Règle n°7 – Ne plus aller au sanctuaire.
La nuit est comme un sanctuaire, elle porte à l'intimité.
Le ressac de la mer apportait avec lui l'odeur chargée en iode qui la caractérisait tant. Il inspira profondément plusieurs fois de suite, jusqu'à ce que ça ne lui pique et fasse monter quelques larmes qu'il ravala aussitôt. Cela faisait combien de temps qu'il n'était pas sorti des enfers ? Plus précisément, combien de temps qu'il n'avait pas mit les pieds en bordure de mer ? À sentir ses pieds s'enfoncer dans le sable froid de la nuit déjà entamée et frissonner en se maudissant de ne porter sur le dos, en tout et pour tout, une simple chemise qui ne le couvrait en rien du vent du nord.
Le sanctuaire n'était pas si loin. Il ne s'agissait de presque rien avant qu'il ne voit les vieilles bâtisses se dessiner devant lui. Pour le moment, il regardait simplement au loin la mer plate se disputer avec le ciel sombre la ligne imaginaire qu'était l'horizon. Même les étoiles se reflétaient dans l'étendue d'eau claire de la Grèce. À cette époque de l'année, il pouvait distinctement apercevoir la constellation dont il avait le signe astrologique. Et Antarès était plus brillante que jamais, rouge et fière.
Une dernière fois, il profita de l'air frais, froid de l'hiver qui ne tarderait pas à poindre, avec, cependant, un peu d'avance. Octobre n'en était qu'à la moitié de son mois. Durant cette petite heure où il s'était perdu à contempler le ciel, ses astres et son reflet dans l'océan, il n'avait pensé à rien d'autre que la liberté qu'il pouvait effleurer de manière éhontée.
Rhadamanthe avait attendu à se sentir près à l'affronter, affronter son regard qui n'avait pas son pareil à des kilomètres à la ronde. Mélangeant le turquoise et la menthe glaciale. Les mains enfoncées dans les poches, près à faire demi-tour, il se mit à imaginer l'espace de quelques secondes le supplice de son amour perdu lorsqu'il avait du rejoindre, d'une manière ou d'une autre, le Cap Sounion.
Une vague lécha ses pieds, déversant dessus son écume collante. Il grimaça et secoua les pieds avant de se reculer –Aphrodite était censée être née de ça ? Répugnant. Le Cap Sounion était une barrière, une force de la nature. D'insondables rochers formant une petite falaise qui se jetait dans l'eau, brisant le courant des vagues qui s'écrasaient avec force, tentant malgré tout de reprendre sa place en rongeant un peu plus depuis des millénaires la surface poreuse. Et, caché des yeux de tous, creusé par la bonne volonté du dieu des mers, ce qui pouvait s'apparenter à une grotte. Férocement gardée par des barreaux dont Kanon n'aurait du, normalement, avoir aucun mal à s'en extraire.
Alors il parvenait à imaginer sans mal la marée montante, l'écume et ses saletés, les algues –peut-être-, les crustacés perdus et quelques chutes de pierres. Il pouvait imaginer l'eau gelée du soir glacer un homme jusqu'aux os, lui emprisonner ses sens, l'engourdir jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable de puiser dans ses ressources. L'eau le plaquer avec une force herculéenne au fin fond de cette cavité, presser la cage thoracique jusqu'à finir par en mourir d'épuisement. D'asphyxie ou de noyade. Par Hadès, que c'était cruel…
Oui, il pouvait l'imaginer sans problème, et Kanon avait été plus que courageux, et miraculeusement fort de résister à une telle tempête, à un tel sort de la vie. Mais malgré ses spéculations, jamais il n'aurait été à même de dire à quel point ça pouvait détruire un homme, jusqu'à ce que chaque nuit soit hantée de noyades, d'étouffements, de morts plus atroces les unes que les autres, ne laissant derrière ces cauchemars que le rire sardonique d'un frère capricieux, qui prêchait le bon mais qui était mauvais. Non, décidément, il ne parvenait pas à porter Saga dans son cœur. Et peu importait qu'il soit le jumeau de l'homme qu'il tenait à reconquérir.
Il fit demi-tour, serrant ses chaussures à l'aide de ses doigts en gravissant les escaliers qui menaient à la route. Lorsque ce fut le cas, il prit le temps de frotter ses pieds jusqu'à ce que le sable soit parti, remit ses biens et parti en direction du sanctuaire. L'endroit était un peu plus reculé et y aller n'était pas mince affaire. Pour un homme entraîné, tels que l'étaient les chevaliers et spectres, ce n'était pas une grande difficulté, mais c'était en enchevêtrement de vallées et reliefs plus ou moins ardus qui cachaient ça et là quelques villages souvent mal desservis.
Les temples, eux, étaient en hauteur et visibles depuis loin de part le fait. Quelques ruines également, et avec une vision relativement perçante, on devinait un peu mieux à chaque pas l'immense statue à l'image d'Athéna qui y trônait, victorieuse et puissante. Écrasante. Moche, selon son avis. Hadès n'avait pas la prétention de mettre une statue géante de sa personne en plein milieu de la Guidecca. Quelle faute de goût. En s'approchant, il devinait mieux chaque maison, et les autres parties du sanctuaire. Les remises, les arènes qui variaient de taille. Il plissa les yeux, et le nez, lui donnant plus un air féroce que curieux. Un… deux… trois… le troisième temple. La simple vue de l'édifice lui redonna force pour tout traverser aussi vite que faire se peut.
Les gravir était un petit combat en lui-même, surtout pour aller au dernier temple, dire que certains faisaient ça tous les jours. Les enfers étaient bien plus étendus, certes, mais le relief n'était pas si conséquent. Aussi ne fut-il pas légèrement essoufflé en arrivant à destination. Si le bélier l'avait laissé passé aussi simplement que l'on salue quelqu'un, non sans avoir vérifié ses intentions par le biais de son cosmo, le taureau avait été moins enclin à la discussion et le juge des enfers avait du insister durant de longues minutes, en plein milieu de la nuit, pour passer. Au final, ce fut même le premier gardien qui persuada son ami et frère d'arme. Décidément, il ne comprenait pas les bêtes à cornes.
Le temple des gémeau se dressait fièrement devant ses yeux, d'une grandeur démesurée, si l'on comparait avec le reste des temples, il semblait plus enclin à être un labyrinthe qu'une véritable demeure. C'était la première fois qu'il s'y aventurait, et honnêtement, Rhadamanthe savait que s'ils ne s'étaient pas… séparés… ça aurait été une étape importante de leur vie. Entrer dans l'intimité de la personne qui détestait sans doute plus que n'importe qui d'autre l'anglais.
Saga était en haut des marches et semblait l'attendre de pied ferme. Aucun doute dessus, il était capable de reconnaître Kanon à des kilomètres à la ronde. L'aîné des gémeaux avait quelque chose de plus droit, fier, froid… obscur. Son visage fermé ne laissait pas place à une interprétation quelconque de ses pensées et ses yeux ne les reflétaient pas plus. Pourtant, Rhadamanthe pouvait sentir d'aussi bas qu'il était la puissance de son cosmo, et sans doute de sa colère. Fondée ou infondée.
Une telle position de… de soumission ne lui plaisait guère. Rhadamanthe était un dominant dans l'âme, il ne tarda pas à gravir les marches, ne cédant aucunement devant le regard du gémeau qui n'avait, lui aussi, pas cédé de terrain.
-Kanon n'est pas ici.
-Bonsoir, également.
-Il n'est pas ici. Et quand bien même ça serait le cas, je ne te permettrais pas de le voir après le mal que tu as pu lui faire.
-Je ne te demande rien. Pas même de m'accepter, ou encore de me regarder. Cependant je te conseille de ne pas me mettre de bâtons dans les roues.
-C'est une menace.
-Clairement.
-Tu sais ce qu'il pourrait en coûter ?
Rhadamanthe ne flancha pas une seule seconde, la confiance que chacun pouvait dégageait se cognait à l'autre sans ne jamais relâcher la pression. Pour un humain lambda il aurait s'agit là d'un spectacle entre deux hommes qui semblaient régler un différend de la plus diplomatique des façons. Pour n'importe quel chevalier, un réel rapport de puissance venait de se créer et déjà quelques uns manifestaient leur mécontentement –ou leur soutient à Saga- par le biais de leur cosmos retentissants.
Les orbes dorés sondaient à présent l'homme devant lui, un duel de regard profond, chargés de rancœur et de haine. De remord, que le juge laissa entrevoir et qui, merci pour lui, ne lui attirèrent pas la moindre pitié de la part du gémeau. Ça aurait été plus que blessant, surtout venant de sa part…
-Écoute-moi bien, Saga des gémeaux, si vous autres chevaliers craignez une nouvelle guerre contre nous, c'est uniquement parce que votre vie est désormais entre les mains de Seigneur Hadès. Autrement dit, j'ai tout pouvoir, et il me semble que c'est toi qui ne sait pas ce qu'il pourrait t'en coûter. Où se trouve Kanon ?
-Ne compte pas sur moi pour céder à la menace ou même dévoiler quoi que ce soit sur mon frère.
-Que tu as voulu supprimer. Et comment as-tu remercié Athéna qui l'a gardé en vie ? En tentant de la tuer en cédant à la voix du démon. Tu fais peine à voir, Saga. Fut un temps où tu aurais pu être un dieu. Maintenant tu n'es qu'un être pitoyable qui ne sait pas comment racheter ses fautes.
-Tu l'es tout autant. Tu ne sais pas comment te racheter auprès de mon frère, et tu ne sais même pas te faire à l'idée qu'il ne veut plus de toi. Alors, Rhadamanthe de la wyverne, qu'est-ce que ça fait d'avoir anéanti une vie à laquelle tu étais tant accroché ?
-Je ne le sais que trop bien, ce que ça fait.
Il avait répondu dans un grondement rauque. Une complainte qui n'avait pas besoin d'être formulée par les mots. L'aîné des gémeaux n'avait pas envie de le prendre en pitié, et certainement pas envie de parler de ses torts et travers qui, au final, avaient été pardonnés, eux. Cependant, l'expression qu'affichait soudainement le dragon en face de lui… le peinait.
Et avant même qu'il ne put s'en apercevoir il avait reçu un coup fulgurant de la part du concerné. Violent coup qui l'avait mit au sol, davantage par la surprise et la rapidité du geste que par sa force, mais tout de même, au sol. Il ne s'était pas relevé immédiatement, Saga savait que malgré sa position, il gardait un certain avantage sur le combat qui avait lieu entre Rhadamanthe et lui.
-Alors qu'est-ce que ça te fait de me voir si ravagé ? On t'a tant répété que le plus puissant juge n'était qu'un colérique sans cœur et sans âme que tu y as cru les yeux fermés, hein ? Ne me prend pas en pitié, tu me dégoûtes.
Les poings serrés, Rhadamanthe devait bien avouer qu'il souhaitait que le gémeau ne réponde pas à sa soudaine attaque. Il fallait dire aussi qu'il avait du caractère, le juge des enfers, et qu'il ne se laissait pas aussi aisément marcher sur les pieds. Surtout pas par le grand Saga…
Néanmoins, la réponse du troisième gardien ne s'était pas fait attendre. Dès lors qu'il fut relevé il n'avait pas tardé à lui rendre la pareille, fendant la lèvre du dragon qui, lui, avait à peine reculé d'un pas. Il fallait dire qu'il s'y était attendu, à celle-ci. Mais leur joute en était restée là.
C'était derrière eux, en bas des marches. Cette présence, cette prestance, sans doute encore amer et blessé, il était venu au sanctuaire. Personne n'aurait pu dire les raisons pour lesquelles Kanon avait décidé d'apparaître ce soir, Rhadamanthe avait tout de même la satisfaction de savoir que Saga ne lui avait pas menti, et la dérangeante impression que l'ex dragon des mers avait commis une petite erreur de parcours. À qui la faute ?
-Tu n'es pas le bienvenu au sanctuaire, Rhadamanthe. Retourne d'où tu viens ou je me ferais un plaisir de t'y envoyer. N'avais-je pas demandé à ce que tu ne viennes pas ici ?
-Où étais-tu ?
-Ça ne te regarde pas. Tout va bien Saga ?
Le cadet des gémeaux gravit les dernières marches et posa une main réconfortante sur l'épaule de son aîné, inquiété de la rougeur qu'il pouvait constater sur sa joue. Il soupira, ces deux crétins en étaient venus aux mains alors que… ce n'était plus si important. Un regard douloureux lancé dans la direction de Rhadamanthe le dissuada d'avancer comme il avait prévu de le faire.
-Tu devrais aller te coucher. Je m'occupe personnellement de lui.
-C'est à moi de te protéger.
-Allons Saga, il faudrait qu'il y ait une quelconque menace dans le coin pour qu'il faille me protéger. Puis je suis un grand garçon, maintenant, va.
Le dernier regard que gemini numéro un avait lancé au spectre aurait fait trembler tous les dieux de la planète tant c'était menaçant, Rhadamanthe avait haussé un sourcil avant de lui faire dos en croisant les bras, touchant sa lèvre du bout du pouce.
-N'y touche pas avec tes sales pattes, ça va s'infecter. Il ne t'a pas raté.
Kanon eut un grondement pour toute réponse, mais ça ne le fit pas sourire pour autant. Ça éveillait davantage de douleur liée aux souvenirs dont il en avait plutôt que la sensation d'un petit bonheur retrouvé. Et diable que c'était douloureux, Rhadamanthe et sa façon rude de tenter de le retrouver n'étaient que de petits parasites assassins. C'était justement pour cette raison qu'il lui avait prit le poignet pour l'entraîner dans le hall du troisième temple. Pas plus loin, jamais. Parce que sa place était là, à l'entrée. Cet endroit où il pourrait se lamenter à loisir de ce qu'il avait fait et demander une chose qu'il n'obtiendrait jamais : un pardon. Rhadamanthe devait en prendre conscience. Mais Kanon ne se doutait certainement pas qu'il le savait déjà. Mais qu'il caressait tout de même l'espoir de le voir sien de nouveau.
Rhadamanthe pouvait lire la stupéfaction sur le visage de Kanon, il l'avait sagement attendu, sans rien dire ou faire, planté droit comme un piquet à l'endroit même où il l'avait laissé. Une trousse à la main, il retrouva bien vite son visage qu'il voulait impassible. Et la wyverne souriait. Parce que c'était une petite victoire en soit de se voir cajoler de la sorte malgré le fait que Saga n'était sans doute pas dans un meilleur état. Parce que Kanon choisissait de le soigner lui, et pas son frère. Il savourait le goût de cette petite victoire comme le meilleur des scotchs.
Un coton imbibé d'alcool entre les doigts, le dragon des mers s'approchait de lui, les yeux rivés sur la lèvre fendue. Ça et rien d'autre. Et le juge continuait de regarder la main avancer vers lui jusqu'à ce qu'il ne louche, et que ça finisse par lui faire mal aux yeux, alors il se concentra sur le visage de Kanon. Visage qu'il avait vu des centaines de fois sans prendre le temps de le regarder à ce point là.
Il était si proche, et si loin à la fois. Le grain n'était pas parfait, à croire que le cadet-gemini était encore en proie à une petite acné à son âge, rien d'odieux, tout de bien dissimulé derrière les mèches océanes qui dévalaient le long de ses tempes, sur les joues pour se perdre dans le cou et sa nuque dans des ondulations rappelant l'océan ravagés qu'il avait admiré plus tôt. À vrai dire, le gémeau avait cette même odeur doucement iodé, mais pas à s'en piquer le nez. C'était plus doux, comme une rivière salée qui passe le long d'un champ de pelouse fraîchement tondue. Kanon sentait et respirait la liberté et le soleil de Grèce. Ça se reflétait même sur son teint doucement halé qui atténuait plus encore les petites imperfections. Un front large, adroitement caché, un nez fin et aquilin sur la pointe, des lèvres charnues et pleines –il le savait pour y avoir goûté. Des fossettes de chaque côté lorsqu'il souriait, un menton volontaire, des pommettes saillantes creusant à peine ses joues. Il avait les joues nettement plus emplumées que celles de son frère. Et un je-ne-sais-quoi dans le regard et son sourire qui lui donnait cet air taquin d'enfant canaille. Des reflets entre le turquoise et le bleu glacé. Juste une pointe de vert.
-Je t'aime.
-Ne bouge pas, Rhadamanthe. Ou je ne saurais pas le désinfecter correctement.
C'était une réprimande comme celle que l'on fait à un enfant. Et le juge accusa le coup avec une moue boudeuse, il reprit bien vite son sérieux. Kanon ne lui avait pas répondu, et pourtant il avait clairement entendu cette déclaration, parce que son regard brillait différemment, parce que sa respiration avait été coupée deux secondes, parce que son corps entier s'était crispé.
-Je t'aime, Kanon.
Cette fois-ci il n'eut pas de réprimande, mais toujours pas de réponse. Pourquoi ? Il voulait savoir pourquoi son Kanon ne répondait pas. Assis l'un en face de l'autre, l'ex-marina se contentait de garder les yeux sur les lèvres abimées, le soignant avec une précision presque chirurgicale. Les mains de Rhadamanthe trouvèrent leur place sur les genoux de son vis-à-vis. Sans les caresser, sans rien tenter d'autre. Juste pour le toucher, avoir ce petit contact qui brûlait ses paumes de main. Il y en avait assez, Kanon ne le repoussait pas, il avait eu un petit spasme en sentait les mains, mais il ne l'avait pas repoussé, alors il y avait assez de ce simple contact. Il signifiait bien des choses, un espoir. Douloureux espoir, mais il subsistait.
-Je t'aime. Vraiment. Je t'aime.
-Cesse de nous faire plus de mal que de bien, veux-tu ?
-Kanon, il faut vraiment qu'on parle.
-Non, dès que tu ouvres la bouche j'espère que quelque chose de doux va en sortir, mais ce ne sont que des épées plus tranchantes les unes que les autres. Alors ne parle pas. Moi je ne veux pas parler, ni t'écouter. Alors arrête de te faire du mal et de m'en faire par la même occasion.
-Non. Parce que tu sais que tu m'en fais aussi ?
-Oui, j'en ai conscience. Mais ce que tu ressens, Rhadamanthe, ce n'est rien. Si tu es anéanti, détruit, brisé en des milliers de morceaux, sache que pour moi chaque morceau a de nouveau été brisé, piétiné, chauffé à blanc, réduit en simples grains de sable et à ce stade là, rien ne saurait les façonner de nouveau. Alors tu as mal, c'est bien, bravo. Tu sais encore ressentir la douleur là où, moi, je suis mort.
-Je ne cesserais pas de te faire du mal. Tu m'en feras toujours aussi. Mais je ne cesserais jamais de t'aimer, et tu m'aimes aussi.
-Oui. Mais je n'en ai pas envie, je n'ai pas besoin de t'aimer.
-Tu regrettes de le faire ?
-J'ai terminé de te soigner. Pars maintenant.
-Tu regrettes de m'aimer encore ?
-Pars !
Leurs cosmos étaient calmes, c'était certain, celui qu'il ressentait était sans doute celui de Saga, ou d'un autre parce qu'il semblait plus lointain. En tout cas, il n'était pas fort présent. Rhadamanthe avait simplement cessé de parler, Kanon ne disait rien non plus. Il ne bougeait pas de place, pas d'un iota. Ils se regardaient et chacun pouvait voir de l'autre la déchirure provoquée, évidement ça ne servait à rien de revenir sur le fait principal, l'un et l'autre savaient parfaitement le départ de toute cette histoire et le juge semblait en prendre la plus grande responsabilité, c'était la seule chose que Kanon avait souhaité. Qu'il ne soit pas jugé d'avoir, pour une fois, été clair sur ses sentiments. C'était pour ça que Rhadamanthe avait prit la faute sur lui.
Ses mains serrèrent avec un peu plus de force les genoux sous ses paumes, et l'une d'elle quitta la jambe du dragon des mers pour se loger sur son cou, poussant du bout des doigts quelques mèches de cheveux, pas toutes. Il pouvait sentir la douceur sous son pouce et son index, la fermeté et la tiédeur de sa peau sous le reste de sa main.
Ils connaissaient l'un et l'autre les tenants et aboutissants de ce geste, et Kanon ne reculait pas. Mais il ne le regardait plus, comme si le simple fait de fuir son regard et fermer les yeux lui permettait de ne pas ressentir la douleur en avance de ce qui allait suivre.
Pourtant, retrouver les baisers sauvages et durs de Rhadamanthe éveillait, qu'il le veuille ou non, une chaleur ardente qui se répandait dans ses veines aussi rapidement que possible. Il n'y avait rien de doux, tout était bestial, une recherche de l'autre impatiente et incendiaire. Un arrière goût d'abandon qui ne venait pas, et pourtant, le juge l'avait senti. Noué au creux de sa gorge, ce son qui ne venait pas mais ne cessait de croître encore et encore, au fur et à mesure que les langues se trouvaient se nouaient et s'embrassaient, se découvraient encore une fois, une nouvelle fois.
Kanon mourrait d'envie de lui faire confiance, d'à nouveau pouvoir s'offrir sans retenue dans ses bras, pourvu qu'il ne le laisse plus tomber de si haut. Il n'avait simplement pas la force de le formuler, de l'accepter et de le dire, c'était à Rhadamanthe de comprendre sans que les mots ne viennent. Pourtant, il avait comprit ceci dans ce simple échange, mêlant autant la peur de sombrer que d'être de nouveau abandonné.
Cette nouvelle intimité avait quelque chose de plus puissant encore que leur liaison précédente. Sans doute par le fait qu'elle s'était créée sur une explication nouvelle formulée par le corps, dite du bout des lèvres et sans mots. Après cet échange, Kanon lui avait de nouveau intimé de s'en aller. Plus doucement, avec moins de douleur dans la voix, avec ce petit truc qui lui faisait comprendre qu'il pouvait revenir au sanctuaire une prochaine fois.
Même si l'envie lui avait tenue de rester encore, le serrer dans ses bras jusqu'à se fondre dans son corps, Rhadamanthe était parti, un dernier baiser, un dernier regard puis il avait disparu dans la nuit sans lune. Il avait disparu de nouveau dans son monde éternel, les enfers.
NdA : Lali-oh ! Et voici, voilà, le chapitre sept de "L'enfer est pavé de bonnes intentions". Je me régale de plus en plus avec ces chapitres. Rhadamanthe et Kanon sont vraiment deux personnages sur lesquels il me plaît d'écrire et c'était un délice de rédiger celui-ci. Par sa douceur et sa violence, mais une violence douce. Vous voyez ce que je veux dire, hein ? Dans tous les cas, ce chapitre -attention, personne narcissique en approche- me rend vraiment fière de moi et de mon travail. Je ne doute pas que ce n'est pas parfait, mais vraiment, j'ai aimé l'écrire, j'y ai mis mon coeur et mes tripes dedans. C'est sans doute celui qui me plaît le plus jusqu'à maintenant. Sans savoir si ça vient de la douleur de Kanon et de ses espoirs qu'il ne parvient pas à accepter et formuler, ou de la ténacité de Rhadamanthe et la façon qu'il a de s'abandonner à ses sentiments et le dire à Kanon, laissant derrière lui fierté et orgueil mal placé. Breeeeeeeeeeef, j'aime ce chapitre. Et je le dédie, encore une fois, comme l'entièreté de cette fiction, à celle sans qui ça ne serait pas possible, celle qui m'a fait tomber amoureuse de ce pairing, celle qui me soutien sans faillir jamais, la femme avec qui je partage ma vie.
Sur cette note guimauve à souhait -oui je suis toute amoureuse haha!- je vous souhaite une bonne journée ! N'hésitez pas à laisser vos impressions, que ce soit par MP ou en commentaire, je me ferais un plaisir de vous répondre. Bisous à vous sur vos deux joues !
