Chapitre 7
Mes pensées se bousculaient dans mon esprit bientôt elles se mélangèrent et devinrent flou, je m'endormis.
Ce fut deux mains posées sur mes épaules et l'odeur désagréable de l'alcool qui me retirèrent des bras de Morphée. J'ouvrais les yeux et je vis Reita accroupi devant moi.
Ah bah te voilà toi. Ca fait 10 minutes qu'on te cherche partout !
Il m'aida à me relever, ses cheveux étaient trempés. Je ne comprenais pas ce que l'on faisait là, ni où j'étais…Mais en le regardant tout me revint à l'esprit : le concert, Aoi, mon verre de coca-cola, Aoi, Reita se moquant de moi, Aoi, le départ de Kai, Aoi, Reita et Ruki sur la table, Aoi, Reita et Ruki s'embrassant dans ma voiture, Aoi, l'ascenseur en panne, Aoi, Ruki sur mon dos, Aoi, les questions de Ruki, Aoi, les billes, Aoi, le sang sur les marches, Aoi, Ruki inanimé, Aoi, le pont, Aoi,l'hôpital, Aoi,Ruki, Aoi, Kai, Aoi, la mère de Kai, Aoi, ma cheville, Aoi, la gloire éternelle, Aoi, Aoi, Aoi…
« Aoi… fis-je le regard perdu dans le vide.
Non moi c'est Reita tu te souviens ?
Kai…
Non, Reita. Celui qui t'embête tout le temps et qui porte un bandeau sur le nez ça te dit quelque chose ? »
Je le regardais et réalisa qu'il ne savait toujours pas. Je pris du recul et m'éloigna de lui. Il m'adressa un regard interrogateur vit mes vêtements et écarquilla les yeux.
« Ou t'es tu fait ça ?! »
Je ne répondis pas et recula encore, je voulais m'échapper, le bassiste ne me retint même pas.
Mon dos percuta quelqu'un…
« Uruha te voilà enfin ! »
Je sentis tout mon sang se glacer puis bouillir en reconnaissant la voix d'Aoi. Pétrifié, je ne fis plus un geste. Il me prit par les épaules et me fit pivoter dans son sens.
« Uruha ça va ? Tu… »
Il s'interrompit en voyant mes vêtements. Je n'osais pas lever la tête vers lui.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Ruki ? »
Je ne répondis rien.
« Dis-moi !! me supplia-t-il en perdant son sang froid.
Je…murmurai-je avec difficulté la voix tremblante. Je…Je suis… »
Les larmes me montaient aux yeux mais à présent je faisais tout pour les retenir en me mordant les lèvres.
« Uruha…m'encouragea Aoi. »
Le son de sa voix me déchira et je craquai en articulant un « je suis désolé » étouffé par mes larmes. Il m'attira contre lui et me serra dans ses bras, ce qui me fit sangloter de plus belle.
« Qu'est-ce qu'il a ? demanda Reita encore sous l'effet de l'alcool. »
Aoi le fit taire en lui disant qu'une douche froide ne lui avait pas suffit et attendit que je me calme avant de me faire asseoir sur une chaise et de s'agenouiller devant moi.
Au bout de plusieurs minutes je finis par être à court de larmes. Je me sentais libéré d'un énorme poids. Le guitariste qui avait attendu patiemment me prit les mains et me pria de tout lui raconter.
J'inspirai profondément et lui dis tout, du moment ou il avait quitté ma voiture jusqu'à maintenant. Le seul détail que je tus fut ma conversation avec Ruki dans l'escalier.
A la fin de mon récit, Aoi soupira et s'assit à côté de moi.
« Et tu ne sais rien ? me demanda-t-il.
Non.
Tu ne sais même pas s'il est en…en vie ?...
Non.
Ils te laissent tout seul dans le couloir, comme ça, les vêtements pleins de sang ?
Oui. »
Il recommença à soupirer longuement puis essaya de se détendre et ferma les yeux. J'admirais le sang froid avec lequel il avait pris cette nouvelle et fut extrêmement soulagé qu'il ne soit pas en colère après moi.
« Bon, annonça-t-il. On ne sait rien pour le moment, ça ne sert à rien de céder à la panique, donc ce qu'on va faire pour l'instant c'est te trouver des vêtements propres. Uruha tu va rester là et dormir je pense que tu es très fatigué…Tu viens Reita ? »
Aucune réponse.
« Reita ? … Il s'est pas encore endormi j'espère… »
Ce dernier, assis à côté de moi ne dormait absolument pas et fixait le mur d'en face en murmurant quelque chose d'incompréhensible.
« Oh ! Reita ? Tu ne te sens pas bien ? s'inquiéta Aoi.
Ruki.
Pardon ?
Il se leva brusquement.
Je veux voir Ruki.
Mais enfin Reita tu sais bien qu'il…
Où est-il ? coupa le bassiste la voix tremblante de rage.
Reita c'est pas le moment de… »
Réponds !! hurla le blond en frappant le mur juste au dessus de ma tête.
Aoi baissa la tête et se tut. J'eus la mauvaise idée d'intervenir.
« Reita calme toi ça ne sert à rien de s'énerver il faut être patient... »
Celui-ci se leva fit quelque pas en passant nerveusement sa main sur son visage puis revint vers moi et me fit dos.
« C'est toi qui l'as fait tomber ? me demanda-t-il d'un ton glaciale.
Reita ! intervint Aoi.
C'est toi qui l'as fait tomber ?! répéta-t-il en haussant le ton.
Pardon…répondis-je d'une voix quasi inaudible. »
Brusquement il se retourna et me gifla violemment. J'en glissa de ma chaise et me retrouva à terre une main sur la joue, les cheveux cachant le reste de mon visage. Aoi ne bougea pas les yeux agrandit par la surprise et Reita laissa sa main en suspens respirant avec difficulté.
Je me relevais tant bien que mal en m'accrochant à ma chaise toujours une main sur la joue. Une fois sur pied je fixai Reita droit dans les yeux, non pas part insolence mais par pur désespoir, il sembla s'apaiser et soutint mon regard le sien étant rempli de détresse. Ses lèvres tremblèrent, il étouffa un « pardon » et fondit en sanglots dans mes bras comme un enfant qui venait de se faire disputer. Je fus surpris mais répondis à sa pression en le serrant contre moi.
Aoi soupira et me dit en posant une main sur mon épaule :
« Je vais appeler Kai.
Inutile…Il est déjà ici, déclarai-je.
Ah ? Tu l'as appelé ?
Non, il était là…Avant moi.
Aoi haussa les sourcils.
Comment ça ?
Tout à l'heure, après le concert, c'est l'hôpital qui a appelé Kai.
Pourquoi ?...demanda Aoi apparemment angoissé.
C'est…Sa mère qui est…Morte ».
Il laissa tomber son portable s'échouer sur le sol et revint s'asseoir à mes côtés. Il prit sa tête entre ses mains et murmura des «Non, c'est pas vrai » « C'est pas possible… » . Reita se détacha de moi et s'assit à mes côtés en séchant ses larmes inutilement car d'autres les succédaient spontanément.
Aoi releva la tête vers moi sans pour autant me regarder dans les yeux.
« Où est-il ?
Je ne sais pas, lui répondis-je, ils nous ont séparés, ils l'ont forcés à aller voir un psy…
Un psy ?! Mais Kai n'a pas besoin de psy !! s'emporta Aoi.
Je sais c'est ce que je leur ai dit mais ils ne m'ont pas…
Je vais le chercher ! me coupa le guitariste d'un ton sec. »
Il se leva et sortit de la salle d'attente à grand pas. N'ayant rien à faire je tentais d'apaiser Reita même si cela ne servait absolument à rien, étant moi-même rongé par l'angoisse je ne pouvais pas lui dire grand-chose et me contentai de serrer sa main.
Au bout de quelques minutes Aoi revint avec un Kai au regard complètement vide qui s'assit à même le sol contre le mur en fixant ses chaussures.
Le guitariste se mit à genou devant lui et lui prit ses mains en lui murmurant des paroles réconfortantes.
Je sentis malgré moi un sentiment de jalousie m'envahir. Kai se remit à pleurer et il le prit dans ses bras. J'eu l'impression qu'on me perçait le cœur. J'aurais voulu qu'Aoi s'occupe de moi…Et je ne suis vraiment qu'un égoïste.
Peu après, Kai retrouva ses esprits et commença à poser des questions : comment étions-nous au courant, pourquoi étions-nous ici, pourquoi Reita pleurait-il. Et même si cela n'était pas la meilleure chose à faire, Aoi lui expliqua calmement ce qui était arrivé à Ruki. Contre toute attente il n'éclata pas en sanglot mais se contenta d'acquiescer. Je sentais qu'il se retenait de verser des larmes…Puis, plus personnes ne dit rien, chacun se noyait dans ses pensées, essayant de se changer les idées sans pour autant y parvenir.
Enfin un homme, probablement un chirurgien, pénétra dans la pièce et nous interpella :
« Excusez-moi ? Vous êtes les amis de Matsumoto san ? »
Aoi se leva d'un bond je voulus faire de même mais Reita s'accrocha à moi en me broyant le bras. Le chirurgien n'obtenu pas de réponse mais en déduit vu nos réactions qu'il ne s'était pas trompé.
« Nous avons achevé l'opération… »
Le guitariste s'approcha de lui les yeux grands ouverts tremblant d'angoisse. Reita allait finir par faire de la bouillie avec mes os mais je ne réagis même pas tellement j'étais nerveux et angoissé moi aussi.
« Votre ami a été grièvement blessé, cette opération était très lourde… Les risques étaient énormes…
IL EST EN VIE OU PAS ?? explosa soudainement Reita.
…Oui. »
Un vague silence s'installa durant à peine quelques secondes puis le bassiste fit un bond en hurlant de joie et tomba dans les bras de Aoi qui riait les larmes aux yeux. Kai soupira de soulagement et enfouit sa tête dans ses mains. Quant à moi je posais une main sur mon cœur affolé me sentant très léger je me remis à pleurer, de soulagement cette fois-ci.
Le chirurgien attendit patiemment que l'euphorie passe et nous pria de le suivre. Il nous arrêta devant la porte d'une chambre.
« Voilà il est ici, il vient tout juste de se réveiller…Il est très faible. Aussi je vous demanderais de ne pas trop le brusquer.
Merci infiniment !! lui dit Aoi ému en lui serrant la main.
Je ne fais que mon travail…lui répondit le chirurgien avec un faible sourire. »
Les autres ne le virent apparemment pas mais quand il nous ouvrit la porte pour nous laisser entrer il ne souriait plus et baissait la tête…
