Chapitre 7 : Rencontre au Clair de Lune


Harry rêvait de pouvoir s'allonger dans son lit et enfin passer une nuit tranquille. S'il n'avait pas eu de conscience, c'est probablement ce qu'il aurait fait. Malheureusement, il n'en était pas tout à fait dénué…

Il était presque onze heures et demie lorsqu'il avait terminé de lire les trois chapitres de Forces obscures : comment s'en protéger qu'il s'était fixé pour la soirée. En effet, le Serpentard avait l'impression de ne rien apprendre d'utile pendant les leçons du professeur Quirrell, des leçons qui lui donnaient davantage la migraine qu'autre chose d'ailleurs.

Pour une raison qui lui échappait, le professeur de Défense Contre les Forces du Mal le mettait mal à l'aise. Bien qu'en apparence, il lui ait semblé inoffensif, son instinct lui soufflait qu'il y avait quelque chose derrière la façade de l'homme pathétique et bégayant en permanence. D'ailleurs, il n'était apparemment pas le seul à s'en méfier puisque le professeur Rogue lui-même lui jetait souvent des regards furtifs, chargés de suspicion.

C'est donc en rangeant son manuel qu'il avait décidé de jeter un dernier coup d'œil à sa Carte avant de dormir, pour vérifier que personne ne s'approchait du couloir interdit du troisième étage…

… et c'est ainsi qu'il vit un petit groupe de quatre élèves, composé de Godric, Ron Weasley, Hermione Granger et Neville qui cherchait apparemment à fuir Rusard, et par la même occasion, qui se rapprochait sans le savoir de la zone interdite.

S'il n'y avait eu que son frère et Weasley, il les aurait peut-être simplement laissé se faire dévorer par Touffu… il n'était pas sûr non plus de vouloir quitter la tiédeur de son lit pour aller sauver Granger mais malheureusement, Neville était là-bas lui aussi.

Par les recherches qu'il avait menées sur la période de la chute de Voldemort, Harry savait que les deux parents du Gryffondor, des Aurors émérites, avaient été torturés par des Mangemorts à coups de Doloris jusqu'à en perdre la raison. C'était pour cette raison qu'il avait été élevé par sa grand-mère, Augusta Londubat, une femme sévère qui n'avait apparemment pas fait grand-chose pour lui donner confiance en lui.

Sans qu'il ne l'ait vraiment cherché, il en était venu à identifier Neville à celui qu'il avait été jadis : un enfant gentil, sage, un peu maladroit mais surtout chétif, peu confiant en ses propres capacités et qui n'avait pas encore la force de faire face à ses ennemis seul.

Laissant échapper un soupir de résignation, il se drapa de sa longue cape noire avant de descendre en direction de la salle commune. A sa grande surprise, Nott s'y trouvait, également habillé de pied en cap, parcourant un livre d'Histoire de la Magie d'un air désinvolte.

- Théo ? Qu'est-ce que tu fais là ?

- J'ai entendu Malefoy se vanter du piège qu'il avait tendu à Potter et Weasley. Je voulais voir si tu irais leur porter secours.

- J'y vais mais ce n'est pas pour eux. Apparemment, ils ont entraîné Neville et Granger dans leur petite « balade nocturne ».

Nott se contenta d'hocher la tête avant de se refermer son livre. Il ne lui demanda pas comment il était au courant de cette information, ni même pourquoi il cherchait à sauver Neville en se mettant lui-même en péril. Tout ce qu'il se contenta de faire, c'est de cheminer jusqu'à la sortie de la salle commune.

- On y va ?

- Oui mais… tu n'es pas obligé de prendre ce risque pour moi, tu sais ?

- Je sais mais… n'est-ce pas à cela que servent les amis ?

Il y eut une très légère hésitation dans la voix de Théodore lorsqu'il posa la question et Harry put lire dans ses yeux qu'il s'interrogeait réellement. Peut-être n'avait-il pas eu d'amis auparavant ? Cela expliquerait son attitude un peu renfermée et distante.

Harry esquissa alors un sourire et lui tendit sa main.

- Si, tu as parfaitement raison.

Nott regarda un instant la main tendue puis la serra. Cela ne dura qu'un bref instant mais il put lire la reconnaissance et la joie dans les yeux du Serpentard. Quelque chose lui disait qu'une fois qu'il donnait son amitié, Théo devait y être fidèle, et pour longtemps.

- Bon, maintenant dépêchons-nous d'aller sauver leur peau où ils vont se faire dévorer.

- Par quoi ? Un loup-garou ?

- Non, un chien à trois têtes. Répondit Harry d'une voix amusée avant de se mettre à courir.

Théo en avait trop vu avec le jeune Potter pour être certain qu'il plaisantait… mais c'était l'une des choses qu'il appréciait au sujet d'Harry.

On ne s'ennuyait jamais avec lui.


- Alohomora !

La porte laissa échapper un déclic avant de pivoter sur ses gonds. Les quatre Gryffondor eurent tout juste le temps de se précipiter à l'intérieur et de refermer la porte que la voix de Rusard se faisait entendre de l'autre côté.

- Où sont-ils allés, Peeves ? Vite, dis-moi !

Fort heureusement pour eux, l'esprit frappeur ne paraissait pas être d'humeur très coopérative cette nuit-là, puisqu'il se mit à mener le vieux concierge en bateau avant de l'entraîner à sa suite, loin de l'endroit où ils se trouvaient. Une fois ceux-ci hors de vue, les adolescents laissèrent échapper un profond soupir de soulagement.

Même Godric devait reconnaître qu'ils avaient été stupides de croire que Malefoy viendrait vraiment se battre en duel contre eux. Comme le lui avaient si souvent raconté son père et son parrain, les Serpentard ne prenaient pas de risques, et ne s'engageaient que dans des affrontements qu'ils étaient certains de gagner…

Puis il se rendit compte que Neville tirait sur sa manche sans discontinuer. Comme ce dernier insistait, le Gryffondor finir par se retourner… et se figea net. Ce qu'il voyait n'était pas possible, c'était sûrement un rêve… ou plutôt un cauchemar !

Car ils ne se trouvaient pas dans une salle, comme il l'avait cru au premier abord mais dans un couloir. Plus précisément, dans le couloir interdit du troisième étage… et à présent, le jeune Potter comprenait beaucoup mieux pourquoi le Directeur avait parlé de « mourir dans d'atroces souffrances ».

Devant leurs yeux, un chien monstrueux remplissait tout l'espace entre le sol et le plafond. L'animal avait trois têtes : trois paires d'yeux étincelant d'une lueur démente, trois museaux qui les flairaient en frémissant avec avidité et trois gueules bavantes hérissées d'énormes crocs jaunâtres d'où pendaient des filets de salive épais comme des cordes.

Le chien se tenait immobile, ses six yeux fixés sur eux. S'il ne les avait pas encore dévorés, c'était sans doute parce qu'ils l'avaient pris par surprise, pensa Godric, mais à en juger par les grognements qui roulaient comme le tonnerre, il n'allait pas tarder à leur bondir dessus.

Ils voulurent reculer lentement jusqu'à la porte mais Neville glissa sur la mare de bave, qui s'étendait d'un bout à l'autre du couloir à présent. Cela ne parût pas plaire à la créature, qui se mit à grogner de plus en plus fort, ses yeux fixés sur le jeune Londubat comme un prédateur prêt à fondre sur sa proie.

Godric avait l'impression d'être paralysé devant son regard et ses jambes tremblaient si fort qu'il n'avait qu'une seule envie : fuir aussi vite que possible. Mais d'un autre côté, il ne pouvait pas laisser Neville se faire dévorer par le chien…

- Confundo !

Ils ne virent aucun rayon frapper la bête mais dès que la formule eut été prononcée, le chien à trois têtes commença à tourner sur lui-même, ses têtes se regardant les unes les autres.

Celui qui venait de prononcer l'incantation passa devant lui et se précipita pour aider Neville à se relever. Ce n'est que lorsqu'il se retourna dans sa direction qu'il put voir son visage, éclairé par un pâle rayon du clair de lune.

Harry.

Harry tenait Neville par le bras tandis qu'il l'entrainait vers la porte, tandis qu'un autre Serpentard aux cheveux châtains exhortait Ron et Hermione à quitter la pièce. Les chuchotements de son frère le ramenèrent néanmoins à la réalité.

- Secoue-toi ! Il faut sortir de là !

Godric reprit instantanément ses esprits et quitta la pièce avec eux, le second Serpentard refermant la porte avant de murmurer une formule qui déclencha un nouveau déclic.

- Merci Théo. Souffla Harry.

- Je t'en prie… En tout cas, tu n'avais pas menti pour le chien à trois têtes. Un cerbère, c'est ça ? L'interrogea le garçon aux yeux sombres tout en époussetant sa robe de sorcier.

- Oui, et pas un petit. Je n'en reviens toujours pas que ce vieux bouc puisse garder un cerbère dans une école… Remarqua Harry avec dédain avant de se pencher vers Neville.

Le jeune Londubat respirait bruyamment et ses yeux paraissaient sur le point de jaillir de leurs orbites mais il ne laissait pas échapper la moindre parole. Le Serpentard sortit une petite fiole de sa poche et la déboucha avant de la tendre à Neville.

- Bois-en une ou deux gorgées, cette potion va te calmer.

- Ne bois pas Neville ! C'est sûrement du poison ! S'exclama Ron Weasley, en se précipitant vers lui…

… avant de trébucher sur le pied tendu de Théo, le faisant tomber lourdement sur le sol de pierre. Harry esquissa un léger sourire et adressa un hochement de tête en remerciement à son condisciple, qui soutenait toujours une Hermione assez choquée.

Quant à Neville, il se contenta de déglutir avec difficulté avant de boire une gorgée de la potion, faisant toute confiance au garçon qui lui avait rapporté son rapeltout et qui s'était comporté de manière amicale à son égard depuis leur rencontre dans le Poudlard Express.

- Qu'est-ce que c'est ? Se contenta de demander Godric, d'un ton sincèrement curieux.

- Du philtre de paix. C'est une potion qui calme l'anxiété ou l'agitation de celui qui la boit… un peu comme un calmant moldu. Ajouta-t-il à l'intention d'Hermione.

Cette explication parût sortir la jeune Granger de sa torpeur, dont la flamme de curiosité se ralluma presque instantanément dans ses yeux noisette.

- Du philtre de paix ? Mais… c'est une potion inscrite au programme des cinquième année, non ? L'interrogea la Gryffondor, ses yeux fixés sur le Serpentard.

- Effectivement, et c'est aussi une potion en vente libre. Comme j'ai parfois des insomnies et que la potion de sommeil peut être addictive, je me suis rabattu sur le philtre de paix, qui me permet de me détendre avant de m'endormir. D'autres questions ?

- Oui ! Qu'est-ce que vous fichez ici ? S'exclama Ron, dont le nez saignait légèrement suite à sa chute.

- Malefoy s'est vanté auprès de la majorité des Serpentard qu'il avait piégé de « stupides Gryffondor » en les dénonçant à l'avance à Rusard… bref, les seules personnes assez idiotes ou remontées contre Malefoy pour se rendre au duel incluaient Weasley, Potter et peut-être Neville. J'ai préféré ne pas courir le risque qu'il se fasse attraper… mais je suis surpris de te trouver ici, Granger. Déclara Harry, un sourcil levé en signe de curiosité.

La Gryffondor se mit à rougir avant de détourner la tête. Cela ne dura toutefois qu'un instant puisqu'elle se tourna à nouveau vers lui, criant presque sa réponse.

- Je… j'ai voulu empêcher ces deux idiots de faire perdre des points à Gryffondor ! Mais une fois sortis, nous nous sommes rendu compte que la Grosse Dame s'était absentée et je ne pouvais plus rentrer… Ah ! Et Neville dormait devant la porte parce qu'il avait oublié le mot de passe, il a été obligé de nous suivre.

Le garçon en question paraissait un peu plus calme depuis qu'il avait bu le philtre de paix mais ses joues s'étaient rougies de honte tandis qu'il gardait la tête baissée, ne souhaitant pas croiser le regard du Serpentard.

- Je m'en voudrais d'interrompre une conversation aussi intéressante mais peut-être devrions-nous regagner nos salles communes respectives ? Rusard pourrait revenir à tout moment. Remarqua Théo de son habituel ton nonchalant.

Tous acquiescèrent, peu enclins à se laisser prendre sur le fait par le concierge et Miss Teigne mais au moment de se séparer, le jeune Londubat se retourna une dernière fois vers les deux Serpentard.

- M… merci d'être venus à notre secours, Harry… et toi aussi, Théodore.

- C'est naturel mais tâche de ne pas recommencer tous les soirs. Rétorqua Harry d'un ton faussement réprobateur tout en lui faisant un clin d'œil.

Tandis que les quatre Gryffondor venaient de regagner leurs dortoirs, tous avaient des pensées différentes à l'esprit.

Neville se demandait ce qu'il pourrait faire pour rembourser Harry de son aide, et peut-être davantage se lier d'amitié avec Nott, qui l'avait accompagné pour leur porter secours. Après tout, ce n'était pas la première fois que le jeune Potter lui sauvait la mise. Il y avait eu Trévor dans le Poudlard Express, son chaudron en cours de potions et enfin son rapeltout… comme quoi, Ron avait tort finalement. Tous les Serpentard n'étaient pas mauvais.

Hermione quant à elle, ne pouvait s'empêcher de se repasser la scène en boucle dans sa tête. Elle revoyait le Serpentard lancer le sortilège de confusion sur le chien à trois têtes avant de se précipiter au secours du jeune Londubat. Ironiquement, un vert et argent venait de démontrer plus de courage que quatre Gryffondor réunis… c'en était presque risible mais d'un autre côté, elle commençait à cultiver une certaine admiration pour Harry, autant pour sa bravoure que pour ses connaissances en matière de sortilèges.

D'une manière diamétralement opposée, Ronald pestait contre les deux Serpentard, qui non contents de leur sauver la mise, ne s'étaient pas gênés pour le ridiculiser. Quelque part, il les considérait presque plus ennuyeux que Malefoy, qui parlait beaucoup mais ne faisait pas grand-chose…

Pour sa part, Godric était bien loin des considérations de ses camarades. S'il reconnaissait le courage de son frère, il ne pouvait s'empêcher de tourner et retourner dans sa tête les paroles qu'avait prononcées Nott : En tout cas, tu n'avais pas menti pour le chien à trois têtes.

Harry savait déjà qu'un chien à trois têtes gardait le couloir interdit du troisième étage… mais comment ? L'avait-il déjà exploré auparavant ? Avait-il surpris une conversation entre les professeurs ?

Ce frère qui était apparu de nulle part et que ses parents lui avaient caché pendant toutes ces années s'avérait chaque jour un peu plus mystérieux. Non seulement il semblait connaître autant de sorts qu'Hermione alors qu'il n'avait pris connaissance du monde magique que depuis moins de deux mois mais en plus, il avait su tenir tête au professeur Dumbledore dès leur première entrevue.

Qui était-il donc en réalité ?


- Est-ce que tu as vu ce sur quoi était couché le cerbère ? Demanda Nott sur le ton de la conversation.

- Oui, une trappe. Ce qui signifie qu'il garde bien quelque chose…

- La même chose qui a failli être volée d'un des coffres de Gringotts le 31 juillet ?

Harry ne put s'empêcher d'esquisser un sourire devant la perspicacité de son ami. C'était effectivement l'hypothèse qu'il avait lui-même formulée lorsqu'il avait lu l'article dans la Gazette du Sorcier.

- Probablement oui. Pour que l'objet ait pu être déplacé si vite et sans être remarqué par le voleur, il devait être de petite taille.

- Une arme ? Ou un objet précieux peut-être ? Avança Nott avant de donner le mot de passe.

Tous deux entrèrent dans la salle commune, aussi vide qu'elle l'était au moment de leur départ. Ils prirent néanmoins le temps de s'asseoir dans de confortables fauteuils auprès du feu.

- Il s'agit peut-être des deux. Pour que Dumbledore ait pris de telles mesures de sécurité… et fasse ouvertement courir de tels risques à ses élèves, cela doit être particulièrement important. Répondit Harry, le regard fixé sur les flammes.

- N'oublie pas que le voleur a pu entrer et sortir de Gringotts sans se faire repérer par les gobelins. Ce n'est pas à la portée du premier sorcier venu… mais nous n'avons pas plus d'indices que cela. Si seulement nous pouvions obtenir des réponses de la part des professeurs…

- Je n'en vois aucun qui accepterais volontairement de nous parler et même s'ils le faisaient, ils iraient ensuite tout raconter à Dumbledore. Non, il nous faut quelqu'un d'autre… quelqu'un qui a la langue bien pendue… S'exclama Harry d'un ton songeur.

- Tu as un nom en tête ?

- Hm, je viens simplement de penser qu'il n'existe qu'une seule personne à Poudlard qui aime assez les créatures monstrueuses pour élever un cerbère et l'appeler Touffu. Tu vois de qui je parle ?

Pour toute réponse, Théo esquissa un sourire malicieux. Oui, il n'y avait qu'un seul individu à Poudlard susceptible de les renseigner.

Hagrid.


Il y avait des moments où Harry avait presque l'impression de pouvoir s'identifier à ses condisciples et d'autres où il ne les comprenait plus du tout. En cette matinée de septembre, c'était la deuxième impression qui lui apparaissait comme la plus juste.

En effet, la Grande Salle hébergeait une nouvelle querelle opposant Godric à Malefoy.

Drago avait tout d'abord paru abasourdi de voir que ni Potter, ni Weasley n'avaient été renvoyés de Poudlard mais sa surprise s'était transformée en joie malsaine lorsqu'il avait vu le long paquet qu'avait reçu le Survivant. Sachant identifier un balai du premier coup d'œil, même emballé, Harry savait très bien de quelle règle le Serpentard pensait pouvoir tirer avantage.

Il est rappelé aux parents que les élèves de première année ne sont pas autorisés à posséder leur propre balai.

Cette consigne figurait à la fin de la lettre d'admission qu'ils avaient reçue, écrite en majuscules pour s'assurer que les parents la liraient bien. Apparemment, James Potter s'était pris l'envie de fêter l'admission de son fils dans l'équipe de Gryffondor en bafouant une fois de plus les règles de l'école…

C'est ainsi qu'il avait observé d'un air impassible Malefoy et ses deux compères quitter la table des vert et argent pour se précipiter à la rencontre de Godric et Weasley. Si le blond avait eu la bonne idée de jeter un coup d'œil à la table des professeurs, il aurait peut-être compris que sa démarche était inutile.

Après tout, McGonagall paraissait radieuse et confiante à la vue du balai tandis que les yeux de Dumbledore paraissaient littéralement scintiller. Le vieil homme avait beau ressembler à une pâle caricature du Merlin moldu, il lui apparaissait souvent comme singulièrement tordu et vicieux…

… bref, pas le genre de personne avec qui il aurait souhaité se retrouver seul à seul.

La dispute entre Malefoy et les deux Gryffondor prit bientôt fin grâce à l'intervention du professeur Flitwick. Le directeur des Serdaigle était un peu tendre avec ses élèves mais il était surtout incroyablement compétent dans sa matière. Rien que pour cela, et les débats qu'il acceptait souvent de mener avec lui, Harry lui pardonnait sa faiblesse.

Néanmoins, son attention fut bientôt attirée par une lettre que lui délivra une chouette au plumage sombre… une lettre portant le sceau de Gringotts. Cela faisait quelques jours qu'il attendait la réponse du Vice-Président et apparemment, elle était enfin arrivée.

S'excusant auprès de ses camarades de classe, il était sur le point de quitter la Grande Salle lorsqu'il vit quelqu'un venir à sa rencontre, ou plus précisément une Gryffondor qui aurait eu davantage sa place à Serdaigle que chez les rouge et or.

- Bonjour Harry. Est-ce que je peux… te parler une minute ?

- Salut Hermione. J'ai un peu de temps libre. Où veux-tu qu'on parle ?

- Hm… la tour d'Astronomie peut-être ?

- Allons-y alors. S'exclama l'adolescent en lui adressant un léger sourire.

La Gryffondor n'était pas si désagréable que le pensaient ses autres camarades et puis, pour le simple fait d'être en constant désaccord avec Ronald Weasley, il ne pouvait que l'apprécier. Rangeant soigneusement la lettre cachetée dans la poche intérieure de sa cape, il entreprit de quitter la salle en compagnie de Granger, sans pour autant remarquer qu'ils étaient observés…


Lily Potter suivit Harry du regard tandis qu'il quittait la Grande Salle en compagnie de la jeune Granger, l'air souriant et complètement décontracté. Et dire qu'à son époque, il avait fallu qu'elle tienne son amitié avec Severus comme un quasi-secret, autant pour éviter les quolibets à Gryffondor que pour ne pas fournir une excuse supplémentaire aux Serpentard pour frapper un sang-mêlé.

- C'est une autre époque, Lily. Les temps ont changé.

La voix de Severus n'avait été qu'un murmure et l'espace d'un instant, elle crut qu'il avait utilisé la légilimencie sur elle, avant de se souvenir que ses propres barrières d'occlumencie l'auraient averti de toute tentative d'intrusion. Non, son meilleur ami s'était contenté de deviner ce qu'elle pensait, grâce à cet esprit analytique qui le définissait si bien et bien sûr, parce qu'il la connaissait sur le bout des doigts.

- Est-ce que tu crois qu'il me pardonnera un jour, Severus ? L'interrogea-t-elle à voix basse.

Leur entrevue de l'autre jour continuait encore de la hanter. Elle lui avait dit qu'ils l'aimaient, qu'ils voulaient former une famille avec lui… mais après tout, s'il avait dû s'en passer pendant ces dix dernières années, pourquoi en voudrait-il une maintenant ? Pour lui, elle et James ne devaient constituer que des nuisances voire pire, des menaces à l'égard de son indépendance.

- C'est une question à laquelle je ne peux malheureusement pas répondre. Je te conseillerais simplement de ne pas le presser. Essaie de te montrer présente si jamais il venait à nécessiter ton aide… mais ne le considère pas comme une chose qui t'appartient. Ton mari vient déjà de saborder le peu de chances qu'il avait de renouer avec lui en essayant…

- Je sais mais… il a l'air tellement seul et rien que le fait de penser à ce qu'il a vécu chez Pétunia…

- Ce qu'il a vécu là-bas, il vous le doit à toi, Potter et Dumbledore. Je crois que c'est justement le plus difficile à gérer pour lui. Si vous étiez simplement morts cette nuit-là, il n'aurait eu que Dumbledore à blâmer mais… vous avez fait le choix de l'abandonner à des gens qui le détesteraient… et pour cela, vous l'avez renié.

Severus se leva de la table et c'est en lui tournant le dos, le poing serré, qu'il mit un terme à leur conversation.

- Je sais que c'est quelque chose que moi, je n'aurais jamais pu pardonner.

Et il s'en alla, laissant une mère dévastée et désespérée à l'idée de ne jamais retrouver l'affection de l'un de ses fils.


- Alors, de quoi voulais-tu me parler, Hermione ?

L'élève aux longs cheveux bruns ne paraissait pas très sûre d'elle, comme le prouvaient les sempiternels allers et retours qu'elle faisait d'un bout à l'autre de la pièce. Il lui fallut poser une main sur son épaule et l'obliger à s'asseoir sur les marches pour la faire cesser.

- Je… j'ai oublié de te remercier pour hier, tu sais…

- Tu n'en avais pas besoin. J'imagine que tu en aurais fait autant pour moi, non ?

Harry ne manqua pas de voir les joues de l'adolescente s'empourprer lorsqu'il lui posa la question et c'est probablement parce qu'elle ne savait pas quoi répondre qu'elle se contenta d'acquiescer de la tête.

Pour une fille qui tenait si souvent tête à Godric et Ron, Hermione s'avérait en réalité beaucoup plus timide qu'il ne l'aurait cru au premier abord. Certes, la Gryffondor était issue d'une famille moldue et semblait donc ressentir le besoin de faire ses preuves, un besoin qu'elle ne paraissait capable d'assouvir qu'en excellant dans toutes les disciplines de Poudlard mais… la reconnaissance de ses pairs ne signifiait pas qu'elle se sentait moins seule pour autant.

- Tu veux me demander pourquoi je suis venu à votre secours hier, n'est-ce pas ? L'interrogea-t-il d'une voix douce.

Et comme toujours lorsqu'on lui posait une question pertinente, la jeune fille réagit avec son pragmatisme habituel. Il était intéressant de voir le changement s'opérer dans son attitude lorsque la raison reprenait le dessus sur un cœur qu'elle ne devait guère laisser s'exprimer.

- Oui. Je veux dire… Godric et Ron n'auraient probablement pas risqué d'être attrapés par Rusard pour secourir des Serpentard et Neville… Neville aurait eu du mal à trouver le courage de simplement quitter la Salle Commune. Quant à moi… et bien avant-hier soir, je pensais comme les autres Gryffondor que les Serpentard n'étaient que des puristes insolents et lâches.

Ce n'est qu'une fois qu'elle eut terminé son explication que son air concentré se mua en une expression horrifiée. Elle venait encore de dire tout haut ce qu'elle pensait tout bas et sa franchise n'était d'ordinaire guère appréciée par ses condisciples.

A sa grande surprise, Harry ne se mit pas en colère. Au contraire, il ne tarda pas à éclater de rire. Devant l'air incrédule de la rouge et or, il réussit finalement à se maîtriser, même si un large sourire flottait toujours sur ses lèvres.

- Voilà un raisonnement particulièrement juste… enfin, il l'est au vu des informations dont tu as connaissance.

- Que veux-tu dire par là ? L'interrogea-t-elle en haussant un sourcil en signe de curiosité.

Le jeune Potter prit une grande inspiration tout en rassemblant ses idées afin de lui faire un exposé suffisamment clair et concis. Après tout, il fallait bien cela pour apaiser la curiosité d'une fille comme Hermione.

- Disons que les trois quarts des Serpentard correspondent soit en partie, soit complètement à ta description. Et c'est normal après tout puisque les enfants prennent souvent l'habitude de copier leurs parents. Prends l'exemple de Malefoy, il fait tout son possible pour paraître arrogant, hautain et prouver sa supériorité sur les nés moldus parce qu'il cherche à ressembler à son père.

- Mais n'est-il pas comme ça en réalité ? Demanda-t-elle, confuse.

- Hm… je suppose que si. Mais ce que je veux dire, c'est que les enfants sont endoctrinés très tôt pour s'approprier les valeurs parentales. Si tu veux prendre un exemple de l'équipe adverse, Godric est tout indiqué.

- Godric ? Mais il n'est pas méchant…

- Non, en effet, mais si tu grattes un peu la surface, que vois-tu ? Il admire Dumbledore parce que James et Lily Potter figurent parmi ses plus fidèles partisans. Il soutient la cause des nés-moldus et de l'égalité parce que telle est la cause du Directeur et parce que sa mère est née moldue. Et bien sûr, puisque James Potter et Sirius Black étaient de fervents opposants aux Serpentard, il lui parait normal… non, vital peut-être, de s'opposer lui-même à la « tyrannie des Serpentard ». Expliqua le jeune Potter d'une voix calme.

Harry avait conscience que ses paroles mettraient du temps à être complètement comprises par Granger. Après tout, il lui avait lui-même fallu plusieurs années pour saisir le véritable sens de la rivalité opposant les deux maisons à Poudlard, et qui durait depuis des siècles…

- Et toi, quelle est ton opinion ?

Voilà le genre de question qui prouvait que la Gryffondor demeurait imprévisible. Certes, il aurait peut-être pu prévoir qu'elle l'interrogerait tôt ou tard à ce sujet mais probablement pas si tôt…

- Les préjugés des Serpentard ne me facilitent pas la vie dans ma maison mais ceux des Gryffondor ont poussé mes parents à m'abandonner à des moldus dont le passe-temps préféré était de me faire comprendre à quel point ils me haïssaient, moi et tout ce que je représentais. C'est pourquoi j'ai décidé de m'écarter des voies déjà toutes tracées…

Il se leva et épousseta sa robe avant de se retourner une dernière fois vers elle. Tout sourire avait disparu de son visage à l'expression impassible mais ses yeux émeraude brillaient de détermination et de conviction.

- Je tracerai ma propre route, Hermione car comme l'a dit une moldue autrefois… le seul mauvais choix, c'est l'absence de choix.

Et dans un flottement de robe qui n'aurait pas fait honte au maître des potions, le jeune Potter s'enfonça dans les ténèbres de l'escalier, laissant la jeune Granger méditer sur ses paroles.