Hello tout le monde ! Deux chapitres en moins de deux jours à peine ! Merci à Peneloo pour son travail fantastique. Elle est merveilleuse n'est-ce pas ?

Merci pour vos reviews et votre soutien :)


Malchance ou maladresse ?

...Maybe is just a fact.


POV SHERLOCK

« Il en est hors de question. »

Un brouhaha mécanique secoue l'étage, des voix s'élèvent, des téléphones hurlent. Derrière mes portes vitrées dansent des silhouettes noires, pressées, leurs reflets fantasmagoriques lèchent la surface mate du verre, mourant si vivement que l'on croirait avoir rêvé. Une chaleur oppressante accompagne le moindre geste, baignant l'agitation habituelle d'une tension axiomatique. Les manches sont retroussées, les boutons défaits. Tous plongés et déterminés que nous sommes dans ce guet-apens administratif, cette guérilla d'arrangements peu scrupuleux, nous ne dérogeons pas à la règle primaire : « Être à couteau tiré. »

« Ai-je l'air de me soucier de vos états d'âmes pathétiques ? C'était une prostituée, les faits sont là, j'ai rempli mon mandat, acquittez-vous des frais demandé. » Je siffle, le téléphone coincé à l'oreille alors que, les yeux perdus au cœur d'une marée de dossiers, j'annote d'une main rapide, les erreurs de la dernière enquête établie par une employée que j'aurais dû renvoyer il y a des mois de cela.

Je m'en allais raturer la majeur partie de son rapport quand, les nerfs à vif, je me retrouve à fustiger ma cliente, ma plume Mont Blanc en suspens gouttant généreusement sur le papier :

« Vos mots sont d'une idiotie douloureuse madame Gardner. Ils me blessent à un point si élevé que l'abysse scatologique entre vos deux oreilles ne peut l'imaginer. »

Le bêlement aigu, naturellement disgracieux de ma cliente se déverse par flots dans mon tympan, décuplant ma migraine. Je grimace, l'odeur de l'encre tâchant mes doigts investissant mes narines. Un vertige atroce affecte mes sens, enrobant le monde dans un coton vaporeux où les objets sont réduits à une masse de formes indistinctes, de couleurs vives et d'incompréhension. À bout, je fulmine :

« Soit ! Mais faites donc, je vous en prie ! Je le dis ! Irrespectueux ? »

Je raccroche durement le combiné. Si c'est un procès qu'elle souhaite, je lui en donnerai un dont la masse graisseuse et répugnante qu'elle est se souviendra toute sa misérable vie.

Un haut-le-cœur me prend au dépourvu tandis qu'un malaise palpitant entre en possession de mon être. Mes yeux injectés de fatigue brûlent sous mes paupières et je noie ma nausée sous une gorgée de café froid. La tête entre les mains, je tente en vain de ralentir les battements effrénés de mon cœur en déroute lorsque une employée, une blonde au nom imprononçable, fait irruption dans mon bureau inondé de lumière, bouillant sous une chaleur caniculaire.

« Non. » Dis-je, reprenant instantanément contenance mais restant incapable d'apercevoir ses traits que j'ai toujours connus comme étant immondes.

« Mais les... » Gémit-elle.

« Faites-les monter en silence. Le moindre bruit et je vous jure que vous en pâtirez. » J'ordonne froidement, mes rétines s'humidifiant à grands pas m'obligeant à battre frénétiquement des paupières.

« Bien. » Acquiesce-t-elle, gravement.

« Et... » Je continue, fouillant son prénom dans les recoins de mon cerveau torturé, sans résultats. « Ne rentrez plus ici, que personne ne me dérange. »

« Les premiers comptes-rendus de la collaboration avec R.B Company ainsi que les Timesheet des derniers clients sont arrivés, je les mets en attente ? » Remarque-t-elle.

« Glissez-les sous la porte. » Finis-je par décider après une minute de réflexion boueuse.

« Elle est trop basse. »

« Une feuille à la fois. »

Un silence lourd de sens s'installe. Je sais que la blonde grimace, j'en ai conscience cependant mes yeux refusent d'afficher les chairs molles de son visage. La porte se referme dans un bruit sans équivoque et je me redresse avec empressement, ôte ma veste, un sentiment d'urgence cuisant aux tripes. Je commande la descente des stores, tirant convulsivement sur le col de ma chemise, un bouton cède, le second, le suivant dans un bruit de déchirure. Chancelant, la peau rendue cramoisie par une chaleur qu'elle n'a jamais pu supporter, je me saisis d'une bouteille d'eau et en déverse le contenu sur mon crâne. Le souffle rendu court par cette fraîcheur soudaine, j'halète, savourant néanmoins l'eau trempant mes vêtements, gouttant au sol dans un clapotis apaisant. Éreinté, je me laisse glisser au sol, préférant le linoléum au cuir chaud de mon fauteuil. Le dos calé contre la paroi en bois de mon bureau, je laisse le sommeil jouer de ses charmes, les chimères distordues de mon enfance se peignant sur un fond onirique et lumineux. Oubliant la douleur de mon estomac désertique, je sombre dans le néant.

Mes yeux papillonnent, désorientés par l'obscurité ambiante. Des montagnes géométriques, s'élèvent un peu partout dans la pièce, longeant les murs, encombrant et empêchant le passage de mon bureau jusqu'à la porte.

« Qu'est-ce que... » Je soupire d'étonnement avant de me souvenir avoir autorisé la montée de ces mêmes boîtes quelques heures auparavant.

Un assassin cruellement bête a sauvagement abattu sa belle-mère prétendant en guise d'alibi avoir participé à une partie de golf à Coventry au moment du meurtre. Or, je sais que ce n'est pas le cas. Il l'a tuée et j'entends bien le prouver. Dieu sais que cette affaire serait déjà bouclée si j'avais pu être sur les lieux au moment de la découverte du corps. Je passe une main lasse dans mes boucles plaquées sur mon front, gouttant encore. Ma montre m'indique qu'il est déjà dix-sept heures et je me redresse, certain d'oublier quelque chose d'une importance toute relative. Un râle dolent s'échappe de ma gorge lorsque je m'emploie à reprendre mon fauteuil, mes vertèbres se déplaçant avec tant d'entrain que je m'étonne qu'elles n'aient pas encore déchiré ma peau et ne soient tombées au sol dans un bruit mat.

Assis, j'observe les ténèbres d'un œil attentif, leur voile opaque rendu transparent par mes rétines déjà accoutumée à leur noirceur bleutée. D'une main tremblante, je tâte mes poches à la recherche de mon paquet de cigarettes, la vase stagnant dans mon estomac déjà moins lancinante qu'il y a trois heures. Le téléphone sonne, un autre soupir franchit mes lèvres :

« Oui. »

« Votre rendez-vous vient d'arriver. » Explique Anthea, neutre.

Ne prêtant aucune attention à ses dires, je contemple mon paquet de Marlboro trempé et ramolli. Mes dents vont inconsciemment torturer ma lèvre inférieure comme je sors un bâton de plaisir humide de sa prison de papier défraîchie. Cela aurait été si plaisant de consumer ce tube de tabac...

« Monsieur Holmes ? »

« Allez donc m'achetez un paquet de cigarettes, Anthea. »

« Bien. Et votre rendez-vous ? »

« Qu'il monte. » Je consens, distraitement, assassiné par une frustration redoutable.


XXX


POV JOHN

« Onzième étage, je sais. » Je déclare, appréciant le simple fait de prendre de court cette réceptionniste morbide.

Elle resserre lentement ses lèvres pleines de courbes teintées d'un rouge discret et je jurerais avoir vu son visage afficher de l'antipathie le temps d'une seconde. Sans m'en rendre compte, je reste face à son bureau, attendant une seconde preuve d'humanité qui ne vient pas. Résolu face à son visage d'une beauté impassible alors même que je la fixe sans retenue, je me décide à prendre l'ascenseur.

Ce n'est que ma deuxième visite à Science of Deduction et déjà les lieux me paraissent moins austères. Autant la première fois, je les avais trouvés modernes, d'une allure contemporaine originale, industrielle, moulée dans de l'acier, trempée d'une froideur imparable, aujourd'hui, à une poignée de mois d'intervalle seulement, je m'y sens plus à l'aise et ces murs chichement décorés me sont succinctement plus familiers, infinitésimalement accueillants. Dans la cage de fer, je songe au gouffre qui s'est creusé entre cette première visite, où j'étais une forme de vie consubstantielle au travail, enfermé dans les rouages d'une réussite fuyante. Un homme à l'image du siècle, désarçonné par ces échecs cuisants, répétitifs. Ces échecs qui se mettaient en travers d'une réussite sociale que j'étais certain de vouloir atteindre. Une vie parfaite dans un monde bancal pour la race la plus diffuse et imparfaite. Et l'homme que je suis devenu en si peu de temps : John Watson, le seul que j'aie jamais souhaité devenir.

Un sourire modeste étire mes lèvres, je suis heureux d'avoir, aiguillé par un meilleur ami increvable mais généreux, entrepris de mettre de l'ordre dans mon existence. Avec le poste décroché ce matin, la vie ne peut que me sourire elle aussi.

« Sherlock ? » J'appelle après avoir toqué trois fois ou quatre, plus que nécessaire, c'est sûr.

Une voix me répond, sibylline, inintelligible, aussi légère qu'un souffle, noyée derrière la paroi hermétique du verre. Peu sûr du comportement à adopter, je baisse la poignée et entre d'un pas. Un seul et unique pas.

« Sherlock ? » Je répète, abasourdi, fondamentalement surpris même.

« John. » Salue sobrement le brun, assis derrière son bureau, ruisselant d'eau. « Que vous est-il encore arrivé ? »

« Et c'est vous qui me demandez une chose pareille ? Qu'est-ce que c'est… ça ? » Je m'obstine, étouffé d'ahurissement, désignant les buildings de caisses, les pics de cartons, de boîtes, de coffres en bois massif et de coffres à jouet empilés absolument partout dans la pièce, entassés et imbriqués d'une façon si dense que le moindre passage de la porte au bureau est impensable.

« Vous le voyez bien vous-même. Dites-moi plutôt ce qui est arrivé à votre œil. Ne m'aviez-vous pas promis, pas plus tard que lundi, d'être prudent ? »

« Ce n'est pas ce que vous croyez. » J'esquive, embarrassé devant son regard inquisiteur, son allure posée aussi impersonnelle que s'il avait fait une recommandation similaire au livreur de pizza. « Et puis… il y a plus important : Comment suis-je censé entrer ? »

« Nul besoin. Techniquement, vous êtes déjà dans mon bureau. » Indique le brun, les sourcils subtilement froissés en ce qui semble être l'expression de son incompréhension.

« Peut-être mais ne comptez pas sur moi pour rester debout à l'entrée tandis que vous, homme valide et par cela je souligne votre compétence physique, êtes confortablement assis pendant que je dois supporter ma jambe lancinante. »

« C'est donc cela. » Déclare le détective, tout en se levant d'un geste vif.

« Quoi donc ? » Je demande comme il contourne son bureau d'un pas léger.

Le PDG passe une main aérienne dans sa tignasse trempée avant de se glisser agilement dans les couloirs étroits séparant les murs d'obstacles, ses gestes empreints d'une fluidité gracile esquissés vivement, aussi sûr que le coup de crayon d'un artiste accompli.

« De la jalousie. » Répond-il distraitement.

Sa chemise imbibée d'eau frotte par moments les parois de papier, laissant pour empreinte une longue traînée sombre alors qu'il poursuit son chemin, imperturbable ou imperméable au monde cartonné qui l'encadre. Lorsque nous ne sommes plus séparés que par quelques mètres, il s'immobilise, serré si étroitement dans un couloir de fortune que sa poitrine rencontre une boîte chancelante à chaque inspiration.

« Je ne suis pas jaloux. » Je prends la peine de préciser.

« Ce n'est qu'un claudication psychosomatique, John. »

«Puisque je… » Allais-je protester quand il m'interrompt d'un regard. « Qu'y a-t-il ? »

« Venez donc vous asseoir. » Sourit-il, simplement, comme si cet acte était une suite inéluctable, comme le jour qui cède sa place à la nuit, il n'y a rien de plus sensé que cette bouche qui se fend en un sourire calme et serein. Le sentiment de terreur que j'étais parvenu à oublier au prix d'un effort considérable me déchire soudainement l'âme, ses traits délicats, la courbe de ses pommettes, la soie de sa peau exempte de toutes imperfections, sa mâchoire aux angles inexistants, l'écrin en amande des joyaux incandescents qui lui servent d'iris, cette beauté irradiante, ce qui semble être la boîte de pandore, ma boîte de pandore, s'ouvre sous mes yeux pétrifiés et me tend la main. Dysfonctionné, perdu au cœur des effets brutaux de cette beauté sans pitié, j'enserre ses doigts osseux d'une froideur hivernale, d'une douceur cotonneuse au sein de ma paume rugueuse. Inconscient, la nette impression d'être un de ces marins égarés dans les eaux déchaînées des océans, attirés par le chant envoûtant des sirènes, je me laisse guider sans plus me soucier des cartons, des caisses et des rochers prêts à percer la coque de mon navire. Le détective m'indique son fauteuil d'un léger hochement de tête avant de me retirer cette main qu'il m'a semblé affectionner plus que ma propre vie le temps d'un battement de cil.

« C'est surprenant. » Souffle-t-il, jetant un coup d'œil derrière son épaule.

Prenant mon silence pour n'importe quoi mais assurément pas pour de la contemplation silencieuse, il ajoute :

« Vous n'avez rien renversé, Dieu sait pourtant que c'était une entreprise périlleuse. »

Réanimé par ses paroles ainsi que par ma raison revenue de loin, je me ressaisis, nébuleux :

« Il est vrai...-raclement de gorge inopportun- Il est vrai que pour un malchanceux accompli, cela relève presque du miracle. »

« Allons ! Ne dites pas de bêtises ! » Rétorque le détective, le nez froncé de désapprobation.

Il s'assied sur le dessus de son bureau, un bruit humide accompagnant son geste alors que ses cuisses trempées claquent sur la surface plane du bois vernis. Interloqué, je laisse mon regard courir sur les environs, il trouve bien vite ce qu'il cherche : une bouteille en plastique d'un litre vide, reposant dans une flaque au sol. Le mystère de l'averse d'appartement élucidé, mon attention se reporte sur le brun me faisant face, ses pieds croisés pendant mollement dans le vide.

« Des bêtises ? » Je répète, d'un ton qui se veut léger mais la vérité sait qu'il n'en est rien, au fond, dans les tréfonds les plus intimes de mon âme, je reste marqué par le sigle de cette magnificence insidieuse.

« La malchance n'existe pas. Il n'y a que les faits qui comptent. Et ceux-ci indiquent que vous avez tendance à chuter ou autre ce qui n'a pas été le cas il y a quelques secondes alors que la situation s'y prêtait, d'où ma surprise. » Explique Sherlock, d'un ton invariant, occupé à examiner un paquet de Marlboro difforme d'un air songeur.

« Les faits n'expliquent pas tout. Des choses comme le destin, ou le hasard restent mystérieuses. » J'argumente, les yeux rivés sur sa nuque laiteuse.

« Non. Certains miracles restent inexpliqués -il ajoute d'une œillade sérieuse-, ce qui ne signifie pas pour autant que l'on doit y croire. Le destin et le hasard, eux, ne sont que des appellations grotesques, dignes d'un adepte du vaudou, des actes qui nous sont inconnus. Car voyez-vous, John, la vie n'est qu'une banale suite de décisions et d'actes. Ceux-ci nous apportent bonheur, malheur, désespoir, peur, ou colère. Ce que nous-il grimace puis se corrige- ils appellent ''destin'' ou ''hasard'' est la conséquence de l'inconnu, nous sommes plus de sept milliards sur terre, et nous ignorons totalement ce que chaque être humain accomplit ou entrevoit d'accomplir dans son cerveau fermé à toute forme d'intrusion. Leurs actes sont de ce fait imprévisibles mais peuvent pourtant influencer le cours de notre vie. Un homme ivre décide de rentrer chez lui en voiture et au carrefour n'emprunte pas son itinéraire habituel et renverse votre enfant qui jouait sagement devant la maison. Pourquoi lui ? Pourquoi votre gosse plutôt qu'un autre ? Le hasard ? Non. Les faits, l'imprévisibilité des actes de toute cette masse d'êtres humains accumulée sur une seule planète. »

« Mais pourquoi emprunter un autre itinéraire pratiquement au moment même où l'enfant jouait ? N'y a-t-il pas là un jeu de destinée ? » Je souffle, pris par la conversation.

« Un jeu de destinée ? Irrationnel. Ce n'étaient que des faits, ivre, on est vite désorienté. Tourner à gauche plutôt qu'à droite sur une route que l'on emprunte tous les jours parce qu'aujourd'hui on est saoul et qu'on a toute la vie devant nous ne relève pas d'un jeu de destinée mais bel et bien d'un acte. On a bu, on est gris, on agit de manière irréfléchie et un autre en pâtit. » Explique-t-il simplement, émiettant le paquet de Marlboro entre ses doigts fins.

« Mais ma malchance n'est pas due à des faits. Si je me prends les pieds dans le tapis, ce n'est pas de la faute d'autrui. »

« Exactement. C'est de votre faute à vous seul. Le fait est que vous avez un sens de l'équilibre quasi inexistant, non sans parler de cette manie horrifiante que vous avez de recentrer votre attention sur vos pensées plutôt que sur votre environnement. » Souligne fermement le brun, les yeux ancrés dans les miens avec la force d'une réprimande. Piqué au vif, je contre plus durement que voulu :

« Avez-vous seulement la moindre croyance ? »

« Non. » Répond-il poliment et je ne saurais dire s'il est touché par mon agressivité ou même vivant. « Croire en quelque chose signifie lui accorder une émotion.»

« Vous ne ressentez rien ? » Je souffle dans un soupir, ignorant la raison pour laquelle je baisse le ton, allant jusqu'à ignorer cette déception étrange qui m'enserre la gorge.

« Les sentiments apportent le malheur. Si l'on n'est pas heureux, on ne peut pas être triste car la tristesse et le désespoir ne sont que le résultat de la perte du bonheur. Sans bonheur pas de tristesse. » Explique le détective, le courant calme et boueux de sa voix se déversant dans la pièce au compte-goutte.

Je l'observe, fixe. Ses doigts roulent avec une lenteur torturée autour du paquet vieilli et craquelé, ses yeux froids, vides de toute forme de vie sont balayés en continu par de longs courants léthargiques de désintérêt. Même son impassibilité paraît meurtrie d'ennui.

« C'est impossible de ne rien ressentir. » Dis-je non pas pour lui mais bien pour me convaincre dans l'espoir de chasser cette horrible sensation de déception.

« Bien sûr que si. La plupart des sociopathes et psychopathes en sont capables. Comment pensez-vous qu'un homme parvienne à ouvrir les entrailles d'un autre, à y plonger son visage afin de goutter à la chaleur de ses viscères frémissants, à couvrir sa peau de ce sang qui n'est pas le sien, à apprécier sa chaleur et son odeur sans éprouver le moindre remord ? »

« Vous n'êtes rien de tout cela. » J'affirme, supprimant le diagnostic désignant le brun comme sociopathe que j'avais établi il y a quelques semaines.

« Je suis navré -nos pupilles entrelacées savent qu'il n'en est rien- de vous contredire. Mais j'ai toujours été sujet à une sociopathie congénitale. »

« Je vous ai vu sourire et rire à vous en faire mal au ventre, rien de ce que vous pourriez dire n'effacera la joie que j'ai vue se peindre sur votre visage. » Je jure, une foi incorruptible germant au sein même de ma poitrine, une détermination poignante m'électrisant tout entier.

Les yeux de Sherlock creusent mon crâne sans sourciller, mornes et funèbres. Il se penche en avant, son corps maigre s'abaissant mécaniquement tel un pont-levis d'os et de chair. Son visage est si proche que son souffle chargé de nicotine, de café, de dentifrice et de cassis s'écrase sur mes lèvres sèches. Peut-il lui aussi percevoir la fragrance de mon souffle ? S'il le peut, de quoi est-elle formée ? Sa main large, striée de veines violettes s'approche de mon visage en un accord de mélancolie et lorsque je jurerais qu'il s'apprête à la faire glisser sur ma joue, le bout de ses doigts tâtonne la boursouflure de mon œil droit.

« Mettez donc de la glace là-dessus. »


Voilà ! Qu'en pensez-vous ? Un petit mot peut-être ? ;)

Bisous

A.