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Improbable, pas impossible. II.

A maturité.

Chapitre 6

Flotter.

C'était exactement l'impression que Kara avait, alors qu'elle luttait pour garder les idées claires. Tout tanguait autour d'elle, se concentrer relevait du défi.

Mais les défis, Kara Sallington adorait ça, et elle n'était pas prête à abandonner de si tôt. Alors elle se concentrait, sur chaque petit détail. Le bracelet qu'elle avait toujours au poignet, après toutes ces années. C'était celui qu'Ellina lui avait offert lorsqu'elles étaient encore à Poudlard. La poussière qui maculait sa robe sombre. Le regard d'Ernie en face d'elle. Il se tenait debout, nonchalant, patient.

Après quelques minutes, l'attention de Kara commença de nouveau à basculer, et elle comprit qu'il lui fallait quelque chose de plus conséquent sur lequel se concentrer. Alors elle appuya son dos contre la paroi de pierre humide, bougea légèrement pour tenter de trouver une position assise un peu plus confortable, et braqua ses yeux chocolat dans ceux de son nouvel ennemi.

« Je t'ai toujours pris pour un type correct, MacMillan. Impulsif et arrogant, mais correct. »

Il sourit, comme s'il avait attendu tout ce temps qu'elle veuille bien engager la conversation.

« Je le suis. Je l'ai toujours été. Mais il y a un moment où il faut savoir commencer à agir réellement. »

« Agir. Tuer, trahir, c'est cela agir pour toi? Quel était le problème? Tu n'as pas supporté tes échecs? » Lorsqu'elle vit le regard illuminé d'une colère froide, Kara sourit. « Ah oui, c'est cela, hein? Tes échecs ont blessé ton petit ego de mâle. »

« Je ne connais pas grand monde possédant un ego plus important que le tien, Sallington. »

« Ton restau a coulé, alors tu n'as rien trouvé de mieux que de rejeter la faute sur nous tous? C'est pathétique. »

Il fit un pas vers elle, mais sa colère était froide, passive, emplie de satisfaction et de malice. Il était contrôlé, alors que Kara s'affaiblissait de plus en plus à chaque seconde.

« L'affaire aurait pu marcher » expliqua t-il. « si seulement il n'y avait pas eu cette saloperie de Dépression. Malgré les répercutions de la guerre et de l'assassinat de ce gobelin à Gringotts, c'est vraiment de la malchance qui a provoqué cette chute économique. Mon restau n'avait que six mois, impossible pour lui de s'en sortir. »

« Nous avons tous souffert de la Dépression. Tout le côté sorcier du pays. »

« Pitié. Alors même que je luttais pour sauver mon affaire, vous vaquiez à vos vies comme si de rien était. Dean et Lavande se sont mariés, puis Garrik et Hannah, Ellina se bâtissait tranquillement sa réputation, Jenna commençait sa formation, comme si vous aviez eu le moindre problème. »

« Tu es encore plus aveugle que ce que je pensais. Ce n'est pas parce que nous avons continué à vivre nos vies que nous n'avions pas nos problèmes. »

« Ca ne vous dérangeait pas de fermer les yeux sur les luttes de vos amis. »

« Fermer les yeux? Qui t'a prêté de l'argent à la fin de cette année-là? Et ce n'était pas une petite somme d'autant que je m'en souvienne. »

« Ne te prends pas pour une sainte - »

« Tu es bien prompt à oublier les bons côtés, je te les rappelle, c'est tout. Tu aurais pu t'en sortir - »

« J'aurais pu. En début de l'année suivante, j'avais prévu une stratégie qui aurait dû me permettre de garder la tête hors de l'eau. La pub aurait dû me permettre de sauver mon affaire. Mais voilà que Malefoy annonce ses fiançailles, et la presse se délecte de cette nouvelle info sur l'un des plus mystérieux Combattants de l'Hybride, ces jeunes héros dont les histoires passionnent tant le pauvre peuple empêtré dans tous ces ennuis économiques et qui a tant besoin d'une distraction. Adieu ma pub. » Il sourit et haussa les épaules d'un air nonchalant. « Il y a des échelons même chez les héros. Quelques mois plus tard Gringotts m'a refusé tout emprunt, alors même que le mariage Malefoy battait son plein et que la naissance de Sunny était annoncée. Puis il y a bien sûr eu en décembre de cette année-là l'annonce outre atlantique du mariage Potter, qui pouvait rivaliser avec ça? Un mois plus tard je me suis tourné vers mon ami de toujours, Dean, mais il était bien trop préoccupé par la grossesse de sa femme. Et ensuite - »

« Tu es venu me voir, et j'ai refusé de te donner plus d'argent. Figure-toi que j'avais moi-même des problèmes avec ma société, les choses allaient de plus en plus mal à l'époque. »

« Et tu préparais une conférence de presse avec le Ministre Abbot, et Ellina était elle aussi très occupée. Blablabla. Deux mois plus tard, je n'avais plus le choix. J'ai tout fermé, et j'ai décidé d'aller en Europe. »

« De t'exiler en France, oui. Par fierté, parce que tu n'arrivais pas à avaler le fait que tu avais échoué, alors que la plupart de tes amis semblaient réussir leur vie. Tu ne t'es jamais arrêté deux secondes pour voir qu'eux aussi avaient leurs problèmes. Et il était plus simple pour toi de tout leur remettre sur le dos! »

Ernie ne perdit pas son sourire.

« J'ai ouvert un petit troquet anonyme dans le sud de cette bonne vieille France. Et j'ai attendu. J'ai patienté, parce que je suis un bon Poufsouffle. Le temps m'a donné raison. Un soir, par une nuit pluvieuse et froide, un individu est entré dans mon établissement, s'est assis au bar, a commencé à boire et à parler… Et devine de qui il s'agissait? Nul autre que Willius Tyrnor! Tu imagines? Il vous maudissait, toi et tous les tiens, il était ruiné et recherché. L'occasion était trop bonne, tu vois, et l'idée a commencé à germer dans mon esprit. Alors j'ai commencé à faire des recherches. Et crois-moi Sallington, si on a la volonté et les relations, ce n'est pas difficile d'apprendre tout ce qu'on souhaite savoir sur n'importe qui. »

« Tu n'es qu'un raté amer, en réalité. Plus intelligent que ce que je pensais initialement, mais un raté tout de même, et c'est cela que tu n'as pu supporter. Au final, mes toutes premières impressions sur toi étaient les bonnes, il y a des années, à Poudlard. Quelle ironie. Et dire que j'avais appris à t'apprécier. Mais il n'y a pas que la vengeance et la jalousie là-dessous, n'est-ce pas, MacMillan? Il y a autre chose, quelque chose de plus profond. »

Sans un mot, Ernie l'observa avec une sorte de fascination étrange. Kara luttait pour garder les idées claires, pour ne pas succomber à la drogue qu'elle avait dans le sang. Un souvenir flottait à la surface de son esprit, alors la jeune femme se concentra un peu plus et le saisit de toutes ses forces mentales. Elle revit la bataille de Poudlard, cette nuit horrible. Revit les combats. Et revit Ernie, se battant avec rage contre les Mangemorts. Revit ce qui l'avait frappée alors, mais qu'elle n'avait pas su interpréter ni réellement cherché à expliquer. Elle revit Ernie lever sa baguette contre ses ennemis à terre et désarmés, le vit lancer des sorts puissants. Vit son expression haineuse et ravie, avide de…

« Pouvoir. » murmura t-elle.

Ernie eut un petit rire, et elle crut un instant qu'il était dément.

« Le pouvoir de vie ou de mort, la puissance, le contrôle. J'avoue avoir rapidement pris goût à tout cela durant la guerre. » Alors qu'il parlait, il frôlait la cicatrice à sa joue, doucement, avec insistance. « C'est une émotion si enivrante! Il m'en fallait plus. Je n'ai pas honte de le dire, il m'en fallait plus. Toujours plus. Alors j'ai commencé à réfléchir, à chercher. Mais je savais que vous seriez toujours dans mes pattes, alors pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups? Vous faire payer votre vanité, éclater cette petite bulle hypocrite dans laquelle le monde sorcier vous a placés, et obtenir ce que je désirais. A partir de là, pas compliqué de tout mettre en place. Ce qu'il me fallait c'était des infos. Des failles. Et comme je m'en doutais, il y en avait des tas. »

« Tu n'es qu'un traître vile et sans intérêt. Tu me fais penser à Voldemort. »

« Pitié, lui était mégalo. Je n'ai rien contre les moldus, les créatures magiques, ou même les homo. Tout ce que je veux, c'est un peu de pouvoir. Après, je ne jure de rien quant à la santé de ceux se mettant en travers de mon chemin. »

« Comme Dan. »

« Ce n'est pas moi qui l'est envoyé sur mes traces, et il était trop malin et perspicace pour son propre bien, trop méfiant. Trop proche du but. Sa mort m'a servie à davantage creuser les fossés présents dans vos relations. »

« Pourquoi avoir envoyé Tyrnor à Ellina? »

« Pourquoi? Comment ne peux-tu pas comprendre cela, Kara? » Il s'accroupit auprès d'elle, et si elle n'avait pas été aussi malade, la jeune femme l'aurait volontiers étranglé. « Je sais, comme nous le savons tous, que le groupe ne se scinderait jamais tant que son âme resterait intacte. Même séparés, même éloignés, les Combattants survivants restaient unis, comme ils se l'étaient juré à Poudlard, le jour de la remise des diplômes. Tu te souviens de ce jour-là? Et tant qu'un corps a une âme, il reste fort. Et cette âme a toujours été, est et sera toujours Ellina et toi. Vous ne l'avez jamais compris, n'est-ce pas? Déjà à Poudlard nous vous suivions sans même savoir qui nous suivions. C'est vous deux qui avez donné la force au groupe, de la puissance aux liens d'amitié, qui avez permis que nous restions tous unis après Poudlard malgré les distances. Je savais que je n'arriverais jamais à rien tant que cet état de fait demeurait. Ellina et toi n'avez cette force brillante qu'en tant que couple, grâce à votre amitié, à votre amour, à votre connexion. Il ne me restait qu'à couper ce lien, vous séparer, et j'avais le champ libre. Je me suis vite aperçu qu'il y avait des problèmes même au sein de votre douillet foyer, alors j'ai envoyé Willius à Ellina dans le but d'effriter votre confiance. Ça a plutôt bien marché, et comme je l'avais prévu, à partir de là tout a commencé à partir en morceaux, et vous vous êtes divisés. Sans cela, je pense que vous auriez tout découvert bien plus tôt. »

« Je te hais. »

« Pas encore, mais ça va venir. Il n'a pas été difficile d'envenimer les choses dans le groupe ici et là, avec quelques rumeurs, quelques mots, quelques phrases. Vos ego ont fait le reste. Magnifiquement, d'ailleurs. J'ai par exemple fait en sorte que tu passes de plus en plus de temps au Siège, que tu t'impliques en politique… »

Kara chercha à se concentrer. C'était peut-être à cause de la drogue, mais elle ne se souvenait pas avoir eu une seule conversation avec Ernie quant à ses affaires. A moins que…

« Comment…? »

« Oh, je savais que je ne pourrais pas t'influencer efficacement, alors j'ai utilisé la même méthode que pour ton couple. J'ai juste envoyé une autre de mes recrues auprès de toi. J'avais découvert que l'un de tes assistants les plus importants avait un passé pour le moins trouble, que tu avais embauché Mary Hurst pour lui donner une nouvelle chance, pour la réhabiliter. »

« Je l'ai renvoyée parce qu'on avait découvert qu'elle nous avait volés. C'était un coup monté, n'est-ce pas? »

« En effet. Et il m'a permis d'introduire mon allié au sein de ton conseil. »

« Fergus. » comprit Kara.

« Jack Fergus, exact. »

« Je ne l'avais jamais vu avant. Pourquoi aurait-il marché dans tes combines? »

« Toi, tu ne l'avais peut-être jamais vu. Mais ce n'est pas le cas de ta chère Ellina. Figure-toi qu'elle l'a totalement ignoré à deux reprises, alors que ce cher Jack est amoureux fou d'elle. Il lui en voulait à mort, et était trop heureux d'avoir un bonne occasion de se venger d'elle. Il avait un excellent passé dans des entreprises, et lorsque je lui ai tout expliqué, lorsqu'il a appris pour la réelle relation entre Ellina et toi, ça n'a pas été difficile de le convaincre de quitter Garsgen&Co pour postuler pour la place vacante de Premier Assistant de direction du Groupe Sallington. Ca a pris quelques mois, mais il a fait ses preuves et Lupin et toi lui avez confié le poste. Il était doué dans ce qu'il faisait, non? Je le trouve épatant dans sa capacité à contrôler son caractère pour paraître calme, posé et sérieux, quand on voit à quel point il est instable dans la vie réelle! »

« Et Parkinson? »

« Pas du tout difficile à convaincre, celle-là. Tant mieux, car sans elle on aurait eu du mal à pénétrer à Azkaban pour tirer toutes ces infos de Morris. Cette ordure de Mangemort nous a tout balancé au bout de quelques sorts. Tout ce qu'il avait appris de Vitellius et plus encore, tout ce que l'aura des Veilleurs avait enterré au fond de son esprit. La Tablette, tes affaires, les souterrains, et bien entendu l'accident de ton frère qui n'avait été qu'une couverture pour le Transfert d'Essence. »

Kara n'avait pas du tout envie d'entendre parler de cela. Aux confins de sa vision, elle vit une silhouette, celle d'un petit garçon en pleurs, elle entendit des cris, sentit une étrange sensation glacée dans sa poitrine. Alors elle lutta contre elle-même, lutta pour parler, centrer son attention sur autre chose, mais tout devenait de plus en plus difficile…

« Et Susan? Je croyais que tu l'aimais. Elle n'a aucune place dans ton plan, et elle était bien trop honnête pour participer à tout cela. Elle n'est pas en formation à Paris, ne l'a jamais été, n'est-ce pas? »

Quelque chose changea dans l'expression du jeune homme.

« Si seulement elle n'avait pas tout découvert. »

« Tu l'as tuée. »

« Elle allait tout dévoiler! Avant même que tout ne démarre, je ne pouvais pas laisser faire cela. »

« Tu l'as tuée. Tu as tué Susan. »

« En février dernier. Et aucun d'entre vous n'a vu de différence au cours de tous ces mois. Vous n'avez jamais posé de questions sur le fait que jamais elle n'était là quand vous nous contactiez, ne vous êtes jamais étonné qu'elle ne vous écrive plus… Quels amis vous faites. »

Kara sentit son cœur se serrer, car dans toutes les paroles d'Ernie, il y avait bien des vérités. Ils avaient laissé leurs amitiés s'étendrent, s'étaient plongés dans leur vie d'adulte plus compliquée que ce qu'ils avaient prévu, avaient oublié certaines valeurs au profit de quelques défauts. Peut-être étaient-ils tous devenus égocentriques, peut-être pas, en tout cas une chose était sûre, ils avaient bel et bien laissé les certitudes remplacer les rêves, et les buts personnels avaient pris le pas sur leurs idéaux.

Et Susan et Dan en avaient payé le prix. Le prix de leur fierté, le prix de leur vanité.

« Pourquoi… » Quelque chose attira l'attention de Kara, plus loin dans la salle. Avec horreur et incompréhension, elle crut un instant voir ses parents plus loin, tenant dans leurs mains un parchemin bien connu… « Qu'est-ce que tu m'a injecté? » demanda t-elle d'une voix blanche en tournant la tête vers Ernie.

Le regard de celui-ci ne changea pas, il soupira et se redressa.

« Il n'était pas dans mes intentions originelles de te faire souffrir, en tout cas pas ainsi. Mais il me fallait du temps pour déchiffrer la Tablette. »

« Tu aurais pu me tuer. »

« Tu peux encore me servir, Sallington. »

« Tu aurais dû me tuer. »

Il y avait de la crainte dans son ton à présent, mais dans son esprit alourdi par la drogue et allégé par la perte de sang, Kara n'en avait que faire.

« Peut-être. » répondit calmement Ernie. « Mais tu peux encore me servir. Crois-moi, cela ne m'enchante guère, bien que j'ai longtemps rêvé de te voir tomber de ton trône. »

« Je te hais. »

« Je sais. Mais tu hais beaucoup de choses, n'est-ce pas, Sallington? » Il l'observa dans les yeux, avec un mélange de froideur, de satisfaction et de pitié qui révolta Kara. « Tu hais tellement de choses, de gens… et tu ne peux même pas te l'avouer à toi-même. Tu as haï tous les élèves de Poudlard, parce que sans le savoir ils avaient ce que tu n'avais pas. Tu as haï tous les sorciers, parce qu'ils existaient sans qu'un sacrifice n'ait été fait. Tu hais tes parents. Tu hais ton frère pour ne plus être là. Tu te hais toi-même. »

« Où as-tu pu te procurer cette drogue? »

« A Ste Mangouste. Je l'ai volée. Comment appellent-ils cela déjà? La Prison des Souvenirs? »

« Tu n'es qu'un - »

« Chut, pas de vilains mots. »

Kara se sentit partir, sentit son attention s'envoler en même temps que ses sens, les sons étaient étouffés soudainement. Elle savait que si elle s'évanouissait c'était fini.

« Tu tomberas. » jura t-elle à Ernie. La promesse n'était qu'un souffle, un murmure qu'elle ne put entendre.

Ernie observa ses yeux rouler dans leurs orbites, observa son corps s'affaisser puis basculer au sol, inerte, près du cadavre du hibou sombre.

« Bon voyage, petite fille. » lança t-il légèrement, avant de se détourner d'elle. « J'ai du travail à présent. »

Et sans un regard de plus vers Kara, il s'approcha de la Tablette.

HHH

« Il est forcément quelque part. » murmura Sally.

Elle, Graham, Hermione et Ellina étaient tous dans la salle à manger du manoir Sallington. Ils avaient passé l'endroit au peigne fin, et le sang qu'ils avaient trouvé les avaient autant inquiétés que la seringue vide récupérée sous un meuble.

« Si elle est inconsciente, il n'a pas dû l'emmener loin d'ici. Où Kara avait-elle caché la Tablette? Ellina? »

La jeune femme sortit de la rêverie dans laquelle elle s'était enfermée depuis quelques instants déjà, et se tourna vers Hermione.

« La connaissant, j'aurais dit dans les sous-sols. Mais Ernie n'aurait jamais pu y entrer. »

« J'arrive toujours pas à croire que ce soit MacMillan qui est derrière tout ça. »

« On reviendra sur les pourquoi plus tard, Graham. Li, où est cette entrée pour les souterrains? »

Ellina les conduisit au bureau de Conrad, et leur montra la cheminée. Elle expliqua ce que Kara lui avait appris là-dessus, et après une courte inspection Hermione confirma que l'entrée était bien close et les sorts toujours en place.

« Ernie n'a pas pu y entrer. »

« Sauf s'il a Kara. »

« Hermione, jamais Kara ne l'aurait conduit près de la Tablette. Elle aurait préféré mourir. » contredit Sally-Anne.

« Nous savons tous qu'il y a des moyens de faire plier Kara Sallington. »

Le regard de Hermione était braqué sur Ellina, qui détourna les yeux sans savoir pourquoi. Après tout ce qu'il s'était passé, Kara aurait-elle pris un risque aussi idiot pour elle?

« S'il a menacé de s'en prendre à Ellina, Kara a pu le faire entrer là-dedans, dans l'espoir de pouvoir se débarrasser de lui plus tard. »

« Dans ce cas elle a forcément prévu quelque chose pour qu'on puisse la suivre, au cas où elle échouerait. »

« Graham a sans doute raison. » intervint Ellie. « Et je pense savoir ce que c'est, je sais réfléchir comme Kara. Mais avant toute chose, j'ai besoin de quelque chose de votre part. »

Graham, Hermione et Sally échangèrent un regard, soudainement soucieux.

« Quoi donc? » demanda le jeune homme.

« Un serment de secret. »

« Pourquoi? »

« Je veux que vous me fassiez le serment que vous ne poserez pas de question sur ce que vous pourriez voir ou entendre par la suite, au combien ça vous intrigue. Et je veux que vous me fassiez le serment de ne jamais rien divulguer de ce que vous pourriez apprendre qui ne soit pas déjà connu de ce monde. »

« Qu'est-ce que - »

« D'accord. » affirma Hermione, coupant Sally. « Nous n'avons pas de temps à perdre, et j'ai confiance en toi, et en Kara. »

Graham hocha la tête.

« Moi aussi. »

« OK. » fit Sally au final.

Le serment fut vite accompli, et Ellina croisa mentalement les doigts.

« Liam? » appela t-elle, ignorant les regards de ses amis. « Liam! J'ai besoin de toi! »

Elle sursauta quand brusquement le petit fantôme passa à travers le mur près d'elle. Les autres l'observèrent, et le regard de Graham brilla.

« Par Merlin. Liam Sallington. »

« Qui? »

Sally se tourna vers Hermione.

« Le frère de Kara. Il est mort ici quand ils étaient enfants. Un accident domestique. Je crois que ça a fait les grands titres à l'époque. »

« Liam, Kara a des ennuis et… » Avant qu'elle n'ait pu continuer, le fantôme tendit un index transparent vers la cheminée. « Elle est là-dessous? Avec Ernie? » Il hocha la tête, son regard triste et hanté encore plus sombre que d'ordinaire. « Je t'en prie, aide-nous. Kara a sûrement prévu quelque chose. » Il hocha une nouvelle fois la tête. « Quoi donc? Peux-tu ouvrir le passage? »

Sans un mot, il s'avança vers la cheminée et passa sa main à travers la roche qui bouchait l'ouverture. Puis il tendit son autre main vers Ellina, laquelle fronça les sourcils. Pourtant, sans un mot, la jeune femme fit un pas vers lui et prit la main du fantôme. A sa grande stupéfaction, elle ne passa pas au travers. Le contact était glacé et frais, et alors que l'enfant tournait de nouveau son attention sur l'entrée, Ellie sentit une chaleur étouffante l'envahir toute entière, sa vue se brouilla, sa respiration s'accéléra.

Quand elle reprit conscience de ce qui l'entourait, Graham la maintenait debout, Liam avait de nouveau disparu et l'ouverture des souterrains était ouverte.

« Ca va? » demanda le jeune homme.

Ellie se redressa et hocha la tête.

« Ca va. Allons-y. »

Baguettes en main, les sorciers descendirent au cœur de la propriété Sallington.

« Laissons l'ouverture ouverte, on ne sait jamais. Ces sous-sols sont un véritable labyrinthe, on a intérêt à garder l'œil ouvert. »

HHH

En réalité, il n'y avait qu'Ernie qui lisait consciencieusement la Tablette et des vestiges du passé qui pourrissaient au sol. Mais dans l'esprit de Kara, les choses étaient bien différentes. Il y avait deux adultes dos au mur et un autre enfant terrorisé.

En réalité, elle n'était qu'une jeune femme tremblante de fièvre, blessée et affaiblie, couchée au sol. Dans son esprit, elle était une fillette de six ans sentant dans tout son être que quelque chose de grave se passait, que rien ne serait jamais comme avant.

Et la petite fille qu'elle était se leva sur des jambes tremblantes, écouta ses parents les rassurer, son frère et elle. Et même si son esprit était enfermé dans ce souvenir précis, le plus horrible de son existence, ce souvenir qu'elle avait enterré et dont elle avait oublié certaines parties depuis bien longtemps, d'autres images, d'autres expériences s'échappaient parfois des barrières que la drogue avait instauré. Mais elle restait enfermée de ces souvenirs, et dans ses souvenirs, elle tenait la main de son frère, et elle tremblait.

Son père se baissa à leur hauteur et leur sourit, mais quelque chose d'étrange était présent dans ses yeux, et la fillette n'aimait pas cette nouvelle expression.

« On va jouer à un jeu, d'accord? »

Liam hocha la tête, alors Kara murmura qu'ils étaient d'accord.

Elle pouvait voir plus loin leur mère serrer dans ses mains un parchemin usé et vieux, tout en les observant avec une expression fermée et tirée, comme si tout son visage faisait un effort indicible pour ne pas révéler la réelle émotion qui affligeait Pamrella.

« Vous voyez la table de pierre, là? » disait son père de sa voix profonde et douce, et les petits jumeaux acquiescèrent. « C'est le lit de l'heureux dormeur. »

« En quoi consiste ce jeu? » demanda Kara, qui sentait provenir de son frère des vagues d'inquiétude, dans cette partie de son esprit et de son cœur qui avait toujours et serait toujours emplie par la présence de son jumeau.

« Oh, ce n'est pas très compliqué, Kara. Maman et moi allons chanter pour celui de vous qui va dormir, il y aura beaucoup de lumière et ensuite, quand le jeu sera fini, vous vous sentirez tous les deux beaucoup mieux. »

Kara sentit l'espoir afflué dans son cœur.

« Nous ne serons plus malades, Liam et moi? Nous pourrons sortir de la maison, rencontrer des gens? Jouer avec d'autres enfants? »

« Oui, Kara. »

La petite fille était alors prête à jouer à tous les jeux du monde, pourvu que son frère et elle s'en sortent et aillent mieux. Car elle savait déjà, en son si jeune esprit, qu'elle était entrain de mourir, que les douleurs qu'elle ressentait auraient très bientôt raison d'elle, et que la fatigue les terrasserait sous peu, Liam et elle. Alors, le sommeil viendrait les chercher, comme Dorek le Dragon était venu chercher la fée Lusina dans les histoires de Gregorias, et une fois que le sommeil les aurait il ne les rendrait plus jamais au monde des éveillées, et Kara et Liam dormiraient pour l'éternité.

Mais alors même qu'elle laissait son excitation l'envahir et nourrir son cœur empli d'enthousiasme, ouvert à toutes les expériences, elle sentit en elle la suspicion et les doutes de Liam, qui lui serra la main avec un peu plus de force. Son frère et elle étaient tellement reliés l'un à l'autre qu'elle avait parfois l'impression que Liam lui parlait. Il disait « Prudence » et « J'ai peur, Kara », et la petite fille l'écoutait.

Elle observa autour d'elle, les murs froids et humides que les boules de lumière invoquées par ses parents ne suffisaient pas à réchauffer, les vestiges d'un mystérieux passé au sol, les étagères cassées et poussiéreuses, cette table de pierre qui lui inspirait tout sauf l'envie de s'y coucher, sa mère si étrange ce soir, son père si crispé depuis la veille…

Et Liam qui lui tenait la main, et leur connexion, pure et essentielle à leur vie, la peur de l'un et l'espoir de l'autre qui devenaient la peur et l'espoir des deux…

Kara n'aimait pas cet endroit. Elle n'aimait pas toutes les émotions qu'il lui inspirait, n'aimait pas l'odeur et l'humidité, les traces du passé, l'obscurité, les murs de pierre qui les enfermaient, elle se sentait prise au piège, sale et glacée…

« Nous ne voulons pas jouer. » dit-elle finalement d'une petite voix, et le changement aurait pu surprendre ses parents s'ils n'en avaient pas eu tellement l'habitude. « Nous voulons remontrer, et aller dormir. »

Leur père eut un petit sourire, doux, fier et triste, et il hocha la tête.

« Vous dormirez bientôt, mais avant nous devons finir. »

« Où elle est grand-mère? »

« A un gala, souvenez-vous. Elle sera là demain, pour vous raconter des histoires de sorciers. »

« Mère? » demanda Kara, tournant son attention vers sa mère, toujours en retrait. « Pouvons-nous remonter, maintenant? Liam et moi n'aimons pas cet endroit. »

« Bientôt, Kara. Bientôt. » dit-elle, et la fillette n'avait jamais entendu un tel ton chez sa mère.

Pam s'approcha de ses enfants et de son époux, et posa une main sur le bras de Conrad.

« Tout va bien. » rassura t-elle, et Kara voulait bien la croire. « Nous sommes en sécurité ici, de quoi avez-vous peur? »

Kara échangea un regard avec Liam, et sentit son doute.

« Nous préférons être en haut. »

« Nous aussi. »

« Alors pourquoi sommes-nous ici? »

« Nous vous avons déjà parlé du devoir, n'est-ce pas? »

« Nous devons toujours faire notre devoir. »

« Exactement, Kara. Et nous avons le devoir de faire quelque chose ici. Nous devons jouer à ce jeu. »

« Mais Liam et moi, nous ne voulons pas nous séparer. »

Et avec ces dires, la fillette se serra plus contre son frère et frissonna.

Quelque chose s'assombrit encore dans les yeux de ses parents, et Kara les observa échanger un regard. Alors Conrad se redressa et hocha la tête.

« Très bien. Alors nous allons nous dépêcher. »

Et la fillette ne sut pas interpréter ce qu'elle vit sur le visage de son père comme une infinie tristesse et une honte grandissante. Il avait le regard d'un homme au cœur brisé depuis quelque temps déjà, mais elle était bien trop jeune et bien trop innocente pour le comprendre.

« Il y a parfois des choses qu'on doit faire qui ne nous plaisent pas, les enfants. Ceci en est une. »

Dans l'esprit de Kara, les souvenirs étaient limpides et clairs, aussi réels qu'ils pouvaient l'être. Dans son esprit, elle avait six ans, elle tenait la main de son frère dans la sienne, elle faisait face à ses parents dans cette salle effrayante et froide illuminée de doré. Mais les barrières de la drogue faiblirent une demi-seconde, une seule demi-seconde, et quelque chose filtra dans ses pensées, une émotion.

La peur. L'urgence.

Ca ne faisait pas partie de ses souvenirs, et pourtant elle sut que si ils restaient là, quelque chose de très grave allait se produire.

Ces soudains sentiments se transmirent à son jumeau, qui lui serra la main en guise d'accord, et Kara jeta un dernier coup d'œil à ses parents avant de se mettre à courir, courir aussi vite qu'elle le put, la main de Liam toujours dans la sienne. Ils entrèrent dans les galeries sombres, terrifiés et faibles, et avancèrent toujours plus.

Liam se serra plus contre elle pour la rassurer, la réchauffer, et Kara plongea son regard dans le sien. Les yeux du garçon lui demandaient ce qu'il se passait.

« Je ne sais pas. » souffla t-elle, tremblante.

Et dans la réalité, le murmure de Kara se répercuta dans le couloir souterrain sombre et glacé, alors que la jeune femme continuait d'avancer, seule, lentement, d'un pas chancelant.

Plus loin dans la salle au cœur des souterrains, Ernie observait l'endroit par où était partie Kara, et souriait.

Une fois qu'il aurait terminé, si jamais elle n'était pas morte, il l'a récupérerait et peut-être la remonterait-il en vie.

HHH

« Cet endroit me fait froid dans le dos. Et pis qu'est-ce que ça sent en plus? »

« J'aime autant pas le savoir, Graham. » murmura Sally.

Derrière eux, Hermione et Ellie fermaient la marche en silence. Aucun bruit ne filtrait dans l'endroit, il n'y avait pas de courant d'air, pas de souffle, et pourtant il y régnait un froid humide qui leur gelait les os.

« Attendez. Qu'est-ce que c'est que ça? »

Ce que Sally-Anne pointait du doigt était un petit point lumineux sur la paroi de pierre, à dix centimètres du sol. Il brillait par intermittence et la lumière blanche et aveuglante rendait les baguettes des sorciers obsolètes.

Graham s'accroupit pour observer ce phénomène de plus près et fronça les sourcils.

« C'est bizarre. C'est comme si un petit caillou s'était collé au mur. »

Il tendit la main et commença à gratter autour de la petite roche clignotante, alors que derrière Sally s'approchait.

« Sois prudent. On ne sait pas ce qu'il peut rester comme mauvais sort dans le coin. »

« T'inquiète, tu t'en fais trop. »

Alors même que le jeune homme se saisissait de la petite pierre blanche, une lueur plus vive que les autres les aveuglèrent. Ils sentirent plus qu'ils n'entendirent le son strident qui se dégagea du minéral soudainement, et ils durent se boucher les oreilles et se plier en deux tant la douleur était atroce. Dans la main de Graham la petite pierre chauffait et lui brûlait la paume, alors il écarta les doigts, ses jointures toujours pressées contre son oreille. A la seconde même où la roche s'écrasait au sol les manifestations s'arrêtèrent. La lumière s'évanouît brusquement et les ondes sonores cessèrent, les laissant haletant et tremblant.

« Bon sang, Pritchard, réfléchit avant d'agir la prochaine fois! Tu as bien failli tous nous tuer! »

« Tout le monde va bien? » demanda Ellina.

Hermione hocha la tête.

« Mes oreilles ont saigné, mais ça va. »

« Pareil. »

Graham toucha du pied la petit roche blanche. Rien ne se produisit. Elle semblait vidée. Il fit un sourire plein d'excuse aux trois femmes.

« Navré pour le dérangement, mesdames. »

« C'est rien. Mais à présent, on ne touche plus à rien! »

« A vos ordres, Auror Perks! » lançait Graham avec humour, soulagé. Il se baissa et ramassa la pierre, la faisant sauter dans sa main. « Ce n'est qu'une petite pierre, qu'est-ce qui pourrait- »

Il y eut une brusque explosion de magie, un éclair aveuglant provenant de la roche et le bruit de quelque chose de lourd tombant sur le sol. Sally poussa un petit cri de surprise, et quand tout cessa, elle eut un mouvement de recul.

De la pierre, rien ne restait. Et leur ami gisait au sol, la main arrachée et les yeux grands ouverts sur le vide.

« Oh Merlin. Graham! Graham! »

Hermione retint Sally-Anne, car il n'y avait plus rien à faire pour l'ancien Serpentard. Des larmes coulant sur ses joues, Ellina s'approcha de ses amies et toutes trois restèrent un instant silencieuses, comme pour porter un dernier hommage au jeune homme.

« Venez. Il faut continuer. » dit Hermione d'une voix rauque.

Au bout de quelques minutes, après avoir tourné à droite puis à gauche (suivant leurs sortilèges d'orientation), les jeunes femmes se décidèrent de nouveau à parler.

« A votre avis, de quand datait ce piège? » demanda Sally.

Ellina soupira.

« Je n'en suis pas sûre. Kara m'a dit que toute la magie noire de l'endroit a été effacée du temps de son grand-père, mais elle m'avait aussi dit que cet endroit avait été scellé. »

« Il est possible que ce soit Ernie, ou un complice. »

« Qui que ce soit, il payera. » jura Sally-Anne, et Ellie ne pouvait être que d'accord avec elle.

Elles continuèrent pendant dix bonnes minutes, avant d'entendre des murmures et de voir de la lumière provenir d'un embranchement un peu plus loin.

« On dirait qu'il y a une salle. » murmura Hermione.

« C'est certainement là-dedans que se trouvait la Tablette. »

Ellie serra sa baguette magique avec détermination.

« Alors c'est là que doit se trouver Ernie. »

L'entrée de la salle était toute proche, quand soudainement un éclair passa au-dessus d'elle pour aller s'écraser contre le haut du passage. Au creux de la lumière provoquée, un mur de pierre sembla descendre du plafond pour venir lourdement toucher le sol poussiéreux et ainsi clore hermétiquement toute possibilité de rejoindre la salle.

« Pas si vite, mesdames. » lança une voix derrière elles, et les sorcières firent demi-tour pour faire face à un sorcier debout, quelques mètres plus loin.

Un sorcier plus âgé qu'elles se tenait dans la galerie, baguette en main, le regard dur et brillant.

« Je ne voudrais pas que vous vous invitiez sans même frapper. »

« Qui êtes-vous? » demanda Sally-Anne, prête à jeter un sort.

« Un partenaire de votre ami MacMillan, un jeune homme plein d'idées et bourré de ressources, même s'il manque d'intelligence. »

C'était tout ce que l'Auror avait besoin de savoir.

« Alors vous êtes l'ennemi. »

« Oh oui. »

Ellina plissa les yeux, elle savait qu'elle avait déjà vu cet homme quelque part.

« Vous travaillez au Groupe Sallington, non? »

Le sorcier se tourna vers elle avec hargne, un brin de folie brillant au fond de ses pupilles.

« En effet. Jack Fergus, miss Scott. »

« Le Premier Assistant depuis environ deux ans. »

« Exact. Cette chère Lady Sallington n'est pas vraiment facile à suivre, c'était très pénible de devoir la supporter. Mais vous devez en savoir quelque chose, Ellina. »

« Vous me parlez comme si je devais vous connaître. »

Le fait qu'elle ne le reconnaisse pas du tout le fit entrer dans une colère noire et calculatrice. Il leva sa baguette, et Sally et Hermione réagirent en même temps.

« Expelliarmus! »

La baguette sombre vola vers la droite violemment mais le sorcier lança une potion explosive devant elles et récupéra rapidement son arme. Hermione encouragea ses amies à la suivre dans la galerie à leur gauche. Toutes se mirent à courir.

« On devrait se séparer, le prendre à revers. »

« Pas question, Sally, c'est toujours ce qu'ils font dans les films! »

« Hein? »

Ellina ne prit pas le temps de répéter.

« Notre priorité est de retrouver Kara et de neutraliser Ernie avant qu'il ne fasse quoi que ce soit avec la Tablette de l'Aube! »

« Restons prudentes, je pourrais parier que le piège qui a tué Graham était de ce cinglé de Fergus. »

« Il finira à Azkaban au côté de Parkinson et Tyrnor, cet espèce de- »

« Plus tard, les insultes. J'entends quelque chose. »

Sally et Ellina rejoignirent Hermione et tendirent l'oreille.

Il y avait en effet du bruit, comme un petit tapement, mais il était lointain et évasif.

« Fergus est quelque part derrière nous, il n'a pas pu se déplacer aussi rapidement aussi loin, et ça m'étonnerait qu'il ait eu le temps d'apprendre le plan de cet endroit. Et Ernie doit être dans cette salle. Alors… »

« Ca doit être Kara. » souffla Ellie, anxieuse et emplie d'espoir.

« Ou alors un autre piège, une créature affreuse, des fantômes, des - »

« Pour une Auror, tu as une imagination débordante. » nota Ellina.

Hermione haussa un sourcil.

« Ce n'est pas parce que nous travaillons pour la justice que nous manquons d'imagination. »

« Peu importe. En route. »

HHH

Kara était perdue, elle avait froid, elle avait mal, et elle avait peur. Elle avait couru jusqu'à ne plus pouvoir, et soudain Liam avait disparu. Il avait dû tourner dans un virage, et à présent ils n'étaient plus ensemble. Elle était toute seule, mais elle restait courageuse, car les Sallington étaient vaillants, honorables, les Sallington ne pleuraient pas comme des bébés jusque parce qu'ils avaient peur.

En son cœur, elle sentait Liam, il n'était pas très loin, il avait peur lui aussi, elle pouvait le sentir dans son esprit, et ils n'étaient qu'un et ne seraient toujours qu'un. Il resterait à jamais son frère, son meilleur ami.

Assise contre le mur glacé, Kara porta la main à sa blessure profonde qui continuait de saigner. Elle savait que ce n'était pas bon, que pour guérir il fallait que le sang arrête de s'échapper de son corps, mais elle ignorait ce qu'elle devait faire, et ses parents ne répondaient pas à ses appels. Où étaient-ils? Leur en voudraient-ils de s'être enfuis ainsi? Kara n'était même pas certaine de savoir pourquoi Liam et elle avaient soudainement ressenti le besoin de fuir, et à présent, ils s'étaient perdus. Peut-être que son frère avait retrouvé leurs parents? Et une chose était sûre, avec eux, il était en sécurité.

Mais en attendant, Kara avait tout de même peur, et elle tremblait. Elle ne voyait plus rien, et elle savait que le sifflement léger qu'elle entendait au creux de son oreille voulait dire qu'elle était proche de s'évanouir, car Liam et elle s'étaient déjà évanouis plusieurs fois, surtout ces derniers mois, à cause de leur maladie. Si seulement Kara pouvait faire de la magie comme ses parents! Mais elle savait qu'au contraire de tous les autres enfants sorciers, son frère et elle ne pourraient jamais jeter un sort correctement.

Un sanglot monta dans sa gorge mais elle le ravala, car elle voulait être forte. Kara était d'une nature enthousiaste, quelque peu naïve et pouvait faire confiance à n'importe qui, au contraire de son frère, plus réservé et méfiant. Mais là, elle n'arrivait pas à trouver un bon côté à la situation. Et en l'absence de Liam, elle se sentait bien seule, très triste et le froid extérieur était aussi présent en son cœur.

Il lui fallait quelque chose pour se rassurer! Liam avait pris son bracelet quelques jours plus tôt, il avait dit que c'était pour le mettre en sécurité, le cacher comme un trésor, mais Kara aurait aimé l'avoir à cet instant. Juste quelque chose de chaud et de familier, quelque chose de rassurant, quelque chose qui la protégerait contre le noir, les ombres et la peur.

Kara sursauta violemment quand soudain une chose sembla sortir de nul part devant elle. Un rayon argenté jaillit et illumina les alentours, puis il prit la forme d'un petit animal, et Kara l'examina un instant et dut longuement réfléchir avant de retrouver le nom de l'étrange petit mammifère. Un blaireau.

L'animal d'argent s'approcha d'elle, tout près d'elle, et sa proximité la réchauffa, et soudainement, sans même savoir pourquoi, Kara se sentit protégée, réchauffée, et dans son esprit elle entendit une jeune fille rire et lui parler, s'adresser à elle avec un mélange de malice, d'amusement et d'affection.

Concentre-toi un peu!

Au boulot, Sallington!

Ton Patronus est un blaireau! Toi, l'impératrice des Serpentard, a un blaireau comme Patronus!

Kara ne pouvait pas se souvenir de la personne à laquelle la voix appartenait. Ni dans quelle circonstance elle l'avait rencontrée. Après tout, mis à part les membres de sa famille et Augustus, elle n'avait presque jamais vu personne, et encore moins une jeune fille.

Elle ne comprenait pas tout, et pourtant ça lui était familier. Cette voix, cette sensation… Elle posa les yeux sur le blaireau argenté et le trouva mignon et joli, alors elle sourit.

« Pouffy. » souffla t-elle, se sentant étrangement fatiguée soudainement.

Elle ne devait pas dormir, pas tant qu'ils ne l'avaient pas retrouvée. Soudain, elle eut une idée, et chercha du regard quelque chose de solide aux alentours. Le petit blaireau illuminait le couloir d'une pâle lumière, et Kara put ainsi voir et se saisir d'un vieux morceau de bois traînant au sol. Une fois qu'elle l'eût en main, elle se rassît, exténuée, et chercha au plus profond d'elle-même la force d'affronter la douleur et de rester consciente pour frapper les roches de la paroi. Le son se répercuta sur les murs, les échos partant rapidement pour leur voyage à travers les galeries. Quand ils jouaient dans le manoir et qu'ils étaient séparés, Liam et elle se servaient d'un pareil code pour communiquer et se retrouver. Alors Kara en était certaine, son frère viendrait pour elle.

HHH

« Ca vient de cette direction, je crois. »

Les filles suivirent Sally à travers deux autres galeries et deux salles, presque vides. Parfois il y avait des débris et des restes d'étagères, de statues, des cendres, des livres vidés de toute magie et pourrissant au sol, mais les sorcières ne s'arrêtaient pas pour plus y prêter attention.

Elles se stoppèrent quand elles aperçurent, quelques mètres plus loin, une lueur froide et argentée filtrer d'un couloir sur la droite. Les tapements étaient très nets à présent, et il ne faisait aucun doute qu'ils venaient de cet endroit. La lumière argentée n'était pas produite par une baguette magique comme celle, chaude, lumineuse et dorée, que produisaient les instruments des trois jeunes femmes.

« A votre avis? »

Sally se tourna vers Ellie, et hocha la tête:

« Allons-y prudemment. »

HHH

Kara ne cessait pas de taper de toutes les forces qui lui restaient, même si elle ne voyait plus rien autour d'elle. Elle refusa de bouger, et ce fut comme dans un rêve. Des images défilèrent devant ses paupières, parfois nettes, parfois floues, rapides ou lentes, mais toujours violentes.

Elle voyait ses parents de nouveau, dans la salle là-bas où ils avaient tous été réunis un peu plus tôt. Mais quelque chose n'allait pas. Dans ces images, son frère et elle ne s'étaient pas enfuis et ne s'étaient pas perdus dans les galeries. Liam était couché sur la table de pierre étrange qui inquiétait tant Kara. Il avait peur, elle pouvait sentir sa terreur au plus profond de son être, et leur père était près de lui et le rassurait. Il lui caressait les cheveux tendrement, et Liam se calma, ravalant ses larmes, car il était un fils Sallington, et il hocha la tête à chaque mot que disait Conrad. Tout va bien se passer, Liam disait son père d'une voix douce et profonde, et puis Ta sœur et toi allez aller bien mieux, tu verras. Liam se redressa, et leur père le prit dans ses bras tendrement, avec force et douceur, un geste qu'il faisait si rarement que Kara, confuse, leva les yeux vers sa mère. Mais Pam ne la regardait pas, elle avait ses yeux chocolat rivés sur Liam, et elle avança jusqu'à la table d'un pas lent et tremblant, et prit à son tour le jeune garçon fragile dans ses bras, avec prudence. Tout ira bien, mon bébé. Je t'aime tellement. Kara observait cette scène, avec dans le cœur un étrange mélange de tristesse, de joie, d'interrogation, de confusion et de crainte. Elle serra ses bras contre sa poitrine, frissonnant de froid et de fatigue, et elle sentit que son jumeau était dans le même état qu'elle. Ils s'épuisaient tellement vite, et tous deux auraient aimé remonter pour aller dormir un peu, au chaud, mais l'étrange attitude de leurs parents les empêchait d'en demander la permission. Pam s'éloigna de la table et serra le dos de Kara contre elle, et toutes deux observèrent Conrad embrasser le front de son fils et lui murmurer quelque chose. En ressentant la fierté et l'amour qui avaient envahi soudainement le cœur de son jumeau, Kara, aidée de sa connexion mentale avec Liam, put deviner les paroles de son père: Je t'aime, mon fils. Puis il allongea de nouveau le garçon sur la froide table, et se recula, baguette en main.

Les images étaient plus floues ensuite, plus terribles, plus rapides, comme si quelque chose, quelque part dans son esprit les avait retenues pendant longtemps, et Kara était confuse, perdue. Que lui arrivait-il?

Elle vit son père lire un parchemin ancien dans une langue étrange, puis il y eut une lumière de plus en plus brillante autour de Liam, et lorsqu'elle leva la tête, prise de peur et de panique, elle vit les larmes sur les joues de sa mère. Alors elle ressentit l'immense, l'effroyable, l'indescriptible douleur qui lui déchira le cœur en même temps que la souffrance et la terreur de Liam lui vrillait l'âme. Jamais dans sa courte vie elle n'avait éprouvé une telle chose. Elle criait, pleurait, se débattait, il fallait qu'elle rejoigne son frère, elle devait être avec lui, mais sa mère lui tenait fermement les épaules, lui implorait de se calmer, mais Kara ne voulait rien entendre, ne pouvait rien entendre. Elle hurla à son père d'arrêter de faire sa magie, cria de douleur, et lutta, se débattit et soudainement, alors que la lumière et la chaleur disparaissaient, que son père se taisait, quelque chose de pur, de sacré se brisa au plus profond d'elle puis disparut, et toutes ses forces la quittèrent. Sa mère ne put retenir sa soudaine chute et elle se retrouva au sol, seule et tremblante, frissonnant du plus profond de son être. Elle sentait, savait que quelque chose avait changé, parce que ses sens n'avaient jamais été aussi clairs et qu'elle se sentait étrangement solide, et en même temps elle n'avait jamais eu si froid, son cœur était vide, et elle avait si mal… Ses pensées étaient limpides pour la première fois de sa vie, ses sentiments définis et… simples… Avec une soudaine panique, les yeux encore tout embués de larmes, elle leva le regard et rencontra celui, vide et fixe, de son frère jumeau. Il ne bougeait plus, sa peau était pâle et sa bouche encore ouverte sur un cri silencieux. Et alors qu'elle sentait les bras de son père et de sa mère autour d'elle, elle hurla.

HHH

Le cri figea les sorcières sur place.

« Bon sang… » souffla Sally. « Ca fait froid dans le dos. »

« Je crois que c'était Kara. » murmura Ellina, pâle et tremblante.

Alors les trois femmes coururent les derniers mètres et s'engouffrèrent dans le couloir de droite, pour se stopper net.

« Un Patronus. » souffla Hermione.

« C'est celui de Kara! »

Tandis qu'elles continuaient à avancer, Hermione lança un regard incrédule vers Sally près d'elle.

« Kara a un blaireau comme Patronus? »

« Devine pourquoi! » lança l'Auror.

Ellina se stoppa à un mètre du Patronus, et à présent qu'elles étaient si près, elles pouvaient voir, illuminée par la lumière argentée, une forme recroquevillée contre la paroi humide.

« Kara… »

La jeune femme leva la tête vers elle, et Ellie pouvait voir ses grands yeux marrons brillant, et leur pupille bien trop élargies. Le regard passa d'une femme à l'autre avec crainte et tristesse, sans aucune réaction visible, et la Laërkel comprit que Kara ne les reconnaissait pas. Le cœur serré, elle remarqua les blessures, le sang maculant la robe de la jeune femme qui avait partagé sa vie ces dernières années, sa pâleur, sa fatigue évidente, et cet air perdu, désespéré sur son visage.

« Kara, est-ce que ça va? » demanda Ellina en s'approchant d'elle.

« Je ne vous connais pas. »

Sa voix était étrange. Elle était plus aiguë que d'ordinaire, son ton était bizarre.

Ce fut Sally-Anne qui s'accroupit doucement vers elle, comme si elle avait peur de l'effrayer, et qui lui demanda gentiment:

« Quel âge as-tu? »

« Six ans. » répondit Kara.

Sally se tourna vers ses deux amies.

« Elle a été droguée. Ça explique la seringue qu'on a retrouvé. »

« Où est ta baguette, Kara? » demanda Ellina, remarquant l'absence du précieux instrument.

« Mais je n'en ai pas, madame. Je suis trop petite. »

« Tu sais comment il est arrivé? » demanda t-elle, pointant le blaireau du doigt.

Et alors même que Kara concentrait son attention évasive sur le Patronus, celui-ci s'évanouit dans les airs.

« Où il est parti? » demanda t-elle, une soudaine panique dans la voix. « Il…il me réchauffait, il restait avec moi, où il est? »

Ellina s'assit près d'elle et lui prit la main. Elle était glacée.

« Ne t'en fais pas. Nous sommes là maintenant. Hermione, Sally-Anne et moi allons t'aider et te protéger. »

« Il est apparu quand j'avais peur. Avec lui près de moi, je me sentais mieux. »

« Dans son esprit elle a six ans, mais sa magie est toujours celle d'un adulte. Et il arrive souvent que les enfants font appel à la magie sans le savoir, instinctivement. » murmura Hermione à Sally, qui hocha la tête.

Ellina allait se relever pour tenter de soigner les blessures inquiétantes qu'avait Kara, mais celle-ci lui saisit brusquement la main.

« Je… je ne comprends pas. »

« Quoi? »

« Je ne comprends pas. J'étais dans la salle, avec père et mère, et Liam. Et ils voulaient qu'on joue à un jeu, mais nous sommes très fatigués, parce que nous sommes malades, vous savez, alors on voulait remonter, mais père a dit… il a dit qu'il fallait qu'on fasse quelque chose. Mais cet endroit, je ne l'aime pas, il me fait peur… Et, et après,… » Brusquement elle se mit à trembler, des larmes coulèrent sur ses joues, elle sanglota. « Liam… Il ne bougeait plus, je ne le sens plus! Liam! La magie… qu'est-ce qu'elle lui a fait? Pourquoi père et mère ont fait ça! »

Choquée et bouleversée, Ellina se rassit près d'elle et tenta de la rassurer.

« Chut, c'est- »

« Je me sens si seule maintenant! Je suis toute seule… Ca fait si mal, c'est si douloureux! S'il vous plait, ce n'est pas notre faute. Je me fiche d'être malade et faible et de ne jamais voir personne et de ne jamais pouvoir faire de vraie magie, je ne veux plus être seule, et maintenant je suis toute seule tout le temps, j'ai toujours si froid… Je suis plus forte et mieux, mais j'ai froid à l'intérieur, je suis vide… Il y a un morceau de moi qui est parti, et maintenant c'est vide et froid, et je suis seule. Pourquoi il n'est pas là? Liam! J'ai si mal, nous ne sommes pas faits pour être séparés… Pourquoi il n'est pas là? »

« Oh Merlin… » souffla Hermione.

Sally observait la scène, soudainement pâle.

« Liam était son jumeau. »

« Le Syndrome de Cornellius… Le Transfert d'Essence… »

Hermione observa Ellie, comprenant soudainement pourquoi elle leur avait demandé de jurer le secret.

« Kara, écoute-moi. » demanda Ellina. « Ca va aller, tu es guérie, et Liam ne souffre plus lui non plus, et - »

Brusquement Kara se leva, secoua la tête, ses joues mouillées de larmes.

« Je souffre à présent! Et c'est bien plus douloureux qu'avant! Je suis toute seule, vous comprenez? Le temps a passé, et j'ai toujours aussi froid, ça ne s'arrêtera jamais… J'aurais préféré mourir, mourir avec lui, on serait resté ensemble pour toujours! »

« Ne dis pas ça. Liam n'aurait-il pas voulu te savoir en vie et en bonne santé? Et tes parents, auraient-ils pu vous perdre tous les deux? »

« Ils…Père et mère, ils… Pourquoi? Pourquoi moi? Je ne comprends pas… Ils, ils l'ont pris dans leurs bras, ils l'ont embrassé, ils ont dit qu'ils l'aimaient… Et quand je me suis réveillée plus tard, mère m'a serrée dans ses bras moi aussi, elle m'a dit qu'elle m'aimait énormément, et père m'a dit… père m'a dit que Liam vivrait toujours à travers moi, qu'il serait toujours avec moi… Il m'a menti. Il ne comprend pas! Personne ne peut comprendre! Liam… C'est un fantôme maintenant, mais il vient que pour moi, et pour moi seule, il reste près de moi, toujours, joue avec moi… mais ça ne sera jamais comme avant. Jamais. Je ne le sens plus, nous ne sommes plus liés… Ils nous aimaient. N'est-ce pas? Je ne sais plus… »

Il était clair que l'esprit de Kara était plus fort que la drogue, car ses souvenirs brisaient les barrières, se mélangeaient, et son ton était davantage comme celui de l'adulte qu'elles connaissaient plutôt que de l'enfant qui avait depuis longtemps disparu.

« Kara, je ne peux comprendre tes parents, mais je sais, je suis persuadée que l'amour qu'ils ressentaient pour Liam et pour toi était réel. »

« Ce matin-là, quand elle m'a serré dans ses bras, quand elle m'a dit qu'elle m'aimait… Ce fut la dernière fois. Pas une seule fois. Pas une seule autre fois durant toutes ces années… Pourquoi moi? Pourquoi Liam? Pourquoi l'ont-ils fait? Ils auraient pu… attendre… Et puis avoir un autre héritier… »

Hermione secoua la tête.

« Un enfant ça ne se remplace pas, Kara. » dit-elle doucement. « A partir du moment où il apparaît dans notre vie, on l'aime d'un amour pur et unique, on ne songe qu'à le protéger, à le voir grandir, à l'entendre rire. On ne peut pas simplement voir son enfant mourir, l'enterrer, puis en faire un nouveau, comme ça. J'ai un fils, et je suppose que ta mère vous aimait tellement que la simple idée de vous voir disparaître tous les deux si rapidement de sa vie l'horrifiait, la rendait malade. Peut-être a t-elle songé qu'elle en mourrait, qu'il était de son devoir de faire tout son possible pour vous sauver, au moins sauver un de ses enfants… Je ne dis pas que c'était bien, ou juste, ou moral. »

« J'ai froid… »

Le regard de Kara partait dans le vide de plus en plus, comme si elle disparaissait petit à petit, alors Ellina se rapprocha rapidement d'elle et lui saisit la main avec force.

« Kara, regarde-moi. Regarde-moi! C'est ça! Concentre-toi, Kara. Je suis Ellina? Tu te souviens? Ellie? S'il te plait, fais un effort, combat cette drogue! Rappelle-toi! Ernie a tué Dan, et Susan! Graham est mort lui aussi, Ernie veut la Tablette! Fergus, Parkinson, Willius, ils étaient tous dans le coup! Souviens-toi, je t'en prie! »

Kara observa Ellina longuement, et la jeune femme la secoua, cherchant à la faire réagir.

« Kara, je t'en prie! »

Quelque chose changea soudain dans les yeux chocolat.

« Li? »

« C'est ça! »

« Je ne me sens pas très bien… »

« Kara! »

La jeune femme s'écroula au sol, faible et tremblante.

« Elle est brûlante de fièvre et elle a perdu trop de sang. » murmura Hermione.

Sally-Anne brandit sa baguette et lança plusieurs sorts de guérison.

« C'est tout ce que je peux faire, ça va freiner les saignements et neutraliser toutes les infections, mais elle a besoin de soins, et la drogue est toujours dans son sang. »

« On va l'aider à marcher. Et faisons attention, l'autre goule est toujours dans le coin. »

Hermione et Ellina aidèrent Kara à marcher, tandis que Sally ouvrait la marche, prête à vaincre tout danger.

« A gauche. » murmura Kara. « La salle. A gauche. Puis à droite. »

Elles suivirent les instructions et avancèrent lentement, méfiante. Et malgré toutes leurs précautions et toute l'expérience de Sally-Anne, elles ne purent contrer l'attaque soudaine, et l'Auror fut envoyée violemment contre le mur, sa robe de sorcier déchirée et noircie. Toussant, haletant et grimaçant, elle tenta de se relever, avec difficulté.

« Bouh. »

C'était Fergus de nouveau, qui les empêchait toujours d'atteindre la Tablette et Ernie. Hermione et Ellina se baissèrent pour déposer Kara contre un mur, et firent face à l'homme avec colère.

« Vous n'avez pas l'air bien, patronne. » lança le sorcier en jetant un regard empli d'une joie satisfaite vers Kara.

Bien que toujours très mal en point, Kara lutta contre la drogue et sa faiblesse pour rester dans le monde réel, et envoya un regard noir à son ex assistant.

Il tourna son attention vers Ellina, qui pointait avec détermination sa baguette dans sa direction, et sourit. Mais la jeune femme, excédée et éreintée, le cœur lourd, le coupa, d'une voix neutre et dénuée de toute passion:

« Inutile. Je ne me souviens toujours pas de vous. »

Une nouvelle fois, le regard du sorcier brilla de rage et il blêmit. Sa mâchoire se serra d'une manière douloureuse, tout son corps sembla se tendre, son expression en était presque comique.

« Comment oses-tu! » vociféra t-il.

Mais Ellina n'avait aucunement envie de perdre du temps, et elle lui lança un sortilège d'attaque qui l'envoya valser plus loin dans la galerie. La jeune femme n'avait pourtant pas prévu qu'il soit aussi rapide, et il se releva avec fluidité, sa robe couverte de saleté, ses yeux gorgés de rage. Il pointa sa baguette vers Kara, au sol, et Ellina bondit en travers du chemin, élevant d'un simple mouvement un bouclier magique. Si la protection contra les effets principaux du sort, elle n'empêcha pas sa baguette magique de voler dans les airs pour aller s'écraser pitoyablement plus loin.

Ellina tourna la tête vers son agresseur, s'apprêtant à être rayée de ce monde, mais la voix d'Hermione interrompit le soudain silence.

« S'en prendre à une sorcière blessée et sans baguette, je n'ai plus vu telle lâcheté depuis la guerre. »

L'attention de Fergus se centra sur elle, et Hermione l'observa avec un calme déconcertant. Le sorcier trouva visiblement sa nonchalance insultante.

« Comment oses-tu t'interposer, toi? »

Ellina se rendit alors compte avec stupéfaction que Fergus ignorait qui était la sorcière qu'il avait en face de lui. Laissant les choses entre les mains d'Hermione, elle alla récupérer sa baguette, aida Sally à se redresser et rejoignit Kara, qui restait sa priorité.

Un fin sourire se dessina sur les lèvres d'Hermione, dont les yeux noisettes brillèrent d'un mélange de concentration, d'espièglerie et d'ironie.

« Je ferais une bien piètre Auror si je ne me souciais pas des lois. Les simples criminels ne sont d'ordinaire pas de notre ressort, les mages noirs sont plus de ma spécialité, mais il reste que j'ai fait le serment de protéger, servir et défendre. »

Le fait d'être ainsi relégué à une petite menace facile à éradiquer blessa la fierté viscérale du sorcier, dont la mâchoire se crispa, ses yeux torves ne quittant pas Hermione des yeux.

« Je vais te réduire en cendres! »

L'expression de Hermione changea, toute trace d'amusement disparut brusquement de son visage et elle fit un pas vers le sorcier. Sa voix était sérieuse, sombre et froide, et Ellina n'avait jamais senti une telle aura autour de son amie.

« Cela m'étonnerait, monsieur Fergus, car j'ai promis à mon fils de revenir auprès de lui en bonne santé, et je tiens toujours les promesses faites à mon petit garçon. »

Le sorcier sembla hésiter, troublé par la confiance et l'assurance humble de la jeune sorcière face à lui. Il leva sa baguette magique et lança un sort de lacération qu'Hermione contra avec habileté par une formule de défense.

« Je vous préviens que j'ai eu le meilleur professeur qui soit en Défense et le meilleur entraînement qui puisse exister durant des années. » dit-elle simplement.

« Pitié, les professeurs de Poudlard n'ont jamais fait un boulot exceptionnel! »

« Mais Harry Potter, si. » Alors que Fergus pâlissait, Hermione haussait les épaules. « Et Voldemort et la guerre nous ont procuré tristement tout l'entraînement dont nous avions besoin pour nous perfectionner. »

Une expression d'horreur traversa le visage de Fergus, qui baissa légèrement sa baguette, en proie au doute.

« L'Etoile Dorée… » murmura t-il.

« Je préfère Hermione Granger, et si vous ne lâchez pas immédiatement votre baguette magique et ne vous rendez pas, je serais dans l'obligation de vous arrêter de force. »

Le sorcier eut un instant d'hésitation, mais soudainement son regard se fit plus déterminé et il amorça un mouvement. Ce fut tout ce qu'il eût le temps de faire cependant, car Hermione avait anticipé sa réaction.

« Esombro! »

Persuadé d'être emprisonné d'un épais nuage noir, Fergus secoua les bras en tout sens pour tenter de le dissiper et commença à tousser, comme si une fumée toxique s'infiltrait soudainement dans ses poumons. Il lâcha sa baguette et, tout tremblant, porta ses mains à sa gorge, des larmes roulant sur ses joues soudainement pâles. Hermione l'observa d'un air impassible qu'Ellina trouva bien dur, jusqu'à ce que Fergus s'écroule, inconscient. Alors la jeune mère alla ramasser la baguette du sorcier, la brisa en deux puis lança sur l'homme un sortilège de sommeil et un autre d'emprisonnement.

« Ca va, Sally? »

Pâle, une main sur son abdomen, Sally-Anne hocha la tête.

« C'est douloureux, mais ça ira. Déçue que ce salaud ne subisse pas le même sort que Graham. »

« En route. »

Prudemment, les quatre femmes avancèrent vers la salle et, une fois qu'elle furent proche de l'entrée, elles jetèrent un coup d'œil à l'intérieur. Ellina vit la tablette sur l'autel de pierre, et Ernie, qui se tenait debout devant, son attention toute tournée vers l'objet. Son regard brillait d'une lueur avide, son visage semblait pâle et moite de sueur, et jamais Ellie n'aurait songé voir cette expression chez son ancien ami, ce garçon en compagnie duquel elle avait en partie grandi, qu'elle avait aimé et auquel elle aurait confié sa vie. Et elle n'aurait jamais songé éprouver de la haine et du dégoût envers lui.

Une lumière brillait autour de la tablette, alors qu'Ernie murmurait inlassablement quelques mots et phrases dans un langage obscur et qu'un halo multicolore s'intensifiait autour de son corps. C'était magnifique, et la douce chaleur qui émanait du phénomène était un contraste bienvenu avec la froide humidité des souterrains. Mais il y avait autre chose aussi, dans l'air, dans l'atmosphère. De l'intensité, du pouvoir, quelque chose d'ancien et de puissant, et les sorcières ressentirent soudainement la crainte s'emparer d'elles et elles se hâtèrent d'entrer en silence derrière Ernie. Une fois Kara assise contre un mur, Hermione et Ellina levèrent leur baguette vers Ernie et Sally fit de même, bien que toujours souffrante.

« Ernie! Arrête! » cria Sally-Anne, avec toute la force et la rage qu'elle ressentait à cet instant.

« Encerclum! » cria Hermione, mais elle écarquilla les yeux en voyant son puissant sortilège rebondir juste avant de toucher Ernie.

Soudain, toute la lumière s'évanouit, et le sorcier cessa ses murmures. Il souffla, puis, très lentement, se retourna vers elles, un petit sourire aux lèvres et dans les yeux une lueur d'émerveillement. Ellina crut un instant retrouver son ami, sa détermination, ses valeurs, puis une image floue de Susan, la douce et gentille Susan, passa devant ses yeux, et toutes ses illusions se brisèrent. Elle serra sa baguette, et lança un adieu définitif même si mental à son ancien ami, cet adolescent droit et déterminé que la vie avait changé.

« Vous arrivez trop tard. » annonça t-il calmement. « Il semble que les légendes sur la Tablette de l'Aube sont vraies, finalement. Les Lutins Elémentaux y avaient bien caché la clé d'un nouveau pouvoir. »

« C'est fini, Ernie. »

« En effet, Li. C'est fini. Pour vous. »

Alors même qu'il levait sa baguette, les trois sorcières lui jetèrent un sort.

« Expelliarmus! »

« Solarum! »

« Expecto Draconis! »

Mais aucun des trois sortilèges n'atteignit la cible, car Ernie les contra d'un simple geste de la main, et même le dragon d'énergie bleue pourtant si puissant d'Hermione disparut dans une gerbe d'étincelles pâles. Soufflées et inquiètes, les filles restèrent sur leur garde, réfléchissant à un moyen de se tirer d'affaire. Ernie, lui, sourit, avec un mélange agaçant de surprise, d'émerveillement et de satisfaction.

« Vous avez vu ça? » demanda t-il, presque surpris, comme s'il n'était pas responsable de la mort de trois de leurs amis et de tant de peine. « Vous ne pourrez pas me vaincre! »

« Tu rêves, espèce de fée illuminée! » lança Sally.

Mais leurs autres sorts n'eurent pas plus de succès et, semblant soudainement bien agacé par leurs tentatives, Ernie leva sa baguette magique. Sans même ouvrir la bouche ou esquisser la moindre parade, il les envoya violemment voler aux quatre coins de la pièce.

« Vous croyez peut-être pouvoir me toucher, alors qu'à présent j'ai toute cette énergie en moi? A quel point êtes-vous stupides, les filles? Vous croyez que vous pouvez mettre mon plan à l'eau ainsi, alors que j'ai mis des mois à le préparer! » Il eut un petit rire. « C'est si bon de vous voir désoeuvrés, tous autant que vous êtes, enfin vous rendre compte de votre réel statut! »

« Tu es malade! Crois-tu réussir là où Voldemort, le plus grand mage noir de ce temps, a échoué? Galerio! »

Si le sort de Sally-Anne ne fit absolument rien de plus à Ernie, il produisit une bien que brève toujours utile diversion, et le sort de désarmement d'Ellina atteignit la main du jeune homme. Sa baguette magique vola, et il l'observa s'écraser avec rage avant de se tourner vers Sally et de lever la main dans sa direction. La tête de la jeune femme heurta le mur de pierre derrière elle et elle s'écroula, du sang s'écoulant lentement de son front.

« Sally! »

Ellina se releva avec difficulté, mais se figea lorsque Ernie se tourna vers elle. Comment pouvait-il ainsi utiliser ses pouvoirs sans utiliser sa baguette magique?

« Impossible… » murmura Hermione, observant Ernie avec méfiance et cette expression qu'elle avait toujours eu à Poudlard face à un nouveau mystère à résoudre.

Ernie, lui, leur sourit froidement, et il écarta les bras de son corps.

« Désolé, les filles, mais il est temps que cette mascarade cesse. » dit-il, alors qu'un halo de lumière l'entourait soudainement. Avec crainte et rage face à sa propre inutilité, Ellina sentit au plus profond de son être cet extraordinaire pouvoir s'accumuler autour de son ennemi, et elle leva sa baguette, sachant pourtant que ce serait inutile. « Après vous, je finirai Sallington et Sally, et je profiterai enfin de cette vie comme il se doit. »

« Tu ne sortiras pas d'ici! Pas après tout ce que tu as fait! »

« Et que crois-tu pouvoir faire contre moi, Ellina? Je suis plus puissant que vous ne le serez jamais, et vous êtes seules! »

« Elles ne sont pas seules, pathétique crétin. »

Ellina tourna la tête pour voir avec un pur soulagement Draco, accompagné de Jenna et Timrus, debout plus loin et armés de leur baguette. Elle se félicita d'avoir laissé le passage ouvert.

« Tu as visiblement oublié ce que nous avons appris il y a quelques années à la PG. » dit Timrus avec détermination face à son ancien compagnon de dortoir. « L'union fait la force. »

« Et tu as oublié les valeurs des Combattants de l'Hybride de l'Unité. » compléta Jenna, avec plus de colère dans les yeux qu'Ellina n'en avait jamais vu chez elle. « Nos valeurs. Nos promesses. Nous serons toujours là les uns pour les autres. Toujours unis. Ces liens resteront à jamais puissants, qu'importe toutes les manipulations et les mensonges. »

Ellina pouvait presque sentir la rage provenir de Ernie, alors qu'il les observait tous les six autour de lui, toutes ces baguettes magiques fermement pointées sur lui. Elle se demandait s'il se souvenait du temps où il aurait fièrement été à leur côté, et quels sentiments cela pouvaient soulever dans son cœur. Puis elle chassa cette pensée. Cet homme face à elle, amer et froid, était son ennemi, un assassin, avait torturé Kara, tué ses amis, blessé Sally. Il devait payer.

« Soit. » dit Ernie. « Je vous ferai tous tomber, et une fois sorti d'ici, je me ferai une joie de révéler tout ce que je sais de vous tous. »

Les sorts fusèrent sans attendre, et la salle devint en quelques secondes un véritable chaos. Parfois, une de leurs attaques atteignait Ernie, mais il se relevait toujours et contre attaquait avec plus de hargne. Et au bout de dix minutes de combat acharné, Ellina se dit qu'il se pourrait bien que ce soit la véritable fin des Combattants, et l'idée de mourir dans cette horrible pièce la répugnait.

HHH

De son côté, Kara perdait toujours du sang, et n'avait qu'une conscience bien limitée de ce qu'il se passait face à elle. Elle luttait contre les nausées et l'inconscience et chaque seconde qui passait la poussait davantage vers le néant. Par moment il se montrait si accueillant, si doux, si béni, cet oubli assuré, cette tranquillité éternelle, ce silence reposant…

Puis elle se souvenait, dans un éclair de lucidité presque douloureux, de qui elle était et d'où elle se trouvait. De ce qu'il se passait. Ses amis qui étaient en danger de mort, ce sale traître qui avait osé leur faire ça, osé tuer la femme dont il était amoureux, osé assassiner ses amis, souiller sa propriété, lui faire se souvenir des évènements qu'elle avait enterré au fond de sa mémoire pour ne jamais les revisiter…

Alors elle luttait, luttait, cherchait dans son esprit toute information pouvant lui être utile. Il lui fallait passer par-dessus la douleur, par-dessus la fatigue, par-dessus sa confusion, et se concentrer assez pour se souvenir de ses leçons, de ses études, de ses lectures, de tout ce qui pourrait lui être utile. Mais elle n'y parvenait pas, et des larmes coulèrent sur ses joues. Elle voyait à travers le rideau trouble des vertiges ses amis blessés continuer à lutter contre un sorcier n'en étant plus vraiment un, et doucement perdre. Bientôt l'un d'entre eux tomberait, et puis un autre, jusqu'à ce qu'elle les perde tous. Ellina avec. Mourir ne lui ferait rien à présent, mais elle voulait qu'il paye, on ne trahissait pas un Serpentard et encore moins un Sallington sans en payer le prix, il devait payer. Alors elle cherchait, encore et encore.

HHH

Ellina faisait de son mieux pour éviter de bouger son bras cassé, mais la douleur lancinante était une torture, et elle n'avait pas de temps ni d'énergie à perdre pour prendre soin de sa blessure. Elle lançait sort sur sort, évitait du mieux qu'elle pouvait les attaques, mais elle ne parvenait pas à faire grand chose.

Quelques minutes plus tôt, Sally-Anne s'était jointe à eux, mais il était clair qu'elle souffrait du contre-coup de ses blessures. Son équilibre se montrait douteux, et sa magie affaiblie. Tous étaient fatigués et Ernie, lui, ne semblait pas ressentir quoi que ce soit.

Ils essayaient d'atteindre la Tablette, dans l'espoir que la détruire anéantirait les nouveaux pouvoirs d'Ernie, mais celui-ci ne s'en éloignait jamais et la protégeait avec la même force qu'il se préservait lui-même.

Ellina se baissa derrière un gros débris et le rayon que lui avait envoyé Ernie alla pulvériser une partie du mur derrière elle. Elle avala difficilement en songeant à ce qu'il serait resté de son corps si elle avait été touchée, et lutta pour se redresser, malgré la douleur. Elle vit alors Jenna et Draco attaquer de front Ernie, lui lançant sort sur sort, et Tim, sur le côté, lever sa baguette en direction de la Tablette que tous avait maudit durant la dernière demi-heure. Mais les sens d'Ernie devaient également être développés, et avec horreur et terreur Ellie le vit lever la main vers Timrus sans même que son attention ne se détache des Malefoy. Concentré à sa tâche, Tim ne vit rien et, alors même qu'il allait jeter son sortilège, une boule d'énergie brûlante de puissance fonça sur lui et bien qu'il en eût soudain conscience, en aucun cas il n'eût le temps de changer la direction de sa baguette.

Et pourtant, il ne tomba pas, ne fut pas pulvérisé, ne fut même pas touché. Comme dans un film au ralenti, Ellina vit Timrus baisser les yeux, et remarqua Sally-Anne, une partie du corps en sang, gisant au sol. Elle se précipita vers eux alors même que Tim tombait à genoux, ses yeux brillant de larmes, sa respiration difficile.

« Non! » souffla t-il, le mot coincé dans sa gorge par un sanglot. Il passa une main tremblante au-dessus de Sally-Anne, comme si terrifié à l'idée de la toucher, puis saisit doucement son visage entre ses mains. « Sally? Sally? »

L'Auror ouvrit les yeux, un faible râle s'échappant de sa gorge. Son regard troublé par les larmes, Ellina observa le sang s'écouler doucement d'entre ses lèvres pâles, ses yeux voilés, la lueur de vie qu'ils contenaient déjà à demi envolée.

« T…Tim… »

« Je suis là. Chut, n'essaye pas de parler. » Un sanglot lui échappa, des larmes coulèrent sur les joues du jeune homme, et cette vue brisa le cœur d'Ellina. « Oh, Sally… »

« Tim, je…suis désolée… »

« Pourquoi? » Il ravala un autre sanglot, ses larmes tombant sur le front de la femme qu'il aimait si tendrement. « Pourquoi as-tu fait ça? Tu n'aurais pas dû faire ça! Pourquoi? »

« Ca…ira. » hoqueta Sally, sa voix emprunte de souffrance, un faible murmure déformé par le sang envahissant sa trachée. « Je… »

Ses yeux se fermèrent, et Timrus passa une main dans ses cheveux sales avec douceur et panique.

« Ne meurs pas! Je t'en prie, s'il te plait, Sally! S'il te plait, ne me laisse pas… »

Elle ouvrit à demi les yeux, ne quitta pas du regard son visage déformé par la souffrance et le désespoir, et elle leva une main tremblante et ensanglanté pour lui caresser la joue, doucement, avant de la laisser retomber mollement.

« Je suis dé- désolée. »

« Non, je t'aime, reste là, ça va aller, on va t- »

« Tim… » souffla Sally, d'une voix si faible qu'il dut se pencher davantage vers elle pour l'entendre. « Je suis heureuse que…nous ayons eu ces moments avant… qu'il ne soit trop tard… Je t'ai aimé toutes ces années, depuis que nous avons quitté Poudlard… »

« Je suis désolé, tout ce temps perdu- »

« Tu es un homme bien, Timrus…Ne l'oublie…jamais… »

« Sally? Sally! Non! NON! »

Ellina, sanglotant elle aussi, détourna le regard de cette horrible scène, mais la vision de Tim hurlant sa douleur et sa détresse, berçant le corps ensanglanté et brisé de la femme qu'il aimait resterait à jamais gravé dans sa mémoire. Avec une haine toute nouvelle, elle serra sa baguette dans sa main, sentit les vibrations de son instrument au cœur de sa paume et se redressa, fixant son regard brûlant sur la forme d'Ernie, qui venait de blesser Jenna aux jambes et s'évertuait à tenter de tous les tuer. Alors avec plus de rage et de haine qu'elle n'en avait jamais éprouvé, elle se jeta elle aussi dans la bataille, bien décidée à anéantir cet homme qu'elle avait un jour appelé son ami.

HHH

Les cris de douleur, les pleurs, les claquements et la chaleur des sorts qui traversaient la pièce, tout ça atteignait l'esprit de Kara sans qu'elle ne sache plus les interpréter.

Et pourtant elle cherchait toujours, avec un désespoir grandissant, et en son cœur elle hurlait, se débattait, pleurait pour qu'on l'aide, pour que quelque chose se déclenche enfin.

Sa détresse attira bien l'attention de quelque chose, et une forme transparente apparut près d'elle. Elle leva le regard pour voir le fantôme de son bien aimé frère près d'elle, et il l'observa avec ses yeux identiques aux siens, une mélancolie et une souffrance éternelles dans son regard, puis il lui tendit la main. Si Kara avait eu toute sa tête, elle aurait su que mis à part grâce à des sorts spécifiques comme celui qu'elle avait mis en place pour que Liam guide Ellina à travers l'entrée du passage dans le bureau, un vivant ne pouvait pas entrer physiquement en contact avec un mort. Mais Kara n'était pas dans son état normal et sans une hésitation, avec toute la confiance innocente que l'enfant qu'elle avait un jour été aurait pu témoigner, elle saisit la petite main tendue. Le contact était froid mais étrangement familier, et bien que la connexion entre eux avait pour toujours été rompue de force, elle sentit en elle affluer un courant d'une chaleur douce qui emplit le vide dans son cœur sans pour autant combler son âme, la laissant plus en paix qu'elle ne l'avait été depuis que la moitié d'elle-même lui avait été arrachée contre nature.

Et alors, elle sut. Elle comprit ce qu'elle pouvait et devait faire, se souvint brusquement de ce qu'elle avait lu dans un grimoire lorsqu'elle avait été plus jeune. Liam l'observait, et elle plongea son regard dans le sien, et pour la première fois depuis qu'elle le voyait ainsi, sous la forme d'un fantôme qui errerait à jamais, elle ressentit autre chose que culpabilité, douleur, tendresse et solitude. L'émotion qui l'habitait alors était brillante et douce, inhabituelle et apaisante, bien qu'emprunte de douleur pour toujours présente en son cœur et en son esprit. C'était l'acceptation. C'était une forme de paix non pas totale, mais partielle, la seule que quelqu'un comme elle, un être qui n'aurait jamais dû exister sans la moitié de son âme, pouvait espérer acquérir.

Liam lui sourit, et pointa du doigt la Tablette, et pour la première fois depuis des heures, Kara avait les idées plus claires et pouvait penser avec lucidité. Personne dans la salle n'avait remarqué la présence du petit fantôme, alors Kara en profita pour douloureusement se relever et elle avança prudemment et en silence jusqu'à l'autel de pierre, pour se saisir de la baguette qui y reposait. Sa baguette magique, que Ernie lui avait prise.

Un sentiment de puissance la submergea lorsqu'elle eût le familier instrument en main, et elle espéra que l'énergie que l'endroit possédait toujours suffirait pour qu'elle accomplisse le sort. Un ancien sort de destruction, le seul d'une puissance inouïe tout en étant ciblée que Kara connaissait. La magie d'un sorcier ne suffisait pas à l'accomplir, et certainement pas la faible énergie que possédait la jeune femme à cet instant. Il fallait qu'elle s'appuie sur quelque chose, une source, et elle savait que dans cette pièce, elle était la seule personne à percevoir les flux sombres et puissants de pouvoir qu'un rituel noir accompli des années plus tôt avait laissé dans l'endroit, ainsi que l'énergie psychique dégagée par la mort d'un être innocent en ces lieux et par une enfant dont la nature même avait été modifiée pour devenir complète et entière. Toute cette puissance était prisonnière ici et même si cela dégoûtait et terrifiait Kara, elle allait s'en servir pour appuyer son sort.

Un cri attira son attention, et son cœur s'emplit de terreur et de rage lorsqu'elle vit Ellina à terre, mal en point et à peine consciente. Avant même qu'elle ne puisse réagir, Ernie lança un nouveau sort vers la Laërkel, et la jeune femme cessa totalement de bouger sous les cris rageurs de Tim et d'Hermione.

« Ellie! » hurla Kara, prise d'effroi, mais dans le chaos qui régnait personne n'y fit attention.

« Anéantir l'âme, pour détruire le corps. » entendit-elle dire Ernie plus loin, et elle eut envie de le détruire, de le réduire en cendres de ses mains.

Kara amorça un mouvement pour rejoindre Ellina, mais elle vit ses amis toujours lutter contre Ernie, le corps de Sally plus loin, celui d'Apollon, et elle se souvint qu'il fallait agir, que le temps pressait. Alors, la main de Liam toujours dans la sienne, elle monta sur l'autel et cria de toutes ses forces:

« MacMillan! »

Celui-ci se retourna vivement vers elle, et son regard brilla en la voyant si proche de la Tablette. Ses amis quant à eux la regardèrent, les yeux emplis de surprise et de crainte.

« Comment as-tu pu faire cela sans que je ne m'en aperçoive? » Puis il vit Liam auprès d'elle, remarqua qu'ils se tenaient la main, et ses yeux brillèrent de stupéfaction. « Impossible! Comment peux-tu faire cela? Pourquoi est-ce que je ne peux ressentir tes mouvements? »

« Tu es chez moi, MacMillan, dans ma propriété, ce sont mes amis que tu blesses, ma famille, et ce n'est pas parce que j'ai légèrement vieilli que je suis rouillée. Alors peut-être que je suis idiote et aveugle, et arrogante et égocentrique, mais je reste Kara Sallington et je prends toujours aussi mal les trahisons. Tu te souviens? »

« Tu crois pouvoir m'arrêter, Sallington? »

« C'est Dame Sallington pour toi, pauvre teneur de bar minable, et je ne t'arrêterai pas, mais mon frère et moi, nous allons donner la possibilité aux autres de le faire. »

« Ca m'étonnerait! »

« Tu n'aurais jamais dû t'en prendre à Ellina! »

Alors même qu'il levait le bras vers elle, elle murmura calmement la formule dont elle se souvenait, priant de tout son être pour que sa mémoire ne la trahisse pas, et visa la Tablette à ses pieds. Serrant la main de Liam dans la sienne, elle ferma les yeux, et tout ce qu'elle sentit par la suite ne fut que souffrance et chaleur.

HHH

Jenna observa avec horreur l'étrange tornade noire entourer Kara. Le sort d'Ernie fut absorbé dans la puissante manifestation magique, la salle fut envahie par des ondes de pouvoir qu'elle sentit jusque dans ses os. Ernie hurla de rage et se précipita vers l'autel, mais il était trop tard, le sort que Kara avait lancé entraînait déjà la Tablette en son sein, sans que l'ancien Poufsouffle ne puisse rien y faire. Il l'observa se faire happer et disparaître dans les volutes noires de la tornade.

Il y eut un soudain éclair brillant qui les fit tous trembler, et brusquement, d'un seul coup, tout cessa. Les manifestations du sortilège disparurent comme si elles n'avaient jamais existé. Dans le silence pesant qui suivit, les bruits secs des morceaux tombant au sol et sur l'autel de pierre furent assourdissants, et Ernie gémit et se mit à trembler, ses nouveaux pouvoirs le quittant aussitôt. La Tablette de l'Aube était brisée.

Tous observèrent Kara, soudainement réapparue, se tenant debout, seule, le regard étrangement vide. Le fantôme du petit Liam avait disparu, et la sorcière restait là, sans bouger, pâle et mal en point, sa baguette tenue mollement dans sa main droite. Et puis doucement, sans même sembler se rendre compte de leur présence, elle se baissa, descendit de la table de pierre, des larmes silencieuses coulant sur ses joues, emportant sang et poussière. Chaque pas se faisait plus chancelant, plus tremblant, mais elle les faisait, jusqu'à ce qu'elle atteignit le corps inerte d'Ellina. Alors ses yeux se focalisèrent enfin sur le visage de la Laërkel, et Kara s'affala tout près d'elle, sa tête heurtant le sol dans un bruit sourd et douloureux. Jenna, figée comme tous les autres, l'observa lever faiblement une main pour aller caresser du bout des doigts la joue pâle d'Ellina, et dans le silence étrange et lourd, le murmure rauque qui passa ses lèvres fut aussi clair que du cristal.

« Je suis désolée, Poufsouffle. »

Et alors même que Jenna songeait que c'était la première fois qu'elle entendait ce surnom en bien des années, tout le corps de Kara se relâcha, et ses yeux se fermèrent.

La première réaction de la jeune femme fut de faire un pas en direction de sa meilleure amie, terrifiée à l'idée qu'elle soit morte, en direction d'Ellina aussi, qui pouvait tout aussi bien les avoir quittés, mais brusquement un soudain sentiment envahit son cœur, et elle se figea. Elle ne savait pas d'où ça venait, si c'était provoqué, conscient ou non, mais c'était en son cœur, en son esprit, une douleur, une peur, de l'amour, comme un lien de souffrance et de colère qui l'unissait à tous les autres. Et lorsqu'elle se tourna vers ses amis, elle vit en Timrus et en Draco les mêmes émotions qu'elle ressentait à cet instant. Hermione se tenait plus loin, prête à agir au besoin, mais elle semblait bien étrangement consciente qu'il se passait là quelque chose dans lequel elle n'avait pas totalement sa place.

Ernie semblait le sentir aussi, voir ce lien qui unissait soudainement ses trois anciens compagnons, ses ex frères et sœur d'arme, et il les observa avec un mélange de peur, de colère et d'une bien étrange pointe de regret. Regret pour quoi, ça, Jenna n'en savait rien et n'en avait que faire. Désarmé, Ernie n'eut aucune chance, et lorsque les trois Combattants toujours debout levèrent leur baguette vers lui avec à l'esprit trois de leurs amis disparus et les deux femmes gisant plus loin, ce fut comme si tous les autres étaient présents derrière eux, les morts, les blessés, les absents, tous là, lâchant un cri de colère, de douleur et de revanche, un cri puissant qui résonna bien plus par la magie que par le son et resterait pour toujours gravé dans la pierre des souterrains comme tant d'autres choses. Et sans même que Draco, Jen et Tim ne songèrent ou n'évoquèrent le moindre sort, trois rayons sortirent de leur baguette et allèrent frapper Ernie en plein front dans une unisson parfaite. Alors il bascula en arrière et s'écroula, sa bouche ouverte sur un cri silencieux, sa poitrine se levant et se baissant avec rapidité, et lorsque les trois sorciers se rapprochèrent de lui, il entrouvrit les lèvres, son regard sombre et brillant de larmes braqué sur eux d'une étrange manière. Mais ce que Ernie MacMillan aurait aimé dire, personne ne le saurait jamais, car il cessa alors de respirer, et ses paupières se baissèrent lourdement pour l'éternité.

Sur son front brillait une bien étrange marque, la silhouette d'une créature. Et cette créature avait le corps et la langue d'un serpent, la tête d'un blaireau, les pâtes et la queue d'un lion et les ailes d'un aigle. Elle resta là un instant, avant de s'illuminer d'une lumière blanche et pure, et de disparaître, ne laissant sur la peau que des traits fins de brûlure rougeâtres traçant les contours de l'Hybride de Poudlard.

Et quelque part, Morag MacDougal, Hannah et Garrik Stevens, Lavande Brown et Dean Thomas se réveillèrent en sursaut, tous ayant à l'esprit l'image d'Ernie face à eux, et le goût amer de la trahison dans la bouche et de la colère et de la souffrance dans le cœur…

Ils savaient qu'ils devaient rejoindre leurs amis. Ils en avaient le besoin soudain, car ils allaient devoir enterrer les leurs et guérir leurs blessures, leurs souffrances, et que le lien étrange qui c'était brusquement éveillé en cette nuit froide exigeait leur réunion, les attirait les uns vers les autres, comme un appel irrésistible. Peut-être qu'ensuite ils pourraient tous reprendre leur vie avec le cœur léger, enfin.

Et, ils l'espéraient, avec leur âme intacte.

/…/