Voilà la suite ! Dernière partie chez les elfes.

Je remercie infiniment les personnes qui suivent cette fic !
J'espère qu'elle vous plaira toujours autant !

Chapitre 7

L'heure du diner est arrivée, et Elrond et Gandalf partagent de nouveau notre table. A notre arrivée, ils font signe à Thorin et moi de venir s'asseoir près d'eux. Je me doute qu'ils veulent nous parler de notre venue ici… Je ne sais pas si j'ai vraiment envie d'entendre ce qu'ils vont nous dire, de peur d'apprendre de mauvaises nouvelles…
Une fois le repas bien entamé, et que l'attention de la compagnie est retenue par les mets (et par les pitreries des plus jeunes), Elrond se penche légèrement en avant pour que sa conversation ne soit entendue que de nous.
« Gandalf m'a conté votre histoire. Elle est étrange, mais j'ai déjà entendu parler de pareilles choses. Parfois, l'on retrouve des personnes égarées. Elles ne savent pas où elles se trouvent, et parlent de choses inconnues à nos yeux. Les Valars savent ce qu'ils font, même si leur dessein ne nous est pas encore connu. Par contre, le fait que vous sachiez à l'avance, comment doit se dérouler l'histoire, est une autre chose, pas moins étrange. Je vous demande de n'en parler à personne, et surtout, de ne pas essayer de changer le court des événements. Prenez les faits les uns après les autres, sans penser à la suite ».
Ses paroles nous laissent sans voix. Nous essayons de comprendre la pleine mesure de ce qu'il nous dit.
« Cela veut dire…que nous ne rentrerons jamais chez nous ? » demandais-je d'une petite voix.
« Non, j'en ai peur », me répond l'elfe, ses yeux emplis de sollicitude.
J'ai l'impression de tomber du premier étage…non, carrément du haut d'un immeuble, d'un gratte-même ! Pas que ça me soit déjà arrivé, mais j'imagine ce que ça fait, et c'est l'impression que j'ai en ce moment.
Echouée en Terre du Milieu, c'est bien ce que je suis. Sans famille, sans histoire, sans chez-moi, sans situation. Lancée dans une quête dont je connais l'issue, issue fatale pour certains... Que vais-je faire après ? Même si je survis d'ici la reprise de la montagne, où irais-je vivre ?
Mon regard se tourne alors vers le reste de la compagnie, et vers Bilbon, tous mangeant et discutant, insouciants à notre malheur. Quelque chose change alors dans mon cœur, et je prends une résolution. C'est eux, mes amis, maintenant. Et je ne les laisserai pas tomber. Je donnerai le meilleur de moi-même, et si jamais je suis toujours en vie à la fin, j'aurais tout mon temps pour décider quoi faire de ma vie.
Me retournant vers l'efle, je lui pose une question qui me turlupine :
« Mais comment expliquez-vous le fait que je sois arrivée ici avec une taille de naine ? »
« Je n'ai pas d'explications à cela. Peut-être que le fait d'être accompagnée d'un nain à votre arrivée ici, en a décidé ainsi », me répond-il.
« Pourtant, excepté la taille, je n'ai rien d'une naine », dis-je.
« Détrompez-vous ma chère », me répond Gandalf cette fois, « vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais vous ressemblez beaucoup aux nains, dans tous les sens du terme, et par tous leurs gestes. »
« Il ne vous manque plus que la barbe, et le tableau sera complet ! » plaisante le seigneur Elrond.
Je fais la moue. Il ne manquerait plus que ça ! Une naine ? Bon, ça peut aller, tant que des poils ne me poussent pas au menton ! A choisir, je crois que je préférerais avoir les pieds poilus des hobbits plutôt que de la barbe.
Je passe le reste du repas perdue dans mes pensées, repensant à tous ce que je laisse derrière moi, et à tous ce qui m'attend. Je n'entends pas Kili qui m'appelle, jusqu'à ce qu'une serviette m'arrive dans la figure, envoyée par Nori pour attirer mon attention.
« Zélia, tu ne nous a toujours pas dis ce que tu étais. Une humaine très petite, ou une naine à qui il manque certains…attributs », me lance Kili.
N'avais-je pas dis qu'il était tenace ?!
« Mais elle a tout d'une naine mon frère, ne voit-tu pas ? Sa barbe commence même à pousser ! » répond Fili.
« Quoi ? » m'exclamais-je.
« C'est vrai, je ne l'avais pas remarqué ! » reprend Kili.
Une glace, un miroir, vite ! Ils plaisantent ou quoi ? Je ne suis pas en train de devenir une naine dans tous les sens du terme ! Une barbe…quelle horreur !
Je me lève de ma chaise, bien décidée à mettre la main sur un miroir.
« Il vous faut quelque chose ? » me questionne un des elfes présent pour nous servir, remarquant mon mouvement pour me lever.
« Oui, une glace ! » dis-je.
« Je vous demande pardon ? » me dit-il avec un regard d'incompréhension.
« Une glace… un miroir… quelque chose pour se voir dedans ! » lui répondais-je, quelque peu hystérique.
« Je crains de ne pas avoir ce que vous demandez », me dit l'elfe.
« Haaa, fichus elfes sans miroir ! » m'exclamais-je tout haut, sans faire exprès.
Je jetais alors un regard à Elrond, consciente d'avoir insultée les siens, mais il affiche un sourire, ainsi que Gandalf, et baisse vite le regard sur son assiette. C'est ça, amusez-vous !
Les elfes sont donc tellement parfaits qu'ils n'ont même pas besoin de se regarder dans une glace ?!
« Zélia, on plaisantait », me dit Kili avec une petite voix, effrayé de me voir sortir ainsi de mes gonds.
Lui lançant un regard noir, je passe ma main sur mes joues.
Les autres nains sont bien sûr effondrés de rire. Saisissant mon verre, j'essaie de me regarder dans le reflet, mais il est tellement propre, tellement transparent, que je ne m'y vois pas !
Le reposant d'un geste rageur, je prends alors une cuillère, mais je n'y vois que mon reflet déformé, et trop petit pour apercevoir quoi que ce soit.
Fichus elfes ! Et fichus nains !

« ça va ? » me demande Thorin en arrivant derrière moi.
La nuit est arrivée, et j'étais perdue dans la contemplation des étoiles, repensant aux paroles d'Elrond, jusqu'à ce qu'il n'arrive. J'essaie de lui répondre, mais les mots restent coincés dans ma gorge, me faisant émettre un simple grognement.
Comprenant l'était dans lequel je me trouve, et le partageant, il vient se placer à côté de moi, et pose sa main sur la mienne, dans un geste apaisant. Une main de nain, épaisse, calleuse, qui a déjà manié la hache comme le marteau, mais pourtant si douce, et si rassurante. Comment un simple contact comme celui-ci peut-il me faire me sentir aussi vivante, aussi pleine de vie ?
Lui aussi perd sûrement beaucoup de choses, même s'il en gagne d'autres, et pas des moindres (un titre de prince, et tout un peuple). Il a sûrement une famille, des amis,… J'aimerais lui poser ces questions, mais ma gorge est trop serrée pour émettre un son. Plus tard… nous aurons le temps plus tard, quand nous aurons digérés la nouvelle…

Le lendemain matin, je me réveille pleines de convictions, et je n'ai qu'une idée en tête. Si vraiment je dois m'intégrer à ce monde, et que je veux aider la compagnie (et aussi assurer ma sécurité…ce n'est pas une mauvaise idée), il faut que j'apprenne à me battre.
Je cherche Thorin du regard, mais il est déjà parti. Je le retrouve à la table du déjeuner, et me glisse sur le siège à côté du sien.
« J'ai besoin de vous. Il faut que j'apprenne à me battre », lui dis-je sans préambule.
Il me jette un regard surprit.
« Maintenant ? » me demande-t-il.
« Oui, le plus vite possible ».
Il n'y a qu'à lui que je peux demander cela. Si je demande aux autres membres de la compagnie, ils vont trouver ça louche. Et je me vois mal affronter un elfe qui fait presque deux fois ma taille. Je frissonne rien qu'à cette idée. Quoi que, affronter un Thorin en armure n'est peut-être pas beaucoup mieux, surtout que le Thorin en question a moins d'entraînement que le vrai Thorin.
Nous nous éloignons du centre de la cité, cherchant un endroit tranquille et loin des regards.
Une fois l'endroit trouvé – un petit espace dégagé en herbe, entouré d'arbres – nous ne mettons face à face.
« Je ne sais pas si je suis le meilleur professeur… », commence Thorin.
« Peu importe. Nous ne ferons de toute façon pas de moi une guerrière en si peu de temps, mais je peux apprendre les rudiments », lui répondais-je.
Il me fait signe de tirer mon épée, et m'encourage d'un regard.
« Alors, déjà, une lame ne se tient pas comme une raquette de tennis », me dit-il.
J'essaie de changer la position de mon bras.
« Ni comme une casserole… ».
Je détend mes épaules, et essaie de changer ma prise sur la poignée de l'épée.
« Et là ? » demandais-je.
« Hum, pour jouer au billard, ce serait bien », plaisante-t-il.
Ça commence bien ! Tout à coup je me demande si mon idée est vraiment si bonne que cela… Je n'aurais qu'à me cacher derrière l'imposant Dwalin quand on se fait attaquer, non ?! Non, me reprenais-je, il faut que j'apprenne à me débrouiller !

Thorin me montre ainsi comment tenir mon épée, comment me tenir, moi, pour assurer mon équilibre, comme faire bouger la lame, que ce soit pour porter un coup ou pour en esquiver un.
Très vite, j'ai la tête qui bourdonne de toutes ces informations.
« Allez-y, faites quelques mouvements d'épées », m'encourage Thorin une fois toute la théorie débitée.
Raffermissant ma prise sur la poignée, et tachant de repenser à tout ce qu'il me dit, je fend l'air de ma lame, de quelques mouvements maladroits.
« Stop ! » me dit-il soudain, m'interrompant dans mon mouvement, ce qui manque de me faire perdre l'équilibre, « ne bougez plus, regardez votre position. En vous tenant comme cela, vous faites une cible parfait pour toute arme qui viendra vers vous. Vous êtes penchée en avant, à la limite de votre équilibre, et gardez les bras trop bas ».
Prenant en compte ce qu'il me dit, je tache de redresser la posture de mon corps.
« C'est mieux », me dit-il.
Après une heure d'exercices en tous genres, censés parfaire mon équilibre et me donner le contrôle de ma lame, il se dirige vers les arbres, et en revient avec deux bâtons, de taille équivalente à une épée.
« On va commencer avec ça », me dit-il.
Bonne idée, car avec une lame dans les mains en face de lui, je n'ai pas peur de le blesser lui, mais plutôt de couper une quelconque partie de mon corps. Je me sens si maladroite et si gauche. Je suis encore bien trop souvent déséquilibrée par le simple poids de l'épée, combiné au fait que je me penche trop.
Me tendant un bâton, il se place en face de moi, avant de donner le signal.
Nous commençons par échanger des coups lents, corrigés par les remarques de mon professeur. Soudain, il bondit en avant, son bâton levé à deux mains, prêt à s'abattre sur moi.
Je ne peux m'en empêcher, et ferme les yeux avec un cri de surprise. Je sens mon propre bâton quitter mes mains lors de l'impact (qui n'était pas dirigé sur moi, heureusement).
Lorsque je rouvre les yeux, je vois mon bâton à plusieurs mètres de moi, et un Thorin qui affiche une mine amusée.
« Ne jamais quitter son ennemi des yeux ! » me dit-il.
J'acquiesce, même si je doute de pouvoir le faire si un orque ou un gobelin hideux me refait le même coup qu'il vient de me faire.

Au bout d'une autre heure passée à échanger des coups de bâtons, le mien s'envolant bien trop souvent dans les airs (j'ai arrêté de compter après la 45ème fois…), nous nous arrêtons, essoufflés.
« Ce n'est pas si mal », me dit-il.
« Vous plaisantez ? Je suis lamentable ! » le contredisais-je, car c'est en effet ce que je suis.
« On fait une pause ? » me propose-t-il.
« Non, on continue », dis-je butée, et décidée à m'améliorer.
Nous nous remettons donc face à face, le souffle un peu court. Thorin se dirige vers moi, et j'essaie comme je peux d'esquiver ses coups, car pour l'instant c'est tout ce que je fais. Je n'en suis pas encore à les lui rendre !
Après avoir arrêté son bâton plusieurs fois sur mon côté droit, ce qui me laisse penchée en avant, mon bâton dirigé vers le sol, je vois qu'il amorce un mouvement pour venir frapper le mien avec force. Déjà dans un équilibre précaire, la force du coup me fait basculer en avant. Ayant quand même acquis une ou deux bonnes habitudes, je ne lâche pas mon bâton. Surpris, Thorin écarte un bras pour essayer d'arrêter ma chute. Il me réceptionne au niveau du ventre, mais nos deux bâtons s'emmêlant, je bascule sur le côté, et j'ai soudain des étoiles pleins les yeux.
« Zélia, ça va ? » me demande-t-il d'une voix inquiète.
Je suis au sol, une main plaquée sur mon œil, tentant de chasser les petites étoiles qui passent encore devant mes yeux fermés. Ouvrant prudemment les yeux, je découvre le visage de Thorin penché sur moi. Glissant mon regard sur sa main, je découvre le pourquoi du comment. Je me suis ramassée sa main, involontairement, en pleine figure pendant ma chute, et il a fallu que ce soit celle qui porte la bague. Cette grosse bague antique, qui est allée frapper directement mon œil.
« Oui, ça va, je crois », répondais-je pour le rassurer, « on continue ! ».
« Vous êtes sûre, vous auriez besoin… », commence-t-il.
« Non, ça va, vraiment, je veux continuer ! » insistais-je.
Me redressant à l'aide de sa main tendue, nous recommençons l'entraînement.

Quelques combats plus tard – je ne saurais dire combien de temps est passé – je m'avoue enfin vaincue, et nous rentrons d'un pas las vers la cité.
J'ai fait des progrès. D'infimes, minuscules progrès... En gros, je ne suis pas prête à me battre avec une lame.
Je n'oublie pas de remercier Thorin. Il a été d'une patience exemplaire avec moi, devant mes maigres progrès.
Avant de nous séparer, dégoulinants de sueur, devant les salles d'eau, pour aller prendre chacun un bain, Thorin tend la main vers mon visage.
Je ne peux m'empêcher de sursauter légèrement quand ses doigts frôlent mon œil amoché.
« Je suis désolé, j'espère que ce ne sera pas trop douloureux », me dit-il.
« Non, ça va », dis-je.
Enfin, si je ne lève pas les yeux trop hauts, ou si je ne regarde pas vers la gauche, autrement toute ma vision se trouble.
« Et puis, ce n'est pas comme si je n'étais pas habituée », plaisantais-je en repensant à la gifle qu'il m'avait donnée.

Une fois lavée, je me mets en quête des cuisines, car le temps a passé bien plus vite que je ne le pensais, et l'heure du déjeuner est depuis longtemps passée.
Une pomme et un pain plus tard, je me mets en quête de la compagnie, commençant par aller voir s'ils sont dans notre ,,chambre´´. Ils n'y sont pas. Je m'apprête donc à faire demi-tour, quand j'entends leurs exclamations venir de plus bas. Me dirigeant vers la balustrade qui surplombe la fontaine, je trouve tous les nains au bord de cette dite fontaine, vêtus seulement de leurs dessous. J'écarquille les yeux, et veut me reculer, mais c'est sans compter sur Kili qui m'a déjà vue…
« Zélia, viens ! Nous sommes en train de laver nos équipements. Viens en faire de même ! » me dit-il.
J'hausse un sourcil. Si eux ne ressentent aucune gêne à se dévêtir ainsi devant les elfes, ce n'est pas mon cas, car je n'ai pas grand-chose sous mes habits.
Gloin envoie une gerbe d'eau à Kili, et lui dit :
« Allons, c'est une dame, elle ne va pas se déshabiller devant toi ou quiconque d'entre nous ».
Kili rougit devant ces paroles, me jetant un regard d'excuse.
« Zélia, attrapes ! » me dit soudain Bofur.
Je lève les mains juste à temps pour rattraper un tissu bleu nuit, qui se révèle être une chemise. J'ai comme une impression de déjà-vu, me rappelant Bilbon rattrapant le mouchoir tout crade de ce même Bofur…
Semblant comprendre mes doutes, il me dit :
« Elle est propre. Et elle est à Thorin. Vous pouvez la mettre à la place de vos habits le temps de les laver ».
Je me débarrasse donc de mes habits, et enfile la chemise. Elle est bien trop grande pour moi, mais c'est parfait, car comme ça elle me tombe jusqu'aux genoux, et les manches me descendent jusqu'aux coudes. Je serre juste le plus possible le lacet au niveau du coup, avant de descendre rejoindre les nains à la fontaine.
Arrivée près d'eux, je remarque que la couleur de l'eau, d'ordinaire si claire, est déjà souillée de toute la crasse, la terre et le sable enlevés des habits. Les elfes ne vont pas être très contents…
Je ne prends même pas la peine de demander s'ils ont un quelconque produit de lessive, les voyant frotter leurs habits à la main, et à grande eau.
Au bout d'un moment, étrangement silencieux, j'entends un grand « plouf », suivi de rires.
C'est Fili et Kili qui ont jetés Ori à l'eau. Il est très vite rejoint par les deux frères, et les autres nains commencent à enjamber la fontaine pour les rejoindre dans l'eau… Sauf qu'ils ont l'air d'oublier que je suis là, moi, une femme…car ils déboutonnent leur dessous pour les jeter à terre… Heu…
Attrapant mes habits mouillés en vitesse, je m'empresse de filer…j'en ai déjà trop vu !
Du nain en sous-vêtement, ça peut passer, mais du nain nu, faut pas pousser quand même !

Je m'assois sur un banc, et prend mon mal en patience pendant que mes habits sèchent. J'espère juste qu'un elfe ne va pas passer par là en attendant.
Au bout de ce qu'il me semble une éternité, je peux enfin les renfiler. Je grimace devant l'effet carton du tissu (ma fois, c'est comme ça quand on a pas d'adoucissant ! ), et me mets en quête de la salle à manger, car il doit bientôt être l'heure du dîner.
Je traverse un couloir que je ne me souviens pas avoir visité. Puis une pièce, un autre couloir, un sentier entre de petits arbustes, de nouveau un couloir qui s'incurve… Non, décidément, je ne suis jamais passée par là ! Bon sang, je ne suis pas de la famille de Durin pour avoir un sens de l'orientation aussi minable !
Ce n'est qu'un vingtaine de minutes plus tard que je trouve enfin la salle où sont déjà attablés tous les nains.
J'évite de dire que je me suis perdue, car je devine qu'ils trouveraient ça très comique.

Une fois la nuit venue, alors que je me promène dans la cité, je croise Thorin et Balin, accompagnés de Bilbon, qui n'a pas l'air de savoir s'il doit être là ou pas.
« Gandalf veut nous voir, avec Elrond », m'avertit Thorin.
« Venez avec nous, voulez-vous », me demande Balin.
Je commence donc à les suivre, quand je vois Bilbon, qui fait un pas dans la direction opposée, comme pour s'esquiver.
« Je…vais vous laisser… », commence-t-il.
Je me retourne vivement et l'attrape par le bras pour qu'il nous suive.
« Venez donc aussi Bilbon, il se pourrait que ce soit intéressant ! » lui dis-je.
Bilbon est là dans le film quand Elrond lit la carte, il doit donc venir, que ça lui plaise ou non !

« Vais-je donc enfin connaître la raison de votre voyage ? » nous dit Elrond un moment plus tard.
« Montrez-lui la carte, Thorin », demande Gandalf.
« Nos affaires ne concernent pas les elfes ! » dit celui-ci d'une voix pleine de colère.
Quel bon acteur ! Je ne peux m'empêcher de sourire en voyant Bilbon complétement hypnotisé par la scène.
« Votre fierté sera votre perte ! Montrez la au seigneur Elrond ! » s'énerve Gandalf.
Pourtant, je vois une once d'incompréhension passer sur son visage. Il ne doit toujours pas comprendre – tout comme moi – pourquoi ce faux Thorin fait tant de difficulté. D'ailleurs, Elrond est maintenant au courant pour nous, alors pourquoi faire semblant ? Juste parce qu'il y a Balin et Bilbon avec nous ?
Thorin se décide enfin à donner la carte, Balin essayant vainement de l'arrêter.
« Ils Ithil », dit alors Elrond en détaillant la carte.
« Des runes lunaires ! Difficiles à trouver », nous explique le magicien.
« Pourriez-vous les déchiffrer ? » demande Thorin, dans une parfaite imitation de celui qui ne connaît par leur signification.
Elrond nous mène alors sur une sorte de terrasse éclairée par les rayons de la lune.
« Mmmmh, les runes sont presque lisibles, mais pas encore assez. Je pense que la lune sous laquelle elles furent écrites se montrera d'ici un jour ou deux. Il vous faudra encore patienter », nous dit Elrond.
Thorin et moi échangeons un regard étonné.
Alors que nous retournons en direction de notre chambre, je lui demande :
« N'était-il pas censé pouvoir les lire le même soir ? »
« Si », fut la seule réponse que j'obtins.
« Je commence vraiment à ne pas aimer toutes ces choses qui changent, qui sont différentes de ce qu'elles devraient être », lui avouais-je.
Arriver dans un monde et participer à une histoire dont vous connaissez le déroulement, c'est déjà déroutant. Mais arriver dans un monde et participer à une histoire dont on croit connaître le déroulement, sauf que certaines choses se passent autrement, c'est carrément flippant !
« Pourquoi faire tant de difficulté devant le seigneur Elrond ? Il est au courant que vous n'êtes pas le véritable Thorin.. », dis-je alors.
« Je me doute qu'il va sans doute avertir le roi Thranduil de notre proche venue. Si nous avions réussi à garder le dessein de notre quête secret, il n'aurait pas pu le faire, et nous n'aurions pas perdu un temps fou dans les cachots des elfes », m'explique-t-il à contrecœur.
« C'est pour ça… », dis-je à voix haute, m'étonnant de ces paroles.
« Et croyez-moi, vous en aurez vite assez de passer vos journées enfermé dans un cachot, en étant sans cesse interrogé par un roi aussi hautain qu'orgueilleux ! » ajoute le prince.
Hou, Thorin ne semble pas vraiment apprécier le roi Thranduil ! Et cette fois ce n'est pas un jeu d'acteur !

Le lendemain matin, je me réveille pleines de courbatures.
« Ouch… », fais-je en me levant.
Certains nains s'affairent autour de moi, la plupart étant déjà parti manger.
« Enfin réveillée, Zél... », commence Kili, avant de laisser échapper une exclamation de surprise en désignant mon visage.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? » demandais-je, inquiète.
J'ai un bouton sur le nez ou quoi pour qu'il réagisse ainsi ?
« Kili ! » insistais-je, devant l'absence de réaction de ce dernier.
« Ton œil… ! » réussit-il à articuler.
Je portais la main à mon œil gauche, et retenait une exclamation de douleur. Il est gonflé.
« Voilà un bel œil au bernoire ! » me dit son frère en s'approchant.
« Comment t'es-tu fait ça ? » me demande Kili.
« C'est lors d'une de tes chutes nocturne ? » continue son frère, en faisant allusion à mes chutes du matelas, qui non, ne se sont pas arrêtées.
« Non…je…je me suis encoublée, devant la salle d'eau », tentais-je vainement en inventant cela. Dur d'inventer quelque chose quand on émerge à peine du sommeil.
Les deux frères ne semblent pas convaincus.
« Vous me connaissez…avec mon adresse légendaire… », rajoutais-je.
Cette remarque enlève l'air septique de leur visage. Je suis vraiment si maladroite que cela ? A voir oui, car ils ne posent pas d'autre question.

Arrivés à la table du petit-déjeuner, Fili s'adresse cependant à Oin :
« Oin, il lui faudrait quelque chose pour son œil », lui dit-il, haussant la voix pour se faire entendre du nain à l'oreille dure.
Me jetant un regard, et grommelant dans sa barbe, Oin commence à fouiller dans sa besace, qu'il a toujours avec lui. Je crois alors le regard de Thorin, qui semble sincèrement désolé.
Distraite, je ne vois pas la petite boite qui vole vers moi, et ce n'est que grâce à Kili que j'évite de me la prendre dans la tronche, ce qui m'aurait sûrement valu un deuxième œil beurré… Mais qu'est-ce que les nains ont à toujours faire voler tout et n'importe quoi ! Je maudis mes mauvais réflexes. C'est peut-être pour ça que je suis si mauvaise à l'épée…
« Mets ça sur ton œil », me dit le guérisseur.
Ouvrant prudemment la petite boite, je m'étale sur l'œil une pommade à la couleur orangée, qui soulage tout de suite la douleur.

Voilà bientôt dix jours que nous sommes chez les elfes.
Il a fallu sept jours pour que mes chutes du lit arrêtent de faire croire à Dwalin qu'il est chaque fois attaqué. Maintenant, les nains ne prennent même plus le temps d'allumer une chandelle, se contentant de grommeler et de se rendormir. Pour la galanterie, on repassera !
Thorin et moi continuons à nous entraîner. Mes progrès sont quasi inexistants, enfin si, je ne lâche plus mon bâton, et j'ai un meilleur équilibre quand même. Du coup nous avons essayé de nous entraîner à l'épée. J'ai bien remarqué que Thorin se tient très en retrait – en ayant pour le coup son équilibre penché vers l'arrière – de peur de mes mouvement maladroits.
Mon œil reprend petit à petit une couleur normale.
Elrond nous ayant enfin déchiffré la carte, je me doute que notre départ approche.
Et je vois juste, car ce soir-là, Thorin vient vers moi en me disant :
« Nous partons. Demain à l'aube. Pouvez-vous mettre la main sur notre hobbit pour l'en avertir ? »
J'acquiesce, et me met à la recherche de Bilbon. Il était en effet très peu présent pendant notre séjour, excepté aux heures des repas. Je me doute bien que Fondcombe lui apporte joie et réconfort après nos aventures, et qu'il hésite à la quitter.

Pourtant c'est ce que nous faisons le lendemain. La plupart des nains baillent à s'en décrocher la mâchoire, les yeux encore emplis de sommeil, et je ne suis pas en reste.
« Nous allons bientôt entrer dans les Terres Sauvages », nous avertit notre leader, qui semble le seul à être bien réveillé, « Balin, tu connais ces sentiers, guide-nous ! ».
Bonne idée ! Je n'ai pas envie de me perdre à l'entrée des Terres Sauvages.

A bientôt !