Salut à tous ! Ravie de vous retrouver ! Comme promis, je reviens en avance avec un énorme chapitre. Vous n'aurez pas le temps de souffler !

Sans attendre, je vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre VII : Les dames de Serdaigle

La grande horloge de Poudlard sonna au-dessus du porche d'entrée principal de l'école. Ses lourdes aiguilles, utilisant un mécanisme ingénieux et massif pour se mouvoir, indiquaient deux heures et trente minutes. Les coups de gong grave retentirent dans l'immensité du château. Le dernier écho ne mourrait pas encore entre les murs de pierre que, sitôt, les bruits de pas d'une armée indisciplinée et désaccordée se firent entendre depuis le hall des statues, près de la Grande Salle, jusque dans le labyrinthe des escaliers magiques et les profondeurs des cachots. C'était le dernier appel. Dans quelques minutes, seuls les rares chanceux à posséder des plages de temps libre, issu d'un emploi du temps troué comme du gruyère, demeureraient encore dans les couloirs de l'école. Tous les autres auraient rejoint les bancs des salles de cours et les voix magistrales des professeurs seraient, pour une paire d'heures, la seule distraction autorisée au sein du vieux château.

Madame Pince releva sa tête de vautour de son registre où quelques griffures rouge vif soulignaient impardonnablement les noms des retardataires dans le retour des livres. Un minuscule raclement de chaise avait attiré son attention. Elle attrapa bien vite la silhouette féminine d'Hermione Granger emporter manuels et parchemins sous le coude tandis qu'un ouvrage avancé sur les potions s'élevait depuis sa place pour rejoindre son emplacement dans la bibliothèque. De son regard acéré et panoramique, la bibliothécaire inspecta le reste de son antre déserte avant de ponctuer sa dernière lettre manuscrite acide promettant les pires châtiments à tout étudiant osant conserver son emprunt plus d'une heure après réception de la missive.

Hermione se dirigea vers la sortie. Elle ouvrit la lourde porte avec précaution et s'engouffra dans le couloir du quatrième étage. L'odeur des parchemins s'évacua doucement de ses narines tandis qu'elle s'avançait dans le large boyau constamment aéré par un air frais et nouveau. La sorcière se dirigea vers un des escaliers sur la gauche, tout au fond, et s'engagea dans celui qui menait aux étages supérieurs. De l'autre côté du couloir, en face de ces mêmes marches, une immense fenêtre éclairait un recoin bien connu des amoureux, entre quelques arches ornementales faisant penser à des chapelles. Cet endroit représentait le fléau le plus proche de l'antre sacrée Madame Pince après le vacarme et le désordre provoqué en son sein par des étudiants mal élevés. Là, sous les voûtes, le mur se prolongeait d'à peine un mètre au-delà du point où il aurait dû s'arrêter pour marquer un tournant net, à angle droit parfait, vers la paroi de la fenêtre. L'existence de cette cachette n'était plus un secret pour personne, si bien que tout passant, à moins d'être doté d'une curiosité mal placée, ne faisait plus attention aux batifoleurs qui s'y dissimulaient avec bien peu d'art.

La sorcière surdouée s'activa à gravir les marches de l'escalier. Elle ne voulait pas essuyer son premier retard, en plus, pour son tout premier rattrapage avec le professeur Lupin. C'était l'un des seuls cours à ne pas nécessiter l'assistance du retourneur de temps, autant éviter l'affront de ne pas s'y présenter en temps et en heure. Son esprit s'occupait tant à cette motivation qu'elle ne faisait plus attention à rien d'autre. Elle ne remarqua donc même pas, qu'en contrebas de l'escalier, dans son dos, une ombre noire se détachait du mur trop long, comme une excroissance à sa surface.

Les pas de l'élève studieuse s'estompèrent bientôt dans le lointain. Le silence reprit ses droits sur le quatrième étage du vieux château. La pause-déjeuner était officiellement terminée. Désormais, obtenir quoi que ce fusse des cuisines avant le premier service du soir exigerait des aptitudes de vol à l'étalage. Plus personne n'était censé déambuler dans les couloirs jusqu'à la fin de l'étude, après six heures du soir.

L'ombre du mur commença à bouger avant de reculer brusquement de plusieurs pas derrière le prolongement protecteur. Plaqué contre la paroi, Harry écouta attentivement le pas aérien, mais incroyablement strict, de Madame Pince lui parvenir depuis la porte de la bibliothèque. Elle défila dans le couloir jusqu'à son niveau, sans le voir elle non plus, et bifurqua vers la volée de marches descendantes. Un rictus souleva le coin des lèvres du jeune sorcier de Gryffondor.

Ces femmes à l'intelligence remarquable étaient toutes réglées comme des montres suisses. Et cela constituait leur principal défaut : plus leur réflexion était imprévisible, plus leurs journées s'organisaient en une espèce de routine « par cœur » immuable. Cela leur laissait, ainsi, le temps de penser à des choses plus importantes que l'heure adéquate pour aller déjeuner. Elles n'y réfléchissaient qu'une seule fois, l'établissaient puis passaient définitivement à autre chose. Hermione avait pris sa pause-déjeuner à une heure moins le quart avant de revenir étudier à la bibliothèque aux alentours de la demie. Quant à Madame Pince, lorsque le temps tumultueux du repas était passé, elle s'accordait toujours une petite coupure de calme quelque part dans le château pour profiter de la sérénité du début de l'après-midi où étudiants en pleine digestion somnolaient dans les couloirs ou sur les bancs des salles. Probablement se rendait-elle dans une bibliothèque secrète dont elle seule possédait les clés. Cette vieille chouette parcheminée ne savait pas comment se ressourcer autrement qu'avec des livres. Seulement, elle ne serait pas de retour avant quinze heures, quand le premier flots d'étudiants sortirait de cours jusque dans son antre sacrée.

Osant se désolidariser un peu de sa cachette, Harry inspecta le couloir désert une nouvelle fois. Les portraits étaient rares aux alentours de la bibliothèque, mais les quelques-uns encore suspendus dans cette partie de l'école somnolaient tous la majorité du temps. Cette heure de calme ne faisait pas exception. C'était tout juste si ce noble en chapeau noir surmonté d'une plume d'autruche jetait encore un œil à ses cartes, gagnantes soit dit en passant.

N'ayant plus aucune hésitation, le sorcier de Gryffondor se rapprocha à pas de velours de la bibliothèque et y pénétra tel un souffle de vent. Une fois à l'intérieur, il prit bien garde de retenir de toutes ses forces le lourd battant de bois. Le règlement intérieur ne l'interdisait pas d'être ici à cette heure, même en l'absence de Madame Pince : tant que la bibliothèque restait ouverte et qu'on n'y foutait pas le chambard, tout restait autorisé. En revanche, cette même circulaire lui interdisait catégoriquement de sécher un cours et l'éthique le blâmait encore plus quand il s'agissait d'un cours organisé spécialement pour sa propre personne. Remus, Hermione et Ron pourraient toujours confirmer son absence mais personne ne devait être en mesure de fournir une information supplémentaire à McGonagall. La cape d'invisibilité de son père l'aurait grandement aidé dans cette entreprise, certes. Mais, ces derniers temps, Harry ne se sentait plus l'envie d'utiliser ces vieux stratagèmes qui lui plaisaient tant enfant. Et puis, pour être honnête, ce matin, au même titre que sa cravate, il avait oublié de s'en munir en sortant du dortoir.

Doucement, le survivant relâcha la porte dans son dos. Il tendit l'oreille tandis que ses yeux verts balayaient les parties visibles entre les grandes étagères. Comme il s'y attendait : il n'existait personne de suffisamment fou pour demeurer ici à cette heure. À partir du moment où Hermione et Pince évacuaient les lieux, c'était voie libre pour tout curieux comme lui.

Le garçon inspira à fond l'odeur de vieux parchemin et de poussière éternelle avant de se diriger vers les allées de livres, en prenant bien soin d'éviter la Réserve. Certains titres avaient beau l'attirer au-delà du raisonnable, Harry n'avait besoin de rien d'aussi compliqué à cet instant. Aussi, il se déplaça rapidement entre les immenses étagères jusque dans la section générale de la bibliothèque. Se plantant devant un mur de livres, il scruta précautionneusement les couvertures sans même prêter attention aux titres. Il se souvenait exactement quel type de matière rechercher et sa mémoire ne lui fit pas défaut, car, rapidement, le garçon repéra la tranche de cuir esquinté du vieux grimoire d'où le titre « L'Histoire de Poudlard » avait presque disparu. Il s'en saisit et le posa sur une table toute proche, non sans provoquer un certain bruit.

Le survivant vérifia les alentours d'un œil suspicieux, puis s'absorba dans les pages rongées de l'ancien « livre de chevet » d'Hermione. En toute hâte, le sorcier de Gryffondor les égraina jusqu'à parvenir au chapitre consacré aux fondateurs de l'école, et plus particulièrement au passage concernant Rowena Serdaigle. En en-tête, un portrait de la sorcière sembla le transcender de ses yeux éclatants d'intelligence. Il le passa et se plongea dans les lettres élégantes du manuscrit moyenâgeux.

Femme de grande intelligence... Créative... Morte prématurément de chagrin... Une fille, Héléna, elle aussi décédée prématurément assassinée par un certain Baron à l'air étrangement familier... « Selon certaines sources fiables, on lui devrait la disposition changeante du château de Poudlard et, peut-être même, la mythique Salle sur Demande métamorphosant son apparence selon le désir de son visiteur méritant ». En soupirant, le garçon se redressa de son appui sur la table de bois ciré. Il inspecta à nouveau les environs, mais, cette fois, à la recherche d'une horloge quelconque. Son temps était limité et il venait de le perdre à lire ces pages biographiques sans aucun intérêt.

Une main passa dans ses cheveux ébouriffés tandis qu'un lourd soupir lui échappait. Il ne devait pas lui rester plus de cinq minutes, trop court pour lui laisser l'opportunité de fouiller ailleurs. À tout hasard, le garçon revint en arrière dans les pages. Il alla cependant trop loin et atterrit par accident sur l'en-tête de Salazar Serpentard où un portrait de celui-ci le salua d'une bien noble manière, lui laissant un sentiment étrange. Surpris par ce geste, Harry prêta plus d'attention que nécessaire à la gravure et fut frappé de plein fouet par une évidence : au cœur de la peinture miniature, autour du cou du fondateur de la maison des verts et argents, trônait le médaillon légendaire qui leur avait causé tant de problèmes quelques mois plus tôt.

Le survivant parcourut frénétiquement l'image des yeux tandis que sa respiration s'accélérait. Ses mains déchirèrent les pages du livres plus qu'elles ne les tournèrent. Le portrait de Godric Gryffondor le considéra d'un œil suspicieux, appuyé sur son épée étincelante, tandis qu'Helga Poufsouffle ne sembla même pas remarquer sa présence, se cachant presque derrière la minuscule coupe dorée entre ses mains. Harry réalisa tout à coup : chaque fondateur avait été représenté avec sa relique personnelle ! Aussi, il n'était que logique que Rowena Serdaigle ait, elle aussi, été représentée avec la sienne. Pourtant, rien ne lui sauta aux yeux hormis ce même regard perçant et brillant. Il était à deux doigts de la supplier de lui donner un indice.

Soudain, ses paupières se plissèrent et il rapprocha exagérément son visage de la peinture miniature, à tel point que le portrait de Rowena s'en offusqua en bougeant sa tête en tous sens. Le contraste entre noir et blanc dans cet ouvrage antique était si mauvais qu'il avait du mal à distinguer les éléments sur ce tableau sombre, probablement bleu en couleurs réelles. Un éclat blanc le fit s'intéresser à ses cheveux. Que portait-elle ? Une couronne ? Une tiare ? Un lien ornementé ? Si seulement elle pouvait arrêter de gigoter en tous sens en l'invectivant en silence !

- Harry ?

Le survivant sursauta et se retourna précipitamment en percutant quelques chaises. Il s'appuya sur la table d'une drôle de manière et espéra cacher sa lecture de son corps, augmenté en stature par sa robe de sorcier.

- Lu... Luna !

- C'est pour un cours que tu lis l'Histoire de Poudlard ?

Harry hésita un instant à répondre à sa camarade de Serdaigle. Il se remettait seulement de sa surprise. Pourtant, il comprit bien vite que la fille loufoque lui tendait une perche à ne pas manquer.

- Oui ! s'exclama-t-il un peu trop fort. Oui. C'est pour... pour un devoir. Je dois faire un rouleau de parchemin sur les reliques des fondateurs de l'école.

- Ça n'est pas en première année qu'on demande de faire ça ? s'enquit innocemment Luna.

- Si ! Si, évidemment. Mais... Tu sais... On a été partis pendant si longtemps avec les autres... Ils veulent s'assurer qu'on sait encore comment écrire un devoir ! rit le garçon.

La blonde lui sourit largement. Son instinct naturel lui fit accepter sans broncher cet humour bancal sur lequel elle s'abstint de poser toute question. Sa tête dodelina, sa façon d'acquiescer.

- Et... Et toi ? enchaîna Harry. Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Je n'ai pas pris divination. Du coup, je n'ai pas cours. Mais bon... Je n'ai pas besoin de la divination. Je sais comment lire les tasses et mon père me racontait des histoires dans une boule de cristal quand j'étais petite.

- Je vois. Je vois. Et... Luna ? Puisque tu n'es pas occupée... Tu saurais me dire ce que Rowena Serdaigle porte sur son portrait officiel ? Je n'arrive pas à distinguer... Tu sais, ma vue...

La fille loufoque s'approcha de la miniature et sourit joyeusement à la première de sa lignée. Celle-ci sembla le lui rendre généreusement car son regard s'alluma soudainement.

- Ça ? demanda Luna.

- Oui, confirma Harry.

- C'est le diadème perdu de Serdaigle.

- Le diadème perdu ?

- Tu ne connais pas l'histoire ? Héléna, la fille de Rowena, a volé ce diadème à sa mère par jalousie. Le diadème confère intelligence et vivacité d'esprit à quiconque le porte. Mais, on ne l'a jamais retrouvé. C'est dommage.

Une mine triste affligea les traits de la jeune fille qui sembla partir dans un monde lointain pendant une poignée de secondes. Puis, elle se souvint de la présence du survivant à ses côtés et lui sourit brillamment.

- Donc... Ce diadème est la relique de Serdaigle ?

- Oui. Mais il est perdu.

- Je vois.

Sans perdre une seconde de plus, Harry referma rapidement l'immense grimoire dans un grand « clac » qui fit tressaillir sa camarade de sixième année. Il le hissa dans la colonne de son étagère et le livre rejoignit bientôt sa place entre les tranches de cuir.

- Merci, Luna.

Le garçon la contourna et marcha rapidement vers la sortie. Elle était la seule à l'avoir vu ici et cela devait rester ainsi. D'ailleurs... Il se retourna, avec l'air de quelqu'un qui avait quelque chose d'embarrassant à demander, mais la blonde fut plus vive.

- Tu ne veux pas qu'on sache que tu étais ici. C'est ce que tu allais me dire, n'est-ce-pas Harry ?

- Ça ne te dérange pas ? grimaça-t-il.

- Personne ne me croira de toute façon, déclara la jeune fille comme une évidence.

Harry marqua un temps d'arrêt. Effectivement, il n'avait pas pensé à cela. Il murmura un rapide « oui » pour lui-même avant de se dépêcher de rejoindre le couloir du quatrième étage. Il dût accélérer le pas en reconnaissant celui de Madame Pince dans son dos et se dissimula derrière un autre recoin en retenant sa respiration. Lorsque la lourde porte de la bibliothèque résonna dans le large boyau, il relâcha son souffle. Le sommet de son crâne se reposa contre la paroi dans son dos.

- Hum hum...

Le survivant tourna la tête. Le noble coiffé d'un chapeau noir surmonté d'une plume d'autruche fronçait les sourcils en le détaillant depuis son tableau. Harry lui rendit son regard noir avant de sourire narquoisement.

- Vous avez une mauvaise main, cher monsieur, se moqua-t-il.

Le noble s'offusqua en une exclamation bruyante tandis que ses camarades de jeu le pointaient du doigt et qu'une dame, également installée autour du tapis vert, gloussait de son malheur derrière un éventail de dentelle. Satisfait, Harry se détacha du mur et reprit sa course dans les couloirs de l'école d'un pas actif. Il n'y avait encore personne pour le voir dans ceux-ci et cela devrait rester ainsi jusqu'à ce que ne sonne quatre heures trente, la fin de son rattrapage avec Remus. Fort heureusement, le survivant savait à quoi occuper son temps sans se faire remarquer et faire d'une pierre deux coups. Et il avait eu raison de presser le pas. Il atteignait à peine la taille d'un soldat de plomb au bout du couloir que l'horloge de Poudlard sonnait déjà trois heures de son gong puissant.


« Et encore ! » … « Et encore ! » … « Et encore ! ».

Une voix dramatique de cantatrice chantait son éternel refrain en butant toujours sur la même note en fin de mot et débutant sa complainte sur le même son nasal, le tout entrecoupé de grésillements. Quelques grattements étranges bruissaient dans certains coins sombres et encombrés. Des montagnes de chaises, entassées sur une base de canapés défoncés, formaient de jeunes massifs habités par une poignée de lutins de Cornouailles échappés du cours de Défense contre les Forces du Mal de Gilderoy Lockhart. Des objets métalliques luisaient bizarrement dans le clair-obscur de la pièce presque sans fond. Des horloges à balancier bancales, dont plus d'une penchait du côté où elles désiraient tomber lorsque le temps s'arrêterait pour elles, cliquetaient toutes en désaccord sur la minute en cours. Et, dans un coin censé être inconnu, reposait un livre de potions de sixième année, griffonné des annotations du Prince de Sang-Mêlé. Tous ces détails n'étaient pourtant qu'une infime partie de l'immense désordre qui régnait en ces lieux.

Le survivant prit une large inspiration et expira. De la condensation se forma à la sortie de ses lèvres. Il frissonna légèrement. Le septième étage de l'école ne connaissait pas la notion de chauffage apparemment. Mais cela importait peu, Harry n'était pas là pour se reposer sur ses lauriers, mais, au contraire, pour se remuer. Il n'aurait pas le temps d'avoir froid.

Le diadème perdu de Serdaigle que Rowena portait fièrement sur la miniature de L'Histoire de Poudlard avait éveillé des souvenirs en lui. Ils dataient de l'année dernière lorsque Ginny et lui étaient venus cacher le livre de Rogue dans la Salle sur Demande à l'apparence de foutoir d'objets perdus à tout jamais. Pourtant, Harry avait l'impression que cela remontait à plus loin que cela, comme si un siècle s'était écoulé depuis. Même le goût de canneberge des lèvres de la rousse lui paraissait loin, si loin.

Les doigts du garçon vinrent effleurer sa bouche, tentant de réveiller cette sensation de chair contre la sienne. Il ne réussit qu'à se dégoûter, sans parvenir à recréer l'illusion, et, en plus, en se laissant un goût amer de poussière récupérée des vieux grimoires passés entre milles mains dont Merlin seul connaissait leur parcours d'exploration. Cette fois, Harry frémit d'écœurement et ses épaules furent parcourues de spasmes.

Quoi qu'il se soit passé ici la dernière fois, le garçon se souvenait clairement avoir vu un bijou similaire. Il reposait même sur un buste de marbre. Comment le savait-il ? Parce que, mine de rien, le survivant n'avait pas souhaité oublier l'existence de ce livre de potions, « de malheur » diraient certains camarades. Un jour serait venu où ce bouquin se serait montré utile pour autre chose que les sortilèges inédits graffités entre ses pages. Ce jour venait d'arriver. En retrouvant le livre dans la Salle, Harry mettrait également la main sur le buste couronné qui en marquait l'emplacement, sous un vieux coffret de bois. Le diadème était presque à lui.

Déterminé, le sorcier de Gryffondor s'engagea dans les méandres de la Salle sur Demande, suivant fidèlement les images de sa mémoire. Pour arriver enfin au septième étage de l'école, depuis le quatrième, cela avait mis plus d'une demi-heure. Pas facile d'avancer dans des couloirs, à découvert, sans solution de repli ni cape d'invisibilité, quand on séchait un cours et que l'on ne voulait absolument pas se faire repérer. En plus, pour ne rien arranger, Harry avait dû éviter la salle de cours de Remus aussi bien côté couloir que côté jardin, le forçant à respecter un détour plus que contraignant par une longue série de boyau ouverts en toutes parts et lumineux comme le Saint Graal, là où des meutes d'élèves libérés de leurs obligations étudiantes surgissaient à tout moment. Par chance, sa bonne étoile lui avait permis d'arriver dans la Salle sur Demande sans trop d'encombres. Maintenant, il avait tout loisir de demeurer ici le temps que la dernière heure de son rattrapage ne s'écoule. Harry trouverait bien une minuscule place pas trop inconfortable où s'installer et se replonger dans les pages de son « livre de chevet » à lui.

Harry se faufila en crabe entre deux montagnes de bazar monstre et, au-delà d'un tournant, repéra le buste clair trônant fièrement pour le vide sur une table nappée d'un tissu couvert de dessins en surbrillance : les mêmes que dans toutes ses visions, comportant Merlin, les signes du zodiaque et quelques étoiles au lieu de la rune « reliques ». Assuré d'avoir retrouvé le bon endroit, le survivant s'arrêta cependant devant le buste. Ses souvenirs n'étaient peut-être pas aussi criants d'exactitude qu'il voulait bien le prétendre. Juste là, à cet endroit, il ne restait plus grand chose correspondant à sa mémoire. Le coffret de bois, habituellement caché sous des filets de pêche, avait disparu, ne laissant qu'un vague amont sans intérêt.

Fronçant les sourcils, Harry les souleva à la recherche de l'objet, sans succès. Le livre avait disparu aussi. Soudain, le sorcier de Gryffondor sembla se souvenir de la raison de sa présence ici et sa nuque se désossa presque en se tournant brusquement vers le buste. Tout ce qu'il tenait encore entre ses mains s'effondra au sol. La tête du quelconque monarque sculpté dans le marbre était plus nue que les fesses d'un nouveau-né. Pendant un long moment, le survivant demeura immobile. Le froid environnant tenta de le paralyser en s'attaquant directement à sa moelle sous les couches de vêtements. Mais l'on n'avait pas raison si facilement d'un Sauveur comme lui.

Le garçon fit claquer sa langue de mécontentement contre son palais. Sa mâchoire se positionna bizarrement, en dehors de son axe habituel, comme une gueule cassée. Il envoya balader les filets tombés sur ses chaussures d'un mouvement de rage. Naturellement ! Rien ne pouvait lui être offert sur un plateau pour une fois ! Au sens figuré comme au propre : sur la table, un plateau d'argent le narguait en déformant son reflet version cubiste.

La Salle sur Demande était connue pour changer d'apparence selon ce que son visiteur souhaitait trouver au plus profond de lui-même. Le château entier était connu pour changer de configuration au gré de ses fantaisies ! Merci Rowena ! Vraiment, merci ! Cette femme, sans même l'avoir connu, ayant vécu à des siècles de lui, arrivait à lui rendre la vie impossible ! Cela devait constituer une sorte d'exploit sans précédent ! Quoique... Il s'avançait peut-être un peu trop sur les précédents.

Bien ! L'école avait visiblement décidé de jouer avec ses nerfs ! Le diadème avait changé de place : d'accord ! Harry allait le chercher dans chaque recoin de cette Salle. De toute façon, elle ne pourrait pas changer d'apparence s'il n'en sortait pas. Tant qu'il demeurait ici, où que se soit volatilisé le diadème, il resterait à la même place. Et le survivant avait la ferme intention de le retrouver. En fin de compte, une heure ne serait pas de trop...


- Bon et bien, pour maintenant, on peut estimer qu'Harry ne se joindra pas à nous !

Remus, dans son éternel costume beige rapiécé, tapota le cadran de sa montre. Il quitta la surface du bureau où il s'était provisoirement installé et fit quelques pas dans sa salle de cours. Devant lui, sur une table unique, ses deux étudiants légendaires arborèrent une moue désolée en levant le nez de leurs lectures respectives. Ron s'étonna tout de même.

- Vous ne comprenez ça que maintenant ? Aucune offense, mais personnellement j'avais compris après cinq minutes, pas une heure...

Hermione lui ficha un coup de grimoire dans le bras.

- Aïe ! Quoi ?

- C'est ton professeur ! Montre-lui un peu de respect !

- Tu commences à me courir avec ton respect à la noix ! Si tu avais mis en pratique ce même respect ce matin avec Harry, peut-être qu'il serait là ! Parce qu'il n'aurait pas eu le besoin irrépressible de dégager ta tronche de son cercle vital !

- Tu sais quoi, Ronald ?! Je...

- Ne vous disputez pas.

Les deux étudiants s'immobilisèrent. Remus, les mains jointes dans le dos, observait les jardins infinis de Poudlard à travers une fenêtre. Sa voix n'avait été qu'un murmure, à peine une réprimande, mais cela avait suffit à les faire cesser.

- Si on commence à se déchirer les uns les autres juste parce qu'un mot a été moins formel qu'il n'aurait dû, c'est la porte ouverte à toutes les dérives.

Ron hocha doucement la tête. Le loup-garou abîmait ses yeux hantés d'une drôle de lueur dans le vague. Leur professeur ne comprenait visiblement pas l'absence d'Harry et le roux ne pensait pas trop s'avancer en disant que cela le blessait même un peu. Au fond, d'eux trois, le survivant aurait dû être le plus à même de voir que Remus les respectait en tant que sorciers. Il connaissait leurs qualités exceptionnelles dans la matière qui était la sienne. Évidemment que son cours ne serait pas une banale lecture magistrale avec quelques exercices de pratique ! Cela ne l'était déjà pas en troisième année, pourquoi maintenant ? Leur faire perdre leur temps n'était pas dans ses intentions. Il allait juste leur montrer la bonne manière de lancer tel ou tel sortilège devant le jury des ASPICS et passer à autre chose de plus approfondi.

Remus baissa la tête quelques instants. De fines mèches châtain vinrent flirter avec ses cils. Il les écarta d'un mouvement et se dirigea à l'opposé, vers la porte de la salle.

- Rangez vos affaires. On va faire un peu de pratique. Je veux juste...

Le loup-garou ouvrit le battant et jeta un œil dans le couloir. Il revint ensuite près de son bureau et remua quelques-unes de ses notes d'un air affecté, comme s'il empêchait une émotion trop forte de le submerger. En se retournant, un sourire bienveillant rehaussa ses pommettes : Hermione et Ron étaient debout, baguettes sorties, prêts à travailler.

Content, Remus se tourna vers le gramophone miniature sur son bureau et le mit en route d'un air malicieux. Un air entraînant de vieux jazz emplit la pièce. Le loup-garou tapa dans ses mains pour lancer la session. Ses étudiants légendaires s'exécutèrent. Ils se défièrent l'un l'autre avec une hargne qui ne devait pas être étrangère à la dispute avortée. Remus gardait un œil distrait sur la progression des choses. Il n'aurait pas fallu que les mots se métamorphosent en sorts violents. Pourtant, même la musique et l'action l'environnant ne suffisaient pas à le refréner de rejoindre régulièrement une fenêtre ou la porte, ses pupilles à la recherche d'une silhouette familière se dissimulant parmi les masses éparses qui circulaient dans le château.

Ce fut lorsqu'il prêta le moins attention à ce qui se déroulait hors de son cours que le professeur McGonagall apparut dans l'entrebâillement de la porte. Le professeur partageait alors un rire de bon cœur avec ses étudiants : un sort manqué d'Hermione avait fait pousser des oreilles pointues et velues sur le mur derrière le roux qui, tout en s'adonnant à son amusement, ne pouvait s'empêcher de la surveiller d'un œil méfiant et, un tant soit peu, effrayé. Un peu plus et ces horreurs se retrouvaient sur sa tête...

Minerva se racla la gorge pour attirer leur attention. Un parchemin à la main qu'elle tapotait nerveusement contre le plat de sa main, la directrice de Gryffondor montrait clairement une certaine impatience sur le seuil de la salle de classe.

- Minerva ! s'exclama Remus.

- Professeur Lupin, le salua-t-elle.

- Je guettais votre apparition, entre autres... Harry ne s'est pas présenté...

- J'en ai été avertie.

- Vraiment ?

- Je venais demander à ces deux-là s'ils avaient la moindre idée du recoin dans lequel leur ami pouvait bien se terrer. Parce que, quant à monsieur Rusard, Potter est introuvable.

Hermione et Ron s'interrogèrent l'un l'autre du regard. Les nouvelles allaient vite dans le château, mais habituellement pas à ce point. Remus n'avait pas encore prévenu la vieille sorcière, pourtant, celle-ci était déjà informée de l'absence d'Harry. Tout ceci leur paraissait étrange. Cependant, ils secouèrent négativement la tête en réponse à leur responsable de maison. Elle les sonda derrière ses lunettes carrées, comme si celles-ci avaient un pouvoir quelconque pour déceler les mensonges. Finalement, reconnaissant leur sincérité à contre-cœur, Minerva abandonna.

- Bien ! Nous allons continuer à chercher dans ce cas. Si jamais l'un de vous le retrouve avant monsieur Rusard, qu'il l'amène dans mon bureau. Entendu ?

Les deux étudiants légendaires acquiescèrent. Remus, lui, fronça les sourcils et fit signe au professeur McGonagall d'attendre un instant.

- Reprenez, je reviens dans une petite minute, dit-il à ses élèves.

Il s'éclipsa dans le couloir en compagnie de Minerva. Ron et Hermione s'observèrent pendant une seconde avant de s'avancer rapidement jusqu'à la porte. Tous deux effleuraient le battant de bois, presque l'un sur l'autre, et tendirent l'oreille au maximum.

- … peut-être pas intentionnel, déclarait le loup-garou.

- Remus, même avec toute la volonté du monde je ne parviens pas à croire une seule seconde que ce manquement de monsieur Potter n'est pas intentionnel. Il aura préféré se balader quelque part dans le château. Vous-même le savez mieux que personne : il n'est pas étranger aux escapades.

- Bien sûr, mais... Enfin, comment... Je n'ai même pas eu le temps de faire remonter l'information.

- C'est un tort de votre part, Remus. Potter pourrait être n'importe où dans la nature. Il n'est pas bon de faire traîner ce genre de nouvelles, que vous soyez proche de lui ou non. Ici, vous êtes un professeur, pas son parrain ou que sais-je encore !

- Et, encore une fois, je comprends bien. Mais ça ne répond toujours pas à ma question.

Il y eut une pause. Ron tenta de se dresser discrètement pour apercevoir le couloir et ses professeurs. Hermione le pinça et il se retourna avec un air mauvais sur les traits. Elle lui fit signe de rester silencieux et de reprendre sa place. Ses yeux bleus la fusillèrent. Il s'apprêta à protester quand la voix de McGonagall le fit se recroqueviller instantanément contre la porte.

- Une personne bien intentionnée, avoua leur directrice de maison. Elle aurait aperçu Potter traîner dans les couloirs.

- Donc il n'est pas perdu dans la nature, releva leur professeur de Défense.

- Question de principes, Remus.

- Et, en plus, vous vous fiez à un témoignage autre que le mien, le premier concerné. C'est de la délation.

- Vu que l'enseignant concerné ne m'a pas fait parvenir le sien, j'ai dû m'adapter, cingla-t-elle.

- Bien, bien. Ça ne se reproduira pas, promit Remus.

- Ça non ! Dès que l'on retrouve Potter, je vais lui faire passer l'envie de recommencer ! Croyez-moi !

- Sur parole.

- Je vous laisse retourner à votre cours.

Hermione et Ron se jetèrent un œil suspicieux. Le pas serré de leur responsable de maison leur parvint depuis le couloir. Avec précipitation, les deux étudiants légendaires regagnèrent leurs positions et attrapèrent leurs baguettes. Ron se pencha prestement d'un côté, évitant un sortilège cuisant.

- Eh ! protesta-t-il.

- Désolée, mais ça doit avoir l'air vrai, sourit malicieusement la sorcière.

- Ouais, c'est ça, grogna le roux.

Remus reparut dans la pièce. Le loup-garou se frottait nerveusement la nuque et les regarda un moment. De son index et majeur, il les désigna et les considéra d'un œil absolument pas dupe.

- Vous deux, abstenez vous d'écouter aux portes. Ou faites-le mieux. Sinon cette vieille chouette vous remontera les bretelles à vous aussi.


- Merde !

Les poings du survivant s'abattirent sur la table toute proche. Il releva la tête en voyant une ombre se replier au-dessus de lui et rattrapa de justesse le buste de marbre qui balançait dangereusement vers le bord. Il dut déployer une force herculéenne pour le remettre en place.

En rond ! Harry tournait en rond. Rien ne ressemblait davantage à un monceau de bazar de la Salle sur Demande qu'un autre monceau de bazar de la Salle sur Demande. Il fouillait depuis ce qui lui semblait être une éternité et toujours aucune trace du fichu diadème, ni même du livre du Prince de Sang-mêlé soit dit en passant. Ces deux objets s'étaient comme volatilisés.

Une drôle de sensation lui donnait régulièrement le frisson, comme si quelqu'un l'observait avec délectation se démener comme un pauvre ver qui finirait, de toute façon, transpercé par le hameçon. Lui jouait le ver et la destinée ironique le hameçon...

D'un coup, un concert inharmonieux de « gong », « clic » et « ding » emplit la Salle changeante. Le survivant se retourna vers la provenance du bruit : le secteur des horloges. Chacune d'elles sonnait en décalé cinq heures de l'après-midi. Les bras d'Harry faillirent lui en tomber d'épuisement : une heure et demie qu'il déambulait dans ce foutoir ! Une heure et demie !

Une fatigue sans précédent le terrassa soudainement et il dut se retenir à la table, tout en veillant à ne pas déséquilibrer le buste de marbre une nouvelle fois. Son propre corps l'assommait déjà suffisamment, pas besoin d'une tonne de pierre précieuse pour faire le reste. Il lui restait néanmoins une once d'énergie dans son être éreinté. Elle trouva un moyen unique de s'exprimer : au lieu de le remotiver, cette étincelle trouva son chemin jusqu'aux cordes vocales du garçon qui, dépassé, se mit à hurler de rage dans l'immensité de la pièce.

Un rire caqueta au-dessus de lui. Harry se mit aussitôt en garde. Il soupira d'agacement en découvrant une forme flottante et vaporeuse, munie d'un grand sourire noir qui fendait son visage en deux parts distinctes.

- Peeves, le salua-t-il de mauvais gré. Je comprends mieux pourquoi il fait plutôt frisquet ici. Je devrais le savoir pourtant.

- Tu devrais, oui, lui répondit la voix spectrale.

- Alors ? Que vas-tu me lancer à la figure aujourd'hui ? D'autres miettes de pain ? Ou veux-tu les filets de pêche que j'ai sous la main pour me saucissonner au plafond de la Grande Salle ? J'ai besoin d'un mot d'excuse pour un cours.

- On sèche déjà ? Quel aventurier ! Tu sais, je commence à t'apprécier Potter.

- Sans blague ! Peut-être accepteras-tu de m'aider alors ? Tu n'aurais pas vu un diadème ?

- Quel genre ?

- Vieux, bleu, avec une tronche de diadème quoi...

- Ah ! Celui-là ! s'exclama le fantôme avec exagération.

Harry roula les yeux au ciel.

- Peeves, ne fais pas comme si tu savais de quoi je parle.

- Non, jamais vu de ma vie, se moqua Peeves. Mais si c'est le diadème perdu que tu cherches, pas étonnant que je n'ai pas de réponse pour toi : tu t'adresses au mauvais fantôme.

- Je sais ça, Peeves. Mais la Dame Grise est introuvable.

- Cette Salle est introuvable aussi, releva l'esprit frappeur.

- Où veux-tu en venir ?

Le fantôme boute-en-train partit d'un rire fou et se mit à faire quelques pirouettes dans les hauteurs de la Salle sur Demande.

- Peeves ! Où veux-tu en venir ? insista le survivant.

- Que si tu sais où chercher, ni cette Salle, ni la Dame Grise ne sont introuvables.

- Où chercher ? Mais même les élèves de sa maison ne savent pas où la chercher !

- Tu es sûr de ça, petit sorcier ? Pas un seul ?

Peeves pencha la tête sur le côté. Il considéra son jouet favori avec pitié.

- Tu sais, la Dame Grise, en son temps, c'était quelque chose ! Un chef-d'œuvre à elle toute seule !

- Peeves, je n'ai pas de temps à perdre ! Va droit au but !

- Tu permets ? Je m'amuse un peu !

- C'est ça, et bien j'ai autre chose à faire !

Harry se détourna de l'esprit frappeur vers la porte de la Salle sur Demande. De toute façon, découragé comme il l'était, sans compter Peeves dans les parages, il ne pouvait plus continuer sa chasse vouée à l'échec depuis le début. Le garçon fit un large pas de côté en se hérissant de toutes parts lorsqu'une chaise tombée du ciel s'écrasa à quelques centimètres de lui. Furieux, il se retourna et fit deux pas en arrière. Peeves collait presque son visage contrarié au sien, gerçant ses lèvres de froid.

- Je n'aime pas qu'on interrompe un de mes jeux ! protesta-t-il.

- Et moi je n'aime pas servir de jouet : on est quittes ! Maintenant crache le morceau ou je te jette un sort de gel immédiat ! Tu devras attendre de fondre lentement avant de pouvoir recommencer un de tes jeux !

L'esprit frappeur s'écarta prestement du jeune sorcier et flotta autour de lui en l'inspectant. Il se méfiait.

- Ce que je veux dire, c'est que si ce que tu me raconte est vrai, alors il n'y a pas un seul véritable Serdaigle que Rowena reconnaîtrait dans cette fichue maison de cérébraux !

- Que Rowena reconnaîtrait ? répéta Harry dans le vague.

Ses yeux verts s'écarquillèrent soudainement. Bien sûr ! Comment avait-il pu passer à côté de cela ? Il désigna Peeves du doigt. Celui-ci se recula hors de la ligne de mire, peureux.

- Merci, Peeves ! Merci !

Le sorcier de Gryffondor détala rapidement vers la sortie. L'esprit frappeur le regarda s'éloigner, planté sur place.

- Eh ! Et mon jeu, alors ?!

- Une autre fois, Peeves ! Une autre fois !


- Eh ! protesta un étudiant de Poufsouffle.

- Pardon ! clama Harry.

- Silence ! s'exclama Madame Pince à son bureau. Et on ne courre pas dans la bibliothèque, monsieur Potter !

- Pardon, s'excusa encore le survivant. C'est urgent.

Le sorcier de Gryffondor fit mine de ralentir le pas tout en courant le plus rapidement possible aux endroits où le regard perçant de la bibliothécaire ne pouvait pas l'atteindre. Il priait avec ferveur et sauta presque de joie en repérant la chevelure blonde étincelante et décolorée de Luna Lovegood, assise à un bureau collé contre une étagère de livres mesurant au moins vingt pieds de haut. Il faillit lui bondir dessus. En se refrénant, il limita les dégâts et ne fit que bouger légèrement sa chaise. Sa camarade de Serdaigle releva les yeux de son parchemin, au même titre que Neville, installé tout à côté d'elle, pointant une ligne sur un grimoire grand ouvert entre eux, comme s'il lui donnait un cours particulier.

- Luna, désolé, c'est vraiment important...

- Tu as une autre question sur Rowena Serdaigle ? demanda innocemment la fille loufoque.

- En quelque sorte... Sur Héléna en fait. C'est bien ça, le vrai nom de la Dame Grise ?

- Oui, c'est ça.

- D'accord, ça va te paraître totalement dingue, mais... Tu saurais où la trouver ?

- En ce moment, elle se repose souvent près de notre dortoir, dans l'aile Ouest. Sinon, elle aime beaucoup les jardins, surtout près du Saule Cogneur. Si tu ne la trouves pas dans un endroit, elle est forcément dans l'autre. Mais, Harry...

Luna attrapa la manche de la robe de sorcier du survivant, déjà parti. Elle le força à revenir vers lui.

- Elle est très timide. Elle ne voudra pas te parler. Tu n'es pas de Serdaigle.

- Et toi ? Elle te parlerait ?

- Bien sûr, je discute souvent avec elle. Elle est très gentille. Juste peureuse.

Harry la considéra longuement. Il ne savait pas quoi répondre à cela. Ce discours était plein de bonne volonté et d'évidences qui le désarçonnaient. Neville n'appréciait pas du tout le dérangement et le fixait d'un œil mauvais qu'il ne lui connaissait pas. Avec tout cela, et l'aura menaçante de Madame Pince planant entre les rangées de livres, les mots restaient coincés dans sa gorge. Fort heureusement pour lui, Luna et son sixième sens ne le déçurent pas. Sans attendre un signe de sa part, la blonde empaqueta ses affaires.

- Luna, qu'est-ce que tu fais ? interrogea Neville.

- Je vais parler à la Dame Grise.

- Tu n'as pas à faire ça ! Harry peut se débrouiller tout seul !

- Oui, je sais. Mais la Dame Grise est très timide. Et si c'est important, Harry doit avoir les réponses tout de suite. Sans moi, elle ne lui parlera pas.

- Mais... Et l'aide que tu voulais pour ton devoir ?

- Je pourrais demander à un septième année de Serdaigle. Ils sont très intelligents aussi.

La remarque ne renfermait aucune méchanceté, juste de l'innocence pure et dure. Luna cherchait à le rassurer, mais l'effet escompté ne prit pas. Le féru de botanique la regardait d'un air décomposé, et Harry crut même déceler une lueur de jalousie dans le creux de ses pupilles.

Soudain, Neville replongea brusquement dans son livre, comme s'il désirait se fondre dans la rainure. Luna, elle, écarquilla les yeux et se figea. Harry pivota lentement. Madame Pince, mains sur les hanches, les dominaient de son corps en tige de fer.

- Vous deux, dehors !

- Ça tombe bien, on s'en allait de toute façon, murmura Harry.

- Qu'est-ce que vous dites monsieur Potter ?

- Rien. On s'en va.

Les deux étudiants rejoignirent rapidement la sortie de la bibliothèque en attirant sur eux les regards curieux des rares travailleurs. Madame Pince, elle, inspecta le dernier restant sur la table d'un œil mauvais, semblant débattre en elle-même. Finalement, elle trancha.

- Vous aussi, monsieur Londubat. Dehors.


Luna marcha longtemps, empruntant des chemins que le survivant lui-même ne reconnaissait qu'avec difficulté. Il pressait le pas derrière elle et se faisait petit dès qu'une silhouette ressemblant un peu trop à Hermione, Ron ou Remus, apparaissait au détour d'un couloir. À plusieurs reprises, la blonde le considéra de ses immenses yeux bleus malicieux, amusée de cette escapade. Harry eut la sensation qu'il devait dire quelque chose. Il songea que cela ne devait être que son impatience qui rendait le cheminement excessivement long. Mais, juste au cas où la jeune femme aurait oublié leur but final, le sorcier de Gryffondor décida d'entamer une conversation intéressée.

- Je suis désolé, s'excusa-t-il. Tu seras probablement bannie de bibliothèque quelques jours.

- Oh ! Ce n'est pas grave ! Je l'ai dit à Neville, les gens de Serdaigle sont très intelligents. Ils pourront m'aider mieux que les livres.

- Je vois.

Un silence.

- Et sinon, quels conseils tu peux me donner pour parler à la Dame Grise ?

- Aucun. Ça dépend surtout de son humeur à elle.

- D'accord. Et, tu sais vraiment comment la trouver ? Et dire si elle est là ou ailleurs ?

- Oui. D'ailleurs on va le savoir tout de suite.

Avec stupéfaction, Harry réalisa qu'ils étaient arrivés dans l'aile ouest du château, au niveau d'un couloir baigné de la douce lumière grise du soir passant sous les arches vitrées qui donnaient sur les jardins de Poudlard, en bas. Le calme y était royal. Il y faisait même un peu froid.

Luna déposa doucement son sac sur le sol, contre le mur, et s'avança calmement dans le petit couloir. Elle s'arrêta parfaitement au milieu et balança ses bras à l'image d'une petite fille gambadant dans une grande étendue. La blonde inspecta le couloir. Sa tête bougeait en tous sens, comme celle d'une bête curieuse. Soudain, un sourire flamboyant emplit ses pupilles malicieuses. Le survivant eut beau chercher, il ne vit rien de significatif et crut, un instant, que les lubies de Luna l'avaient encore bien eu.

- Bonjour Héléna, s'inclina-t-elle.

- Luna, qui est avec vous ? répondit une voix spectrale.

Le sorcier de Gryffondor sentit son visage se teinter d'un étonnement spectaculaire. Il se mit à sonder plus frénétiquement les alentours du regard.

- Harry Potter. C'est un peu comme un ami.

- Mais, Luna, je suis ton ami, intervint le garçon.

La fille loufoque se retourna et lui sourit.

- Merci, Harry.

- De rien.

- Harry aimerait juste vous parler, continua Luna. Il n'est pas méchant.

- Je ne suis pas sûre...

- Harry souhaite en savoir davantage. Comme un vrai Serdaigle. Et puis, je ne partirai pas.

Après un moment sans plus aucune réponse ni mouvement, le garçon sentit un souffle d'air extrêmement léger caresser son visage. Les mèches blondes de Luna flottèrent comme en apesanteur pendant une minute avant de reprendre leurs vagues habituelles sur ses épaules.

De derrière l'un des piliers soutenant les arches du couloir, une robe élégante et serrée apparut dans un halo gris. Une jeune femme brune et superbe se révéla, la peau semblable à un voile soyeux couleur perle. Son regard était emprunt d'une méfiance qu'Harry n'avait jamais vue de toute sa vie. Rien que les traits de son visage suggéraient qu'elle mourrait d'envie de s'étreindre elle-même de ses bras frêles pour se réchauffer. Pourtant, des années de vie spectrale lui auraient appris que ce geste, chez un fantôme, ne représentait rien d'autre qu'une posture inutile. Aussi, Héléna ne s'en embarrassa pas. Elle le transperçait de ses yeux incroyablement vivants et, un instant, Harry crut retrouver le portrait de Rowena elle-même. Seulement, Héléna s'avança un peu plus dans la lumière et l'illusion s'évanouit aussi rapidement. Quelque chose de sombre planait au fin fond de ces iris, une blessure incurable faite d'envie, de peur, de jalousie et d'orgueil.

- Que veux-t-il savoir ? demanda-t-elle.

- Harry ? Tu devrais peut-être lui parler toi-même. Je ne suis pas sûre de faire un bon interprète, suggéra Luna.

Le garçon acquiesça et s'avança doucement au niveau de la blonde. Le fantôme détourna légèrement la tête, comme pour ne pas lui faire brutalement face. Son air s'était encore assombri.

- Cela concerne une relique. Celle de votre mère, commença-t-il.

- Le diadème ?

Harry hocha la tête. Héléna le considéra méchamment.

- Je ne vous dirai rien. Passez votre chemin.

Le fantôme lui tourna le dos et s'enfonça dans le couloir. Le sorcier de Gryffondor fit quelques pas pour la suivre.

- Héléna, je vous en prie.

- De quoi me priez-vous ? Vous ne voulez pas apprendre, vous voulez dominer. Le diadème n'est pas fait pour vous.

- Parce qu'il a encore un pouvoir quelconque ? osa Harry. Après tout ce qu'on a du lui faire subir ?

Héléna sembla se figer. Seule sa robe vaporeuse flottait, comme agitée par une douce brise. Cette fois, son visage reprit sa position initiale, un peu en biais par rapport à lui pour ne pas le regarder en face. Elle recouvrit sa main gauche de la droite et attendit un instant.

- Comment savez-vous cela ?

- Le diadème de votre mère n'est pas le seul objet a avoir été corrompu. Le médaillon de Salazar Serpentard, la coupe d'Helga Poufsouffle... Tous ont été utilisés.

- Je sais.

- Alors, Héléna, je vous en prie...

- Il n'empêche que vous pouvez toujours utiliser le pouvoir qu'il abrite désormais. Et je ne le permettrai pas.

- Si c'était mon intention, je n'aurais pas détruit le médaillon de Salazar Serpentard.

La Dame Grise sembla réfléchir. Elle se tourna un peu plus vers lui.

- Détruit ? Vous l'avez détruit ?

- Oui. Je peux le faire. Mais j'ai besoin de savoir...

- Je ne vous dirai rien.

- Pourquoi ?

- Parce que vous savez déjà l'essentiel. Vous venez de la Salle sur Demande, n'est-ce-pas ?

- Comment...

- Je sais beaucoup de choses. Vous aussi apparemment.

- J'ai aperçu le diadème l'année dernière en cachant quelque chose dans la Salle sur Demande. Je l'ai immédiatement reconnu. Il a visiblement changé de place. Je veux savoir qui l'a bougé et pourquoi ?

- Vous en savez déjà beaucoup trop pour votre bien, gronda Héléna.

Une mèche brune se libéra de l'emprise de sa pince à cheveux et glissa en rondes le long de son visage, frémissant avec le grain de sa peau de la même rage. Les nuances de gris sur celui-ci s'intensifièrent, comme pour manifester son émoi.

- Héléna, j'ai besoin de cette information pour le détruire.

- Qu'est-ce qui me garantie que vous allez le détruire ? Tout le reste du monde ne s'en préoccupe même plus.

- Justement, je suis le seul à encore m'en inquiéter. Et, je suis désolé, croyez-moi, je le suis vraiment, mais pour l'instant vous n'avez pas vraiment l'embarras du choix. Je suis le seul à vouloir le détruire.

Héléna le considéra d'un œil sombre. De sa démarche glissante de fantôme, elle s'enfonça encore plus dans le couloir des arches. Le survivant resta à sa place. Quelque chose lui soufflait que la suivre n'était probablement pas une bonne idée. Cela ne ferait que l'effaroucher. Et puis, elle ne semblait pas vouloir fuir, juste réfléchir d'une façon dramatique. Effectivement, la Dame Grise ne tarda pas à revenir vers lui, cette fois bien en face, mais la tête un peu abaissée, les yeux levés presque au ciel pour l'apercevoir.

- Vous pouvez vraiment le détruire ?

- Vous pourrez même y assister, en avoir la preuve de vos propres yeux. Je le détruirai. Ici même dans ce château...

- Non ! s'exclama Héléna avant de brusquement repartir dans le fond du couloir.

- Quoi ? Je ne comprends pas. C'est bien ce que vous voulez, non ?

La Dame Grise lunatique reprit sa position face à lui. Sa voix baissa d'un ton.

- Ce n'est pas possible.

- Pourquoi ? Je ne...

- Le diadème n'est plus là.

- Comment ?

- Le diadème n'est plus dans le château. Il vous faudrait le ramener ici pour le détruire. Et je ne veux plus que cet objet de malheur franchisse les barrières de l'école. Pas encore une fois.

- Que voulez-vous dire ? Pourquoi n'est-il plus ici ?

- Il l'a pris. Une nuit. Il l'a pris et est parti avec.

- Qui ?

- Quand les Serpentards ont disparus. C'était à la même époque.

- Qui ? Qui ça, Héléna ?

Le fantôme sembla prendre une inspiration, comme si elle était sur le point de lui répondre. Tout à coup, ses yeux s'écarquillèrent et elle se redressa vivement en regardant au-delà de la tête du survivant. Un hurlement strident lui échappa et elle se recula à une vitesse folle avant de disparaître dans le mur du fond, l'expression apeurée de son visage se désintégrant en dernier sur la pierre.

Harry fit un pas avant de se retourner à son tour. Luna, tête dans les épaules, n'osait pas le regarder autrement qu'en coin. Elle ramassa son sac et s'éclipsa vers l'escalier menant à la porte de sa salle commune. Le sorcier de Gryffondor, lui, demeura immobile. Ses traits revêtirent une expression indéchiffrable, mélangeant froideur et compassion. Il avait été à deux doigts d'obtenir l'information capitale qui lui manquait... Mais Héléna avait pris peur en voyant cet homme se diriger vers eux. Ce même homme qui le regardait désormais d'un air entendu.

- Il me semblait pourtant t'avoir dit de ne pas faire de détours, Harry, déclara Remus Lupin.

Le garçon baissa les yeux.

- Ne joue pas la comédie avec moi, Harry. Je sais que tu ne regrettes pas. Tu ne regrettes jamais.

- Uniquement quand c'est nécessaire, rectifia le survivant en redressant la tête.

- Tu finiras pas regretter de tourner le dos aux bonnes personnes, Harry, l'avertit le loup-garou en s'approchant de lui.

- Je ne fais que mon devoir. Si les bonnes personnes ne sont pas capable de comprendre, tant pis pour elles.

- Oui, j'ai cru entendre ça. Bill m'a raconté tes exploits. Gringotts et la baguette de Drago Malfoy ? Harry, tu vaux mieux que ça !

Un sourire narquois souleva le coin des lèvres du sorcier de Gryffondor. Bill était un beau faux-cul tout de même. Son épouse pouvait bien demeurer dans le secret. En revanche, il se confiait au premier membre de l'Ordre venu. Quoique Harry doutait que Remus soit le premier venu.

- Vous n'êtes pas revenu ici pour enseigner, n'est-ce-pas, Remus ?

- C'est une heureuse coïncidence. Mais, je vais tâcher de te garder à l'œil. Surtout si tu t'illustres déjà comme ça dès ton premier jour de cours.

- Je ne fais que ce qui me semble juste. Je n'ai aucun temps à perdre avec des cours de septième année. Il y a une guerre là-dehors, et elle n'attendra pas que j'ai mes ASPICS pour s'en prendre à nous.

- Harry, je comprends que tout ça te dépasse. Crois-moi, je suis le premier à soutenir ta cause. Mais tu pars trop facilement dans des extrêmes comme ceux-là sans te rendre compte que ça représente un danger pour toi.

- De toute façon, j'étais censé me sacrifier, non ? Quelle différence ça fait au final ?

Le loup-garou écarquilla les yeux. Son cœur bondit violemment dans sa poitrine. Une douleur monstre l'envahit. Depuis quand ce garçon tenait-il des discours si alarmants ? Et pourquoi personne ne l'en avait averti avant que cela ne devienne si sérieux ?

Remus eut un air dur sans le vouloir. Harry n'était plus que l'ombre de lui-même, au sens propre du terme : une ombre, noire, profonde et menaçante. Il tombait dans des travers bien trop périlleux et, honnêtement, même lui ne savait pas comment réagir face à cela.

- Harry, il est hors de question que tu te sacrifies enfin... Je ne...

Le loup-garou secoua la tête, perdu dans sa propre phrase. Il ne croyait pas un seul instant qu'il dusse prononcer de tels mots. Son bras se tendit vers Harry et entoura paternellement ses épaules.

- Viens, je crois que le professeur McGonagall veut te voir.

Le sorcier de Gryffondor se laissa un peu aller dans l'étreinte. Seulement, par crainte de paraître trop faible, il s'empêcha de fermer les yeux. Il se défit de Remus et prit la tête de la marche.

Tout en le regardant avancer, le loup-garou songea à Sirius. Cet abruti n'avait existé que trois pauvres années, à tout casser, dans la vie de ce garçon, mais il avait réussi à l'empoisonner mieux que personne. Il y avait deux ans de cela, on n'allait soi-disant pas assez vite pour tout révéler à Harry ! Toujours plus vite ! Toujours plus de détails ! Voilà ! Le résultat était là, cuisant. Le gosse se détruisait petit à petit, accablé par tout le poids du monde et des chimères bien trop grandes pour lui.

Ils arrivèrent bientôt au bureau de la responsable des Gryffondors. Le loup-garou toqua et Minerva apparut en une fraction de seconde, son visage dur sous les rides. Elle fit signe à Harry d'entrer et referma la porte en remerciant à peine Remus.

Ce dernier attendit bêtement un moment devant le battant fermé. Sur un des bancs du couloir, Neville Londubat lisait un livre sur la botanique avancée en prenant quelques notes à la va-vite sur un morceau de parchemin déchiré. Il releva la tête de son travail en sentant qu'on l'observait. Le jeune homme salua son professeur d'un signe de tête. Remus le lui rendit avant de repartir vers ses appartements personnels. Il connaîtrait bien assez vite le châtiment d'Harry. Connaissant la vieille chouette qui lui servait de directrice de maison, le garçon devrait écoper de quelques heures de retenues incompressibles, mais certainement pas avec lui. Remus l'avait trop bien compris : McGonagall n'approuvait pas totalement son retour ici. Elle pensait que tout cela était nocif pour ses chers étudiants, et pas à cause de son identité de loup-garou, non, cela allait bien au-delà de cela. Il faisait partie des indomptables. Il l'avait toujours été, même du temps de James et de Sirius. Ses idées n'étaient pas en adéquation avec ce qu'on enseignait comme morale ici.

Remus ne savait pas lui-même si la guerre était réellement terminée ou non. Pour s'appuyer dans sa réflexion, il n'avait que les dires de Bill à propos de Gringotts. Et rien que cela l'inquiétait déjà suffisamment. Le contenu d'une chambre forte ne disparaissait pas si facilement dans la nature. Les registres de la banque ne contenaient aucune trace : pas de transfert, ni de casse, rien. Le contenu de la chambre s'était tout simplement volatilisé. Un peu comme un quart de cette école. Et comme le reste des pistes que l'Ordre suivait jusqu'à Voldemort jusqu'alors. Et un mage noir ne se volatilisait pas sans raison.

Minerva semblait accepter cela. Ce qui rendait la chose encore plus curieuse. Remus était le seul à ne pas pouvoir faire avec. Et, comme chaque élément qui sortait du moule, cela dérangeait. Le loup-garou aurait préféré qu'on l'insulte mille fois de monstre plutôt que d'avoir à affronter une seule fois de plus le discours rassurant de la directrice de Gryffondor. Rien ne tournait rond dans cette école et Remus doutait que Rogue y soit totalement étranger. Le maître des potions jouait avec eux sous ses faux airs d'espion.

C'était presque comme s'ils venaient tous de se réveiller d'un cauchemar, groggy, mais prêts à reprendre leur vie d'avant. La guerre n'était plus qu'un vague fantôme dans le creux de leurs esprits. Sauf pour Harry. Harry, lui, la vivait encore au jour le jour comme la pire des réalités. Et, au fond, Remus commençait à se demander qui croire dans cette histoire : l'espion qui avait la confiance de Dumbledore et avait servi le mage noir durant un temps, ou le Sauveur du monde sorcier qui ne les avait jamais déçus dans ses prévisions...


- Vous pouvez disposer, monsieur Potter.

Le sorcier de Gryffondor sortit en furie du bureau de McGonagall. La vieille chouette, comme disait Remus, en avait gros sur le cœur et, pour un peu, Harry lui aurait suggéré d'aller se détendre quelque part dans une des chambres des Trois Balais pour se faire retirer le sien de son arrière-train... Cette femme était si rigide ! Il se mit dans l'intention de fuir le plus loin possible de cette injustice immense ! Pourtant, il n'alla pas bien loin.

- Monsieur Londubat ? Vous souhaitiez me voir ? demanda la voix de Minerva dans son dos.

Le survivant fit volte-face. Dans l'ombre, là où on ne pouvait pas le discerner du reste du mur, Neville venait de se redresser, un petit livre entre les mains. Il croisa son regard et ne le quitta plus. Le professeur McGonagall suivit le mouvement derrière ses lunettes carrées et considéra le Préfet-en-Chef d'un air inquisiteur. Le féru de botanique secoua la tête.

- Non, ce n'est rien, professeur.

- D'accord. Vous pourrez venir me voir demain sinon.

- Bien sûr.

La vieille écossaise sortit de son bureau, jeta un sort de fermeture sur la porte et s'engagea dans une autre aile du château. Ses talons cliquetèrent longtemps dans le vide de l'école, à cette heure plutôt tardive où la nuit commençait à s'installer sur les terres, ne laissant qu'une espèce de lumière gris-bleutée se dessinant contre les murs et creusant les failles du visage de Neville. Celui-ci ne le quitta pas un seul instant des yeux tandis que leur directrice de maison s'éloignait encore et toujours.

Le silence tendu revint doucement. Un écho de rire de quelques étudiants passant au loin tenta de le briser mais n'y parvint pas avec succès. Neville se leva soudainement de son banc et s'avança vers le survivant.

- Tu sais, Harry, si tu as des problèmes, tu peux t'ouvrir à moi. On est des amis.

- Le Neville que je connaissais était un ami. Le Neville que j'ai face à moi, maintenant, n'en est pas un.

- Qu'est-ce qui te fait dire ça, Harry ?

- Je le sens.

- Alors qu'est-ce que je suis, Harry ?

- Je ne le sais pas encore. Mais certainement pas un ami.

- Tout ce que je fais dans cette école est pour le bien de tout le monde, se vexa le féru de botanique. C'est le devoir d'un Préfet-en-Chef.

- Oui, et ce rôle ne colle pas vraiment avec celui d'ami de mon point de vue.

- Harry, j'avais un choix à faire. Je l'ai fait. Tu ne peux pas me blâmer pour ça. Toi aussi tu as fait un choix, pas plus tard que tout à l'heure en choisissant de ne pas te rendre au cours du professeur Lupin.

- Je ne...

Le survivant cligna des yeux. Sa langue fourcha et il se tut. Il n'avait pas bien compris. Ou, du moins, il en vint à espérer ne pas avoir compris.

- Pardon ? Comment sais-tu que j'ai séché un cours ?

- Tu devrais vraiment faire attention à ne pas te rendre dans des lieux communs quand tu veux rester discret, Harry. La bibliothèque est l'un d'entre eux.

- Quand je t'ai vu avec Luna, mon cours était déjà terminé. Tu ne pouvais pas savoir que j'avais séché un cours. Et ce n'est sûrement pas elle qui te l'a dit.

- Qu'est-ce qui te fait croire que je n'étais là que la deuxième fois que tu as parlé à Luna aujourd'hui ?

Harry sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine.

- Contrairement à vous, je n'ai pas cours le lundi après-midi. Je lui donnais un cours particulier de botanique.

- Tu m'as dénoncé, comprit le survivant.

- Je ne l'ai fait que parce que j'y suis obligé en tant que Préfet-en-Chef, s'excusa Neville. Mais... Je ne trouve pas ça correct. Si tu savais tous les sacrifices que les professeurs ont du faire pour vous reprendre...

- Et comment toi tu saurais ça, hein ?

- Tu vas me forcer à t'expliquer une fois de plus en quoi consiste le rôle d'un Préfet-en-Chef ? C'est moi qui gère la vie de l'école ! Les autres étaient inquiets de votre retour et de comment tout allait fonctionner. J'ai pris les devants pour les rassurer. Si vous êtes là, dans la même ambiance qu'auparavant, c'est parce que je me suis démené à faire en sorte que les autres comprennent que c'était la seule alternative pour vous ! J'ai redoré votre image !

- Pourquoi aurais-tu eu à le faire ? Nous sommes les seuls à avoir eu les tripes d'aller sur le terrain pour nous battre !

- Et justement, où est cette grande menace maintenant ? Hein ? Toi, tout particulièrement, tu passais pour une fraude, Harry. J'étais censé laisser dire ? Tu es mon ami, j'ai voulu t'aider. Et je pensais aussi bien faire en agissant comme ça aujourd'hui...

- Oui, et bien, sois gentil, Neville, et cesse d'être mon ami de cette façon ! exigea Harry. Redeviens toi-même ! Ça sera mille fois mieux !

Le survivant tourna les talons et marcha furieusement vers la porte la plus proche menant à la cour intérieure. Il devait rejoindre les jardins. Il avait une discussion à finir avec la Dame Grise et un nom à obtenir.

- En somme, je dois redevenir un gentil soldat obéissant sous les ordres du grand Harry Potter ?! s'exclama la voix furieuse de Neville.

Harry s'arrêta. Des pas le rattrapèrent et, un instant plus tard, le féru de botanique se dressait devant lui.

- J'ai fait ce que mon instinct me dictait de faire, comme en première année. Mais je ne suis plus un gamin motivé par la peur de « se faire punir », singea-t-il d'une voix enfantine. Je suis un adulte et je veux éviter que tu t'attires des ennuis, Harry !

- Tu ne crois pas que questions ennuis je m'y connais plus que toi, Neville ?

- Je ne... Ce n'est pas ce que je...

- Laisse tomber, veux-tu ?

Une nouvelle fois, le survivant tenta de se débarrasser de son mauvais ange gardien. Le Préfet-en-Chef resta cependant collé à ses basques, l'empêchant de faire un pas de plus vers l'extérieur plongé dans une nuit encore relativement claire. Neville l'attrapa par le bras et il se dégagea violemment. Les deux garçons se jaugèrent.

- Tu penses que je fais ça pour t'entraver ? Mais tu sais que j'aurais pu faire bien pire que ça, Harry ?

- Ah ! Oui ? Éblouis-moi !

- Je n'ai fait que signaler une absence de cours non autorisée. J'aurais très bien pu toucher un mot à McGonagall sur ce que tu cherchais tout à l'heure.

- En quoi vouloir s'informer sur un fondateur serait un argument contre moi ? rit Harry.

- Tu ne cherchais pas à écrire un parchemin sur des fondateurs...

- Bien sûr que non, même Luna aura compris ça !

- Oui. Mais ce que Luna n'a pas compris, c'est que ce que tu cherches va bien au-delà d'une simple légende sur un diadème perdu. Tu cherches le diadème en lui-même. Parce que tu sais ce que représente cet objet. McGonagall le sait aussi et crois-moi quand je te dis qu'elle n'aurait pas été aussi tendre avec toi si elle avait su que tu le cherchais depuis le début. Pour l'instant, tu passes juste pour un tire-au-flanc, estime-toi heureux.

Sa tirade finie, le féru de botanique contourna de lui-même le survivant pour prendre le chemin de la salle commune des Gryffondors d'un pas décidé. Après seulement deux enjambées, il s'arrêta et baissa la tête comme s'il songeait à ajouter quelque chose. Cette fois, ce fut Harry qui se rapprocha de lui. Le Préfet-en-Chef le fixa dans le blanc de l'œil.

- Neville ? Qu'est-ce que tu sais exactement ?

- Suffisamment pour te demander de ne plus interférer dans cette histoire de reliques. La guerre est finie, Harry. Tu-Sais-Qui... C'est du passé. Retourne à tes études, ça vaudra mieux pour tout le monde.

Neville planta son ami sur place. La couleur sombre de sa robe de sorcier le fit rapidement disparaître dans l'obscurité naissante du château mal éclairé. Harry demeura interdit pendant un long moment jusqu'à ce qu'un groupe d'étudiantes bruyantes n'éclate de rire en le dépassant, lui lançant des regards envieux.

Le survivant secoua la tête. Il aurait probablement dû rejoindre la Grande Salle lui aussi. Cette entrevue avec Neville le perturbait profondément, tant qu'il se demandait si courir après la Dame Grise ce soir était une bonne idée en fin de compte. Il prit un moment.

Après réflexion, le garçon s'engagea sous l'arche grande ouverte vers l'extérieur. À partir de demain, sa liberté serait terminée, il devrait rendre des comptes à tous ses professeurs et même essuyer quelques heures de retenues supplémentaires avec un des êtres qu'il exécrait le plus au monde : Rogue. C'était sa dernière chance d'obtenir un nom du fantôme de Serdaigle sans attirer l'attention plus que nécessaire. Aussi, il se hâta, courant dans l'herbe mouillée de pluie qui imbibait ses jambes de pantalon noir.

Bientôt, les branches hérissées de bourgeons miniatures du saule cogneur se détachèrent du tableau noir de la nuit. À tout hasard, le survivant chercha du regard une présence fantomatique. Il tenta même de héler la descendante de Rowena Serdaigle, en vain. La réalité lui apparut brutalement : Héléna ne viendrait pas lui parler ce soir, pas après la peur qu'elle avait eu. La Dame Grise devait s'être sentie trahie et ne lui confierait plus aucun secret. Il devrait se débrouiller par lui-même.

Abattu, Harry soupira en observant les alentours d'un air dépité. Cet endroit était si sinistre. Personne n'y venait jamais. Soudain, il comprenait mieux pourquoi un fantôme comme Héléna se réfugiait ici. Au fond, lui aussi aurait bien voulu n'être qu'un spectre capable de voguer selon ses désirs, plus retenu par aucune loi physique de ce monde. Lui aussi aurait bien voulu se reposer ici, sous les branches de cet arbre qui empêcherait tout un chacun, sans distinction, de l'importuner.

D'ailleurs, les branches du Saule dérangé par sa présence trop prenante commencèrent à se mouvoir furieusement dans les airs. Le sorcier de Gryffondor dégaina sa baguette. Une hésitation s'empara de lui. Après une courte minute, il la dressa.

- Immobilus, murmura-t-il.

L'arbre sembla se paralyser et Harry trouva refuge sous ses branches acérées comme des fers de lance. Il s'installa entre les racines, juste au-dessus du nœud du Saule, le point qui permettait de l'apaiser suffisamment pour qu'il daigne le laisser s'appuyer contre son tronc. Et, effectivement, lorsque le sortilège s'estompa, le Saule Cogneur se contenta laisser ses branches grincer au vent. Lorsque les premières gouttes de pluie ruisselèrent sur son écorche rêche, l'arbre eut même la délicatesse de les replier un peu au-dessus de son invité pour l'abriter.

Harry observa le mouvement et sourit doucement. Il aimait se rappeler, dans ces moments, que la magie avait un bon côté. Qu'au-delà du cauchemar qui y régnait actuellement, le monde sorcier était empli de choses merveilleuses qui ne demandaient qu'à être découvertes. Le survivant reposa le menton sur ses genoux et se laissa envahir par le son reposant de l'eau clapotant sur l'herbe grasse autour de lui. Demain serait un nouveau jour et tout irait mieux.

Soudain, le garçon fronça les sourcils et releva un peu la tête. Au loin, près du lac en contrebas, quelque chose venait d'accrocher ses pupilles vertes. Pas une forme spectrale, plutôt une cape soulevée par le vent montant. Elle claquait même, agitée comme un drapeau funeste. Sans quitter le nœud du Saule Cogneur, Harry changea de position contre le tronc et réajusta les lunettes sur son nez. Non, aucun doute, il ne rêvait pas. Le directeur fantôme de l'école de sorcellerie rejoignait la lisière de la forêt interdite à grands pas pressés, baguette à la main.

Le survivant l'observa aussi longtemps que possible jusqu'à ce qu'il ne disparaisse derrière une irrégularité des jardins. Le garçon faillit entamer une course folle pour le rattraper avant de voir surgir un faible éclat blanc, comme un éclair sorti de la terre elle-même. Rogue venait de transplaner.


Une lueur blanche se matérialisa sans bruit dans les carreaux cerclés de traces grasses de condensation. À peine une minute plus tard, des pas gravirent l'escalier et se firent plus distincts en entrant en contact avec le sol de marbre de l'immense salon dans lequel ils pénétrèrent.

Un sorcier en toge sombre, garde temporaire des allées et venues dans ces lieux, détailla Rogue d'un œil suspicieux. Il sembla hésiter et tordit sa bouche en quantité de grimaces.

- Dites au Seigneur des Ténèbres que je suis là, exigea-t-il.

Le sorcier rechigna à la tâche et s'éloigna doucement du maître des potions pour se diriger vers un élégant sofa recouvert de velours vert aux têtes de serpents incrustées dans les accoudoirs de bois. Il en fit le tour et s'inclina, genou et main droite à terre.

- Maître. Severus Rogue.

- Mon cher Severus, susurra une voix. Quelles sont les nouvelles ?

- Ils sont bien arrivés au château. Il y a trois jours. Potter fait déjà des siennes, cependant.

Un souffle amusé perturba le cours de l'air. Severus eut un drôle de sourire à son tour. Son visage blanc ressortait dans tout ce noir, mais pas autant que les deux yeux rouges reflétant le verre de cristal rempli de vin écarlate à la couleur de sang.


Voici comme s'achève cet (immense) chapitre 7 ! Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à laisser une petite review, ça fait toujours plaisir !

A la prochaine ! Comptez deux semaines pour la suite ! Et restez dans les parages, un OS et un bonus sont à paraître dans les prochains jours !

M.A.D.