Chapitre 6 : retour à la maison

Lorsqu'Enaya arriva au Manoir, elle ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur. Tout avait été détruit. Elle trouva cependant une chambre en assez bonne état, installa le jeune homme sur le lit, et remonta la couverture sur lui avant de sortir et de fermer la porte. Elle se dirigea ensuite vers la crypte, où elle retrouva William et Melody, ainsi qu'Antonio et le Docteur, arrivé avant elle. La jeune fille du supermarché était allongée dans une sorte de gigantesque couveuse, qu'Enaya reconnut comme un ancien modèle de Machine de Régénération Cellulaire. Le Docteur, lui, était assis dans un coin, le visage sombre.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ici ? demanda Enaya après avoir salué ses amis.

- Les Atlantes. Ils sont venus ici peu de temps après ton départ. On a réussi à se réfugier dans la crypte, et on a attendu qu'ils partent.

Elle hocha la tête puis désigna la jeune fille dans la machine.

- Comment va-t-elle ?

- Elle se remet, répondit Melody. Elle s'est pris de plein fouet plusieurs ondes très puissante, mais elle s'en sortira.

William s'adressa ensuite à Enaya dans la langue qu'ils partageaient tous les trois.

- C'est lui ? demanda-t-il en désignant discrètement le Docteur. C'est l'ambassadeur ?

- Oui

- Et est-ce qu'il va nous aider ?

- Je ne sais pas. Je ne lui ai pas encore tout dit.

- Et j'attends toujours que tu le fasses, intervint le Docteur.

Enaya soupira.

- J'avais oublié que vous parliez toutes les langues.

- Je veux savoir la vérité. Ce n'était pas pour obéir aux ordres de ma Princesse que tu m'as sauvé. C'était parce que tu avais besoin de moi. Je me trompe ?

- L'ordre de la princesse n'est pas une invention, vous devriez vous en douter.

- Ah oui ? et pourquoi ça ?

- Le prince a fait serment devant vous que jamais lui ou sa descendance ne vous mentirait.

- Alors tu as rompu sa promesse.

- Jamais. Ne pas parler n'est pas mentir.

- Bien. Alors je t'ordonne, moi, en tant qu'ambassadeur du prince, à toi, dont l'ancêtre m'a juré loyauté et fidélité, de me révéler toute la vérité, sur toi et tes ancêtres.

- Très bien. Vous connaissez le début de l'histoire. Le Prince et le Marionnettiste ont fui leur planète, et voyager jusqu'ici. Lorsqu'ils sont arrivés en orbite de la terre, ils ont découvert qu'elle était habitée par des êtres intelligents. Il y a alors eu une querelle entre les deux frères à propos du sort des humains. Le Prince souhaitait cohabiter avec eux, en bonne intelligence, et les aider à évoluer. Vous avez eu une grande influence sur lui, Docteur. Mais le Marionnettiste, lui, voulait soumettre ce peuple inférieur et le gouverner. Quand le Prince a compris qu'il ne pourrait pas raisonner son frère, il a alors détruit toutes les armes à bord du vaisseau, a saboté le poste de pilotage, puis quitté le vaisseau. Or, selon la loi des Anciens, en cas de conflit entre deux princes pour le pouvoir, c'est au plus juste que revient le trône, et le second ne peut le récupérer que si le premier n'a plus de descendants. C'est pour cette raison que l'Atlante veut notre mort à tous, et c'est pour ça que nous avons besoin de vous.

- Vous voulez que je me batte contre lui, et vous pensez que j'accepterais après ce qu'il a fait à mon enfant.

- Non ! je sais pertinemment que vous n'êtes pas quelqu'un qui aime se battre, et que vous n'êtes pas un adepte de la revanche. Je ne vous demanderais jamais quelque chose comme ça. Mais, en tant qu'ambassadeur, vous devez connaitre les lois des Anciens, et je suis persuadée que nous pourrons y trouver une solution qui ne mènerait pas à l'anéantissement d'un des deux partis.

- Pourquoi me l'avoir caché lorsqu'on s'est rencontrés ?

Enaya ne répondit pas.

- Pourquoi ? répéta le Docteur.

- Par égoïsme. Parce que j'en avais plus qu'assez ! parce que je voulais fuir mes problèmes, et arrêter de penser. Arrêter de penser par exemple que le nouveau pantin du Marionnettiste est le père de mon enfant. Arrêter de me dire que le sort de l'humanité toute entière repose sur mes épaules. Alors c'est vrai, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de vous le dire, mais pour une fois dans ma vie, j'ai refusé de faire ce que je devais, et j'ai fait ce que je voulais. Et pendant le cours laps de temps où j'ai voyagé avec vous, j'ai été heureuse. Et j'en suis désolé.

- Et comment suis-je censé savoir qu'il n'y a pas encore quelque chose que vous oubliez de me dire ?

- Comment osez-vous douter de sa parole ? réagit Will. Vous savez qu'elle ne peut pas vous mentir. Et vous devriez comprendre ce qu'elle traverse.

- Un conseil, répondit le Docteur. Ne vous mêlez pas de ça. Ce ne sont pas vos affaires.

- Au contraire, je crois que je suis concerné. Je la connais depuis bien plus longtemps que vous. Et je sais reconnaitre quand elle ouvre son cœur, ce qu'elle vient de faire pour vous. Vous devriez faire plus attention à la manière dont vous traiter les gens qui vous apprécient, Docteur.

- Je n'ai pas de conseil à recevoir de la part d'un gamin mal élevé par son père !

- NE PARLEZ JAMAIS DE MON PERE, VOUS ENTENDEZ ? VOUS NE SAVEZ RIEN DE LUI ! C'ETAIT UN HOMME MEILLEUR QUE VOUS !

- CA SUFFIT ! cria Enaya. Tous les deux, ça suffit.

Les deux en question se tournèrent vers elle, les yeux brillants de colère.

- Will, continua-t-elle. J'ai menti au Docteur, il est en droit de mettre en doute ma parole. J'attends de toi que tu lui montre le respect que tu lui dois.

- Mais…

- Ne discute pas mes ordres, William Carter !

Will poussa un soupir, mais ne répliqua rien.

- Quant à vous Docteur, vous êtes ici chez moi. Et je ne vous permets pas d'insulter mes amis ou de critiquer leur père. Ne parlez pas de ce que vous ignorez. Je vous demande de leur présenter des excuses. Ensuite, je vous laisserais lire dans mes pensées, et je promets que la seule chose à laquelle vous n'aurez pas accès concernera les informations sur votre futur. Est-ce bon ?

Le Docteur hocha la tête, puis s'adressa à Will et Melody.

- Je m'excuse des propos que j'ai tenus. J'étais en colère et je ne contrôlais plus mes mots.

- C'est bon, répondit Melody.

Will, lui, regarda Enaya, puis se contenta d'hocher la tête.

- Parfait, fit Enaya. Maintenant, je vais tenir ma promesse.

Elle s'approcha du Docteur, prit ses mains, et les posa sur ses tempes. Elle ouvrit ensuite son esprit, et lui laissa voir tout ce qu'elle savait, et tout ce qu'elle avait vécu. Durant dix minutes, ils ne bougèrent plus, lui lisant dans son esprit, et elle revivant chaque moment crucial, heureux ou douloureux, de son passé.

Lorsque ce fut terminé, il y eut un moment de silence, puis le Docteur pris la parole.

- Je vais vous aider, dit-il. Mais, lorsque ce sera finit, je partirais, et je ne veux plus te revoir. Je n'ai plus confiance en toi.

Un éclair de tristesse passa dans les yeux de la jeune fille, mais elle hocha la tête.

- Ça me semble juste, dit-elle. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai besoin de prendre un peu l'air.

Sur ces mots, elle tourna les talons et sortit.

Antonio s'approcha alors du Docteur.

- Je sais que vous lui en voulez de ne pas vous avoir tout dit, lui dit-il. Mais croyez-moi, elle vous admire et vous respecte beaucoup. Quoi que vous fassiez, je vous en prie, ne lui brisez pas le cœur. Elle ne le montre pas, mais elle est fragile. Et elle en a déjà assez bavé.

Le Docteur lança lui lança un regard, puis sortit à son tour, sans un mot.