaitre plus, elle veut avoir le contrôle. Le livre du Prince l'y aiderait. Et... Est-ce que ce livre est vraiment utile à l'intrigue ? Harry peut se débrouiller sans, en potions. Et elle est confiante en ses capacités d eprofesseurs, si Harry a un jour besoin d'apprendre des sorts supplémentaires...

Effectivement Rose-Eliade, un secret de cette ampleur finit toujours par exploser au nez de ceux qui veulent le cacher... Mais pour l'instant, Elisa n'a même pas encore lu la lettre ! Ne sois pas pessimiste x)

Yep DreamerInTheSky, avoir qu'un côté de l'histoire, c'est mal. Le problème, c'est que c'est comme ça que se font les premières impressions. Dans le canon, jusqu'à sa cinquième année, Harry n'entend que des choses positives sur sa famille (si on ignore Rogue, ce que fait Harry de toute façon). Dans cet univers, il n'a pas été aussi immergé dans les souvenirs des Potter (il a les Bishop comme famille 'acceuil, il ne se morfond plus chez les Dursley : ça aide). Alors si sa "première impression", c'est la lettre... Ca va être dévastateur. Et tu penses vraiment que Lupin se ferait remarquer pour rééquilibrer la donne ? N'y compte pas trop. Lupin a honte, il a peur, et il s'est donné beaucoup de mal pour rester hors de la vie d'Harry...

Salut BlancheEner ! Ta longue review m'a fait super-plaisir x) Oui, c'est dur d'être une fouineuse xD On compatit avec Elisa ! Sinon, pour ce qui est de Tourmaline : ça avance, ça avance. L'école ouvrira dans le tome 4 ! Pour ce qui est des Maraudeurs... Uh uh uh. Bonne question. J'assume qu'ils étaient entre 6 et 10 garçons, et que les autres se sont arrangés pour rester loiiiin de ces agiteurs, afin de ne pas être dans leur chemin. Je veux dire, tu vois comment ils traitaient Rogue ? Imagine être dans leur dortoir. Tu ne les veux pas comme ennemis...

Merci IceQueen38 ! Aaaah, Dumbledore est dur à écrire, c'est un perso tellement complexe... Il en sait beaucoup, mais en même temps il fait mine de tout ignorer, ou bien d etout savoir, le tout d'un air bienveillant, et sans qu'on sache exactement quelles ficelles il tire et quelle magouille il manigance. Et Elisa est à la fois fascinée, exaspérée, agacée et admirative devant lui. Ce n'est pas un mélange facile ! Et pour ce qui est des Maraudeurs... Le tome est centrée sur eux après tout x) Leur présence va se retrouver en filigrane dans toute l'intrigue... Jusqu'au dénouement final.

Yo Mayoune ! Elisa en cambrioleuse ah ah xD Pour ce qui est de Drago... Il va complètement changer, et c'est assez dur d'amener ça dans la fic : ça prend du temps, etc. Donc voilà. Le côté "paumé" de Drago va être souligné à plusieurs reprises dans ce tome. C'est dans le tome 4 qu'il va commencer à reprendre du poil de la bête x)

Hello Imthebest ! Tu lis dans l'avenir dis donc x) Je ne penses pas que Drago et Harry vont pouvoir devenir amis, mais... avoir une relation neutre, voire cordiale, ce n'est pas impossible. Mais dans un bout de temps. Et si tu as hâte de lire ce que contient l'enveloppe... Garde à l'esprit que c'est un témoignange donné par un mec qui haïssait les Maraudeurs. Donne six ou sept pages blanches à Rogue pour décrire James et Sirius, et franchement, tu auras un truc assez proche de ce que contient cette lettre. C'ets littéralement une bombe à retardement...

Salut SugarBrown ! Oui, il était temps qu'Elisa se remette en question. Elle est tellement focalisée sur son but qu'elle ne prend généralement pas l temps de prendre du recul... Et quand elle le fait, évidemment, c'est une douche froide x) Je suis contente que le passage sur Drago t'ai plu ! Pour ce qui est d'Harry et Elisa et le secret de la lettre... Spoilers x)

Coucou Streema ! Oui, Harry a été officieusement adopté par les Bishop, et il en est sans doute plus heureux x) Et pour ce qui est de la Carte... DING DING DING ! NOUS AVONS UNE GAGNANTE ! Effectivement, bien vu x) Elisa se remet aussi un peu en question. Oh, elle est toujours pleine de méfiance et d'animosité envers Dudu, mais elle commence à réellement le comprendre. Ils auront plusieurs discussions au cours de la fic, tu va voir =D

Woah Maman Bouba, tu as relu les deux tomes précédents ?! Tu savoure, dis donc ! xD Je suis contente que l'évolution d'Elisa te plaise, parfois c'est assez dur de rester réaliste et de ne pas céder à l'envie d'écrire une "power fantasy", où Elisa résoudrait tout d'un coup. Non, elle a bien ses fautes et ses défauts, et ses multiples dérapages... Mais bref. On reverra Malefoy par la suite, et il commencera à aller mieux dans le tome 4 ! Patience !

Yo Elesdei ! L'absence de Dudu au match est une nouvelle divergence au canon. Dans cet univers, Dudu n'est pas allé regarder le Quidditch, il a inspecté le château et surveillé Lupin (puisqu'il est plus sur ses gardes, suite aux remarques d'Elisa). Pour ce qui est de James Potter, c'est compliqué : dans le canon comme dans cet univers, Harry idéalise son père. Le fait que son père soit un héros, soit quelqu'un de bien, c'est un fondement de son univers. Vu que durant toute son enfance les Dursley lui ont dit qu'il était un moins que rien comme son père... Harry doit se gorger des éloges sur James de façon quasi-désespéré. Il est constamment comparé à son père, par tout le monde. Du coup, le fait que James soit un héros, c'est pour lui la preuve qu'il n'est pas minable comme le lui a seriné Pétunia toute sa vie. Le fait que James soit un héros est la preuve que Pétunia avait tort. Alors, quand Hrary réalise que James n'était pas que un héros... Quan il réalise que James a été un gamin gâté, une petite brute, ou qu'il a eu un penchant cruel... Pour Harry, c'est horrible, parce que ça n'attaque pas seulement la mémoire de James : ça détruit aussi son estime de lui-même. Harry est quelqu'un de fragile, bordel de nouille. Voilà. Pour ce qui est de la personnalité de James : non, je ne pense pas qu'il était un crétin fini. Enfin, si : je pense qu'il était un gamin gâté, qui se voulait être un héros mais qui n'avait pas de réel notion du danger ou de la gravité de la situation, et qui avait même un léger penchant pour la cruauté. James n'était pas quelqu'un de mauvais, il voulait sauver des gens, mais... Il était habitué à tout obtenir, à ne jamais être puni, et ce n'est pas exactement sain pour développer un esprit d'adulte responsable.

Contente que ça te plaise Lamésis ! J'espère que tu vas mieux =) Je ne sais pas si je te l'avais déjà dit, mais j'adore ton pseudo, ça me fait penser à "Lachésis", l'une des Moires (les trois divinités qui tissent le fil du destin)...

Hello Dame Auréline ! Oui, j'ai lu ta fic, même si la Famille Adams n'est as ma tasse de thé, j'aime beaucoup l'idée d'un Harry puissant qui renverse tous les scénarios prévus par Dumbledore. Sinon, pour les miroirs... Ah ah, bien vu ! Les acheteurs ne sont pas pas eu courant, mais Gwendolyn tient bien un registre. Quant aux runes au dos de chaque miroir, ce n'est pas par hasard que je les ait nommées. La rune Raidho, qui évoque le moyen de déplacement, peut être modifiée en Berkano, une rune qualifiée de "récepteur passif". Autrement dit, un mouchard. Eh oui, ce n'est pas laissé au hasard ! Quant à tes quatres suggestions...Pour ce qui est des artefact d'Isabelle Bishop, oui, certains seront utilisés. Elisa a déjà pris des couteaux de lancer dans son stock, a utilis éun grimoire plein d emagie noire pour justifier sa connaissance des Horcruxes, etc. Pour les inventions des jumeaux... Les farces et attrapes ne sont pas vraiment le domaine de prédilection d'Elisa. Ils avancent donc parralèlement l'un à l'autre sur le chemin de l'inventivité, plutôt qu'ensemble. Et pour la gestion de l'or de Poudlard : malheureusement Elisa n'est pas consultée sur le sujet, sinon elle aurait des trucs à dire !

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Ca me fait toujours tellement plaisir de recevoir toutes ces review =D Merci tout le monde !

Et maintenant, comme promis... Nous allons parler d'un Poufsouffle, le pitre de la classe, le cancre de sa Maison, j'ai nommé Raashid Hussain !

Raashid Hazim Hussain est Né-Moldu, d'origine relativement modeste. Il a la peau mate et les cheveux noirs frisés, des yeux rieurs, et une énergie inépuisable. Il est de religion musulmane, mais plus ou moins non-pratiquant (il mange halal mais ne prie pas cinq fois par jours, par exemple).

Son père Hazim Hussain est employé dans une entreprise d'informatique, et sa mère Nadia est femme au foyer. Raashid a une sœur de deux ans sa cadette, Samira, qui est Moldue. Sa famille descend d'immigrés Pakistanais, et ils font partie d'une communauté soudée. Cacher la magie de Raashid aux voisins curieux ou pleins de sollicitude n'a pas été facile pour la famille Hussain. Cependant, ils restent une famille unie, et Raashid est particulièrement proche de sa sœur à qui il écrit presque tous les jours.

Raashid est considéré comme le clown de sa classe, même si bien sûr il n'arrive pas à la cheville des jumeaux Weasley. Pourtant, ce n'est pas un fauteur de troubles ! Il est simplement drôle, déjanté, enthousiaste, et toujours prêt à faire le pitre. Tout le monde l'apprécie à Poufsouffle, et il est souvent accueilli à bras ouvert par les autres Maisons (sauf par les Puristes, bien sûr). Il a d'ailleurs des amis de toutes les origines, et quasiment de tous les âges. Il est connu de tout le monde, mais il n'est jamais au centre de l'attention comme les jumeaux Weasley. Il est plus discret, quoique plus astucieux et sensible (et moins porté sur les explosions).

Il a un cœur d'or. Voir des gens tristes lui fait perdre ses moyens, et il se met toujours en quatre pour réconforter et faire rire ses amis. Cela dit, son débit de parole peut s'avérer épuisant… Et c'est la raison pour laquelle Raashid papillonne généralement d'un groupe d'élèves à un autre, sans se fixer trop longtemps. Dès qu'il sent que la patience de ses camarades commence à s'épuiser (ce qui arrive généralement entre la neuvième blague et la sixième connerie), il prend la poudre d'escampette avant que l'ambiance tourne à l'orage !

Plutôt nonchalant et blagueur, même vis-à-vis de truc importants (comme la colère de McGonagall s'il ne fait pas ses devoirs !), Raashid a également une réputation de flemmard. Ce n'est pas complètement vrai, car il écoute toujours les leçons avec attention, répète avec assiduité ses exercices, et participe également au CEM en plus de ses cours normaux. Mais il est vrai que Raashid a une certaine désinvolture envers certaines matières, comme par exemple l'Astronomie ou la Botanique, qui lui semblent être à mourir d'ennui. Il est aussi un peu négligent avec ses devoirs écrits, et il a des problèmes d'orthographe. Cela lui a donné une réputation de cancre, qui est très exagérée… mais qui a un fond de vérité. Raashid est le plus mauvais élève de sa classe. Dans une Maison qui prône le travail acharné, ça fait un peu tâche, et ça inquiète Chourave. Mais ça ne dérange pas Raashid de ne pas avoir de bonnes notes, surtout si ses camarades lui donnent un coup de main afin de rester à flot quand les leçons se font difficile. Au lieu de travailler d'arrache-pied, il préfère de loin faire des jeux de mots stupides pour faire rire les filles qui ont l'air déprimées, ou squatter le club de football des Gryffondor.

Raashid est également passionné de musique, et son plus grand drame est le fait que son walkman moldu ne fonctionne pas à Poudlard. Il est donc souvent en train de fredonner, taper des doigts en rythme sur son bureau, ou battre du pied comme pour donner le tempo à une musique inaudible. Chourave a interdit la radio dans la salle commune afin d'éviter les disputes d'élèves qui ne voudrait pas écouter les mêmes stations : et à chaque fois que la directrice de Maison passe chez les Poufsouffle, Raashid ramène le sujet sur le tapis.

Raashid n'a pas de meilleur ami particulier, même s'il préfère la compagnie des gens les plus énergiques de sa classe. Il est plus proche de Cédric Diggory que d'Elisabeth Bishop, qui a toujours la tête dans une demi-douzaine de projets. Il est ami avec Lee Jordan (qui est Né-Moldu et qui a donc les mêmes références que lui) et, dans une moindre mesure, avec les jumeaux Weasley : mais il est surtout proche des autres Poufsouffle.

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Et voilà ! Je regrette de ne pas vous en avoir parlé plus tôt, de Raashid, il est marrant. Il a une EXCELLENTE ligne de dialogue quelque part dans cette fic vers la fin je pense). Bref, je l'aime bien. D'ailleurs, info inédite : Trisha a un faible pour lui. Bon, elle a aussi un faible pour Lee Jordan, mais voilà x)

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Et maintenant... Le chapitre !

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Un plan de parrainage

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Elisa glissa la lettre de Neal au fond de son coffre et décida de l'ignorer jusqu'à la rentrée. Après tout, elle tenait à profiter de ses vacances.

Noël n'était pas une grosse fête chez les Bishop. Ils s'échangeaient leurs cadeaux, mangeaient un énorme gâteau au chocolat, discutaient de tout et de rien jusqu'à minuit passé, et observaient les étoiles. Le lendemain, dans sa chambre, Elisa déballait les cadeaux que lui avaient envoyés ses amis. Les Serpentard lui envoyaient toujours des trucs sur le thème des serpents, et cette année ne fut guère différente. Trisha mettait à point d'honneur à lui envoyer chaque année une des friandises inédites de la confiserie Buttermere. Les autres étaient plus inventifs. Par exemple, le Trio d'Or lui avait fait un cadeau commun, et lui avait envoyé des gants de protection pour qu'elle ne se blesse pas durant ses expériences.

Hermione avait aussi joint au cadeau une liasse de dix pages remplies d'observation sur les elfes de maison. Leur culture, leur éducation, leurs liens familiaux, le dévouement qu'ils avaient pour leurs maîtres. Elisa songea distraitement qu'elle pourrait écrire un traité là-dessus. Beaucoup de gens considéreraient les elfes d'un œil neuf… Les sorciers tendaient vraiment à voir ces pauvres créatures comme des meubles, alors si un traité sur leur culture, leur vie, leur identité était publié, les gens seraient forcés de voir les elfes comme des êtres, non comme des commodités.

Yep, c'était une excellente idée. Il faudrait qu'elle en discute avec Hermione.

Les vacances semblèrent passer à toute allure. Elisa avait heureusement terminé ses devoirs, et elle consacra à majeure partie de son temps libre à bosser sur le sortilège qu'elle mettait au point. Contrairement au Sortilège d'Eau (le bon vieux Agaumenti qui faisait apparaitre un jet d'eau dont la puissance allait de celle d'un robinet à celle d'une lance à incendie), le Sortilège d'Eau Suspendue qu'elle était en train d'achever produisait un flux constant, mais qui restait en suspension dans l'air, comme s'il n'y avait aucune gravité. Et une fois qu'on avait obtenu une grosse balle de liquide flottant dans les airs, un autre sortilège (qu'Elisa avait également inventé) permettait de sculpter l'eau. Elisa pouvait ainsi faire apparaitre un chat qui courait après sa queue, des oiseaux qui volaient, un serpent qui s'entortillait sur lui-même, et même une silhouette humaine à qui elle fit exécuter une pirouette.

Seul bémol : ces sculptures liquides étaient fragiles. Au moindre impact contre un obstacle (qu'il s'agisse d'un mur, de l'angle d'un meuble, ou même d'une racine au sol), la sculpture s'effondrait. Toute l'eau s'écrasait par terre avec un gros SPLOCH, et Elisa devait recommencer depuis le début.

Mais bon. Le but assigné par Flitwick n'était pas de créer une arme de guerre, c'était de modeler l'élément liquide. Et sur ce point, Elisa avait parfaitement réussi.

A la rentrée (après un réveillon plutôt paisible, contemplant les étoiles avec sa mère), Elisa reprit donc le Poudlard Express l'esprit tranquille. Si elle avait réussi à créer non pas un, mais deux sorts en quinze jours seulement, alors le reste de l'année serait du gâteau.

– Bishop.

Elisa se retourna. Elle venait de faire ses adieux à sa mère (qui ne s'attardait jamais sur le quai, angoissée par la foule), et de grimper dans le train. Trainant son coffre à roulettes derrière elle et tenant le panier de son chat sous le bras, elle occupait presque toute la largeur du couloir, et elle se tordit le cou pour regarder derrière elle sans avoir à se retourner.

Oh. Malefoy. Merveilleux.

– Bonne année Malefoy, fit-elle d'un ton léger. Tu as passé de bonnes vacances ?

Le Serpentard ouvrit la bouche, puis la referma. Elisa eut la nette impression qu'il s'était attendu à plus d'hostilité de sa part, étant donné leur dernière conversation. Cela dit, Elisa ne voyait pas pourquoi il était surpris. Elle lui avait envoyé un paquet de bonbons pour Noël, comme pour toutes ses connaissances.

– Oui, finit par dire Malefoy avec raideur. Merci pour le paquet.

Puis, après une hésitation :

– Ma cousine te dit bonjour.

Elisa se prit les pieds par terre et faillit en lâcher le panier de son chat. Puis un énorme sourire lui fendit le visage :

– Tu as rencontré Tonks ?!

Drago eut immédiatement l'air très constipé, et c'était toute la réponse dont Elisa avait besoin. Drago Malefoy, Serpentard puriste et péteux, rencontrant Nymphadora Tonks ! Elle aurait donné sa main droite pour assister à l'évènement !

Du coup Elisa traîna Malefoy avec elle dans le compartiment vide où elle s'installa, l'assit presque de force sur la banquette, et insista pour qu'il lui raconte tout. Le jeune Serpentard râla et protesta, mais Elisa ne manqua pas de remarquer qu'il se laissait faire. Il était d'accord pour se socialiser avec la Poufsouffle et discuter comme un être civilisé : il n'avait juste aucune idée de comment être aimable en le faisant.

Il n'empêche que Malefoy lui raconta l'histoire d'un air pincé, mais sans son arrogance passée. Apparemment, sa mère avait repris contact avec sa sœur Andromeda plusieurs mois plus tôt. Et elle n'avait pas simplement écrit des lettres ! Narcissa ayant repris le nom de Black, elle était désormais régente du patrimoine des Black jusqu'à ce qu'un héritier mâle en revendique la possession. Elisa apprit au passage que oui, Narcissa et son fils vivaient désormais à Square Grimmauld… Et que l'endroit avait été rénové de fond en comble durant l'automne. Bref : l'une des premières choses que Narcissa avait faite avait été de réinstaller Andromeda dans la famille. Du coup, les Black-Malefoy et les Black-Tonks avaient passé Noël ensemble.

– Il n'y a rien de plus important que la famille pour les Black, déclara Malefoy avec fierté.

Et cette famille était si réduite, à présent. Elisa hocha la tête, et ne put s'empêcher de demander :

– Et ton père ? Qu'est-ce qu'il en pense ?

– Il s'en remettra, lâcha froidement Malefoy. Nymphadora est ma cousine, elle a autant de droit que lui de faire partie de ma famille.

Il ne dit pas : voire plus, parce qu'elle n'a pas failli me tuer, elle ! Mais les mots étaient clairement sous-entendus. Il y eut un bref silence. Elisa et Drago faisaient partie des seules personnes à savoir qui avait permis au journal de Jedusor d'entrer à Poudlard. Oh, Elisa n'avait pas de preuve, mais la façon dont Lucius s'était plié sans protester à la rage de sa femme en disait long sur sa culpabilité.

Drago finit par se racler la gorge. Il essaya de prendre l'air détaché, échoua lamentablement, et finit par déclarer avec un feinte indifférence :

– J'ai réfléchi à ta proposition. Je pense que ce n'est pas une mauvaise idée.

Maintenant qu'il avait découvert qu'il avait une cousine Poufsouffle et Sang-Mêlé, il ne considérait plus qu'appartenir à ces deux catégories était dégradante. Enfin, si, il considérait sans doute toujours que ces gens étaient inférieurs, puisqu'il se voyait sans doute lui-même comme un être supérieur… Mais il acceptait désormais qu'il puisse parfois y avoir des exceptions. Comme Tonks, qui était sa cousine. Ou comme Elisa Bishop, parce qu'elle était le Magister, parce qu'elle était quelqu'un.

La jeune fille réprima un rictus. Elle ne se faisait pas d'illusion. Même s'il avait beaucoup changé, Drago Malefoy demeurait quelqu'un de profondément égoïste. Il fallait qu'il soit personnellement affecté par quelque chose pour réévaluer ses préjudices. Ce n'était pas le genre de truc qu'il ferait de manière altruiste et désintéressée.

Mais bon, si Drago Malefoy faisait un effort pour être de son côté, Elisa n'allait pas cracher dessus. Ce gamin avait toujours du pouvoir sur les Puristes, et la jeune fille avait besoin d'avoir autant de monde que possible dans son camp. Et, en bonus, Drago Malefoy habitait désormais à Square Grimmauld.

Si Elisa voulait un jour mettre la main sur le médaillon de Serpentard, elle avait absolument besoin d'avoir Malefoy dans sa poche.

– C'est bon à savoir, répondit-elle aimablement en s'appuyant contre son dossier. Alors, comment va Tonks ?

Et ils se mirent donc à discuter. Comme ça, tout simplement, glanant quelques informations l'un sur l'autre, comme deux personnes qui viennent de faire connaissance. Il ne fallait pas beaucoup pousser Malefoy pour qu'il parle de lui-même. Elisa apprit donc assez rapidement que les Potions et les Sortilèges étaient ses deux matières préférées, qu'il pensait à quitter l'équipe de Quidditch l'année prochaine, qu'il avait demandé un serpent pour Noël mais n'avait reçu que des vêtements de luxe, que Tonks lui avait montré deux sorts de feux d'artifice géniaux, qu'elle était Auror, que Square Grimmauld avait été repeint du sol au plafond et que Drago dormait dans l'ancienne chambre de Sirius, que lui et Tonks avaient failli se faire étrangler par de vieilles robes en explorant le grenier…

Drago Malefoy avait changé, après l'épisode de la Chambre, certes. Mais il restait toujours un gamin arrogant et vantard, centré sur lui-même, et geignard. Il n'y avait que lui qui pouvait se plaindre d'avoir reçu une cape en soie d'Acromentule pour Noël ! Cela dit, il était moins provocateur, moins agressif. Plus humble, plus réfléchi. Et il semblait réellement aimer sa famille. Il évitait de parler de Lucius et n'avait pas donné d'opinion sur Ted Tonks ou Andromeda, mais il adorait sa mère, et apparemment Nymphadora était devenu son héroïne personnelle. Une cousine plus âgée de lui, duelliste d'élite, avec beaucoup d'humour et un goût vestimentaire qui aurait fait hurler Lucius ! Il était en admiration. C'était presque mignon. Et honnêtement, Elisa approuvait à 100%. Peut-être que le petit Malefoy se décoincerait, à force de fréquenter Tonks.

– Tu sais qu'elle déteste qu'on l'appelle Nymphadora, pas vrai ? vérifia-t-elle avec amusement après que Drago ait désigné sa cousine par son prénom pour la énième fois.

Malefoy esquissa un sourire faussement innocent qui lui conférait une ressemblance frappante avec les jumeaux Weasley. Elisa eut une sorte de choc.

– Vraiment ? fit innocemment le Serpentard. Je n'avais pas remarqué. C'est pourtant un nom remarquable.

– C'est le moins qu'on puisse dire, ricana Elisa.

Elle n'avait jamais envisagé que Drago Malefoy puisse être taquin. C'était… Assez étrange, mais bienvenu. Quand il oubliait d'être méprisant, Drago était nettement plus agréable à fréquenter.

Il commençait à y avoir pas mal de monde sur le quai, et de plus en plus d'élèves qui embarquaient à bord du train et parcouraient les couloirs à la recherche de compartiments. Malefoy finit donc par prendre congé (avec une politesse impeccable), retournant à son compartiment pour y attendre le reste de ses amis.

A peine deux minutes plus tard, la porte du compartiment d'Elisa s'ouvrit, et la Préfète Cécile Engelhorn passa la tête dans l'entrebâillement :

– Eh, Magister, je rêve ou c'est Drago Malefoy qui vient de sortir d'ici ?

– Il était étonnamment tolérable, se défendit Elisa.

– Même les plus affreux connards sont tolérables quand ils sont coincés dans un espace clos avec toi, riposta la Préfète. T'as une réputation, je te rappelle.

Pour avoir crié sur Dumbledore, yep. Oh, et pour avoir inventé et commercialisé les Glisseurs, qui étaient très populaires. Et pour parce qu'elle avait aussi une réputation de caïd en duel, suite à sa victoire contre Warrington et Flint deux ans plus tôt, et grâce aux rumeurs sur le Challenge.

– Pourquoi Malefoy a soudain décidé de faire ami-ami avec toi ? s'enquit Cécile en s'appuyant dans l'embrasure de la porte.

Elisa lui jeta un regard soupçonneux :

– Tu cherches un potin juteux ?

Cécile haussa les épaules :

– Tu sais bien que je n'irais pas le répéter aux quatre coins du château.

C'était vrai. Cécile préférait collectionner les histoires farfelues et en déduire des théories tout aussi tirées par les cheveux. La Préfète de Poufsouffle était indubitablement quelqu'un de bizarre. Jolie et sensuelle (selon les garçons, du moins), mais complètement frappée. Mais bon, Elisa n'allait pas s'en plaindre. C'était sans doute parce qu'elle-même ne rentrait pas vraiment dans le moule que Cécile avait pris Elisa sous son aile quand la gamine avait eu besoin d'avoir une Préfète comme alliée.

– Il a découvert que sa cousine était une Poufsouffle de Sang-Mêlé, céda Elisa. Et du coup, il commence à penser que ses préjugés étaient peut-être un peu surfaits…

– … Et qu'être pote avec le Magister ne serait pas si mal ? acheva Cécile.

– Quelque chose comme ça, soupira sa cadette. M'enfin, du coup il fait un effort, je fais un effort, et si ça me permet d'enterrer la hache de guerre avec les Puristes, c'est tant mieux.

Cécile lui lança un regard dubitatif, mais Elisa ne cilla pas. Oui, elle savait que Malefoy était un bigot et que les Puristes n'étaient pas dignes de confiance, mais Malefoy avait une Dette envers elle. Et, mieux encore, Malefoy avait changé. Il osait défier son père. Il sympathisait avec Nymphadora Tonks ! Alors c'était une chance qu'Elisa était prête à saisir.

– Fais comme tu veux, finit par dire Cécile. Je dois aller à la réunion des Préfets, mais je t'envoie Diggory si je le croise.

– Merci ! lui lança Elisa tandis que la Préfète s'en allait d'un pas guilleret.

Elle hésita à aller à la recherche de ses amis, mais décida que puisque ses affaires étaient déjà installées et qu'elle était arrivée en avance, il serait plus simple pour elle d'attendre que ses amis la trouvent. Elle sortit donc un de ses carnets de schémas, et se remit à plancher sur son idée d'un dictaphone sorcier.

Il ne fallut pas longtemps avant que le train ne se remplisse. Tracey passa lui dire bonjour, puis rejoignit ses amies. Luna passa également, avant de partir à la recherche des jumelles Carrow : puis ce fut Sun-Min et Edgard, qui virent saluer Elisa avant de partir en quête de Ginny (ils avaient apparemment adoptés la petite Weasley). Plusieurs Poufsouffle de première année virent timidement lui souhaiter une bonne année, dont Astoria Greengrass et Ambre Kwebena. Elles ne faisaient pas partie du CEM, et Elisa les voyait donc moins souvent que les autres, alors elle en profita également pour rattraper le temps perdu :

– Vous vous en sortez bien, avec vos cours ?

– Oui, c'est génial ! s'enthousiasma Ambre. Tes conseils m'ont vachement aidé. Et puis Astoria a des amis dans d'autres Maisons, et on s'échange des notes si on a du mal avec nos devoirs !

– Ce sont tes amis aussi, pointa Astoria.

Mais la petite métisse Née-Moldue fronça le nez :

– Amélia Selwyn et les jumeaux Faucett, d'accord, mais Matthew Debbs est un snob.

–Il est juste timide. Je te jure qu'il n'est pas snob, et je le connais depuis que j'ai six ans !

Elisa se souvenait que les jumeaux Faucett étaient à Gryffondor et Serpentard, et qu'Amélia Selwyn était à Serdaigle, mais il lui fallut un moment pour se souvenir que Matthew Debbs était un petit Serpentard de sang pur. La seule raison pour laquelle ce nom lui était familier était que Matthew faisait partie des personnes qui participaient à son trafic de livres : il lui empruntait régulièrement des bouquins Moldus de fiction.

– Matthew a l'air correct, déclara-t-elle pensivement. Il aime beaucoup les livres Moldus. Je crois qu'il est en train de terminerl'histoire de Narnia.

Ambre marqua une pause.

– Ah bon ? Bah, peut-être qu'il n'est pas si terrible alors…

Elisa retint un sourire. Puis elle fronça les sourcils, pensive. C'était bien, de jouer les arbitres et de réguler les conflits et les problèmes des plus jeunes, mais… Elle ne le faisait pas assez souvent. Elle n'avait pas l'occasion de le faire souvent, en fait : entre ses inventions, sa correspondance avec Gwendolyn pour B&B et avec Lester pour Tourmaline, ses cours, ses devoirs, ses entraînements… Elle passait de moins en moins de temps à s'occuper des plus jeunes. Elle s'en était déjà fait la réflexion durant les vacances : elle ne les connaissait généralement pas assez pour leur offrir un cadeau personnalisé.

Pour l'instant, elle arrivait quand même à gérer. Mais que se passerait-il quand elle passerait ses ASPICS ? Et quand elle quitterait Poudlard ?

Oh Merlin, réalisa-t-elle. Je dois préparer la relève. Je dois préparer ma succession ! Je me sens vieille, tout d'un coup.

Elle décida de remettre ça à plus tard. Comme la lecture du témoignage de Neal. Comme ses recherches pour capturer Pettigrew, qu'elle avait complètement laissées de côté. Elle était sûre que Sirius réussirait à le choper, de toute façon, alors elle ne s'en faisait pas trop pour ça.

Ambre et Astoria finirent par s'en aller, et peu de temps après, le train démarra. Elisa se replongea dans son projet de dictaphone sorcier. En fait, il lui serait carrément plus simple de créer une sorte de MP3, sur lequel on pourrait enregistrer plusieurs bandes-son, qu'on pourrait lire ou effacer à volonté… Douce Circée ! Elle allait avoir besoin d'utiliser une quantité phénoménale de sorts pour faire ça. Et est-ce que ça attirerait la clientèle ? Les sorciers se contentaient souvent de la radio, ou des boites à musiques enchantées classiques.

– Salut, Magister !

Elisa leva la tête. Trisha, Adrian Pucey et Terence Higgs lui adressèrent un identique sourire moqueur. L'absence de Cédric et d'Heather était normale, puisqu'ils étaient avec les Préfets, mais…

– Tabitha n'est pas avec vous ? s'étonna-t-elle.

– Elle est avec son petit-copain ! claironna Trisha tandis que le trio de nouveaux-venus prenait place dans le compartiment. Et devine qui c'est… Aaron Woodbridge, de Serdaigle !

Elisa haussa les sourcils. C'était inattendu. Tabitha et Aaron étaient tous les deux du genre réservé, souvent dans l'ombre de leurs camarades. Aaron était ami avec Takashi, par exemple, mais il était toujours éclipsé par le Japonais surdoué. Et Tabitha se faisait toujours très discrète, restant dans l'ombre d'Heather ou de Terence, et évitant la confrontation avec les Puristes de sa Maison.

Elisa se demandait bien à quel moment ils avaient commencé à discuter. Et à quel moment ils avaient commencé à avoir des sentiments romantiques. Et comment est-ce qu'elle avait pu manquer ça, aussi. Bon, elle savait qu'elle n'était pas très observatrice, mais quand même ! Elle voyait ces gens tous les jours !

– Et je maintiens qu'elle aurait pu faire mieux, marmonna Adrian.

– Aaron est très gentil, rétorqua loyalement Elisa. Il a protégé Luna quand elle se faisait harceler en début d'année, et il aide toujours les autres au CEM.

– Il est super-timide et une fois sur trois ses sorts finissent en catastrophe ! grogna le Serpentard.

Certes.

– Comment c'est arrivé ? fit Elisa pour faire diversion.

– Oh, ils ont commencé à vraiment discuter en novembre, l'informa Trisha. Et puis ils se sont mis à bosser ensemble pour leurs leçons du CEM et à la bibliothèque… Et au Challenge de décembre, tu n'étais pas là, mais ils se sont mis en équipe et ils s'en sont plutôt bien sortis ! Et ils avaient prévus de se voir durant les vacances. J'imagine qu'Aaron a dû avouer ses sentiments à ce moment-là !

– Il n'aurait pas eu le cran, fit Adrian avec dédain. C'est Tabitha qui a dû le mettre au pied du mur.

Terence lui lança un regard désapprobateur :

– Arrête de faire ta tête de troll. On dirait un grand frère surprotecteur. Aaron est quelqu'un de correct et il tient à Tabitha, sois content pour elle !

Adrian se renfrogna, mais cessa de marmonner et de se plaindre. Au fond, il n'avait rien contre Aaron. Il était juste tellement habitué à être le leader et le protecteur de ses amis que ça l'angoissait, de les voir s'éloigner de lui. C'était un sentiment qu'Elisa pouvait comprendre.

– Comment se sont passées vos vacances ? claironna-t-elle pour changer de sujet.

L'année 1994 avait à peine commencé. Bientôt, Elisa devrait gérer les BUSES, la pression de ses pairs angoissés, le stress de l'ouverture imminente de Tourmaline, et tout ça c'était sans mentionner le Tournoi des Trois Sorciers qui approchait à grands pas, ou la lettre de Neal qui semblait peser une tonne au fond de sa poche, ou encore ses inquiétudes quant à ce qu'il adviendrait de Poudlard une fois qu'elle serait partie. Alors, pour l'instant, elle voulait uniquement parler de trucs stupides et légers, comme le déroulement de leurs vacances ou la vie amoureuse de leurs camarades.

Il y aurait bien assez de temps plus tard pour les sujets sérieux.

oOoOoOo

Dès qu'elle fut rentrée à Poudlard, Elisa réalisa qu'un autre élément du canon avait changé : Harry n'avait pas reçu d'Eclair de Feu anonyme. Cela dit, c'était un changement qui ne surprenait pas Elisa. Si Narcissa Black avait obtenu le rôle de régente du patrimoine des Black, le retrait de Sirius à la banque n'avait sans doute pas été autorisé.

Mais Harry avait bien un Eclair de Feu, parce qu'il s'en était acheté un. Il avait pris sa plus belle plume et écrit à l'inventeur, en s'enquérant du prix et en demandant si une livraison à Poudlard était possible dans les plus brefs délais… Et il avait déboursé sans flancher les quatre-mille Gallions nécessaires. C'était dix fois le prix d'un MagicoGlisseur ou d'un balai normal, tout de même ! Elisa en avait le tournis rien que d'y penser.

– Dubois s'est mis à pleurer quand je lui ai dit, confia Harry à la Poufsouffle avec un sourire ravi. J'ai hâte de voir la tête des Serdaigle quand on jouera contre eux !

– J'encouragerai Gryffondor, s'amusa Elisa. Qu'est-ce qui t'as poussé à acheter ce balai ?

Harry haussa les épaules :

– Bah, j'ai repensé à l'Eclair de Feu, et je me suis dit que ça ne coûtais rien de demander. Au départ, j'avais peur de passer pour un idiot et d'écrire n'importe quoi, mais… J'ai écrit à Gringotts pour savoir combien j'avais dans mon coffre, j'ai fait les calculs comme Gwendolyn me l'a montré pour savoir si j'aurais assez, et j'ai décidé que ça en valais le coup. Alors j'ai écrit à l'inventeur, en utilisant toutes les formules de politesses que ta mère m'a apprises. Et ça a marché !

Elisa essaya de se rappeler si, dans le canon, quelqu'un avait appris à Harry comment rédiger un courrier. Si quelqu'un lui avait appris comment envoyer une commande par hibou postal. Si quelqu'un lui avait dit qu'il pouvait écrire à Gringotts, qu'il pouvait utiliser son or comme bon lui semblait. Rien n'était moins sûr… Et c'était encore une divergence du canon. Harry était plus autonome, plus confiant. Il savait gérer ses finances. Et surtout, il pensait qu'il méritait d'être heureux. Même s'il ne s'agissait que d'acheter un balai, c'était déjà bien davantage que ce qu'aurais fait le Harry de l'intrigue canon.

– C'était brillant, lui dit-elle avec sincérité. Et tu mérites ce balai. Je suis sûr que tu es génial dessus.

Le visage du Gryffondor s'illumina si fort qu'elle en fut presque éblouie.

Les cours reprirent, et avec eux revinrent les devoirs. La charge de travail avait augmenté, et Elisa peinait à comprendre les leçons de Métamorphose… Mais elle pouvait se consoler avec les cours de Sortilèges. Non seulement elle maîtrisait enfin les informulés, mais en plus Flitwick avait adoré son sortilège d'Aguasitus, qui faisait apparaitre de l'eau immobile. Les jumeaux Weasley aussi avaient adoré ce sort : pour eux, c'était une chance inespérée de faire flotter de grosses boules d'eau au-dessus des portes, et de relâcher le sort dès que quelqu'un entrait dans la pièce pour que leur malheureuse victime se retrouve trempée de la tête aux pieds. Ils insistèrent tellement pour apprendre cet enchantement qu'Elisa finit par le leur enseigner, mais il se passerait bien plusieurs semaines avant qu'ils ne le maîtrisent. C'était un sort de sixième année, quand même.

Elisa eut cependant l'occasion de bien frimer avec ce sort durant le Challenge. Apparemment, l'amour d'Helen pour le duel traditionnel avait vaincu son envie d'attirer les élèves avec le défi des combats en équipe, et les matchs individuels étaient à nouveau au goût du jour. Elisa ne s'était pas beaucoup entraînée au duel… Mais avec la pléthore de sorts nouveaux qu'elle avait dans sa manche, elle pouvait au moins donner un bon spectacle.

Aguamenti ! cria-t-elle en pointant son arme sur son adversaire.

Son opposante pour la première manche, une Serdaigle nommée Hazel Kirby, poussa un cri quand l'eau jaillit de la baguette d'Elisa avec la force d'une lance à incendie, la faisant reculer de plusieurs mètres puis tomber par terre. Un Glacius puis un Expelliarmus finirent de l'immobiliser et de la désarmer.

Le deuxième match fut plus ardu : elle faisait face à Adrian Pucey, et il était doué. Mais Elisa maitrisait plusieurs sorts qui échappaient à ses camarades. Finalement, elle utilisa le Flashbang au moment opportun et, ébloui, Adrian la manqua complètement avec son sort de Stupéfixion. Elisa n'étant pas privée de la vue, elle n'eut aucun mal à lui balancer un Incarcerem que le Serpentard n'eut pas le temps de parer.

Ce fut cependant seulement en demi-finale qu'elle eut l'occasion d'étaler ses derniers travaux à la vue de tous. Oh, les sorts qu'elle avait créés cet hiver n'étaient pas dangereux : mais ils étaient spectaculaires, si on faisait un effort. Et surprendre l'adversaire, c'était déjà s'assurer à moitié la victoire.

Aguasitus ! fit-elle en pointant sa baguette vers Rhonda.

Une grosse boule d'eau sortit de sa baguette, grossissant comme une bulle de chewing-gum surdimensionnée. Elisa chercha à l'envoyer contre Rhonda, comme un jokari : mais sa camarade de Poufsouffle était plus vive et agile qu'elle, et elle l'esquiva sans mal. Qu'importait : c'était surtout pour gagner du temps. Quand, quelques secondes plus tard, la boule d'eau eut atteint plus d'un mètre de diamètre, Elisa changea de tactique :

Menti Effinxi !

Le Sortilège de Modelage se basait sur l'imagination visuelle de celui qui le lançait. C'était pour ça qu'Elisa arrivait à faire des chats ou des oiseaux, mais que les chiens lui posaient problème : elle n'avait pas vu assez de chiens pour imaginer correctement leurs mouvements.

Cela dit, l'image était si profondément gravée dans son esprit qu'elle n'eut aucun mal à modeler un Sombral.

La boule d'eau se tordit sur elle-même, se transformant en un instant en une créature squelettique entièrement faite de liquide. Même ceux qui ne savaient pas ce qu'étaient les Sombrals poussèrent des exclamations effarées en voyant la créature sinistre apparaitre. Puis Elisa pointa sa baguette sur Rhonda, et le Sombral fut comme catapultée vers elle.

Stupéfix ! cria Rhonda. Impediementa !

Les sorts passaient à travers l'eau sans le moindre effet. Après tout, il n'y avait personne à stupéfixier. Le Sombral accéléra, puis s'écrasa sur Rhonda… et la trempa de la tête aux pieds, sa forme ayant éclaté comme une bombe à eau. La Poufsouffle, qui avait levé les bras d'un geste instinctif pour se protéger, cligna des yeux avec ahurissement.

Expelliarmus, sourit Elisa d'un air ravi.

Elle attrapa au vol la baguette de Rhonda, et fit une courbette exagérée :

– Et on dirait que je reprends ma place de finaliste.

Le public éclata en acclamations. Et si Elisa se fit botter les fesses dix minutes plus tard par Helen, eh bien… Cela n'allait quand même pas ternir sa joie. Elle adorait la victoire.

– Ce n'est pas un sort très utile en combat, remarqua Helen un peu plus tard.

– Ce n'est pas un sort de duel, acquiesça Elisa. Il peut être utilisé pour bluffer, mais c'est surtout un truc utile pour le spectacle ou l'art.

Flitwick avait repensé à cette histoire de club de Sortilèges. Plusieurs élèves s'étaient montrés intéressés, et le petit professeur pensait pouvoir créer cette organisation pour l'année prochaine. Lors du dernier cours qu'Elisa avait eu avec lui, il avait suggéré que les membres du club donnent un spectacle à la fin de l'année. Le Sortilège d'Effinxi pourrait avoir des résultats spectaculaires. Faire apparaitre des danseurs, des animaux exotiques, colorer l'eau pour jouer avec les formes et les couleurs…

– Entre ça et le Flashbang, tu as définitivement un faible pour les effets spéciaux ! plaisanta Trisha.

– Les effets spéciaux ? répéta Helen qui était une Sang-Pure et n'avait jamais été exposée à la culture cinématographique de sa vie.

– L'art de rendre un truc plus impressionnant qu'il ne l'est en réalité, expliqua Trisha avec amusement. Tu sais, la prochaine fois que tu passes sur le Chemin de Traverse, fais-moi penser à te parler de Jurassic Park.

– Je me demande si mon Patronus pourra être un vélociraptor, réfléchit Terence Higgs d'un air rêveur.

– Il faudrait déjà que tu produises un Patronus ! se moqua Heather Thatcham.

– Eh, t'es pas plus avancée que moi !

Plusieurs personnes avaient réussi à produire un Patronus lorsque les Détraqueurs avaient attaqué le stade de Quidditch, mais depuis, peu de progrès avaient été faits. Aucun des Serpentard n'avait produit plus qu'un bouclier de brume argentée. Lee Jordan avait réussi à produire en Patronus en forme de tarentule pendant les vacances de Noël, à la grande horreur de Ron (et au grand amusement des jumeaux), mais c'était tout. Néanmoins, puisqu'à présent tout le monde connaissait les instructions nécessaires pour lancer (ou tenter de lancer) un Patronus, Elisa n'avait plus à donner de leçons. C'était un répit bienvenu.

Elle pouvait se consacrer à d'autres sujets. Flitwick lui faisait apprendre le Charme de Bulle de Silence, un sort qui créait une barrière empêchant les sons de passer. Cela permettait d'avoir une conversation sans être entendu, par exemple. Mais Elisa travaillait aussi sur ses propres projets : le dictaphone sorcier, le vol de la Carte et du livre du Prince (pour ça, elle faisait toujours chou blanc), et l'invention de nouveaux sorts. En ce moment, elle jouait avec l'idée de combiner un dessin de runes avec un Sortilège Explosif, pour créer une sorte de bombe à retardement version sorcière. Elle ne comptait pas utiliser ce genre de truc mais… Ça pourrait toujours être utile.

Elle réfléchissait aussi à des projets moins destructeurs. Plus particulièrement : l'organisation de sa succession. C'était un truc qui pourrait même être utile dès maintenant ! Parce que même si elle prenait souvent des élèves plus jeunes sous son aile, elle passait tellement de temps à bosser ou s'occuper de ses projets qu'elle n'avait tout simplement pas le temps de vraiment bien les connaitre. Elle disait bonjour aux petits nouveaux, apprenait leurs noms, essayait de savoir s'ils avaient des problèmes particuliers, leur donnait un coup de main dès qu'ils étaient perdus dans leurs devoirs (ou dans les couloirs de l'école, ça arrivait)… Mais ça se limitait à ça.

Elle aurait voulu faire davantage, mais elle n'avait pas le temps. Il était donc grand temps de préparer une solution alternative. Une sorte de réseau souterrain de gens pour s'occuper des élèves.

C'était techniquement le travail des profs, mais il fallait se rendre à la raison : ils étaient nuls. McGonagall ne savait même pas qu'Harry s'était plus ou moins enfui de chez lui depuis trois ans ! Et Rogue avait zéro contrôle sur les Puristes, parce qu'il n'était pas de sang pur. Il était obligé de faire appel à Dumbledore s'il voulait vraiment agir, et le directeur avait généralement autre chose à faire du son temps.

Du coup, Elisa se mit à réfléchir à la question. Il fallait connaitre tous les nouveaux élèves, cerner leurs difficultés, être prêts à les aider quand ils étaient dans une impasse… Et c'était déjà vaste. Il pouvait s'agir de problèmes de devoirs comme de problèmes de famille. Par exemple, elle savait qu'Edgar Whistler et Hope Riley, deux élèves de Poufsouffle, avaient des vies de famille troublées. Ils n'en parlaient pas et elle ne les pressait pas : mais elle était au moins au courant (ce qui était sans doute plus qu'on ne pouvait en dire des profs), et elle leur faisait régulièrement savoir qu'ils pouvaient compter sur elle en cas de problème. Il fallait être attentif, être à l'écoute, se tenir au courant… Et avoir les moyens d'agir si nécessaire.

Au bout d'une semaine, elle évoqua le sujet devant Trisha et Cédric, un après-midi où ils faisaient leurs devoirs sur une des tables de la salle commune. Elle réfléchissait mieux en discutant. Aussitôt, Cédric proposa :

– Tu pourrais déléguer ça aux Préfets. C'est déjà un peu notre travail…

Mais Trisha secoua vivement la tête :

– Mauvaise idée ! Tu es une exception, Cédric, mais les Préfets ne sont pas toujours vus de manière positive par les élèves. Ils retirent des points, ils donnent des retenues… Ils n'ont pas vraiment le temps d'être une oreille attentive. Et puis, ils sont choisis par les profs, et ça se voit. Ils sont sélectionnés pour leur autorité, pas sur leur capacité à prêter une oreille attentive aux plus petits.

Cédric grimaça, mais hocha la tête :

– Je vois ce que tu veux dire. Ce qu'il faudrait, c'est que chaque promotion ait une sorte de délégué chargé de garder un œil sur les problèmes des autres.

– Plutôt chargé de garder un œil sur les problèmes des plus jeunes, rectifia Elisa. Par exemple, moi, je ne m'occupe pas des soucis que rencontrent les élèves de mon âge. Je m'occupe de ceux qui sont plus petits.

Ses deux amis hochèrent la tête, l'air songeur. Il y eut un bref silence tandis qu'ils essayaient d'envisager plusieurs options. Elisa songea à rendre un élève dans chaque promotion responsable du bien-être de la promotion d'en-dessous… Mais non, ça ne fonctionnerait pas. Ça avait trop l'air d'un job, d'une responsabilité imposée. Il fallait que ça soit quelque chose de volontaire…

Elle abordait ça de la mauvaise façon, réalisa-t-elle. Elle ne pouvait pas espérer que quelqu'un reprenne son rôle après qu'elle ait quitté l'école, parce qu'elle jonglait avec tellement de trucs à la fois que ça serait tout bonnement impossible. Non, elle devrait se calquer sur… Sur le système du CEM, tiens. A chaque fois, deux ou trois élèves du niveau supérieur supervisaient les travaux des élèves du niveau d'en-dessous. Ils s'organisaient entre eux, et n'en référaient à Elisa ou Takashi en cas de problème grave.

– Il faut plusieurs personnes dans chaque promotion, déclara-t-elle. Plusieurs parrains, volontaires. Ils seraient chargés de s'occuper d'élèves plus jeunes, de leur montrer comment l'école fonctionne, de vérifier qu'ils vont bien. Et chaque parrain peut se référer à son propre parrain s'il tombe sur un problème. Et si une situation nécessite de faire intervenir un Préfet ou un prof… Chaque élève peut mobiliser son parrain, qui mobilisera son propre parrain, qui mobilisera le sien, et bam ! Trois élèves qui viennent frapper à la porte de McGonagall, ça la fera davantage réfléchir que si c'est une seule personne.

– Serdaigle a un système de ce genre, déclara soudain Rhonda.

Elisa sursauta si violemment qu'elle faillit se casser la figure de sa chaise et se rattrapa de justesse au bord de la table, Trisha poussa un glapissement, et Cédric porta la main à son cœur comme si Rhonda lui avait fait frôler la crise cardiaque.

– Mais d'où tu sors ?!

– J'écoutais votre conversation depuis la table d'à côté, avoua Rhonda sans la moindre gêne. Et je trouve que c'est une bonne idée. Les Serdaigle ont un truc semblable pour les premières années, Helen me l'a dit.

– Ah bon ? s'intéressa Elisa.

– Oui. A la rentrée, chaque première année est confié à un élève de quatrième année qui est chargé de l'aider à prendre ses marques. La marraine d'Helen était Liorah McFusty, et l'année dernière son filleul était Omar Shaw, un des gamins qui a été retiré de l'école par ses parents.

Elisa se souvenait vaguement de Liorah McFusty. Elle appartenait au clan McFusty, qui s'occupait des dragons originaires d'Ecosse : les Noirs des Hébrides.

– Qui était le parrain de Luna ? demanda-t-elle tout à coup.

Rhonda la regarda avec surprise :

– Aaron Woodbridge. Tu lui as attribué la gamine toi-même. Les parrains prennent généralement des enfants qu'ils connaissent déjà ou qui leur ont été confiés par des amis, tu sais.

Oh. Effectivement, ça avait du sens. Et ça expliquait pourquoi Aaron avait pris soin de Luna tout au long de sa première année, même au point de braver sa timidité pour aller chercher l'aide de Takashi et Helen quand Luna avait été harcelée par d'autres filles. Elisa se sentit stupide.

– C'est un bon système, finit par dire Elisa. Je me demande si on pourrait le copier, mais à l'échelle de l'école…

– On appellerait ça le Gang des Parrains, suggéra innocemment Trisha.

Elisa réprima un fou-rire :

– Nous ne sommes pas une mafia, du calme. Non, il nous faut d'abord un plan d'organisation et des volontaires, et ensuite, si ça se concrétise, on pensera à un nom.

Les autres hochèrent la tête, concédant le point. Puis Cédric suggéra :

– Dans ce cas, est-ce qu'on ne devrait pas impliquer les autres élèves, pour leur demander leur avis ? Ou du moins juste les Préfets ? Après tout, les parrains et les Préfets devront collaborer.

Il avait raison. Elisa avait toujours tendance à travailler en solo, mais une fois qu'elle aurait quitté l'école, un tout autre système serait mis en place. Et ce système devrait avoir l'approbation de toutes les Maisons. Elle hocha la tête :

– On en parle d'abord aux Préfets de Poufsouffle. Puis on en parlera avec les autres Préfets, pour voir si on arrive à une idée concluante.

Elle s'attendait à de longues discussions, et des protestations diverses. Pourtant, l'affaire se déroula si rapidement et si facilement qu'en moins de deux jours, c'était réglé. Ce qui prit le plus longtemps, ce fut juste de trouver un créneau pour leur réunion ! Ensuite, tous les Préfets (ainsi qu'Elisa) se rassemblèrent dans une salle vide autour d'une grande table, et ils discutèrent pendant deux heures, posément. Chacun avançait ses arguments et ses objections, et on raisonnait jusqu'à trouver des compromis. Même le bloc des Préfets Puristes (quatre Serpentard et deux Serdaigle) se tenait à carreau.

Pour des adolescents, ils étaient tous vraiment matures.

Un accord fut trouvé au bout de deux heures et demie. Les Préfets de Serdaigle avaient adoré l'idée de servir d'inspiration à l'école. Les Préfets de Gryffondor avaient trouvé l'idée sympa : ça serait pour eux l'occasion de responsabiliser les plus jeunes. Les Préfets de Poufsouffle approuvaient évidemment tout projet d'entraide. Quant aux Serpentard, sans aucun doute, ils avaient immédiatement compris que ça serait là une voie royale pour mettre la main sur les petits nouveaux et former un réseau.

Chez les Serpentard, tout était politique.

– Donc c'est décidé, fit pompeusement Percy Weasley après que le projet final fut achevé. Chaque première année se voit attribuer un parrain pour l'aider à prendre ses marques. Ce parrain doit être en quatrième année, et être en bons termes avec son propre parrain, qui doit être en septième année. S'il est en mauvais terme avec lui et qu'il risque d'y avoir un conflit, le parrain peut être désigné parmi les élèves de troisième année.

Chaque petit nouveau aurait donc un parrain, et celui-ci pourrait également avoir son propre parrain derrière lui. Tout le monde acquiesça, et Percy continua :

– Un élève peut refuser d'être parrain : c'est un choix et non une obligation. Le lien entre parrain et filleul dure jusqu'à la fin de la scolarité. Si le parrain découvre un problème nécessitant l'intervention d'une figure d'autorité, il peut faire appel à son propre parrain pour le soutenir et porter ce problème à l'attention des Préfets ou d'un professeur.

– Le professeur Chourave de préférence, interjeta Cédric. Elle n'hésite pas à aider les élèves d'autres Maisons, et elle semblera moins intimidante que les autres.

Heidi Macavoy, qui avait été désignée comme greffière, ajouta la remarque à la Chartre. Somme toute, le projet était très satisfaisant. Le seul bémol était que cela renforçait la séparation des Maisons, qu'Elisa faisait de son mieux pour abolir. Mais bon, elle était sûre d'avoir suffisamment formé la nouvelle génération pour éviter les préjudices. L'année prochaine, les quatrièmes années seraient la promotion d'Harry, Tracey, Zacharias, Sue Li. Ils se mêlaient fréquemment entre eux, surtout au CEM. S'ils transmettaient ces bonnes habitudes à leurs filleuls, les Maisons devraient continuer à rester en bonne entente.

– Et maintenant, il faut soumettre ça au directeur, lâcha Cédric.

Il y eut un silence. Tout le monde se tourna vers Elisa. Celle-ci fronça les sourcils, hésitant entre être flattée et un peu agacée. Finalement, elle décida de prendre la confiance de ses pairs comme un compliment, et tendit la main :

– Ok, donnez-moi la chartre. Dumbledore n'est pratiquement jamais là, mais je vais lui envoyer le projet ainsi qu'une lettre pour demander un rendez-vous.

– Et tu crois qu'il va te répondre ? s'inquiéta Trinity Lynn, la Préfète de Gryffondor.

Elisa haussa les épaules. En tous les cas, quand il verrait son nom sur l'enveloppe, le directeur ne l'enverrait certainement pas dans la pile du courrier à jeter. C'était peut-être arrogant de sa part, mais Elisa se targuait d'avoir retenu l'attention d'Albus Dumbledore.

– En début d'année, il m'a dit que son bureau me serait toujours ouvert, se contenta-t-elle de répondre. On va bien voir si c'était des paroles en l'air.

oOoOoOo

Elle écrivit sa lettre, y joignit la chartre signée par tous les Préfets, et l'envoya par hibou le soir même, un mardi. Puis elle attendit. Une lettre d'élève devait sans doute se classer en bas des priorités du directeur, peu importait son expéditeur.

Le reste de la semaine se déroula plutôt paisiblement. Elisa se creusait encore l'esprit pour voler la Carte des Maraudeurs et le bouquin du Prince. Elle se mit à travailler sur son idée de « bombes runiques ». Elle réalisa très vite que les runes européennes étaient totalement insuffisantes pour son projet (aucune rune ne signifiait « explosion », déjà), alors elle se mit à pallier les lacunes de l'alphabet Futhark avec des kanji et des hiragana japonais. Elle avait un vieux dictionnaire de japonais au fond de son coffre depuis une éternité, c'était l'occasion de l'utiliser.

Elle ne pouvait pas tester ses gribouillis explosifs à Poudlard, et elle n'avait pas d'idée d'invention de nouveaux sorts, alors elle s'entraîna ensuite à tester les limites des sorts qu'elle maitrisait déjà. Elle apprit donc ainsi à faire apparaitre des chaînes d'acier avec son Incarcerem, et à modifier l'intensité de son Impedimenta. Cela dit, lorsqu'elle essaya de faire un lasso de feu avec son Incendio, elle faillit carboniser sa réserve de MagicoGlisseurs (elle s'entraînait dans la pièce qui lui servait d'atelier, afin que ses nouvelles capacités ne soient pas connues des autres membres du Challenge), et décida qu'il lui fallait un nouvel endroit pour s'exercer.

C'est là qu'elle se souvint de la Salle sur Demande. Elle l'avait « découverte » dès sa première année, mais elle ne l'avait guère utilisée depuis. Elle voulait garder cette salle secrète, et comme elle était toujours accompagnée de Trisha et Cédric, utiliser la Salle sur Demande comme labo aurait vite compromis le secret des capacités de la pièce.

Mais à présent, ses amis étaient souvent occupés par les BUSES imminentes, et Elisa avait donc (ironiquement) davantage de temps seule. C'était l'occasion parfaite pour renouer avec cette bonne vieille Salle sur Demande !

Elle se résolut d'y aller en fin de semaine, lorsqu'elle aurait plusieurs heures de libres, afin d'expérimenter à son gré avec les capacités de cette salle enchantée. Mais, le jeudi matin, elle reçut une brève missive qui prenait largement précédence sur ses projets d'expériences.

« Chère Miss Bishop,

Après avoir étudié votre projet de parrainage avec le plus grand intérêt, je suis prêt à l'approuver officiellement. J'aimerai également en discuter plus longuement avec vous. Mon bureau vous sera ouvert dès 18h : le mot de passe est "Guimauve framboise".

A. Dumbledore, directeur de Poudlard. »

– Nom d'un chien, fit Trisha qui lisait par-dessus l'épaule d'Elisa. Il a accepté ! Et en moins d'une semaine, en plus, c'était rapide !

– Je vais commencer à briefer les troisièmes années sur leurs futures responsabilités alors, sourit Cédric. Et faire passer le message aux autres Préfets.

Avant même la fin du petit-déjeuner, les différents Préfets s'étaient assis avec les troisièmes années de leurs Maisons respectives pour leur expliquer l'affaire. L'idée plutôt bien accueillie. Pour les Serdaigle, ça ne changeait pas grand-chose. Les Poufsouffle étaient ravis de se voir confier le rôle de mentor, et apparemment les Gryffondor aussi. Elisa entendit Colin Crivey supplier Harry d'être le parrain de son frère Dennis, qui ferait sa rentrée l'automne prochain. Apparemment, le Survivant réussit à esquiver la question, mais Elisa était sûre que le sujet reviendrait régulièrement.

C'était chez les Serpentard que le débat était le plus animé. Les Préfets se fusillaient du regard, Heather avait l'air à deux doigts de jeter un sort à son homologue masculin. Cependant, la petite Tracey Davies croisa le regard d'Elisa et lui fit signe que tout allait bien. La Poufsouffle décida donc sagement de ne pas s'impliquer dans les conflits des Serpentard. Tant que le projet était accepté, elle n'en demandait pas plus.

Elle eut l'impression que la journée passait à une vitesse d'escargot. Elle se rongeait presque les ongles, regardant fréquemment sa montre pour ne surtout pas manquer l'heure de son rendez-vous avec Dumbledore. Elle tenait à défendre ce projet, mais en même temps, elle attendait avec une certaine nervosité l'occasion de parler avec le directeur. Elle ne l'avait jamais apprécié, mais… Au cours des mois précédents, elle avait commencé à éprouver un certain respect pour lui. Elle commençait à comprendre ce que c'était, de se consacrer à tellement de projets en même temps qu'on en négligeait l'essentiel. Elle désapprouvait toujours les décisions qu'il avait prises dans le passé, mais elle commençait à mieux comprendre pourquoi il avait fait certains choix.

Rencontrer Dumbledore avec cette nouvelle perspective promettait d'être intéressant.

A l'heure du rendez-vous, elle avait le trac comme avant un discours public. Elle quitta Trisha et Cédric avec un sourire crispé au niveau du premier étage, et monta jusqu'aux deuxième, où se trouvait l'affreuse gargouille qui gardait le bureau du directeur.

– Guimauve framboise, dit-elle avec toute la dignité possible.

Sagement, la gargouille se décala. Elisa monta les escaliers, ses pas résonnant dans la tour vide. Elle n'était pas allée dans le bureau du directeur depuis l'incident du club de duel, et à cette occasion, elle avait dit des trucs assez affreux à Dumbledore. Aussi, lorsqu'elle frappa à la porte, elle ne put s'empêcher de sentir une bouffée d'appréhension lui serrer le ventre.

– Entrez ! fit la voix joviale du directeur.

Elisa poussa la porte. De l'autre côté du large bureau qui se trouvait à l'autre bout de la pièce, Dumbledore lui adressa un sourire, ses yeux pétillants joyeusement.

– Ah, Miss Bishop, juste à l'heure. Asseyez-vous, je vous en prie.

– Merci, lâcha Elisa en se sentant extrêmement maladroite.

Plusieurs portraits la regardaient d'un air désapprobateur et elle rougit en se souvenant de ce qu'ils avaient entendus, la dernière fois qu'elle s'était trouvée assise à cette place. Est-ce qu'elle n'avait pas accusé Dumbledore de ne pas se soucier des cadavres qu'il semait sur son passage afin d'atteindre son but, ou quelque chose comme ça ?

– Je suis heureux de vous annoncer que votre projet de parrainage a été approuvé par tous les directeurs de Maisons, sourit Dumbledore. Le professeur McGonagall a cependant soulevé un point important : la promotion qui fera sa rentrée en septembre prochain comptera sans doute une centaine d'élèves, tandis que la promotion de quatrième année en comptera moins de la moitié.

Elisa hocha la tête. La différence de taille entre les promotions d'enfants nés durant la guerre et ceux nés après la chute de Voldemort était colossale. Beaucoup de familles entières avaient été massacrées par les Mangemorts, tandis qu'après la disparition de Voldemort, il y avait eu un vrai baby-boom.

– C'est pris en compte, répondit-elle en retrouvant un peu de son assurance. Il sera possible de demander aux élèves de troisième année d'être parrains des premières années.

C'était d'ailleurs l'idée qu'elle comptait souffler aux Préfets de Gryffondor, pour que Dennis Crivey soit confié à son frère Colin.

– C'est une bonne alternative, accepta le directeur en souriant. Et sur quels critères les filleuls se verraient attribuer un parrain ? Est-ce uniquement au choix des Préfets ?

– Les liens antérieurs à Poudlard seront pris en compte, commença Elisa. Les grands frères pourront donc être parrain des petits frères, ou des petits frères de leurs amis. Le but est que les petits nouveaux ne se sentent pas seuls, qu'ils aient confiance en leurs parrains. Sinon, ce sont les parrains qui choisissent leurs filleuls, en concertation avec les Préfets…

Tout en parlant, Elisa retrouvait son assurance. Elle était en terrain familier : elle défendait un de ses projets. C'était comme le CEM, comme le Challenge, comme Tourmaline. Elle y avait mis des efforts, de la réflexion, et ça lui tenait à cœur. Alors elle se concentrait dessus, défendait les avantages de son idée avec passion, et refusait de penser à l'échec.

– J'ai une dernière question, finit par dire Dumbledore au bout de plusieurs minutes de discussion. Qu'est-ce qui vous a poussé à mettre en place ce système, Miss Bishop ? J'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une coutume inventée par la Maison de Serdaigle. Pourquoi vouloir en faire une règle impérative pour les quatre Maisons ?

Elisa marqua un temps d'arrêt. La voix de Dumbledore était légère et ses yeux pétillaient toujours d'un air amusé, mais c'était une question sérieuse. Elle prit le temps de peser ses mots.

– Quelqu'un doit se soucier du bien-être des élèves. Quand ils arrivent à Poudlard, ils n'ont que onze ans, et la plupart d'entre eux n'ont jamais été séparés de leurs parents aussi longtemps. Certains n'ont jamais rencontré de sorciers auparavant. Certains n'ont jamais rencontré de Nés-Moldus. Certains ont des problèmes, et certains ont des préjugés, et même si ce n'est pas une mauvaise chose qu'ils apprennent à se débrouiller seuls et à devenir autonomes… Ils devraient avoir l'option de se tourner vers quelqu'un de confiance s'ils ont besoin d'aide.

– Certains argueraient qu'il s'agit du rôle de leurs enseignants ou de leurs Préfets, répondit doucement Dumbledore.

Elisa croisa les bras, l'air obstiné :

– Les profs et les Préfets sont des figures d'autorité chargées de faire régner la discipline. Leur rôle n'est pas de donner des conseils ou des câlins. Ce ne sont pas les profs que les élèves vont voir quand ils se sont enfuis de chez eux, ou qu'ils ont des problèmes avec leurs parents. Ce ne sont pas les profs qui vont leur expliquer qu'il y a des préjugés racistes chez les sorciers, ou… Ou qu'un garçon peut tomber amoureux d'un autre garçon, ou qu'une fille peut avoir un corps de garçon.

Elle pensait à Felicity Eastchurch, la gamine de Serdaigle qui avait été répartie comme un garçon nommé Félix, avant de révéler qu'elle était transgenre plusieurs mois plus tard. C'était ses amies et son parrain qui avaient répondu à ses questions, et qui avaient organisé l'achat de la potion nécessaire à sa transition. La petite Felicity n'était pas allée voir un prof.

Dumbledore la regarda en silence par-dessus ses lunettes en demi-lune, pensif.

– Il est vrai que nous tendons souvent à voir nos élèves comme des esprits ayant besoin d'être formés, et non comme des enfants ayant besoin d'être réconfortés. En vieillissant, nous oublions ce que c'était d'être jeunes et perdus.

Elisa ne dit rien. Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à ça, parce que… Eh bien, c'était vrai. C'était justement ce qu'elle reprochait aux enseignants du château.

– J'avais cependant l'impression que vous assuriez surtout ce support émotionnel par vous-même, reprit Dumbledore dont les yeux pétillèrent à nouveau avec intérêt. Vous êtes considérée comme une sorte de marraine par de nombreux élèves de Poufsouffle et d'ailleurs.

Ah. On en venait au cœur du sujet. Elisa haussa les épaules, feignant la nonchalance :

– C'est vrai. Mais je quitterai Poudlard dans deux ans, et je voudrais qu'il y ait un système stable pour me remplacer quand je serai partie.

– C'est prévoyant de votre part, approuva Dumbledore. Et cela démontre aussi une grande maturité.

Elisa cligna des yeux, perplexe :

– … Ah ?

– Miss Bishop, déclara gravement Dumbledore. Vous avez une grande influence sur tous ces jeunes élèves. A votre place, beaucoup de gens auraient préféré garder ce pouvoir pour eux.

Elisa faillit lui rire au nez, parce que, quand même, du pouvoir ?! Elle aidait des enfants à faire leurs devoirs, elle ne montait pas une secte !

Puis elle se rappela qu'un de ces enfants était Harry Potter, Sauveur du Monde Sorcier. Un autre de ces enfants était Zacharias Smith, descendant d'une Fondatrice et héritier d'une famille riche comme Crésus. Une autre était Susan Bones, nièce de la directrice du Département de la Justice Magique. Et puis il y avait tous les élèves dont elle était proche. Il y avait Drago Malefoy, il y avait les jumelles Carrow, il y avait au moins cinq des sept Weasley, il y avait presque tous les Préfets, il y avait des enfants d'Aurors, des enfants de familles nobles, et… Et pour le moment, ils n'étaient rien, ils n'étaient que des gosses : mais d'ici quelques années, ils auraient tous du pouvoir et de l'influence.

C'était comme ça que Dumbledore s'était fait une réputation, en entretenant une correspondance soutenue avec les personnalités magiques les plus célèbres de son temps. C'était comme ça que Slughorn s'était rendu essentiel. C'était comme ça que Tom Jedusor avait recruté ses Mangemorts.

Ça jeta un froid. Elle sentit un poids lui tomber sur l'estomac, et serra les dents. Elle avait réussi à ne pas penser à Tom Jedusor pendant des mois, bon sang !

– Ce n'est pas ça, finit-elle par dire. Un grand pouvoir implique une grande responsabilité.

Elle put voir que Dumbledore avait l'air impressionné, et remercia mentalement Spiderman. Elle devrait ressortir des citations de films plus souvent face aux sorciers. Peut-être qu'elle pourrait citer Star Wars…

– De bien sages paroles, approuva le directeur. Pourtant, vous ne me semblez pas effrayée par les responsabilités…

– Je ne le suis pas ! protesta aussitôt Elisa.

– Ah, sourit le directeur avec amusement. Dans ce cas, pourquoi avoir demandé à ne pas être Préfète ? Vous étiez le premier choix de Pomona. Le mien, également.

Elisa cligna des yeux, prise au dépourvue. Dumbledore aurait voulu qu'elle soit Préfète ? C'était… assez inattendu. Elle pensait qu'il serait plus méfiant vis-à-vis d'elle, après toutes les fois où elle avait clamé (et prouvé) qu'elle se défiait de son jugement.

Mais bon, elle ne devrait pas être surprise, songea-t-elle avec ironie. Dumbledore avait laissé Tom Jedusor devenir Préfet. Peut-être qu'il agissait ainsi pour garder certains élèves à l'œil.

– J'avoue que cela m'a laissé perplexe, continua le directeur. Vous êtes une personne difficile à comprendre, Miss Bishop. Vous êtes prompte à vous indigner contre les injustices et à agir pour les réparer. Être Préfète vous aurait aidé dans cette entreprise.

Elisa ouvrit la bouche, la referma. La réponse à ça était compliquée, et elle-même ne savait pas vraiment comment le formuler. Comment pouvait-elle dire qu'elle avait peur d'être surchargée de travail, et d'en délaisser ses amis ? Comment articuler que c'était sa hantise, de s'isoler comme l'année dernière lorsqu'elle avait laissé Tom l'influencer ? Comme pouvait-elle avouer que depuis qu'elle avait eu le journal de Tom Jedusor entre les mains, la solitude la terrifiait encore plus que l'échec ?

– Pourquoi est-ce que ça vous intéresse ? se contenta-t-elle de dire, un peu sur la défensive.

Il y eut quelques murmures désapprobateurs de la part des tableaux. Dumbledore la scruta par-dessus ses lunettes en demi-lune.

– Me permettez-vous d'être honnête, Miss Bishop ?

Elisa eut l'impression qu'on lui versait un seau de glace sur la tête. Les plus affreux reproches qu'elle avait faits à Dumbledore visaient le fait qu'il était un hypocrite, cachant toujours le fond de sa pensée et ses manipulations sous un air de grand-père bienveillant. Et elle, Elisa, avait démontré sa parfaite honnêteté en lui criant dessus. Est-ce qu'il s'arrêtait à lui rendre la pareille ?!

– Allez-y, fit-elle faiblement.

Dumbledore eut l'air vaguement amusé, puis reprit son sérieux :

– Vous êtes d'une grande intelligence, Miss Bishop, mais ce n'est pas votre plus grande qualité. Votre plus grande qualité est votre idéalisme.

La mâchoire d'Elisa se décrocha. Elle ne put pas s'en empêcher. Dans deux secondes les cochons allaient se mettre à voler. Indifférent à sa stupéfaction, le directeur poursuivit :

– Vous voulez rendre le monde meilleur. Vous vous élevez contre les injustices et enflammez vos pairs avec les rêves d'une société plus juste. J'ai vu beaucoup d'élèves traverser ce château avec les mêmes ambitions. Des Serpentard, des Gryffondor, des Serdaigle, des Poufsouffle. Certains avaient de bonnes idées, et d'autres… de moins bonnes.

– Comme Tom, murmura Elisa.

– Comme Tom, acquiesça Dumbledore. Mais il n'est qu'un exemple parmi d'autres. Amélia Bones était admirée de tous ses pairs à Poudlard. Il y avait aussi Graham Sinclair, qui était dans la même classe que le professeur McGonagall : il a révolutionné les soins à Ste Mangouste. Hum, moi-même, bien sûr, quand j'étais plus jeune et plus ambitieux. Et puis il y avait aussi…

Mais Elisa n'écoutait plus. Elle avait l'impression que le sol s'était dérobé sous ses pieds, parce qu'elle venait de comprendre. Durant tout ce temps, Dumbledore ne l'avait pas comparée à Tom : il l'avait comparée à lui-même.

C'était comme si la lumière s'était faite dans son esprit et, avec horreur, elle réalisa qu'elle aurait dû le comprendre depuis le début. Cette conversation bizarre l'année dernière, où il lui avait dit qu'elle lui rappelait quelqu'un ! Ces drôles de sous-entendus sur son ambition ! Cette gentillesse quand elle avait avoué avoir cédé au journal de Tom parce qu'il était brillant, parce qu'il était un égal intellectuel ! Oh bon sang, elle avait été tellement stupide. Dumbledore la comparait à lui, à chaque fois. Il la comparait à lui quand il était à Poudlard, assoiffé de gloire et de reconnaissance. Il la comparait à lui quand il avait rencontré Grindelwald ! Il la comparait à lui, juste avant qu'il ne tue sa sœur par pure stupidité.

La première réaction d'Elisa, viscérale et instinctive, fut un puissant NON. Elle n'aimait pas Dumbledore. Elle détestait sa façon d'opérer. Certaines de ses décisions lui faisaient horreur, et ses machinations lui faisaient peur. Elle passait ses étés à protéger Harry de lui et de ses plans bancals ! Non, sous aucun prétexte, dans aucun monde elle ne voulait suivre ses traces.

Puis, aussitôt après, elle réalisa avec effroi que c'était trop tard. C'était trop tard, et Dumbledore avait raison de faire cette comparaison, parce qu'Elisa suivait déjà la même voie que lui. Elle se faisait connaître. Elle manipulait les évènements à sa convenance. Elle voulait changer le monde et elle le faisait savoir. Elle avait des amis haut-placés : son nom était connu de presque toutes les familles ayant du pouvoir, depuis les Malefoy aux Bones en passant par les Smith. Ses professeurs chantaient ses louanges, ses pairs écoutaient ses conseils… Et tout le monde attendait de voir ce qu'elle ferait en quittant l'école, parce que tout le monde s'attendait à ce qu'elle fasse de grandes choses. Elisa elle-même s'attendait à faire de grandes choses, et elle l'avait dit à tout le monde, et toute l'école retenait son souffle parce qu'elle était douée et que les gens l'appelaient Magister, et…

Et Dumbledore essayait de la protéger, comprit Elisa avec un choc presque plus brutal que les deux précédents. Dumbledore avait suivi exactement le même chemin. Il était parti d'une famille en disgrâce, et avait grimpé les échelons de l'échelle sociale de Poudlard jusqu'au sommet par pur talent. Il avait prouvé son talent d'inventeur et de chercheur. Il avait surpassé ses pairs, et il avait été fasciné lorsqu'il avait rencontré un égal intellectuel. Il s'était cru conscient des risques, mais avait échoué. Il avait suivi le même chemin, et il savait où ça menait, parce qu'ensuite… Ensuite…

Ensuite Dumbledore avait été un homme changé. Un homme brisé, peut-être. Un homme terrifié à l'idée d'aller affronter Grindelwald, au point qu'il l'avait laissé conquérir toute l'Europe avant de se résoudre à lui faire face. Un homme trop épuisé pour supporter le rôle de Ministre. Trop trahi pour laisser quiconque l'aider dans ses projets. Trop blessé et trop arrogant pour faire autre chose que tirer les ficelles dans l'ombre, souriant d'un air paternaliste à ceux qui osaient douter de lui, et sans jamais s'attacher à quiconque car pour lui les gens n'étaient que des pions.

– … Vous voyez qu'ils ont été nombreux, continuait Dumbledore d'un air enjoué. Mais aucun d'entre eux n'a jamais refusé l'insigne de Préfet. Vous comprenez donc que je suis curieux des raisons de votre choix.

Elisa leva les yeux sur lui, se sentant légèrement hébétée. Elle n'en revenait pas d'avoir subi un tel ascenseur émotionnel en moins de trois secondes. Elle avait l'impression que tout le plafond lui était tombé sur la tête.

– Je pensais que j'avais déjà assez de choses sur le feu, finit-elle par dire presque mécaniquement.

– Vous ne vous sentiez pas à la hauteur ? sourcilla Dumbledore.

Elisa aurait voulu sortir deux minutes, mettre de l'ordre dans ses pensées et reprendre cette conversation ensuite. C'était le chaos dans son esprit. Elle était complètement sous le choc. Elle essaya de se reprendre, de se cramponner aux tirades qu'elle s'était mentalement préparées devant son miroir… Et finalement, elle réussit à se raccrocher à quelque chose de solide.

– Si, lâcha-t-elle en essayant de se concentrer. Mais je ne voulais pas tout gérer moi-même. J'ai réalisé ça il y a deux ans. Mon plus gros défaut est que je ne pense pas à déléguer les choses.

– Ah, sourit Dumbledore d'un air compréhensif. Je comprends. Toujours tout faire par soi-même est rassurant. On garde le contrôle.

Exactement. Et à cause de ça, elle s'était épuisée à essayer de tout gérer en première année. A cause de ça, elle avait voulu garder le journal de Tom pour elle-même et n'avait pas réalisé qu'il empoisonnait son esprit. Parce qu'elle voulait garder le contrôle : parce que c'était rassurant.

Alors Elisa serra les dents, et contra avec fougue :

– Et on est écrasé de travail ! On en néglige ses amis. On pense qu'on est la seule personne à pouvoir prendre les bonnes décisions, et on n'écoute plus les conseils de ses proches. Ce n'est pas ce que je veux être ! Alors maintenant, je délègue. Je délègue le CEM à Takashi, je délègue la vente de mes inventions à Gwendolyn, je délègue le parrainage des élèves aux autres… Et je délègue l'autorité à Heidi et Cédric. Et oui, ce n'est pas toujours facile, et ça requiert de la confiance, et il faut faire preuve d'humilité et ravaler sa fierté pour demander de l'aide… Mais ça en vaut la peine.

Elle déglutit. Elle s'était laissée emporter. Elle changea de position sur sa chaise, inspirant profondément pour se calmer.

– Je vois, finit par dire Dumbledore. C'est… très mature de votre part.

Elisa s'empourpra, regardant ailleurs :

– Ce n'est pas facile, se justifia-t-elle. C'est cool, d'être connue de toute l'école, d'inventer des trucs que les gens admirent, de diriger des clubs. C'est cool, mais je ne veux pas que ce soit toute ma vie.

– J'ai bien peur de ne pas comprendre, lâcha Dumbledore en fronçant les sourcils. Vous ne désirez pas poursuivre un Doctorat ? C'est le genre de chose qui vous suivra toute votre vie.

Elisa, encore une fois, ouvrit et ferma la bouche sans trouver ses mots. Elle se mordit la lèvre, frustrée. Elle détestait ça : perdre ses mots, être incapable d'exprimer ce qu'elle pensait. C'était pour ça qu'elle se composait des tirades apprises par cœur en avance ! Sinon, elle n'arrivait pas à trouver les bonnes expressions, les bons mots. Elle bredouillait, rageait, restait silencieuse.

– Je veux faire du monde un endroit meilleur, finit-elle par avouer. J'aime être reconnue par les gens, mais au final, ce n'est pas ça le but. Le but, c'est… d'aider le plus de gens possible. De les soutenir, d'être une amie. Et ce n'est pas un truc que j'aurais pu faire en accumulant d'autres responsabilités. Ça m'aurait détourné de ce qui est vraiment important.

Elle se tut. Elle se sentait comme nue et vulnérable, après avoir déballé ses sentiments comme ça. Surtout après le choc de la triple révélation qu'elle venait d'avoir. Nerveusement, elle serra ses mains entre ses genoux, et croisa le regard de Dumbledore.

Elle détourna aussitôt les yeux, gênée par l'émotion pure que reflétait le visage du directeur. Son expression révélait un tel regret, une telle douleur, qu'elle se sentit coupable d'avoir surpris ce moment de vulnérabilité.

Il y eut un silence. Puis Dumbledore se racla la gorge, et Elisa releva les yeux. Il avait retrouvé un visage neutre. Seul son regard, grave et mélancolique, trahissait ce qui s'était passé un instant plus tôt.

– Merci de votre franchise, Miss Bishop. Je pense que je vous comprends un peu mieux, désormais.

– Oui, murmura Elisa en regardant ses mains. Moi aussi.

Elle ne croisa pas son regard, pas même quand elle prit congé et quitta le bureau. Elle attendit d'être en bas de l'escalier pour s'adosser au mur et, avec une inspiration tremblante, presser ses poings contre ses yeux. Elle se sentait stupide, horrifiée, vulnérable, et elle avait envie de pleurer.

Et pour une fois, c'était complètement de sa faute.

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Yep. Elisa a une réalisation, et c'est pas agréable de se remettre en perspective d'une telle façon. Elisa se voit un peu comme l'héroïne (ou comme l'anti-héros peut-être ?), bref, comme quelqu'un de Bien, indubitablement. Une sorte de pendant au Héros, Harry Potter. Mais là, elle réalise que son pendant canon, c'est Dumbledore. Et elle, qui n'aime pas Dumbledore, qui le trouve impitoyable et froid... Ben, elle vit ça comme un sacré choc.

Ne soyez pas surpris, vous l'aviez tous vu venir x)

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La semaine prochaine, on parlera d'Aaron Woodbridge pour fêter le fait qu'il se soit trouvé une copine, et ensuite, promis, on reprend les votes x) A la semaine prochaine !