Hellow !

Voici une nouvelle histoire sur ce recueil. Ce sera la plus longue depuis le début, puisqu'elle sera en six parties. Du coup, j'espère vraiment que ça vous plaira, parce que sinon ce sera laborieux... Et puis, je vais y introduire beaucoup d'éléments de l'univers, alors ce serait dommage de passer ce pairing.

Dédicace à tous les gens qui m'ont dit "nan mais, c'est obligé que Ventus soit avec Vanitas". J'ai ri. Fort. (De manière générale, ne vous attendez jamais à me voir écrire du VanVen en fait, ça me file des boutons, désolée.)

Petite précision : les parents de Ventus sont Cécil et Rosa, de FFIV, et les parents de Sora sont Linoa et Squall. Valà valà. Je ne sais pas s'ils seront très IC, par contre, j'avoue que je les maîtrise assez mal.

Bon, c'est une histoire avec des enfants qui grandissent, alors j'y parle beaucoup du système scolaire français, sans forcément tout expliquer. Du coup, si vous êtes francophone mais pas français et que ça vous pose souci pour comprendre l'âge des persos ou quoi, n'hésitez pas à prévenir, et je ferais de mon mieux pour vous expliquer !

Bonne lecture !


Scène 4, partie 1 : happiest of times

Ventus fut doté d'un compte à rebours excessivement court.

Mille sept-cent soixante-trois jours. Un peu plus de quatre ans.

« Ce sont des choses qui arrivent, affirma l'infirmière aux parents fatigués, mais ce n'est pas très courant, en effet. Je crois bien que c'est le premier dans cet hôpital !

-Ce n'est pas… préoccupant ? s'enquit la mère, d'une voix où transparaissait encore l'épuisement. Je veux dire... »

Le médecin qui avait injecté le compte-à-rebours au poignet du nourrisson secoua la tête, une sourire paternaliste aux lèvres.

« Rien de très grave, non. Ils seront amis durant leur enfance, et lorsque l'heure viendra, ils comprendront qu'ils sont destinés l'un à l'autre, voilà tout. Ce sera sûrement plus simple pour eux que pour beaucoup de personnes. Votre fils a beaucoup de chance. »

Le père ne parla pas. De façon générale, il ne causait pas énormément, mais il écoutait attentivement. Il jeta un coup d'œil vers son enfant, un tout petit bébé endormi dans l'un des berceaux en plastique de l'hôpital, tout fripé. Il ressemblait davantage, pour l'heure, à une patate qu'à autre chose.

Il était soulagé. Ventus n'attendrait pas son âme-soeur pendant très longtemps. Sa vie serait facile, au moins. Il aurait toujours quelqu'un sur qui compter. Lui, durant toute son adolescence, avait vécu un manque insoutenable, avant de rencontrer sa présente épouse.

Oui, Cécil était persuadé qu'avec son âme-soeur à ses côtés, son fils pourrait tout surmonter.

Il n'était pas inquiet.


Le petit garçon souffla bruyamment.

On voulait l'emmener au parc. Et il voulait y aller, au parc, oui, bien sûr ! Le parc, Ventus aurait pu y passer toute son existence, si ses parents ne l'obligeaient pas à rentrer pour goûter, ou dormir, ou aller à l'école, ou...

Bref. Il aimait le parc. Il faisait beau, mais pas trop chaud, et il n'avait qu'une hâte : courir dans tous les sens pour échapper aux espions qui le recherchaient pour lui soutirer les informations ultra secrètes qu'il détenait – tellement secrètes que même lui n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être. Ou peut-être recruter une troupe de marins pour partir naviguer à bord de son bateau pirate, quoiqu'il ne se sentait pas d'humeur à essuyer une inévitable mutinerie.

Bon, mais voilà, sa mère n'en finissait pas de le préparer. À l'heure présente, elle tentait de le coiffer, en lui arrachant la moitié des cheveux au passage. Ventus avait appris à ses dépends que broncher et s'agiter ne rendait le supplice que plus long encore, alors il endurait en silence, grimaçant le moins possible.

Son frère passait parfois lui jeter une regard curieux et lui adresser un grimace ou des gestes interdits. Sa mère se trouvait bien trop occupée avec sa tignasse pour prêter attention à Roxas, perché sur les marches de l'escalier.

« Mais comment tu fais pour toujours te retrouver avec des nœuds pareils ? Ce ne sont plus des cheveux, c'est un nid d'oiseaux ! Je ferais peut-être mieux de tout couper...

-Maman, nooon ! supplia Ven. On y va, maintenant ? »

Et pourquoi est-ce qu'il fallait qu'il mette ses nouveaux habits ? Il allait les abîmer... Même si sa mère lui demandait de faire attention, ces choses-là ne se contrôlaient pas ! Les vêtements finiraient sales au bout d'une heure, peut-être écorchés, peut-être décousus, qui pouvait savoir ? Ventus ne le faisait pas exprès. Il jouait, il oubliait, et au bout du compte, ses affaires s'usaient toutes seules. Bah, lui, il s'en fichait, mais il ne comprenait pas vraiment la logique de sa mère.

« Attend un peu, Ven ! Tu dois être présentable.

-Mais pourquoi ? » geignit l'enfant.

Soupirant, sa mère posa la brosse à cheveux et se mit face à lui, prenant les petites mains de son fils entre les siennes.

« On en a déjà parlé, expliqua-t-elle. Tu te souviens ? C'est un jour très spécial, aujourd'hui. »

Et elle lui tourna doucement le poignet pour lui montrer les chiffres qui changeaient tout le temps. Ceux plus à gauche, qui représentaient le nombre de jours, étaient descendus à zéro et commençait à s'effacer doucement. Les autres, les minutes et les secondes, s'égrenaient encore doucement, mais plus pour longtemps. Oui, Ventus savait. Plus ou moins. On le lui avait souvent expliqué, mais tout ce patafouin restait abstrait, à ses yeux. Il voulait juste aller jouer...

« Tu sais ce que c'est ? » demanda sa mère encore une fois en désignant le tatouage.

Ventus l'avait depuis aussi loin qu'il se souvenait. Depuis une heure après sa naissance, on lui avait dit, et les chiffres n'arrêtaient pas de changer depuis. Quand il s'ennuyait, il aimait bien les regarder défiler. C'est comme ça qu'il avait appris à compter à l'envers.

Il savait que, lorsqu'il n'y aurait que des zéros, le tatouage ne bougerait plus, et alors Ventus aurait rencontré son « âme-soeur ». Son amoureuse ou son amoureux. Il savait que lui était encore un peu petit pour ça, que d'habitude les gens étaient adolescents ou adultes lorsque le compte à rebours s'en allait, mais que ce n'était pas très grave. Ce serait comme de trouver un copain de jeu.

Mais bon, des copains il en avait plein à l'école, c'était pas si exceptionnel ! Il espérait juste que l'autre enfant aimait bien jouer aux pirates et qu'il ne voudrait pas devenir le capitaine.

« C'est mon compte à rebours, répondit laconiquement Ventus.

-Et tu sais ce que ça signifie ?

-Que je vais rencontrer mon âme-soeur. On peut y aller maman maintenant ?

-Attend encore un peu, mon chéri. C'est important d'être tout beau. »

L'enfant ne prit pas la peine de répondre. Il ne saurait pas l'exprimer avec ses mots à lui, mais il ne voyait pas l'intérêt. Il n'y avait bien que les adultes pour faire attention à ce genre de choses. Et il lui semblait bizarre de se préparer de façon exceptionnelle pour quelqu'un qu'il allait voir très très souvent à partir de maintenant. Sa mère ne pourrait pas passer une heure à le peigner à chaque fois.

Mais il endura jusqu'à ce qu'elle finisse par prêter attention à l'heure et par s'affoler, replaçant deux ou trois mèches de son fils à la va-vite et lui prenant la main. Sur le chemin jusqu'à la porte d'entrée, son père lui offrit un signe de tête avec un sourire.

« Amuse-toi bien, bonhomme. »

Dans l'escalier, Roxas profitait de l'affolement de leur mère pour embêter son petit frère. Lui, son compte à rebours affichait un nombre que Ventus n'arrivait même pas à lire sans se tromper.

« Bon, allez Ven, on y v- Roxas, range ce majeur tout de suite ! On rentre avant le dîner normalement, ajouta Rosa en se tournant vers son mari. Tu donnes son bain au grand ? »

Après ces dernières recommandations, ils partirent.

Enfin !

« Maman, je peux aller jouer, maintenant ?

-Non mon chéri, pas encore. J'ai envie d'être là quand tu la rencontreras ! »

Sa mère rayonnait, mais Ventus avait le profond sentiment de s'être fait arnaquer. Voilà, ils se trouvaient au parc, et il était condamné à regarder les autres enfants s'amuser en restant assis sur son banc, tout seul, malheureux comme les pierres.

« Tu pourras aller jouer avec elle après. »

Sa mère se référait souvent à l'âme-soeur de Ventus comme d'un « elle », parfois comme « elle ou lui ». Il ne savait pas si ce serait une fille ou un garçon, mais il pensait que, s'ils étaient faits l'un pour l'autre, alors son âme-soeur devrait lui ressembler un peu en caractère, non ?

Ça pouvait aussi bien être une fille, remarque. Y en avait quelques unes comme lui dans les dessins animés. Raiponce par exemple, elle était trop forte, et puis blonde aussi, comme lui !

Toutes les secondes, sa mère jetait un coup d'oeil à sa montre ou au poignet de son fils. Lui, il regardait les autres gosses, qui le fixaient d'un air bizarre parce qu'il ne les rejoignait pas. Eh, ça ne l'enchantait pas non plus !

« Ne te gratte pas. »

Dommage. Il avait espéré qu'en frottant son poignet très fort, les secondes allaient passer plus vite.

Soudain, au bout d'une éternité, l'heure sonna, mais Ventus oublia de fixer son bras à ce moment-là.

00 : 00 : 00

Il croisa le regard d'un petit garçon aux grands yeux bleus curieux. Il s'accrochait aux plis du pantalon de sa maman, qui, visiblement, n'avait pas insisté pour qu'il se coiffe, parce que ses cheveux châtains partaient dans tous les sens, et ses habits étaient déjà tout tâchés de terre. Une pointe de jalousie le titilla en comprenant qu'il avait eut le droit d'aller jouer, lui.

Leurs mères commençaient déjà à discuter bruyamment comme le faisaient les mères, et à devenir copines. Ventus ne fit même pas mine de s'intéresser à leurs jacasseries.

Il fixait le garçon, qui s'était mis à lui sourire avec les dents. Il ne paraissait pas intimidé – Ven par contre, si, un peu, toujours au début, mais il prenait vite confiance.

« Salut, je m'appelle Sora ! T'es qui, toi ?

-Ventus. Mais tu peux dire juste Ven.

-Ok, Ven, on va jouer ? »

Pas trop tôt ! Il n'attendait que ça !

Les deux enfants faussèrent prestement compagnie aux adultes, sans dire bonjour ni au revoir, filant vers la petite structure de bois qui évoquait un bateau pirate.

« C'est moi le capitaine ! » hurla d'autorité Sora en se précipitant vers le gouvernail en plastique.

Ventus n'osa pas broncher, quoique le ressentiment fut présent. Mais il attendit, il guetta, s'affirmant davantage au fil du jeu, pour finir par se rebeller et hurler à la mutinerie. Sora ne connaissait pas le concept, alors il dû expliquer qu'en gros il l'attaquait pour devenir le capitaine à sa place.

« Beh pourquoi ?

-Quoi pourquoi ? Pour être le capitaine, c'est tout ! Parce que c'est mieux !

-Ah, fallait l'dire ! Tiens, t'es capitaine ! C'est mieux ? »

Et Ven fut contraint de lui expliquer que non, ça marchait pas comme ça, fallait se battre avec des épées – des bâtons, en fait – et puis être le plus fort ! Ce qu'ils firent, jusqu'à oublier pourquoi ils s'affrontaient au juste, et juste continuer à frapper les bouts de bois l'un contre l'autre le plus fort possible en riant.

Comme prévu, quand il fut l'heure de rentrer, les vêtements de Ventus étaient tout crasseux, mais sa mère ne fit même pas mine de le disputer. Elle l'avait même laissé rester plus longtemps que d'habitude ! Au final, lorsqu'il fut l'heure de partir, avec la promesse de se revoir, Ventus était content, encore plein de bonne humeur et d'énergie.

L'énergie ne dura pas, cependant. Une fois qu'il eut franchit le pas de la porte et se fut assis, ses yeux commencèrent à picoter et il somnola à moitié en attendant le dîner.

Au repas, ses parents lui demandèrent des détails sur son nouvel ami et leur jeu, pendant que son frère mastiquait son steak haché en le fixant d'un air bougon, jaloux de l'attention. Ventus fut plus que ravi de leur expliquer en long, en large et en travers son aventure en haute mer. Pour une fois qu'on l'écoutait ! Son père et sa mère souriaient et s'échangeaient des regards amusés.

« C'est fou, ils ont les même jeux et les même goûts ! J'ai bien fait de l'emmener au parc. Et la maman de Sora est très gentille, on doit se rappeler pour se revoir bientôt. »

Les yeux de Ven s'illuminèrent devant l'information.

« On va aller voir Sora ?

-Oui, ou bien il viendra à la maison. Ça te dit ? »

Ce à quoi l'enfant hocha vigoureusement la tête. C'était rare qu'un de ses copains soit invité chez lui, en dehors de son anniversaire, et il aimait bien Sora. Pour l'instant, il ne lui avait pas fait mal ni dit de choses méchantes, et ils ne s'étaient presque pas disputés. Ven regrettait presque la mutinerie, pour le coup, parce qu'on ne se mutinait pas contre un capitaine gentil...

Sa mère se contenta de lui sourire doucement, rassurée que tout se passe bien.


L'année suivante, les deux enfants furent placés dans la même école. Parfois, ils allaient manger l'un chez l'autre le midi, accordant ainsi un peu de répit à leurs parents à tour de rôle. À la récré, ils jouaient ensemble, mais rarement sans les autres enfants.

Ventus n'en pensait pas grand-chose. Il ne se posait pas de questions. Une fois arrivés à l'école primaire, il conclut que Sora était son meilleur ami, et qu'il le resterait toute sa vie.

Vie bien simple, d'ailleurs, facile et heureuse. Ses seuls soucis étant les quelques conflits avec son frère, les devoirs, et deux ou trois querelles avec Sora, qui ne duraient pas plus de cinq minutes. Ah, et sa lutte sans fin pour pousser ses parents à acheter un chien, parce qu'il fallait bien un peu de challenge !

Le premier incident, en tout cas le premier dont il se souvenait, remontait peut-être au CE1 ou au CE2. Tout le monde savait, pour lui et Sora, qui avaient les poignets intactes alors que ceux des autres dévalaient le compte à rebours peu à peu. Tous leurs camarades devaient attendre sept, dix, quinze ans...

Les premières interrogations commencèrent à tomber, sur l'amour aussi bien que sur d'autres sujets existentiels du genre « pourquoi le ciel est bleu », « pourquoi les gens meurent », « pourquoi il ne faut pas se baigner après avoir mangé », …Des préoccupations normales d'enfants découvrant le monde.

En cours d'Arts Plastiques, Ventus tentait d'aider Sora, qui s'acharnait à faire tenir sa sculpture d'allumettes à grand renfort de colle forte, devant les yeux amusés de quelques camarades répartis autour de la même table. Il ne réfléchissait pas assez, Sora, à cause de son enthousiasme trop grand. Il voulait toujours aller trop vite. Il faisait souvent le pitre en classe, mais sans le faire exprès, et s'il se faisait forcément réprimander et punir, c'était avec moins de sévérité que les vrais fauteurs de trouble.

« Bouh, il aide son amoureux ! fit un de leurs copains en les regardant.

-Bah... oui ? » répondit Ventus en penchant la tête.

Il saisissait bien qu'il se moquait d'eux, mais sans comprendre pour quel motif. Amoureux, dans sa tête, il ne s'agissait que d'un synonyme pour meilleur ami, à vrai dire. Et il fallait bien que quelqu'un aide Sora, qui se précipitait trop pour coller ses éléments ensemble en oubliant de consolider la base ! D'ailleurs, il aidait d'autres gens, aussi, parfois ! C'était si mal ?

« Bouh, les amoureuuux ! » renchérit le garçon.

Ven se tourna vers Sora, hésitant, espérant qu'il réponde à sa place, mais son ami se contenta de hausser les épaules, aussi perdu que lui face à cette réaction.

« Eh, intervint un autre élève, est-ce que vous vous faites des bisous ? »

Quoi ?! Les adultes faisaient ça, et c'était dégoûtant ! Ça ne leur viendrait jamais à l'esprit !

« Non ! se défendit Ven.

-Eh, ils se tiennent même pas par la main !

-Oh, laissez-les tranquille ! cria alors Kairi. Sinon j'vais le dire à la maîtresse, et puis c'est pas de leur faute ! »

Cela eut pour effet de les calmer. La petite fille sourit doucement à Ven, qui sourit aussi en remerciement, même s'il ne comprenait toujours pas ce qui venait de se produire. Tout le monde aimait quelqu'un, même si la plupart ne connaissaient pas encore leur âme-soeur. Ce ne pouvait pas être une mauvaise chose, alors, si ? Il ne voyait pas le mal. Est-ce qu'ils étaient jaloux ?

Et puis les paroles de Kairi, « c'est pas de leur faute », comme si leur absence de compte à rebours nécessitait de la pitié, comme si c'était ennuyeux...

Plus tard, bien plus tard, en y repensant, il réaliserait que les enfants ont tendance à se moquer des choses qu'ils ne comprennent pas tout à fait. Mais il y aurait encore des incidents et des remarques et des moqueries, qu'il ne parviendrait pas à saisir et qui lui feraient un peu de peine.

Sora, lui, ne paraissait pas prendre ombrage de la situation. Parfois, c'était même à se demander s'il saisissait qu'on se fichait de lui. Il répondait toujours avec bonne humeur, défendait toujours Ven mais sans jamais s'opposer franchement aux autres. Ven essaya de l'imiter, mais renonça vite. Il ne dégageait pas la même aura de confiance que son ami, et puis sa réputation de suiveur était déjà faite, alors que Sora faisait partie des leaders de la classe. Il l'admirait pour ça, bien sûr... Mais la jalousie s'immisçait également quelques fois, un peu, un « pourquoi il parvient à s'entendre avec tout le monde et pas moi ? » qui apparaissait et puis s'en allait, refluant comme une vague.


Il faisait nuit, mais Ven n'était pas fatigué. La mère de Sora venait de leur dire bonne nuit, après le film du soir, qu'ils pouvaient regarder en vacances parce qu'ils ne devaient pas se lever le lendemain. Il faisait presque noir.

Presque, parce que les lueurs des lampadaires en bas, dans la rue, projetaient une semi-luminosité assez inhabituelle pour Ven, plutôt habitué aux volets opaques de chez lui. Ven n'avait pas peur du noir, lorsqu'il se trouvait allongé dans le matelas gonflable, au pied du lit de Sora. En revanche, lorsqu'il allait aux toilettes la nuit, parfois... ça, c'était une autre histoire. Mais c'était soit affronter les éventuels monstres, soit faire pipi au lit, et il n'était plus un bébé.

Il dormait souvent chez Sora, et inversement. La première fois, il se souvenait que Linoa et Squall s'étaient presque excusés de l'accueillir, parce que l'appartement était beaucoup plus petit que sa grande maison à lui, parce que c'était moins décoré et qu'il y faisait un peu plus froid à cause de la mauvaise isolation, et qu'on y mangeait moins bien, vu qu'ils avaient moins d'argent. Ven ne voyait pas trop ce que l'argent venait faire là-dedans. Il aimait passer du temps avec Sora et il aimait bien ses parents, et il aimait même le petit appartement aux couleurs chaleureuses, et son odeur différente que celle de chez lui. Et il aimait bien manger des gnocchis au ketchup.

« Ven, tu dors ?

-Bah nan, ça fait que trente secondes qu'on est couchés.

-Même pas vrai, ça fait au moins cinq minutes ! » protesta Sora.

Ce disant, il se tourna pour fixer Ven du haut de son lit. En bas sur le matelas de sol, ce dernier faillit éclater de rire devant cette moitié de tête qui le fixait depuis un angle si incongru, mais se retint comme il put pour ne pas alerter les adultes.

« Non, cinq minutes c'est trop long.

-Ben euh, moi j'ai l'impression que ça fait hyper longtemps ! Mais c'est même pas de ça que je voulais parler ! se plaignit un peu trop bruyamment le garçon.

-Chuuut ! fit l'autre enfant.

-Ah, oui.

-Tu voulais quoi ?

-Bah, tu sais, t'es mon âme-soeur et tout, ça veut dire qu'on sera toujours ensemble, hein ? »

Se redressant sur son lit, Ven chercha le ton le plus solennel dont un gamin de huit ans puisse être capable.

« Bien sûr ! Ce serait trop horrible d'être séparé.

-Ah, cool... fit Sora avec une petite moue hésitante. Mais dis, promets-moi, on s'embrassera jamais comme les adultes, hein ? »

Quoi, cette chose dégueulasse ? Il avait vraiment besoin de poser la question ?

« Beh non, beurk ! Ça va pas la tête ou quoi ?

-Ah bon, ça me rassure ! soupira Sora, de nouveau guilleret et un peu trop bruyant pour l'heure tardive. Eh, viens demain on dit à mon père de nous emmener au planétarium ! Il dira oui si c'est toi qui demande.

-Mais j'aime pas demander !

-C'est l'seul moyen ! Ou alors, je dis que c'est toi qui veut. »

Après avoir pesé le pour et le contre, Ventus hocha la tête pour approuver. Ça lui paraissait malpoli, de réclamer une sortie aux parents de Sora... Cependant, le planétarium le tentait bien. Une fois, à une brocante, ils avaient déniché tout un tas de vieux livres d'astronomie. Avec Sora, il se contentaient de regarder les images, parce que les longs paragraphes écrits tout petits les décourageaient très vite, mais les constellations étaient tellement belles ! À l'école, ils apprenaient le système solaire, mais il existait d'autres planètes que celles-ci, d'autres étoiles que la leur, un univers infini à explorer !

Ça les fascinait.


Ventus s'ennuyait.

Cela n'arrivait pas souvent, ou en tout cas pas longtemps, parce que lui ou Sora trouvaient toujours une idée de génie, comme d'aller espionner Roxas ou de construire une cabane à base de chaises et de couvertures.

Mais aujourd'hui, Sora était malade. Et contagieux. Visites formellement interdites, donc. Quand même, il n'y avait que lui pour réussir à tomber malade en plein pendant les vacances d'été !

Après avoir lu des livres d'astronomie toute la matinée, Ven s'était mis à avoir la bougeotte, alors il était sorti dans le jardin, mais... Eh bien, même après avoir fait trois fois le tour de la maison, aucune idée brillante ne lui venait à l'esprit. Trop nul !

Faute de mieux, il se mit à jouer au ballon contre le petit muret de pierre du jardin. Celui-ci, tout comme Sora, ne renvoyait quasiment jamais le ballon dans la bonne direction. Mais à l'inverse de Sora, il ne faisait pas de blagues, et il n'allait pas le chercher à sa place à l'autre bout du terrain. Soufflant fort au nez de l'ennui, il mit toute la force de son pied dans son prochain lancer, sans réfléchir, sans penser aux conséquences.

Lesdites conséquences résultèrent en une trajectoire spectaculaire du ballon, qui atterrit derrière la palissade, chez les voisins.

«e ! »

Oups. Avec une grimace crispée, Ven fixa le mur, sans oser émettre un son, même pas pour s'excuser. La personne qu'il avait frappé devait être en colère, non ? Et son ballon, alors ? Soudain, une ombre s'éleva au-dessus de lui.

« Eh, c'est à toi, ça ? » demanda la tête du fils du voisin.

Il l'avait déjà vu, de loin, et le garçon lui adressait toujours un sourire gentil. C'était un grand, il devait avoir au moins onze ans, et il avait l'air beaucoup trop cool ! Même sa maison était cool, bâtie dans un style bizarre que Ven voyait parfois dans les dessins animés comme Ninja Academy, avec un très beau jardin.

« Euh, oui monsieur...

-Monsieur ? s'étonne le plus âgé. J'suis qu'au collège, hein ! Dis donc, t'as une sacrée force, tu m'as fais mal !

-D-Désol- »

Il n'était vraiment pas à l'aise. L'autre était plus vieux, et Ven entretenait une sorte de respect silencieux vis-à-vis des adolescents. Son frère, Roxas, il était cool aussi, même s'ils ne discutaient pas beaucoup, et qu'il l'embêtait souvent.

-Nan, t'excuse pas, je suis pas fâché ! Plutôt impressionné, en fait. J'm'appelle Terra.

-Comment tu fais pour grimper au mur ?

-Hum ? J'ai une échelle. »

Une autre voix s'éleva de l'autre côté de la palissade, plus calme et basse, si bien que le garçon ne parvenait pas à entendre ce qu'il disait. En revanche, il vit Terra se retourner et l'entendit lui répondre :

« Au petit des voisins. Ah, euh... Tu t'appelles comment déjà ? »

La question lui était adressée, en revanche, ce qui le prit un peu de court.

« Ah, hum, Ventus ! Mais tu peux m'appeler Ven !

-Il dit qu'il s'appelle Ven. Oui, c'est son ballon, il m'a fait une jolie bosse... Euh, si tu veux, pourquoi pas. Eh, Ven, ça te dit de venir jouer avec moi ? Mon père va nous faire un gâteau au chocolat. »

Il ne fallait pas lui dire deux fois ! Les yeux du garçon s'illuminèrent, déjà illuminés d'admiration pour le plus grand. Il était calme et il lui souriait gentiment, pas comme Roxas qui le fixait toujours d'un air maussade avant de le sommer d'arrêter de le regarder, alors que c'était lui qui avait commencé !

« Je vais demander à mes parents et j'arrive ! » s'exclama-t-il en sautillant.

Il passa l'après-midi dans le jardin japonais, bien attentif à ne pas piétiner quoique ce soit avec sa maladresse incroyable. Eraqus, le voisin, était gentil, un peu comme un vieux papy moustachu, et Terra était tout simplement génial. Il promit de revenir bientôt, peut-être avec Sora, peut-être pas – honnêtement, la présence de Sora ne serait pas l'intérêt principal de la sortie, mais il avait hâte de présenter son nouvel ami à son âme-soeur.


« Mais tu parles tout le temps de Terra ! geignit Sora, au bout d'un moment.

-Mais il est trop sympa !

-Oui bah oui, il est gentil... »

Il ne partageait visiblement pas son enthousiasme. Pourtant, ils s'étaient bien entendus, à leur rencontre. Ils avaient joué tous les trois ensemble, comme de vrais frères, et Ven n'avait vu ni l'un ni l'autre s'ennuyer.

« Bah c'est quoi le problème alors, So' ?

-Les autres à l'école aussi sont sympas, il est pas exceptionnel... Si ? Mais je l'aime bien, hein ! »

Ven ne sut pas quoi lui répondre, trop bouleversé par le fait que son avis puisse différer du sien, aussi infime soit ce changement. Il ne parvenait pas à comprendre. Terra était grand, et cool !

Trois fois rien, comme divergence d'opinion, vraiment... Et pourtant, il s'agissait de la première fois qu'ils ne partageaient pas entièrement quelque chose.

À partir de là, quand Sora ne se trouvait pas là, Ven allait quelques fois voir Terra, ou bien discutait avec lui par-dessus la palissade. De temps à autres, il venait avec Sora, et ça se passait bien, mais son âme-soeur ne se trouvait pas aussi admiratifque lui envers le plus âgé.

Mais Ven ne s'inquiétait pas. Passer du temps avec Terra le rendait heureux, et passer du temps avec Sora également, alors quelle importance ? Terra agissait plutôt comme un grand frère, calme et amusant, qui lui apprenait tout un tas de trucs, et Sora... Sora était un prolongement de son cœur, voilà tout.


Une soirée chaude d'été, la nuit des étoiles filantes, et l'énorme télescope flambant neuf trônant fièrement dans le jardin de Ventus.

Ç'avait été un travail de longue haleine, de convaincre ses parents, mais ça en valait clairement la peine !

Il avait fallu les rassurer : non, il ne s'agissait pas d'un hobby temporaire, non, il n'allait pas s'en servir qu'une seule fois avant de se lasser pour toujours et oui, il savait quoi regarder et comment. Voilà que, plus d'un an après le début des négociations, il obtenait enfin l'objet tant convoité pour son anniversaire. Et encore, ils n'avaient pas pris quelque chose de trop cher, pour débuter, mais Ven ne se plaignait pas.

À vrai dire, pour le moment, c'était surtout Sora qui en profitait, poussant des « wouaaaaah » et des « t'as vu ça ? », sans se souvenir que non, son ami ne pouvait pas voir la même chose que lui sans regarder à travers l'appareil. Leurs parents observaient en discutant de leur côté, persuadés que leurs enfants ne les entendaient pas, de là où ils se trouvaient.

« Je crois qu'on a bien fait d'acheter ça, souriait Rosa.

-Honnêtement, on devrait peut-être vous en rembourser la moitié, fit Linoa en souriant. Notre garçon va sûrement y jouer autant que le vôtre. »

Elle ne plaisantait qu'à moitié, Rosa le savait. Son amie vivait bien, mais pas autant qu'elle et Cécil, il fallait l'avouer, et ils paraissaient parfois un peu honteux de leur manque de moyen, surtout quand ils les invitaient, ou lorsqu'ils ne pouvaient pas toujours mettre le même budget pour les sorties. Pourtant, personne n'en prenait ombrage, et ç'aurait été stupide de leur en tenir rigueur.

« Voyons, ne dis pas de bêtises ! Sora fait aussi partie de la famille. »

Et elle le pensait. Elle savait que Cécil également. Tout comme Linoa et Squall considéraient pratiquement Ven comme leur second fils. Le déroulement des choses la rendait heureuse : tout le monde s'entendait bien, et leurs garçons étaient littéralement inséparables.

Parfois, elle se demandait ce qui serait arrivé dans d'autres circonstances, si les parents de Sora avaient été exécrables, ou bien si leurs fils ne s'étaient pas aussi bien entendus durant ce premier jour, dans le parc... Mais non, tout allait bien.

Elle ne se demandait jamais si ça pouvait se passer « trop bien », si cette enfance heureuse ne poserait pas de problèmes par la suite, si tout continuerait de se dérouler parfaitement. Après tout, qu'est-ce qui pourrait bouleverser leurs existences, au juste ?

La réponse « que les garçons grandissent » ne vint jamais à l'esprit de quiconque.


Bim bam boum.

Alors, vous en pensez quoi, de ce début ? J'aimerais beaucoup avoir vos retours !

J'ai conscience que ce n'est pas très passionnant pour l'instant, mais c'était essentiel pour planter le décor. Il y aura davantage d'action dans les autres (surtout les 3 derniers, en fait).

Pour la publication, j'hésite. Un rythme de deux parties par semaine me paraît bien, vu que j'ai déjà tout fini et presque corrigé, qu'en pensez-vous ?

À très vite !