Bonjour à vous!
Les semaines ne sont pas assez longues! Me revoilà avec le chapitre 7!
Quelques explications, des émotions qui évoluent, un rapprochement évident, et pourtant, il reste encore du chemin!
Bonne lecure!
Albuquerque - Holbrook
De retour à l'hôtel, Emma et Régina passent chacune leur tour dans la salle de bain afin de se préparer pour la nuit. Elles n'ont réservé qu'une chambre et le lit est, pendant quelques minutes, sujet à débattre. Pour Régina, il est évident qu'Emma doit dormir correctement puisqu'elle conduit. Quant à Emma, la brune doit être en forme pour s'occuper de son père le lendemain. Après moultes arguments des deux parties, elles décident enfin de se partager le lit. Aucune des deux ne dormira sur le fauteuil. L'heure de se coucher arrive trop vite pour les deux femmes et c'est avec une certaine gêne qu'elles se glissent en même temps sous la couette.
Les minutes passent et Emma n'a pas bougé d'un orteil alors que la romancière s'est tournée sur le côté, dos à la blonde. Puis, alors qu'elle pensait Régina au pays des songes, des sanglots étouffés viennent briser le silence nocturne. Le côté surprotecteur d'Emma revient au galop, comme du temps où Anna faisait des cauchemars, et c'est sans se poser de question que la blonde se tourne à son tour vers Régina pour l'envelopper de ses bras rassurants.
- J'ai peur pour mon père et pour ce qu'il va arriver, murmure Régina, apaisée dans les bras d'Emma.
- La mort, ça fait peur à tout le monde. Tu dois profiter de ses derniers jours pour lui dire ce que tu as sur le cœur, même si ce n'est pas agréable. Tu ne dois pas le laisser partir si tu n'as pas tout réglé avec lui. Tu t'en voudras et ça te hantera le restant de ta vie.
- Il y a des choses trop douloureuses que je ne peux pas évoquer, parce que ça lui fait du mal aussi.
Profitant du noir de la nuit, Régina se retourne dans le creux des bras de la blonde, afin de lui faire face, tout en gardant leur proximité si intime. Emma comprend ce besoin nécessaire d'être sécurisée et accentue leur rapprochement en posant sa tête sur le sommet du crâne de la romancière, après avoir resserré ses longs bras fins.
- Tu ne changeras pas les évènements avec des "si"... Surtout quand ça sera trop tard. Même si ça fait mal, parfois, il faut crever l'abcès pour avancer.
- Quand j'avais 17 ans... Ma mère... Elle a fait assassiner deux personnes... dont... dont le garçon que j'aimais, avoue Régina en fermant les yeux, craignant d'être repoussée par Emma.
Cette dernière accepte les révélations, comprenant que c'est quelque chose de difficile pour l'écrivaine. Régina, portée par le silence d'Emma, se force à évoquer ce qui la tourmente depuis plus de quinze ans.
- Je l'ai appris par hasard et c'est moi qui ai prévenu la police. C'est de ma faute si aujourd'hui, elle est en prison. Je n'en ai jamais discuté avec mon père, car le sujet a toujours été tabou.
- Ce n'est pas de ta faute, Régina. Ta mère est en prison parce qu'elle a fait de graves erreurs. Elle est responsable de ses actes.
- Alors pourquoi je me sens si mal ? Pourquoi j'ai toujours peur de ce que pourrait dire mon père si un jour le sujet Cora devait être abordé ?
- Parce que, justement, vous n'en avez jamais parlé... C'est le silence qui te rend si mal. Vous devez discuter de tout ça pour que tes craintes s'apaisent et finissent par disparaître.
- Tu as peut-être raison...
- J'ai toujours raison..., ajoute la blonde tendrement afin d'apaiser Régina, délicatement blottie contre elle.
- Bonne nuit Emma.
- Bonne nuit.
Alors que la brune finit par s'endormir rapidement, Emma n'arrive pas à trouver le sommeil. Elle vient de prendre une décision totalement irréfléchie et non sans conséquences. Elle qui avait mis des mois à se préparer pour ce voyage en quête de rédemption, la voilà prête à tout changer pour cette famille qu'elle ne connait pas. Délicatement, elle s'extirpe du lit et du corps de Régina. À l'autre bout de la pièce, sur une petite table, se trouve son calepin. Elle écrit beaucoup moins dedans depuis l'arrivée de la romancière sur son chemin et les choses ne vont pas aller en s'améliorant.
Le mercredi 15 novembre 2017. Albuquerque, Nouveau-Mexique. Bonsoir Anna. J'espère que tu ne m'en voudras pas pour la décision que j'ai prise. Cette femme va perdre son père. C'est une douleur que nous avons connue, et quand c'est possible, c'est un traumatisme qu'on doit préparer. Si je peux l'aider, en lui permettant de voir son père avant qu'il ne soit trop tard, je dois le faire. Je pense que toi, mieux que quiconque, peut me comprendre. Je m'en veux terriblement de ne pas tenir ma promesse aujourd'hui, mais je reviendrai. Pour toi. Pour nous. Ma vie n'est plus qu'un champ de ruines depuis ce jour-là, alors je peux bien attendre encore un peu et continuer de faire semblant. Je suis devenue douée à ce jeu là. Elsa le sait. Elle voit tout, mais elle respecte mon mutisme et patiente. Tu m'as considérée comme ton pilier, mais notre sœur est plus forte que moi. Je ne te mérite pas.
Un point final vient délivrer des larmes qui ne cherchaient qu'à couler. Emma reste ainsi quelques minutes tentant de calmer son cœur meurtri et de sécher ses larmes rebelles. De retour dans le lit, avec la plus grande des délicatesses, Emma s'installe pour commencer à sombrer dans les songes d'un sommeil réparateur. À peine commençait-elle à piquer du nez que Régina se retourne et s'engouffre machinalement dans les bras d'Emma, ce qui réveille cette dernière immédiatement. Jambes entremêlées, bras enroulés, Régina semble paisible et loin dans son sommeil. La blonde, quant à elle, se concentre afin d'espérer faire abstraction de la présence de la divine brune, dont les courbes deviennent très distinctes en étant collée à Emma de la sorte.
Après une nuit assez agitée, il est 6h30 quand le réveil d'Emma sonne trop tôt au goût de Régina. Autant dire qu'à l'heure actuelle, son humeur n'est pas des meilleures. Pourtant, quand elle réalise où elle se trouve, la brune regagne une sérénité perdue. Son visage blotti contre la poitrine d'Emma et son corps protégé par les bras musclés de la blonde, Régina referme ses yeux, savourant un instant presque idyllique. Mais les circonstances ne s'y prêtent pas et très vite la réalité la rattrape. Aujourd'hui, elle retrouve son père et sa sœur. Les questions commencent à fuser dans son esprit si bien que son rythme cardiaque accélère et Emma le ressent.
- Ne stresse pas... Tout ira bien, je te le promets.
- Comment tu peux le savoir ?
- Parce que tu es sa fille, souffle tendrement Emma afin de calmer la romancière.
- J'ai si peur et ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu.
- Tu as peur de ne pas reconnaître l'homme qu'il est aujourd'hui ?, demande délicatement la conductrice avant de recevoir pour unique réponse un hochement positif de la tête brune. C'est ton père, Régina. Malade ou non, tu n'as pas à avoir peur de lui ou de la maladie. Il faudra que tu sois forte pour pouvoir passer de merveilleuses journées avec lui.
- Je ne sais pas si j'ai les épaules pour ça.
- C'est pour ça que tu dois te réconcilier avec ta sœur. À deux, vous serez plus fortes et vous y arriverez.
- Merci, Emma.
- Aller, va te préparer, moi je vais acheter de quoi manger pour le petit-déjeuner. Prends ton temps. Prends soin de toi. Quand je reviens, je veux que tu sois d'attaque pour ton paternel. Deal ?
- Deal, accepte Régina en souriant, avant de poser naturellement ses lèvres sur celles de la blonde.
Dans un bref mouvement de recul, Régina s'éloigne d'Emma, les yeux ronds comme des billes et la bouche ouverte, signe de sa stupeur. La blonde, quant à elle, n'a pas bougé, perdue entre plaisir et manque.
- Excuse-moi ! S'il te plaît ! Je ne...
- Ne t'inquiète pas, la coupe-t-elle en se levant du lit. Tu n'as rien fait de mal, tente de la rassurer Emma en reprenant bien soin de cacher son trouble, tout en s'en allant vers la porte de la chambre.
- Emma, je ne sais pas ce qui m'a pris.
- Ça va j'te dis. File te préparer, tu veux manger quoi? finit-elle par demander en récupérant ses clefs de voiture et son porte-monnaie.
- Peu importe. Tu es sûre que tout va bien entre nous?!
- Mais oui. À tout de suite! lance-t-elle gaiement avant de refermer la porte pour courir jusqu'au pick-up.
Arrivée à la voiture, Emma s'engouffre dans l'habitacle et s'effondre sur le volant. Elle se fustige à voix haute pour avoir ressenti quelque chose lors de ce baiser malencontreux. Régina est triste et Emma est la seule présente à cet instant. En sachant que son ex est un véritable crétin, Emma est désignée d'office pour des élans comme ce magnifique et rapide baiser. Après s'être giflée mentalement pour avoir qualifié ce baiser de magnifique, Emma allume enfin le moteur pour se rendre à la boulangerie la plus proche. Si au passage, elle pouvait dégoter une station -service, elle mettrait un peu plus de temps pour retourner à la chambre d'hôtel, ce qui l'arrangerait grandement.
De son côté, Régina est toujours aussi pétrifiée. Cachée derrière la couette, comme si c'était une armure, la brune n'arrive toujours pas à assimiler les derniers événements. Surtout un. Le baiser ! Elle se sentait si bien, si détendue, si mise en valeur, si à sa place, qu'elle n'a pas réfléchi. Le baiser est venu naturellement, comme si elle l'embrassait pour lui souhaiter une bonne journée avant de partir au travail. Et elle a aimé. Les lèvres fines d'Emma sont encore dans sa tête quand elle attrape son téléphone. Elle doit à tout prix le dire à Clochette. Tout en se préparant dans la salle de bains, Régina attend la réponse de son amie impatiemment. Les minutes semblent des heures, si bien que toutes les quinze secondes, Régina vérifie si elle n'a pas loupé un message. Rien. Finalement, la notification d'un nouveau message reçu arrive, en même temps qu'Emma revient dans la chambre.
- Robin? demande Emma en voyant Régina pianoter sur son téléphone.
- Non, non ! Avec hier, son ego en a pris un coup, il n'insistera pas.
- Quel connard ! marmonne Emma en posant plusieurs sacs de viennoiseries sur la petite table de la chambre. À table, princesse !
Le surnom fait palpiter le cœur de Régina bien plus vite que tous les baisers de Robin réunis. Cette sensation de plaisir, ajouté au "Wow, j'y crois pas ! T'as enfin ouvert les yeux?!" de Clochette, la font immédiatement rougir. Régina était de ces adolescentes qui devaient suivre une bonne conduite et un modèle familial exemplaire. Alors même si son regard et certaines de ses envies se dirigeaient très régulièrement vers les filles, ses baisers et son corps étaient destinés aux garçons. Elle a, de ce fait, enfoui au fond d'elle une attirance qu'elle ne comprenait pas pour être comme toutes ses copines, un petit-copain au bras. Mais depuis qu'elle a rencontré cette blonde, aussi enquiquinante qu'attentionnée, toutes ses bases structurelles sont remises en cause. Laissant alors ses multiples questions à plus tard, Régina sort son plus beau sourire et vient prendre son petit-déjeuner avec Emma, comme si de rien n'était.
Un brossage de dent pour les deux femmes et les voilà sur la route à la recherche du panneau indiquant l'interstate 40. Régina s'en veut de priver Emma de la fin de son périple, mais elle ne peut pas refuser cette proposition. Arriver un jour plus tôt est une aubaine qu'elle n'aura pas deux fois. Alors elle se tait, et laisse la blonde stopper son chemin de croix pour l'aider. Cela fait à peine trois kilomètres, qu'elle entame déjà leur course sur l'autoroute. Tout droit, pendant près de six cent bornes et, d'après le GPS, elles seront arrivées en début d'après-midi. Régina et Emma discutent peu, l'une est concentrée sur la route tandis que l'autre pense à l'arrivée. Le paysage n'a rien à voir avec la 66, car la deux fois trois voies mange une grande partie du panorama. Hormis le bitume et les terre-pleins de sécurité, le spectacle se résume à des plateaux secs et des montagnes rouges. Adieu les petites villes fantômes et autres localités atypiques. Emma reviendra à Albuquerque plus tard, c'est une certitude. Malgré son besoin viscéral de suivre les dernières traces de sa petite sœur, Emma ressent cette nécessité d'aider Régina et sa famille. Comme si aider les Mills apaiserait un peu sa propre erreur.
Près de deux heures après leur départ, les deux jeunes femmes font un arrêt à Gallup, dernière ville avant de traverser la frontière pour pénétrer dans l'Arizona. Emma devait, avant sa rencontre avec la belle brune, s'arrêter au El Rancho Hôtel dans cette ville si particulière. Ce motel est réputé pour avoir été l'un des meilleurs établissements hôteliers du Nouveau-Mexique. De nombreuses grandes stars du cinéma, comme Kirk Douglas, John Wayne ou encore Spencer Tracy, sont venues séjourner dans ce magnifique lieu quand, à proximité de Gallup, se jouaient bon nombre de westerns pour les studios Hollywoodiens. L'immense hall à la structure boisée est recouvert des portraits autographiés de ces acteurs et actrices venus, un jour, vivre leur rêve américain.
Emma a besoin de se dégourdir les jambes et d'un bon café pour continuer la route. C'est si monotone sur l'autoroute, que la fatigue la gagne plus vite et il est hors de question de causer le moindre accident. La blonde occulte complètement son objectif et range définitivement son appareil photo dans son sac de sport, mais garde près d'elle son deuxième cahier, déjà bien entamé. Alors que la conductrice vérifie les niveaux sous le capot, Régina est partie chercher deux cafés au distributeur de la station-service. Pour contenter l'appétit gourmand d'Emma, elle tient sous le bras un paquet de gâteaux. Des sablés au chocolat. Après avoir essuyé ses mains noircies par le cambouis à l'aide d'un chiffon déjà sale, la Bostonienne s'assoit sur le plateau arrière et tend sa main à Régina pour qu'elle fasse de même. Regardant suspicieusement les mains peu propres d'Emma pendant quelques secondes, la brune finit par glisser ses doigts manucurés dans la paume chaude de la mécanicienne en herbe. Le tailleur de cette dernière, heureusement en mode pantalon, lui permet facilement de grimper et ainsi de s'asseoir près de la jolie blonde. Elles partagent ensemble quelques gâteaux tout en parlant du chemin qui leur reste à parcourir. Elles semblent connectées l'une avec l'autre, ayant pour seul objectif : Williams.
- Pourquoi tu fais ça pour moi? demande Régina précautionneusement.
- Je le fais pour moi, avant tout.
- Tu es si énigmatique...
- Nan... Je suis tout ce qu'il y a de plus normal. Sache seulement que tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. Je reprendrai ma route, plus tard. En attendant, rejoignons ton père, dit Emma en descendant du plateau avant de se tourner vers la brune pour l'aider à descendre.
La maladresse enfantine de Régina revient au galop quand son peton gauche ripe sur le marchepied arrière du pick-up. Perdant l'équilibre alors que la brune s'apprêtait à descendre, c'est Emma qui, en l'attrapant par la taille, lui permet de retrouver une stabilité en posant des mains sur les épaules de la conductrice. Régina retrouve le sol ainsi, dans cette position si proche d'Emma.
- Tu me tombes déjà dans les bras? lance Emma, un brin d'amusement dans la voix, mais le regard troublé.
- Apparemment... confirme sur le même ton la brune, tout aussi perturbée.
- Viens, on a de la route qui nous attend.
Le moment semblait presque trop parfait pour qu'il soit réel. Régina ne sait pas vraiment ce qui lui arrive, mais ce sentiment de bien-être quand Emma est près d'elle lui plaît énormément. Elle se sent rassurée, apaisée, en sécurité, forte, déterminée et bien d'autres choses encore. La brune pourrait affronter beaucoup de ses démons si Emma lui accordait sa présence plus longtemps. Emma, quant à elle, a compris depuis ce matin qu'elle n'était pas insensible à cette brune sortie de nulle part. Mais elle ne peut pas. Elle n'a pas le droit de se laisser envahir par ce sentiment, qui, de toute façon, finira par faire souffrir. De plus, elle n'est pas prête à s'offrir une chance tant qu'elle ne sera pas en paix avec sa culpabilité et ses reproches.
Les voilà reparties depuis bientôt près de dix minutes. Seules les notes de musique viennent fendre l'air ambiant, tandis que Régina regarde au loin les dernières montagnes du Nouveau-Mexique se dessiner. Il commence à y avoir beaucoup de monde sur l'interstate et la conduite devient plus intéressante pour Emma qui s'ennuyait du trajet si longiligne. Les miles défilent au compteur quand à l'horizon, deux voitures, garées sur le bas-côté, apparaissent. Plus les deux femmes s'approchent, plus elles se rendent compte qu'il s'agit d'un accident. Emma allait continuer sa route quand Régina pose sa main sur le bras de la blonde, l'intimant du regard de s'arrêter pour les aider. Emma n'a pas d'autre choix que d'obéir. La blonde est la première à descendre, à la fois énervée de s'être arrêtée et inquiète pour les automobilistes. Elle sait que trop bien les dégâts que peut causer un accident de la route. D'après les premières constatations, une seule personne semble plus blessée que les autres. À savoir, maintenant, si cela relève d'une urgence vitale ou non.
- Poussez-vous s'il vous plaît. Laissez la respirer! ordonne vivement Emma en s'agenouillant rapidement devant la blessée. Vous avez appelé les pompiers ?
- Oui, y'a 15 minutes environ, annonce un homme visiblement très inquiet par le sort de la femme au sol.
- Mademoiselle, serez ma main si vous m'entendez.
Pas de réponse.
- Mademoiselle ? répète Emma en plaçant ses doigts sur la jugulaire de la jeune femme afin de détecter son rythme cardiaque.
Emma ne dit rien mais son état est très critique, car ni sa poitrine, ni son ventre ne se soulèvent. De plus, elle ne ressent aucune pulsation sous ses doigts, et ignore depuis combien de temps elle est ainsi. Emma doit agir expressément. Sans tarder.
- Régina, appelle immédiatement les pompiers et précise qu'il y a un arrêt cardiaque! Ensuite, éloigne tout le monde, je ne veux personne ici !
La brune ne pose aucune question et se précipite pour exécuter la demande d'Emma. L'appel ne dure que quelques secondes car les pompiers comprennent le message et annoncent qu'ils arriveront très rapidement avec le matériel adéquat. Malgré quelques réticences, les quatre personnes présentes coopèrent et Régina tente de rassurer le jeune homme qui commence à pleurer.
- Mon amie va tout faire pour aider cette jeune femme et les pompiers ne vont plus tarder. Gardez espoir, finit-elle par dire en se retournant vers Emma.
Dans une délicatesse incroyable, la blonde couche correctement la blessée sur le dos avant que, d'un geste franc et sûre de ses actes, elle n'entame un massage cardiaque. Régina observe la scène qui paraît surréaliste. Elle-même sent la tension au plus profond de son être en regardant Emma tenter de sauver la vie de cette inconnue. La romancière indique à toutes les personnes de ne pas bouger et rejoint doucement son amie. En silence, simplement, la brune s'accroupit aux côtés d'Emma, à genoux devant le corps allongé, exécutant avec exactitude la pression sur la cage thoracique. Sans faiblir. Sans sourciller. Régina réalise que la blonde accorde son massage sur la chanson "Staying alive" des Bee Gees qu'elle fredonne inlassablement pour ne pas perdre une seconde de rythmique. Une main dans le dos vient apporter courage et force à une Emma qui commence à sentir ses muscles se tétaniser.
Finalement, le bruit de la sirène des pompiers vient briser le silence de mort. Ils arrivent enfin et les accidentés débutent ensemble de grands gestes avec les bras afin de se faire voir par les secours. Quelques secondes plus tard, une dizaine d'uniformes les entourent dont quatre accourent vers Emma.
- Je masse depuis 5 minutes environ. 100 pulsations par minute, annonce posément la blonde avant de laisser sa place aux pompiers qui prennent le relais.
- Très bien, on s'en occupe. Bon travail.
Emma s'éloigne alors de la jeune femme qui gît toujours sur le sol, inerte. Secouant ses bras tout en marchant loin de tous, la blonde a besoin de souffler après cette épreuve qui n'était pas prévue. Elle s'en veut terriblement de ne pas avoir eu envie de s'arrêter, de ne pas avoir eu envie de vouloir s'occuper de se problème. Seule, elle aurait filé sans prendre en compte la détresse des gens et la gravité de la situation. Emma est affaiblie et sa confiance en elle frôle avec le zéro depuis ce jour où elle n'a pas su sauver sa sœur. Grâce à Régina, elle sait qu'elle est capable de faire les bons choix. Alors qu'elle est adossée au pick-up, la brune revient enfin vers elle, après avoir pris des nouvelles de la jeune femme, prête à rejoindre l'hôpital le plus proche. D'un pas décidé, l'air neutre, Régina s'approche le regard planté dans celui d'Emma. À hauteur de la blonde, la romancière ouvre ses bras et les glisse, sans demander la permission, autour de la taille de la conductrice, avant de la serrer fortement. Emma ne sait pas comment réagir, mais comprend que Régina est chamboulée et que c'est sa façon de se sentir rassurée. La blonde est, elle aussi, bouleversée. Cela faisait très longtemps qu'elle n'avait pas été en contact avec un blessé et cela fait remonter des souvenirs qu'elle s'efforce de combattre. C'est trop d'un coup pour Emma, qui veut vite reprendre sa route. Alors qu'elle entraîne Régina, toujours dans ses bras, vers sa portière, un pompier l'interpelle.
- Mademoiselle ?
- Oui, répond-elle en se retournant vers l'homme de feu.
- Comment vous vous appelez ?
- Emma Swan.
- Emma Swan, cette jeune femme est pour vous, l'informe-t-il officiellement avant de la saluer militairement et de partir.
Emma et Régina regardent le pompier s'éloigner et rejoindre l'un des camions pour continuer son travail.
- Que voulait-il dire?
- Que je lui ai sauvé la vie.
Régina est surprise presque choquée par le ton presque sans émotions d'Emma face à cette excellente nouvelle. La blonde agit comme si ce n'était pas important. Comme si elle ne s'accordait pas ce mérite. Avant que la conductrice ne remonte en voiture, Régina l'intercepte, une grande incompréhension dans le regard.
- Emma, attends ! C'est tout ce que ça te fait? Tu lui as sauvé la vie ! Peu de personnes auraient fait ce que tu as fait aujourd'hui. Tu es une femme généreuse, attentionnée, dévouée et tu te comportes comme si tu t'en foutais. Tu ne voulais pas t'arrêter tout à l'heure ? N'est ce pas ?! Pourquoi ? Pourquoi tu agis et réagis comme ça ?
- Régina, commence Emma en plongeant ses yeux verts dans les billes chocolatées de la brune, tu ne me connais pas. Tu ne sais pas qui je suis. Tu n'as pas la moindre idée de ce qui me motive. Alors ne me juge plus jamais. Maintenant, si tu veux rejoindre ton père, monte en voiture.
La blonde n'attend pas plus longtemps, ni de réponse de la part de Régina, avant de passer derrière le volant pour allumer le contact. La romancière sort de sa léthargie et contourne rapidement le pick-up afin de grimper à l'intérieur. Emma ne veut pas discuter de tout ça ? Très bien. Régina n'ouvrira plus la bouche. De nouveau, les deux voyageuses se murent dans leur silence.
Peu après leur départ et la traversée de la frontière, le paysage se modifie légèrement. Les montagnes ont disparu et seul les plaines désertiques et le retour du froid entourent l'autoroute. Ici, les climats sont les plus extrêmes. Les hivers et les nuits sont très froids et la canicule frappe l'été. L'eau est rare, et n'est pas raccordée à toutes les maisons. Il faut aller la chercher directement à la source naturelle la plus proche ou dans les commerces où elle coute cher.
Les miles défilent pendant qu'Emma cogite en tenant fermement son volant. Si elle s'arrête de rouler, elle va vomir. Elle va vomir parce qu'elle se dégoûte. Parce qu'elle a honte. Parce qu'elle a peur. Parce que trop d'émotions l'habitent et qu'elle n'est pas suffisamment prête à les affronter. Ce voyage était peut-être une erreur. Prématuré. Malgré tout, sa rencontre avec Régina lui a permis d'accélérer son processus de guérison. Emma n'aurait pas combattu certaines de ses craintes si la brune n'avait pas été là. Mais comme à chaque fois qu'une main tendue s'approche d'elle, la blonde se braque et fout tout en l'air.
Régina quant à elle se sent perdue. Perdue entre l'impatience de voir son père, la peur d'affronter la maladie et son envie de découvrir davantage Emma. Elle n'a pas oublié ce baiser furtif échangé et sent encore sur sa bouche le gout sucré des lèvres d'Emma. Trop d'événements se bousculent dans sa vie et elle est incapable de faire le tri. D'un côté ce qui est nécessaire et de l'autre, ce qui est futile. Dans sa tête, elle commence à faire une liste, comme une de celle où les contre et les pour partagent la page en deux. D'instinct son père est placé en premier dans la colonne des pour et Robin dans celle des contre. Derrière Mr Mills vient s'ajouter Zéléna, un déménagement, Clochette, Leroy, l'écriture, vivre, pardonner, découvrir de nouveaux horizons, écouter son instinct... et plein d'autres choses encore. Quant à celle des contre, Robin est accompagné de Cora, d'Oklahoma City, se faire dicter sa vie, être le jouet de quelqu'un... Puis, son regard, qui était perdu dans le défilement du paysage bitumé, se pose sur Emma. Son cœur lui dit de la mettre dans les pour et sa raison l'intime de la glisser dans les contre. Ouvrir sa vie à une nouvelle personne risquerait de compliquer les choses et elle ne peut pas se le permettre. Son père va avoir besoin de toute son attention et ça serait se disperser. D'autant plus que son cœur bat de plus en plus fort quand Emma est près d'elle. C'est décidé, aujourd'hui, son père est sa priorité. C'est avec cette prise de conscience en tête qu'elle détourne les yeux de la jolie blonde. Pour ne pas changer d'avis.
Un peu plus d'une heure et demie après avoir quitté les lieux de l'accident, Emma sort de l'autoroute afin de rejoindre Holbrook. C'est une petite ville dont l'élevage est l'activité principale et ça se remarque. D'un côté de la route 66, route sur laquelle se trouve Holbrook, il n'y a que des champs à perte de vue tandis que de l'autre côté se regroupent motel, épiceries, maisons, restaurants et commerces divers. Le privé d'un côté et le professionnel de l'autre. Cette ville a la particularité d'avoir une ancienne station de chemin de fer construite dans les années 1880 afin accentuer la conquête de l'Ouest. Le nom de la ville fut donné en l'honneur de H. R. Holbrook, l'ingénieur en chef de la compagnie de chemin de fer, qui passa toute sa carrière à faire du train le meilleur transport de l'Ouest. Emma sait qu'il y a un restaurant non loin de la vieille gare et souhaite déjeuner dans celui-ci.
Ce restaurant est une ode à l'histoire de cette ville. Dans les années 30, la sécheresse et des tempêtes de sable s'abattirent sur le Middle West. Étant dans l'incapacité de vivre dans de telles conditions, des milliers de fermiers de l'Oklahoma et de l'Arkansas désertèrent vers l'Ouest. C'est, en tout, pas loin de trois millions de personnes qui quittèrent leurs maisons, leurs biens, leurs racines pour offrir à leurs familles une vie meilleure. Après une croisade à travers des paysages martiens et des campagnes inhospitalières, beaucoup de ces pionniers bifurquèrent vers Holbrook, terre d'espoir.
Emma se gare devant la gare et semble émerveillée. Elle est vraiment d'origine et paraît très bien entretenue. C'est un spectacle pour les yeux et du bonheur dans les souvenirs. C'est quand Régina se met à remuer sur son siège, afin se regrouper ses affaires, que la conductrice réalise qu'elle a été horrible avec sa passagère.
- Excuse-moi, lance-t-elle doucement avant que la brune ne s'évanouisse dans la nature. Je n'aurais pas du te parler ainsi.
- J'aimerais juste te comprendre.
- Ne va pas te méprendre, je suis contente que cette jeune femme soit en vie, même s'il est fort probable qu'elle ait des séquelles à vie. Ce sont mes actes qui m'ont remuée plus que je ne l'aurais imaginé.
- Je suis désolée. Je ne savais pas. Et tu as raison, je ne te connais pas. Je ne sais de toi que ce que tu as bien voulu me dire, autrement dit, pas grand chose. J'accepte tes excuses, si tu acceptes les miennes, répond-elle, amère, en tendant la main et en affichant un sourire de façade.
- Un jour, peut-être, je t'expliquerai mieux les choses, promets implicitement Emma en glissant sa main dans celle de la brune.
- Peut-être, répète-t-elle songeuse avant de descendre de voiture.
Emma reste seule dans l'habitacle et sans réellement savoir pourquoi, son cœur se brise. La blonde ressent cette sensation désagréable de ne pas être sur la même longueur d'onde que Régina, et pire encore, de ne pas parler de la même chose. Regina met une distance entre elles et Emma ne peut que l'accepter. Dans quelques heures, elles se diront au revoir. Sa passagère retrouvera sa famille et Emma reprendra son périple en solitaire. C'est mieux ainsi, mais en attendant, elles vont manger, ensemble, dans ce restaurant d'époque, avant de finir leur route jusqu'à Williams.
Dans le prochain chapitre, une arrivée à Williams plutot froide entre les frangine, les longues discussions commencent avec Mr Mills et les pendules se remettent à zéro. Quant à Emma, vous en saurez plus sur elle ;)
Merci à vous de continuer de lire mon histoire même si je ne publie pas toutes les semaines! Vous etes une motivation sans faille!
A très vite!
