CHAPITRE 7

BELLA AUX BOIS DORMANT, C'EST CLASSE COMME SURNOM !

Cette espèce sonnerie infernale commence sérieusement à me gonfler ! J'ai mal au crâne, à croire qu'un concert de gong tibétain a élu domicile dans mon cerveau. Je reprends doucement conscience de mon corps, et je me rends compte qu'il me fait un mal de chien. Qu'est ce qu'il s'est passé encore ? Je sais que je suis allongée dans un lit mais je n'arrive pas à bouger. Et à part ce bip strident, je n'entends rien. Incapable d'ouvrir mes paupières, je me laisse de nouveau glisser dans l'inconscience.

Ce putain de bruit est toujours présent mais le gong dans ma cervelle s'est apaisé. Cette fois, j'entends des voix mais je n'arrive pas à les identifier, pourtant je suis certaine d'en connaitre au moins une. Je me sens fatiguée, complètement vidée de toute énergie. Où est ce que je suis ? Je me rappelle encore de la conversation houleuse dans le bureau de monsieur Masen, ainsi que de la demande en mariage d'Edward. Mon dilemme, le choix que je dois faire, mais j'ai l'impression qu'en fait, je n'ai jamais eu le choix. Edward, est ce qu'il est là ? J'aimerai qu'il soit là, je souhaite qu'il soit là.

Sans prévenir, je sens que l'on m'attrape le poignet et qu'on le palpe, comme si l'on prenait mon pouls. La saignée du coude me gène, c'est bizarre. J'ai envie d'ouvrir les yeux mais je n'y arrive toujours pas. Une poupée désarticulée, une marionnette sans marionnettiste, enfin bref, un truc informe que l'on manipule à sa guise.

Ne pouvant toujours pas bouger, je laisse mes pensées vagabonder vers deux émeraudes envoutantes, la chaleur de sa main dans la mienne, ou encore les deux baisers que nous avons échangé. Mon cœur augmente la cadence, la sonnerie fait de même. Ok, j'ai compris ! Je suis revenue à mon époque, ou au moins, une qui connait l'appareil de contrôle de fréquence cardiaque. Donc je suis dans un hôpital… Qu'est ce qu'il s'est encore passé ? La fatigue me reprend et je me sens de nouveau partir.

J'émerge doucement et j'entends une voix bourrue mais réconfortante à mes côtés : Papa. Je suis revenue en 2008. Je sens une de ses mains dans mes cheveux, l'autre accrochée à la mienne, tout en me parlant doucement :

- Il fait très beau aujourd'hui Bella ce qui est rare pour un mois de novembre. Et les couleurs de l'automne sont superbes, comme tu les aimes quand tu flânes dans le parc. Tu sais, ce matin, au poste, nous avons le vieux Aro qui est revenu, comme d'habitude aussi rond qu'une queue de pelle. Cette fois, il nous a raconté que dans sa jeunesse, il avait été propriétaire d'une maison close de luxe et qu'il avait vu passé Al Capone, Clyde Barrow et Dillinger, bref tout le gratin de la prohibition. La prochaine fois, Sam a parié qu'il se prendrait pour l'enseigne du général Grant pendant la guerre de Sécession. En tout cas, on lui a offert un café et la fin de la boîte de beignet, c'est-à-dire tous les beignets sauf un. Mais bon, tu nous connais, on l'aime bien, le vieux Aro, avec ses histoires abracadabrantesques, on passe toujours un bon moment quand il nous rend visite.

Il se tait et je l'entends inspirer profondément avant de reprendre la parole :

- Tu sais que je me suis fait enguirlander par Madame Stanley, ce matin. Elle a débarqué à la maison, comme une folle en me hurlant dessus que j'étais responsable de la grosse coupure de courant du quartier. Je lui ai dit que ce n'était tout de même pas ma faute si la foudre est tombée sur notre installation. Je vais voir à installer un paratonnerre. J'ai eu du mal à la dégager, mais tu vas être contente, je lui ai fait part de ma résolution ne plus jamais trafiquer le compteur électrique. De toute façon, de te voir comme cela à arrêter toutes mes idées sur le sujet. En revanche, je pense avoir une solution pour t'éviter de te lever pour ouvrir tes rideaux le matin, si tu voulais rester au lit. Grâce à un système de ficelles bien agencées…

Je laisse mon père partir dans ses nouveaux projets. En fait, je n'ai pas remonté le temps, j'ai tout inventé, Edward, les Masen, les robes… Cette pensée me fait mal, plus mal que le cathéter qu'on m'a planté dans le pli du coude et qui me gêne, plus mal que ma tête au réveil. C'est comme si mon cœur pesait une tonne dans ma poitrine. J'ai créé Edward de toute pièce, il est le seul fruit de mon imagination. Ça me donne envie de pleurer, de disparaitre complètement.

J'entends alors la porte s'ouvrir et quelqu'un entrer :

- Bonjour, chef Swan.

- Bonjour docteur.

- Bon alors voyons comment se porte notre Bella au Bois dormant, ce soir. Mhmm… Ses constantes s'améliorent et vue son activité cérébrale, je dirais même qu'elle est en train de se réveiller.

- Je l'ai sentie me serrer la main tout à l'heure, et puis je l'ai vu agiter la tête.

Je sens quelqu'un se pencher sur moi quand soudain on ouvre ma paupière droite et une forte lumière m'éblouit.

- Bella, Bella ? M'appelle la voix du médecin.

J'essaye d'ouvrir la bouche pour lui répondre mais je suis incapable de faire quoi que ce soit. Il me prend la main de nouveau et je ressens une piqure sur le dos de celle-ci.

- Qu'est ce qu'il se passe docteur ?

- Votre fille est consciente mais elle est encore trop affaiblit pour bouger. Elle ne répond qu'aux stimuli douloureux. Elle vient de réagir faiblement alors que je lui piquais la main.

- Bella, c'est Papa. Reprend aussitôt la voix plus enjouée de mon père. Est-ce qu'elle m'entend ?

- Oui, dans cet état de demi-conscience, elle vous entend. Mais je ne sais pas depuis combien de temps, elle risque certainement de s'endormir sans que vous ne vous en rendiez compte.

- Ah oui ?

- Votre fille doit être épuisée, elle a subi un choc grave, tout le monde ne sort pas indemne après avoir pris une décharge électrique aussi importante. C'est un miracle qu'elle soit encore vivante.

Alors c'est ça, je me suis pris une décharge électrique style monsieur 100 000 volts qui m'a envoyé direct à l'hosto. Et apparemment, il y a eu une coupure de courant dans le quartier… Et évidemment c'est moi qui ai pris ! Qui vouliez-vous que ce soit d'autre ? Quoi que, aurais-je eu de la chance dans ma poisse légendaire ? Je devrais écrire un bouquin là-dessus, je suis sûre que les gens se marreraient bien !

N'empêche qu'à cause de cela, je me suis créée un prince charmant de toute pièce. Il avait l'air tellement réel, ça fait mal… trop mal…

- Regardez docteur ! Elle pleure !

- Bella, Bella ! m'entendez-vous ?

J'ai besoin de voir Papa, pour me réconforter, même s'il n'a certainement aucune idée de ce que j'ai vraiment. Alors dans un effort surhumain, pour moi, j'ouvre très lentement mes paupières pour les refermer aussitôt. Je recommence l'opération plusieurs fois avant de les garder ouvertes.

- Oh ma chérie, ma Bella, j'ai eu si peur !

Mon père m'enlace et je suis incapable de répondre à son étreinte pourtant j'en ai envie. Je ne comprends pas Edward était si réel, j'arrive même à me rappeler son odeur. Pour le rassurer, je m'efforce de parler et un seul mot me vient :

- Papa.

- Ma petite fille chérie !

XOXOXOXOXO

Je commence à en avoir ras le bol de cet hôpital de merde ! Voilà près de cinq jours que je suis clouée dans ce lit, cloîtrée dans cette putain de chambre blanche qui me donne le cafard, sans compter les quatre où je suis restée inconsciente ! Bref, j'en ai marre. Mon père m'a raconté ce qu'il s'est passé exactement au moment où il a enclenché son économiseur d'énergie soit disant génial… La foudre qui est tombée sur le disjoncteur, a fait sauter l'ensemble de l'électricité du quartier et c'est ce qui m'a sauvé la vie. J'ai été transférée dans la demi-heure qui a suivi aux urgences, pour atterrir dans le service de réanimation et confiée aux bons soins du Docteur Carlisle Cullen.

Mon rêve s'estompe petit à petit mais j'ai vraiment du mal à me défaire de ce poids qui pèse sur mon cœur. Rien que d'essayer de penser à Edward, me rend nauséeuse. Pourtant, il y a quelque chose qui cloche ! Plus j'y pense et plus j'ai l'impression d'avoir déjà vu son visage ici, en 2008. Mais cela ne calme pas mon mal être. Je cache du mieux que je peux ma tristesse à mon père mais je crois qu'il n'est pas dupe, il n'ose simplement pas me poser de question. Quand il vient me voir en sortant directement du commissariat, il fait tout pour me changer les idées. Ce sont les seuls moments qui me mettent un peu de baume au cœur.

Heureusement qu'il m'a ramené mon ordinateur hier, sinon je me ferais chier comme un rat mort ! L'avantage d'avoir la connexion internet dans ma chambre d'hôpital, au moins je peux me mettre à jour dans les épisodes du Dr House. Mais là, je farfouille sur internet quand par pure curiosité, je tape « Edward Masen » sur Google. Il y a à peine une page de liens qui s'affiche : de vieilles références juridiques, sauf le dernier. C'est un lien pour les archives des titres de propriété de Chicago. C'est celui là que j'ouvre et là s'affiche un vieux document datant du 18 octobre 1918 :

« Suite aux décès causés par l'épidémie de grippe espagnole de :

Maître Edward Henri Masen le 12 septembre 1918 à l'âge de 41 ans,

Madame Élisabeth Mary Masen née Hamilton le 21 septembre 1918 à l'âge de 39 ans,

Monsieur Edward Anthony Masen le 24 septembre 1918 à l'âge de 17 ans

Laissant derrière eux un patrimoine conséquent sans aucun héritier

La pleine propriété de ce patrimoine revient donc en intégralité à la ville de Chicago qui en obtient ainsi l'usufruit et le titre. Elle pourra en disposer comme elle en jugera nécessaire. »

Le document se poursuit sur d'autres noms. Ce dont j'avais rêvé n'avait pas pu exister, le Edward qui avait gravé son nom sous la rampe était mort avant le 8 novembre 1918. Et c'est à cause de cela qu'aujourd'hui, la ville peut mettre cette maison à disposition du sheriff du 6ème district.

Les larmes coulent de nouveau sur mes joues, tout cela n'était qu'un rêve. Et pourtant les similitudes sont troublantes, le père d'Edward était bien avocat et son fils portait le même prénom, sa mère s'appelait également Élisabeth. Le même âge que dans mon rêve aussi. À moins que ce ne soit ma mémoire qui me joue des tours et qu'elle s'adapte à ce que je viens de lire… Non ce n'est pas possible. Je ne sais pas, je ne sais plus ce que je dois croire.

XOXOXOXOXO

Papa vient de quitter ma chambre et cette fois, j'ai été incapable de lui cacher mon désarroi. Il m'a interrogé, évidemment, mais je n'ai pas su quoi lui répondre, alors j'ai brodé et fait de la dentelle. Je ne pense pas qu'il m'ait cru mais il a fait comme si. Il est près de 17h et ce soir, il est d'astreinte au poste. Sinon, il ne part pas avant la fin des visites, c'est-à-dire 18h30, soit l'heure de la tambouille.

Je n'ai pas trouvé d'autre qualificatif pour désigner ce que nous sert l'hôpital ne guise de repas. S'ils croient que c'est cela qui va remonter le moral des malades et les aider à guérir, ils se fourrent le doigt dans l'œil jusqu'à l'omoplate. Ou alors, c'est effectivement une méthode pour faire fuir les patients le plus rapidement possible et les persuader de revenir le moins souvent possible.

Je m'allonge et ferme les yeux, je ne suis pas fatiguée, juste déprimée par ce que j'ai découvert aujourd'hui. Alors que je somnole, j'entends la porte de ma chambre s'ouvrir, sûrement le docteur Cullen qui vient effectuer son dernier contrôle de la journée avant de rentrer chez lui. Bien qu'il soit vraiment sympa et assez réceptif à mon humeur de chien, dû à l'enfermement, je n'ai pas envie de le voir, alors je fais semblant de dormir.

Il s'approche de mon lit et là je sens une main dans mes cheveux qui glisse ensuite sur ma joue. Non mais qu'est ce qu'il lui prend ? Alors que je m'apprête à lui demander méchamment qu'est ce que c'est que ce cirque, l'odeur qui m'assaille me stoppe complètement.

Je connais cette odeur, je la reconnais… mais… mais c'est impossible. Mon cœur aussi a compris car il s'emballe sans que je puisse contrôler quoi que ce soit. La paume sur ma joue est tendre, chaude. Le pouce de cette main caresse doucement mes lèvres. Je sens alors mon lit s'affaisser du côté droit. Il vient de s'assoir, je dois rêver, ce n'est pas possible ! Si c'est le cas, je ne veux pas ouvrir les yeux, je veux continuer de rêver.

Je laisse s'écouler quelques instants et prenant mon courage à deux mains, je soulève doucement mes paupières pour tomber sur ces deux émeraudes qui me hantent depuis près d'une semaine maintenant. Celles-ci semblent paniquées. Je ne peux pas bouger, et la seule chose que je suis en mesure de faire, c'est de dire :

- Edward.


Et voilà. Comme vous pouvez le constater, je vous ai toutes prises de court ! Je suis si fière de moi.

Bon, je sais c'est vache de couper à cet endroit mais j'aurais pu encore plus vache et couper au moment où elle dit « alors, je fais semblant de dormir. » comme c'était prévu à l'origine.

Vous laissez un chapitre complet sans Edward allait vous laisser frustrées. Je vous connais !

Bon laissez-moi vous dire qu'il ne reste que deux publications pour cette histoire. Je vous avais dit qu'elle serait assez courte.

Sur ce bonne journée et à samedi pour celles qui suivent Gira Come gir'il mondo, sinon à mercredi prochain.

Bise.

Cokorneille sur Racine de La Bruyère Boileau de La Fontaine Molière.

« Moi, je ne monte pas à cheval parce qu'il ne faut pas jouer avec la nourriture. » Un pote lors d'une soirée bien arrosée !