Āto dorobō
Chapitre 7
POV Shizuru Viola
Je savais au moment-même où j'avais quitté Natsuki que j'allais au devant de très gros ennuis. Ceci explique sûrement la raison pour laquelle l'ensemble de mes muscles se sont figés de cette manière en la voyant. Elle, ma supérieure. Il semblait qu'elle n'avait pas quitté la salle d'interrogatoire des yeux depuis mon entrée. La question qui me trottait alors dans l'esprit était simple : Qu'allais-je bien pouvoir répondre face à sa certitude? Midori-san explosa de colère comme je m'y attendais.
- Qu'avez-vous en tête bon sang!
- Laissez-moi vous expliquer ...
- Il n'y a rien à expliquer. Vous ... Vous couchez avec notre suspect! Vous vous rendez compte de la situation dans laquelle vous vous mettez ? Vous nous mettez!
- Chef je ...
- Depuis combien de temps ?
J'aurais peut-être dû répondre que c'était une méprise de sa part. Que je jouais de mes charmes avec elle pour mieux la coincer. Mais tout ceci était faux. Et je n'avais pas la force pour lui mentir. Et encore moins de me mentir.
- C'était notre première fois le veille de son arrestation ...
Midori-san frappa avec colère la vitre. Natsuki fixa un instant celle-ci suite à la probable résonance de cette excès d'humeur. Puis elle s'affaissa de nouveau sur sa chaise. Je voulais retourner à l'intérieur avec elle. La prendre dans mes bras. Mais je ne pouvais pas. Midori-san me coupa dans mon observation.
- Toute votre analyse sera rejetée devant un tribunal si cela venait à ce savoir! Vous allez compromettre l'enquête parce que vous avez le feu au cul!
Je ne me souviens pas avoir perdu mon calme aussi rapidement face à ce genre de propos. J'étais peut-être une femme à femmes depuis mon adolescente. J'avais joué avec bon nombre d'entre elles pour découvrir les plaisirs du sexe. Je le reconnais. Que ce soit par des mots ou par des gestes, je savais toujours obtenir ce que je voulais avec qui je voulais. Et une fois la nuit passée, je passais à autre chose. Mais tout ceci s'était brutalement arrêté depuis quelques mois. Depuis l'arrivée de Natsuki dans ma vie. Natsuki ... Non ma supérieure ne pouvait pas avoir raison. Il ne s'agissait pas que d'une histoire de sexe avec elle. C'était beaucoup plus profond. C'est la première fois que j'avais trouvé une femme qui me comprenait aussi bien. Qui me respectait et qui semblait m'aimer. Une femme que je voulais revoir. Une femme avec laquelle je voulais partager plus. La laisser entrer dans ma vie. Lui ouvrir la porte de mon domicile. Et même la porte de mon coeur. Peut-être est-ce pour cette raison que j'ai répondu avec une colère non masquée une chose que je ne pensais pas pouvoir admettre à voix haute.
- En quoi est-ce un mal d'aimer une personne comme elle?
Midori-san resta surprise par ma question. Je l'étais moi-même. Une autre pensée me traversa alors l'esprit. Natsuki avait raison. Je devais écouter mon coeur.
- Je crois que j'ai fait une terrible erreur.
- En vous amourachant pour une voleuse ?
- Non ... En la prenant pour une voleuse.
Midori-san leva les yeux au ciel. Pour autant, elle finit sur une phrase qui m'apporta un peu de soulagement.
- Même si je pense que tout ceci est du délire ... Cherchons un détail qui aurait pu nous échapper.
Des heures assises derrière un bureau. Voilà ce qui traduisait mon comportement ainsi que celui de ma supérieure . Pendant qu'elle relisait les moindres détails qu'elle possédait sur Natsuki, j'étais plus concentrer sur l'extérieur. Ce même extérieur où Āto dorobō devait se moquer de moi. Qu'avais-je bien pu laisser passer? Midori-san ne pouvait pas s'imaginer que la personne devant elle n'était pas suspecte. Tout corroborait. Les moindres détails, les moindres informations. Il n'était pas possible qu'il en soit autrement. En ce qui me concerne ... Le remord était la chose qui me rongeait le plus. Une frappe sur la porte m'arrêta dans mes pensées. Après mon invitation à entrer, un officier l'ouvrit et énonça sans prendre le temps de remarquer mon malaise.
- Quelqu'un souhaiterait vous voir.
Je m'attendais à voir Midori-san ou même Nao-san mais il n'en était rien. Hikari me fixa un instant alors que je tentais en vain de ne pas fuir cette situation. Cette jeune femme qui m'avait accepté auprès de sa mère. Et qui aujourd'hui ne pouvait que le regretter. Je n'avais pas besoin de l'analyser pour savoir son mépris ainsi que sa colère à mon égard. Celle-ci remercia brièvement l'officier puis lui referma la porte au nez. Après plusieurs minutes de silence, Hikari finit par murmurer difficilement des paroles qui ne fit que confirmer qu'elle me détestait.
- Je vous aimais bien ... Comme un second parent.
Le passé ... Peut-être est-elle trop jeune pour comprendre que je ne cherchais qu'à faire mon métier. Hikari reprit en essayant de ne pas pleurer.
- Maman n'a jamais souri de cette manière avec personne d'autre. Elle vous a donné sa confiance alors pourquoi ...
- Hikari ...
La jeune femme secoua la tête tout en essuyant ses larmes.
- J'avais confiance en vous. Et ça me fait mal de savoir que Maman est tombée amoureuse d'une personne comme vous. Pire que j'ai moi-même cru avoir enfin trouvé une seconde mère. Alors une fois que vous vous rendrez compte de votre bêtise, laissez-nous tranquille. Maman trouvera quelqu'un de mieux.
Sur ce, elle s'enfuit de la pièce me laissant sans voix. Au final, j'avais réussi à avoir ce que je voulais sans même m'en rendre compte. Une famille. Quel est ce sentiment qui me compresse la poitrine? Une crise d'angoisse ? Tout en essayant de faire abstraction de la douleur, je ferme un instant les yeux et pose ma respiration.
"- Un dîner?
Je rigolais légèrement face à la tête jumelle des deux Kruger.
- Pour te remercier de m'avoir offert une si belle musique.
Hikari haussa les épaules tout en remettant son manteau.
- Je suis désolée mais j'ai promis à ma tante de surveiller Alyssa.
Natsuki frotta l'arrière de son cou tout en rebroussant chemin. Elle sentit une prise légère sur son poignet. Hikari sourit d'une manière qui ne rassura pas Natsuki.
- En revanche Maman tu peux y aller. ça t'évitera de t'endormir entre un paquet de chips et la télé.
Natsuki se figea légèrement puis murmura difficilement.
- Je ne pense pas que Madame Viola soit ...
- Ara? Ce serait un plaisir pour moi Kruger-han."
- J'aurais dû m'arrêter à ce dîner ...
POV Yuuki Nao
Je n'avais jamais aimé faire cela. Mais je n'avais pas vraiment le choix. Quand j'étais plus jeune, je le faisais pour me donner du courage ainsi qu'un certain genre. Mais depuis ma rencontre avec Miyu, j'avais peur à chaque fois que j'étais en infiltration. Mais je ne pouvais ni le dire à ma femme, ni à mes collègues. Ma fierté me tuera au final. J'avais réussi à souper à tout cela depuis Alyssa. Je m'étais également assagie. Parce que j'étais une mère avant d'être un officier de police. Mais aujourd'hui, même si je n'aimais pas, je devais être ici. Pour Natsuki. Ma cigarette arrivait à sa fin et il n'était toujours pas là. Des pas derrière moi me signalèrent qu'il se décida enfin à se montrer. Intérieurement, j'étais plus rassurée de le savoir avec moi. Un homme d'un mètre quatre-vingt dix s'avança doucement vers moi tout en souriant légèrement. Yamada ... Comment pouvait-il être aussi heureux de me voir alors qu'un jour je finirais peut-être par le boucler ...
- Tu n'es plus la bienvenue ici Spider ... Ou plutôt Agent Yuuki.
- Ne le mentionnes pas. Si je suis ici c'est que je n'ai pas le choix Yamada.
Yamada rigola légèrement puis murmura tout en s'adossant lui-même au mur.
- Tu n'auras pas tes réponses sans y mettre le prix.
- Ton prix sera le mien.
Yamada saisit alors ma cigarette.
- ça te tuera tu le sais.
Avant que je puisse comprendre, Yamada écrasa la cigarette avec sa chaussure. Tout en s'assurant d'être seul, il reprit.
- Je te dois une faveur alors ... Le paiement peut attendre.
Mon informateur était quelqu'un de bien au final.
- Je veux que tu m'aides à entrer en contact avec le voleur d'arts.
Yamada fronça légèrement les sourcils.
- Je ne pense guère que ce soit pour acheter quelque chose.
Je n'avais pas besoin d'en dire plus, il cherchera sans poser d'autres questions.
- J'ai un compte à régler avec cette ordure.
POV Shizuru Viola
- Puis-je vous aider?
Je ne savais pas ce qui m'avait pris d'aller chez elle. Ce n'est pas comme si nous apprécions notre compagnie mutuelle.
- Yuuki-san est-elle ici?
La femme devant moi me répondit par la négation. J'allais rebrousser chemin lorsque je sentis une légère prise sur mon bras.
- Nous devons parler Inspectrice Viola.
Je fronçais légèrement les sourcils. La femme devant moi devait être la femme de Nao-san. Miyu Grear si je me souvenais bien. Miyu-san s'écarta légèrement pour me laisser entrer.
- Nous avons très peu de temps avant que Nao ne reviennes. Entrez je vous en prie.
Je cédais à la requête. Tout en détaillant les différentes pièces, je souris légèrement tout en prenant place sur le siège présenté. Au vue de la décoration des lieux, Nao-san devait être une femme ne cherchant pas à s'immiscer dans le choix de sa compagne. Donnant un charme à l'ensemble du mobilier. Miyu-san s'installa à son tour tout en prenant la parole.
- J'ai peur de l'avancée de votre enquête. J'ai moi-même été dans le métier et ... Natsuki n'est qu'un bouc émissaire. Vous le savez aussi bien que moi.
Je rompis le contact visuel avec mon homologue. Peut-être est-ce dû au fait que ces iris étaient de la même couleur que mes yeux. Où peut-être parce qu'il émanait une certaine force de caractère d'elle. Mais j'étais mal à l'aise.
- Les preuves sont là. Pour autant ...
- Pourquoi maintenant?
Je questionnais du regard mon homologue qui se leva un instant pour revenir avec une enveloppe.
- J'étais moi aussi flic pour ensuite travailler en tant que détective privée. Je sais reconnaître un coupable. Natsuki ... Vous ne vous êtes pas demandée pourquoi?
- Pourquoi?
- Toutes les preuves apparaissent du jour au lendemain alors que durant dix ans ... Rien.
Je ne pouvais pas croire ce que je voyais devant moi ... Nao-san ... Irrécupérable à tout niveau.
- Yuuki-san a ramené l'affaire chez vous ...
Miyu émit difficilement.
- Depuis l'arrestation de Natsuki ... Nao passe ses journées avec elle ou à l'extérieur. Vous devez rapidement mettre le véritable coupable en prison et relâcher Natsuki.
Pourquoi faisait-elle sonner cela comme si tout était entièrement ma faute? Je ne pouvais pas en prendre davantage et préférais prendre mon congé.
- Si vous avez des informations ... Peut-être pourrions-nous travailler ensemble mais jusque-là ... Natsuki reste notre suspecte.
- Vous l'aimez n'est-ce-pas?
D'où provient cette question? Et pourquoi me sourit-elle de cette manière?
- Je ne pense pas que Nao ait compris votre rapprochement. Mais Natsuki me paraissait mieux ses derniers temps.
- Vous la connaissez depuis longtemps?
Miyu-san hocha la tête tout en désignant un cadre sur une commode.
- Natsuki et moi avons partagé les mêmes classes jusqu'à son départ pour Kitami. C'est grâce à elle si je suis aujourd'hui avec Nao et que j'ai pu adopté ma fille.
Évidemment que je l'aime mais ... Je l'ai perdu avec ma stupide erreur de jugement.
- Quelque soit mes sentiments à son égard ... Je ne peux pas m'attarder dessus.
Je ne pouvais pas capituler. Voilà ce qui revenait en cesse dans mon esprit depuis dix minutes durant lesquelles je fixais mon horloge. Je finis par reporter mon regard sur mon bureau sur lequel était éparpillé une multitude de feuilles, photos ou simples post-it. J'étais perdue. Hors course et impuissante. Mais je n'avais pas le droit de laisser les choses de cette manière. Natsuki avait déjà assez souffert à cause de cette affaire. A cause de moi ... Il aurait fallut qu'elle ne quitte jamais Fuuka. Mon regard s'attarda sur une photo en particulier et je sentis la colère me monter. Je saisit mon téléphone tout en saisissant la photo.
- Commissariat de ...
- Ici Viola ... Convoquez Ahn Luu au bureau demain à la première heure.
Sur ce, je raccrochais et murmura à la photographie.
- Il est temps que je découvre le passé de Natsuki autrement que par ses souvenirs.
POV Yuuki Nao
Même si je n'avais rien à lui dire de bien concret, je devais la voir. Je refermais une porte de cellule et m'installais sur la couchette de celle-ci.
- Le juge a accepté de repousser ton procès mais tu as l'obligation de rester en détention. Je n'ai pas pu t'obtenir mieux.
Une silhouette debout me tournait le dos.
- Comment va Hikari?
Je n'étais pas très contact mais je voulais être là pour ma cousine. Tout en lui donnant une légère accolade, je répondis dans un ton rassurant.
- Elle essaie de suivre son quotidien ... Ce n'est qu'une question de temps Natsuki.
- Pour que je sois condamnée ou libérée?
- Si seulement je le savais ...
Intérieurement, j'avais peur de cette réponse. Les choses devraient peut-être rester telles quelles. Parce que j'avais un très mauvais pressentiment.
Fin du chapitre 7
