Vraiment désolée de ce nouveau retard de 2 mois ( presque 3 en fait ), depuis que j'ai Netflix, voilà voilà. Pour me faire pardonner, ce chapitre est plus long que ceux de d'habitude, et contient des dialogues importants. En espérant qu'il vous plaira.


Le tic-tac incessant de l'horloge murale était la seule source de bruit. Dans la pièce régnait un silence presque douloureux, et il pouvait le sentir caresser sa peau. Le verre de jus restait plein, et rien de ce qui était déposé devant lui n'avait été touché. C'était comme si elle avait préparé le déjeuner pour un fantôme, ou quelqu'un qu'elle attendait, mais qui n'était jamais venu. C'était un peu le résumé de la situation, en fin de compte. Il était là, sans vraiment l'être. Un fantôme bien vivant.

Assis en face de sa femme, Trunks, qui n'avait encore rien avalé et qui arborait une mine totalement paisible, était en réalité en plein combat intérieur. Cela faisait véritablement des semaines qu'il était déchiré par une multitude irréaliste de questions et il commençait à se sentir réellement perdu au sein de tous ces questionnements qui l'assaillaient sans répit. Et ils étaient toujours sur le même sujet, ou plutôt la même personne : Pan. En vérité, ce n'était pas Pan qui le torturait, mais plutôt ce qu'elle lui avait dit avant de partir. Depuis cette matinée-là, ses pensées n'avaient été accaparées que par ça. C'était vraiment dur de penser à autre chose, même s'il le voulait, et pour cause, il n'y avait pas réussi. Ses derniers mots, jetés comme des épines empoisonnées, ne cessaient de résonner en boucle dans sa tête. En boucle, encore et encore.

« Tu ne fais que te voiler la face »

Peut-être. C'était peut-être vrai. Depuis le début, c'était peut-être ce qu'il avait toujours fait. Il avait dû s'en rendre compte, mais il avait fait comme si de rien. Et en y repensant chaque minute qui passait, Trunks réalisait que Pan avait raison. Douloureusement raison. Au fond, il l'avait toujours su. Le jour même du mariage, il avait compris. À peine marié, il avait déjà pris conscience que ce mariage était une erreur, qu'il était faux et qu'il ne serait source que d'ennuis. Plus loin encore, il avait compris que toute sa relation avec Marron était fausse. Leur amour n'était basé que sur un mensonge, pour la simple et bonne raison que ce que Trunks ressentait n'était pas de l'amour. Il n'avait jamais rien ressenti de tel, pourtant, il avait vraiment cru l'aimer, ces cinq dernières années. D'ailleurs, pourquoi serait-il resté avec elle pendant cinq longues années s'il ne l'aimait pas ? C'était une bonne question, une de celles qui martelaient son cerveau depuis des semaines et qui n'avait pas encore de réponse. Oui, il avait eu l'impression d'aimer Marron, mais, ce n'avait été qu'une impression. Une impression tenace et vraiment bien ficelée, pour avoir duré aussi longtemps. Au fond de lui, il en avait pris conscience depuis le début, mais il avait réussi à taire cette partie de lui, et dès lors, il avait vu la vie opaque, brouillée par le voile qu'il avait sur ses yeux.

Pourtant, ça avait été bien avec Marron, les premières années. Ça avait été tellement bien qu'il avait presque oublié que ce n'était pas réel. Il pouvait même avouer qu'il avait franchement oublié, voilà pourquoi il avait décidé de se marier avec elle. Son voile avait merveilleusement bien joué son rôle. Et puis, après le mariage, quelque chose avait foncièrement changé. Il savait quoi désormais. Son masque était tombé. Il s'était parfaitement rendu compte qu'il ne ressentait absolument rien pour elle. Cette partie qu'il avait fait taire refaisait surface en son fort intérieur, et il n'arrivait plus à faire semblant. C'était certainement pour ça qu'il avait couché avec Pan. Il savait que, de toute manière, tout était perdu, et que la rupture n'était plus qu'une question de temps. Il n'avait plus besoin de se priver de ce dont il avait envie. Parce que Pan n'y était pas pour rien, dans toute cette histoire. Si Trunks avait ouvert les yeux, c'était indirectement grâce, ou à cause, de Pan. Il avait réalisé que ce n'était vraiment pas normal de désirer quelqu'un d'autre que Marron. Il savait maintenant qu'il avait toujours ressenti cette attirance bizarre pour Pan. « Bizarre », il n'avait vraiment pas d'autre mot pour la qualifier. C'était une de ces choses qui n'avaient pas vraiment d'explications. Depuis qu'elle n'était plus enfant, il la trouvait attirante, voilà tout.

Il avait compris tout ceci durant toutes ses nuits d'insomnies, qui étaient relativement nombreuses ces temps-ci. Il n'arrivait plus à dormir, l'esprit bien trop surchargé par toutes ces intenses réflexions qui ne lui laissaient pas le temps ni l'envie de dormir.

_ Trunks, tu ne manges pas ?

La douce voix de Marron le ramena à la réalité. Trunks se rendit compte qu'il n'avait en effet touché à aucun des mets pourtant appétissants qui se trouvaient sur la table. Il leva la tête vers elle, qui l'interrogeait du regard, son verre à la main.

_ J'ai pas très faim.

_ Ça fait quelques jours que tu n'as pas très faim, Trunks.

Le regard de Trunks se durcit. Il n'appréciait pas ses sous-entendus qui n'étaient que des tentatives stupides de sa part pour qu'il se confie à elle. C'était stupide et inutile, elle savait très bien qu'il ne le ferait pas. Marron le regarda encore quelques instants, visiblement en attente d'une réponse, puis finit par lâcher l'affaire et détourner les yeux, les lèvres déformées par un rictus qui faisait presque pitié.

_ Il faut que je passe chez mes parents.

Trunks se leva.

_ Si tôt le matin ?

Il se retourna, puis posa ses yeux sur elle. Il savait qu'il lui lançait des éclairs meurtriers. Puis il quitta la pièce, sans même prendre la peine de répondre. Il réapparut quelques minutes plus tard, en train d'enfiler un tee-shirt. Il avait un peu été pris par des remords de partir si soudainement sans lui donner d'explication.

_ Il faut que je parle à ma sœur maintenant, c'est vraiment urgent.

Elle ne dit rien mais le darda d'un sourire. Il se sentit légèrement coupable de lui faire subir tout ça en voyant son sourire éclatant, et il se demanda comment elle pouvait cautionner ses agissements ignobles, ni plus ni moins. Elle était vraiment trop gentille, trop pour lui. Lui était vraiment trop mauvais, trop pour elle. Ils n'étaient pas faits pour être ensemble, depuis le début, c'était évident.

_ Rentre vite.

C'était tout gentiment qu'elle lui disait ça. Elle ajouta à ses paroles un chaste baiser sur sa joue, puis quitta la pièce. Trunks trouva qu'elle agissait comme une adolescente. Ça le mit on ne peut plus mal à l'aise, sans vraiment savoir pourquoi. Il enfila une veste piochée au hasard sur le porte-manteau, prit la capsule puis claqua la porte d'entrée. Une fois à l'intérieur de son dernier bijou automobile, il démarra en trombes, faisant crier le moteur. Le virage à la sortie de son lotissement fut pris très serré, et un crissement de pneu réveilla la rue. Il n'avait pas voulu griller le feu ce matin, pourtant, il paraissait pressé. En fait, ce n'était pas inhabituel, il conduisait toujours comme ça, à l'heure comme en avance. En s'immisçant dans les bouchons, il se demanda alors pourquoi il n'avait pas décidé d'y aller en volant. Mine de rien, ça aurait été beaucoup plus rapide. Trunks fit alors quelque chose qui ne lui ressemblait pas du tout, et stupide à la fois. Il prit son mal en patience jusqu'à pouvoir se garer sur le trottoir. Il sortit de la voiture et s'éloigna dans une petite ruelle sans même prendre la peine de l'encapsuler, puis s'élança dans les airs. Il n'avait vraiment pas le temps de se préoccuper de choses aussi futiles. Une voiture, il en rachetait une quand il le voulait. Il avait une affaire plus urgente à régler. Une question qui avait vraiment besoin d'une réponse. Parce que si les derniers mots de Pan envahissaient son esprit sans une entracte, une pressante question retournait son cerveau sens dessus dessous. Une question d'une importance capitale.

« Qu'est-ce qu'elle ressentait vraiment pour lui ? »

Trunks avait un peu honte de se demander ça, mais il lui fallait une réponse. Ce n'était pas vraiment parce qu'il s'intéressait à elle, c'était pour pouvoir contrer ses sentiments plus facilement. Il n'avait jamais remarqué qu'elle ressentait quelque chose pour lui, mais, avec ce qu'il s'était passé récemment, il n'avait pas pu faire impasse. Elle lui avait elle-même dit, mais il ne la croyait pas. Ça ne pouvait pas être depuis longtemps, comme elle l'avait dit. C'était sûrement un béguin de passage. Elle est jeune, il est plus âgé, elle est dans cette période où elle cherche le bon, ils se connaissent depuis longtemps, même depuis toujours, alors, elle a jeté son dévolu sur lui. C'est rationnel, logique et évident. Il n'y a pas d'autre explication possible. Pan voit en lui l'homme idéal. Il ne l'est pas. C'est tout le contraire, et il faut qu'elle le comprenne. Il faut qu'il lui fasse comprendre. Alors, même s'il avait sa petite idée, pour ne pas dire qu'il avait une théorie implacable, il fallait qu'il en parle à la personne la mieux placée pour lui confirmer ce qu'il savait déjà.

_ Trunks, qu'est-ce que tu fais ici si tôt ?

Il reconnut instantanément la voix de sa mère, qui hurlait plus qu'elle ne parlait. Il ne comprit pas bien tout de suite pourquoi elle criait, puis il s'aperçut qu'il était encore dans les airs. Perdu dans ses pensées, occupé à retourner le problème dans tous les sens, il n'avait même pas remarqué qu'il était arrivé chez ses parents. Trunks se posa alors au sol, puis sourit à sa mère qui l'invita directement à entrer.

_ Salut maman, je viens voir Bra.

_ Tu sais bien qu'elle dort encore à cette heure. Pourquoi tu es venu si tôt ?

_ J'avais envie de voir papa aussi, je sais bien que c'est le seul moment où il n'est pas en train de s'entraîner.

Semi-mensonge. Ce n'était pas vraiment faux. Ça faisait un petit moment qu'il n'avait pas vu son père, et il commençait à lui manquer légèrement. Même si Végéta n'était pas le père le plus commode du monde, peut-être même le moins, il l'adorait et il l'avait toujours considéré comme un héros, et un très bon père.

Trunks entendit des bruits de pas caractéristiques, et se retourna vers l'entrée de la cuisine.

_ Salut papa !

Végéta fronça les sourcils. Il ne comprenait pas l'enthousiasme soudain de son fils, qui cachait certainement quelque chose. Mais, ses enfants étaient étranges, il était habitué maintenant, et c'était aussi pour ça qu'il les comprenait si bien.

_ Trunks.

Son père le salua en prononçant simplement son nom d'une voix solennelle. Il jeta un regard indescriptible à sa mère, puis stationna devant le frigo. Trunks sourit. Son père ne changeait pas. Mais il savait après toutes ces années que c'était sa manière à lui de leur souhaiter une bonne journée. Le bruit de l'eau qui coule troubla quelque peu le calme olympien de la maison.

_ Tiens, ta sœur est réveillée.

Le son de la porte qui s'ouvre retentit dans la cuisine quelques secondes plus tard. Une Bra encore en tenue légère et endormie apparut alors. Végéta leva la tête et posa son regard sur l'entrée.

_ Salut maman, salut papa. Bah, Trunks, qu'est-ce que tu fais ici ?

Celui-ci soupira. C'était si étonnant qu'il ait voulu rendre visite à sa famille ?

_ Je voulais passer vous voir, c'est tout.

_ Ton frère veut te parler.

_ Maman...

_ Moi ? Pourquoi, qu'est-ce que j'ai fait encore ?

Les paroles s'enchainèrent alors aussi vites que des battements de cils que personne ne ressentit l'arrivée de Goku dans la Capitale de l'Ouest.

_ Bra, enfile ça.

Sauf Végéta, évidemment.

Bra réceptionna le peignoir immonde et difforme que lui jeta son père en fronçant les sourcils.

_ Ce truc ? Mais pourquoi ?

_ Mets-le, c'est tout. Dépêche toi.

Il allait arriver d'une seconde à l'autre. Trunks sentit à son tour le ki de Goku et se retint de rire face à la réaction de son père.

_ Goku va arriver.

_ Et ?

Bra se raidit lorsqu'elle croisa le regard de son père. Elle ne savait pas si elle serait encore vivante dans la minute prochaine. Elle enfila rapidement le peignoir affreux et prit garde à l'attacher solidement. Végéta tourna la tête et reposa ses yeux sur le frigo. Bulma regarda la scène en levant les yeux au ciel. Elle n'avait pas choisi le mari le plus facile, et ses enfants n'étaient pas de tout repos non plus.

_ Alors Trunks, tu voulais me parler ?

_ Ouais.

_ Viens.

Elle attrapa son frère par le bras et le tira hors de la cuisine. Sa mère l'interpella avant qu'elle ne soit sortie.

_ Bra, tu ne manges pas ?

_ J'ai pas très faim !

Puis elle ferma la porte.

_ T'as la dalle, pas vrai ?

_ Grave, mais je ne pense pas que ça soit une bonne idée que je reste dans la même pièce que papa pour l'instant.

Trunks gloussa. Sa famille était décidément bizarre. Goku apparut soudainement dans le salon. Il les salua de la main.

_ Trunks, Bra, Végéta est là ?

Ils répondirent en chœur en hurlant.

_ Dans la cuisine avec maman !

Goku disparut alors dans la cuisine.

_ Alors, tu voulais me parler de quoi ? C'est assez inhabituel, il s'est passé quelque chose de grave ?

Dans les faits, on pouvait vraiment qualifier ce qu'il s'était passé de grave. Mais Trunks n'avait pas le courage d'avouer ce qu'il s'était passé avec Pan à sa sœur. Il n'allait pas lui en parler. Il lui demanderait simplement ce qu'il voulait savoir, mais il ne savait pas comment introduire le sujet. Il savait que sa sœur se douterait de quelque chose s'il lui posait la question aussi crûment. Elle n'était pas aussi bête qu'elle n'en avait l'air.

_ Trunks ? C'est si grave que ça ?

Il leva les yeux vers elle pour découvrir son visage légèrement traversé par une vague d'inquiétude. Il sourit pour la rassurer.

_ Non, pas du tout. Je sais juste pas comment aborder le sujet, en fait.

_ C'est rare que tu ne trouves pas tes mots.

_ C'est juste que tu vas trouver ça bizarre.

_ Trunks, franchement. Avec notre famille, le bizarre est devenu une norme. Allez, dis-moi. Je suis ta sœur, non ?

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire plein de malice, elle se transformait en vraie petite fouine. C'était typique de Bra lorsqu'elle voulait savoir quelque chose. Il valait mieux lui dire maintenant, parce qu'elle saurait de toute manière le faire parler. Elle arrivait toujours à tirer les vers du nez à quelqu'un.

_ En fait, je voulais te demander si tu savais quelque chose sur Pan à propos de moi.

Bra fronça les sourcils. Elle n'avait rien compris.

_ Tu peux répéter dans un langage compréhensible ?

Le stress lui faisait dire n'importe quoi, mais sa sœur n'était pas tendre non plus. Il inspira un grand coup avant de reprendre.

_ Comment dire...Marron trouve que Pan agit bizarrement avec moi. Elle croit que, et bien, elle ressent quelque chose pour moi. Je lui ai dit que c'était improbable, mais elle ne semble pas rassurée. Alors je me suis dit que j'allais te poser la question pour lui montrer qu'elle s'inquiète pour rien. Tu es la mieux placée pour le savoir, tu connais Pan mieux que personne.

Sa voix se faisait un peu tremblotante sur la fin. Il ira en enfer, sans aucun doute, il ira en enfer. Utiliser Marron et mentir à sa sœur parce qu'il n'avait pas le courage d'avouer que c'était lui et seulement lui qui voulait savoir, c'était vraiment mal. Il ne faisait aucun doute que plus il vieillissait, plus il devenait un salaud. Bra écarquilla les yeux. Elle ne s'était absolument pas attendue à ça. Elle n'aurait jamais imaginé que son frère viendrait pour lui parler de Pan, et encore moins de ses sentiments. Alors comme ça, Marron avait tout deviné. Bien sûr, elle n'était pas idiote malgré tout ce qu'elle voulait faire croire, et une femme amoureuse est d'autant plus clairvoyante. Trunks, lui, ne s'était rendu compte de rien. Ça ne l'étonnait pas. Il était très perspicace, mais pour les sentiments, c'était un vrai aveugle. Comme Goten. Comme tous les autres.

Bra ne savait pas quoi répondre. Il fallait qu'elle dise quelque chose, mais elle hésitait encore entre dire la vérité ou mentir. Elle avait peur de trahir Pan en disant la vérité. Bra savait qu'elle ne voulait pas que Trunks l'apprenne, parce qu'elle disait n'avoir aucune chance. Mais Bra n'en était pas si sûre, et elle savait aussi que c'était le moment ou jamais de mettre son frère au courant. Pan ne se déclarera jamais, Bra le savait. Alors elle le fera pour elle. Parce qu'elle ne connaissait que trop bien à quel point le fardeau des regrets qu'on traîne derrière soi ralentit l'avancée vers la complétude.

_ Asseyons-nous.

_ Ça va être si long ? Tu commences à me faire peur là.

Il s'exécuta en riant. Il riait pour cacher son anxiété, parce qu'il commençait vraiment à avoir peur. Ce qu'elle s'apprêtait à lui dire n'avait pas l'air d'être ce qu'il voulait entendre.

_ Trunks, à toi de décider si tu en parleras à Marron ou pas. Tu vas peut-être te dire que je trahis Pan, mais j'en ai un peu marre de tous ces secrets pas vraiment dissimulés. Et puis, je pense que je fais ça pour son bien, parce que je sais qu'elle ne l'aurait jamais fait elle-même. Vivre avec ce poids sur son cœur, ça n'est pas bon pour elle.

Le ton un peu trop solennel qu'employait Bra ne présageait rien de bon. Ce n'était pas dans les habitudes de sa sœur d'être aussi sérieuse.

_ Je vais être brève. Pan t'aime depuis vraiment longtemps maintenant.

Trunks écarquilla les yeux. Bra acheva de briser toutes ses certitudes dans sa prochaine tirade.

_ Et ce n'est pas un petit béguin d'adolescente. Elle a eu le cœur brisé quand tu t'es marié. Elle s'est mise à s'offrir à n'importe qui en espérant oublier. Mais elle n'a jamais pu.

Trunks tremblait de partout désormais. Ce n'était pas de la peur, mais le choc de l'annonce. Toute la théorie apaisante qu'il s'était créée volait en éclats et la vérité se faisait encore plus horrible qu'il ne l'avait imaginée.

_ Quand tu dis s'offrir, tu...tu veux dire, ça ? Se...se donner ?

_ Oui, c'est ce que je dis. À des gars qu'elle rencontrait par hasard.

Sa main vint recouvrir sa bouche. Ses yeux s'agitaient d'horreur. Il réalisait la gravité de la situation.

_ Au début, je l'ai encouragée à te le dire, je pensais vraiment que ça pouvait être bon pour elle, et pour toi aussi. Pour vous deux. Mais, plus je la vois, et plus je me dis que c'est le contraire. Elle va de plus en plus mal. Cet amour n'est pas sain pour elle. Elle reste bloquée dans l'incertitude. Alors, s'il te plait Trunks, maintenant que tu sais tout, va la voir, et avoue-lui tes sentiments ou repousse-la si tu ne ressens rien. Mais parle-lui, pour qu'elle puisse enfin avancer.

Il resta interdit pendant un petit moment après que sa sœur ait terminé. Elle le regarda dans les yeux, et elle vit qu'il venait de se perdre. Elle ne voulait pas qu'il se sente coupable de quoique ce soit, mais elle voulait qu'il comprenne que la suite dépendait de lui. Qu'il avait le bonheur de Pan entre ses mains, et qu'il devait faire en sorte qu'il regagne celles de sa propriétaire. Bra prit les mains de son frère dans les siennes, lui adressa un sourire sincère, puis quitta la pièce. Trunks resta assis sur le fauteuil, toujours immobile, le regard perdu dans le vague. Il n'aurait jamais pensé entendre tout ça en venant ici. C'était tout le contraire de ce à quoi il s'était accroché pendant toutes ces semaines. C'était tout ce qu'il aurait vraiment voulu éviter, quand bien même il n'avait jamais envisagé que tout ça allait aussi loin. Tout était beaucoup plus profond que ce qu'il avait cru. Il réalisait alors tout ce qu'il avait fait de mal ces dernières années. Il réalisait tous les messages qu'il avait pu lui envoyer et qui avaient dû conforter ses espoirs et l'encourager à s'accrocher. Cette scène à la soirée de Bra, son mariage, et même l'autre nuit. Il avait inconsciemment tout fait pour la faire souffrir. Il lui avait donné de faux signaux pendant toutes ces années, et son mariage avait été là pour lui faire comprendre qu'il n'y aurait jamais rien entre eux. Il avait été comme une désillusion à toutes ses espérances. Et ça avait dû lui faire un mal de chien. Il comprenait enfin qu'il était celui qui la rendait malheureuse depuis tout ce temps.

Végéta apparut dans la pièce. Trunks leva les yeux vers son père, qui ancra son regard charbon dans celui azur de son fils. Ils restèrent ainsi un instant, puis Végéta quitta la pièce. Trunks l'interpella avant qu'il n'ait eu le temps de partir. Végéta réprima un sourire. Il avait su dès l'instant où il avait croisé ses yeux que quelque chose n'allait pas, mais il était trop stoïque pour lui demander. Il était content que son fils lui tende une perche sans qu'il n'ait besoin de faire quoique ce soit.

_ Papa, si tu avais le sort de quelqu'un entre tes mains, qu'est-ce que tu ferais pour que cette personne à laquelle tu tiens soit heureuse ?

Végéta ne sut pas quoi répondre pendant quelques instants. Ce n'était pas le genre de questions sur lesquelles il réfléchissait. Mais il trouva quand même quelque chose à répondre pour son fils.

_ Je ferai en sorte qu'elle redevienne maître de son sort. Chacun doit s'occuper de son propre bonheur, ce n'est pas à moi de m'occuper d'un bonheur autre que le mien.

Trunks cessa de trembler, et son regard sembla reprendre contenance. Les mots de son père venaient de le délester d'une bonne partie de ses doutes.

_ Merci papa.

Végéta le fixa encore quelques secondes puis tourna les talons. Trunks se leva, passa dans la cuisine pour dire au revoir à sa mère avant de partir puis s'envola dans les airs. Maintenant qu'il savait tout, il ne lui restait plus qu'une chose à faire. Il fallait être un homme, un vrai, digne de sa race et du titre de son père. Il allait appeler Pan pour lui donner rendez-vous quelque part afin de lui parler. Il voulait entendre ses sentiments de sa propre bouche, et ainsi lui faire comprendre qu'il fallait qu'elle renonce à tout ça, pour son bien.

Il se posa dans une rue déserte, puis envoya un message à Pan. C'était plus simple que de l'appeler. Il lui donna rendez-vous dans un café qu'il appréciait, assez loin de chez elle, alors il la prévint qu'il passerait la chercher. Après l'avoir envoyé, il se demanda pourquoi il avait choisi un point de rencontre aussi loin de chez elle. Il n'y avait pas vraiment pensé, mais le voyage en voiture, même de quelques minutes, serait peut-être lourd de tensions. Avant qu'il n'ait pu rectifié, elle avait déjà répondu. Il prit une autre capsule et la décapsula, puis pénétra dans une autre voiture dernier cri qu'il avait désormais sous ses yeux. Il conduisit, puis arrivé dans la rue où habitait Pan, l'anxiété commença à le gagner entièrement. Même s'il n'en avait pas l'air, il se laissait souvent aller au stress. Il stationna devant l'immeuble de Pan, puis lui envoya un autre message pour lui dire qu'il l'attendait. Il vit au loin, quelques minutes plus tard, une petite brune sortir de l'immeuble et se diriger vers sa voiture. Il sentit une pointe d'appréhension en lui au fur et à mesure qu'elle approchait, et se crispait de plus en plus sur son siège. Lorsqu'elle fut suffisamment près, il la détailla du regard. Elle était habillée simplement, d'un jean près du corps et d'une chemise, une paire de baskets blanches aux pieds. Ses cheveux noirs étaient remontés en un chignon à l'aspect négligé, des mèches rebelles s'en échappant ici et là, et la blancheur de sa peau ressortait encore plus dans le temps gris et sans soleil. Elle n'était pas spécialement mise en valeur, voire même pas du tout, alors Trunks ne comprenait pas pourquoi il la trouvait encore aussi attirante.

Pan ouvrit la portière et s'installa sur le siège passager. Elle avait été surprise du message de Trunks, et elle n'avait pas vraiment envie d'aller boire un café avec lui. Elle n'avait pas non plus l'intention d'entamer une discussion et de briser le silence pesant. Elle ne savait pas pourquoi il l'invitait à sortir, et surtout de quoi il voulait lui parler. Elle lui avait dit de venir lui faire signe lorsqu'il aurait ouvert les yeux, peut-être l'avait-il fait. Il avait le visage de quelqu'un qui avait pris une décision importante. Elle n'aimait pas se l'avouer, mais elle avait peur de ce qu'il pouvait lui dire.

La voiture ne démarra pas comme elle s'y était attendue. Elle resta immobile, son conducteur tout aussi amorphe sur son siège.

_ Pan.

La concernée tourna la tête vers lui. Il avait seulement prononcé son nom d'une voix atone, et elle comprit, puisque c'était plus qu'évident, qu'il ne savait pas quoi lui dire. Il semblait un peu anxieux, et elle sut en voyant sa main droite posée sur son genou droit qu'il était en fait complètement angoissé. Il donnait extrêmement bien le change, mais elle connaissait cette petite manie qu'il avait de faire lorsqu'il était très stressé. Elle se rendit compte à ce moment même qu'elle le connaissait vraiment bien. Ça ne rendit la situation qu'encore plus stressante.

_ Je...hum, je voulais te dire un petit quelque chose avant de démarrer.

_ Je ne veux pas y aller.

_ Hein ?

Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle n'avait pas envie d'aller à ce café. Elle avait le sentiment qu'être entourée d'autres personnes, et d'avoir d'aussi nombreuses paires de yeux qui pouvaient se poser sur elle ne ferait qu'accentuer la boule au ventre qui la rongeait, et lui donnerait envie de vomir, tout au plus de s'évanouir. Et elle avait l'impression que s'échapper serait encore plus difficile, si l'envie lui prenait.

_ Le café. Je ne veux pas y aller.

_ Oh. Mais, pourquoi être venue me rejoindre alors ?

_ Bonne question.

Un silence incroyablement pesant envahit l'atmosphère déjà bien lourde. Trunks commençait à regretter sa démarche audacieuse. Son courage s'évaporait comme de l'eau bouillante dans l'air froid. Il avait envie de disparaitre, mais le visage de son père lui revint en mémoire. Ses paroles aussi. Il ne pouvait pas agir comme un lâche de la sorte, comme s'il était resté adolescent. Il ne pouvait pas ternir sa race d'une telle couardise, il devait honorer les conseils que son père avait daigné lui donner.

_ Il faut vraiment que je te parle de quelque chose d'important.

_ Et le café ?

_ On s'en fout, il y a des choses vraiment plus importantes dont il faut qu'on traite.

Pan fut légèrement surprise de l'ardeur avec laquelle il répondit, contrastant avec sa léthargie de tout à l'heure. Elle était convaincue désormais que ça n'allait pas lui plaire, et que ça n'allait pas être facile à entendre.

_ Tes sentiments, ils... ne sont pas légitimes...et il faut que...je mette un point à tout ça.

_ Mes...sentiments ?

_ Je sais tout, Pan.

_ Tu sais, même si je t'ai dit le contraire, je n'étais pas vraiment moi-même cette nuit-là et lendemain matin qui l'a suivie.

Elle savait qu'elle était une fille contradictoire. Elle lui avait dit qu'elle avait pensé tout ce qu'elle avait pu lui dire, cette nuit-là, mais avec le recul, elle ne voulait pas qu'il découvre l'existence de ses sentiments pour lui. Ça avait toujours été comme ça, mais ce matin-là, elle avait fondamentalement changé d'avis, sûrement parce que naïve qu'elle avait été, elle avait espéré quelque chose de sa part, au fond. Maintenant, après avoir totalement repris ses esprits, elle se souvenait qu'elle n'avait aucune chance avec lui, alors, par fierté, elle ne voulait pas qu'il sache. Mais il était trop tard, visiblement.

_ Je...Bra m'a tout dit.

_ Ah.

Pan comprenait ce que ça signifiait. Bra savait tout, toute l'histoire, de A à Z, depuis le commencement. Si Bra lui avait tout raconté, alors, lui aussi, connaissait toute l'histoire. Pour le moment, elle ne se souciait même pas de Bra, mais elle réalisait alors toutes les cartes de son jeu et toutes les facettes d'elle que Trunks possédait désormais en ses mains. Il avait l'intégralité de son être en sa possession. Elle avait presque envie de pleurer.

_ Et, si je t'ai donné rendez-vous, c'est pour te-

_ Je sais ce que tu vas me dire.

_ À croire que tu sais toujours ce que je vais te dire.

_ C'est parce que je te connais par cœur, Trunks.

Pan avait les larmes aux yeux désormais. Trunks se mordit la lèvre. C'était encore plus dur de lui dire ce qu'il avait à lui dire après ça.

_ Je te demande d'arrêter de-

_ Je crois que je ne veux pas l'entendre.

Trunks ferma les yeux.

_ Mais il faut que tu l'entende. Il faut que tu comprennes. Et pour ça, je dois te le dire. Abandonne Pan. Pour ton bien, je te demande d'abandonner.

_ Oh, voilà que maintenant tu me demandes d'abandonner. Pour mon bien, en plus de ça.

Elle essayait de mettre une pointe de sarcasme dans sa voix, mais Trunks remarquait sa voix qui chancelait à cause de l'arrivée de sanglots.

_ Pan, arrête de t'accrocher à ces sentiments, parce que sinon...parce que sinon tu vas te perdre.

_ Je suis déjà perdue, Trunks.

_ Pan... Il le faut. Je ne suis pas un homme pour toi, et, tu n'es pas une femme pour moi. Tous les deux, on ne ferait que se faire souffrir mutuellement. Toi et moi, ça ne collera jamais.

Une larme embrassa le siège en cuir. Une autre, puis encore une autre. Le visage de Pan était bientôt inondé par les gouttelettes salées.

_ Je sais...

_ Il faut que tu le comprennes.

_ Je sais tout ça...Mais, ça fait mal, Trunks...

C'est dans un ton tellement aigu qu'elle lui dit ceci que ce fut presque inaudible. Trunks posa ses yeux sur Pan, sa voix complètement saccadée et suraiguë lui donnant le signal qu'elle pleurait, et à chaudes larmes. Ses yeux noirs étaient brillants, et ses joues étaient humides. C'était la première fois qu'il la voyait comme ça, et ça lui fit un horrible pincement au cœur de la voir dans cet état. Il se sentait comme un être abject, de la rendre ainsi, et il n'avait pas tord. Il était un être abject qui écrasait sans pitié une fleur délicate à peine éclose.

Pan porta ses mains à ses yeux, pour les cacher, eux et surtout toutes les larmes qui en sortaient. Elle était secouée de tremblements dûs à ses pleurs , et ses sanglots étaient forts. Elle n'était plus capable de les retenir. C'était vraiment une scène horrible pour Trunks, il se sentait terriblement mal, mais il avait fallu qu'il soit ferme, au cas contraire elle n'aurait jamais compris. Il savait que ses mots avaient été durs, mais c'était la seule solution. Malgré tout, il ne pouvait pas la laisser dans cet état sans rien faire. Ce fut presque malgré lui qu'il s'approcha d'elle et lui essuya ses larmes, nombreuses. Il prit ensuite son visage entre ses mains, et ancra ses yeux dans les siens. Il était si près qu'il pouvait sentir son souffle erratique s'échouer sur son visage.

_ Je suis désolé, Pan...

Puis il sortit de la voiture, alors même que c'était la sienne, prenant quand même soin de poser la capsule sur son siège avant de partir. Pan l'observa s'éloigner, emportant son cœur avec lui, la laissant seule avec sa douleur et sa peine, dans un océan de larmes.