7.
Echarpe légère mais chaude autour du cou, Alphang était rentré sur la passerelle et selon son habitude désormais s'était dirigé vers le fauteuil ouvrage de son père, Tori-San le rejoignant immédiatement.
- Tu te sens mieux ? interrogea Yattaran depuis sa console.
- La fièvre est tombée. Ma gorge me fait encore mal, mais ça va. Je me sens bien solide sur mes jambes. J'ai repris l'entraînement avec Sabu, mais à dose homéopathique je dois avouer. Je serai prêt pour notre arrivée à Nibel. Je ne faillirai pas.
- Nous sommes là aussi pour t'assister, jeune capitaine, sourit le massif pirate en tirant légèrement sur ses gants. Compte sur nous ! Tes vingt ans ont déjà bien souffert pour ce vaisseau, son équipage, ton père !
- Mais c'est mon devoir !
- Merci, Alphie, fit Kei.
Machinalement, Alphang posa les paumes de ses mains sur la poignée en métal de son gravity saber et la crosse en bois de son cosmogun.
- Nous allons découvrir Nibel… J'aimerais que Mimee quitte sa chambre. Je n'ose pas la déranger tant qu'elle garde sa porte fermée… Rencontrer des clones, ça doit la paniquer ! Elle se croyait la dernière, c'était un supplice supplémentaire pour elle. Et elle découvre qu'elle a enduré ces tourments en vain, même si des clones ne remplaceront jamais les siens… Comment lui expliquer, la rassurer, alors que je suis enfant unique et que je n'ai connu aucun de mes parents… ?
Alphang se racla la gorge.
- Mais je ferai front, à ma manière. Tant pis si ce ne sont pas les manières de mon père. Je suis moi ! Et je compte en effet sur vous pour pallier à mon inexpérience guerrière…
- A ton service, Alphang, assura Yattaran.
- Si seulement je pouvais imaginer ce qui nous attend…
Alphang soupira, prenant un verre de thé tiède et doux sur le plateau apporté par Beebop.
- Je serai à la hauteur…
Le jeune homme eut un sanglot.
- Il n'y a plus que moi, je le crains… Et j'ai juré sur son caisson qu'il ne se réveillerait que dans un monde libéré de la Coalition de Gaïa et la Terre reprenant vie.
Kei et Yattaran échangèrent un regard, muets, partageant leurs inquiétudes, autant quant à la mission que le jeune homme s'était fixée, que quant au niveau zéro de leur réussite - sur tous les objectifs visés !
A sa pause déjeuner, Alphang avait avalé son repas sans appétit, mais visant néanmoins tous les plats, il avait levé les yeux sur l'hologramme de Nami.
- Je continue à avoir besoin de toi. Tu as tous les souvenirs de ta sœur, et quelque part de mon père, bien que tu sois dans ce sarcophage depuis tout ce temps… Tu es là, toujours à rôder ?
- Ton Barok me permet de quitter l'autre prison de ma serre qu'est mon sarcophage… J'en suis si libérée, ça me fait tant de bien, je me sens humaine, à nouveau. Bien que je sache que je ne suis qu'une image manipulée. Ezra ne comprend pas, j'ai disparu. Il souffre, il devient fou furieux, et ce n'est pas bon…
- Je me fous d'Ezra ! Il a ses propres démons. Peut-être est-il à plaindre, mais je ne le peux pas… Il y a une solution, Nami ?
- Elle n'est pas de moi, avoua Nami. Je ne suis plus que l'image projetée par un appareil, ayant enregistré toute ma mémoire avant que je ne m'éteigne. J'ai pu avoir comme des échanges, de vraies discussions originales alors que seules les bribes de mon esprit subsistaient. Même Ezra s'y est fait prendre !
Elle soupira.
- Je ne voulais tromper personne. Quand mon esprit s'est réveillé, je ne songeais qu'à rassurer Ezra, il était tellement désespéré. Et Yama avait encore les espoirs de sa jeunesse, il pouvait s'en sortir. Pas Ezra, cloué dans son fauteuil roulant, sans une once d'avenir.
- Ton Ezra est devenu le pire dirigeant de mort… Et mon père… J'ai trop besoin de lui, il doit revenir !
- Je ne pense pas que cela soit à l'ordre du jour…
- Nami !
- Une chose à la fois, apprends la patience, réfrène les élans impatients de ta jeunesse.
- C'est dur…
A l'écho des talons, Alphang leva la tête, non surpris de découvrir Mimee sur le seuil de son bureau.
- Entre ! Ça fait plaisir de te voir.
- Et moi je ressens moins d'appréhensions que je ne le redoutais à la présence de Nibel sous nos yeux.
- J'en suis soulagé.
- Je perçois également la présence des miens, avoua la Nibelungen.
- La Matière Noire s'agite ? interrogea Alphang.
Mimee fronça les sourcils, et secoua la tête de façon négative.
- Non, c'est autre chose et je suis incapable de déterminer ce dont il s'agit. Mais sois sans crainte, Alphie, nous irons avec toi !
- Mais je l'espère bien !
Et le jeune homme se détendit, ayant presque hâte d'être au lendemain quand ils poseraient leurs navettes sur le sol de Nibel.
