Bonjour ou bonsoir ! :) aujourd'hui un chapitre plus long que d'habitude, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture !
La fête battait son plein depuis pas mal de temps déjà. Sauf que lui ne s'amusait plus du tout. Armand était même fortement agacé mais tentait de se retenir.
Debout dans la cage d'escalier, il pouvait entendre la musique comme s'il était encore dans l'appartement. Cependant, il ne prêtait d'attention qu'à sa petite-amie qui était face à lui. Les bras croisés sur sa poitrine, elle le fixait d'un regard noir. C'était lui qui avait pris la parole en premier.
- Je peux savoir ce que tu faisais avec Mickaël ? Déjà que cet imbécile est présent, tu cherches en plus à te faire bien voir en lui parlant !
Le concerné avait monté en popularité de manière plus qu'étonnante. Il n'était pas certain, mais il se doutait que c'était en lien avec le trafic de drogue dont il était un échelon. Loin était le moment où les gens lui avaient tourné le dos quand il s'était fait mettre à terre par lui. Le petit peuple changeait vite d'avis. La mémoire politique était de trois ans, celle d'un lycée de quelques jours à quelques semaines à peine.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? C'est toi qui a décrété que c'était une personne à qui ne plus parler. Pas moi.
- Et ai-je tort ? Il est lourd et irrespectueux. Tu veux vraiment être amie avec des individus de son espèce ?
Il eut une moue dégoûtée. Présentement, il ne la comprenait pas.
- Pourquoi pas ? De toute manière, personne ne vaut mieux que lui dans mon entourage.
- Retire ce que tu viens de dire.
Il détestait être comparé, et encore moins avec des types qui ne valaient rien à ses yeux. Et il ne doutait pas un instant que c'était de lui dont elle parlait. Elle le défia du regard.
- Hors de question. Tu le décris comme ça mais toi tu es quoi ? Un petit prétentieux qui ne pense qu'à sa putain d'entreprise familiale ! Y a absolument personne qui compte pour toi ! Même moi j'en suis sûre.
De son point de vue, elle exagérait. Tout le monde ne comptait pas pour lui, certes, mais certains avaient de l'importance. Il n'était juste pas de ceux qui s'exprimaient sur le sujet.
- Je peux savoir pourquoi alors tu sors avec moi si tu as si peu d'estime pour moi ?
- Ne retourne pas la situation. J'ai crû quand je me suis mise à t'apprécier que c'était réciproque. Seulement j'ai eu tort, n'est-ce pas ? Je peux faire n'importe quoi, tu t'en fiches royalement.
- Tu me provoques, c'est différent. Je ne tombe pas dans ce genre de piège.
Elle s'énerva de son commentaire. Sa réplique suivante fut très autoritaire, résonnant à travers les étages. Elle voulait sérieusement lui faire dire ce qu'il pensait.
- Est-ce que j'ai tort, Armand ?
Il hésita. Puis décida de s'en ficher. Il avait bien d'autre chose à penser après tout que trouver un mensonge. Ses mots se firent bien plus calmes et sérieux que les autres.
- … Non. Je ne suis effectivement pas amoureux de toi.
- Pourquoi est-ce que tu t'entêtes à vouloir garder cette relation entre toi et moi ? Répond !
Ses mains atterrir sur son torse pour le pousser de colère. Il ne fléchit pas, mais ça ne l'irritait pas moins pour autant. Sa mâchoire se crispa. Il en avait marre de ce genre de conversation qui revenait régulièrement. Sauf que ce soir, elle l'agaçait tant qu'il ne se préoccupait pas de comment ça finirait.
- Bonne question. Voyons voir … Peut-être parce que tu n'es pas toute seule à avoir des besoins physiques ? C'est toujours mieux d'avoir quelqu'un pour les assurer. En plus, tu fais partie des plus traquées dans le lycée par les garçons, donc c'est pas mal pour l'ego de t'avoir à mon bras.
Plus il parlait, moins elle appréciait. Il sentait très bien que le dernier point serait fatal.
- Mais surtout : j'ai juste dis oui pour sortir ensemble. Ce n'est pas un mariage, je ne me suis pas engagé envers toi. Et je ne l'aurais jamais fais si j'avais su à quel point tu deviendrais autant un poids pour moi !
La claque résonna dans la cage d'escalier. La douleur du coup, il la ressentit après l'avoir entendu ; stupéfait qu'elle agisse ainsi. Il fut d'ailleurs plus choqué par le geste, qu'il eut mal à cause de son impact sur sa joue. Jamais il ne l'avait vu agir de cette façon avec quelqu'un. Sinon, il aurait considéré cet accident comme pouvant arriver.
Elle le regarda droit dans les yeux, comme libérée de sa colère par son attaque. Ses mots furent d'une froideur telle qu'il préféra rester sur ça comme fin de conversation.
- Tu n'es pas comme eux, Armand. Tu as raison. Tu es pire que tout ce qu'ils pourraient être s'ils étaient réunis. J'espère qu'aucune autre fille n'aura à subir ta présence dans sa vie de cette manière. Tu ne le mérites pas. Moi, dans tout ça par contre, je mérite largement mieux que toi. C'est la meilleure décision de cette année que je vais prendre ce soir : c'est terminé entre nous.
[...]
Assis sur les marches de l'entrée de l'immeuble, il observait le ciel à travers les bâtiments. Les étoiles étaient à peine visibles ce soir. Toutefois, c'était plus intéressant que de regarder la rue ou les rares passants. Quand quelqu'un ouvrit la porte, il ne lui prêta pas attention. Jusqu'à ce qu'elle s'assoit à côté de lui ; assez proches pour que leurs épaules s'effleurent.
Malgré son désir de solitude, il ne la repoussa pas. Dans un sens, il avait besoin aussi d'un contact humain. De réconfort, même s'il n'était pas aussi mal en point qu'il devrait. Après tout, Lina n'était pas son univers. Il en serait sûrement remis dès le lendemain. C'était juste la dispute qui était encore trop présente dans son esprit. Lorsque sa voisine se mit à parler, il nota aisément le même état d'esprit dans sa voix attristée.
- J'ai perdu mon cavalier pour ce soir.
- C'est une tradition, faut croire.
- Tu accepterais … de le remplacer ?
Il lui jeta un coup d'œil. Était-elle sérieuse ? Sa question lui apparut plus qu'étrange. Il l'observa tenter d'allumer une cigarette sans succès, le briquet étant hors service. L'indestructible Maxance était donc capable d'un quelconque sentiment. C'était rassurant, elle n'était par conséquent pas une robot.
- Pourquoi ? Tu es la personne la plus indépendante que je connais. Tu n'en as pas besoin.
- Je ne veux pas être seule cette nuit.
Certes, ce n'était pas la même chose. Son regard se reporta ailleurs, un peu moins indifférent. Il devait lui accorder raison sur ce point-ci.
- Je ne peux pas mieux te comprendre.
Il y eut un silence entre eux. Puis, il soupira. Après tout, ils ne pouvaient pas faire pire. Dans un mouvement paresseux, il se releva et tendit la main vers elle. Ses doigts se mêlèrent aux siens et ils remontèrent vers la fête.
Ils ne se sentaient pas encore d'humeur à la quitter. Les deux heures suivantes se fondèrent sous le programme d'un mixe d'alcool léger et de provocations amicales. Ils étaient parmi les autres mais vivaient comme s'ils étaient dans un lieu différent. Ils n'eurent que de très courtes interactions avec leurs camarades.
Quand la musique changea de ton pour un slow, elle l'entraîna de force sur la piste de danse. Il n'était pas vraiment un danseur. En tout cas, pas sur ce type de danse. Ce n'était pas tout à fait son genre. Seulement, il ne parvint pas à se dégager de sa poigne. La fourbe y tenait.
À travers les couples qui s'enlaçaient, il ne se sentait pas à sa place. Pas légitime, tout du moins. Maxance non plus, mais elle semblait juste vouloir ignorer les conventions. Faire ce qui lui plaisait. Se fut elle qui se blottie contre lui et entoura sa nuque de ses bras. Lui, il se contenta de sa taille, se balançant moyennement pour copier le mouvement ; comptant avec espoir les secondes pour qu'elles défilent plus rapidement.
La situation était ridicule. C'était sûrement un signe d'ailleurs. Ça n'était pas désagréable de passer du temps avec sa partenaire, mais l'ambiance générale autour de leur duo le pesait. Rompre et que les deux partis restent au même endroit n'était pas très optimal pour s'amuser librement. Il s'inclina de manière à ce qu'il puisse lui souffler quelques mots à l'oreille à ce sujet.
- Après celle-ci, je rentre.
Il comprit qu'elle l'avait entendu par son hochement de tête. C'était un peu laborieux aux vues du bruit ambiant. Seulement, cette danse avait achevé son humeur pour cette soirée.
Néanmoins, lorsqu'il voulut se remettre droit, elle le retenu. Le fixant droit dans les yeux, il eu du mal à accepter ce qu'il y lu. Il dû se faire une raison. Il n'était pas non plus aveugle sur ce genre de message, ni volontaire pour le prétendre. Apparemment, il n'était pas le seul à la trouver attirante. Ça semblait être réciproque.
De base, il ne pensait juste rien faire à ce propos. Pourquoi faire, de toute façon ? Ce n'était pas la seule à lui plaire. C'était le côté Super qui jouait pas mal, sans compter qu'ils avaient certaines perspectives de vie communes. Elle cochait des cases par le plus grand des hasards. S'il se rendait sur la banque de contrats de la Flander's Company, il en trouvait des centaines comme elle. Puis, il n'était pas de ceux qui se jetaient sur le premier corps qu'ils trouvaient attirant. Parfois oui, mais pas toujours. Chacun avait ses périodes.
Peut-être que ce soir il avait besoin de se changer les idées. Sa solitude prit le parti de suivre simplement le mouvement. Advienne que pourra. Même si quelques secondes à peine passèrent entre sa décision et celle qu'ils eurent sans communiquer. Ils ne se quittèrent pas du regard. Leurs nez se touchèrent.
Sa respiration s'était faite plus courte. Son cœur s'emballait dans sa poitrine. C'était grisant, cette petite sensation grandissante quand ils savaient tous les deux ce qu'il allait se produire mais le retardaient. Dans ces moments, il aimait perdre le contrôle juste la seconde précédent l'action attendue.
Il se détendit donc, l'amenant également contre lui. Puis, elle l'attira à elle encore plus et ce fut leurs lèvres qui entrèrent en contact. Le baiser fut maladroit, mais ne leur coupa pas l'envie de continuer. Au contraire, ils semblaient bien mieux s'entendre lorsque leurs langues se délièrent.
Lui qui pensait mettre du temps avant d'avoir à nouveau ce genre d'échange, il s'était trompé. Il ne regrettait vraiment pas d'être juste descendu et non pas d'être parti totalement. Au moins, la soirée reprenait un peu d'intérêt. Ils ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils réalisèrent s'être stoppés dans leur danse. Et d'être épiés par une petite partie des invités.
Ça le conforta dans l'idée de mettre fin à ce carnage de fête. Il n'était pas friand d'avoir un public, même s'il se frustrait à ne pas juste l'embrasser. Il prit le chemin pour s'exclure de la foule, suivit de près par Maxance.
La route en direction de chez lui se fit périlleuse. Ils n'avaient pas tout à fait envie de marcher, puis de se prendre les transports potentiellement chargés. Ce qui les intéressait bien plus, c'était de s'arrêter tous les quelques mètres pour profiter l'un de l'autre. Ils mirent donc le double de temps initial pour parvenir à l'appartement.
Une fois à l'intérieur, il se rappela qu'ils n'étaient pas seuls. Son père était dans son bureau, en train de travailler, sûrement avec un verre de whisky. Il la stoppa, puis lui indiqua d'être très silencieuse d'un doigt sur ses lèvres.
Il s'avança en direction du bureau, sur la pointe des pieds. La porte était entrouverte, ce qui lui permit de voir à l'intérieur. D'un nouveau signe, il lui donna la direction de sa chambre. Tandis qu'il faisait le guet, son père le repéra car sa camarade rentra accidentellement en collision dans un objet. Le regard paternel atterrit sur lui, seule personne visible à la porte depuis sa place à son bureau.
- Tu es déjà de retour ? Je pensais que tu comptais rester tard.
- Il est tard. J'étais fatigué, j'ai préféré rentrer.
- Est-ce que tu as eu le temps de réfléchir à notre dernière discussion ?
Il se renfrogna, subitement blasé. Leur échange concernait quelques jours intensifs d'inclusion de leurs recrues. Similaire pour lui à un stage d'observation, où il ne ferait absolument rien.
- Je reste sur mes positions. Hippolyte a bien d'autres intérêts que de m'avoir avec lui dans ce genre de moment.
- Monsieur Kurtzmann est sous mes ordres. Il obéira si je lui fais part de ta présence.
Il leva les yeux au ciel. Toujours cette manie de son père d'appeler ses employés par leurs noms de famille. C'était un argument pour lui pour rappeler qui était le patron. Il n'approuvait pas du tout. Après tout, presque tout le monde se tutoyait dans l'entreprise, sauf en s'adressant à lui. C'était une distinction suffisante pour marquer un respect différent.
- Ne fais pas l'insolent. Estime toi heureux que je te laisse ton avis sur la question de ton prochain poste.
Certes. Il était facile de voir que ce n'était pas la chance de tous les concernés. Même s'il essaierait d'avoir une autre attribution. Le DRH le ferait morfler s'il se retrouvait à devoir rester autant d'heures avec lui, «sous sa garde». Il allait souffrir. Et lui en prendrait un bien trop malin plaisir.
- Je vais dans ma chambre. J'étais simplement passé te souhaiter une bonne nuit.
- Très bien. Tu diras donc à ton invitée de se faire plus discrète si à l'avenir tu veux que ce genre d'excuse fonctionne.
Oups. Mal à l'aise, il ne su quoi lui répondre. Il se décida donc de juste partir, avant que son père ne l'interpelle à nouveau pour une dernière consigne.
- Si tu n'as pas pris tes précautions, tu fais un tour par la salle de bain, veux-tu ? Il est hors de question qu'une histoire d'enfant bâtard soit associée à notre nom. Suis-je bien clair ?
- … Cristal.
Il n'avait pas trouvé mieux comme réponse, avant de s'éclipser. Il souhaitait plus que tout oublier la dernière minute. L'effacer complètement de sa mémoire. À jamais.
Sa camarade l'attendait à quelques mètres, l'interrogeant par signes pour lui transmettre son incompréhension. Il attrapa simplement sa main au passage et l'ignora. Ce n'était pas le type d'échange qu'il raconterait.
Ils se faufilèrent donc jusqu'à sa chambre, où un nouveau problème familial se posa : la cadette Trueman. Assise en milieu de couloir, elle jouait. Jusqu'à apercevoir son oncle. Qu'avait-il fait au ciel aujourd'hui pour qu'il lui en veuille ?
- Je l'avais oublié celle-ci.
- J'aimerai bien de temps en temps.
Comme si elle comprenait à travers leurs chuchotements qu'ils parlaient d'elle, la petite leva les bras pour être prise. Maxance lui lança un regard amusé avant de l'abandonner pour rentrer dans sa chambre. Le sien toisa l'enfant.
- Choupinette, tu ne veux pas aller dormir ? Ton père va te border et tu vas faire de jolies rêves.
Il s'était approché, sauf qu'elle n'interprèta pas son mouvement correctement. Elle tendit encore plus les bras, commençant à marmonner des sons. Il s'accroupit donc et posa un doigt menaçant sur sa tétine. L'enfant sursauta à l'intrusion.
- Non. Tu m'oublies ce soir, je n'existe pas pour toi. Tonton a aussi besoin de respirer. Donc tu prends Blacky, pis tu vas ailleurs.
Elle le regarda avec curiosité. Attentive.
- Eh oui, c'est dur à admettre, je sais. Va falloir t'y faire. Tu n'es pas la seule femme dans ma vie, j'ai d'autres statuts sociaux que celui d'oncle. Maintenant, déguerpie.
Il l'attrapa sous les épaules et la positionna à quatre pattes vers la chambre de Georges. Puisqu'elle souleva une main mais le fixa sans bouger plus que ça, il devina qu'il devait agir plus. Il se redressa complètement et la poussa gentiment au niveau de sa couche avec son pied, indiquant la porte.
- Allez, file.
Cette fois-ci, elle s'exécuta. Pas très vite ni avec beaucoup d'enthousiasme, mais elle obéissait. Il put donc rentrer dans sa propre chambre sans plus s'inquiéter pour elle.
La porte refermée derrière lui avec le loquet, il se sentit plus léger. Enfin ils étaient isolés de quiconque existait hors de cette pièce. Son invitée était installée sur le bord de son lit, à l'observer. Les bras tendus vers l'arrière, les jambes croisées. Il s'étira en retirant ses chaussures. Ce fut elle qui reprit la parole en première.
- Tu as l'air exténué.
- Je dois avouer que cette journée n'est pas de tout repos. Pas toi ?
- Si. Viens me rejoindre, on va dormir.
Ils passèrent à des vêtements plus confortables pour la nuit. Lorsqu'il s'allongea sous les couvertures avec un soupir de satisfaction, elle se rapprocha de lui. Il sentit sa main entourer son bras et son souffle dans son cou. Le silence s'éternisa jusqu'à ce qu'il l'entende comme réfléchir à voix haute.
- Tu es différent des autres.
- Oh non, pitié. Pas ce genre de discours de «les mecs sont tous des imbéciles, toi tu es différent».
Il ne l'avait vu que dans les sitcoms, mais avait toujours prié pour ne jamais le recevoir. Il avait également ouï dire que certaines filles de sa classe s'en passionnaient. Ça l'avait plutôt bien fait réfléchir sur sa propre relation. Heureusement, son -à présent- ex-petite-amie avait fait l'inverse. Un argument véridique et de taille pour une rupture : c'était lui seul qui n'était pas correct.
Dans l'obscurité, il vit sa voisine se redresser sur un coude, lui faisant ainsi face. Elle semblait sérieuse et une pointe irritée par son commentaire.
- Je ne parlais pas de ça. Je disais ça en général. Tu n'es pas pareil. Tu n'agis pas pour le bien. Tu ne prétends pas. Ici ce serait plus toi l'imbécile et les autres des gentils.
Cette situation représentait une des rares fois où l'insulte n'en fut pas reçue comme une. Puisqu'elle n'en était pas une, finalement. Juste un fait d'un point de vue manichéen. Ça lui parut étrange de noter la différence. Ce n'était pas des plus communs.
- C'est de famille. Ce n'est pas comme si les Trueman étaient célèbres pour leur côté Super-Héro.
Ce qui avait son lot d'inconvénients. Il pourrait passer une soirée entière là-dessus. Juste raconter des anecdotes durant le lancement de la Flander's Company -et surtout la genèse de sa célébrité-, où il avait eu ou assisté à des commentaires déplacés sur une évidence que toute sa famille était des enfoirés de première. Servir le mal et l'incarné étaient deux points différents. Certes il n'était pas des plus altruistes, cependant il pouvait acquérir un certain capital sympathie sans trop se forcer. S'il n'avait rien fait à quelqu'un, ce quelqu'un n'était pas supposé lui en vouloir.
- Tu as choisi d'être comme ça. Tu aurais pu vivre la même vie que les autres, mais non. Tu as choisi de suivre qui tu étais vraiment.
Comme Georges, en fait. Il ne répondit rien. Les questions qui lui venaient avec ce genre de sujet étaient brouillées par tout ce qu'on lui enseignait. La socialisation ou l'instinct ? C'était trop difficile de prendre parti.
Après quelques secondes de silence, il se décida à reprendre la parole. Il devait savoir quelque chose. S'il ne le demandait pas maintenant, la suite ne lui en laisserait pas la possibilité. Il le savait par les frémissements qui remontaient son échine aux caresses très légères qu'elle se passionnait à tracer le long de son bras. Ses pupilles rencontrèrent les siennes.
- Est-ce que tu es une Super ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
Son ton en disait autrement. Et personne ne pouvait décemment répondre ça à leur époque. Il fronça brièvement les sourcils.
- Tu mens. Tu peux me le dire. Je ne te jugerais pas.
Les lèvres de sa voisine se pincèrent. Elle hésitait, visiblement. Elle s'autorisa un instant pour réfléchir, avant de décider d'avouer. Il resta perplexe à sa réponse.
- Oui.
- Pourquoi tu te caches ? Tu n'es pas la seule.
- Parce que je ne l'utilise pas à bon escient.
Ces mots éveillèrent une lumière dans son esprit. Elle n'était pas stupide. Pas du tout. Elle semblait même très bien maîtriser ses capacités. Elle avait déjà prouvé par le passé être prête à prendre son camp, en plus. Bien évidemment qu'avant d'avoir une assurance d'être prise au sérieuse elle devait prétendre.
Que pouvait-il bien en faire ? C'était un atout à garder précieusement dans sa manche. Surtout avec la voie qu'il comptait prendre dans l'entreprise familiale. À quel moment serait-elle la plus utile ? Il devait en apprendre plus sur toutes les facettes de ce qu'elle pouvait faire. C'était primordial avant toute décision.
Mais surtout, il ne devait pas la laisser entrer dans l'entreprise avant d'en être le PDG. Ce ne serait ainsi que son mérite à lui.
- Je ne suis pas de ceux qui vont te le reprocher.
- C'est pour ça que je te dis que tu es différent.
Le ton de leur échange se modifia. Elle lui lança un regard plein de malice. Sans le quitter un instant des yeux. Un frisson remonta le long de son dos. Il devait avouer qu'elle avait un charme fou. Tant qu'il ne parvenait pas à détacher son attention par moment. Ce qui ne le dérangeait pas plus que ça.
Surtout quand elle se pencha pour l'embrasser. Ce fut d'un baiser bien plus entreprenant que plus tôt. Bien évidemment, ils savaient tous les deux qu'en atterrissant ici à l'abris de tous les regards, ils ne dormiraient pas tout de suite.
Ils le surent bien plus quand elle bougea pour se positionner de façon à s'asseoir à califourchon sur lui. Il n'avait pas de problème à comprendre qu'elle savait ce qu'elle voulait. Et surtout comment l'obtenir.
Ça réveillait en lui pas mal d'émotions d'ailleurs. C'était bien mieux d'être avec quelqu'un qui s'exprimait clairement sur ce point. Si c'était formulé correctement, ça lui permettait même d'avoir encore plus envie. Présentement, il se réjouissait de la proximité qu'elle imposait entre eux.
Il remonta ses paumes le long de ses cuisses, s'aventura tant sur sa taille que le bas de son dos. Leurs gestes n'étaient pas forcément brutaux et passionnés. Ils prennaient leur temps, impatients mais réalisant juste leurs envies. Approfondir pour mieux apprécier le gain final. Leurs mouvements créaient des frictions qu'il aimait particulièrement. Il l'incitait dans de fines pressions à ce qu'ils ondulent d'une certaine façon. Elle, elle lui donnait déjà l'impression d'avoir parcouru chaque centimètre de son torse. Ceci dû à tous les frémissements qu'elle lui faisait ressentir. Il ne voulait plus qu'elle s'arrête.
Entre deux baisers, proche de ses lèvres, elle lui formula plus explicitement son désir d'un «Retire ton t-shirt.». Sa voix cassée par sa respiration, mais toutefois pleine d'autorité. Il manqua de ne pas l'entendre. Un coup d'œil vers lui-même lui confirma ce qu'il pensait. Elle lui avait déjà à moitié mâché le travail. Puisqu'elle maintenait fermement le tissu, il laissait déjà apparaître une bonne partie de son ventre.
Redressée sur lui sans trop non plus s'éloigner, elle fit qu'un sourire perça son expression. Il se sentait subitement joueur. Quitte à être dans ce genre de situation, il n'allait pas manquer de la tester. Elle était déterminée, non ? Il allait voir à quel point.
- Je n'ai jamais laissé entendre que c'était dans le programme que tu commandes.
Il emprisonna entre ses dents sa lèvre inférieure. De son index, il fit se lever légèrement le bas du t-shirt qu'elle portait, avant de le libérer. Ceci avec une attitude pleine d'assurance même s'il partait défavorable.
- Je pourrais d'abord récupérer ce qui m'appartient. Ça serait plus juste, non ?
Après tout, il pourrait exiger la même chose d'elle. Lui non plus n'avait pas très envie d'attendre avant de la voir retirer une ou deux couches de vêtements.
Il attendit sa réaction avec impatience. Celle-ci ne tarda pas. Elle eut un rire léger mais bref, sonnant particulièrement faux. La main qu'elle avait sur son torse s'ouvrit pour le tapoter gentiment du bout des doigts.
- Aw, que c'est mignon. Armand Trueman qui essaye d'avoir du pouvoir.
Sa bouche s'entrouvrit de surprise. Les mots lui manquèrent. Son ego était piqué à vif avec ce genre de commentaire. Le pouvoir, c'était son credo, pas une simple tentative.
Il se claqua mentalement pour reprendre contenance. Au moins, ça avait le don de devenir intéressant. Elle ne semblait pas prête à perdre sans combattre durement.
- Qu'est-ce qui ferait que ça serait obligatoirement drôle ? Je peux être du genre à ne pas me laisser faire.
- Je n'y crois pas une seconde.
Elle se rapprocha de lui dangereusement. Sa position se fit plus sensuelle. Plus collante aussi. Elle n'hésitait pas à jouer sur la corde sensible apparemment. Il avait l'impression qu'une panthère l'avait remplacée, prête à savourer sa chasse en n'en faisant qu'une bouchée. Au lieu de l'intimider, c'eût le dont de lui plaire. Il jubilait de découvrir où ça les mènerait.
- Pourquoi ?
- Je ne serais pas là si tu n'aimais pas les femmes de pouvoir. Ça se sent très facilement dans les contacts que tu cherches à avoir absolument.
- Présentement, tu inventes.
Son assurance se perdit dès la première syllabe. Zut. Elle le déstabilisait à l'analyser comme ça. De plus, il avait la sensation de perdre sa volonté de résister. Ce fut pire encore lorsqu'elle frôla ses lèvres, le laissant croire à un baiser avant de s'éloigner à chacune de ses tentatives. Un véritable pantin sous son contrôle. Un mélange de frustration et de tentation se battait en lui. Cela se transforma en torture à sa réplique suivante.
- Je mène la danse sur ce terrain. Et je sens très bien que tu ne rêves que de l'idée que je continue. Fais tomber le t-shirt, Armand.
Comment faisait-elle pour savoir quoi lui dire ? Il hésita. Accepter aurait bien plus de sens que juste se retrouver torse nu. Son ego lui hurlait de la repousser, la faire rouler sur le dos et s'adonner à la même mission. Son corps et ses envies, c'était une autre histoire.
Ce fut les seconds qui gagnèrent.
Au bout de quelques secondes à s'infliger cet entre-deux, il la repoussa assez pour se redresser. Ce fut plus fort que lui, il jeta un regard vers la porte. Bon sang ce qu'il priait pour que cette information ne la passe jamais. Il avait tout fait pour toujours s'imposer une limite là-dessus. Le seul fantasme qu'il maintenait prisonnier. Sauf que la barrière s'était fortement effritée ces derniers temps. Un masque dans ces conditions le sciait de moins en moins.
Il agrippa le bas de son haut et s'en débarrassa sur le côté d'un geste sec. Sur le moment, il s'en voulait de s'écouter. Noyé intérieurement entre l'humiliation et son désir ardent. Elle avait intérêt à ne pas lui faire regretter son choix. Ça aurait beaucoup trop d'impact que juste un mauvais souvenir.
Ses lèvres dessinèrent un trait fin, pincées par la crispation. À quelques centimètres de lui, elle affichait une mine victorieuse. Il se maintint assis, se retenant d'une main en arrière, juste pour sauver son amour-propre. Parce qu'entre celle-ci, il voyait également qu'elle était assez satisfaite de la vue. Il lui permettait donc de le regarder sous cet angle.
Il fit semblant d'être détaché, juste un peu contrarié d'avoir perdu. Comme boudeur. Intérieurement, son ego ne pouvait pas se sentir mieux. C'était des plus plaisant de se sentir désirable. La façon qu'elle avait présentement de le dévisager était bien plus qu'explicite sur le sujet.
C'était plus simple ainsi donc de se contenir pour une fois d'extérioriser son contentement d'une réplique narcissique. Surtout pour se contrôler lorsqu'elle laissa couler ses doigts le long de sa peau. La douceur du toucher le fit tressauter.
- Je ne savais pas que tu te musclais autant.
- Tu connais ça. C'est mieux lorsque tu dois te retrouver face à des Supers, même si tu n'es pas sensé les affronter physiquement.
- Ou pour impressionner les filles dès que tu retires ta veste.
Elle ajouta un clin d'œil. Il ne releva pas son commentaire. Il voyait très bien l'effet qu'il faisait et n'avait donc pas à se justifier. Juste à s'en servir en cas de besoin. Comme ici, à se mettre au mieux en valeur.
Ça marqua également la fin de leur discussion. Elle le repoussa contre l'oreiller lorsqu'il tenta de l'embrasser, d'une façon plutôt violente. Le choc amorti lui remit en mémoire qu'elle avait aussi de la force. Il ne retira tout de même pas la surprise de ce qui le traversait à son geste.
Avec avidité, ils reprirent leur occupation première ; découvrant petit-à-petit le corps de l'autre. Se laissant simplement aller à ce qu'ils voulaient faire. Il était content au final de s'être débarrassé de son vêtement, sentant même ainsi la chaleur entre eux augmenter. Chaque sensation était décuplée par le toucher plus qu'agréable de la peau de la jeune femme qui glissait le long de la sienne.
Sa vis-à-vis s'amusa bien vite à descendre dans son cou, glissant par la même occasion une main dans ses cheveux. Il se rappela qu'elle avait plus d'expérience que lui. Tout comme une bien meilleure technique. Son cerveau avait quelques difficultés à suivre le mouvement, tant ses émotions prenaient le dessus.
Il ne parvenait plus à réfléchir, juste à profiter. Son vocabulaire s'était réduit à une série d'onomatopées. Ceci dura un temps qui lui parut infini. Comme s'il chutait dans un gouffre dont il ne souhaitait pas s'échapper. C'était déstabilisant mais cruellement addictif.
Il ne sortit de son trouble que lorsqu'il la sentit passer un doigt au niveau de l'élastique de son boxer. Ça l'électrisa immédiatement. Réagissant au quart de tour, il attrapa son poignet pour la bloquer dans un réflexe. Il était brutalement sorti de l'ambiance qu'ils avaient créé, subitement refroidit.
Sûrement étonnée par son intervention, elle se recula. Lui confirmant également qu'elle écoutait ses réactions, ce qui était un bon point à savoir. Elle lui jeta un regard interrogateur, avant qu'ils ne passent par la parole.
- Non.
- Tu joues encore ou c'est un véritable refus ?
- C'est un véritable refus.
Il vit qu'elle ne parut pas vraiment avoir de réaction particulière. Il eut une seconde de réflexion avant d'ajouter, hésitant.
- Est-ce que c'est ok pour toi ?
- Euh … Oui. Je peux difficilement faire autrement.
- Oui, mais …
- Stop, ne te justifie pas. C'est ok. Je comprend, tu n'as juste pas envie de ça.
Intérieurement, il soupira de soulagement de ne pas avoir à s'expliquer. C'était la première fois qu'il n'en avait pas besoin. Le stéréotype de l'homme qui voulait absolument que ça avait la vie dure. Ça lui portait même la poisse. Il en avait des anecdotes où ses conquêtes pensaient directement qu'elles ne lui plaisaient pas. Pourtant, son corps s'exprimait plutôt clairement là-dessus.
Sauf qu'il voulait encore faire durer le stade où il ne se dévoilait pas complètement. Certes, il ne cherchait pas du tout à se préserver pour l'amour de sa vie ou ce genre de chose. Il n'y croyait pas. Il ne se sentait juste pas prêt pour cette partie-là. Ce qui ne l'empêchait pas d'avoir des envies. Il ne tenait juste pas à passer à la pratique, à expérimenter plus que ce qu'il avait déjà testé. Il était certain que lorsqu'il passerait l'étape, il saurait s'en divertir de façon optimale.
- Quelles sont tes limites ?
- Tu peux me toucher partout, sauf là.
- Est-ce que ça va si je … ?
Elle indiqua sa position pour s'aider à être comprise. Il retint un rire, souriant amusé malgré lui. Ce n'était pas à proprement parlé drôle, mais il trouvait ça charmant qu'elle s'enquiert de cette partie.
- Je ne me plains pas de l'attention particulière à laquelle tu tiens à te frotter.
Au contraire. Ça commençait même à déjà lui manquer, cette petite sensation de complaisance.
- Et toi ?
- Tu peux faire ce que tu veux. J'aime quand quelqu'un prend son temps pour me caresser.
Il eut du mal à avaler sa salive. La pièce semblait également avoir augmentée de quelques degrés. Bon sang ce que certaines tournures pouvaient le rendre dingue, lui retourner l'esprit. Il n'avait plus du tout envie de dormir.
[...]
Allongé sur le ventre, sa tête était enfouie dans les oreillers pour se cacher de la lumière matinale. Encore dans un sommeil léger, il s'agita quand des coups retentirent à sa porte.
- Armand ? Tu es habillé ?
Son esprit embrouillé ne comprit pas tout à fait à quoi il voulait en venir. Il préféra donc la meilleure solution. Tentant de s'exprimer, il ne forma qu'un vague grognement. Il dût se racler la gorge, ce qui laissa le temps à son frère de refrapper.
- Non.
- Ah. Euh … En fait je dois aller faire une petite course rapidement, tu peux garder Cindy en attendant ?
Il réfléchit pendant quelques secondes à toutes les manières légales pour se débarrasser d'eux. Il n'en trouva aucune. La liste qui le mènerait en prison était longue. Toutefois, un accident était vite arrivé. L'espoir perdurait, par conséquent.
- … Armand ?
- Ouais, vas-y. À plus tard.
- Merci ! Je te revaudrais ça !
C'est ça. Il attendait encore ce retour pour les 817 738 dernières fois. Il soupira discrètement. Son regard se perdit sur la place vide à côté de lui.
Ses souvenirs de la soirée précédente lui revenaient comme un film qu'il n'avait pas vécu, dont il n'avait été que spectateur. Il se passa une main sur les yeux. Avec difficultés, il devait accepter ce qui s'était produit. Est-ce que Lina avait vraiment rompu ? S'il avait eu encore une chance, il ne l'avait plus maintenant. C'était certain. Pas avec le fait que pas mal l'avait vu partir avec Maxance.
Cette dernière était vraiment spéciale. Et il avait accepté d'être son jouet si facilement. Ça le sidérait. Lorsqu'il ferma les yeux quelques secondes, il se revit sous elle. Rien que la force de son regard qu'il projeta dans son esprit parvint à le faire frémir. Ses pupilles avaient un effet qu'il ne parvenait pas à décrire. Éventuellement, il se rendormit.
[...]
Une petite heure plus tard, il se fit réveiller par sa nièce. Toujours dans la même position, il y avait seulement un de ses bras qui pendait dans le vide. Ce fut de cette manière qu'elle le sortit de ses songes.
Lorsqu'il ouvrit un œil paresseusement, elle lui offrit un grand sourire. Même s'il tenta de rester de marbre, un fin étira un coin de ses lèvres une seconde. Assise au sol, elle leva les bras vers lui. Maintenant qu'elle avait son attention, elle ne voulait plus le lâcher. Il l'observa un instant avant de glisser un bras sous son oreiller pour être plus à l'aise.
- Qu'est-ce que vous avez toutes en ce moment à croire qu'au moindre petit ordre de votre part je vais m'exécuter ? Y a un mouvement féministe mondial secret que je ne connais pas, c'est ça ?
La petite inclina la tête sur le côté. Visiblement, elle n'avait pas la réponse. Ce fut plus fort que lui, son innocence le fit pouffer de rire. Il tendit la main et donna une petite pression sur sa tétine. Elle baissa les bras, eu un petit rire. Lorsqu'il recommença, elle eu la même réaction.
- Reste aussi simple. Toujours. Éclate-toi juste dans la vie.
Elle chercha à se saisir de sa main. Sans grand effort, il esquiva ses petits bras. Puis, il fit mine de contre-attaquer en attrapant sa tétine. Avant même qu'il ne puisse la retirer elle avait déjà plaquée ses mains de façon à la garder. Il ne rivalisait pas. Son bras retomba. Les siens se relevèrent vers lui.
Peut-être devrait-il en profiter ? Après tout, tout le monde savait que les enfants restaient rarement encore très longtemps au crochet des adultes. Ils changeaient assez vite de comportements. Peut-être même que lorsqu'elle sera grande, elle ne voudra plus lui adresser la parole pour x raison. Il en doutait, mais ça restait une probabilité.
Blasé de lui-même, il commença à s'activer. Tout d'abord, il récupéra la cadette qui fut plus que ravie de sa décision. Puis, il se cala contre ses oreillers et la plaça au milieu de ses jambes croisées en indien. Bien vite, il comprit que ça ne serait pas tout à fait une partie de plaisir. Elle s'agitait à cause de ses cheveux défait qui la gênait.
- Arrête de te tortiller ! Bon sang, pourquoi ton père ne t'a pas coiffé ce matin ? Bon, attend, je vais régler le problème.
Il fouilla dans les minuscules poches de son pantalon, sans succès. Puis, il se rappela qu'il gardait toujours quelques objets de dépannage à proximité. Il se pencha sur le côté pour ouvrir le tiroir de sa table de chevet. L'enfant le copiant, en fit de même. Lorsqu'il le remarqua, il la tira en arrière et posa une main sur ses yeux. Elle se débattit pour se libérer, sans succès.
- Désolé, tu es encore trop jeune pour la moitié de ce qu'il y a là-dedans. Eh oui, ce n'est pas moi qui régit les règles de l'enfance.
Il dénicha à travers ses affaires un peigne et un ruban, ne mit pas longtemps à trouver le second. Tiroir refermé, il lui redonna enfin la vue. Fort heureusement car elle commençait à s'en énerver.
Il eut la gentillesse de retirer quelques cheveux lui appartenant de l'objet avant de se mettre à le passer dans les siens pour défaire les noeuds. La démarche fut plus facile que prévu. Elle se laissa faire, consciente qu'elle en apprécierait la finalité. Lorsqu'il eut terminé, il s'auto-félicita.
- Voilà ! Tu as des aussi beaux cheveux que moi comme ça.
Elle releva la tête vers lui, une expression d'étonnement sur ses traits. Avant que celui-ci ne se transforme en amusement.
- Quoi ? Tu n'aimes pas mes cheveux ? Ce n'est pas bien de mentir choupinette. Attention, tonton peut te punir aussi. Je sais que j'ai une chevelure divine.
Il passa une main à travers la longueur qui commençait à se former. Le menton dressé, le torse bombé. Naturellement, un sourire pointa au coin de ses lèvres. Lorsqu'il revint à une posture plus normale, il nota qu'elle se tordait de rire. Tant qu'elle tomba sur le côté, rattrapée en douceur par un amas formé par les couvertures.
Ses mains se posèrent sur ses genoux, dans un soupir. Il retenait un rire, celui de l'enfant étant trop communicatif. Intérieurement, néanmoins, il ne partageait pas sa joie. Les femmes de son entourage en avaient vraiment après son amour-propre en ce moment. C'était révoltant.
- C'est bon, tu as fini ? Ce n'est pas non plus la blague la plus drôle du siècle.
Elle se moquait littéralement de lui. Il en était certain puisqu'il lui fallut plusieurs autres secondes pour se calmer. Il l'attrapa par le bras pour la remettre en place, favorisant une vue de profil pour finir leur activité originelle.
- Eh bien. Espérons que tu sois une lumière, sinon tu riras aux blagues de tout le monde. Même celles des scientifiques, même si elles ne sont pas drôles. Peut-être même que le plus idiot et incompétent des scientifiques parviendra à te faire rire. Je te préviens, si ça arrive, je ne répond plus de rien.
Il plaisantait, bien évidemment.
Il ne chercha pas plus que ça à meubler pendant qu'il confectionnait ses tresses. C'était même plutôt relaxant pour lui. Il n'avait pas la gueule de bois, loin de là, mais il n'était pas non plus prêt à se lancer dans une aventure de folie.
Lorsqu'il eut terminé, il s'amusa à attraper le bout d'une tresse pour la chatouiller avec. Il trouva ça exaltant pendant exactement deux minutes. Jusqu'à ce qu'elle tape au niveau de son poignet pour se libérer, prise dans l'action.
Immédiatement, il arrêta le jeu. Par chance, son bras avait suivit le mouvement au lieu de résister. Elle ne contrôlait pas sa force, trop jeune pour maîtriser ce genre de chose. Sauf qu'elle n'avait pas les mêmes capacités que les autres de son âge. Et elle réalisa le problème lorsqu'il attrapa son bras droit.
Son seul soulagement dans sa douleur fut de ne pas avoir utilisé le gauche, ou il aurait été très embêté. Il tenta de se contenir lorsqu'il s'aperçut qu'il l'inquiétait.
- Ça va, ne t'en fais pas.
Leur père aurait dû castrer Georges dès qu'il s'était décidé pour sa belle-sœur.
- Tu ne m'as rien cassé.
Du moins, ce n'était pas bleu. Pour le moment.
- Tout va bien. Tu es juste un petit peu plus forte que la moyenne.
Foutu Georges.
- On réglera le problème plus tard avec ton père.
Foutu Georges et ses goûts exécrables en matière de femmes.
- D'ailleurs, il revient quand ce pécore ? Qu'il est lent …
La petite chancela le temps de se mettre debout et se maintenu d'une main sur son épaule. Il s'appuya à nouveau contre les oreillers, assez lentement pour ne pas lui faire perdre son équilibre. La douleur s'estompait mais il ne pouvait pas y faire grand chose. Juste rager tout seul.
- Ton père est un idiot. Beaucoup trop gentil. Surtout avec toi. C'est un papa-poule.
Elle vacilla et il l'aida à tenir correctement de son bras en pleine forme. Elle lui décocha un grand sourire. En retour, il soupira. Il ne la quittait pas des yeux tandis qu'elle s'amusait apparemment à vouloir toucher ses cheveux. Surtout une mèche qui lui était tombée devant sa vision.
- D'accord, on va se mettre sur la même longueur d'ondes juste une seule fois. Tu es juste magique. Moi aussi tu me rends gaga. Tu es très énervante pour ça.
Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Un «je suis de retour !» accompagna ce bruit. La cadette Trueman détourna le regard avant de revenir à lui. Puis de nouveau à la porte. Il leva les yeux au ciel devant son dilemme. Elle le remarqua et le regarda curieusement. Il prit un air faussement dramatique.
- Désolé, je ne partage pas. C'est moi ou lui. Tu choisis.
Elle détourna une nouvelle fois les yeux mais s'intéressa encore vite à lui. Il leva le doigt dans sa direction.
- Je connais ce regard. Il veut tout dire. Tu m'as déjà abandonné, ce n'est pas la peine de faire semblant. Je comprend. Notre relation est impossible. Et je tiens à le préciser : je refuse qu'on reste amis.
- Qu'est-ce que tu lui racontes comme idiotie ?
Il allait poursuivre quand son frère le coupa dans sa tirade. Apparu à la porte entrouverte par la demoiselle entre eux, il le dévisageait avec une lueur curieuse. Lueur qui traduisait également qu'il le trouvait étrange.
- Monstre à tresses ici présente t'a choisi toi. Le dilemme a été long pour elle, dix secondes au moins. Elle est vicieuse, elle m'a fait croire à mes chances de victoire.
Son vis-à-vis s'approcha sans quitter son air et prit sa fille dans ses bras. Lui ne la faisait pas attendre en l'ignorant pendant dix minutes quand elle tendait ses mains vers lui.
- Pourquoi tu lui as fait choisir ?
- Pour m'occuper.
Son haussement d'épaule nonchalant fut très évocateur de l'ennui qu'il ressentait à présent sur le sujet. Son frère fronça les sourcils.
- Euh … Tu as tes hormones qui te travaillent ou quoi ? Tu sais, tu as encore le temps de fonder une famille.
- Pardon ?
Il lui jeta un regard dégoûté.
- Jamais un mioche ne m'appellera «papa». C'est hors de question.
- Tu te débrouilles bien avec Cindy pourtant.
- Justement, elle me donne toutes les raisons pour avoir encore moins envie.
Son voisin prit un air outré, tenta d'empêcher sa fille d'écouter.
- Si je continue la lignée de notre famille, ça sera un enfant illégitime.
- Super. En parlant de ça, tu n'as pas encore ramené une fille hier soir ? J'ai eu l'impression que quelqu'un s'était promené dans l'appartement au petit matin.
- Mais c'est pas vrai, tu as foutu des caméras ou quoi ?!
- Lina était là ?
- Non. On a rompu.
«Elle». C'était pareil. La fin était la même.
- Donc j'ai mal entendu ? Tu n'as invité personne ?
- Tu veux bien virer ta fille quand tu veux parler de ma vie sexuelle ? Elle n'a pas à entendre des histoires dessus. Toi non plus, d'ailleurs.
Foutu Georges.
Oui, je sais, les classiques ont la vie dure, mais après tout le Sentaï en a son lot donc un peu de temps en temps ne fait pas de mal ... x) pour la suite des aventures nous nous retrouvons le mercredi 4 Juillet 2018, au traditionnel 18h.
Une review, ou un favoris / suivi est toujours appréciable pour l'auteur, si son travail vous semble mériter un moment en plus de votre temps, même si ce n'est qu'optionnel bien évidement.
