xLouisa, Clairaice, maoul92, holybleu, barjy02, merci à vous :)

Voici la suite, avec enfin le gala ;)

Chapitre 7.

Le samedi suivant arriva enfin la soirée de gala tant attendue. Steve n'avait pas vu passer les derniers jours. Entre les derniers préparatifs avec Pepper et les soirées en compagnie de Tony, le temps avait filé. Il aimait être occupé, se sentir utile, aussi avait-il apprécié sa collaboration avec l'assistante de son compagnon. De même qu'il aimait la routine qui se mettait peu à peu en place avec l'homme d'affaires, même si aucun d'eux n'avait encore abordé le sujet du sérieux de leur relation, pas plus que Tony ne lui avait proposé qu'ils passent une nuit ensemble. Leur lien était original et unique, et Steve, malgré les propos rassurants de Bucky, à mesure qu'il appréciait leur intimité, avait du mal avec la distance qu'imposait Tony. Celui-ci, lorsqu'ils étaient seuls, se montrait tendre et attachant, mais c'était toujours terriblement bref. Ensuite, il s'en allait ou faisait partir Steve et quand ils étaient en public, il repassait immanquablement en place ce masque qui maintenait à distance jusqu'à son amant.

Tony avait ses raisons d'agir de la sorte, certaines qu'il avait d'ailleurs confiées, Steve respectait cela. Il avait lui-même ses casseroles à trimballer alors n'avait nullement l'intention de lui mettre quelque pression que ce soit. Pourtant, à mesure qu'il se sentait avoir des sentiments, il regrettait que tout ne soit pas plus simple.

Parce qu'à ce stade, il n'avait plus le courage de se mentir. Il tombait amoureux de Tony et c'était foutrement effrayant. Parce qu'il n'avait jamais été amoureux. Parce que c'était bien trop rapide et qu'en définitive ce n'était probablement pas la bonne personne. Steve était fier d'être ce qu'il était et n'avait aucune intention de retourner dans le placard, de se cacher sans cesse. Et puis merde ! Il s'agissait de Tony Stark ! C'était à la face du monde qu'il voulait crier qu'ils étaient ensemble, pour entre autre faire baver d'envie tout le monde. Pas qu'il soit du genre à frimer en général, mais là il y avait quand même de quoi être fier. Et surtout, cette révélation éviterait à l'avenir que d'autres tentent de mettre leurs sales pattes sur le milliardaire. Steve n'était pas prêteur !

Ce soir tout particulièrement, alors qu'il se rendait dans cet hôtel chicos où avait lieu la soirée qu'il avait contribuée à préparer, grâce à laquelle il avait justement rencontré Tony, il aurait voulu plus que tout y faire son apparition en tenant la main de son compagnon. Il devait pourtant se contenter de la présence de Bucky à ses côtés, quand Tony lui avait annoncé avoir demandé à Pepper de l'accompagner. Rien de bien original, la jeune femme lui servait d'alibi le plus souvent pour chaque évènement mondain, mais c'était quand même sacrément frustrant. Et ironique quand devant la presse en tout genre Steve était le premier à défendre l'idée de s'assumer en toute circonstance. S'il n'avait pas déjà été aussi accro, il aurait envoyé Tony au diable et son fichu goût du secret avec.

Bucky, comme à son habitude au courant de tous les rebondissements de la vie sentimentale de son ami, d'autant qu'il avait su avant le principal intéressé que celui-ci était amoureux, avançait à ses côtés, un sourire ravi sur les lèvres. Il n'avait pas caché son intention de se dégotter un amant parmi les personnalités invitées ce soir, et si en plus il pouvait mettre la main sur quelqu'un de réputé hétéro il serait comblé. Bucky avait des plaisirs simples, les mêmes que Steve il n'y avait pas si longtemps et qui lui manquaient à présent, tant tout était alors tellement facile.

- Tu as vu la liste des invités ? s'enquit Bucky tandis qu'ils remontaient à pieds la rue où se trouvait le palace.

Par soucis d'économies, les deux hommes étaient venus jusque-là en métro, s'attirant bien des regards tant leurs smokings élégants semblaient peu à leur place dans un tel lieu.

- Bien sûr, s'amusa Steve.

- Et ? Arrête de me faire languir Steve ! Tu connais mes goûts. Quelque chose d'intéressant ?

- Il y a un ou deux acteurs qui devraient réveiller ton intérêt.

Comme si ledit intérêt avait réellement besoin d'être réveillé d'ailleurs, songea Steve, dont la capacité de son ami à ne penser qu'à la bagatelle dès lors qu'il était célibataire n'était plus à démentir.

- Parfait. Si en plus il y en a un qui a toujours démenti en être malgré les rumeurs persistantes, il va avoir du mal à se débarrasser de moi.

- Tu seras satisfait dans ce cas, confirma Steve en riant, plaignant silencieusement l'homme en question. Bucky, je te rappelle quand même qu'on est là pour bosser. On doit pousser tout ce beau monde à sortir son chéquier et d'après Pepper, avec un peu de léchage de cul ça sera facilement gagné. Nous reste qu'à jouer le jeu.

- T'inquiète, c'est dans mes cordes. En attendant, puis-je te conseiller de te faire discret ? Chaque fois que tu prononces le nom de Pepper, on a l'impression que tu veux l'égorger. D'après ce que tu m'as dit de Stark, ce n'est absolument pas elle qui est un obstacle à ton "et ils vécurent heureux."

- Je sais, soupira Steve, tout en remarquant de l'agitation sur le trottoir non loin d'eux, témoignant qu'ils y étaient presque. Mais elle est plus que quiconque celle qui offre à Tony l'occasion de se planquer. Quand il parade à son bras, personne ne pense à s'interroger sur ses réelles préférences. Putain ! Ça serait à moi de l'accompagner !

Il avait dit cela d'un ton plus affecté qu'il n'aurait voulu, mais estima qu'il valait mieux qu'il le fasse maintenant justement, auprès de celui qui ne le jugerait pas.

- Patience, souffla Bucky. Il est pas con, il comprendra vite ce qu'il a à faire.

Seul un hochement de tête hésitant lui répondit. Lui aussi y avait pensé, il espérait juste avoir raison. Et surtout avoir la patience d'attendre. Il l'avait promis à Tony encore la veille, alors qu'il était allongé contre lui après avoir fait l'amour, il ne voulait aucunement lui mettre la pression. Mais cette belle promesse apparaissait moins évidente à tenir une fois qu'il était loin de lui, en sachant pertinemment que quelqu'un d'autre avait pris sa place auprès de Tony, même si c'était en tout bien tout honneur le temps d'une soirée. Parce que Tony l'avait assuré, malgré leur passé, commun plus jamais il ne coucherait avec Pepper.

Quelque part, cette affirmation sonnait comme une déclaration d'amour et Steve aurait voulu se savoir capable de s'en contenter. Peut-être qu'avec les conseils avisés de Bucky cela viendrait. Avant qu'il n'ait le temps de tout gâcher tant qu'à faire.

- Et crois-moi, reprit son ami en le détaillant d'un regard connaisseur, quand il aura vu comme tu es sexy dans ce costume, il aura tôt fait d'entendre raison.

Steve sourit en le remerciant. C'était Pepper, encore elle, qui s'était occupé de sa tenue. Quelques jours plus tôt, lors de l'une de leurs rencontres, alors qu'elle considérait ses éternels jeans et tee-shirts, elle lui avait demandé ce qu'il avait prévu de porter pour l'évènement. Voilà une question qui ne lui avait jamais traversé l'esprit. Il n'avait jamais fait grand cas de son look et se contentait pour les grandes occasions de quelques chemises bon marché et un ou deux pantalons noirs qui ne passaient que rarement les portes de son armoire.

Soucieuse de jouer son rôle jusqu'au bout, la jeune femme l'avait alors traîné dans une boutique si chic que Steve ne s'était même jamais approché de la vitrine. S'en était suivi une séance d'essayage à faire pâlir de jalousie Julia Roberts dans Pretty Woman, là où lui en revanche n'y avait vu qu'un profond ennui. Il se serait contenté de choisir le premier costume proposé, mais Pepper avait tenu à ce qu'il essaye la moitié de la boutique, donnant son avis sur tout, jusqu'à dégotter l'ensemble parfait selon elle. Steve ne trouvait pas celui-ci différent des autres, pourtant quand il se regarda avec plus d'attention dans l'un des nombreux miroirs, il dut admettre qu'il aimait ce qu'il avait sous les yeux. Le tissu prince de Galles était d'une élégance folle sur lui et la coupe mettait savamment en valeur sa silhouette musclée. Ça avait quand même plus de gueule qu'un tee-shirt blanc. Le prix cependant l'interpella tout autant que le reste. Merde, comment un bout de chiffon, aussi classe soit-il, pouvait coûter trois mois de loyer ? A ses yeux, c'était une aberration, qu'il ne pouvait se permettre de surcroît. Mais lorsqu'il voulut en faire part à la jeune femme, celle-ci l'interrompit d'un geste sec de la main.

- C'est pour Tony, dit-elle d'un ton sans réplique.

Elle était forte pour se faire entendre et Steve ne vit même pas la peine de tenter de parlementer, pour l'avoir entendu plus d'une fois aboyer au téléphone sur des interlocuteurs récalcitrants, il savait qu'il n'aurait jamais gain de cause. Il était malgré tout mal à l'aise. Fréquenter un homme riche ne lui posait pas de problème de conscience parce qu'il n'était pas du genre à en profiter, mais il ne voulait en aucun cas être entretenu.

- Un costume sur mesure aurait été plus adapté bien sûr, continuait la rousse en suivant le vendeur satisfait, portefeuille déjà dans la main, mais c'est un peu tard. Ça sera pour la prochaine fois.

Steve lui avait docilement emboîté le pas, se faisait la désagréable impression d'être la dernière poule de luxe en date de l'excentrique milliardaire.

Alors si finalement ce costume, que Tony n'avait toujours pas vu, parvenait à faire son petit effet, cela rattraperait peut-être un peu l'inconfort éprouvé à le porter.

ooOoo

Lorsqu'ils pénétrèrent enfin dans l'entrée de l'hôtel, les deux amis furent assaillis par une nuée de journalistes. Stark et son assistante avaient décidemment tout prévu à la perfection. Ils confirmèrent à plusieurs reprises qu'ils faisaient effectivement partie de l'équipe de bénévoles de La main tendue et Steve sortit le discours parfaitement mis au point avec Tony, où il parlait comme appris de l'association et de tout le bien qu'elle pouvait faire si on lui en donnait les moyens. Il avait répété ce même discours la veille devant son amant, déambulant nu dans la chambre de celui-ci. Apparemment, il était plutôt bien rôdé parce qu'il s'était vu gratifier en guise d'assentiment de la pipe la plus époustouflante jamais reçue.

Ce soir, si le challenge était moins personnel, il n'en restait pas moins important. Tony le lui avait dit entre deux baisers après l'avoir fait jouir de sa bouche, l'avenir de leur association se jouerait lors de cette soirée, aucun d'eux n'avait donc droit à l'échec.

Quand il laissa finalement les journalistes derrière lui pour rejoindre la salle décorée avec soin, il eut la conviction de s'en être tiré plus qu'honorablement. La suite dirait si son appel avait été entendu.

Il avait donné son avis sur tout ici, aussi bien sur la disposition des tables que le menu et la tenue des serveurs. Pepper, bien que dirigeant tout d'une main de maître, avait tenu à l'impliquer totalement, ce qu'il avait apprécié, même si parfois il aurait préféré jeter l'éponge pendant ces fastidieuses préparations. Pourtant, lorsqu'il fut au milieu de la salle de réception, il ne put s'empêcher d'être surpris et ébloui, quoi que profondément troublé. Tout ici respirait le luxe, le fric, là où lui accueillait ses petits protégés dans des locaux à la limite de la salubrité. La vie pouvait décidément être une chienne tant elle savait être injuste.

Mais il était là ce soir pour faire en sorte de rééquilibrer un peu les choses, même si l'idée de lécher les bottes de tout ce beau monde l'exaspérait particulièrement. Quitte à lécher quelque chose, il aurait préféré que cela concerne Tony, et si possible autre chose que les bottes. Afin de se donner du courage, il se saisit d'une coupe de champagne sur le plateau d'un serveur qui passait à proximité. Mignon le serveur, nota-t-il. Le genre avec qui il aurait pu finir la nuit s'il n'y avait pas eu un certain milliardaire pour occuper ses pensées.

Secouant la tête pour se reprendre, il avisa un peu plus loin Bruce en grande conversation avec Clint. Et son ami avait l'air plus détendu que jamais. Mieux, Steve se faisait l'impression de le voir sourire vraiment pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité. Son ami avait-il écouté ses conseils pour se laisser aller à revivre ? En tout cas, il avait été bien inspiré en invitant Clint ce soir, même si Bruce avait appris la nouvelle avec scepticisme.

Aussi heureux soit-il pour lui, Steve estima qu'il s'enfoncerait dramatiquement dans le pathétique si même Bruce, qui clamait pourtant haut et fort qu'on ne l'y reprendrait plus après la tristesse endurée, arrivait à construire une relation plus saine que la sienne. A croire que lui était un aimant à emmerdes.

Bien décidé à noyer sa déconvenue dans le champagne, excellent au demeurant, ce qui n'avait rien d'étonnant quand on connaissait le goût du luxe de celui qui avait signé les chèques, entre deux conversations avec de potentiels donateurs, Steve estima ses chances de survie qu'il quittait la ville. Se mettre au vert quelques semaines, loin de tout, s'imposant le célibat le temps de réfléchir calmement et cesser de se prendre la tête pour ce qui aurait été des broutilles en d'autres temps… Ça semblait une bonne idée, mais il aimait trop la ville et ses activités, les hommes et le sexe, pour supporter pareil changement de vie. Y penser était déjà une grande première pour lui, la preuve qu'il se posait bien trop de questions.

Ce qui n'allait pas en s'arrangeant lorsqu'il remarqua enfin son compagnon. Tony serrait des mains, souriait, se montrait affable avec tout le monde… En dehors de Pepper, Steve était probablement le seul à savoir qu'il détestait cet exercice et combien cela lui en coûtait. Il donnait pourtant le change avec tant de talent que chacun le pensait réellement dans son élément.

ooOoo

Bruce s'était réfugié dans un coin de la salle bondée, savourant le spectacle qui se jouait sous ses yeux. L'ambiance était bonne, les bénévoles évoluant d'un groupe de potentiels donateurs à un autre, comme lui-même l'avait fait jusque-là. Il avait répondu à toutes les questions possibles et imaginables, avait promis des visites de leurs locaux aux plus intéressés… Bref, il avait fait ce qu'on attendait de chacun d'eux et tout semblait se passer au mieux.

A présent, il se sentait vidé. Fier, mais vidé. Parce que ce n'était définitivement pas dans sa nature de se mêler à des inconnus, de parler à une foule. Il n'avait jamais su le faire. Il avait envié Logan qui avait eu cette capacité, leurs deux personnalités complémentaires faisant des merveilles aux premières de l'association. Steve avait cette même verve, qui faisait de lui le candidat idéal pour être jeté en pâture à la presse notamment, ce dont il s'acquittait systématiquement avec le sourire.

Bruce aurait aimé être pareil, mais il avait ses propres qualités, comme le fait de gérer l'intendance, jonglant avec les budgets, les plannings… Tout ce que d'aucun aurait trouvé tout particulièrement ennuyeux. Lui s'y retrouvait, appréciant le calme et la solitude de ces activités. Parce qu'il avait toujours eu cette tendance à rester seul, à se perdre dans ses pensées… Ce qui n'avait été qu'en empirant après la mort de Logan, dont il ne s'était jamais tout à fait remis. S'il n'y avait longtemps vu que des avantages, désormais cela le plombait, le tirait vers le fond. Il était seul et triste depuis si longtemps, qu'il se faisait souvent l'impression de ne plus savoir comment être heureux. Mais en avait-il seulement le droit alors que Logan n'était plus là ?

Il y pensait pourtant de plus en plus souvent. Sans même l'intervention d'un Steve décidément bien intéressé par sa vie privée, il avait lui-même compris qu'il commençait à désirer autre chose que cette existence d'ermite qu'il s'était peu à peu construite ces dernières années. D'autant qu'encore une fois, Steve avait eu raison – mais comment faisait-il celui-là pour systématiquement viser juste ? – Clint lui plaisait effectivement. Pour la première fois, Bruce envisageait la possibilité de refaire sa vie. Cela aurait dû être d'autant plus facile qu'il semblait évident que son attirance était réciproque.

Mais cela lui fichait la trouille. Outre le fait d'avoir l'impression de trahir Logan, il n'avait aucune idée de la façon de s'y prendre pour draguer, flirter… Il n'avait pas fait cela depuis… eh bien depuis presque trente ans. Voilà qui lui fichait un sacré coup de vieux !

S'il avait bien eu quelques petits amis durant l'adolescence, c'était presque encore un gamin quand il s'était mis avec Logan, à peine plus de vingt ans. Puis ils étaient restés ensemble presque aussi longtemps avant que Logan…

Depuis tout ce temps, les choses avaient tellement changé… Les sites de rencontres, les coups d'un soir… Les gays voulaient-ils seulement encore la même chose qu'à l'époque ou se contentaient-ils de ces relations impersonnelles ? Steve, Bucky et nombre de ses amis semblaient le confirmer. Ce n'était pas ce que lui voulait. L'une des raisons pour lesquelles il s'était bien vite enfui du site de rencontre sur lequel on l'avait poussé à s'inscrire l'année précédente. Déjà qu'il avait du mal à aborder des inconnus même par écran interposé, mais s'entendre proposer un plan baise par des gamins qui pour certains n'étaient certainement pas en âge de boire n'avait pas été pour le motiver. La goutte d'eau était venue d'un jeune homme à peine majeur qui l'avait abordé pour lui demander une photo de son sexe. Il n'avait pas répondu et ne s'était plus jamais connecté.

Il préférait faire ça à l'ancienne. Même si ce n'était pas pour le rassurer. Pourtant, avec Clint ça aurait dû être facile, ils étaient déjà amis, lui était à l'aise à ses côtés. Mais l'idée d'essayer d'aller au-delà le paralysait. Pourtant, il fallait admettre que le moment semblait idéal pour au moins envisager se lancer. Récemment, il avait réalisé que songer à son compagnon disparu n'était pas aussi douloureux que d'habitude. Davantage que triste, il se sentait comme… apaisé. Il était heureux d'avoir pu partager sa vie avec Logan, de lui devoir l'homme qu'il était devenu, mais le moment était peut-être bien venu d'aller de l'avant, fort de ses expériences passées.

Ce qui n'était jusque-là qu'un sentiment diffus gagna en intensité quand il avisa Clint qui s'approchait de lui.

- La soirée est une réussite, dit le nouveau venu en s'arrêtant à quelques pas de lui. J'ai discuté avec pas mal de monde, ils ont apprécié autant votre initiative que vos interventions. Je pense que c'est bon signe pour la suite.

- C'est aussi mon impression. Merci d'être venu nous soutenir en tout cas.

- Tu plaisante ? Je n'aurais pas voulu rater pour un empire l'occasion de te voir en smoking. Bruce, tu es plus sexy que tu ne l'imagineras jamais, il serait temps que tu t'en rendes compte.

L'interpellé rougit au compliment, mais ne se déroba pas pour autant, soutenant au contraire le regard de son ami.

Comme s'il voyait un encouragement dans sa réaction, Clint s'approcha davantage de lui, jusqu'à n'avoir plus qu'à murmurer pour se faire entendre.

- Mais quelque part, ça m'arrange, ça t'évite de courir après le premier venu.

- Clint, je ne suis pas…

- Je sais.

L'interruption fit rire Bruce, qui n'avait lui-même pas su ce qu'il allait dire.

La situation n'était pas différente de ce qu'il avait déjà vécu plus d'une fois avec le photographe. Celui-ci le complimentait, le charmait… mais habituellement, gêné, Bruce finissait par se dérober, inventant une excuse sans même chercher à la rendre crédible avant de filer à toutes jambes. Que Clint s'accroche à ce point demeurait incompréhensible. Pour Steve, confident de toujours, cela ne pouvait que signifier qu'il était amoureux. Ce qui n'était pas pour rassurer Bruce.

Oui, définitivement, la situation n'avait rien d'exceptionnelle. Ce qui n'était en revanche, c'était que pour la première fois, Bruce n'avait envie de se trouver nulle part ailleurs. Histoire d'éviter ensuite un retour de conscience, il mit cela sur le compte du champagne avalé à jeun. Mais tout au fond de lui, il savait que ce n'était qu'une excuse comme une autre. Il avait envie d'être là avec Clint, il avait envie d'être enfin autre chose qu'un veuf éploré. Aussi, quand le visage de Clint fut près du sien, il n'eut pas un mouvement de recul.

Le premier baiser fut bref, à peine une caresse sur ses lèvres, le laissant malgré tout à bout de souffle.

- On prendra tout le temps que tu voudras, dit ensuite Clint, si près de lui que son souffle caressait sa peau.

Par cette proposition, il n'avait plus le moindre doute quant au choix qu'il avait fait.

Quand la bouche de Clint fut à nouveau sur la sienne, et il n'était pas certain de ne pas avoir été étranger à ce second rapprochement, il ne leur fallu cette fois guère de temps pour que leur langues se mêlent, tandis que les deux hommes s'étreignaient tendrement. Oh oui, il lui faudrait certainement bien du temps pour avancer et franchir chaque étape se dressant désormais devant lui, mais c'était un défi qu'il était enfin prêt à relever.

ooOoo

N'écoutant Erik, qui l'avait rejoint peu auparavant, que d'une oreille distraite, Steve fixait Bruce, qui se trouvait dans un coin de la pièce. S'il n'avait évidemment rien pu entendre de ce que s'étaient dit les deux hommes, il n'avait en revanche pas perdu une miette du spectacle, la raison du sourire niais qu'il affichait présentement.

Depuis des mois, il avait fait tout son possible pour pousser son ami à rependre sa vie en main. Alors voir celui-ci, qui avait été malheureux si longtemps, ainsi en galante compagnie n'aurait pu davantage le réjouir. D'autant que Clint était la personne idéale. Bien que régulièrement éconduit, il s'était armé de patience, ne s'avouant jamais vaincu tant il voyait en Bruce son pendant parfait. Il ne s'était pas trompé, pas plus que Steve, qui avait fondé bien des espoirs sur ce couple en devenir. Sauf soucis, ces deux-là étaient bien partis pour durer, ce que Bruce méritait tout particulièrement.

Pourtant, aussi heureux soit-il pour son ami, il ne pouvait totalement faire taire sa jalousie. C'était tout nouveau pour lui, qui s'était longtemps satisfait de relations sans lendemain, mais il commençait à désirer se caser de façon plus sérieuse. Et la présence de Tony dans sa vie n'y était certainement pas étrangère. Il n'avait malheureusement pas choisi le candidat idéal pour rentrer en sa compagnie dans le rang, Tony avait été clair à ce sujet, sans même qu'il ne lui ait demandé quoi que ce soit.

Ce constat amer n'enlevait cependant rien à la satisfaction qu'il éprouvait pour Bruce. Quant à lui, il se contenterait de Tony tant que celui-ci voudrait bien de lui, avant de passer à autre chose. Lui-même avait déjà fait subir cela à certains amants par le passé, il n'avait donc guère matière à se plaindre.

Avec un soupçon d'amertume, il chercha justement Tony du regard, pour le trouver finalement sur la piste de danse, évoluant avec grâce, Pepper à son bras. La jeune femme resplendissait. Coiffure élaborée, maquillage discret, robe sexy sans toutefois en montrer trop, elle respirait l'assurance. Il devait être difficile pour un homme hétéro de pouvoir lui résister. Mais qu'importe ces hommes, à cet instant Pepper n'avait d'yeux que pour son patron. Elle le fixait, lui souriait, parlait avec lui d'une façon qui trahissait leur proximité particulière, flagrante, même de là où était Steve. Tony n'était pas en reste, lui donnant toute son attention, la fixant comme si elle était ce qu'il avait de plus précieux au monde. Steve comprenait, acceptait, que leur relation au long cours ne pouvait que jouer en faveur de cette proximité, là où lui n'était pas encore vraiment dans la vie du milliardaire. Il ne pouvait pas rivaliser. Ce qui était justement ce qui le rendait fou de jalousie. Il n'aurait pas dû, ce n'était pas sa place, leur liaison, qu'elle soit amoureusement viable ou seulement sexuelle, était bien trop récente pour qu'il en attende trop. Il en avait parfaitement conscience, à plus forte raison qu'il avait toujours été par le passé celui qui freinait des quatre fers dès que cela prenait trop d'ampleur. Il n'empêche que c'était ainsi.

Il aurait voulu être celui qui faisait sourire et rire Tony, celui qui le faisait se sentir bien et léger. Mieux, il aurait surtout voulu être le seul capable d'y parvenir. Il désirait être celui qui s'affichait à son bras et dansait avec lui. Dans ces conditions, toute personne s'approchant un tant soit peu trop près de Tony, le rendant heureux, même brièvement, comme Pepper à cet instant, ne pouvait que lui provoquer un ressentiment proche de la haine. Pourtant, Steve aimait la jeune femme, mais pour l'instant seul Tony importait. Tony, si proche de lui mais en même temps tellement inaccessible à cause des barrières bien solides qu'il avait fixé autour de lui. Pour se protéger, mais Steve, qui ne lui voulait que du bien, s'y heurtait douloureusement chaque jour.

S'il se protégeait effectivement derrière cette carapace, Tony s'empêchait également de vivre comme il l'aurait mérité. Steve espérait pouvoir lui offrir le bonheur qui semblait tant lui échapper, mais pour cela le principal intéressé devait être un minimum coopératif, ce qui pour l'instant ne semblait guère être le cas.

Soudain, comme s'il avait fini par se sentir observer, Tony regarda dans sa direction et ses yeux intenses fixèrent les siens. Son expression changea du même coup, se faisant plus douce. Steve avait l'impression de retrouver l'homme qui était avec lui lorsqu'ils venaient de faire l'amour ou aborder quelques sujets sérieux. Le vrai Tony, celui que nul autre ne connaissait. Cela le satisfit, même si la jalousie était toujours là, mordante, violente.

Ne sachant s'il était encore en colère ou plus simplement rassuré, il soutint le regard de son amant, comme pour le mettre au défi de s'y soustraire. Donnant l'impression de comprendre son manège, Tony ne se déroba pas, poussant même le vice à arborer un sourire satisfait.

Mais après ce qui lui sembla de longues minutes, qui aurait tout aussi bien pu n'être que quelques secondes, il ne resta plus qu'une colère insidieuse chez Steve. En effet, lorsque le morceau de musique changea, toujours sans lâcher son regard, Tony souffla quelques mots à son assistante, la bouche bien trop près de son oreille au goût de Steve, avant qu'une main flatteuse ne s'arrête quelques instants au creux de ses reins. La jeune femme rit à ce qu'il lui avait dit puis déposa un baiser sur sa joue. S'ils ne s'étaient pas éloignés l'un de l'autre ensuite, Steve aurait très certainement bondi à travers la salle pour lui sauter à la gorge.

- Du calme, souffla Erik, toujours à côté de lui, avec un petit rire. Regarde, elle danse déjà avec quelqu'un d'autre. Tu parles d'une rivale… Quant à lui, il vient vers nous. Vers toi, je devrais plutôt dire, alors tu vois que tout s'arrange.

Steve ne songea même pas à lui demander comment il pouvait être au courant de quoi que ce soit concernant cette histoire, Erik n'avait jamais eu les yeux dans sa poche, et lui-même n'était pas ce soir la discrétion même, se contentant de fixer désormais bêtement le milliardaire, qui venait effectivement dans leur direction, se saisissant au passage d'une coupe de champagne.

- Je vais vous laisser, reprit Erik en serrant brièvement son bras. Oublie pas de me parler de ce qui se trame exactement la prochaine fois qu'on se voit.

- Merci, fut tout ce que put marmonner Steve.

L'air tout à fait fier de sa personne, Tony vint enfin se planter à côté de lui, son bras frôlant le sien tandis qu'il avalait quelques gorgées d'alcool.

- Belle soirée, dit-il négligemment.

Steve apprécia l'introduction, aussi futile soit-elle, qui lui permis de reprendre ses esprits. Qu'il soit heureux, soulagé, d'avoir enfin Tony pour lui seul pour la première fois depuis des heures, il pouvait l'assumer. Hors de question en revanche que ce même soulagement le fasse bafouiller, à plus forte raison devant Tony lui-même. Il avait tout de même sa putain de fierté.

- Les dons vont pleuvoir, crois-en mon expérience, continuait tranquillement Tony.

- La danse était agréable ? s'enquit finalement Steve, mordant, sans se donner la peine de relever la remarque précédente, qui n'avait probablement même pas été faite dans ce but connaissant son compagnon.

- Tu sais comment c'est, les photographes, tout ça… Je ne fais que ce qu'on attend de moi…

- Si seulement tu avais pu y prendre moins de plaisir.

- Pepper est mon amie. C'est de surcroît une belle femme. Je pense qu'il y a pire épreuve que danser avec elle. Ne serait-on pas jaloux, monsieur Rogers ?

- Certainement pas, nia celui-ci avec toute la mauvaise foi dont il était capable.

- Mouais, s'amusa Tony, pas convaincu l'ombre d'une seconde. Je veux bien danser avec toi aussi, big boy, mais pas devant tout le monde.

Steve était frustré de devoir encore une fois se contenter des miettes, avoir l'homme tout à lui certes, mais loin des regards. Pourtant, la perspective d'une danse avait de quoi le dérider. Ce qu'il montra en esquissant un sourire. Comprenant qu'il avait gagné cette manche, Tony s'autorisa à en rajouter.

- J'ai réservé une suite en même temps que cette salle. A présent que tu as suffisamment fait acte de présence, nous pourrions peut-être en profiter.

- Si je refuse, tu iras faire cette même proposition à Pepper ?

- Pourquoi tout compliquer de la sorte Steve ? La vie n'est-elle pas assez compliquée elle-même ? Laisse-moi simplifier le reste de la soirée. On va monter, danser ensemble, parce que je trouve l'idée terriblement excitante maintenant qu'elle a été évoquée, et puis baiser. Facile, agréable… Alors que tes questions…

Oui, ses questions touchaient des points douloureux, Steve ne le savait que trop bien. Mais un jour il les remettrait sur le tapis, ce serait nécessaire. Pas ce soir cependant, parce que le programme de Tony semblait délicieusement tentant et que lui était bien trop faible pour y résister.

- Allons-y, dit-il donc, pas fier de céder aussi facilement, mais guère surpris non plus.

Tony eut une fois de plus ce petit sourire désinvolte, qui indiquait qu'il n'avait eu aucun doute quant à son assentiment. Cet homme était toujours tellement sûr de lui… Steve trouvait cela sexy la plupart du temps, mais parfois cela l'agaçait tout autant, comme à cet instant. Comme si Tony était habitué à ce qu'on fasse perpétuellement ses quatre volontés et que lui n'était guère qu'un pion de plus dans le grand échiquier luxueux de sa vie. Rien de bien flatteur là où Steve aurait voulu justement sortir du lot, devenir irremplaçable, inoubliable. Mais dire non à un type avec tellement de charme et d'assurance, il y avait bien longtemps qu'il avait compris que c'était impossible.

Il chercha Bucky du regard, désireux de lui faire comprendre qu'il s'en allait. Mais lorsqu'il le vit, il renonça. Son ami était bien trop occupé pour lui prêter attention. Soit, ses amis avaient l'habitude qu'il disparaisse rapidement quand il trouvait chaussure à son pied, personne ne s'étonnerait donc de ne plus le revoir de la soirée.

- Ton ami aime les challenges, fit remarquer Tony, qui avait suivi son regard.

- Et en général il en sort toujours vainqueur.

- Il a tout de même placé la barre un peu haut ce soir.

- Tu crois ? s'amusa Steve. Crois-moi, il ne choisit jamais sa proie au hasard et ne perd jamais de temps avec un hétéro.

- Tu as des amis passionnants, dit Tony avec un éclat de rire.

- Ça rend nos conversations tellement intéressantes ensuite.

Et effectivement quand il reverrait son meilleur ami, Steve en aurait certainement de belles à entendre. Parce que comme prévu, Bucky n'avait pas choisi son prétendant d'un soir par hasard et quand il jetait son dévolu sur un homme, il l'avait toujours. Draguer était devenu tellement facile avec le temps qu'il adorait quelques difficultés supplémentaires parfois. Ce soir, il avait fait fort.

Bucky ne s'en était jamais caché, rien ne l'excitait davantage qu'une conquête qui ignorait encore son homosexualité ou la niait de toutes ses forces, souvent même inconsciemment. C'était évidemment rare de tomber sur de tels hommes dans les milieux dans lesquels évoluait la plupart du temps le jeune homme. Dans les bars gays, il tombait surtout sur certains ne s'assumant pas dans leur vie de tous les jours, ce qui lui offrait tout de même une compensation. Car Bucky aimait être le premier après bien des questionnements, laisser un souvenir impérissable… Il aimait à se vanter qu'avec un bon coup comme lui, l'homme qui se mentait jusque-là ne pouvait plus avoir le moindre doute. En somme, il travaillait pour la bonne cause, s'amusait-il bien souvent.

Steve levait immanquablement les yeux au ciel en riant quand il entendait cela. Pour autant, ayant partagé plus d'une fois son lit, il était bien placé pour savoir qu'il y avait plus qu'un fond de vérité derrière cette prétention.

Ce soir, Bucky avait fait très fort en faisant son choix. Sam Wilson, séduisant afro-américain, était l'acteur du moment. Il avait roulé sa bosse de scènes de théâtre miteuses à petits films sans guère de moyens, jusqu'à se voir échoir, grâce à un cocktail détonnant de charme et de talent, le premier rôle de ce qui était devenu le plus gros succès ciné de l'année précédente. Défendu autant par la critique que le grand public, les producteurs se l'arrachaient désormais. Il avait cependant défrayé la chronique récemment suite à plusieurs rumeurs attestant de son attachement au sexe fort. Il démentait à chaque fois, s'affichant à chaque évènement mondain avec tout ce qu'Hollywood comptait d'actrices sexy. Les studios en contrat avec lui étouffaient toute nouvelle rumeur, ce qui était d'autant plus aisé qu'il n'y avait jamais la moindre preuve. Il n'était pas le premier à être attaqué sur ce terrain et Steve avait appris à ne plus guère y prêter attention, se contentant d'être affligé qu'on en vienne à harceler de la sorte qui que ce soit.

Il avait été surpris de voir le nom de Wilson sur la liste des participants, mais ne s'était guère interrogé davantage. La façon peut-être qu'avait trouvée l'acteur de montrer qu'il n'avait rien à cacher. Bucky en revanche semblait se montrer très intéressé par cette présence. Et parti comme il l'était, il serait peut-être bien à l'origine du coming-out le plus médiatisé depuis des années.

A présent pourtant, les petites affaires de Sam Wilson, de même que celles de Bucky d'ailleurs, n'étaient guère les siennes. Il avait bien assez à s'occuper avec son séduisant et pour sa part peu farouche amant.

A suivre…