Ils finirent par regarder trois films de John Hughes ce soir là. Damon aurait été incapable de dire lesquels, il était trop concentré sur Elena, si chaude et si parfaite, assise entre ses jambes, allongée contre son torse. Elle s'endormit vers deux heure du matin, mais se réveilla vers trois heure, d'humeur bavarde.
« Tu as connu des célébrité ? Tu as rencontré Marilyn Monroe ? »
« Marilyn ? Non. J'aurais bien voulu. Mais j'ai croisé Ava Garder dans un club de L'East Side à New York. »
« Quand ça ? »
« Je pense que c'était à la fin des années 40 ? Ou au début des années 50. Après la guerre. La grosse, » ajouta-il. « Même si ce n'était pas une grosse guerre pour moi. Ana était un vrai canon. Elle avait un regard incroyable. »
« Qui d'autre ? »
Même dans l'obscurité, il pouvait voir à quel point ses yeux étaient grands, à quel point la courbe de ses joues était douce. Il savait que ce moment, celui où il tenait Elena dans ses bras, dans le noir, si douce et si chaude, était un moment qu'il se remémorerait une centaine de fois. Non un millier de fois, pendant sa propre éternité.
« Et bien, voyons... Charlie Chaplin à une fête autour d'une piscine à Santa Monica. Un vrai con. Il avait les genoux bosselés en plus. Oh, et j'ai rencontré Piet Mondrian au début des années 20 à Paris. Complètement inintéressant. Il m'ennuyait tellement, je me suis nourri sur lui pour qu'il la ferme. Non pas qu'il s'en soit souvenu. Une fois, je me suis nourri sur Twiggy dans les années 60. Mais ce n'est que plus tard que j'ai réalisé qu'elle était célèbre, alors je ne sais pas si ça compte. »
« Je vais la compter, » dit Elena en se blottissant plus près de lui.
« Tu fais une liste mentale ? »
« Stefan m'a dit qu'il avait eu un double rencard avec Hugh Hefner dans les années 70. »
« C'est un mensonge. Je me rappelle de Stefan pendant les années 70, et il était beaucoup trop occupé à obtenir son diplôme de 'Chiant et Ennuyeux' à Harvard. C'était un blaireau, il n'aurait jamais pu trainer avec Hef. » Il bougea un peu, afin de resserrer son étreinte autour d'elle. « Ce n'est pas que j'ai envie de gâcher l'ambiance, mais tu sais où est allé Stefan ? Ça fait des heures qu'il est parti. »
Elena bailla. « Je crois qu'il a dit qu'il allait essayer la banque de sang de Westlake ce soir. C'est assez loin. »
« Oh, c'est une bonne banque. Pas de garde de nuit, juste une alarme bypass, » il fit une pause, puis continua, « C'est une bonne idée de faire le plein avant d'aller au lac demain. »
« Je suppose que oui, » Elle tourna son visage vers le sien. « Tu as rencontré un des Beatles ? Je me demande quel goût avait John Lennon. »
« Non, mais j'imagine qu'il aurait eu un goût un peu space » Damon fit la grimace, « Je n'ai jamais vraiment voulu gouter aux hippies. Ils ont un goût terreux. D'une façon générale, tu devrais éviter les drogués si tu peux. Ils sont vraiment écœurants. Cela dit, le LSD donne au sang un goût de banane. Je ne sais pas du tout pourquoi. »
« Je m'en souviendrais. » Elena bailla une nouvelle fois, et s'étira contre lui. Il s'immobilisa, et retint son souffle alors qu'elle le regardait avec des yeux endormis, « Merci, Damon, » murmura-t-elle, posant la tête contre son torse et fermant les yeux.
« Quand tu veux, Elena, » répondit Damon, la tenant serrée contre lui pendant le reste de la nuit.
Quand Damon se réveilla le lendemain matin, il se glissa hors du lit et se doucha dans la salle de bain au bout du couloir pour ne pas déranger sa compagne de chambre. Elena était toujours roulée en boule, mais il n'entendait pas du tout Stefan. Il descendit, et vit Stefan sortir de la cave.
« Te voilà, frangin. Tu as eu de la chance à Westlake ? »
Stefan se passa la main dans les cheveux, clairement frustré, « Non, pas là-bas. Quelqu'un y était allé avant moi, et avait vidé l'endroit. C'était pas très discret. »
« Merde, Rebekah, » soupira Damon. « C'est la voleuse de sang la moins subtile que j'ai jamais eu le malheur de connaître. J'imagine que ça veut dire qu'elle et Klaus-dans-Tyler vont vraiment rester ici un moment. »
« Surement. J'ai dû aller jusqu'à Ridgefield. »
« Beurk, tu es allé dans le Kentucky ? J'espère que ça a suffi. »
« Heureusement, oui. On a une réserve décente. »
Damon bailla. « Je t'en suis reconnaissant, Stefan. Je commence à penser qu'Elena a eu une bonne idée avec cette histoire de sang sur Amazon. »
Stefan le regarda longuement. « Tu es fatigué, Damon ? »
« Un peu. Tu sais comment Elena peut être quand elle veut faire une soirée pyjama. On s'est fait un marathon de John Hughes, puis on s'est tressé les cheveux. » Il bailla une nouvelle fois.
« Désolé si c'est une nuisance, » Stefan eu un petit sourire. « Heureusement, on sera bientôt parti, et tu auras plus de temps pour toi. »
« Oh, oui. Parce que s'il y a une chose que j'aime, c'est avoir du temps pour moi. Je n'ai certainement pas été assez seul pendant ce dernier siècle et demi, » dit Damon. « Non, ça va être sympa. J'ai une liste super longue de choses à faire, et ça me donne l'occasion de faire venir des vitriers et des maçons pour réparer le salon sans qu'Elena ne les mange ou ne les assomme avec quelque chose. »
Ils pouvaient tous les deux l'entendre bouger à l'étage. Stefan se tourna, et se dirigea vers la porte d'entrée en disant, « J'ai du sang dans la voiture que j'ai promis d'amener à Caroline, alors... »
« Pas d'inquiétude, » répondit Damon. « Je vais aider Elena à préparer ses affaires. »
Elena faisait les cent pas dans la chambre de Stefan quand il arriva en haut.
« Je pense que tu devrais prendre ta chemise de nuit blanche et l'ensemble noir. Tu sais, celui avec la petite culotte qui a cette forme et qui a ce petit nœud couleur pêche sur le devant. C'est le préféré de Stefan. »
« Ha ha, » dit Elena. « Tu es hilarant. »
« Je sais, » répondit Damon, « mon génie comique est enfin reconnu. »
Elena s'assit sur le lit de Stefan et se tordit les mains. Damon la regarda attentivement. Sa poitrine commença à se soulever.
« Ok, maintenant. Pourquoi tu es coincée d'un seul coup ? »
« C'est rien, » dit Elena. « C'est juste que... je n'ai pas encore bu mes herbes. Je devrais y aller. J'ai vraiment besoin de prendre mes herbes. Genre maintenant. »
« Ok, pas de problème. On a la vitesse vampirique, tu sais. »
Damon alla rapidement dans la cuisine, et commença à lui préparer son Prozac aux herbes. Elena le suivit, et commença à faire des aller-retour entre la table et la porte.
« Je ne sais pas, Damon, » dit-elle doucement.
« Tu ne sais pas quoi ? » dit Damon, se tourna pour lui tendre sa tasse. « Et voilà. »
« Je ne sais pas, » répéta-elle, élevant un peu la voix. Elle tendit la main et jeta la tasse au sol. « Je ne sais pas. »
Elle agrippa le comptoir, et essaya de respirer. Le comptoir commença à s'effriter sous ses mains, et soudainement Elena se mit à bouger.
Damon recula, tandis qu'Elena se mettait à crier et à s'agiter, et qu'un bout du placard lui tombait dessus. Il se releva, poussa les morceaux du placard et essaya de l'attraper alors qu'elle se dirigeait vers les placards à l'autre bout de la pièce. Elle se dégagea et le jeta contre le réfrigérateur.
Stefan apparut dans l'embrasure de la porte. Il aida Damon à se relever, et ils attrapèrent tous les deux Elena et la mirent au sol. Elle se débattit en hurlant pendant quelques secondes avant de se taire et de s'immobiliser.
Damon et Stefan se regardèrent avant de la relâcher et de reculer prudemment. Elena s'assit, se couvrant le visage des mains. Les sons familiers de ses pleurs emplirent dans la petite cuisine.
« Qu'est-ce que tu lui as dit ? » dit Stefan d'un ton accusateur en regardant Damon.
« Et bien, Stefan, je crois que mes paroles exactes ont été 'et voilà', quand j'ai essayé de lui donner ses herbes. Clairement, je suis un monstre. »
Elena retira des mains de son visage et leva les yeux vers eux, des larmes coulant sur ses joues. « Je suis désolée. Je suis tellement désolée. »
« Hey, c'est bon, » la rassura Damon en s'accroupissant à côté d'elle. « On détestait cette cuisine, pas vrai, Stefan ? La mère de Zach l'a redécorée dans les années 80, et cette femme n'avait aucun goût. Tu nous as rendu un grand service. »
Stefan s'installa lui aussi par terre, et prit Elena dans ses bras. « Ça va aller, » dit-il doucement. « je vais t'emmener loin d'ici, là où tout ira bien. »
Damon se leva et fit demi tour. Il fouilla dans les débris de la cuisine jusqu'à ce qu'il trouve ce qu'il restait du bocal d'herbes. Il les amena dans la salle de bain du rez-de-chaussée et lui prépara une nouvelle tasse.
Il pouvait toujours entendre Stefan murmurer à Elena comment il allait s'occuper d'elle, et comment ils allaient passer toute la semaine loin, rien que tous les deux. Damon se regarda dans le miroir au dessus de l'évier. « Pauvre crétin, » pensa-t-il, puis il alla apporter ses herbes à Elena.
Jeremy se tenait devant l'ancien immeuble de Ric quand Damon gara sa Camaro.
« Saute dans la voiture, petit bonhomme, » lui cria Damon.
« Il fait trop froid pour rabattre le toit, » ronchonna Jeremy en montant dans la voiture.
« Je suis un vampire. Il ne fait jamais trop froid pour moi. »
« Et bien, certains d'entre nous ne sont pas des vampires. »
« Pas encore, » dit Damon avec un sourire de travers. Jeremy lui lança un regard noir, mais ne répondit pas.
Ils firent la plus grand partie du trajet en silence, qui fut finalement brisé quand Jeremy dit, « On est sûrs que c'est une bonne idée ? »
« C'est ce que Stefan veut faire. Elena aurait pu dire non, » répondit Damon, ses yeux sur la route sinueuse.
« Non, je veux dire... est-ce que c'est une bonne idée que je sois près d'Elena ? »
Damon le regarda. « Tu as peur, Gilbert ? Tu es effrayé à l'idée que ta bague ne marche plus la prochain fois qu'elle te déchire la gorge ? »
« Non... c'est juste, » Jeremy détourna le regard. « Ok, ouais. Je n'aime pas avoir peur de ma sœur, mais c'est le cas. Elle est vraiment effrayante. »
« C'est compréhensible, » dit Damon. « Maintenant, vois-tu, mon frère et moi on s'est battu, brisé le cou et pieuté un millier de fois – et bien sûr, il y a eu cette fois dans les années 50 où j'ai essayé de lui crever les yeux – donc je peux compatir. »
Jeremy grimaça, et Damon lui tapota la tête. « Les relations fraternelles, » dit Damon. « C'est très compliqué. »
Quand ils arrivèrent à la maison, Stefan et une Elena au visage dénué d'expression se tenaient devant la porte d'entrée.
« Hmmm. » Damon n'était pas sûr que ce soit la meilleure façon de procéder. Il cria depuis sa voiture, « Stefan ? Vous pourriez vous éloigner de quelques mètres la porte ? »
Stefan prit la main d'Elena et ils allèrent à vitesse vampirique vers les arbres. Elena ne regarda pas une seule fois Jeremy ou Damon, mais garda les yeux rivés au sol. Damon se plaça entre Jeremy et Elena, tandis que Jeremy montait les marches du perron et ouvrait la porte.
Hésitant, Jeremy entra à l'intérieur et regarda Damon.
« Qu'est-ce que je devrais dire ? »
« Dis simplement qu'elle est invitée, » dit impatiemment Damon. « Pas besoin de faire un discours. »
Jeremy se racla la gorge, et dit, « Je t'invite dans cette maison, Elena Gilbert. »
« C'est très formel, » fit remarquer Damon. « Mais ça fera l'affaire. Maintenant tu t'en vas, » ajouta-t-il.
Jeremy redescendit les marches et Damon l'accompagna jusqu'à la Camaro.
Elena ne leva pas une seule fois les yeux tandis qu'ils s'en allaient.
Après avoir déposé Jeremy à l'école, Damon décida qu'il devait vraiment s'occuper de sa liste 'à faire'. À laquelle il ajouta mentalement 'engager un entrepreneur pour refaire la cuisine'. Un entrepreneur pouvant être hypnotisé. Il n'avait pas besoin que les gens apprennent qu'il avait un boulet de démolition personnel chez lui. Il se demanda également si Bonnie conseillerait un dosage de Prozac plus important pour Elena. Clairement, l'effet des herbes commençait à s'estomper. Et il devait toujours voir Wilberforce Fell pour lui assurer que Caroline n'avait pas envie de manger sa petite-fille, et il devait aussi passer chez Klaus pour découvrir ce que Rebekah et Klaus savaient sur le pieu en argent disparu, et il devait s'assurer que Rebekah comprenait que les vols de sang devaient être espacés pour donner le temps aux banques de renouveler leurs stocks.
Cela étant, il ne fit aucune de ses choses dans l'immédiat. À la place, il conduisit jusqu'à l'ancien emplacement de la maison des Gilbert. Une partie de la maison était encore debout. La plupart du perron avait disparu, et le devant de la maison avait cédé. Cela dit, l'arrière de la cuisine était toujours là, et l'escalier était toujours présent. Damon fouilla dans les décombres, en faisant attention de ne pas afficher sa force vampirique au cas où les voisins seraient en train de regarder. Même si c'était peu probable dans ce quartier. Il déterra quelques objets, qui, selon lui, valaient la peine d'être sauvés, mais ne trouva pas le journal d'Elena. En partant du principe que personne d'autre ne l'avait pris, ça voulait surement dire qu'elle l'avait avec elle. Bien, pensa-t-il, on ne voudrait pas qu'il se retrouve entre de mauvaises mains. Il se dépoussiéra les mains et s'en alla, ajoutant 'trouver une équipe de démolition' à sa liste sans fin.
Cette liste fut complétement chassée de son esprit quand il arriva à la maison pour trouver Elena en train de se prélasser sur le canapé du salon.
« Comment ça se fait que tu sois rentrée si tôt ? » demanda-t-il en lui jetant sur les genoux l'ours en peluche qu'il avait trouvé dans les décombres. « Regarde ce que j'ai amené - » Il s'arrêta net. « Katherine. »
« Oh, comme c'est mignon, » dit Katherine en soulevant l'ours et en le dépoussiérant. « Un peu usé, mais c'est très gentil, Damon. »
« Oh, putain de merde, » dit Damon en s'enfonçant dans un fauteuil. « C'est tout ce dont j'avais besoin. »
