Quatrième jour
Grèce, Sanctuaire d'Athéna, Temple du Bélier, tôt le matin, hiver 1993 …
- Tu as fait quoi ?! demanda Mû, en panique.
En face de lui, Camus, vêtu uniquement d'un bas de pyjama, le fixa de ses profonds yeux bleus. Son torse nu laissait voir ses pectoraux saillants sous sa peau blanche. Il ne semblait pas avoir froid alors que son amant, engoncé dans un pull en laine, pestait contre la température qui ne semblait faire que chuter depuis le début de l'hiver.
- Je n'ai fait que l'effleurer, se justifia le Verseau d'une voix grave, promis juré.
- Nan mais c'est pas une raison ! répliqua de nouveau le Bélier, hors de ses gonds.
- Du calme, tu sais bien que je ne suis pas comme eux. Je ne t'abandonnerai jamais.
Mû se retourna, le rouge aux joues, en colère. Dans son dos, Camus continuait de le fixer intensément. Parfois, il l'énervait. Parfois, le Chevalier d'Or du froid, réputé pour son insensibilité, lisait trop bien en lui.
Cela lui avait plu au début, c'est vrai. Cela l'avait rassuré, séduit. Mais de temps en temps, il trouvait ça agaçant. Il ne pouvait rien lui cacher, rien lui taire, rien penser sans qu'il le devine aisément.
A l'époque où tout cela s'était produit, dix-sept mois plus tôt, Mû avait peur. Peur d'être seul, abandonné ; peur qu'Aiolia, Kanon et d'autres lui tournent le dos. Il s'était retrouvé seul tellement longtemps à la mort de son maître que la solitude était devenue pour lui la pire des sensations qui soit. Mais cela n'avait pas empêché le Lion et le Gémeaux de se détourner de lui malgré tout. Pour Shun. Camus avait été le seul à lui faire face à ce moment-là, à lui ouvrir les yeux sur ce qu'il avait fait et pourquoi. A lui ouvrir les bras, aussi.
Oui mais voilà, parfois, Camus du Verseau était insupportable.
- Tu t'es vraiment senti obligé de fourrer ton nez là-dedans ?! demanda-t-il la gorge serrée.
Pourquoi ? Pourquoi ses yeux lui brûlaient-ils ? Pourquoi les larmes montaient-elles ? Il s'obstina à couper ses légumes en dés, alors qu'à côté de lui l'eau bouillait déjà. Les légumes bouillis, Camus adorait ça au petit déjeuner. Pas du tout français. Incompréhensible. Idiot. Ce genre de frasque le faisait rire pourtant d'ordinaire, mais aujourd'hui, il avait simplement envie de tout jeter et de sortir de la cuisine. Cependant, il resta planté devant le plan de travail, entendant derrière lui son amant qui approchait.
- Je m'en serais très bien sortit tout seul ! s'écria-t-il de nouveau.
Les mains de Camus sur ses épaules lui coupèrent le souffle. Elles n'étaient pas froides, contrairement à ce que beaucoup aurait pensé, mais agréablement tièdes et douces. Des mains grandes, larges et fortes, qui caressaient tout en délicatesse et avaient le don de le faire frissonner.
Mais cela ne fit pas disparaitre sa colère. Pourquoi s'énervait-il ? Camus lui avait avoué avoir eu une discussion avec Shun la veille, pour tenter de comprendre, tenté de l'aider aussi. Puis avait dit l'avoir touché. Toucher d'une caresse, sur les hanches. En d'autres cas, Mû aurait apprécié sa franchise, mais pas ce matin. Car il avait peur. Peur que cela recommence. Peur que Shun lui prenne de nouveau l'homme qu'il aimait.
- Il n'a pas supporté que je le touche, avoua Camus dans un souffle.
Mû tourna son visage de moitié.
- Quoi ? demanda-t-il brusquement.
Les mains quittèrent ses épaules et il sentit un froid polaire se propager dans son corps.
- Il a paniqué dès que je l'ai touché, réitéra Camus.
- Encore heureux ! s'obstina son compagnon en lui tournant toujours le dos.
- Tu ne comprends pas.
- Et alors ?!
Cette fois, Mû fit volte-face, braquant son regard dur et brillant tel de l'émeraude chauffé à blanc, dans celui de son amant. Celui-ci, déconcerté par les larmes que son compagnon contenait difficilement, entrouvrit la bouche avant de la fermer doucement.
- Mû, reprit-il, je crois que Shun a la phobie du contact humain.
Court silence.
- Il a véritablement paniqué quand je l'ai touché, continua-t-il avec calme. Ce n'était pas feint, je l'ai bien vu.
Nouveau silence. Mû détourna les yeux et regarda par la petite fenêtre, de l'autre côté de la cuisine. Dehors, la neige tombait à gros flocon. Sentant enfin sa colère chuter, remplacée par une tristesse immense, il ferma les paupières, craignant que les larmes ne débordent de ses yeux.
- Que s'est-il passé exactement cet été-là ? demanda Camus ave douceur. Je n'ai fait qu'être spectateur, je n'ai pas tout bien suivis avec précision.
- C'est de ma faute, répondit Mû d'une voix tremblante, c'est moi, c'est parce que …
- Non, coupa vivement Camus, je ne crois pas que ça ait un rapport avec ce que tu as dit à Ikki.
- Mais …
- De qui était-il le plus proche à ce moment-là ?
- De qui … je ne sais pas.
Mû rouvrit les yeux. Une larme, seule, roula sur sa joue gauche. Lentement, Camus leva la main pour la ramasser. Elle brilla telle une perle sur sa peau. Le Bélier s'essuya les yeux avec sa manche et releva la tête. Les yeux du Verseau sur lui étaient doux, compréhensifs, mais aussi déterminés et forts. Pour se calmer, Mû prit une grande inspiration et dit :
- Sincèrement je ne sais pas. Je crois … que je ne m'en suis pas préoccupé en réalité. Je constatais juste que tous les hommes s'intéressaient à lui, et ça me rendait jaloux.
- Et Aiolia ?
Le Bélier renifla et eut un sourire triste. Camus savait et avait très certainement toujours su que Mû avait été très épris du Lion, au point d'en devenir égoïste et méchant.
- Aiolia a fini par en tomber amoureux, répondit-il, faisant naitre sur les lèvres du Verseau un autre sourire. J'ai eu du mal à y croire moi aussi ! Mais, je crois qu'il en était réellement amoureux.
- Et aujourd'hui ? demanda Camus sans se départir de son sourire surpris. Il l'est toujours ?
- Je ne sais pas.
Court silence. Une petite pointe de jalousie, encore, pointa dans le cœur de Mû. Shun avait réussi là où il avait échoué. Il ne s'était pas seulement approprié le corps du Lion, mais aussi son cœur.
- Shun en était amoureux lui aussi ? demanda de nouveau Camus.
- Non, répondit aussitôt le Bélier, et Aiolia l'avait compris, je crois.
- Et pour Kanon ?
- Ils ne faisaient que coucher ensemble il me semble.
Nouveau silence.
- Tu vois ! reprit Mû avec énergie. C'est pour ça que je te dis que c'est de ma faute, c'est à cause de ce que j'ai dit à Ikki. C'est à cause de la dispute que j'ai provoqué entre eux.
- Je suis certain que c'est plus compliqué que ça, rétorqua gravement le Verseau.
- Il faut vraiment que j'arrive à me faire pardonner …
Ils se turent tous deux. Mû soupira et s'en retourna vers son plan de travail. Dans son dos, Camus, plongé dans ses pensées, suivait ses gestes d'un air distrait.
Une partie du mystère semblait s'être soulevée pour cette partie de l'histoire : Shun ne supportait plus que les hommes le touche, et c'était sans doute pour ça qu'il ne parvenait pas à pardonner à Mû.
Restait à découvrir pourquoi. Restait à savoir ce qu'il s'était passé, cet été-là, en mille neuf-cent quatre-vingt-douze.
...
Quelques heures plus tard, sur la côte …
Au loin devant ses yeux, s'étendait la mer Egée, pâle et lumineuse dans cette luminosité hivernale. Sur sa droite, en direction de l'est, il distinguait difficilement les nombreuses îles des Cyclades, noyées dans la brume froide. Venu de là, un brusque vent glacé balaya son visage et Shun ferma les yeux en frissonnant.
C'était sur cette même plage qu'il y a dix-sept mois …
- Bouh !
Shun sursauta et se retourna, le cœur battant à cent à l'heure. Le rire grave mais léger d'Aiolia s'envola vers le ciel blanc lourd de neige et se répercuta sur les rochers et le paysage accidenté qui les entourait avant de prendre la direction de la mer et de s'éteindre, laissant sur son passage une lumière dorée.
- Tu m'as fait peur imbécile ! éructa Shun, non sans sourire toutefois.
Le Lion braqua ses yeux myosotis dans les siens, un immense sourire aux lèvres.
- C'était le but, répondit-il, pendant un moment j'ai hésité à me déguiser en buisson, mais j'avais peur que ce soit excessif.
- Oui pis un buisson ici, je t'aurais repéré direct.
- C'pas faux.
Ils se sourirent.
- T'as pas froid ? demanda Shun en fronçant les sourcils.
Théâtralement, le Lion baissa le visage sur son torse, recouvert d'un tee-shirt sans col à manche longue. Il releva la tête et répondit :
- Pas particulièrement.
Puis il détailla le garçon en face de lui, dont le corps frêle avait disparu, emmitouflé et caché derrière un pull à col roulé et une veste en laine, un bonnet, sans oublier les deux pantalons enfilés l'un sur l'autre.
- Et toi ? demanda-t-il dans un sourire.
- J'suis frigorifié, lança Shun en claquant des dents.
- Je vois ça. C'est pour ça que t'es là sans bouger depuis dix minutes ?
- J'ai été imprudent, je me suis laissé emprisonner par la glace !
Aiolia rigola de nouveau, de ce rire si fluide et si puissant. Shun sourit.
- Ah cette plage ! reprit le Lion. Ça rappelle des sacrés souvenirs hein ?
Shun détourna brusquement le regard vers l'horizon bleu de la mer et blanc du ciel, le visage fermé et les yeux sombres.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Aiolia avec douceur.
- Ce sont … des souvenirs que je préfèrerais oublier
- Si tu continues à plomber l'ambiance comme ça, je te balance à l'eau !
- Tu veux ma mort ?! répliqua Shun en se tournant vers lui, un léger sourire un peu triste sur les lèvres.
- Pas tout de suite non. Ça me ferait chier que tu disparaisses une deuxième fois sans que je sache si tu reviendras ou non.
Ils se regardèrent quelques secondes. Quelques secondes seulement. Le sourire de Shun diminua lentement, avant qu'un léger rose ne teinte ses joues et qu'il baisse les yeux, gêné, sur le sable encore recouvert d'une légère couche de neige.
Aiolia sentit son cœur manquer un battement et il serra les poings, se fustigeant de ne pas avoir suivi son plan : mettre Shun à l'aise, évoquer de bons souvenirs avec lui, et alors seulement lui faire savoir, subtilement, à quel point il lui avait manqué durant cette année écoulée.
- Tu m'as manqué, lança-t-il, incapable d'autre chose que d'écouter ses sentiments.
Bravo. Pour la subtilité, il repassera.
Entendant cette voix chaude et douce, Shun releva les yeux, plus gêné que jamais. Il ouvrit la bouche mais la referma aussitôt, faute de savoir quoi dire. Il s'en doutait déjà, à l'époque, mais avait choisi de l'ignorer et de l'oublier rapidement. Quelle importance de toute façon ? Il en était ravie, mais n'en avais jamais tenu compte, trop occupé à écouter ses propres exigences et ses pulsions masochistes. Jusqu'à maintenant. Il l'avait toujours su, mais n'aurait jamais pensé une seule seconde qu'Aiolia du Lion pensait, depuis cet été, à ce qu'il ressentait pour lui. Alors Shun détourna de nouveau la tête, fixant la ligne d'horizon lointaine de l'océan rencontrant le ciel.
- Tu t'en doutais je crois, non ? lui demanda le Chevalier d'Or, usant toujours de cette voix onctueuse mais un peu hésitante.
- Je …
Shun déglutit, la gorge brutalement sèche. Oui, bien évidemment qu'il s'en doutait. Mais, sans en comprendre la raison, il secoua doucement la tête de droite à gauche.
- Je crois plutôt que si, reprit Aiolia en haussant la voix, mais en se gardant bien d'approcher. T'avais deviné que j'étais amoureux de toi.
Là, le garçon se tourna brutalement vers lui, surpris. Il ne s'attendait pas à ce que le Lion aille droit au but aussi franchement. Le désir et l'inquiétude qu'il lut dans le regard bleu de son vis-à-vis firent monter des larmes dans ses yeux.
- Oui, avoua-t-il dans un murmure, mais …
- Et je le suis toujours.
Le cœur de Shun se serra à lui en faire mal. Il ferma les paupières, autant pour se soustraire au regard tendre du Lion que pour empêcher les larmes de couler.
- Arrête, implora-t-il en tremblant.
- J'ai rien dis avant quand tu faisais comme si de rien était, j'ai rien dis quand t'as préféré Kanon !
De l'indignation et une légère colère suintait à présent dans sa voix. Shun rouvrit les yeux et ils se regardèrent encore.
- C'était pas … pareil. Je …
Sa propre voix, tremblante, cassée, laissait entendre son embarras et sa tristesse. Il prit une grande inspiration et retenta :
- J'étais pas …
Mais de nouveau, les mots restèrent bloqués dans sa gorge.
J'avais besoin de Kanon à ce moment-là. J'avais besoin de sa violence, j'avais besoin qu'il me fasse mal. J'avais besoin que quelqu'un me punisse, et il a accepté de le faire.
Voilà ce qu'il aurait aimé dire, mais sa honte l'en empêchait. Aiolia fit quelques pas dans sa direction et, sans s'en rendre compte, Shun recula à l'unisson. Sous leurs pieds, la neige sur le sable crissa. Le Lion se figea.
- Je m'en moque maintenant, reprit-il dans un sourire désolé. Je voulais juste que tu saches …
- Je le sais ! coupa brusquement Shun, les sourcils froncés. Mais ça ne sert à rien.
Parce que je ne le mérite pas.
- Parce que je …
Les mots qui refusent, encore, de franchir la barrière de ses lèvres. Alors il se contenta de répéter :
- Ça ne sert à rien.
Puis, sans se douter qu'il puisse en avoir la force, il fit volte-face et laissa le Lion derrière lui.
Alors qu'il remontait en direction du Palais du Pope, il fut incapable de retenir ses larmes plus longtemps, et elles jaillirent de ses yeux sur ses joues. Des sanglots agitèrent ses épaules, et des plaintes déchirantes montèrent de sa gorge. C'était douloureux, si douloureux pour Shun se rendre compte de la chance qu'il avait laissé passer.
Resté sur la plage, Aiolia le suivit du regard. Ses sanglots lui parvinrent. Il soupira et détourna les yeux, fixant l'horizon, en colère contre lui-même. S'il s'était contenté de s'en tenir à son plan, ça aurait peut-être fini autrement.
C'est à cet instant-là qu'il se rendit compte à quel point le moindre petit acte d'une personne pouvait se répercuter sur une autre. A cet instant-là aussi qu'il réalisa que les paroles de Marine, qu'il avait entendu la veille, étaient vraies, lorsqu'elle lui avait dit :
- Si seulement je n'avais pas fait autant de mal à Kanon ce soir-là, peut-être que lui et Saga se parleraient toujours.
Aiolia murmura pour lui-même, en direction du large :
- Si seulement tu n'avais pas fait autant de mal à Kanon ce soir-là, Shun n'aurait pas autant souffert.
Mais sa voix se perdit dans le vent glacé alors que, plus haut, il absorbait les larmes et les sanglots d'un garçon déchiré entre sa honte et ses sentiments. Son mal-être et ses souvenirs.
...
Au même moment, sur le seuil du Palais du Pope …
Ça commençait à bien faire ! Chaque fois qu'il acceptait de suivre Aphrodite chez lui pour une nuit de baise intense – en compagnie ou non d'une tierce personne – la colère de Masque de Mort s'abattait sur lui et le Chevalier des Poissons se dérobait en arguant simplement qu'il était bien incapable de refuser quand on le suppliait. Et dire qu'à chaque fois, il tombait dans le panneau.
Kanon commençait à descendre les marches de l'entrée du Palais du Pope lorsque Shun surgit devant lui. Ils se figèrent tous deux, respectivement paralysés l'un devant l'autre.
Le garçon pleurait. Le hasard de leur rencontra avait momentanément stoppé ses larmes, mais son corps tremblait encore à cause des sanglots. Alors, tout ce que Kanon contenait de mauvais et de noir en lui, se réveilla, et un sourire cruel étira ses lèvres. Sans vraiment comprendre d'où provenaient les mots qui sortirent de sa bouche, il dit :
- Ça a toujours été si facile de te faire pleurer.
Sa voix vibrait de méchanceté. Kanon était connu pour cela, car il avait fait basculer son frère du mauvais côté, non sans en avoir tiré une certaine joie. Il aimait faire le mal mais se retenait toujours de montrer son vrai visage aux autres.
Hors aujourd'hui, deux personnes connaissaient ce visage. Marine, qui avait lu en lui comme personne avant elle, et Shun, qui se tenait là devant lui. Cela faisait une personne de trop.
Les larmes du garçon redoublèrent et coulèrent plus abondamment sur ses joues. La colère de Kanon en redoubla. Chaque fois qu'il voyait la fragilité de Shun, il avait envie de la briser.
Shun sembla le lire dans ses yeux et il ouvrit la bouche, retenant très certainement un cri. La panique brilla dans son regard lorsqu'il fit un pas en arrière. Voyant sa peur, Kanon fronça les sourcils, plus venimeux que jamais. Il détestait cette part violente de lui-même qui ressurgissait inopinément lorsqu'il se retrouvait en face de quelqu'un subtilement plus faible que lui. Mais en même temps, il aimait ça.
Lorsqu'il fit un pas en avant, Shun fit volte-face et courut, revenant sur ses pas. Sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce qu'il savait que là, derrière lui, quelqu'un l'attendait sur la plage. Cependant, à peine eut-il le temps de faire quelques pas que la main puissante de Kanon se referma brutalement sur sa nuque pour l'immobiliser. Comme lors de cette nuit-là …
Shun poussa un cri alors que Kanon le plaquait dos contre une colonne solitaire, levée là, signe qu'un jour le Palais avait été plus grand. Son bonnet tomba, libérant ses doux cheveux pour les exposer au froid. La fureur et le désir se lisait dans les yeux du Chevalier d'Or sous la forme d'une lueur rougeoyante. Un désir pareil ne l'avait plus pris depuis plus d'un an. Depuis que Shun était partit, et que Marine avait choisi son frère. Lentement, sans qu'il s'en aperçoive, sa main se referma sur le cou fin et gracile qu'il tenait en otage. Il se pencha vers son visage et lui murmura :
- T'aimes ça ! Je sais que tu aimes ça !
Un gémissement s'échappa des lèvres de Shun. Les mots restèrent bloqués, retenus par les doigts autour de sa gorge. Les souvenirs de cette nuit, sur la plage, lui revinrent avec une netteté étonnante. La peur. La douleur. La plaisir. Et la honte qu'il en ressentait aujourd'hui.
Mais avant que Kanon ait pu faire quoi que ce soit, Aiolia surgit et l'empoigna de toutes ses forces pour l'éloigner de Shun. Les deux Chevaliers d'Ors reculèrent, manquant chuter, et le Gémeau fit volte-face, se retrouvant face au Lion. Immobile, silencieux, le souffle court, Shun les regardait se lorgner du regard. Ses larmes s'étaient taries.
- Ça suffit, grogna Aiolia.
L'ordre ne souffrait d'aucune opposition. Kanon serra les poings mais les yeux du Lion brillaient d'une remarquable intensité. Un combat entre deux Chevaliers d'Ors serait mal venu et surtout mal vu en ces temps de paix.
Le désir malsain qui avait animé Kanon alors qu'il tenait Shun quelques secondes plus tôt, avait disparu. Evaporé. L'embarras redessina ses traits. Pourquoi ce garçon faisait-il naitre cela en lui ? Et pourquoi ne s'en apercevait-il qu'après avoir commis l'irréparable ? Un dernier regard vers Shun le convainquit et il partit d'un pas sûr et décidé. Présenter des excuses dans l'immédiat n'était pas dans son habitude. Il le ferait une fois qu'il aurait ruminé tout ça dans son coin, se fustigeant et se traitant de tous les noms. Tentant de comprendre, aussi.
Une fois Kanon partit, Aiolia se tourna vers Shun. Le garçon, immobile, toujours adossé à la colonne, le fixait de ses yeux d'émeraude. Les larmes ne coulaient plus, mais sa respiration était toujours autant désordonnée. Quelques secondes s'écoulèrent ainsi, sans qu'aucun des deux ne parlent. Puis il dit, dans un murmure :
- Il a raison. C'est vrai …
Mais la lueur de douceur et de compréhension dans les yeux du Lion l'empêcha d'aller plus loin.
Aiolia s'approcha, doucement, pour ne pas l'effrayer, et ce fut Shun qui, seul, se blottit dans ses bras. La chaleur du Chevalier d'Or l'entoura instantanément pour l'envelopper de protection, et les battements de son cœur généreux dans sa poitrine forte battirent tout contre son oreille, insufflant le rythme à son propre cœur paniqué. Il ferma les yeux alors que les bras de l'homme tout contre lui se refermaient sur ses épaules tremblantes.
Au-dessus d'eux, le ciel blanc, plein à craquer de neige légère, se rompit et les flocons tombèrent en silence. Très vite, les cheveux cuivrés du Lion se pailletèrent de gouttelettes de poudreuse fondues, pendant que ceux de Shun se coloraient de coton.
La neige ne fait pas de distinction entre la terre, la roche et les êtres humains. Ni entre la vie et la mort. Aussi tomba-t-elle également sur le bonnet, laissé là, sur le sol.
Tadam ! Mû avec Camus ! Félicitations à celles qui avaient trouvé =) J'ai découvert ce couple dans une fic que j'ai lu il y a longtemps, et je mourrais d'envie de l'essayer ^^ Alors, ça vous plait ? Pas trop déçues ?
Chapitre révélation, j'ai mis pas mal de réponse ici, en laissant un petit mystère toutefois. J'avais conscience de jouer un peu trop avec vos nerfs et puis, le lemon c'est bien beau, mais c'est vrai qu'il fallait que je mette un peu autre chose XD
Alors, la tournure vous plait ?
Ps : désolé du retard mais je suis en plein préparatif de mon déménagement, donc j'ai assez peu de temps pour écrire en ce moment ^^"
Ps2 : j'ai terminé d'écrire ce chapitre en mangeant des radis (oui, effectivement, ça n'a aucun rapport avec la choucroute XD)
Bisous !
