Cela doit bien faire dix minutes maintenant que ma mère court partout dans notre appartement, en faisant claquer ses talons contre le plancher, dans un vacarme assourdissant. Et pour cause ! Cela fait également dix minutes qu'elle devrait avoir rejoint Henry, son mari, qui l'attend dans la voiture. Lui qui déteste le retard, je le plains. Je l'imagine assis sur le siège conducteur, en train de faire pianoter ses doigts sur le volant, et pensant à la table que son restaurant préféré lui avait réservée. Va-t-elle lui filer sous le nez, ou sa femme se décidera-t-elle à descendre le rejoindre ?
Pendant ce temps, ma mère continue ses allées et venues tout en s'exclamant : [c=#38a5c8]
_ Oh mon Dieu ! Jodi, ton père va me tuer ! Où est mon manteau ? Et mon sac ? Ah, le voilà ! Je n'ai pas mes clés ! Jodi, tu ne me les as pas rendues, quand tu es allée acheter le pain ! Rends-les-moi ! Merci, chérie. Oh là là, je dois y aller. Bon, Mélody, je te fais confiance pour ce soir ! Bisous, mes puces ! Je vous aime fort ! [/c]
Et la voilà partie. Avec tout ça, je n'ai pas eu le temps de lui dire que son rouge à lèvres dépassait. Enfin bon, tant pis.
Dans la cuisine, je réchauffe les restes du repas de ce midi - tout en prenant soin de laisser les endives grillées au fond du frigo - et appelle Jodi, ma petite sœur, à table. Nous dînons en discutant de tout et de rien, avant de débarrasser et de nous mettre à notre toilette.
Arrive finalement le moment du coucher. Alors que je sors de la salle de bain, j'entends du bruit en provenance du salon. Qu'est-ce que c'est ? De la musique ? Une chanson ? Je m'approche, pour découvrir Jodi assise devant la télévision, le regard rivé le plus sérieusement du monde sur ce qui semble être le générique d'un dessin animé. [c=#38a5c8]
_ Jodi ! Qu'est-ce que tu fais ?!
_ Maiiis ! Le film de W*nx Club va commencer ! S'il te plaît, Mélo, je peux le regarder ? Allez, quoi !
_ Sûrement pas ! Tu as école demain. Et qu'est-ce que je vais dire aux parents, s'ils te trouvent devant la télé aussi tard ?
_ Juste le début, alors ! [/c] me supplie-t-elle. [c=#38a5c8]
_ J'ai dit non, Jodi. Va te coucher, maintenant.
_ Pff… T'es vraiment pas marrante. Maman m'aurait laissée, elle ! Je te déteste ! [/c]
Elle court s'enfermer dans sa chambre, tandis que j'éteins l'écran et rejoins la mienne.
Une fois couchée, je n'arrive pas à trouver le sommeil. Les paroles de ma sœur résonnent dans mon esprit, et je n'arrive pas à les en faire sortir. C'est vrai que notre mère l'aurait laissée regarder son film. Mais à force de la gâter autant, Jodi est devenue capricieuse, et elle accepte mal qu'on lui refuse quoi que ce soit. Elle ne comprend pas que je ne me comporte pas avec elle comme le font ses parents, qui de leur côté, ne passent pas une journée sans me demander d'être « plus gentille avec ma sœur, elle est encore petite ! ». Eh bien non. Désolée, mais je ne peux pas laisser une enfant de neuf ans faire la loi.
Le lendemain matin, je pousse la porte de la salle des délégués un quart d'heure avant l'ouverture du lycée. Je suis une simple déléguée de classe, mais ça ne m'empêche pas d'être très assidue. Nathaniel est déjà sur place, à trier des documents. Comme d'habitude. Est-ce que ses cheveux ne seraient pas plus brillants, aujourd'hui ? Le soleil ne filtre pas à travers de la même façon que d'habitude. À moins que ce ne soit la blancheur de son sourire. Oui, je suis sûre qu'il a changé de dentifr… [c=#38a5c8]
_ …y ? Mélody !
_ Oui, pardon, [/c]dis-je précipitamment. [c=#38a5c8] Qu'y a-t-il ?
_ Je voulais juste te dire que les binômes pour le soutien scolaire sont affichés. Si tu veux, tu peux aller voir quel élève tu dois aider.
_ Ah oui, tu as raison. Je vais y aller. [/c]
Je dois dire que je me sens un peu contrariée. Nathaniel ne me parle jamais que de ce qui touche à l'école. Tout autant de sujets plus impersonnels les uns que les autres. Quand se rendra-t-il compte de mes attentes ?
J'arrive devant le panneau d'affichage, et cherche mon nom du regard. Je le trouve, associé à celui de Kentin Loisel. Je soupire. Il est typiquement le genre de garçon que j'aurais préféré éviter. Ce n'est pas qu'il soit méchant, mais… on va dire que je le préférais avant qu'il ne parte en école militaire. Avant qu'il ne revienne arrogant et imbu de lui-même. Et si en plus, il n'arrive pas à se maintenir au niveau…
À 18h30 tapantes, je me dirige vers la salle de cours où je dois retrouver Kentin. Heureusement, il m'attend devant la porte, les clés en main. Nous entrons et nous installons. Je lui demande quelles sont les matières qu'il veut réviser. Il m'avoue avoir raté le dernier contrôle d'anglais, et je lui montre les points à revoir. L'heure passe en un éclair. Une fois que nous avons terminé, nous sommes les derniers à quitter l'établissement. Dehors, le soir tombe, et le ciel est teinté de bleu indigo. De toutes les couleurs qu'il prend au cours de la journée, c'est de loin ma préférée. Je m'arrête quelques secondes pour le contempler, avant de m'apercevoir que je dois avoir légèrement stupide, à garder le nez en l'air comme ça. Je regarde autour de moi, et me rends compte que Kentin m'attend, l'air amusé. Je le rejoins, et nous marchons sur quelques mètres. [c=#38a5c8]
_ Tu habites par où ? [/c] me demande-t-il. [c=#38a5c8]
_ Sur la place de la Victoire, pourquoi ?
_ Ok, je te raccompagne.
_ Merci, mais ça ira. Ce n'est pas loin, et je ne voudrais pas te dér…
_ Ne dis pas n'importe quoi ! Quel genre de type je serais si je ne ramenais même pas une fille chez elle ? En plus, il commence à faire vraiment sombre. [/c]
Je cesse d'argumenter et le laisse marcher à mes côtés. Mais en dehors des cours, nous n'avons aucun sujet de conversation en commun, ce qui mène à un silence plutôt pesant. Je n'ose plus le regarder. Pourtant, alors que je risque un coup d'œil dans sa direction, je me rends compte qu'il n'a pas l'air gêné, bien au contraire. Il est même décontracté. Et curieusement, je me sens vexée. J'ai l'impression qu'il se moque de moi, alors que je sais très bien que ce n'est pas le cas, et qu'il se joue de mon malaise. Alors que nous arrivons devant la porte de mon immeuble, je ne trouve rien de mieux à faire que de m'y précipiter, comme si ma vie en dépendait, sans même le remercier ni le saluer. Le temps que je me rende compte à quel point mon comportement est impoli, je suis déjà dans sur mon palier. [i]
Mais enfin ! A-t-on idée de traiter un camarade de classe de la sorte ?! J'aurais pu lui offrir un verre, je ne sais pas, n'importe quoi ! Mais non. Il a fallu que je détale. Et pourquoi, hein ? Il n'a rien fait de mal, ce pauvre Kentin ! Il était même étonnamment gentil. La preuve : il m'a raccompagnée. Il faudra que je pense à m'excuser, jeudi, au prochain souti…HEIN ?! [/i]
Une étrange odeur me sort bien vite de mes pensées. Je lâche mon sac au sol, et me précipite vers la cuisine sans prendre le temps de retirer mon manteau, pour la trouver emplie d'une fumée grisâtre. Je hurle : [c=#38a5c8]
_ MAMAN ! [/c]
Elle arrive dans la pièce pendant que je fais de mon mieux pour l'aérer, et se lamente en regardant par la fenêtre du four. À l'intérieur, ce qui devait être un poulet est complètement carbonisé. J'ouvre l'habitacle, en m'étant préalablement munie de gants, et manque de mourir asphyxiée.
Une fois que le poulet a rejoint la place qui lui revient désormais de droit – la poubelle – et qu'il est à nouveau possible de respirer, j'interroge ma mère. Elle tente de s'expliquer. [c=#38a5c8]
_ Je… je ne sais pas ce qu'il s'est passé. J'ai réglé la température du four, et je suis allée voir la fin du film que Caroline m'a prêté. Harry et Sally étaient sur le point de s'emb… [/c] [i]
Au secours. Je préfèrerais être sourde que d'entendre ça. [/i] Je l'interromps. [c=#38a5c8]
_ Tu n'aurais pas oublié de mettre la minuterie, par hasard ?
_ La minu… oh ! [/c] fait-elle, alors qu'elle se rend compte de son erreur.
Elle baisse les yeux vers le sol, comme une enfant que l'on disputerait. Ce qui est peut-être le cas, en fait. [i] Ne pas s'énerver. Je ne dois pas m'énerver, elle ne l'a pas fait exprès. [/i] [c=#38a5c8]
_ Maman, [/c] dis-je le plus doucement que je peux, [c=#38a5c8] pourquoi tu n'as pas attendu que je rentre ? On aurait pu le faire ensemble.
_ Je voulais te faire une surprise. C'est toujours toi qui cuisines, alors que tu rentres tard tous les soirs… [/c]
Un peu plus et elle va se mettre à pleurer. J'entends déjà sa voix nouée par les larmes. Une fois encore, j'ai l'impression d'être la méchante de la famille. Je la réexpédie dans le salon pour qu'elle se change les idées, et me laisse tomber sur une chaise. Mes jambes, coupées par la fatigue et l'émotion, ne me portent plus. Cette situation n'est plus tenable. [i] Que quelqu'un me vienne en aide ! [/i]
Au matin suivant, je passe la pause de 10 heures dans la salle des délégués. Je fais toujours de mon mieux pour passer le plus de temps possible avec Nathaniel. Du coup, je vois moins Iris, mais nous nous connaissons depuis le collège, et elle sait ce que je ressens. Elle m'encourage même à persévérer ! Je ne mesure jamais assez combien j'ai de la chance de l'avoir pour amie.
En parlant de persévérance je m'apprête à demander à Nathaniel s'il peut m'expliquer la théorie de Spinoza sur Dieu et l'Homme, lorsque la porte s'ouvre inopinément sur Kentin. Il ne pouvait pas tomber plus mal, mais puisqu'il est là, autant m'excuser tout de suite. Pourtant, il me prend de vitesse, et prend la parole avant moi. [c=#38a5c8]
_ Mélody, tu peux m'expliquer, pour hier soir ?
_ Oui, d'ailleurs je voulais te dire…
_ Pas la peine, j'ai très bien compris. Tu voulais pas t'encombrer d'un boulet comme moi, c'est ça ? Et moi qui ai insisté pour te raccompagner… Quel con !
_ Non, je…
_ Oh, ça va, épargne-moi tes excuses vaseuses. Tu sais quoi ? On a qu'à en rester là. C'est pas la peine de venir jeudi soir, parce que j'y serai pas ! [/c]
Et il s'en va aussi vite qu'il est apparu. Voilà pourquoi je disais que j'aurais préféré l'éviter. Il est devenu susceptible et colérique. Tout ça parce que je me suis dépêchée de rentrer en arrivant devant chez moi. Quand je pense qu'il ne m'a même pas laissée parler !
La sonnerie retentit, et Nathaniel range ses affaires avant de sortir en me disant : [c=#38a5c8]
_ À plus tard, Mélody ! Et ne t'inquiète pas, je suis sûr que tout va s'arranger entre Kentin et toi ![/c]
Je reste figée quelques secondes, le temps que sa dernière phrase monte jusqu'à mon cerveau. [i] « Je suis sûr que tout va s'arranger entre Kentin et toi ! »[/i]. Attends… Qu'est-ce qu'il est allé s'imaginer, là ? Les paroles du brun me reviennent en mémoire.[i] « Tu peux m'expliquer, pour hier soir ? » « On a qu'à en rester là » « C'est pas la peine de venir jeudi soir » [/i]. Oh mon dieu. Il se serait imaginé que… Nathaniel pense que… Kentin et moi… Subitement, la tête me tourne, j'ai le vertige. Dans un mouvement désespéré, je m'appuie contre le mur le plus proche pour ne pas tomber à genoux. Comment dissiper le malentendu ? Je maudis intérieurement l'autre imbécile et ses répliques ambigües, et comme mes yeux rencontrent le cadrant de ma montre, je me rends compte avec un cri horrifié que j'ai déjà dix minutes de retard pour mon prochain cours.
À la fin de la journée, Nathaniel est introuvable. Il ne répond pas non plus au téléphone. Résignée et dégoûtée, je prends le chemin de mon appartement.
Les jours passent sans évènement notable, et le jeudi soir arrive. Je me rappelle avec appréhension les paroles de Kentin.[i] « J'y serai pas ! » [/i] Mais il faut qu'il vienne ! La directrice est terriblement stricte sur ce point, et elle colle tous ceux qui ont le malheur d'être absents. Je ne peux définitivement pas me permettre d'avoir de tâche dans mon dossier. Il doit venir.
Le clocher du lycée sonne les coups de sept heures, et le couloir est toujours vide. J'ai beau guetter chaque bruit de pas, chaque ombre, je dois me rendre à l'évidence : il m'a laissée tomber. Vraiment, quel culot ! Et dire que je me suis portée volontaire pour aider un autre élève ! Si j'avais su dans quelle situation cela me mettrait, j'aurais gardé mes bonnes intentions pour moi.
Mais quelque part, je sais que l'altruisme n'était pas ma seule motivation. Il y en avait d'autres. Comme le désir de me faire remarquer d'un certain délégué, par exemple… Je souffle rageusement, et me laisse glisser au sol. Nathaniel. Encore, et toujours lui. À quoi bon, après tout ? Depuis près de quatre ans que je l'aime en silence et que je fais ce que je peux pour attirer son attention, il ne m'a jamais rendu mes sentiments. Nos relations ne sont jamais que cordiales, malgré tous les signes que j'essaie de déceler dans son comportement. S'il n'arrêtait pas de me fixer, au dernier TP de physique, c'est parce que le tableau périodique des éléments était juste derrière moi. S'il ne m'appelait pas pendant les vacances, ce n'était pas pour me faire languir. Et s'il a rougi en me voyant, la semaine dernière, c'est parce que mon chemisier était mal boutonné. Pas parce que ma présence a fait battre son cœur, ni ne lui a donné chaud.
Et sans que je puisse les maîtriser, deux chaudes larmes roulent sur mes joues, avant de s'écraser sur le sol.
Lorsque je me calme enfin, l'heure de tutorat est presque terminée. J'aurai vraiment perdu mon temps. Mais que faire, à présent ? Si je reporte notre absence, nous serons punis. Mais mon sens du devoir m'empêche de cacher ce fait. Je médite quelques secondes, avant de soupirer et de sortir un mouchoir de ma poche pour me moucher bruyamment. Puis, je me lève lentement, prends mon sac et quitte le lycée. Finalement, quelle importance ?
À peine suis-je entrée chez moi, je sens que quelque chose ne va pas. L'ambiance n'est pas la même que d'habitude. Tout est trop calme. Oui, c'est le mot. Ma mère ne travaille pas, et elle a horreur de la solitude. Quand nous sommes absents, mon père, ma sœur et moi, elle se débrouille toujours pour s'entourer, ou se donner l'illusion d'une quelconque compagnie. Elle est capable de laisser la télévision allumée toute la journée sans la regarder, simplement pour avoir l'impression de ne pas être seule, comme elle peut inviter notre voisine et ne plus la laisser repartir.
Mais là, rien. Je n'entends aucun bruit, et c'est inhabituel. Aussitôt, je dégaine mon téléphone et compose son numéro. Au bout de quelques secondes, la chanson [i]« Time of my Life » [/i] se fait discrètement entendre, comme étouffée par quelque chose. J'écarte les coussins éparpillés sur le canapé, et découvre le portable de ma mère. Dépitée, je raccroche. J'aurais aimé dire que je ne suis pas surprise qu'elle l'ait oublié, mais trop de détails me dérangent. Premièrement, ma mère n'aime pas sortir seule. Deuxièmement, quand elle le fait, elle ne manque jamais de me harceler de messages jusqu'à ce que j'y réponde. Que se passe-t-il, enfin ?
Et comme si une présence invisible avait entendu ma question, mon portable se met à vibrer dans ma main. Je regarde l'écran et fronce les sourcils : je ne connais pas le numéro qui s'affiche. Perplexe, j'appuie sur le bouton vert. [c=#38a5c8]
_ Allô ?
_ Mélody, c'est Maman !
_ Maman ? Mais enfin, où es-tu ? Je viens d'arriver, et tu n'étais pas là. Je me suis inquiétée !
_ Tout va bien, ma chérie, ne t'en fais pas. Je suis à l'hôpital. [/c]
Je manque de m'étouffer en avalant ma salive. [c=#38a5c8]
_ Quoi ? Mais qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Tu vas bien ? Qu'ont dit les médecins ?
_ Tout va bien, je te dis, ma choupinette ! Le seul problème, c'est que je suis partie en urgence, et je n'ai rien sur moi. Ni argent, ni ticket de bus… J'ai même dû utiliser le téléphone du standard ! Enfin, tu vois ce que je veux dire. Tu peux venir me chercher ?
_ Oui oui, bien sûr, j'arrive tout de sui… [/c]
Soudain, une idée me traverse l'esprit. [c=#38a5c8]
_ Maman, où est Jodi ?
_ Elle est allée chez une copine après son cours de danse. Comment elle s'appelle, déjà ? Julie ? Julia ? Non, attends, je vais m'en rappeler…
_ Maman, on s'en fiche ! Il faut aller la chercher ! On ne peut pas la laisser chez son amie aussi tard, ça ne se fait pas ! Donne-moi l'adresse de son amie, je vais m'arranger. [/c]
Je note les coordonnées et coupe la communication, pour aussitôt pianoter à toute vitesse sur mon clavier, sans vraiment réfléchir. Je porte le téléphone à mon oreille et écoute la tonalité résonner, jusqu'à ce que l'on décroche. Sans attendre, je débite : [c=#38a5c8]
_ Iris, c'est Mélody. Désolée de te demander ça si tard, mais il y a eu un problème avec ma mère, et je dois aller la chercher. Je t'expliquerai plus tard, mais est-ce que tu pourrais aller récupérer ma sœur chez sa copine, au 42 rue de l'Industrie ? Excuse-moi, je dois y aller, mais merci et encore désolée ! Bisous ! [/c]
Et je me précipite dehors.
Des éclats de voix nous parviennent lorsque, moins d'une heure plus tard, ma mère et moi entrons dans le hall de notre immeuble. Je reconnais celle de Jodi, mais pas l'autre. À qui appartient-elle ? J'aimerais aller voir, mais je suis obligée de me caler sur le rythme de ma mère, ralentie par ses béquilles. Ce n'est qu'en sortant de l'ascenseur que j'ai droit à ma réponse. Sur les marches de l'escalier se trouve Jodi, qui fait de son mieux pour enseigner un jeu de mains à… Kentin ?!
Je cligne des yeux plusieurs fois pour me convaincre que mon imagination ne me joue pas de tour, tandis que ma sœur se jette sur nous. [c=#38a5c8]
_ Maman ! Qu'est-ce que t'as ?
_ Trois fois rien, ma poulette ! J'ai tout bêtement glissé dans la salle de bain. Ton idiot de père avait inondé toute la salle de bain en prenant sa douche ! Les médecins ont dit que c'est une toute petite entorse.
_ Je vais t'aider à marcher, tu vas voir ! [/c]
Elles entrent dans l'appartement, et je perds le fil de leur conversation. Je suis trop occupée à observer Kentin, en me demandant ce qu'il fait là. [c=#38a5c8]
_ Dis, je sais que je suis devenu pas mal, mais ça devient gênant, là ![/c] rit-il.
Prise sur le fait, je rougis et détourne le regard. Il répond tout de même à ma question informulée. [c=#38a5c8]
_ C'est moi que tu as appelé, tout à l'heure, pas Iris. Tu devais être sacrément paniquée pour confondre le I et le K dans ton répertoire ! Pour une simple entorse, en plus ! [/c]
Je rêve, ou il se moque de moi, là ? Et c'est quoi, ce petit sourire ? [c=#38a5c8]
_ Elle ne m'a pas dit ce qu'elle avait quand elle m'a appelée, juste qu'elle était à l'hôpital. N'importe qui se serait inquiété, non ? Et puis, pourquoi tu ne m'as pas dit que je m'étais trompée ?
_ Pas le temps ! Tu avais déjà raccroché, et tous mes appels suivants ont sonné dans le vide. Je n'avais pas le numéro d'Iris non plus. Et de toute façon, ça ne me faisait pas beaucoup de chemin.
_ Pardon ?
_ J'habite au 42, rue de l'Industrie. [/c]
Je dois faire une drôle de tête, car il s'esclaffe avant de reprendre. [c=#38a5c8]
_ Toi alors ! Soit t'es longue à la détente, soit t'es vraiment épuisée. La copine chez qui Jodi était, c'est ma sœur ! Elles sont dans le même cours de danse ! [/c]
On m'aurait dit que les extraterrestres débarquaient sur Terre pour apprendre à danser la salsa, ça aurait été pareil. Enfin, peut-être pas, après tout. Si on relativise, ce n'est qu'une coïncidence. [c=#38a5c8]
_ Méloooo ! [/c]m'appelle Jodi. [c=#38a5c8] J'ai faim ! Quand est-ce qu'on maaaange ?
_ J'arrive !
_ Bon, dit Kentin, je vais pas vous déranger plus longtemps… [/c]
Je le retiens. [c=#38a5c8]
_ A-attends ! Tu… tu as déjà dîné ?
_ Non, pas encore.
_Reste, alors ! Pour te remercier d'avoir ramené Jodi, et pour m'excuser pour lundi soir. [/c]
Il sourit. [c=#38a5c8]
_ Bah, c'était pas si grave. Et puis, si ça se trouve, t'avais juste envie de faire pi…
_ Tu m'énerves ! [/c]
Il explose de rire, et me suit dans l'appartement.
Le lendemain, j'arrive, comme d'habitude, en avance au lycée. Mais aujourd'hui, j'hésite à entrer dans la salle des délégués. Je ne pourrais pas expliquer pourquoi, mais je redoute le moment où je devrai parler avec Nathaniel. Oh, et puis zut ! J'y vais ! J'ouvre la porte, pour trouver le délégué endormi sur sa table. Quelque part, je suis soulagée de ne pas devoir engager la conversation tout de suite. Malheureusement pour moi, le bruit de la porte qui se referme suffit à le réveiller. Nous échangeons quelques politesses, sans rien ajouter.
Au final, la sonnerie signale le début des cours, et nous rangeons nos affaires. Mais avant de passer la porte, Nathaniel se tourne vers moi. [c=#38a5c8]
_ Au fait, Mélody, j'espère que tu as pu te réconcilier avec Kentin ? [/c]
Je ne comprends pas tout de suite de quoi il parle, avant de me souvenir de la colère que le grand brun avait piquée mardi matin. [c=#38a5c8]
_Ah, ça ! Oui, ne t'en fais pas. Ça va beaucoup mieux !
_ Je suis content pour toi, alors. Ça me faisait de la peine de te voir aussi triste. [/c]
Il y a quelques jours, ces mots m'auraient donné un fol espoir. Et je mentirais si je disais que je n'ai rien ressenti en les entendant. Si si. J'ai ressenti un petit pincement au cœur.
Parce que, dans le fond, je suis un peu désolée que ce soit fini.
