Chapitre sept : Fuite réussie, mais où va-t-on maintenant ?

- Ouf ! S'exclama Hayate. On a réussi.

Ils étaient tous les quatre sur la chaloupe, cinq si on comptait le pélican, et naviguaient désormais sous le clair de lune.

- Il s'en est fallu de peu, dit Holly.

- Eh, Akina, est-ce que ça va ? S'inquiéta Bradley

- Mais quelle idée il a eu en inventant ce truc, ce couillon ? Marmonna la brune, penchée par dessus le bastingage.

- Ca t'a sauvé la vie, fit la blonde.

- Est-ce que ça va ? Répéta le blanc.

- Rah, laisse-moi crever en paix !

- Si elle râle comme ça, c'est que ça va, affirma Hayate...

BAM !

... qui se retrouva avec une jolie bosse fumante sur la tête.

- Mais-euh !

- Ferme-là, p'tit frère !

- Bon sang, mais quelle idée de respirer ce truc, aussi... Et puis d'abord, d'où est-ce que vous tenez un machin pareil ?

Le regard que lui lancèrent les filles lui donna la réponse à laquelle il s'attendait.

- Ok, laissez tomber.

- Et toi, on peut savoir de qui tu parlais pendant ton combat contre Gonk ? Demanda la brune.

Bradley ne répondit pas de suite, plongé dans ses souvenirs. Au bout de quelques instants, il consentit à satisfaire la curiosité de sa capitaine.

- Je pensais... au mec qui m'a crevé l'oeil.

Il préféra ne pas approfondir le sujet, le simple fait de penser à cet homme le rendant très irritable. Visiblement, les autres comprirent que c'était un sujet sensible, puisque personne n'insista.

Akina inspira un bon coup l'ai marin, avant de boire un coup à son outre.

- Ah, ça va déjà mieux, dit-elle avec un grand sourire.

- Et on fait quoi, maintenant ? Demanda le borgne.

- Holly ? Fit la capitaine en se tournant vers sa camarade.

La blonde se racla la gorge avant de répondre.

- J'ai entendu parler d'un excellent cuisinier sur l'ile de Varso. C'est pas loin, je pense qu'on devrait y arriver d'ici à demain soir.

- Ok, en plus, c'est sur la route pour aller à l'ile de Kat, approuva la brune.

- Une fois là-bas, on pourra se procurer un navire plus grand.

- Bon, ben on y va comme ça, alors...

Un léger ronflement attira l'attention des filles et du mercenaire. Ils virent alors que Hayate s'était endormi.

- J'me disais aussi que c'était bizarre qu'il ait pas réagi au mot "cuisinier", remarqua sa soeur.

- En même temps, vue l'heure qu'il est... rappela Holly.

- Ouais, ben j'ai bien envie de faire pareil, dit Bradley qui étouffa un bâillement.

- Il est tard. Reposez-vous, je prends le premier quart, annonça la capitaine.

- Réveille-moi pour le second, lui dit le blanc qui s'endormit presque aussitôt, vite imité par la blonde.

Désormais la seule à être éveillée, Akina regarda les étoiles et sa boussole pour s'assurer qu'elle tenait le bon cap.


Ned Willows aussi regardait les étoiles. Son navire faisait voile sous le ciel nocturne et voguait à bonne allure.

- Vice-amiral, salua le lieutenant Trelawnay en se postant à ses côtés.

- Vos prévisions, lieutenant ?

- Nous atteindrons l'ile de Kat dans deux jours. Nos forces sur place sont averties de notre arrivée.

- Parfait. Je tiens à ce que tout soit prêt pour l'arrivée de nos jeunes pirates.

- Vous croyez vraiment qu'ils vont passer par là ? Demanda le sous-officier.

- J'en suis certain, lui répondit le haut gradé. C'est le meilleur chantier naval de tout East Blue. Certes, il ne vaut pas Water Seven, mais leurs navires sont de qualité, et les armateurs ne sont pas très scrupuleux quant à leur clientèle. Vent Tranchant et sa bande passeront par là pour se procurer un bateau digne de ce nom.

- C'est sûr qu'ils ne vont pas aller bien loin sur Grand Line en chaloupe, remarqua le lieutenant.

- Vice-amiral ! Vice-amiral !

Les deux hommes observèrent le soldat qui les rejoignait au pas de course, une feuille à la main.

- Vice-amiral, on vient de recevoir un message du QG. Il se passe des choses sur East Blue, et on nous demande d'enquêter.

- Et de quoi s'agit-il pour qu'on me dérange en pleine traque ? Demanda Willows, curieux.

- Voyez par vous-même, vice-amiral, répondit le marine en lui tendant la feuille.

Willows la lut, et ses sourcils se froncèrent. Devant la mine soucieuse de son supérieur, Trelawney ne put s'empêcher de poser la question qui le taraudait.

- Qu'est-ce qu'il se passe, vice-amiral ?

- Ce que je lis là ne me plait pas. Vraiment pas. Lieutenant, on change de cap. Direction, l'ile de Vanilla.

- A vos ordres !


Dans une rue déserte de Loguetown, une haute silhouette encapuchonnée se glissait parmi les ombres. Quelques chats effarouchés par son passage étaient les seuls êtres vivants qu'il croisait.

Au bout d'un moment, il entra dans une petite maison sur les quais et rejoignit une vieille femme habillée d'une robe mauve qui somnolait dans un fauteuil. Elle eut un léger sursaut lorsqu'elle sentit la présence de l'étranger, mais elle le reconnut aussitôt.

- Ah, c'est toi, dit-elle d'un ton morne.

- Tu as l'air heureuse de me voir, vieille peau, ça fait peur.

- Qui est-ce que tu traites de vieille peau ? Râla l'ancienne. Et puis c'est quoi, cette manière d'entrer chez les gens sans frapper ?

L'homme encapuchonné laissa échapper un léger rire avant de s'avancer vers la vieille. Puis il prit un air grave.

- On a un problème. Un très gros problème.

La vieille femme le regarda sans vraiment comprendre, mais quand un autre homme, vêtu d'un grand manteau noir à capuche, et le visage complètement couvert d'un masque gris, entra à sa suite, elle eut le sentiment que ça n'annonçait rien de bon.

Sentiment confirmé quand l'homme masqué découvrit son visage.

La vieille n'en crut pas ses yeux.

- Toi ?


Au même moment, un navire arriva dans le port de Loguetown. Un navire pirate, si on en croyait le drapeau. Un pavillon noir avec un crane humain entouré d'une pince, d'une sorte de griffe, avec une toile d'araignée en arrière-plan.


Sur une petite ile, en d'autres lieux d'East Blue. Les villageois dormaient paisiblement. Tous sauf un. Le gardien du phare, qui lui, surveillait l'horizon. La nuit était belle, le ciel dégagé. La mer était calme, et le vent léger.

Alors qu'il commençait sérieusement à s'ennuyer, il remarqua quelque chose d'étrange.

Une épaisse nappe de brume se dirigeait doucement vers l'ile. Mais c'était pourtant impossible, le vent allait dans l'autre sens.

Le gardien eut un mauvais pressentiment. Très mauvais. Et ça se confirma lorsqu'il vit surgir de la brume un énorme bateau, aux voiles noires et en mauvais état, et dont la figure de proue était... était...

Il ne savait pas ce que c'était. C'était comme une grande gueule garnie de crocs, et dans laquelle semblaient bruler les flammes de l'enfer.

Le pire, ce fut quand quatre paires d'yeux rouges apparurent au dessus du navire, quand la masse sombre colossale à laquelle appartenaient ces yeux rougeoyants surgit de la brume derrière le navire, quand la chose cracha un rayon de feu qui fonça... vers lui.

Il eut tout juste le temps de dire "Mon dieu" avant que le rayon ne pulvérise le phare.

Et tandis que la tour s'effondrait et que les villageois émergeaient tant bien que mal du sommeil, un formidable rugissement retentit dans la nuit.


Akina se réveilla en sursaut. Elle venait de faire un mauvais rêve.

- Ca va ? Lui demanda Holly.

La brune répondit d'un simple hochement de tête, puis jeta un coup d'oeil à ses compagnons.

Bradley manoeuvrait la chaloupe, Holly était en train de lire, quant à Hayate, il était en train de vider les réserves de nourriture. Sa soeur jugea préférable de le calmer au plus vite.

- Hayate, si tu manges toutes les provisions, je t'utilise comme appât pour pêcher un monstre marin.

- T'oserais pas ? S'étrangla le jeune garçon.

- Tu veux parier ? Demanda Akina avec un air démoniaque.

- Fli... Flippante.

- Bien, ça c'est fait. Passe-moi un fruit, tiens.

Alors qu'il mettait la petite voile sous le vent, le bretteur se décida à poser une question qui lui occupait l'esprit depuis un moment.

- Eh, Holly, j'aimerai qu'on en revienne à ton pouvoir.

- Que veux tu savoir ?

- J'aimerai que tu m'en dise un peu plus à son sujet.

- Eh bien... Commença la blonde.

Elle réfléchit quelques secondes avant de trouver comment présenter la chose.

- Mon pouvoir me permet de tromper les sens. Je peux faire voir et entendre des choses aux gens que je cible. Je peux jouer sur leurs peurs et leurs désirs.

Pour illustrer ses propos, elle ferma les yeux et marmonna quelque chose que le blanc n'entendit pas. Il venait en effet de voir apparaitre devant lui l'homme qu'il cherchait depuis longtemps.

- Roronoa ! S'exclama-t-il...

... Avant que celui-ci ne disparaisse comme il était apparu.

- Convaincant, n'est-ce pas ? Demanda la brune entre deux bouchées de pomme.

- Je... J'ai presque cru qu'il était vraiment là.

- Comme je te l'ai dit, je peux te faire voir ce que je veux. Et entendre, aussi.

- Et c'est tout ?

- Pour le moment, acquiesça Holly. Je n'ai pas encore réussi à maitriser le goût, l'odorat et le toucher. Plus tard, peut-être.

- Sur moi, ça marche pas du tout, avoua Hayate, un grand sourire aux lèvres.

- Il y a des limites à mon pouvoir, répondit la blonde à la question muette du bretteur. Il n'a aucun effet sur les animaux... et sur les détenteurs de zoans.

- Ca explique pourquoi l'homme-singe a pu te coincer aussi facilement, comprit le borgne.

- Les personnes ayant une déficience sur l'un de leur sens sont bien évidemment immunisé à une partie de mes capacités. Cid ne pouvait donc être touché que par mes attaques auditives. Et de toute façon, il a une volonté suffisamment forte pour en faire abstraction.

- Je vois. C'est pratique, mais tu peux pas te reposer uniquement dessus.

- Non, en effet. C'est un pouvoir de soutien, mais il n'a aucun effet offensif. C'est pour ça que je sais aussi me battre à l'arme blanche.

- Ouais, je vois, je vois.

Après avoir fini de manger, la capitaine vérifia sa carte et son compas.

- On est sur le bon cap, le vent est favorable... On devrait arriver d'ici six ou sept heures à l'ile de Varso.

- Et on va trouver quoi, là-bas ? Demanda Hayate.

- Un cuistot, répondit Bradley.

- SUPEEEEER !

- Aïe, mes oreilles, couina la brune.

- Toujours aussi énergique, fit Holly en riant.

- Ouais, bah réveillez-moi quand on y est, dit le borgne qui plongea aussitôt dans le sommeil.

- Ben le v'là endormi, nota la capitaine.

- C'est drôle, il me rappelle quelqu'un, remarqua la blonde, tout sourire.

- Ah, tu trouves aussi ?

La journée se passa ainsi, plus ou moins tranquille, suivant le niveau d'agitation du jeune brun. Vite calmé, quand il en faisait trop, par sa soeur excédée ou par le bretteur ensommeillé. Puis arriva un moment, en début de soirée, où leur destination fut enfin en vue.

- Au fait, Holly, tu peux m'en dire plus sur ce cuistot ? Demanda Akina.

- C'est le meilleur de l'ile, il n'a pas son pareil dans le coin. Il aurait largement sa place sur le Baratie, s'il le voulait.

Hayate salivait, Bradley poussa un petit sifflement admiratif. Il avait déjà eu l'occasion de déjeuner dans le navire restaurant, et savait à quel point la cuisine là-bas était délicieuse.

- Et comment s'appelle-t-il, ce cordon bleu ? Demanda la brune.

- Pô. Chen Pô.


Un homme voltigea au travers d'une porte avant d'atterrir lourdement dehors... au beau milieu d'autres hommes qui avaient subi, quelques secondes plus tôt, le même sort. Tout ce petit monde se releva péniblement, et leur chef, le dernier à être "sortie", s'approcha de la porte par laquelle il venait de passer.

- On en a pas fini, Chen ! Ce resto sera à nous, que tu le veuilles ou non !

Un jeune homme d'une vingtaine d'année sortie de la bâtisse. Il était chauve, les yeux marrons et bridés, le nez légèrement plat, de grande taille, et surtout, de très forte corpulence.

En fait, il était carrément obèse.

Il était vêtu d'un pantalon gris, d'une tunique beige recouverte d'un tablier de cuisine, de sandales marrons, et affichait un air neutre. Il tenait dans sa main un bâton en bois aussi grand que lui.

- Messieurs, dit-il d'une voix douce en s'inclinant, je ne peux vous laisser vous emparer de cet humble restaurant. Je vous saurai gré de ne pas insister, sans quoi je vais devoir sévir.

- Je demande à voir, répondit le chef du groupe d'au air de défi.

- Visiblement, vous n'en avez pas eu assez, alors permettez-moi de vous servir un menu dont vous me direz des nouvelles.

Les autres se mirent en garde, prêts à attaquer. Mais ce fut le gros qui passa à l'action en premier.

Avec une rapidité et une agilité inimaginable pour un homme de sa corpulence, il bondit et atterrit au milieu du groupe de malandrins. Il en envoya valser quelques-uns à coup de pieds, de poings et de bâton, et quand ses adversaires se relevèrent pour se jeter, armes au clair, sur lui, il planta son bâton dans le sol, prit son élan et courut tout autour, jusqu'à décoller du sol et se servir de ses assaillants comme support, les envoyant dans le décors au passage.

Très vite, tous furent à terre, et dans l'incapacité de se relever. Le combat semblait bel et bien fini. Chen joignit les mains et s'inclina vers ses adversaires.

- J'espère que le repas vous a plu. Revenez quand vous voulez.