Profitez bien de ce chapitre, vous avez bien risqué de ne pas connaitre la suite de cette fanfic, car hier soir j'ai «pris le champ» en bon québécois en conduisant dans la neige... heureusement, je m'en suis sortie indemne, aucunes blessures physiques ni de voiture cabossée. Je crois que j'ai vraiment un ange gardien qui veille sur moi, ça aurait pu être pire !
Donc, bonne lecture :)
Chapitre 6 : Le retour au calme
La cérémonie des remises eut lieu. Kanbal prospérait de nouveau. L'hiver s'était installé et la déprime saisonnière d'Alika refusait de partir même si Yuka était toujours aussi chaleureuse et qu'Amaya et Akiro la distrayaient en se chamaillant amicalement quand ils venaient la visiter. Shozen se montrait moins cruel avec elle, mais il restait toujours un peu méfiant – il retenait ses leçons qu'elle lui avait offert, surtout la cruelle humiliation de la cour de récréation.
Alors qu'Alika dormait beaucoup ces derniers temps, Yuka vint la réveiller en douceur.
« Encore au lit, ma belle ?
- J'aime dormir, répondit-elle, fatiguée.
- J'ai vu ça. Viens, le petit déjeuner est prêt.
- C'n'était pas ma journée 'grasse matinée' aujourd'hui ? la reprit-elle.
- Oui, mais tu as dormi jusqu'à une heure de l'après-midi... rit-elle.
- Oh... »
Elle se redressa de sa couche et se leva avant de suivre Yuka vers la cuisine. Elle passa devant le salon sans vraiment porter attention jusqu'à ce qu'elle voit quelque chose. Elle fit trois pas en arrière, s'arrêta et se retourna de la même façon que quelqu'un qui fait du break dancing.
« Alors on passe devant moi sans me dire bonjour ? répondit une voix familière.
- Maman ? »
Alika analysa la silhouette dans la lumière et fit une expression stupéfaite avant de faire un sprint vers elle. Balsa se baissa à son niveau et se prépara à recevoir le boulet de canon qui fonçait droit sur elle. Elle l'avait bien prédit : sa fille s'était catapultée sur elle sans retenue et s'était accrochée à son cou comme un étau de métal et ses jambes s'étaient enroulés comme des ventouses. Balsa crut un moment qu'elle allait se faire étouffée par sa propre fille.
« Maman ! commença-t-elle à pleurer. T'étais où durant tout ce temps-là ?!
- Je... j'ai eu quelques soucis que j'ai dû régler et améliorer...
- Pars plus comme ça !
- C'est promis.
- Promis hein ?!
- Oui, promis. »
Balsa essuya les larmes de sa fille et caressa ses cheveux avant de lui baiser le front. Elle écouta toutes les péripéties qu'Alika avait vécues en compagnie de Yuka, ses nouveaux amis Amaya et Akiro, Shozen-le-jaloux ainsi que sa cuisante humiliation face à elle, durant qu'elle prenait son petit déjeuner en après-midi. Elle lâcha subitement sa cuillère et courut chercher quelque chose. Elle revint avec quelque chose en main et déposa le vase en terre cuite peinturé et coloré sur la table. Balsa ne comprit pas sur le coup, mais finit par le comprendre en voyant que sa fille semblait bien attachée à cet objet. Elle n'osa rien dire, les hormones en baisses, puis cacha son visage dans ses mains alors que son corps était secoué de soubresauts. Alika le remarqua et vit que sa mère pleurait. Elle baissa les yeux, redescendit de sa chaise et alla se blottir dans ses bras en un gros câlin.
« Désolée... je suis partie tellement rapidement... que j'ai pas eu le temps d'y penser. Et j'ai tellement vécu d'événements que... ça m'a sorti de la tête... quelle mère indigne je fais !
- Dis pas ça Maman ! commença à pleurer à son tour sa fille. »
Malgré cela, Balsa n'arriva pas à se calmer. Yuka fit signe à Alika se terminer son petit déjeuner et qu'elle conduirait Balsa dans la chambre d'invité qui n'avait pas servis depuis un moment. Yuka rassura sa nièce de son mieux et qu'elle pouvait en parler avec d'autre patiente qui avaient vécu la même chose qu'elle dans le salon d'invité.
Alika ne savait que faire pour soulager la peine de sa mère. Elle voulait lui changer les idées en lui montrant des dessins, des mouvements de gymnastique, ce qu'elle faisait en aidant Yuka dans la préparation des médicaments. Balsa souriait quelques secondes puis retombait déprimée et oubliait sa fille. Elle dormait plusieurs heures par jour, récupérant des derniers événements qu'elle avait vécu. Yuka trouvait étrange que les rôles se soient inversés entre ses nièces et petite-nièce concernant la déprime.
Balsa était de mauvaise compagnie avec sa fille et pleurait tout le temps et ne souhaitait pas qu'Alika dorme avec elle pour un moment alors que ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas dormi avec sa mère. Yuka la rencontrait souvent le matin.
« T'as besoin de crier ta souffrance, Balsa.
- Je n'aime pas m'exprimer.
- Penses-tu être la seule à être touché par sa mort ?
- Je l'ai portée, donc du coup, j'ai un certain lien avec lui... un lien que même Alika ou son père ne peuvent comprendre.
- Je t'appuie sur ce fait-là... mais tu sais, quand tu es partie, elle m'a parlé de son frère... Elle avait beaucoup de projet pour sa naissance. Sûrement comme beaucoup d'enfant, lorsqu'une Maman attend un bébé. Elle aussi vit son deuil... différent du tiens, certes, mais elle en vit un. Ses projets se sont tous envolés. »
Balsa ne répondit pas et se retourna pour dormir, ne voulant pas en parler plus. Yuka soupira et caressa son dos.
« Tu ne devrais pas t'isoler dans ta peine. »
Et un jour, sa tante arriva, avec Alika dans les bras et elle la lui mit dans les bras.
« Discutez, avait-elle simplement dit avant de refermer la porte. »
Grand silence. Malaise. Elles se regardaient, détournaient le regard et etc...
« Hum... fit Alika.
- Tu as de quoi à dire ?
- Je sais pas, et toi ?
- Aucune idée. Mais je ne compte pas en parler.
- Moi non plus alors... t'es pas ouverte Maman. »
Autre silence. En fait, rien n'avait avancé et Alika n'osa aucun mot. Alors elle descendit du lit et partit rejoindre sa grande tante avant de pleurer dans ses bras. Un beau jour d'hiver, alors que Balsa aida sa tante avec les sceaux d'érables, quelque chose la ramena à la réalité courante.
Ça s'était passé avec sa fille aînée. Alika jouait avec d'autres enfants dans la neige et avait tenté d'attraper la balle, mais le vent l'avait emporté au loin et elle avait couru pour la rattraper dans sa course. La balle s'était retrouvée coincée entre deux rochers, dans la rivière. Akiro et Amaya firent une tête de "Oups..." Jusqu'à ce que leur amie se décide à y aller.
« Alika ! N'y va pas, c'est dangereux ! avertit Akiro.
- Ça ira ! Je vais aller la chercher, les roches sont assez plates pour que je puisse y aller... et puis qu'est-ce qui vous prends ? Vous savez très bien que rien ne peut m'arrêter, se venta-t-elle.
- Tu es folle ! s'écria une fille du clan Muto, Arya.
- Non, je suis brave comme ma mère !
- J'avoue que là, elle a raison, sourit Amaya, amoureusement. »
Alika descendit, hors de la vue des adultes et de ses amis, qui eux, s'approchèrent pour mieux la voir et elle vérifia le courant : il était très fort et aucune glace n'arrivait à le couvrir en totalité. Elle vit une pierre proche d'elle et sauta dessus, puis sauta sur la seconde et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle s'agenouille pour attraper le jouet.
« Je l'ai, regardez ! Attrape Akiro-Kun !
- Hai ! »
Elle projeta le ballon et tenta de se redresser. Or, elle marcha sur son écharpe en laine, glissa et plongea directement dans l'eau avant d'être emportée par le courant à toute vitesse. L'eau était glaciale, si froide qu'on aurait dit des couteaux et les rapides étaient trop puissantes pour qu'elle puisse se retenir sur un quelconque objet ou obstacle entravant le courant. Akiro et Amaya crièrent aux adultes qu'Alika était en train de se noyer, tombée à l'eau. Tous se jetèrent proche de la rivière pour la rattraper ou l'apercevoir. Balsa lâcha immédiatement son sceau et accourut à trois-cent kilomètres à l'heure.
« Maman !... Maman, viens !... cria Alika de façon étouffée avant de se frapper la tête contre une roche par la puissance du courant. »
Elle vit sa fille se débattre puis cesser toute résistance, la froideur était en train de l'engourdir, sans parler du poids de ses vêtements mouillés qui alourdissaient considérablement son poids et elle disparut sous l'eau. Sans faire ni une ni deux, elle retira son manteau, attacha sa lance à son bracelet et tout comme elle l'avait fait avec Chagum, lança son arme vers un arbre pour sauter à l'eau sous le regard apeuré des gens de Kanbal et ignorant l'avertissement de Yuka. Elle nagea à contre-courant et vit sa fille encore disparaitre sous une vague. Elle plongea et revint à la surface. Si Alika restait plus de temps sous l'eau, la noyade l'attendait de près. Elle avait trop d'adrénaline dans le sang pour sentir le froid de l'eau.
« LÀ ! lui hurla un homme en pointant un endroit. »
Balsa tourna la tête vivement et attrapa le manteau de sa fille et l'attira contre elle, malgré ses doigts déjà congelés, prenant bien soin de lui faire sortir la tête hors de l'eau. Elle revint sur la berge enneigée à l'aide des parents qui la ramenaient avec sa fille. Elle conserva sa fille contre elle dans l'espoir de conserver un minimum de chaleur : ses lèvres étaient bleutées, le bout de ses doigts congelés.
« Retirez vos manteaux ! ordonna Nahna, une éleveuse, qui couvrit Balsa du sien. »
Elle n'entendait plus les gens autour d'elle. Elle ne faisait que crier le nom de sa fille en pleurant et en la serrant contre elle.
« Est-ce que tu m'entends Alika ?! Ouvre les yeux ! Alika ! Réponds-moi je t'en supplie !... Je suis désolée ! Je t'ai mise de côté à cause de la perte de ton frère... J'ai déjà perdu un enfant, je ne veux pas en perdre un autre ! »
En un éclair, Yuka qui avait couru aussi, vérifia si ses poumons n'avaient pas été gorgés d'eau : par chance, elle n'en avait pas avalé. La tante aida sa nièce et s'assura qu'Alika était seulement inconsciente. Elles s'empressèrent de rentrer et changèrent ses vêtements pour lui frictionner tout le corps avec des feuilles de yukkal avant de l'ensevelir sous une montagne de couvertures en laine. Balsa changea à son tour ses vêtements trempés et froids contre son kimono rouge et veilla sa fille avec angoisse en se couchant dans le lit.
Amaya et Akiro fixaient Yuka avec angoisse.
« Va-t-elle survivre ? s'inquiéta Akiro.
- Elle va bien ?! renchérit la fillette.
- Elle est encore inconsciente et son corps n'a pas encore retrouvé sa température normal... je ne peux pas vous cacher qu'elle risque de tomber très malade prochainement...
- Elle peut en mourir ?
- ... Je ne crois pas.
- Est-ce qu'on pourra aller la visiter quand elle ira mieux ? s'enquit-il.
- Oui, vous êtes les bienvenus. En tout temps.
- Merci Maîtresse Yuka. »
Les enfants allèrent rejoindre leurs parents, tandis que Yuka offrait des nouvelles aux autres adultes. Une fois bien réchauffée et capable de bouger convenablement, Balsa se redressa et regarda la chambre remplit des dessins, écrits, bricolages, vêtements de sa fille un peu çà et là. Elle vit un bout de papier sur lequel était écrit des mots, et elle s'étira assez pour pouvoir le prendre et le lire.
» J'écris parce que j'aime écrire.
Je m'ennuis, donc j'écris. J'ai pas de nouvelles de Maman, je suis à un mois de marche de chez Papa et je viens de perdre mon tit frère. Quels pires malheurs pouvais-je me prendre à la gueule ? Hum ? J'avais des tonnes de projet pour lui : je lui aurai enseigné les arts martiaux à mon tour, je lui aurais appris à grimper dans un arbre et qu'il retienne la leçon s'il se casse un bras – comme Maman quand elle avait trois ans...
J'avais donc trois ans quand je me suis cassée le bras... réfléchit-elle.
»Je l'aurai protégé des idiots trop cons sur cette planète – comme Shozen-le-jaloux – et lui aurait appris comment reconnaître les plantes médicales. Je suis sûre que tu aurais été fier de moi en tant que grande sœur si tu avais vu l'humiliation que j'ai fait à Shozen, il l'a pas oublié ! On aurait été à Kanbal, parce que même si c'est pauvre, c'est un pays magnifique... bon peut-être moins quand on a le mal du pays, mais quand même ! Amaya aime beaucoup les enfants, je suis sûre qu'elle aurait été sur toi tout le temps...
Il n'y avait pas d'autres mots d'inscrit sur le papier. Balsa essuya ses larmes de façon orgueilleuse et reposa la lettre. Elle fouilla dans les autres feuilles et découvrit de merveilleux dessins, très réels avec les ombrages et la couleur bien remplit. Dont un qui ressemblait beaucoup à Kasem, lorsqu'elle découvrit qu'en fait, c'était bien lui de dessiner. Comment a-t-elle pu voir à quoi il ressemblait à sa naissance ? s'enquit-elle. Peut-être ses rêves...
Cette nuit-là, elle prit Alika dans ses bras, l'habilla chaudement et l'entoura dans la plus chaude couverture avant de sortir dehors à son tour et elle se dirigea en courant à un endroit précis. Essoufflée, elle s'effondra à genoux sur la vaste plaine recouverte d'une neige blanche immaculée, entourée des montagnes Yusa, là, où aucun gens de Kanbal n'avait posé le pied pour défaire la neige fraîchement tombée. Dans les -30°c, elle éclata de nouveau en sanglots. Les larmes lui brûlèrent les joues, contrastant avec le froid mordant de l'hiver Kanbalese, et comme jamais auparavant elle ne l'avait fait, pria de tout son âme Jiguro, ses parents, ses ancêtres et les huit anciens lanciers du roi de lui venir en aide.
« S'il vous plait, quelqu'un... je ne veux pas que ça se finisse comme ça... »
Il n'y avait absolument personne dans les environs, pas même une chèvre égarée. Il n'y avait que Balsa qui pleurait à fendre l'âme. Pourtant, elle sentit bien une main se poser sur son épaule et exercer une pression constante dessus. Elle tourna un regard mouillé dans la direction d'où venait le geste, mais ne vit personne. Elle baissa les yeux vers Alika et redressa ses yeux rougit vers l'horizon : une lueur, d'une luminosité éclatante se levait lentement et éclairait la plaine graduellement. On aurait dit le levé du jour... mais pas tout à fait. Cette lumière était réconfortante, chaude, douce et elle éclaira le visage de sa fille ainsi que le sien. Alika entrouvrit les yeux et fixa plus ou moins sa mère. La lumière s'éteignit graduellement, revenant à la même situation initiale : une plaine sombre, éclairée par le reflet de la lune sur la neige.
« Maman... tout à l'heure, j'ai voulu aller ramasser le ballon... confia Alika d'une voix basse. Tu as vu comment j'ai fait ?... Je suis comme toi... j'ai pas peur... (Balsa changea de regard et se remit à ravoir les larmes aux yeux) J'ai vu Jiguro et tous les autres... et même Kasem, mon petit frère... Pourquoi tu me regardes comme ça ?... J'ai fait quelque chose de mal, Maman ?
- Je m'excuse ! pleura-t-elle en la serrant fortement contre elle. C'est moi qui ai fait quelque chose de mal... Tout ça, c'est de ma faute, je n'ai pensé qu'à ma personne et je t'ai délaissée ! »
Alika ne dit rien et caressa la joue de sa mère avant de se coller contre elle.
« J'ai compris que c'était ce qu'il y avait de mieux pour toi. Je ne t'en veux pas... Et puis, si tu m'avais vraiment délaissée, tu ne m'aurais pas sauvée... Je ne serai pas là en ce moment.
- ...
- Maman ?
- Oui, mon cœur ?
- On peut rentrer ? J'ai froid...
- Bien sûre ! On rentre. On rentre ! Profites-en pour dormir.
- Oui... »
Alika commença à faire une grosse fièvre suite à sa chute dans la rivière. Yuka s'en occupait énormément, c'était sa petite patiente privilégiée. Balsa la refroidissait avec des serviettes humides froides. Sa fille avait de la difficulté à rester éveillée, elle n'arrivait même pas à se tenir convenablement sur ses jambes. Sa mère continuait de prier autant qu'elle pouvait la Déesse du destin. Yuka pénétra la pièce avec un plateau comprenant un bol de soupe et une tasse de Lakalle. La maman se redressa, s'étira et réveilla sa fille en lui caressant le dos.
« Ma chérie ? Aller, on va manger.
- J'ai pas la force... murmura-t-elle.
- Je vais te faire manger pareil. »
La fièvre d'Alika était si forte que sa joie de vivre, sa gaieté habituelle en était affectée. Même ses yeux avaient perdu leur éclat. La Tante déposa le plateau sur une table en bois et la rapprocha du lit. Balsa s'assit sur la couche et assit sa fille sur elle pour bien l'accoter contre son corps. Elle brassa la soupe avec la cuillère et sentit.
« Ça sent bon, elle est à quoi, la soupe ?
- Poulet et riz.
- Tu vas probablement aimer ça, ma puce. »
Sa fille rouvrit les yeux, fatiguée à nouveau et haussa les épaules, l'air morose.
« Pauvre chouette, se désola Yuka. Ça va t'aider, c'est garanti. »
Balsa souleva la cuillère, souffla dessus et l'approcha des lèvres de sa fille. De manière très dédaigneuse, elle ouvrit la bouche et laissa le bouillon inonder sa bouche.
« Alors ?
- Ça goûte rien... maugréa-t-elle.
- Tu as besoin de reprendre des forces, cocotte. Quoique, je peux bien goûter pour vérifier... (elle porta l'ustensile à sa bouche avant de se faire interrompre par Alika)
- Tu vas attraper mes microbes et tu vas être malade à ton tour !
- Mon système immunitaire est bien immunisé avec tous les voyages que j'ai fait dans ma vie. Ce n'est pas la simple fièvre de mon enfant qui va me tuer... (elle prit une cuillérée et goûta) Ça goûte le poulet.
- Ça goûte rien... continua de rechigner sa fille. »
Yuka sourit et les laissa entre mère et fille. La lancière vida le bol de soupe à moitié. Elle allait lui remettre une cuillérée lorsque sa fille apposa une faible main par-dessus la sienne en hochant non de la tête. Elle reposa la cuillère dans le contenant, lui fit boire un peu de Lakoluka et lui baisa le front maternellement. Alika ferma les yeux et se pressa contre sa mère en se laissant dorloter. Balsa repoussa la table en bois plus loin avant de se lever et d'aller sur une chaise berçante, la seule de la maison de guérison. Yuka gâtait bien sa petite-nièce. Balsa s'installa confortablement sur la chaise et se berça tranquillement. Bientôt, sa fille s'endormit si profondément et ne bougeait tellement pas, que Balsa elle-même commençait à entrer dans une somnolence. C'est en cognant un clou qu'elle se sortit elle-même de sa torpeur. Elle jeta un regard protecteur sur le visage de son enfant et en conclut qu'Alika dormait assez solidement pour être transférer de ses bras à son lit, comme elle le faisait plus petite. Elle la déposa doucement sur la couche, replaça adroitement la couverture et mit une serviette humide sur son front. Elle prit le plateau et sortit silencieusement de la chambre. En chemin, elle croisa une patiente qui revenait dans sa chambre, mais en voyant Balsa, vint vers elle.
« Comment se porte ta fille, Balsa-San ? »
Elle se mordit la lèvre inférieure et afficha un regard un peu navré, mais se reprit rapidement.
« Pour l'instant, sa fièvre n'a pas cessé de monter. Elle ne mange pas beaucoup et n'arrive même pas à se tenir sur ses jambes sans trembler... elle dort vraiment beaucoup.
- Je vois... on prie tous pour elle, tu sais. »
Balsa redressa la tête encore plus haute, étonnée.
« Tu n'étais pas au courant ?
- De quoi ?
- Quand tu étais partie, Alika venait souvent nous voir, puisqu'elle se sentait seule. Elle a peu à peu ranimé l'espoir de ravoir la santé en nous... donc la savoir si mal en point nous fait tous de quoi.
- C'est gentil.
- Tu fais une bonne mère, c'est ce qu'elle a dit. En parlant de ça... comment ça va ton deuil ?
- Deuil ? chercha Balsa dans sa tête.
- Oui, concernant ton accouchement... ?
- Oh ! ça va mieux. J'ai eu tellement la tête dans les vapes depuis que ma fille est malade, que je n'ai pas trop eu le temps d'y penser. Mais ça s'est beaucoup atténué, ça va mieux. Alika m'a juste fait réaliser que j'étais vraiment en train de l'abandonner dans son coin. Je me suis promis de mieux la veiller, dorénavant.
- Bien. Sur ce, je vais y aller. Ce n'est pas trop bon d'être debout longtemps. »
Balsa porta le plateau jusqu'à la cuisine et était en train de retourner à la chambre de sa fille quand elle vit une silhouette traverser la fenêtre du balcon de bienvenu. Intriguée, elle alla voir et y vit Kassa.
« Kassa ?
- Balsa-San ! J'ai appris pour ta fille, je me demandais comment elle allait.
- Pas très bien, déclara-t-elle rapidement. Je risque de passer pas mal de temps ici, il lui faut une présence familière en tout temps.
- C'est compréhensible, je voulais juste m'en assurer, et comment se porte votre second enfant ?
- Eh... c'est-à-dire...
- Selon ma sœur, vous étiez enceinte.
- Ah... je... »
Elle soupira et lui demanda d'en reparler un autre jour. Kassa accepta et parti en disant qu'il devait aider son père, Tonno.
Le soir venu, Yuka vint chercher Balsa en lui disant qu'elle avait fait préparer un bain d'eau tiède pour y plonger sa petite-nièce. Heureusement, Alika était à demi-éveillée mais il ne lui semblait guère amusant de quitter la chaleur du lit. Balsa lui offrit de retirer son pyjama sous les couvertures et d'enfiler un kimono léger entre le transport entre son lit et le bain. Elle accepta la proposition et Yuka vérifia si elle pouvait se tenir sur ses jambes, mais elle flancha et Balsa décida de la prendre dans ses bras.
« Nom de Yoram, t'es brûlante ! s'exclama-t-elle. Je crois que je ne t'ai jamais vue dans un tel état depuis ta naissance.
- ... désolée, s'excusa sa fille.
- Mais non voyons, il ne faut pas que tu sois désolée parce que tu es malade. »
Yuka ouvrit la porte de la salle de bain et la referma. Balsa assit sa fille sur un banc et retira son kimono avant de la reprendre et de l'approcher proche du bain. Dès qu'Alika sentit l'eau, elle se débattit comme ça ne se pouvait pas et s'agrippa à sa mère comme si ça vie en dépendait.
« L'eau est froide ! L'eau est froide ! répéta-t-elle en paniquant.
- Alika, ça va te faire du bien, tenta d'articuler sa mère à demi aspergée d'eau.
- C'est froooooooiiid... geignit Alika.
- Chut, chut, intervint Yuka. L'eau est tiède, mais ton corps est tellement chaud que ça t'offre l'impression qu'elle est froide. Vas-y doucement, Balsa.
- Oh, j'y suis allée trop rapidement ?
- Peut-être.
- Oui ! répliqua vivement l'enfant malade avant de lâcher une quinte de toux profonde. »
Balsa ralentit d'allure et Alika plongea en arrêtant d'asperger sa mère.
« Fait froid... toussa-t-elle.
- Attend, j'ai une idée, sourit Yuka en s'emparant d'un savon fait avec du jus de yukkal. Ça pourrait probablement t'aider. (Elle en donna un autre à Balsa) »
Ensembles, elles frictionnèrent le corps de l'enfant qui réussit à se réchauffer tout en étant nettoyée. Une fois hors de l'eau, Balsa s'empressa de sécher sa fille et de l'habiller.
« Hé bin, tu n'es pas morte, rit-elle.
- C'est pas drôle.
- Je sais poussin.
- Toi t'es mouillée !
- À cause de qui ?
- De toi.
- Non, de toi.
- C'est toi qui m'as plongée trop vite dans le bain.
- Un point pour toi, soupira-t-elle. Mais reste pareil que tu m'as aspergée, on s'entend là-dessus hum ?
- Eh... »
Une fois recouchée, Alika partit dans un profond sommeil qui durerait probablement toute la nuit et le début de la journée suivante.
Et voilà le chapitre 6 !
Étrangement, durant la rédaction, j'ai vraiment eu l'impression que c'était long à force de traduire... je crois que j'ai le malheur d'annoncer que cette fanfic risque d'être très courte... mais enfin bref, passons.
Ba-Chan est de retour ! (après 1 chapitre et demi d'absence, ce qui, pour moi, m'a semblé long...) Et on aura droit à quelques tranches de vie à Kanbal ! Et je dois avouer qu'il y avait beaucoup de « toi » vers la fin xD j'ai trouvé ça comique !
