Mes yeux se ferment tous seuls, je suis un peu de mauvais poil ce soir - imaginez Draco au réveil, c'est moi présentement.
Cependant, toute la mauvaise humeur du monde ne suffirait pas à anihiler la joie que j'ai de lire vos reviews, vos adorables compliments. J'essaie de vous répondre rapidement, mais sachez que je lis tout, que je souris à chaque fois, que je suis heureuse à chaque fois.
Merci.
Et merci à Lolo pour son amour indéfectible (nothing else matters) et merci à Koala Mutant pour tes encouragements, tu me donnes envie de relire Courir sur les Nuages (d'ailleurs, pour ceux qui ne l'ont pas lue, je vous conseille de vous y mettre genre... Immédiatement).
Shelby.
Dimanche 24 Octobre.
Comment souvent le week-end, Harry est invité à déjeuner chez les Weasley. C'est une tradition à laquelle il est difficile d'échapper tant les semaines de Molly Weasley semblent rythmées par la certitude d'accueillir la totalité de son clan chaque samedi.
Il émerge difficilement, pourtant. À ses côtés, le corps endormi de Ron n'est guère plus énergique.
Il y'a longtemps de cela, Harry a cru que sa vie serait celle de n'importe quel gay dans les films et séries populaires. Il s'est imaginé qu'il ramènerait un gars tous les soirs, qu'il passerait ses weekend à faire la bête à deux dos avec un inconnu différent de celui de la veille. Mais la réalité est toute autre, et quand Ron passe son bras autour de son dos en le prenant sans doute pour Hermione, étrangement, Harry n'a aucun regret.
— Je t'aime aussi, mec, mais je ne suis pas sûr que tu assumes ce geste devant Hermione.
Ron grogne un peu, et Harry quitte son lit. La veille au soir, comme souvent, Hermione les a quittés plus tôt. À l'heure qu'il est — déjà onze heures ! — elle doit être en train de préparer les cours de la semaine suivante, de corriger des copies… Harry devrait s'y mettre, mais il n'en a guère le courage. Pas alors que les cahiers sur son bureau lui semblent bien trop nombreux, et que leur contenu l'exaspère d'avance.
C'est un enseignant enthousiaste la plupart du temps. Patient, énergique, diplomate, il aime transmettre ses connaissances à des enfants qui n'attendent qu'une chose : qu'on capte leur intérêt et qu'on sache le garder le plus longtemps possible. Enseigner une leçon entière sans susciter un seul bâillement est une victoire, et Harry se laisse rarement aller à la flemme de préparer le lendemain.
Il ramasse sur la table du salon et au pied du canapé des vestiges de bouteilles de bière de la veille, et mord, ce qu'il regrette aussitôt, dans une part de pizza refroidie qui a maintenant la substance d'un morceau de carton. Avec une grimace, il jette aussi la part. Les fenêtres du salon, il les ouvre en grand, et même s'il frissonne au contact de l'air frais de ce mois d'octobre, c'est aussi une sensation vivifiante.
Bientôt, le café coule dans sa jolie cafetière Chemex, offerte par Sirius à Noël. Le toaster éjecte le toasts hors de l'appareil, et la tête rousse et ébouriffée de Ron apparait à la porte de la chambre.
— Ma mère va être furieuse, geint-il en s'asseyant devant son café et ses tartines.
L'appartement est déjà propre, les cahiers n'ont pas bougé d'un poil, mais Harry est douché et changé. Ses cheveux, encore humides, tombent sur son front et semblent plus noirs encore qu'à l'accoutumée.
— Raison de plus pour manger plus vite, répond Harry. Hermione m'a envoyé un message, elle sera chez tes parents plus tôt.
Ron fronce les sourcils en mordant dans son pain grillé, mais Harry sait que c'est sa tête de gueule de bois, lorsqu'il rencontre des difficultés particulières à connecter les idées entre elles.
— Mes cours pour demain ne sont pas prêts… réalise-t-il.
— C'était mon argument principal hier soir quand tu as insisté pour continuer à boire de cette bière, lui rappelle Harry avec un sourire.
— Tu aurais dû me tenir tête.
— Il était déjà une heure du matin. Ca n'aurait pas changé grand-chose.
Ron ne dit pas un mot de plus, bougon.
Lorsqu'ils arrivent chez les Weasley, l'ensemble de la famille est déjà réunie. Percy discute tout à fait sérieusement avec Fleur Delacour, la fiancée de Bill. Bill, l'ainé des Weasley, est un ornithologue passionné, qui parcours le monde à la recherche des oiseaux les plus rares et les plus exotiques. C'est justement cette part d'aventure et de mystère, de poésie, aussi, qui ont séduit Fleur. Percy, lui, est un expert-comptable sévère et rarement aimable, qui détonne avec le reste de sa famille.
Vient ensuite Charlie, qui occupe un poste auquel personne ne comprend très bien au sein d'une banque réservée aux plus nantis. C'est un homme drôle et charismatique qui a donné à Harry ses premiers émois… Même s'il n'en a jamais rien su. Il échange avec Arthur à propos de leur équipe de Rugby préférée, et de transferts de joueurs qu'ils n'approuvent pas pour des raisons différentes.
À côté d'eux, entre deux éclats de rire, Fred et George complotent avec Ginny, la plus jeune des Weasley. Le ventre de la jeune femme est un peu plus arrondis que la dernière fois que Harry l'a vue, et comme à chaque fois, l'enseignant est un peu perplexe, un peu déstabilisé.
— Salut les gars ! s'exclame Arthur Weasley, le père de toute cette fratrie, en venant enlacer Harry et Ron.
Derrière lui, Hermione et Molly entrent dans la pièce, et à la façon dont elles cessent leur conversation avec un regard entendu, Harry devine immédiatement que la conversation portait sur Ron, et peut-être un peu sur lui. Sans doute s'agissait-il de leurs habitudes de se retrouver, souvent le week-end, pour décompresser de la façon la plus alcoolisée qui soit c'est un comportement que sa meilleure amie n'approuve pas.
Les têtes se tournent vers eux, et les embrassades s'enchainent. Bien sûr, Harry serre Ginny contre lui, avec mille précautions. Un peu trop à en juger la réaction de son amie.
— Harry, arrête un peu, je ne suis pas en sucre.
— Toi non, mais mon bébé oui ! rétorque Harry en louchant sur son ventre rond.
Ginny roule des yeux. C'est exactement le regard qu'elle a fait lorsque Harry, au cours d'une conversation qui a changé leurs vies, lui a demandé si elle était bien sûre de vouloir faire une telle connerie. Il y'a de cela quelques années, presque trois, en fait, Ginny a eu un terrible accident de voiture. Des semaines durant, après avoir été brièvement plongée dans le coma, elle a eu les jambes paralysées. Impossible pour elle de bouger un orteil, de poser un pied par terre. Il lui a fallu de longs mois pour retrouver l'espoir de pouvoir utiliser ses jambes de nouveau, et la rééducation a été une période de souffrance physique et psychologique intense. Cette épreuve a profondément touché la jeune femme, a profondément changé sa vision de la vie, et surtout de la mort, et l'instinct maternel qu'elle commençait alors à sentir croître en elle a soudain explosé.
Avoir un bébé est devenu une obsession, un besoin plus fort encore que manger, boire ou respirer, au point de ne plus en dormir la nuit, au point de pleurer lorsqu'elle croisait des femmes enceintes, de détester, même brièvement, ses amies lorsqu'elles lui annonçaient leur grossesse. Ginny était obsédée par cette idée d'avoir un bébé.
Quand elle a demandé à Harry d'être donneur pour elle, cela a donné lieu à la conversation la plus étrange de leur vie. Mais Harry a dit oui, parce qu'il n'avait aucune raison de dire non, et parce que Ginny lui a promis qu'il aurait une place dans la vie de son enfant, dont il ne serait pas condamné à n'être que le donneur.
Maintenant que le ventre de Ginny ressemble un peu plus à une pastèque chaque fois qu'il la voit, Harry réalise ce que cela signifie. Il a déjà acheté quelques petites babioles chez lui, dont une table à langer dans la salle de bain, quelques jouets qui sont encore rangés, un paquet de couches… Mais ça ne suffit pas à pleinement appréhender le sens de la paternité, il en a conscience. Et Ginny n'en est qu'à 6 mois, il a le temps de voir venir. Trois mois. Cela lui semble si court.
Il n'a jamais très bien su ce qu'était la paternité, parce que les souvenirs qu'il a de son père sont flous, hasardeux, éparses. Il y'a bien quelques bribes, mais Harry ne parvient que difficilement à mettre les pièces du puzzle dans le bon ordre. Seul Sirius a véritablement tenu ce rôle dans sa vie, et Sirius n'est pas un père. C'est parrain, un compagnon, un complice, mais pas un père — il le lui a suffisamment répété.
— Comme s'est déroulée ton inspection, Hermione ? demande Ginny en se détournant un peu de Harry.
Ron et Harry échangent un regard, grimacent en cœur. Hermione, elle, pince les lèvres, puis esquisse un sourire forcé qui ressemble à une grimace de douleur
— Disons que cela aurait pu être pire, dit-elle du bout des lèvres.
— Ron m'a dit que cette Ombrage est monstrueuse ! lance George avec un sourire carnassier.
— Terrible ! La cruauté incarnée ! renchérit Fred, le rire au coin des yeux.
— Ca suffit, une inspection est quelque chose de très important, intervient Percy d'un ton docte.
— Oui, oui, on sait, Percy, le calme Bill. Je suis sûr que tu as très bien géré la situation, Hermione.
La jeune femme hoche doucement la tête. Elle a beau être mariée à Ron, Hermione a toujours eu pour Bill une forme d'admiration qui amuse toute la famille. Il est intelligent, cultivé, possède une prestance à l'épreuve du feu, et surtout, a toujours pris soin d'intervenir contre le clownisme délirant de Fred et George et l'austérité, la sévérité de Percy.
Ce dernier ne bronche pas et pique une olive dans un bol sur la table. Hermione, elle, avale une gorgée de bière de la pinte que vient de lui servir Arthur Weasley, avant de se lancer dans son récit.
— Elle est arrivée avant moi, commence-t-elle doucement. A sept heures trente, elle était déjà dans ma classe. Elle regardait les affiches au mur lorsque je suis arrivée, et avant que j'ai pu dire quoi que ce soit, elle m'a dit « ce type d'affiches est particulièrement idiot, ça devrait être interdit ». Ca a annoncé le reste de la journée.
Quand son histoire se termine, Fred et George applaudissent à tout rompre, bientôt rejoints par Ginny. Hermione n'a pas d'autre choix que de sourire, elle aussi.
— De toute façon, dit Harry, McGonagall t'adore. Elle t'adorait déjà quand on était élèves, et elle te défendra face à cette vieille trombine d'Ombrage.
— Il a raison, approuve Ron. Tout le monde connait Ombrage et sait que c'est une sadique qui casse du prof à la pelle, mais ça fait bien longtemps que plus personne ne tient compte de son avis.
— Je me moque de ce qu'elle pense. C'est sa façon de me parler devant les élèves me rend folle. J'ai eu l'impression d'apprendre à lire et de buter sur les mots à chaque fois qu'elle me reprenait, avec son toussotement insupportable, explique Hermione en plantant sa fourchette dans sa pomme de terre avec un peu trop d'enthousiasme.
— Ils s'en foutent, la rassure Ron. Quoi ? réagit-il devant le regard désapprobateur de Molly.
— J'espère que tu ne parles pas comme ça devant tes élèves, dit-elle simplement en pinçant les lèvres.
— Maman…
— Tu dois leur donner le exemple.
— Maman, je leur parle très bien, la rassure Ron.
Harry retient un sourire. Il arrivait souvent à Ron, à leurs débuts, d'avoir des expressions qui n'étaient pas adaptées aux jeunes avec lesquels il travaille. Cela a fait l'objet d'un vrai travail sur lui…
— Et toi, Harry, demande Arthur, tout se passe bien avec ta classe ? Tu es toujours à Poudlard ?
— Oui, et ma classe est géniale. Ces enfants ont une énergie folle, ils sont assez uniques.
— Papa, tu sais bien que Harry a Rose dans sa classe… Lui rappelle Ron.
Arthur le regarde avec étonnement, puis hoche la tête. Il n'a pas de pertes de mémoire, il est juste un peu tête en l'air. Un peu trop, d'ailleurs.
— C'est vrai, j'avais oublié. Et comment ça se passe avec cette chipie ?
— Très bien. Rose est un savant mélange entre… Non, en fait, c'est le portrait de sa mère, s'amuse Harry tandis que Hermione lui adresse un regard noir.
— Ca n'est pas trop difficile d'avoir ta filleule en classe ? demande Ginny.
— Non, elle sait très bien qu'elle doit garder cela secret. En fait, je crois que c'est plus dur pour moi que pour elle. J'ai beau essayer de lui faire passer des codes, des mots de passe, de faire référence à des trucs qu'elle comprend forcément, elle ne mord jamais à l'hameçon et reste très sérieuse, indique Harry, un peu penaud.
— Harry a aussi Scorpius Malfoy dans sa classe… lâche Ron.
Harry lui jette un regard noir, mais l'intervention de Molly Weasley met rapidement fin à cette joute visuelle.
— Cette famille est maudite… Elle l'était déjà avant le décès d'Astoria, elle l'est plus encore maintenant, dit-elle d'un ton sombre.
Toute l'attention de la famille est soudainement rivée sur elle.
