Disclaimer: tout ceci appartient à Madame Rowling, je ne fais que piteusement me servir de ses décors et personnages.

Avant-propos: a ce niveau ça ne servirait plus à grand de s'excuser auprès de vous quant au retard accumulé par cette fic.
Le sixième chapitre a été publié en 2010 et nous sommes le 11 mai 2012 et voici le chapitre sept. Les faits parlent d'eux-même.

Ne dis pas que je n'ai pas essayé est un genre d'immense fiasco personnel. C'est ma toute première fanfic, j'ai écrit le premier chapitre quand j'avais encore 13 ans. Aujourd'hui j'en ai 18 et la fic est toujours inachevée, bloquée au sixième chapitre.

Je me suis totalement désintéressée des fanfictions il y a presque deux ans et ai laissé - à ma grande honte - cette fic à l'abandon. Et ce n'était même pas parce que je n'avais pas le temps, l'envie, l'inspiration ou autre que je ne terminais pas cette fic mais parce qu'après tellement de temps écoulé j'avais peur de purement et simplement bousiller les derniers chapitres... et du coup, je ne les écrivais pas ^^"

Bref, j'ai pris mon courage à deux mains et me suis relancée.

Voici le septième chapitre, le huitième viendra au plus tard le mois prochain.

Même si ça ne sert pas à grand chose, je présente sincèrement mes excuses aux lecteurs qui attendaient cette suite.

Bonne lecture


Snape's song

Alors à la fin, je serai ce que je serai.

Tu as avancé vers ton destin d'une démarche mal assurée, saccadée. Un pantin dont on aurait sectionné les fils et qui continuerait envers et contre tout le spectacle de son marionnettiste.

C'est finalement de cette manière que l'histoire s'achève.

Tant d'hésitations, tant d'atermoiements, tant de temps, d'énergie, de colère, de terreur et déclarations pathétiques pour en arriver à un dénouement de cet acabit.

Toi, l'espoir du monde sorcier, s'agenouillant face à Voldemort pour sauver les quelques personnes ayant compté à tes yeux.

Harry Potter va mourir.

Un sourire étire mes lèvres.

Et c'est juste tellement parfait, tellement pratique et pathétique.

Personne ne le sait mais Tom Jedusor vient de perdre la partie, Harry Potter d'accomplir son destin.

Et moi je suis fini.

J'ai tout fait pour empêcher ce dénouement, me suis accroché à ta vie jusqu'à la déraison.

J'ai hurlé, me suis justifié, t'ai supplié. Mes mots ont glissé sur toi alors que je réalisais ma dernière trahison.

J'étais pourtant le seul à savoir, le seul à savoir comment cette guerre pouvait être gagnée, le seul à savoir que tu devais mourir.

Je savais et je t'ai supplié de vivre.

Tu sais j'avais naïvement cru que tu serais ma rédemption.

Que te protéger en la mémoire de tes parents -cette femme que j'avais aimé et cet homme que j'avais tant haï- serait la chose qui me rachèterai t un peu, sauverait les quelques poussières d'humanité trainant encore quelque part au fond de moi.

Dumbledore voulait un pion prêt à se sacrifier sans une hésitation pour ta survie, j'étais parfaitement indiqué pour tenir ce rôle.

Te protéger et tenter d'en finir avec le conflit agitant le monde sorcier, j'ai passé les dix-sept années qui viennent de s'écouler à y consacrer ma vie.

Vaste blague.

Depuis le commencement les deux missions étaient en elles même contradictoires, vouées à l'échec.

Parce que pour la survie du monde sorcier tu devais mourir, parce que sauvegarder ton existence signifiait l'avènement de Lord Voldemort.

Parce qu'avant ta naissance une prophétie avait été faite.

Parce qu'une prophétie te réduisait à l'état d'arme de guerre.

Parce que c'était ton destin de mourir pour le bien de la communauté.

« Oui, Harry Potter doit impérativement mourir de la main de Tom Jedusor »

Confirmation lapidaire.

Je me souviens du regard voilé d'Albus, la vérité annoncée d'une voix tremblante usée par les années et décisions, la terrible compréhension qui s'imposait à moi. Glaciale.

Et je me souviens aussi du profond vide que j'avais ressenti, des mots crachés à la figure fatiguée du vieil homme :

« Vous l'avez élevé comme on élève un porc destiné à l'abattoir. Vous me l'avez fait maintenir en vie simplement pour pouvoir le sacrifier au moment le plus propice. Vous me dégoutez. »

J'avais souhaité énoncer cette tirade d'un ton neutre mais ma voix s'était presque brisée sous l'effet de la rage.

Et Albus n'avait vraiment rien à répondre ou ajouter à cela, alors il s'est juste contenté de me sourire d'un air désabusé.

« Vous seriez-vous finalement attaché au garçon Severus ? »

Et puis la tension et la haine s'étaient atténuées, mon impassibilité naturelle revenue, le dialogue repris, les planifications concernant mon rôle après la mort du directeur de Poudlard furent soigneusement établies, la manière dont il faudrait t'aider à détruire les Horcruxes décidée, la tâche de veiller à ce que tu accomplisses ton destin me fut attribuée.

Parce qu'entre toi et le reste du monde, il n'y avait pas à hésiter.

Parce que c'était pour « le plus grand Bien ».

Alors en tuant Albus Dumbledore, en t'entendant dire que tu m'aimais, en regardant le soleil blafard de ces six derniers mois, en arrivant sur ce futur champ de bataille ravagé par la pluie, en croisant ton regard trop vert c'était cette vérité-là qui tournait inlassablement dans mon esprit : Harry Potter va mourir.

Et j'étais prêt à te regarder mourir aujourd'hui.

Prêt à assister à ton tout dernier affrontement contre le seigneur des ténèbres.

Prêt à détruire Nagini dès que ton cœur se serait arrêté.

Prêt à tourner ma baguette contre le Lord.

J'étais prêt. Mais le serment inviolable a été proposé et c'était juste tellement parfait, tellement pratique et pathétique que j'ai senti monter en moi un étouffant sentiment de colère et désespoir.

La situation n'aurait pu être meilleure : le serment inviolable achevé Voldemort te tuerait, je me débarrasserai de Nagini et tenterai de tuer mon ancien maitre, si je n'y parvenais pas l'une des personnes de ton camp –protégées par les clauses du contrat- s'en chargerait.

Tom Jedusor venait lui-même de se condamner et je le savais.

Mais te regarder tomber au cours d'un combat c'était différent que d'assister sans bouger à ce simulacre de mise à mort. C'était très différent de te voir te débattre pour survivre et vaincre que de t'observer te résoudre à mourir.

Et voir ta silhouette blême vaciller sous la pluie battante avant d'avancer d'un pas incertain en direction d'un Lord Voldemort souriant, te voir renoncer à vivre pour les gens que tu aimais après à peine quelques secondes d'hésitations, c'était simplement insupportable.

Tu allais mourir pour les autres, par amour des autres : comme la prophétie l'avait suggéré, comme Albus l'avait deviné, comme la majeure partie des gens l'avait souhaité. Comme ta mère l'avait fait.

Et c'était tellement mauvais que j'ai une dernière fois voulu trahir. Tellement mauvais que j'ai voulu te sauver.

Voulu te choisir toi contre le reste du monde.

Alors j'ai hurlé, me suis justifié, t'ai supplié. T'ai menti en te disant qu'il fallait vivre.

Et là encore j'ai échoué.

Et je te vois esquissé un dernier pas en direction du Lord et m'accroche désespérément à ton esprit pour y énoncer la dernière vérité qu'il me reste.

Je t'aime.

Et la vérité se dissout quelque part entre nous tandis que tu exécutes un dernier pas et tend ton bras.

Voldemort jubile et fait un vague signe de main à Bellatrix qui s'approche de sa démarche étrangement dansante pour être le témoin du serment.

Mais tu continues de tendre le bras. Plus haut, beaucoup plus haut. Vers le ciel.

Les sourire des mangemorts se figent, les expressions désespérées de tes amis également.

Personne ne comprend.

Et je serre les mains, enfonçant les ongles dans la chair au point qu'elle saigne.

Je laisse longuement l'image s'imprimer à ma rétine tandis qu'un frisson glacé coule le long de mon dos et je comprends.

Le poing serré, tu lèves le bras comme pour défier le ciel.

Et Granger aussi a compris.

Elle lève sa baguette et lance un sortilège dans ta direction.

Tu es là, immobile sous la pluie, prenant à témoin l'assemblée toute entière.

Un gamin livide et trop maigre d'à peine dix-sept ans, les cheveux dégoulinants, les yeux brillant d'un singulier éclat et le bras levé vers le ciel déchiré d'éclairs.

Même moi qui ne suis pourtant pas épris de symbolique je ne peux m'empêcher de trouver l'image étrangement belle : le seigneur des ténèbres a demandé à Potter de s'incliner, en seule réponse celui-ci a levé un poing rageur vers le ciel.

Et je sens comme une vague traverser la foule, une compréhension flotter dans l'air, un léger frisson s'emparer de mon camp tandis que le tien semble se redresser.

Est-ce donc cela le sentiment confus qui envahi l'être humain lorsqu'il assiste à la naissance d'une icône ?

Tu décides enfin de parler, ta voix magiquement amplifiée par Granger est un peu faible mais ne tremble pas, résonnant par-delà les fracas du tonnerre.

Tu parles de convictions, tu parles de tolérance et d'humanité et les mots semblent empruntés, inappropriés entre tes lèvres trop jeunes.

Tu parles de doutes, d'intolérance et d'inhumanité et ça sonne juste dans ta bouche parce que ce sont des sujets que tu ne maitrises que trop bien.

Tu parles et ce sont certains des mots qui tournaient dans ton esprit il y a quelques instants qui déferlent sous les averses.

Tu parles des gens qui ne connaissent pas ton existence mais dépendent de ta capacité à vaincre Lord Voldemort.

Tu parles de toi, de l'injustice que de devoir tuer ou être tuer.

Tu parles d'espoir et liberté, tu parles d'amour et d'amitié. Et les propos sont idéalistes, terriblement naïfs. Mais ça te ressemble.

Tu parles et tous t'écoutent avec attention.

Tu parles et je ne vois que tes yeux cernés, violemment verts dans ce décor incolore.

Les mots ne sont pas les bons, sont maladroits, ne se succèdent pas avec grande cohérence.

Ce n'est pas le discours d'un chef de guerre mais celui d'un adolescent qui essaie d'en être un. Juste une fois.

Et les phrases sont belles, maladroites, ne se succèdent pas avec grande cohérence.

Harry Potter a parlé.

Et Harry Potter avait le poing levé vers le ciel quelques secondes plutôt, alors tout le monde a entendu ce qu'il avait à dire.

Et Harry Potter a dit que Lord Voldemort serait bientôt vaincu, que ce soit par lui ou un autre.

Harry Potter a dit qu'il allait se battre ce soir.

Et toutes les personnes de ton camp ont maintenant une croyance absolue et lumineuse imprimée sur le visage : tu vas survivre et le seigneur des ténèbres va mourir.

Toutes les personnes attroupées derrière toi te suivront jusqu'à la fin.

S'ils savaient.

Je savoure silencieusement ma dernière et plus ignoble trahison, sentant un sourire un peu fou tenter de fleurir sur mes lèvres. Un sourire presque sincère.

J'ai été l'homme de l'entre deux, l'homme des deux camps, celui dont tous doutaient, tentaient de déchiffrer la véritable allégeance.

J'avais prêté serment à Tom Jedusor par désir de pouvoir et reconnaissance.

J'avais prêté serment à Albus Dumbledore par besoin de rédemption et vengeance.

J'ai tour à tour été le serviteur de Voldemort, le pion de Dumbledore.
Mais c'est fini.

J'ai choisi de te sauver quitte à laisser Voldemort détruire le monde.

C'est ma dernière trahison, sans doute la plus belle.

Et au fond, peu importe ce qui se passera à présent.
Je ne regretterai rien.

Parce que tu as dit que tu voulais vivre.

Alors à la fin, je serai ce que je serai.


Note: j'espère que ce chapitre vous a convaincus, à bientôt ^^