Bonjour ! Ohlala, plus d'un mois depuis la dernière publication ! Pour être honnête, je n'ai pas vu le temps passer. Je doute d'arriver à publier le prochain chapitre avant le mois prochain... Encore une fois, je préfère publier lentement, mais vous donner quelque chose dont je suis assez contente - que ce soit dans la longueur ou la qualité. Pas question d'écrire un truc à la va-vite parce que je n'ai pas le temps et vous pose ça là...

Merci à ma bêta, sans qui je ne saurais pas quoi faire ! Ravie que tu me rejoignes dans l'aventure !

Merci pour vos reviews ! D'ailleurs, RAR :

Levanemma : Merci les filles ! Voici la suite, n'hésitez pas à laisser un mot si vous passez par là !

Shizuka : Merci ! Alors, pour le crabe : dans le langage hospitalier, "le crabe" c'est le cancer, parce qu'il "tire son nom du mot latin homonyme qui signifie crabe". Voilà !

Au niveau de la playlist... J'ai du mal à choisir deux musique, mais au final : 9 Crimes de Damien Rice et Always de Saliva.

"Toute la vie est un secret, une sorte de parenthèse énigmatique entre la naissance et l'agonie, entre l'œil qui s'ouvre et l'œil qui se ferme." Victoir Hugo


Draco tourna son regard vers ses parents qui les fixaient sans rien dire. Il défia son père du regard, prêt à recevoir un blâme. Il ne se souvenait plus vraiment des dernières heures. Tout lui avait semblé brumeux et flou. Il avait eu conscience de leur présence, mais sans être sûr que c'était vraiment réel. Sa mère finit par lui faire un petit sourire, semblant hésiter à s'approcher, alors qu'Harry sanglotait toujours contre lui. Il reposa ses yeux sur la masse de cheveux ébouriffés sous son nez, et tenta de les recoiffer un peu d'une main maladroite. Harry semblait peu à peu se calmer, ses sanglots se faisant plus espacés et moins violents. Il finit par relever la tête, renifla sous son masque, et souffla :

- Je suis vraiment nul, hein ?

Draco leva les yeux au ciel, secoua la tête, puis regarda Harry en haussant un sourcil.

- Si tu parles de ta capacité à plier le linge, y'a aucun doute en effet !

Harry étouffa un rire.

- Sans parler de ta conduite... Bon sang, Harry, un clignotant, ça sert à quelque chose tu sais ?

Harry leva les yeux au ciel et sourit derrière son masque.

- Tu exagères... Je le mets des fois.

Draco le fixa sans répondre, l'éclat argent de ses yeux atténué par la tendresse qui s'y trouvait. Il effleura du bout des doigts l'angle que formait sa mâchoire, mourant d'envie de l'embrasser. Mais il ne pouvait pas, du moins pas tant que le nombre de globules blancs dans son sang n'était pas remonté. Draco s'humidifia légèrement les lèvres, le cœur battant. Il aurait voulu... comme attiré par un aimant, il se pencha, et posa sa bouche sur le tissu rêche du masque, cherchant de ses lèvres celles d'Harry. Le brun eut un léger soupir et vint glisser sa main derrière sa nuque, avant de s'écarter.

- Dray.. je suis désolé... on peut pas.

Draco hocha doucement la tête. Il savait. Il se recula légèrement pour regarder sa mère, qui s'approcha doucement et vint lui donner une courte accolade avant de se reculer. Elle était belle, comme toujours, avec ses yeux bleu polaire et ses cheveux blond platine, sa robe parfaitement coupée sur ses hanches fines. Ses quelques rides n'enlevaient rien à sa beauté naturelle. Perdu dans sa contemplation, il sursauta quand même en sentant Harry se lever. L'oncologue lui sourit d'un air rassurant et lui murmura qu'il revenait, puis il sortit de la chambre en silence. Draco se retrouva entre ses deux parents, dans un silence très inconfortable. Il baissa les yeux et joua nerveusement avec le bord de sa couverture. Certes, il n'était plus un enfant, mais la situation était... gênante, quoique pas insurmontable.

Il se redressa pour confronter son père du regard. Lucius était rasé de près, ses yeux gris tout aussi métalliques que la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Tout aussi glaciaux que ce jour où ils... L'avocat serra les dents, sentant toujours cette fureur au fond de lui. Il entendait encore la voix enragée de Lucius, son cri du cœur qui avait détruit leur famille. Son père n'avait jamais retiré ses paroles. Et il refusait de lui pardonner tant que ça ne serait pas fait. La seule chose qu'Astoria avait fait de bien pour lui était son fils. Et son père ne pourrait jamais le lui enlever. Soudain, Narcissa frappa du plat de la main sur la table de nuit, et s'écria :

- Bon, j'en ai assez de vous deux ! Lucius, excuse-toi !

Son mari croisa les bras en relevant le menton.

- Narcissa...

- Oh non, mon ami, tu ne vas pas me faire le coup du « je ne vois pas de quoi tu parles ». Lucius, il s'agit de ton fils là. Pas d'un associé quelconque. Et tu sais ça aussi bien que moi...

Le cinquantenaire se raidit, puis baissa les yeux. Draco secoua la tête, amer.

- Maman... ce n'est pas la peine. Père ne changera pas d'avis.

- Draco.

La voix de Lucius était douce mais ferme, et il vint s'asseoir à côté de du malade, qui haussa un sourcil inexistant avec ironie.

- Mon fils.

Draco sursauta comme si son père venait de le frapper. Il grimaça, et répliqua :

- Tiens, tu t'en souviens ?

- Draco... Tu ne nous as pas dit que tu étais malade. Et où est Scorpius ?

Draco secoua la tête. Il n'avait pas envie d'avoir cette discussion.

- Vous le dire ? Pour vous montrer à quelle point, une fois de plus, je suis minable ? Vous dire que mon ex-femme, alors que vous m'avez mis en garde maintes fois, a encore frappé ? Qu'elle est partie avec notre fils, et qu'elle m'a collé un procès sur le dos ? Vous dire que je ne peux plus voir mon fils ? Mais pour quoi faire ?!

Le volume de sa voix avait de plus en plus augmenté, et le dernier mot était un cri du cœur qui laissa Draco haletant. Il tourna violemment la tête et crispa la mâchoire pour ne pas éclater en sanglots. Comme toujours après une chimio, il avait les nerfs à fleur de peau, et chaque sentiment semblait complètement exacerbé. À cet instant, il oscillait entre une forte envie de pleurer et une toute aussi forte envie de taper sur quelqu'un, de préférence Astoria. Le silence s'étala dans la chambre, lourd et grésillant de rancœur.

- Draco... Je suis désolé.

Incrédule, le plus jeune se tourna vers son père, perturbé par sa voix douce et presque sincère. Lucius restait droit, comme à son habitude, mais la fierté dans ses yeux était remplacée par une tendresse peu commune chez cet homme si austère.

- Je sais que je ne suis pas quelqu'un de bien. J'ai fait beaucoup d'erreurs... plus que tu peux le croire. La seule chose que j'ai faite et qui n'est pas une erreur, Draco, c'est toi.

Un frémissement. Il ne pouvait pas croire ce qu'il entendait.

- Draco, tu es la seule chose dans ma vie que j'ai réussi. Je suis fier de celui que tu es devenu : quelqu'un qui croit en ce qu'il dit, et ne revient pas sur sa parole. Si tu me le permets, j'ai un dernier enseignement à t'offrir. Parfois, il faut savoir accepter qu'on s'est trompé. Et... en l'occurrence, je... je retire ce que je t'ai dit à propos de Scorpius. J'étais furieux contre Astoria, contre ce qu'elle t'as fait. Mais... Je comprends que tu aimes ton fils, tout comme je t'aime.

Draco fixa son père, avec l'impression d'être passé dans une autre dimension. Depuis quand Lucius Malfoy était-il aussi... gentil ? C'était... étrange.

- Peu importe ce que j'ai pu dire cette fois-là. Je l'ai pensé, oui. Mais... c'est toi qui avait raison.

Une sorte de boule se mit à grandir dans le plexus de Draco, l'envahissant peu à peu. Il sourit, soulagé d'un poids qu'il n'avait pas eu conscience de porter, et laissa doucement sa main glisser sur les draps jusqu'aux doigts de son père, qu'il serra délicatement entre les siens. Lucius se racla légèrement la gorge, gêné, se dégagea et se releva, se recomposant une attitude froide et invulnérable. Mais Draco avait eu le temps d'entr'apercevoir l'amour que pouvait lui porter son père. Et cela était bien suffisant.

- Merci Père... je te pardonne.

Quelque part, il refusa de penser que la lueur de soulagement qui éclaira un instant les yeux de son père venait uniquement de son imagination. Narcissa avait un sourire rayonnant, et vint effleure un court instant la main de Lucius, qui lui rendit son sourire. Draco savait que tout ça était trop beau pour être vrai, que c'était probablement parce qu'il était malade que son père réagissait ainsi. Mais pour l'instant, il voulait tout simplement profiter de cet instant de répit, et puis il verrait bien plus tard si les bonnes paroles de Lucius se vérifieraient. Deux légers coups furent frappés à la porte, ce qui surpris la famille tout juste réunie.

- C'est moi !

Draco sourit à la voix de Harry.

- Entre !

Il entendit quelques petits rires devant la porte... qui s'ouvrit pour laisser trois petits bolides se jeter sur lui pour l'enfouir dans un câlin groupé des plus agréables. Les enfants portaient des masques sur le visage et les cheveux, ainsi que des blouses stériles, mais ils étaient là. Harry s'approcha à son tour, couvant du regard la masse de membres emmêlés sur le lit, et s'exclama :

- Attention, j'arrive !

- Noooon ! S'écrièrent quatre voix paniquées mais rieuses, alors qu'il faisait mine de se jeter sur eux.

Le brun partit d'un grand rire, et souleva Lily pour prendre sa place, se penchant pour poser la bouche masquée sur celle de Draco. Leurs yeux se croisèrent, emplis d'affection. Parfois, Draco ne pouvait pas croire à sa chance de faire partie de cette famille complexe et un peu folle qu'étaient les Potter. Il serra Albus et James contre lui, qui babillaient dans ses oreilles en lui racontant l'anniversaire d'Ombe.

- ... et là, Tata Luna a amené un gâteau géant en forme de radis !

- De radis ?

Harry et Draco échangèrent un regard, puis haussèrent les épaules dans un même mouvement désabusé. Il ne fallait pas chercher à comprendre les bizarreries de Luna.

- Et c'est à ce moment-là que Tonton a fait exploser les feux d'artifices !

Harry secoua la tête, alors que Draco écarquillait les yeux. Des feux.. d'artifices ?

- Georges a dû leur en fournir la dernière fois qu'il est venu rendre visite à Arthur et Molly.

Il se releva et posa Lily au sol avant de déclarer :

- Les enfants, vous avez oublié de dire bonjour...

Obéissants, James et Albus rejoignirent leur sœur devant leur père, qui posa une main rassurante sur leurs épaules.

- Lucius et Narcissa sont le papa et la maman de Draco, les grands-parents de Scorpius.

Il releva l'émeraude de ses yeux vers le couple face à lui, et leur dit avec sérieux :

- Lucius, Narcissa, je vous présente mes enfants : James, Albus et Lily.

Draco mit en garde ses parents d'un regard. Il n'était pas question de demander quoi que ce soit d'inconvenant. Narcissa sourit et se pencha pour saluer rapidement les trois petits dém... chérubins. Albus, toujours le plus timide, s'accrocha farouchement à la jambe de son père. Ce dernier le poussa légèrement pour l'encourager, et il finit par décider que la dame n'avait pas l'air si méchante que ça, et accepta de lui dire bonjour. Draco eut un sourire amusé devant la mine réjouie de sa mère, et celle étonnée de son père.

- Albus ?

- Ahah, oui, ce n'est pas un prénom commun pour un petit garçon de son âge.

Harry se passa la main sur l'arrière du crâne, comme il le faisait souvent quand il était gêné. Il jeta un regard à Draco, ne sachant trop que dire. Son amant lui fit un clin d'œil. Il n'avait qu'à se débrouiller... Il avait tant de choses à dire à ses parents. Tout d'abord, Severus. Il devait demander à Harry s'il pouvait leur en parler. Il savait que son père aimait beaucoup le brun renfrogné, il l'avait toujours considéré comme un petit frère. Mais... comment réagirait-il en apprenant que c'était à cause de lui qu'il s'était retrouvé sous les verrous pendant plusieurs mois ? Qu'il avait tout perdu : sa réputation, son entreprise, son argent, pour se retrouver après des années de procès dans un manoir au fin fond de l'Écosse, héritage familial qu'il peinait désormais à entretenir ?

Draco contempla ses parents, Lucius qui serrait gravement la main de James, Narcissa qui discutait avec Harry en cajolant Lily, alors qu'Albus s'était fait un devoir de remonter sur le lit pour revenir se blottir dans ses bras. Il serra le petit corps chaud contre lui, détestant du plus profond de son être l'absence de Scorpius à cet instant. Albus se mit à califourchon sur lui, entourant son cou de ses petits bras, colla sa tête dans le creux de son cou et lui murmura innocemment à l'oreille :

- Tu sais, Dray... Scorpius il t'aimera toujours. Même s'il est pas là. C'est lui qui me l'a dit...

Draco faillit se mettre à pleurer. Albus lui disait ça avec innocence, comme on confierait un secret à un ami, avec la voix flûtée d'un enfant de son âge. Mas quelque part, il en avait trop vu, trop entendu. Il savait qu'à la maison, il aurait dû se montrer plus discret quand à ses sentiments. Était-il donc si transparent ? Des trois enfants de Harry, Albus était sans conteste celui dont il était le plus proche, probablement parce qu'il avait le même âge que Scorpius, et que le petit blond lui manquait aussi. Il le garda contre lui, lui frottant doucement le dos au dessus de la blouse d'hôpital. Il croisa le regard de son père, qui le fixait sans exprimer d'émotions.

Lucius sentait ses émotions bouillonner au fin fond de lui, rugissant d'envie de sortir et de tout détruire. Il aurait voulu avoir le pouvoir qu'il avait auparavant, et réduire Astoria à néant. Il aurait voulu avoir une baguette magique et être un puissant sorcier pour guérir son fils de cette leucémie qui le rongeait à petit feu. Il aurait voulu... qu'importe, il ne pouvait rien faire. Il était pieds et poings liés dans cette affaire. Il croisa le regard de Draco, qui serrait le jeune Albus contre lui. Son cœur se comprima à la vision de son fils amaigri, sans cheveux, sourcils ou cils – et il savait qu'il n'y avait plus aucun poil sur le reste de son corps. Ses ongles étaient abîmés par la chimio, et il devait y mettre un produit spécial. Des bleus clairsemés ajoutaient la seule touche de couleur – et quelle couleur ! - à la blancheur de son corps, traces d'infimes maladresses, obtenues contre des meubles ou des portes de placard.

Il savait qu'il avait fait de nombreuses erreurs dans sa jeunesse, dont celle d'adhérer au groupe de Tom Riddle, et celle d'y entraîner son meilleur ami, Severus. Après celle-ci, la peur et la fierté lui avaient fait commettre tout un lot d'erreurs. Il avait brisé de nombreuses vies pour préserver sa femme et son nouveau-né. Non, Lucius Malfoy n'était pas un homme bien. Mais jamais, jamais avant cet instant précis il n'avait autant regretté tout ce qu'il avait pu faire. Dieu, ou peu importe ce qu'il pouvait y avoir dans les cieux, leur en voulait-il à ce point ? Était-ce donc son fils qui devait payer le prix de ses fautes ? D'un pas alourdi par les remords, mais toujours de glace, il vint s'asseoir au bord du lit, et tendit la main pour la poser en coupe contre le visage de Draco.

Il aurait préféré mourir à sa place.

Draco regarda sans comprendre son père poser un rare geste de tendresse en lui caressant le visage, avant de s'éloigner à nouveau. Parfois, il aurait voulu le cerner un peu mieux. Lucius était un homme complexe, rarement affectueux – sauf avec sa femme – et doté d'un sens de l'humour pour le moins... particulier. Et qui pouvait se dévoiler à des moments complètement inattendus. Harry détourna son attention en lui tapotant l'épaule, et il se tourna vers lui en souriant.

- Mon cœur, du coup, Maugrey va venir te voir. J'espère que tu pourras rentrer à la maison, mais avant il va vouloir te mettre sous antibios à spectre large pour être tranquille.

Il fit une pause, puis souffla :

- A mon avis, il va vouloir te garder au moins trois ou quatre jours.

Draco grimaça. Il n'avait aucune envie de rester à l'hôpital. Il se tourna vers ses parents.

- Où allez-vous dormir ?

Ils échangèrent un regard, et il fit la moue. Apparemment, ils n'avaient pas réfléchi à ça. Vu la situation de ces dernières années, il n'était pas sûr qu'ils puissent se payer un hôtel trop longtemps... Il jeta un regard hésitant à son compagnon, qui comprit immédiatement et proposa :

- Si vous voulez, je peux vous proposer de prendre la chambre de Lily. Elle est à notre étage. On la fera dormir dans la chambre de Scorpius...

Narcissa hésita un instant, puis haussa les épaules.

- Merci, Harry. Je ne sais pas combien de temps nous allons rester, mais ce sera en effet plus simple pour tout le monde, je pense.

Draco sourit légèrement, rassuré. Tout irait bien. Du moins, il fallait l'espérer. Il sentit la fatigue s'abattre peu à peu sur lui, aidée par les médicaments, et il finit par s'endormir, bercé par les discussions calmes de sa famille.

- Grand Mère ! Grand Père !

Scorpius accourut vers Lucius et Narcissa avec un grand sourire, ravi de les voir. Il se stoppa toutefois devant eux pour tendre une main hésitante à son aïeul, qui le prit tout de même dans ses bras. Narcissa l'embrassa avec chaleur, apparemment contente de voir son petit-fils. Draco les contempla avec un sourire amusé. Il était rare de voir sa mère perdre sa réserve habituelle. Scorpius revint toutefois bien vite vers lui pour s'installer sur ses genoux, quémandant un câlin qu'il lui donna bien volontiers, malgré le masque cachant le bas de son visage. Mais déjà, Albus venait proposer à Scorpius d'aller jouer dans le jardin, et bientôt, les rires des enfants s'élevèrent dehors. Son père eut un soupir fatigué. Que d'agitation.

- Les enfants...

La voix de Narcissa était définitivement amusée. Elle s'assit élégamment dans le fauteuil face à celui que Draco occupait.

- Je me rappelle, quand tu étais petit, tu avais l'habitude de te lever à sept heures le weekend. Tu arrivais dans notre chambre, tu te jetais sur notre lit en criant, et tu secouais ton père jusqu'à ce qu'il se lève.

Draco hocha la tête, et dit doucement.

- Oui. Mais à chaque fois, il se levait, il allait réveiller Severus et me laissait avec lui.

- Draco... Tu ne peux pas comprendre. Tu étais si petit...

Narcissa se pencha légèrement vers son fils

- Tu ne peux pas imaginer ce que c'était. Je veux dire, ce que c'était de travailler pour lui. Tom Riddle. Ton père...

- Je n'avais pas le choix, la coupa Lucius.

Il s'assit à son tour à côté de sa femme et lui prit doucement la main. Ils échangèrent un regard et le blond déclara :

- Je pense qu'il y a certaines choses que nous devons te dire. Principalement à propos de... à propos de Tom Riddle, et de tout ce qui s'est passé ces années-là. Tu n'étais qu'un enfant à l'époque, et après.. Après, il y a eu le procès, et Astoria... Et nous n'avons jamais eu le temps de...

Il soupira, jetant un nouveau regard hésitant à Narcissa. Un bruissement détourna leur attention, alors que Harry tentait de quitter discrètement la pièce. Il tourna la tête vers eux et tenta un sourire un peu gêné.

- Je... je vais vous laisser...

- Non, protesta Draco, un peu paniqué.

Mais, se morigénant mentalement, le jeune homme se redressa légèrement, et se recomposa un visage calme avant de secouer la main vers Harry, comme pour dire « Non, c'est bon, vas-y. ». Il se tourna vers ses parents. Il n'était pas un enfant, c'était simplement... Tout allait beaucoup trop vite pour lui, en ce moment. Le cancer, Scorpius, ses parents... La seule chose qu'il avait choisie, c'était sa relation avec Harry. Le reste était totalement hors de son contrôle, il avait l'impression d'être complètement entraîné dans tout ça. Il n'avait pas demandé à ses parents de venir, il n'était pas sûr d'être prêt pour ces révélations, il ne pouvait pas... La main rassurante de son petit ami vint soudain se poser sur son épaule.

- Lucius, Narcissa... Je sais que je ne suis pas vraiment concerné mais... est ce que ça vous dérange que je reste ?

Ils échangèrent un regard, puis Narcissa secoua doucement la tête.

- Bien sûr que non, Harry.

- Draco, est-ce que tu veux que je reste ?

L'avocat soutint le regard d'Harry, le cœur battant. Il appréciait les précautions que prenait son amant, qui tenait visiblement à être sûr d'avoir son accord avant de s'asseoir. Les yeux verts étaient tendres et préoccupés, ce qui le fit sourire doucement. Il acquiesça et le brun s'assit sur l'accoudoir large du fauteuil. Une fois confortablement installé, il fit signe à Lucius de reprendre. Draco songea alors qu'en plus, il était bon qu'Harry reste par rapport à Severus. Ils avaient vaguement parlé de la possibilité de parler à Lucius et Narcissa de Sev' et Siri, sans en être encore sûrs. Peut-être qu'ils prendraient une décision suite à cette discussion ?

- Tom Riddle était un homme très charismatique, commença Lucius. Il avait vingt-cinq ans, soit cinq de plus que moi, intelligent, beau, doctorant. C'était un homme qui avait des idées très précises sur ce que la société devrait être être : les forts écrasant les faibles, les aristocrates profitant du reste de la société. J'étais jeune, idéaliste, et je me suis laissé convaincre d'adhérer à sa cause. Au début, tout allait bien. Nous nous réunissions pour parler des syndicats, de politique, d'économie... Severus est entré à l'université cinq ans plus tard, et je lui ai immédiatement présenté Tom, qui était déjà professeur.

Il fit une pause, et se renfonça dans le canapé, comme pour s'éloigner de ce qu'il était en train de dire. Narcissa lui prit la main doucement, comme pour le rassurer et il continua avec un calme apparent.

- C'était une des pires erreurs de ma vie. Severus... Il était jeune, comme un petit frère pour moi qui avait toujours été enfant unique. Severus est tombé en admiration devant lui, un peu par ma faute, je l'avoue. J'ai rapidement compris que Tm était attiré par lui, et quand j'ai enfin saisi qu'il le voulait, il était trop tard.

Sa voix était amère, et si son visage ne révélait rien de ses émotions, Draco pouvait voir son dégoût.

- Tu venais de naître, et je venais de le nommer parrain. Et c'est à cet instant que Tom m'a montré son vrai visage. Nous étions un groupe d'aristocrates désabusés, nous avions déjà injecté de l'argent dans son association, et quelque part, nous croyions en sa cause. Quand nous avons réalisé ce qu'était réellement cette « cause », nous étions déjà dedans jusqu'au cou. Tom avait des parts dans mon entreprise, il me donnait de l'argent, que je lui rendais avec intérêts, j'étais compromis...

Lucius serra les dents.

- Draco, tu ne peux pas imaginer. Certains d'entre nous, comme Bellatrix Black, ou Lestrange, étaient en adoration devant cet homme. Moi, je le trouvais formidable. Au début, il y a eu le proxénétisme. Je n'en ai pas parlé à ta mère. Je me disais que ce n'était rien, que ça avait toujours existé. Puis il y a eu la drogue. Et les armes. Ta mère est tombée sur mes comptes, elle a compris. Tu avais quoi... deux ans ? Elle m'a fait une scène, et j'ai voulu sortir de l'organisation.

Il se tourna vers sa femme avec une lueur tendre dans le regard.

- Narcissa a voulu me soutenir, elle est venue parler à Tom avec moi. Et là... Il nous a menacés. Il avait besoin de mon soutien financier, de mon entreprise comme couverture. En quelques instants, notre vie a basculé. Il a menacé de s'en prendre à toi. Moi, j'ai fait le fier, je lui ai dit que pour moi, tu n'étais qu'un héritier, que ce n'était pas en t'utilisant qu'il me ferait plier, que je pouvais te remplacer. Je savais que...

Il se mordit la lèvre, soudain crispé.

- Je savais que tu serais en sécurité avec Severus, plus qu'avec moi. Tom... j'avais déjà compris que Severus...

Il s'arrêta à nouveau. Draco savait ce qu'il allait dire, mais il ne pensait pas que son père était autant touché par ce qu'il s'était produit. Enfant, il avait toujours vu Lucius comme un homme fort et impénétrable, jamais touché par ce qui l'entourait. Il s'était trompé. Les mots semblaient sortir de la bouche de Lucius par paquets, comme arrachés contre son gré.

- Severus.. Il était si maigre. Il ne souriait plus, sauf à toi. Il... les bleus sur son visage... et ceux que... ceux sur son corps, que je ne voyais pas – que je devinais – et puis...

Il prit une brusque inspiration, et se recomposa un masque froid.

- Malgré tout, Tom tenait à Severus. Quelque part, dans son esprit malade et cruel, il tenait à Severus. Et... Severus pouvait te défendre. Pas moi. Moins Tom pensait que je t'aimais, moins tu l'intéressait, et plus tu étais en sécurité. Et... quand... quand u étais avec Severus... ça détournait son... attention.

HPDM/DMHP/HPDM/DMHP/HPDM/DMHP/HPDM/DMHP

Lucius était blanc – encore plus que d'habitude, pensa Harry. Il avait senti Draco se crisper contre lui, alors que son père détournait le regard d'un air presque coupable. Ils savaient à quoi leur aîné faisait allusion, grâce à ce qu'Harry avait compris des cauchemars de Severus. Il rapprocha machinalement son petit-ami de lui, ayant soudain l'impression qu'une rivière charriant des blocs de glaces avait remplacé le sang dans ses veines. Rien que l'idée que Draco aie pu... Que Tom Riddle aie posé son regard sur lui... Il frissonna. C'était une idée... définitivement dérangeante. Lucius reprit la parole, essayant visiblement de continuer envers et contre tout son récit.

- Tu étais petit... Nous voulions te protéger, nous protéger, et... je pense que ça a été une des plus grosses... erreurs... que j'ai pu faire... Je n'ai pas protégé Severus. Il était ton parrain, mon ami, et je ne l'ai pas protégé. Je savais ce qu'il vivait... et je n'ai rien fait.

Il y eut à nouveau un silence, et Harry échangea un regard lourd de sens avec Draco. Là arrivait un passage capital dans cette histoire. D'un coup d'œil, il embrassa la scène : Narcissa très digne dans sa jupe de tailleur verte et grise, Lucius tiré à quatre épingles dans un style tailoring gris, les rires des enfants dans le jardin... Il dit doucement, sur ses gardes :

- Et... vous savez ce qui est advenu de Severus ?

Lucius et Narcissa échangèrent un regard.

- Eh bien... Une nuit, la police a débarqué, ils ont emmené tout le monde. Je... n'ai jamais revu Severus. Tom l'avait battu dans le salon, devant nous, en pleine réunion. Il pensait qu'il le trompait. Severus était en sang... Ils nous ont dit qu'il était mort, et même si je ne les ai pas cru, je ne pense pas le revoir un jour. Il doit bien trop me haïr pour ça.

- Pourquoi ne les avez-vous pas cru ?

Harry était étonné. Il ne savait pas que la police avait fait passer Severus pour mort.

- Eh bien... Je n'ai jamais su où il était enterré. Et puis... à un moment, je me suis douté de l'identité de celui qui les avait menés jusqu'à nous. Tu sais, Severus était profondément amoureux de ta mère plus jeune, Harry, alors quand Tom l'a tuée, il...

- Tom Riddle a tué ma mère ?

Le choc était perceptible dans la voix du brun. Il fixa le couple sans y croire, abasourdi.

- Mes parents sont morts dans un accident de voiture, ce n'est pas...

- Personne ne t'a rien dit ?

Narcissa était blême en disant cela, et elle ajouta doucement :

- Harry... Je suis désolée, nous pensions que...

- Pourquoi ? La coupa l'oncologue, sous le choc.

- Tes parents sont effectivement morts dans un accident de voiture, expliqua Lucius, mais parce que la voiture a été trafiquée par un de leurs supposés « amis », Peter Pettigrew. Ton père était à la tête d'une entreprise concurrente dont Tom voulait récupérer les parts de marché, et ta mère était sur la voie d'une brillante carrière de procureur. Tes parents étaient engagés dans une lutte contre lui, et il voulait s'en débarrasser avant qu'ils ne lui causent du tort.

Harry était figé, sous le choc. Tout s'emmêlait dans sa tête. Ses parents étaient morts à cause du.. patron... chef... des parents de son petit ami. Ses parents n'étaient pas morts dans un accident de voiture, ils avaient été assassinés ! Et plus encore, Severus... Severus le savait, et il n'avait rien dit ! Sirius aussi devait être au courant. Pourquoi ne lui en avaient-ils jamais parlé ? Pourquoi lui avaient-ils caché ça ? Il bondit sur ses pieds et recula vers la porte :

- Il faut... Il faut que...

Il captura les yeux de Draco dans un regard désespéré et lui dit :

- Je dois demander à Sev... Ok, Dray ? Il faut que je parle à Severus...

Et, sans plus se préoccuper des regards choqués et éberlués des Malfoys qui n'en croyaient pas leur oreilles et se tournaient vers leur fils, débordants d'interrogations, Harry s'enfuit vers le garage. Il savait qu'il venait de lâcher une information cruciale, et par là même, de balancer un énorme pavé dans la mare tranquille de leurs vies, mais il s'en fichait. Il n'avait qu'une chose en tête : se précipiter chez son parrain, serrer ceux qui l'avaient élevé contre lui, et les entendre dire que c'était faux, que Severus n'avait rien à y voir. Il enfila rapidement son blouson de cuir et ses bottes de motards, attrapa son casque, et sortit sa machine dans la rue. Il mit son casque et démarra.

Sentir la moto vibrer entre ses cuisses était un bonheur. Il accéléra, se dirigeant vers la départementale. Le moteur ronronnait, le vent s'engouffrait dans ses manches, et il se sentait libre. Libre de toute contrainte, libre de partir, de respirer. Oui, il aimait Draco, il aimait ses enfants, il ferait tout pour eux. Mais c'était juste un peu trop. La voix de Lucius résonnait à ses oreilles. Et si... Si Severus... ses parents auraient pu... Il serra les dents, jeta un coup d'œil à son compteur et ralentit un peu. Il avait promis à Ginny qu'il serait prudent pour ses enfants. Mais Ginny n'était plus là. Ses parents non plus. Et Draco... Draco... Il se crispa et fit un dérapage contrôlé devant le portail de la maison de son enfance.

Il prit à peine le temps de mettre l'anti-vol sur sa moto, les gestes vifs et désordonnés, et se rua vers la porte d'entrée qu'il ouvrit sans avoir pris la peine de frapper. Elle alla taper dans le mur, ce qui résonna à l'étage. Harry entendit de brusques mouvements, et Sirius dévala les escaliers torse nu. Ils restèrent un instant à se fixer, tout deux haletants, Sirius surpris.

- Harry ?

Le brun tremblait, et laissa son casque tomber au sol avec ses gants. Mû par un soudain instinct, Sirius l'attira dans ses bras, serrant contre son corps celui qu'il avait toujours considéré comme son fils. Harry se laissa abrutir par cette étreinte, déchiré entre l'envie de lui hurler dessus, et celle de se mettre à pleurer comme un enfant. Il entendit le pas délicat de Severus dans les escaliers. Le professeur était en train de reboutonner sa chemise – ils les avait visiblement dérangés en plein milieu d'une activité prohibée au moins de dix-huit ans – et se stoppa sur la dernière marche, visiblement hésitant. Harry se détacha de l'étreinte de son parrain pour faire face à Severus, les poings serrés.

- Tu savais !

Le plus âgé se figea sans comprendre.

- Quoi ?

- Tu savais ! Tu savais, et tu ne m'as rien dit ! Vous saviez tout les deux !

Harry était furieux. Il se sentait trahi, blessé. Sirius tira son compagnon contre lui, comme pour le protéger, et dit :

- Harry, explique-nous. De quoi parles-tu ?

- Vous saviez pour le meurtre de mes parents ! Severus, tu y étais ! Tu aurais pu... tu aurais pu...

Il serra les dents, au bord des larmes. Severus semblait sous le choc. Il recula légèrement, et s'assit lentement sur une marche de l'escalier. Sirius était blême, il se tint face à Harry, frémissant.

- Ne lui parle pas comme ça !

- Mais il aurait pu... !

- Tais-toi !

La voix de son parrain avait claquée, plus forte qu'elle ne l'avait été depuis des années. Harry le fixa, muet.

- Tu ne sais rien, Harry ! Tu n'as aucune idée...

- Justement ! Vous ne m'avez rien dit ! Pendant des années ! Ce sont les Malfoys qui me l'ont dit ! Les Malfoys !

- Tu étais un enfant ! Un bébé ! Et après... Tu aurais détesté Severus ! Tu étais bien trop jeune ! Au fil du temps, nous étions persuadés que cette histoire était enterrée. Que nous n'avions nul besoin de...

- Eh bien, il y avait besoin de !

Harry avait fiché son poing dans le mur. Il se plia en deux avec un gémissement de douleur, mais se redressa presque aussitôt pour fixer les deux hommes qui l'avaient élevé d'un air accusateur. Severus se redressa légèrement.

- Harry... Pardonne-moi, j'aurais dû t'en parler.

Les yeux verts orageux se plongèrent dans les billes noires tourmentées et ce fut la douche froide. Severus pleurait doucement, silencieusement, les larmes coulaient une à une sur son visage pâle et sec. Harry sentit toute sa colère s'envoler aussi vite qu'elle était venue. Encombré par son blouson de cuir, il s'en débarrassa prestement, et se laissa tomber dans les bras du chimiste. Severus le serra contre lui avec force, comme cette nuit, bien des années auparavant, où il s'était écroulé en sang dans leur escalier, et qu'Harry l'avait accueilli comme un membre de sa famille.

- Excuse-moi Sev... Je...

- C'est moi, c'est rien, j'aurais dû insister pour t'en parler, et même... Si j'avais résisté... Si... si je n'avais pas...

Les bras de Sirius vinrent les entourer, et les trois hommes restèrent là, dans une position inconfortable, le silence troublé par la respiration rapide d'Harry et les légers reniflements de Severus.

- Tu es bien comme ton père. Impulsif, et la tête vide.

La voix de Sirius était soulagée. Harry lâcha un rire étranglé, amusé malgré tout par la piètre tentative d'humour du brun. Ils se reculèrent un peu, échangeant un regard tendre. Severus était encore sous le choc, le regard hanté. Il passa une main fragile sur la joue d'Harry.

- Tu as les yeux de ta mère.

Harry se pétrifia, le cœur battant. Il avait souvent entendu cette phrase, de nombreuses personnes différentes. Sirius, McGonagall, Remus, les Weasleys – qui connaissaient ses parents à travers leurs entreprises – Tonks... Severus ne le lui avait jamais dit. Parfois, comme Sirius, il lui grognait qu'il était bien comme James – tout aussi stupide, impulsif, irréfléchi, les cheveux en bataille – mais jamais il ne lui avait dit qu'il ressemblait à sa mère.

- Lily était si belle. Rousse, élancée, avec des magnifiques yeux verts. Mais, la première fois que je l'ai rencontrée, ce n'était qu'une enfant taquine et douce. Elle était intelligente – très, trop – surdouée en chimie. Comme moi. Nous étions à l'école ensembles.

Severus fit une pause, visiblement bouleversé. Sirius lui prit délicatement la main.

- J'ai aimé ta mère, Harry. Elle est d'ailleurs la seule femme que j'aie jamais aimé. Elle était tout pour moi, tout... sauf le principal. Jamais elle n'a su. Jamais elle n'a été mon amante. À la place, elle est tombée amoureuse de James. James, qui me haïssait, me rabaissait, me ridiculisait. J'étais blessé, trahi, déçu.

Il se tut à nouveau.

- Mais peu importe. Jamais je ne lui aurais fait de mal. Jamais. Si j'avais su... si j'avais su ! Tom... il en a profité. Lily m'envoyait des lettres, parfois, et je lui répondais. C'est ainsi que, à mon insu, Tom a appris des choses. Je l'ai supplié de ne rien lui faire, supplié ! Mais... Peter Pettigrow lui a donné les dernières informations qu'il lui fallait. La voiture, les horaires. Ce matin-là, elle n'aurait pas dû être là. La portière était ouverte, ils t'avaient installé dans le siège auto, tu étais un peu malade alors tu dormais. Je ne sais pas pourquoi elle est resté là. Pettigrow... il devait foncer sur la voiture. Il n'avait que quelques minutes – tout était arrangé. Ils étaient devant la portière ouverte, je ne sais plus, peut-être qu'ils s'embrassaient. Il avait une camionnette. Il est arrivé à toute vitesse, il ne devait pas freiner, les freins étaient d'ailleurs trafiqués pour que cela aie l'air d'un accident. A-t-il essayé de l'éviter ? De vous éviter ?

Severus avait la voix fébrile, tremblante, il parlait comme s'il s'agissait de ses derniers mots.

- James s'est retourné, il a vu la voiture, il a crié, il a voulu pousser Lily, mais tu étais dans le siège, ils n'avaient pas le temps de te sortir de là... James a reçu l'impact le premier, puis Lily s'est interposée entre la voiture et toi. Ils sont morts sur le coup. Pettigrow est sorti, agissant comme si ses freins avaient lâchés. Tu t'étais réveillé, tu hurlais dans la voiture...

Il ferma les yeux, comme pour ne pas voir les prunelles vertes horrifiées braquées sur lui.

- Et moi... et moi, je regardais la vidéo de la caméra cachée au-dessus du pare-brise, dans les bras de Tom, je voulais hurler, je voulais mourir, je voulais... Je n'ai rien ait. Je n'ai pas eu le courage de me suicider.

- Heureusement ! le coupa Sirius.

Il l'embrassa, séchant ses larmes.

- Si tu avais fait ça, tu ne l'aurais jamais dénoncé à la police, personne ne l'aurais arrêté, tu n'aurais pas sauvé Draco, et je n'aurais pas eu une chance de me racheter auprès de toi.

Harry regardait la scène, comme hors de son corps. Les mots de Severus résonnaient à ses oreilles. Il savait, bien sûr, qu'un chauffard avait tué ses parents en leur fonçant dessus sans freins. Il savait qu'il était dans la voiture. Les Dursleys avaient su lui répéter à quel point il était un monstre, et que ses parents étaient morts par sa faute. Mais l'entendre ainsi. Réaliser qu'il était là, que sa mère voulait le protéger...

- Harry, ne fais pas cette tête. Je t'en prie. Tu n'y es pour rien. Quoi qu'il arrive, Lily aurait fini par comprendre que Tom était derrière la mort de James, elle se serait battue, et il aurait fini par la faire tuer aussi.

Severus secoua la tête.

- Je n'ai compris que trop tard que Tom ne voulait que destruction, il aimait le pouvoir, voir l'horreur qu'il engendrait. Pour lui, ça pouvait être jouissif. On aurait rien pu faire pour l'arrêter...

Ils étaient toujours installés sur les marches de l'escalier, Harry à genoux entre les jambes de Severus, et Sirius était légèrement sur le côté, un bas autour de chacun d'eux. Cette position précaire expliqua le bruit de chute qui se fit entendre lorsque quelqu'un tambourina vivement contre la porte. Sirius, écrasé sous le poids conjugué de son amant et de son filleul, laissa échapper un gémissement étouffé. Harry se redressa, l'articulation déjà bien malmenée de sa main lui tirant un cri de douleur, et roula sur le côté pour arrêter d'écraser Severus, obligeant Sirius à se baisser de justesse pour éviter son pied... A cet instant, la porte s'ouvrit à la volée, et un Draco complètement paniqué fit irruption dans l'entrée en criant :

- Arrêtez de vous battre ! Y'a aucune raison de...

Il se figea, stupéfait, devant les gloussements étouffés qui s'échappaient des trois hommes étendus sur le sol. Harry leva vers lui un regard humide mais amusé, puis se leva pour le prendre dans ses bras. Draco se serra contre lui, l'air vexé.

- Espèce d'idiot. J'ai cru que... j'ai cru que vous alliez vous battre. Tu étais furieux, et tu es un véritable imbécile impulsif.

- Ok, vous êtes un peu trop nombreux à me le dire aujourd'hui et... Où sont les enfants ?

- Avec Winky.

- D'accord... attends, mais, comment tu es venu jusqu'ici ?!

Il y eut un silence. Severus et Sirius terminèrent de se relever, et Draco se décolla légèrement de son amant. Il baissa les yeux vers lui, et dit posément :

- Harry, je suis désolé, mais tu avais déjà dit le prénom de Sev' devant eux alors...

- Devant qui ? les coupa l'intéressé, l'air inquiet.

- Eh bien...

Il se tourna vers la porte encore entrouverte, et la poussa doucement, laissant apparaître les visages bouleversés de ses parents. Narcissa porta une délicate main tremblante à ses lèvres, alors que Lucius essayait de garder son port de tête altier, tout en tenant fermement la taille de son épouse pour ne pas s'écrouler. Harry regarda le visage de Severus, qui était immobile, incrédule, sa main ancrée dans celle de son compagnon. Le blond fut le premier à s'exprimer :

- Severus... je... je ne savais pas...

Le brun secoua la tête, incapable de parler, fixant ses meilleurs amis comme s'ils allaient disparaître, n'osant pas bouger. Narcissa rompit la scène, s'avançant brusquement pour le prendre dans ses bras. Elle le serra contre elle, la mâchoire contractée, se retenant visiblement de pleurer. L'homme passa un bras autour de sa taille, gauche, ne semblant pas savoir quel gestes adopter. Son aînée murmura à son oreille, des mots que lui seul entendit, et qui le firent trembler. Il la serra plus fort, puis s'écarta pour regarder Lucius. Ce dernier ne semblait pas savoir quoi faire, hésitant, emprunté, n'ayant jamais reçu les codes pour une telle situation.

- Lucius. Bonjour...

Ce simple mot sembla faire craquer le plus âgé, qui s'avança d'un pas large et nerveux, pour venir enfouir son ami dans une étreinte maladroite et peu naturelle.

- Severus, je suis tellement désolé, j'aurais dû... je savais, je savais, et je n'ai rien fait. J'ai été lâche.

- Tu voulais seulement protéger ta famille, c'est une chose que je peux comprendre.

- Mais tu étais ma famille !

L'exclamation perça l'air, alors que Lucius lâchait le professeur tout en se reculant, triturant ses mains comme s'il ne savait pas où les mettre.

- Tu étais ma famille, et je n'ai pas su te protéger. Je n'ai pas résisté, pire, c'est moi qui t'ai poussé entre ses griffes. Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu étais en vie ? Pourquoi...

- Je ne pouvais pas !

Severus se recula brutalement et atterrit dans les bras de Sirius, qui s'interposa entre lui et les yeux gris de Lucius avant de dire froidement :

- Vous ne pouvez même pas vous imaginer ce qu'il a traversé. Ce n'est pas vous qui avez calmé ses cauchemars, soigné ses blessures, appris à gérer des crises de panique ! Pas qu'il n'aurait pas voulu vous contacter hein ! Mais déjà, vis à vis du programme de protection des témoins, c'était bien trop dangereux, et en plus...

- Vous faisiez partie du passé.

La voix de Severus était ferme, mais résignée.

- Je ne savais pas dans quelle mesure je mettais Sirius et Harry en restant ici, ce n'était pas la peine d'aggraver les choses en vous incluant dans une équation déjà bien complexe.

Il se redressa et repoussa son amant pour faire face au couple désemparé.

- Toutefois, ne doutez pas du fait que vous m'avez manqué. Vous comptez beaucoup pour moi... J'étais heureux de revoir Draco. Et de vous voir. Mais les choses ont été très compliquées ces dernières années. Je ne sais pas si...

- Sev.

Sirius s'interposa à nouveau et prit son visage entre ses mains. Ils échangèrent un long regard, et le journaliste l'embrassa. Harry ne bougea pas, souriant simplement. Il les revoyait encore. Les premiers jours, les larmes de Severus, ses hurlements dans la nuit – son corps meurtri – et la tendresse omniprésente de Sirius – Sirius qui avait été tout aussi aimant avec lui. Il se souvenait de ces nuits où il les rejoignait dans leur lit, Severus le serrant dans ses bras, encore endormi. Quand il se réveillait après eux, et qu'il faisait semblant de dormir encore entre eux, pour les entendre murmurer, s'embrasser délicatement. Il avait arrêté vers ses treize ans – bien peu de temps après donc – se jugeant trop vieux pour ça. Mais Severus, dans chacun de ses regards supérieurs, de ses remarques sarcastiques, de ses piques à propos de son père, Severus l'aimait d'un amour inconditionnel, comme il avait aimé son filleul.

Harry lâcha doucement la taille de Draco, et s'avança vers les deux hommes toujours enlacés. Il passa les bras autour de leurs épaules, et ils se décollèrent pour l'accueillir entre eux, comme l'enfant qu'il avait été, et qu'il était encore à leurs yeux. Harry sentit Severus tendre la main, attirer Draco dans leur étreinte, et sentit son cœur battre plus fort. Il resserra son étreinte sur eux. Les hommes de sa vie. Sa famille.


Voilà ! A la prochaine fois ! Ce chapitre est une parenthèse qui développe un peu le background de tout ça... Retour aux choses sérieuses au prochain chapitre !

A plus !