Ah que voici un gros chapitre pour vous ! Une petite semaine avant le prochain, normalement. Allez allez ! :D

Bonne lecture ! ^^


Chapitre 7 (Jake)

"Never be optimistic. Things can always be worse."

Après le départ d'Ellie, je me suis mis bêtement à marmonner dans mon coin. Joel, lui, eh bien… Dans son cas, ça ne changeait pas de d'habitude. Il était assis contre le mur, à l'opposé de là où j'étais, les genoux repliés et les bras sur les genoux. Je n'étais moi-même pas un modèle d'optimisme, mais j'étais un putain de petit poney comparé à ce mec. Je ne l'avais que rarement vu sourire, maintenant que j'y pense. J'avais plus ou moins deviné, en parlant avec Ellie, qu'il lui était arrivé quelque chose pour qu'il soie comme ça. Cependant, elle ne m'en avait pas dit plus. N'ayant rien de mieux à faire, j'engageai la conversation avec monsieur bonne humeur.

-Hey, lançai-je

Joel leva la tête pour me regarder, et il fit une grimace. Il avait toujours une main sur son gros bobo.

-Tu devrais rester allongé, non ? Ce serait plus logique, non ?

-Peut-être, ouais, admit-il avec une autre grimace

D'un mouvement de la main, je virai les couvertures qui étaient amoncelées sur le matelas, pour que le convalescent puisse s'allonger. Je m'étonnai même à le recouvrir une fois qu'il était allongé. Sherry avait une influence étrange sur moi. Il y a quelques mois, je ne me serais pas préoccupé de ce mec, que je connais à peine malgré les quelques semaines qu'on a passées ensemble.

Ouais, en gros, j'avais une grosse envie de discuter.

-Hey, dis-je encore

Joel tourna la tête vers moi, l'air intrigué, et je posai la première des milliers de questions qui m'est venue.

-Tu faisais quoi avant de rencontrer Ellie ? demandai-je

-Comme tout le monde dans le coin. Je survivais comme je pouvais. Je faisais partie d'un petit groupe de survivants, dont je suis le seul rescapé. Ils se sont tous sacrifiés pour que je sauve Ellie.

-Oh. Merde.

Honnêtement, je n'avais rien de mieux à dire. La logique aurait voulu que je dise un truc du genre "je suis désolé", ou "toutes mes condoléances", mais rien ne sortit. Je n'étais juste pas fait pour dire ce genre de choses, je laissais toujours le côté sentimental à Sherry, d'habitude.

-Ouais. Merde, dit Joel en ayant un faux rire fatigué

-Et tu as quel âge en vérité ? ricanai-je

-La ferme, marmonna-t-il

Je poussai un soupir. Je n'étais pas doué pour la subtilité, mais apparemment, c'était le meilleur moyen d'avoir une réponse pertinente de la part de Joel. Alors je réfléchis deux secondes, et repassai à l'offensive. S'il croyait qu'il allait s'en tirer comme ça…

-Sinon ça va toi ? Tu ne douilles pas trop ?

-Ça va un peu mieux, ouais, dit-il. Je suppose que ça ira mieux quand les filles reviendront avec les antibiotiques.

-Et d'ici là, tu resteras tranquille, lui dis-je en fronçant involontairement les sourcils

-Ellie t'a vraiment demandé de veiller sur moi ? demanda-t-il d'un ton que j'avais du mal à identifier

Je grimaçai. Non, elle ne l'avait pas fait. Mais je n'avais pas envie de lui dire, qu'au fond, je tenais un minimum à sa sécurité. Une sorte de fierté masculine bizarre. Alors j'improvisai un joli faux mensonge.

-Non. Mais comme je lui ai demandé de veiller sur Sherry, je me suis dit que ça serait sympa de lui rendre la pareille, tu vois ?

-Ça se tient, admit-il

Evidemment. Le principe même d'un faux mensonge, c'est que c'est vrai, donc que ça se tient, banane.

-En parlant de ça, ça fait combien de temps qu'elles sont parties ? demadai-je soudain

-Aucune idée. Ellie a parlé de cinq heures, mais je n'ai aucun moyen de le savoir. Je crois que j'ai vu une horloge dans la cuisine, tu pourrais aller voir ?

Je plissai les yeux un petit moment, et je vis un objet brillant qui était sur son poignet gauche.

-Ce que tu as, là, ça ne s'appelle pas une montre ? dis-je d'un ton sarcastique

-Elle ne fonctionne plus. Pourquoi crois-tu que je te demande d'aller voir l'horloge ?

-Pourquoi tu la gardes alors ?

Au lieu de me répondre, Joel se tourna sur le matelas, mais j'avais vu la tête qu'il faisait. Apparemment, j'avais touché un point sensible. Je crus deviner pourquoi il gardait cette montre, mais, alors que j'allais demander des explications avec un ton que je pris le soin de travailler pour ne pas paraître trop accusateur, ce fut lui qui reprit la parole.

-Un souvenir, dit-il simplement, d'un ton morbide. De ma fille.

C'était assez facile de deviner pourquoi sa fille n'était pas avec lui. Moi aussi j'avais mon lot de pertes, ayant perdu ma mère alors que j'étais encore relativement jeune. Je ne comptai pas mon père, évidemment… Du coup, je ne me forçai même pas pour prendre un ton compatissant.

-Je suis désolé, mec, lui dis-je

-Merci Jake.

Je buguai intérieurement. C'était la première fois qu'il m'appelait par mon prénom. Mais est-ce que c'était un ton conciliant que j'avais entendu dans sa voix ? Comme s'il avait deviné que moi aussi j'avais perdu quelqu'un. D'ailleurs, en parlant de quelqu'un, je remontai un peu plus loin dans ma conversation avec Joel, et me levai pour aller dans la cuisine.

-Je vais voir l'heure, donc, dis-je l'air de rien. Je reviens vite.

-D'accord.

Alors que je me dirigeai vers l'escalier de la cave, je tournai la tête une dernière fois vers Joel. Il avait de nouveau la tête tournée vers moi, et je crus voir, dans son expression, comme de la reconnaissance. Je ne savais pas si je devais mettre ça sur le fait qu'il se sentait mieux après avoir crever l'abcès par rapport à sa fille, s'il se sentait redevable envers moi pour aller voir cette foutue horloge, ou pour les services rendus en général. Ce qui me paraissait énorme, encore maintenant.

-Je t'en prie, lançai-je avant de me lancer dans l'escalier

Je ne pus réprimer un sourire quant au caractère incongru de ce que je venais de dire, et me dirigeai donc vers la cuisine, à la recherche de l'horloge. Ellie et Sherry étaient sur le point de partir à la chasse, alors il devait être midi quand elles sont parties. Je trouvai finalement l'heure au-dessus du réfrigérateur, elle indiquait treize heures. Donc elles n'étaient parties que depuis deux heures. Bon, le fait de ne pas voir Sherry pendant aussi longtemps me foutait les boules, mais il n'y avait pas encore de quoi réellement avoir peur. Ça se trouve le camp où les deux autres les ont emmenées était plus loin. S'il était près vraiment près de la clairière, je pense qu'il faudrait bien deux heures pour faire l'aller-retour. Donc je pourrai recommencer à paniquer dans une demi-heure, disons. Super.

Tant que j'étais là, je décidai de continuer un peu mon exploration, malgré ma promesse à Joel de ne pas être long. Il était en sécurité à la cave pour l'instant, du moins. Mais au moment où je m'apprêtai à aller fouiller le salon, j'entendis le cheval gueuler dehors. J'avais oublié qu'Ellie avait gardé une alarme personnelle. J'allais voir ce que le canasson avait à beugler comme ça, même si j'avais une petite idée honnêtement. Je regardai discrètement par une fenêtre, et je vis des types armés arriver dans notre direction. Je me précipitai vers la cave, où je fis sursauter le vieux dans le plumard. Enfin, je crus que je le fis sursauter, car il s'était retourné brutalement vers moi.

-Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il

-On a de la compagnie, dis-je en attrapant mon arme. Je vais leur dire qu'on n'est pas propriétaires et je reviens.

-Tu compte t'en occuper tout seul ?

-Evidemment, dis-je d'un ton faussement outré. Je ne veux pas d'une loque comme équipier.

-Je t'emmerde, râla Joel en se levant. Je peux me battre.

J'ouvris la bouche pour répondre, et je fus coupé par la bande de connards qui est entrée à l'étage. J'attendis patiemment que Joel se lève, une main sur sa blessure et une main attrapant son revolver, et je passa devant pour ouvrir la porte de la cave délicatement. Je regardai vite fait s'ils étaient dans le coin, et je repérai deux mecs dans le salon, et deux autres dans la cuisine. Près de la porte d'entrée, il y avait une gamine, habillée d'une veste, de gants, d'une jupe, de collants et de bottes rose bonbon - très crédible - avec un gros fusil de précision - très flippant. Je devinai à sa position stratégique qu'elle était le chef du petit groupe qui était présent. Elle semblait concentrée dans sa contemplation du paysage, alors je fis signe à Joel de me suivre. Nous marchâmes lentement vers les deux connard dans le salon, et lorsqu'un d'eux se tourna vers nous, nous nous cachâmes vite derrière le canapé.

-Qu'est-ce qu'il y a ? lança son collègue

-J'ai cru entendre un truc, mais j'ai dû rêver. RAS, lança-t-il plus fort, sans doute à ceux dans la cuisine

-RAS, répondit l'un des deux autres en question

Toujours cachés derrière le canapé, que je remerciais d'être près d'un mur, la gamine vint voir les deux qui étaient près de nous, toujours son fusil à la main. Je n'eus aucun mal à imaginer l'état de nos crânes si elle tirait à bout portant avec ce truc.

-Ils ne sont pas là ? demanda-t-elle

-Non, dit l'un des gars, alors que l'autre faisait les cent pas. Pourtant leur cheval est à l'entrée. Ils sont peut-être partis ailleurs ?

-Je ne pense pas, dit la fille en mettant son menton dans sa main. David a ramené deux filles au camp, seulement le rapport dit qu'il y avait une fillette et un homme mûr. Ce n'est peut-être pas elle, après tout ?

-Tu mets en doute l'instinct de Daisy ?

-Non, bien sûr que non, dit la fille avec un rire nerveux. Je ne pense pas qu'ils soient morts, mais en tous cas, ils ne sont pas ici. Je trouve étrange qu'ils aient abandonné leur cheval, par contre.

-Hé ! dit un mec que je n'avais pas vu disparaître. Y a une porte qui mène à une cave, et il y a des traces de sang !

Tous les membres de l'assistance, même Joel et moi, nous tournâmes vers le type. Bien évidemment, en me souvenant l'était du bide de Joel quand je l'ai rencontré, il était évident que le sang venait de lui. Et apparemment, la fille fit le même raisonnement que moi, car elle eut une sorte de sourire sadique qui me fit frissonner.

-Selon le rapport, l'homme était blessé, dit-elle. Ça ne peut pas être une coïncidence. Vous deux suivez-moi (elle montra les deux types du salon), et vous deux faites le guet (elle montra les deux types de la cuisine).

-Oui chef, dirent les deux autres en faisant une sorte de salut militaire

Bien ce que je pensais. La petite psychopathe était le chef de meute. Si j'avais cru revoir ça un jour… Elle partit donc dans la cave avec deux larbins, et les deux autres de la cuisine restèrent dans le salon, près de la porte, en se regardant dans le blanc de l'œil. Je faillis sursauter en sentant quelque chose me toucher le bras, et je me calmai quand je me rendis compte que c'était juste Joel.

-On devrait se débarrasser de ces deux-là, et aller plumer les autres en bas, me dit-il

-Ouais, intéressant, dis-je en acquiesçant. Comment tu veux procéder ?

Joel sortit de derrière le sofa d'un seul coup, et alors que les gars émettaient un gémissement de surprise, Joel les plomba avant qu'ils ne mettent leur main sur leur arme. Une balle dans chaque front, aussi vite, comme s'il n'avait pas eu à viser. Ce mec était un tueur, même à moitié mort. Ça doit être ça de survivre depuis longtemps. Je profitai du fait qu'on soit seul pour applaudir avec un sourire ironique.

-Quoi ? dit-il

-Tu as sans doute ameuté les autres d'en bas, mais pas grave, c'était le plan, ricanai-je

-C'est ça, soupira Joel

Juste après la cinglante répartie de Joel, la porte de la cave s'ouvrit, et Joel m'offrit un regard que j'eus du mal à comprendre. même si, après réfléxion, il paraissait évident. La fille sortit en fanfare avec ses deux sextoys, le fusil en joue, et elle vit le cadavre de ses deux collègues. La figure dégoûtée qu'elle fit était tout sauf sincère.

-Ce n'est pas possible, hoqueta un des types. Nous avons fouillé la maison.

Lui, par contre, paraissait réellement dégoûté.

-Vous avez dû rater quelque chose, dit la nana d'un ton sérieux. Recommencez.

-Oui, bien sûr, dirent les deux troufions en même temps

Un monta à l'étage, et l'autre retourna fouiller la cuisine, laissant la fille seule dans le salon. Joel sortit de derrière le canapé et la mit en joue. Bien évidemment, la réaction de la demoiselle fut immédiate, mais lorsque je sortis aussi de ma cachette pour la viser aussi, elle sembla se calmer. Alors qu'elle allait ouvrir la bouche pour parler, le type dans la cuisine revint, et Joel l'abattit sans préavis. Il fit de même lorsque l'autre revint de l'étage. Là, l'expression de la fille était éloquente. Elle était dépitée, pas triste.

-Quelle bande de débutants, soupira-t-elle en rangeant son arme dans son dos et en mettant les mains en l'air, confirmant mes pensées

-Qu'est-ce que vous voulez ? demanda Joel avant moi, sans baisser sa garde, lui. Qu'avez-vous fait des deux filles dont vous parliez tout à l'heure ?

-Ce n'est pas bien d'écouter aux portes, vous savez ? Vos parents ne vous ont pas appris les bonnes manières ?

-Mes parents t'emmerdent, pouffiasse, laissai-je échapper avec une grimace. Réponds à la question.

-Nous étions venus ici pour vérifier qu'elles étaient bel et bien seules, et je constate avec plaisir que ce n'est pas le cas. Et les deux demoiselles sont au camp nord, avec notre très cher chef altruiste. Il vous les rendra bientôt… peut-être.

-Que veux-tu dire ? s'énerva Joel

-Même si David est très ouvert d'esprit, ce n'est pas le cas de tout le monde. Ses sbires attendront sans doute une occasion pour les tuer 'accidentellement', quand David aura le dos tourné.

-Quoi ? beuglai-je

La nana me regarda, et eut un sourire sonore, qui me fit buguer, encore.

-Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? demandai-je avant Joel, cette fois

-Tu ne sais vraiment pas qui sont ces gens, n'est-ce pas ? dit la fille avec un rire discret

Je regarda Joel rapidement, qui fronçait les sourcils. Je crus comprendre en même temps que lui où la fille voulait en venir, car il détourna rapidement le regard.

-J'en ai rien à branler de tes sous-entendus pourris, répliquai-je. C'est à moi de décider à qui je fais confiance. En plus, tu n'es pas en position de négocier quoi que ce soit.

-C'est là que tu te trompes, sale gosse. C'est vous qui vous êtes mis dans de beaux draps.

La gamine plongea vers nous, et je tirai un coup de feu par réflexe. La balle lui passa à côté de l'épaule, et elle me fit une espèce de prise de soumission, ses jambes autour de mon bras et de mon épaule, là où je tenais mon flingue. Joel tira à son tour, mais elle esquiva le tir en me jetant à terre. J'atterris sur le dos, et, la tête à l'envers, je la vis mettre Joel à terre également, encore plus brutalement qu'elle l'avait fait avec moi. Elle prit son fusil à une main, posant le canon sur le front de Joel, et mon corps réagit plus vite que mon corps. Je me relevai en faisant une roulade arrière, et frappai son arme, la faisant tirer dans le mur de l'autre côté de la pièce. Elle sortit on couteau de sa botte, et le planta dans mon tibia, me faisant grimacer et m'immobilisant au-dessus de Joel. Ce dernier essayait de récupérer son revolver, mais l'autre pouffe shoota dedans avec un sourire narquois.

-Vous êtes trop mignons, tous les deux, lança-t-elle en rechargeant son fusil

Je passai outre ma douleur, et arrachai le couteau de ma jambe pour le planter dans la sienne. Elle fit une expression franchement surprise, et Joel, que je croyais endormi depuis temps, profita du fait que la gamine tombe vers lui pour lui foutre un bon gros coup de talon dans l'estomac, la faisant reculer. Je me relevai vite, ne la laissant mas reprendre ses esprits, et lui fis une clé de bras pour la coller contre moi. Joel se releva douloureusement, toujours se tenant la blessure, et ramassa son revolver pour la remettre en joue.

-Pas trop mal, pour un vieux mourrant et un petit con, ricana-t-elle

-Tu as parlé du "camp nord", tout à l'heure, dit Joel d'un ton de moins en moins patient. Où se trouve votre camp principal ?

-Eh bien…

Elle me mit un coup de boule, faisant que je lâchai légèrement ma prise, et elle récupéra son couteau dans sa jambe. La situation s'inversa, en quelque sorte. La fille fit un petit bond pour mettre ses jambes autour de ma taille, en encerclant mes bras au passage, et me mit son couteau sous la gorge. Tu parles d'une ironie.

-Maintenant, on va discuter, déclara-t-elle. Jette ton arme dans la cuisine, et laisse-moi partir. Sinon j'égorge ton copain.

Joel me regarda, et poussa un soupir. Hé connard, ça veut dire quoi ça ?

-Lâche-le et je jetterai mon arme, dit-il. Je t'en donne ma parole.

-Ce n'est pas comme ça que ça marche, vieux. C'est celui qui tient une vie dans ses mains qui décide, dans ce genre de cas. Ta parole contre la mienne, j'aurais plutôt tendance à croire la mienne.

Joel la garda en joue encore une bonne minute, avant de jeter son revolver vers la cuisine.

-Sage décision, dit la fille en me lâchant progressivement et en me prenant mon flingue des mains. Maintenant asseyez-toi sur le canapé, et regardez-moi partir.

Joel vint vers moi, en croisant la fille, et me prit par le bras, pour aller s'asseoir, comme elle nous l'avait demandé. Je m'assis à côté de lui en lui envoyant des regards obliques, mais il m'ignorait royalement. Enfoiré, va, juste au moment où je commence à avoir de la sympathie pour toi. La fille était dans le cadre de la porte qui séparait l'entrée de la salle principale, et elle mit mon flingue dans sa poche. A côté de moi, Joel semblait trifouiller le canapé

-Bye, les garçons, dit-elle en nous envoyant un baiser

Soudain, encore me faisant presque peur, Joel sortit un flingue de je ne sais où, et tira dans les deux genoux de la gamine, qui s'effondra en avant avec un gémissement de surprise. Je regardai Joel avec de grands yeux, et il se releva, toujours sa main droite occupée par sa blessure, pour boiter jusqu'à la fille, qui mangeait la poussière. Je le suivis, et je me délectai du regard hargneux de la salope, quand elle nous regarda arriver. Joel shoota dans son fusil pour l'envoyer à l'autre bout de l'entrée, et la força à se mettre sur le dos.

-Tu m'as trompée ! lança-t-elle

Joel ne répondit rien. Il fit le tour de la nana, posa le pistolet qu'il avait sorti de nulle part près de lui et prit son couteau dans la botte de la folle, en le mettant sous le nez de sa propriétaire. Je n'osai ni parler, ni bouger.

-Je te le demande une dernière fois. Où est votre camp principal ? dit Joel d'un ton effrayant

-Tue-moi, ça vaut mieux, grimaça la fille. Je ne te dirai rien.

-Non, je ne crois pas.

Joel planta le couteau dans l'épaule de la fille, qui poussa un hurlement. Il tourna le couteau dans la plaie, au sens propre, arrachant un autre hurlement de douleur à la victime, puis reprit le couteau pour poser la pointe ensanglantée sur le nez de la fille, qui reprenait son souffle.

-Où est votre camp principal ?

-Je ne te… dirai rien… haleta la fille

Et au moment où Joel visait son autre épaule, elle émit un glapissement désespéré.

-Le village, à dix kilomètres à l'ouest, dit-elle d'un ton rapide. Pas l'autre épaule, je t'en prie.

Je ne m'attendais pas vraiment à ce revirement, et Joel non plus, ça se voyait à sa tête, mais nous échangeâmes un regard entendu. Si ce David avait décidé de garder les filles, c'était sans doute là qu'il allait les emmener. Joel jeta un regard dédaigneux à la fille, qui essayait de bouger son bras droit, dont l'épaule était foutue, et Joel replanta le couteau dans la même épaule, avec force cette fois. La fille poussa un troisième hurlement, et Joel se releva en la menaçant de son arme miracle.

-Tu vas rester là, lui dit-il. Si je ne trouve pas Ellie et Sherry au camp principal, je reviendrai pour te tuer. Et si tu n'es plus là, je tuerai tous tes amis jusqu'au dernier, puis je te retrouverai. Est-ce clair ?

-Très clair, dit la fille d'un ton résigné

Joel rangea son super-fusil dans sa poche arrière, et marcha en boitant légèrement jusqu'à la cuisine pour récupérer son autre arme. J'en profitai, quant à moi, pour arracher mon propre flingue de l'emprise de l'autre insolente.

-Vous allez vous faire tuer, dit-elle tout simplement. Tous. Si vous contrariez David.

-Je retiendrai ta dernière volonté, dis-je d'un ton sarcastique. Ne t'en fais pas.

Joel revint de la cuisine, et me fit signe de le suivre. Nous laissâmes donc la fille en plan, et nous dirigeâmes vers le garage où était le cheval. Perso, je ne me voyais pas monter là-dessus avec Joel, mais je n'eus même pas à ouvrir la bouche, en fait. Joel tomba en avant lorsque nous arrivâmes près du cheval. D'ailleurs, ce dernier hennit, comme s'il était inquiet pour Joel. Je me précipitai près de lui, inquiet moi aussi.

-Hé ! Ça va pas ? lui demandai-je

-Si ça va, dit-il en se mettant à quatre pattes. C'est juste que je suis un peu secoué.

-Ouais bien sûr. Et moi je suis Winona Ryder, dis-je, acide. Viens, appuie-toi sur moi.

-Non, dit-il sèchement

-Tu peux marcher, donc ? tentai-je

-Ouais, dit-il en se remettant debout

-Alors marche, putain ! beuglai-je

Joel sembla se secouer à ce moment-là, comme si j'avais dit quelque chose qui l'avait fait tiquer, et il se posa difficilement sur le cheval. J'allai ouvrir la porte du garage, et revint près du cheval.

-Moi je peux marcher, lui dis-je. Je veillerai sur le cheval et toi, tant qu'à faire.

-Super, dit Joel avec une ombre de sourire. Je me sens rassuré.

Je ricanai, et nous sortîmes donc du garage. Je me remis à penser à Sherry, et à ce que je ferais à quiconque lui fera du mal, à elle ou à Ellie. Ouais, en fin de compte je m'inquiétais aussi pour cette petite conne. Mais je mettais ça sur le fait que Joel, lui, tenait vraiment à sa sécurité, et avait torturé une fille presque innocente pour savoir où il la retrouverait. Difficile de contrarier un mec avec autant d'ardeur à protéger ceux qu'il aime. Alors attendez-nous, les filles. On vient vous sauver.