Bonjour ! ~ Comment allez vous aujourd'hui ? :D Nous y revoilà pour un nouveau chapitre... Intéressant ma foi ! Ca y est, c'est le grand jour, je commence à officiellement m'amuser ! Voilà pourquoi j'espère vraiment que vous allez apprécier votre lecture autant que j'ai apprécié l'écriture de ce passage.

On se retrouve en bas !

Les violons retentissent depuis mes hauts parleurs posés à même le sol, suivis par les autres cordes et vents, qui rythment ensemble une mélodie que j'apprécie tout particulièrement : joyeuse, dansante, puissante. Le sourire aux lèvres et fredonnant les airs que je connais par coeur après tant d'écoutes, je me redresse depuis le capot abîmé d'une voiture vivant probablement depuis au moins quinze ans, avant d'en faire le contour en sautillant comme les ballerines. Ca a l'air si facile, comme ça… Pendant les cours de danse, c'est beaucoup moins drôle. Je soupire pendant que mes bras redeviennent ballants. Ca me rappelle que j'ai cours ce soir. Je me gratte le front. J'espère que cette fois, je serai motivée, et j'arriverai à ressembler à quelque chose. Mais bon, ça fait quelques temps que j'ai abandonné cette idée. Pourtant j'ai pris goût à la danse il y a des années de ça, et j'aime véritablement me déchaîner sur la musique, mais là… C'est comme si j'avais une panne.

Je me ressaisis pendant que les violons partent en crescendo et redresse les épaules, après tout, c'est pas en restant inactive même au travail que je vais retrouver motivation à quoi que ce soit. Donc au boulot !

Ma bouche reprend immédiatement sa chansonnette pendant que je me penche en avant, admirant les roues du véhicule.

- Tadadadadaaam…

Je m'accroupis et dévisse à la force des mes poignets les boulons de la roue avant gauche, maintenue fermement en l'air par un cric.

- Tididididiiim !

Ma voix aiguë accompagne la mélodie pendant que la roue se laisse dévisser gentiment. Au moins une tâche que j'arrive à accomplir sans rien louper. Mes pauvres mains finissent toutes noires mais le résultat est propre.

- Mmmhmh…

- … Lie !

J'arque un sourcil. Il me semble entendre une voix lointaine et étouffée. Serait-ce mon imagination ? J'hausse les épaules, j'aurai bientôt la réponse dans tous les cas, pas de raisons de s'affoler. Je continue de fredonner en retirant la roue que je soulève de mes propres bras, avant de la poser au sol et de la faire rouler dans un coin où elle pourra se reposer tranquillement.

Lorsque je me redresse, je pousse un petit cri. Mon patron se tient devant moi, à à peine un mètre, le téléphone fixe de notre garage dans les mains. Il a l'air essoufflé. Le pauvre, c'est à cause de moi ? Je n'ai pas le temps de poser aucune question, il part baisser le son de mes hauts parleurs qui crachent toujours, avant de tendre le bras dans ma direction.

- Rosalie. Il reprend en déglutissant.

- Oui ? J'incline les sourcils.

- Pense à mettre la musique moins fort la prochaine fois. Ca fait une minute que je t'appelle !

- Je suis désolée. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je demande en évaluant le mobile dans ses mains.

- Une amie te demande au téléphone, elle dit que c'est urgent.

J'écarquille les yeux. Urgent ? Qui peut bien m'appeler en prétextant une urgence à une heure pareille ? La matinée n'est même pas encore finie !

- Qui c'est ? Je demande prestement.

- Alice. Elle s'appelle Alice.

Je pousse un cri. C'est Lice ! Qu'est-ce qui peut bien lui arriver ? Pas une seconde à perdre, je me jette sur le téléphone en le remerciant, avant de plaquer l'appareil sur mon oreille droite.

- Lice ? Tout va bien ?

- Rosie ! Enfin ! Elle soupire de soulagement à l'autre bout du fil.

- Tu as eu un accident ?! Je demande aussitôt.

- Quoi ? Non ! Non, pas moi.

- Pas toi ?! Je panique encore plus.

- Non. Rosalie, écoute ! Calme-toi.

Je prends le temps d'inspirer. Calme. Apparemment, tout va bien. Sinon, connaissant Alice, elle serait venue en personne, avec des réserves de ventoline pour calmer son asthme d'hystérie et déjà les pompiers aux trousses.

- D'accord. C'est bon, je vais bien. Je finis par soupirer. Pourquoi tu m'as demandé ?

- Ecoute, c'est… Délicat, mais tu es la seule envers qui j'ai réellement confiance et surtout, je sais que tu es en ville.

- Oui enfin, dans les alentours. Je précise.

- Justement, c'est parfaitement suffisant.

- Explique-toi.

Je l'entends hésiter.

- C'est… C'est Emmett.

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Je souffle en passant une main dans mes cheveux. Bon, maintenant quoi ? J'en sais rien, j'ai surtout envie de me calmer. La maison n'est pas des plus petites, et pourtant j'ai littéralement la sensation d'étouffer quand je suis là-bas. Tant pis pour maman probablement morte de trouille, tant pis pour Lice, tant pis pour Eddie, mais je pense qu'il s'en fiche.

J'ai les nerfs.

Je crispe la mâchoire en plongeant mes poings serrés dans les poches de ma veste, jetant un oeil autour de moi. Rue passable. Pas beaucoup de charme, comme tout ici. Il y a tant de choses à faire, et pourtant on s'ennuie à mourir. Surtout avec une famille comme la mienne.

Je sais, je sais. Pas cracher dans la soupe, pas mordre la main qui nous nourrit. Mais sérieusement, j'en ai marre de prétendre chaque fois que je fous le pied dans ce stupide village de banlieue, qui lui-même prétend d'être une ville. Les choses sont ce qu'elles sont, même si ça nous plaît pas.

Cherchez l'originalité, pas vrai ? Un père qui n'est pas votre vrai père. Où il est, le vrai ? Même ma mère me donne parfois l'impression d'être absente, occupée à autre chose, occupée à ordonner sa petite vie tranquille avec ses enfants et son mari. Mais c'était pas ça, avant. Je le sais quand même, je suis pas fou. Et j'en ai marre qu'on me regarde avec des yeux ronds quand je rappelle que moi, j'ai pas toujours goûté aux plaisirs de la vie. Enfin merde, ça se saurait si changer de père du jour au lendemain et avoir des frères et soeurs guérissaient tout dans une vie. Je serais pas parti dans les hautes montagnes, j'aurais peut-être même pas eu ce caractère. Celui du fameux géniteur. Il me dégoûte, mais par pure provocation, je vais jusqu'à lui ressembler. C'est tordu, hein ? Tout comme cet endroit. C'est pas chez moi. Même là-haut, au fond, c'est pas chez moi. Mais au moins je l'admets, au lieu de m'asseoir à table avec un grand sourire en attendant le couscous.

C'est peut-être de la mauvaise foi, sûrement même. Pourquoi eux n'auraient pas le droit d'être à leur place ? C'est vrai, ils n'ont rien demandé. Moi non plus, je suis le moins chanceux des trois, voilà tout. Et au moins j'ai eu un toit et de l'amour pour m'épanouir, m'épanouir seul, mais m'épanouir quand même. Je soupire. J'en ai marre, je vois pas le bout de ces tunnels interminables. Voilà pourquoi je n'aime pas rentrer. Parce que je suis confronté à ce que j'évite sans cesse, une vie de famille, un lien auquel on s'engage. Je n'y arrive pas. J'ai quand même tout plaqué pour aller me construire une cabane à quelques milliers de mètres d'altitude, rappelons-le. Si ça n'est pas assez significatif de mon état d'esprit, alors je ne sais pas ce qui leur faut de plus. Ils pensent que ça fait plus de mal à qui, hein ? C'est facile de traiter d'égoïste quand on ne voit que le bout de son nez. Alors certes, si je suis aussi écarté de la civilisation, c'est pour mon propre bien. Parce que là haut, rien ne m'atteint. Je suis paisible, et vis cette utopie que je m'étais construit quand j'étais encore qu'un gosse. Vivre sans problèmes. Vivre sans ces crasses qui nous envahissent dès qu'on est près des autres. Parce que les autres, et il faut se le rentrer dans la tête, les autres ne sont et ne seront jamais assez proches de vous pour comprendre vos pensées, ni ce que vous voulez au fond. Il y aura toujours conflit, ou pire, lassitude. Moi et la nature, c'est tout ce qu'il faut pour être bien. Même si parfois mon coeur me gémit l'inverse, je ne l'écoute pas, je suis sourd. Je le fais pour mon propre bien.

Et descendre, revenir jouer l'hypocrite en bas, c'est de la torture.

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Je regarde à travers la fenêtre de la réception du garage, le téléphone fixe toujours placé sur mon oreille, pendant qu'Alice m'explique la situation. Je reste muette, fixant au dehors en tentant d'assimiler le plus d'informations possibles qu'elle me donne en un temps record.

- Encore une dispute avec mon père… Mais maman s'en est mêlée… Et c'est jamais bon tu sais, mais je pense qu'il s'est vraiment senti triste et seul. Enfin bref, il a pris sa veste et a foutu le camp, sans nous dire où il allait. Moi au départ, je ne voulais pas faire de scène, mais je dois t'avouer que pour le coup, il est vraiment très énervé… Il a des sortes de… Crises ? Je sais pas trop te dire. Mais c'est compliqué et j'ai pas envie de tout te raconter sans son accord tu comprends… (Elle soupire.) Tout ça pour te demander, je t'en supplie, de l'interpeller si tu le croise. D'accord ? Il n'ira jamais de lui-même dans le centre de la ville, il va sûrement rester aux alentours, donc précisément proche de ton garage. Enfin, je suppose. Mon frère et mon père vont partir fouiller les champs et forêts à proximité, et moi et maman on attend à la maison au cas où il reviendrait.

C'est au bout de la longue minute de silence qui suit que je comprends qu'Alice a fini sa tirade. Alice ne finit jamais une tirade. J'inspire profondément, une main tripotant nerveusement le pendentif de mon collier. De ce que j'ai compris, il y a eut un énième conflit parents/enfant, mais plus violent, je suppose que des vieux reproches ont refait surface. Quelle situation délicate pour moi, qui ne suis au courant de rien mais me dois d'intervenir si je le croise. Qu'est-ce que je lui dirais ? Dois-je être de son côté ?

Je secoue la tête. Je n'ai aucun côté à prendre. Je dois juste… Le ramener chez lui. C'est drôle, ce genre de moments, où on se rend compte qu'on n'a vu seulement la surface de l'iceberg concernant quelqu'un. J'espère juste, peu importe ce qu'il a pu dire pendant la dispute, qu'il ne va pas se mettre en danger comme le font tous les garçons énervés. Réflexe si stupide.

- D'accord Lice. Je finis par répondre. Je te tiens au courant.

- Merci, mille mercis. On se voit ce soir à la danse dans tous les cas.

- D'accord. A tout à l'heure.

- Je t'embrasse.

Je raccroche, légèrement tremblante. Pourquoi suis-je en proie à une telle frayeur ? Peut-être qu'inconsciemment, cet accès de colère m'en rappelle d'autres. Les cris, les portes qui claquent, les nuits passées seule morte d'inquiétude… Je m'en souviens comme si c'était hier. Je fronce les sourcils, m'agrippant plus fermement au pendentif que j'ai depuis que je suis toute petite. Il est temps que je passe au-dessus de ça. En parler à Alice m'avait fait un bien fou, et pourtant je suis encore prise au piège d'une relation qui n'existe plus. Comme si elle s'était ancrée sous ma peau. Je baisse les yeux vers mes mains, que j'admire trembler. Puis, décidée à reprendre mes esprits pour mon amie, je les serre jusqu'à ne les voir plus que livides, si dures qu'elles ne peuvent plus broncher.

Lorsque je lève le nez, tout se passe très vite.

Une veste qui flotte au vent, des cheveux sauvages et un regard énervé, en plus d'une carrure qu'on ne croise pas souvent. Je ne réfléchis pas plus et m'élance vers la porte, l'ouvrant à la volée sous le regard surpris de mon patron. Je ne le laisse pas me retenir et laisse l'entrée ouverte derrière moi pendant que je m'élance vers Emmett, que je vois déjà s'éloigner. Je continue de pousser sur mes foulées, mais je suis partie trop tard, et son pas rapide ne se laisse pas faire. Finalement, je laisse ma voix s'écrier.

- Emmett ! Attends !

Je le vois se figer, et en profite pour ralentir considérablement, essoufflée d'autant d'adrénaline. C'est bon, il m'attend. Il m'attend. Tout mon corps se relâche, toutefois prêt à repartir d'un bond au moindre affolement, et je le rattrape en trottinant.

- Emmett… (Je déglutis).

Il me considère, et c'est là que je me rappelle que je n'ai, à priori, aucune raison de l'arrêter en pleine ballade en criant et en lui courant après comme je viens de le faire. Va-t-il s'énerver s'il apprend qu'Alice m'a appelé pour le chercher ? Je n'ai pas envie de payer les frais de sa colère, vraiment pas…

- Oui ? Il demande sèchement.

Je sursaute intérieurement. Oui, il me paraît clairement plus froid que d'habitude, je vois la différence. Je suppose qu'après tout il faut voir toutes les facettes d'une personne si on souhaite réellement la connaître, et je doute qu'Emmett m'aurait volontairement montré celle-ci pour épaissir mon enrichissement personnel. Il faut se ressaisir, Rosalie !

- Je… Je commence, avant de tousser dans ma barbe.

Il se tait et m'écoute.

- Je… Ca va ?

Pi-toy-able. Je retire ce que j'ai dit, cet homme a le droit de me frapper au visage pour me punir d'une telle tentative. C'était tellement brillant, il ne va se douter de rien, c'est sûr. Ah, si, peut-être que je suis une psychopathe qui rêve de lui la nuit et qui veut absolument trouver une excuse pour lui parler, mais ça, ça aurait été dans son état normal, et pas pendant une crise de nerfs comme celle-là. Donnez-moi un prix nobel.

Il fronce les sourcils, je baisse légèrement les yeux.

- C'est Alice qui t'a appelé ? Il grogne.

- Je… (je pèse le pour et le contre, et, sur ce coup-là, je préfère être honnête.) Oui. Elle m'a dit de venir te voir si… Tu passais par là.

Il soupire en détournant la tête, j'en profite pour l'observer. Tiens, une veine sille son front. Je ne compte pas les secondes qui s'écoulent avant que ses yeux ne croisent les miens par surprise, m'arrachant un léger sursaut.

- Je suis désolé. Il finit par soupirer en enfonçant un peu plus ses mains dans ses poches.

Je le dévisage un instant. Ah bon ? Oh. Soit. Je… D'accord.

Ca me fait tout bizarre qu'il s'excuse tout à coup, je ne méritais aucune attention du genre, à vrai dire. Mais passons, je préfère coopérer.

- C'est pas grave. Je balaye. Est-ce que tu… Est-ce que tu veux continuer de prendre l'air ?

- Oui, encore un peu. S'il-te-plaît. Il ajoute immédiatement.

J'arrondi légèrement les yeux. C'est-à-dire que bien sûr, c'est un adulte, plus vieux que moi il me semble même, il n'a clairement pas besoin de ma permission. Mais quelque part, c'est attachant, et ça a le don de me rassurer sur ses intentions que je trouvais floues. Je regarde un instant autour de nous, nous ne sommes pas loin de mon garage, mais je ne veux le forcer à rien. Avant que je ne parle la première, il ouvre la bouche.

- Tu… Tu étais en train de travailler ?

J'hoche silencieusement la tête. Il acquiesce à son tour, hésitant, puis finit par enchaîner.

- Je veux bien… Rester avec toi pendant que tu travailles.

- Vraiment ? Je demande, légèrement béate.

- Oui. Ca va me changer les idées. Et j'aime bien les caisses.

Mon sourire part tout seul, et je le soupçonne d'être attendri. Il ne fait aucune remarque et y répond même, avant de faire demi-tour. Je me remets à ses côtés.

- Oh et il faudrait aussi prévenir Alice… Il reprend.

- Ne t'inquiète pas, je m'en occupe. Dis-je alors même que j'envoie le message.

- Bien. Il paraît soulagé. Alors, raconte-moi un peu ta vie. Qu'est-ce que tu fais ici ?

Nous sommes de retour devant la voiture dont je m'occupais tout à l'heure, et il prend place sur un banc abîmé non loin de là, croisant les mains entre ses genoux écartés. Je le détaille un instant avant de me saisir de ma clé à molette.

- Je… J'ai grandi dans un autre village. J'entame timidement pendant qu'il hoche la tête, me suivant des yeux.

Je m'accroupis et fais mine d'examiner la carrosserie, en réalité en train de réfléchir à ce que je pourrais bien lui dire. Comme il ne dit rien, je continue sur ma lancée.

- En fait j'ai même grandi à l'autre bout du pays. (Je me décale du côté soulevé de la voiture, où j'avais retiré la roue) Avec ma mère et mon père, je suis fille unique. J'ai juste des cousins avec qui je suis très proche. (Je poursuis en nettoyant la voiture d'un torchon depuis où je me trouve) Et… Oui, j'ai passé mon enfance avec eux. Presque uniquement eux, en fait. Avant le lycée, j'ai déménagé dans une ville pas très loin d'ici, parce que mes parents ont divorcé. C'était difficile et j'ai senti ça comme une déchirure, surtout avec la relation très intime que j'entretenais avec mon père. Malheureusement, c'est avec ma mère que je suis partie, pour tout un tas de raisons et surtout judiciaires. Je suis allée au seul institut public du coin. J'ai rencontré pas mal de monde, dont l'apparente copine d'Edward, Bella… Je me suis entourée de ces personnes pendant ma puberté. Ils m'ont beaucoup aidé à avoir des relations normales et sortir le soir comme une fille de mon âge, alors que je me sentais perdue vis à vis de moi-même, à cause du divorce de mes parents et de la relation ambiguë qui s'est installée entre eux peu de temps après. Je comprenais rien à cet âge là. Enfin bref, des années plus tard, je suppose par un heureux hasard, on s'est tous plus ou moins retrouvés ici. Certains sont partis, bien sûr. J'ai de très légers contacts. (Je m'essuie le front) J'ai décidé de prendre des cours de danse étant donné que c'est le sport que je pratique depuis ma tendre enfance, et Alice était dedans. Théoriquement, ça fait plus d'un an qu'on se connaît, mais on ne s'était jamais parlé avant ce fameux jour où je l'ai surprise en train de pleurer dans les toilettes.

Pendant que je répare la voiture machinalement, comme à mon habitude, je laisse aller mes pensées et je ne me rends plus vraiment compte de ce qui peut sortir de ma bouche, emportée par le flot de mes pensées.

- Je sais pas ce que j'ai pensé sur le coup… J'ai eu pitié, c'est clair, mais à cette époque, qui n'est pas si lointaine, j'étais moi aussi très mal en point. Alors je l'ai consolé immédiatement et (j'ai un petit rire amer) on s'est mises à pleurer ensemble. C'était très spécial, mais on en a ri après, en disant que ça faisait du bien de relâcher la pression comme ça. Et puis, tout naturellement, on s'est mises à discuter de nos vies, comment on en était arrivées là. On s'est rapprochées très vite. C'est pour ça que je suis probablement sa seule amie à savoir à quelle point elle est… Fragile, en réalité.

J'incline la tête, à deux centimètres du véhicule, comme si c'était à lui que je parlais.

- Parce que c'est vrai. Elle est si… Extravagante et joyeuse, alors qu'en parallèle on peut facilement la briser en mille morceaux, j'ai goûté au désastre. Elle est si consciencieuse… Ca a ses avantages, mais j'essaye de lui apprendre à être plus froide, plus directe, étant donné que c'est apparemment ma spécialité. Je sais pas, je… Je suis comme ça. (J'hausse les épaules) Avant, on me disait plus douce, mais j'ai pris comme qui dirait du poil de la bête. Grâce, ou à cause, je sais pas encore, de mon ex, qui était un vrai con il faut se l'admettre. J'étais jeune… Je le suis toujours, mais depuis que je l'ai quitté, j'ai l'impression d'avoir pris quinze ans au moins. C'est la maturité. Enfin bref, à l'époque, je ne l'avais clairement pas. Comment tomber dans le panneau d'un beau parleur comme ça ? Je me suis bien faite arnaquée oui. (Je soupire) Enfin, c'est une longue histoire et c'est pas ce qu'on raconte aux premières présentations, enfin je crois pas, et puis ça fait encore mal même si ça fait un an. Un an, et j'ai encore la sensation d'être une coquille vide des fois. C'est… Assez désespérant.

Je secoue la tête en replaçant une nouvelle roue dans le trou libre, avant de visser à moitié les écrous. Enfin, je retire doucement le cric pendant que la voiture revient au sol, et je referme toutes visses avec fermeté, appuyant sur la clé avec mon pied. Lorsque je lève les yeux, il est toujours là, assis les jambes ouvertes mains jointes, yeux rivés vers les miens. Je déglutis. J'ai peut-être un peu trop raconté ma vie, là ?

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Je la fixe pendant qu'elle est occupée à sa tâche, buvant ses paroles depuis le début, ayant même cessé de faire trembler ma jambe droite. Je la suis des yeux pendant qu'elle contourne le véhicule, pendant qu'elle refait sa couette, pendant qu'elle donne des coups de pied dans la clef à molette. J'entends ce qu'elle me raconte et je vois ce qu'elle me décrit, j'attrape les détails qu'elle m'envoie inconsciemment, puisque tout ça, c'est Rosalie. Son caractère faussement froid, ses folies avec ma soeur, son passé, son futur. Des petits bouts du puzzle que j'ai obtenu parfaitement gratuitement, comme un voleur.

Je ne me fais pas d'illusion. Je sais que c'est uniquement la surface de l'iceberg. Mais je ne peux pas m'empêcher d'être profondément curieux. Chaque passage qu'elle évoque sans développer, j'ai envie qu'elle m'en parle, plus, quitte à y dédier une heure s'il le faut. Ses parents ? Son ex ? Comment elle se voit ? Ca m'intrigue, beaucoup même.

Je lui trouve soudain plus de charme que cette ville entière.

C'est peut-être sa façon de parler, de son histoire mais aussi d'elle-même, avec autant de sarcasme, aussi peu de foi, sûrement à cause des mauvaises personnes qu'elle a rencontré sur son chemin. Plus je nous trouve des points communs, plus je nous trouve différents. C'est tout simplement mystérieux, et surtout très tentant comme chemin.

Je me rends compte qu'elle me regarde. Je ne sais pas depuis combien de temps. Mais je voudrais qu'elle parle de nouveau, qu'elle se laisse aller, dans son naturel que j'ai pu apercevoir en si peu de temps. Je suis sûre qu'elle est capable de montrer beaucoup de choses. Je souris légèrement. Elle répond, hésitante, et je souhaite la mettre à l'aise.

- Ne t'inquiète pas. Je déclare après m'être raclé la gorge. J'ai bien aimé t'écouter.

Je lis sur son visage que, même si flattée, elle est gênée. Elle baisse les yeux vers le sol en souriant légèrement.

- Ouais. Elle finit par déclarer en s'étirant. C'était une petite tirade sur comment j'ai atterri ici, mais comme tout aux alentours, c'est pas bien passionnant.

- J'ai trouvé ça intéressant, au contraire.

Elle paraît surprise, mais contente. Moi, je suis surtout heureux d'obtenir autant de naturel de sa part quand elle est près de moi. De ce que j'ai pu apercevoir le reste du temps, sauf avec ma soeur bien évidemment, il y a cette sorte de barrière gênante et étrange que, malheureusement, je n'arrive toujours pas à m'expliquer.

Un jour peut-être ?

Soudain, un bruit me fait tourner la tête. J'aperçois une voiture garée sur le parking caillouteux, que je reconnais bien trop vite. Mon visage s'assombrit et ma mâchoire se serre quand Carlisle sort de la voiture.

J'entends Rosalie pousser un "oh" de surprise, ne sachant sûrement pas comment réagir. Ce n'est pas grave, ce n'est pas sa faute. Lui, en revanche…

- Eh, j'étais bien là. Je grogne en m'avançant vers lui, laissant la blonde derrière.

- Emmett, calme-toi.

- Justement. Justement Carlisle, j'étais calme, j'étais en train d'oublier. Mais toi tu te sens obligé de te pointer pour venir me chercher de tes propres mains, comme si tu voulais me couper la tête et l'accrocher comme putain de trophée dans ton salon.

Il s'arrête dans sa marche vers moi, je lis la surprise et la peine, mais je n'en ai que faire. Je sens la colère couler à petit flot dans mes veines.

- Tu vas rentrer avec moi. Il finit par reprendre. Ta mère est morte d'inquiétude.

- Ah oui, ma mère. Je commente ironiquement.

- Oui, tu en as une Emmett, que ça te plaise ou non. Il hausse le ton.

- Tu sais quoi ? C'est exactement ça.

Je me rapproche de telle sorte à n'être plus que quelques centimètres de son visage, plissant les yeux pleins de reproches vers les siens qui ne se démontent pas.

- T'as tout compris, papa.

Je reprends ma marche, lui bousculant l'épaule au passage, vers la portière passager de la voiture. J'ouvre, et glisse une jambe à l'intérieur avant de lever les yeux vers Rosalie, toujours debout là bas. Mon beau-père ne prend pas la peine de lui adresser un mot et grimpe derrière le volant. Elle tourne ses yeux vers moi, visiblement perdue et comme emplie d'une certaine empathie. Je baisse les miens, avant de m'asseoir définitivement et claquer la porte, pendant que le moteur démarre.

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Nous sommes tous en train de nous étirer, mais je ne peux qu'être distraite, étant donné qu'Alice n'est pas à mes côtés. Ca, et la disparition soudaine d'Emmett ce matin, enlevé par son père, sans un mot… Je sais bien que ça ne me concerne pas, mais bon. J'y ai un peu trempé les doigts, tout de même.

Soudain, les portes battantes à l'arrière se font pousser, et je reconnais la petite jeune femme trottiner jusqu'à moi, posant ses affaires dans un coin au passage.

- Lice ! Je m'exclame en murmurant pendant qu'elle reprend les mêmes étirements que nous, posant sa jambe haut sur une barre.

- Oui. Désolée du retard. Elle murmure en retour.

- Rapport avec ton frère ?

- Ca ? Oh, non, c'était un problème de transport.

J'ai un petit rire, elle m'adresse un clin d'oeil.

- Merci, d'ailleurs. Tu nous as sauvé la mise !

- A ce point ? Je m'étonne en changeant de jambe.

- Bah, je m'attendais à ce qu'Emmett soit explosif en rentrant. Il m'avait l'air bien parti. Mais non, il s'est juste étrangement tu et est parti dans sa chambre. Il fait souvent ça, ces temps ci. Je suis allée le voir, et on a parlé de tout et de rien, comme d'habitude. Non, vraiment rien n'a été plus violent que la dispute de ce matin. Alors merci. Elle ponctue sa phrase d'un sourire.

Je réponds, bien que légèrement perdue.

- Comment avance tes CV ? J'enchaîne, toujours en imitant la professeure.

- Bien ! Comme je te l'ai dit, j'ai eu pas mal de réponses, je vais avoir des entretiens bientôt.

- C'est super ! Je savais que tu étais un bon élément. Ceux qui t'ont viré étaient des cons.

- Mouaif. Elle hausse les épaules.

- Arrête un peu. Je fronce des sourcils.

Elle tire la langue, je lève les yeux au ciel.

- En place ! Exige la professeure en tapant dans ses mains.

Je soupire en m'ajustant devant les grands miroirs. Ils sont si imposants, avec les lumières jonchant les côtés… J'inspire légèrement. Allez Rosalie, mets-y du tiens. C'est pas possible de perdre des années de danse dans les membres ! C'est peut-être dans ta tête, après tout. Relâche-toi et laisse la musique t'envahir…

En vain. Les premiers pas sont déjà catastrophiques. Je soupire. Quitte à ce que ça soit un désastre, autant y mettre de l'énergie.

Et voici ! Sautez sur le bouton review et dites moi ce que vous en pensez ! :D A très bientôt pour la suite !

Un grand merci à Gwen Who, je suis très contente de voir que tu suis toujours ma fiction avec autant d'intérêt, et je suis également ravie de l'effet que mes chapitres te font ! Un plaisir ! J'espère que cette suite sera à la hauteur, et qu'elle t'amusera en même temps (même si ce n'est pas le chapitre le plus joyeux, je compte bien mettre une petite dose d'humour de temps en temps ;)).

Egalement gros merci à Une inconnue, je suis très, mais alors très contente que toi aussi tu aimes lire ma fiction, surtout que j'ai pensé à toi en écrivant ce chapitre, étant donné qu'on commence à en apprendre un peu plus sur Rosalie ! Mais bon, tu commences à me connaître, faut laisser trainer un minimum de mystère... Je suis si cruelle, ahaha ! Ca me touche beaucoup que tu complimentes la profondeur de mes personnages, étant donné que c'est une chose qui me tient spécialement à coeur. J'espère que la suite te plaira tout autant !