CHAPITRE 7 : Why us ?

A : -Arcadia Bay s'il te plaît, Henry.2 Votes B : -Emmène nous juste le plus loin que tu peux. 1 Vote

C : -Je ne sais pas. 1 Vote D : -Peu importe. On est foutues. 0 Vote.

PARTIE 1 : Are you cereal ?

-Arcadia Bay s'il te plaît Henry, répondis-je quasi-instinctivement.

Chloé me fixa soudainement avec une incompréhension compréhensible tandis qu'Henry -n'étant pas au courant de toute l'affaire- haussait les sourcils face à notre bataille de regard.

-Tu es sûre de ton choix, Max ? Peut-être qu'il n'y a toujours rien à la place de la ville, me demanda Chloé avec hésitation.

-J'en suis sûre Chloé. J'ai pensé à Portland -tu sais les tatouages, les donuts, la bière et les bouquins- mais...c'est peut-être encore un peu tôt pour retourner dans une grosse ville.

-Elle n'a pas vraiment tort Chloé, intervint Henry qui semblait avoir un éclair de lucidité, rien ne sort de la toile mais tout s'enterre. Je peux vous déposer là-bas et je vous aiderai après si-besoin. De plus, si vous êtes suivis, c'est peut-être mieux de s'isoler plutôt que de se jeter au milieu de la gueule du loup.

Encore quelques regards perçants plus tard, nous tombâmes d'accord sur la destination. Et c'est là que j'eus une idée un peu folle, mais qui pouvait fonctionner, comme celui de magasin.

-Henry ?

-Oui, il y a quoi Max ?

-Tu...je pense que tu sais ce qui est arrivé à Arcadia Bay, n'est-ce pas ?

-Ouais, à peu près comme tout le monde j'ai suivi le cas de la tornade mais dès que c'était fini, on en a plus parlé.

-Eh bien...tu vois le cas de Jefferson ? Il est plus complexe que ça : écoute-moi, et même si tu ne me crois pas...ben voilà.

Chloé sembla comprendre. Je me mis alors à lui raconter tout le long de cette semaine de malade d'Octobre 2013, en lui parlant de l'enquête, de la famille Prescott, de nos déboires et de nos surprises...et de ma faculté à remonter dans le temps. Il m'écouta avec énormément d'attention et de calme, même lorsque j'évoquais mes multiples sauts temporels. Chloé me serra la main quand j'arrivai au fameux passage de la Dark-Room. Quand, enfin j'eus terminé, Henry exprima un surprenant :

-Je te crois. Avant que tu ne me demande pourquoi, j'entends dans ta voix la panique et la sincérité de ton récit, quand on te regarde -même dans un rétroviseur- on voit que tu trembles et que tu es sur le point de pleurer, particulièrement lorsque tu as évoqué la fameuse Dark-Room. Alors je te crois. Et je suis navré que tu ais dû subir tout cela.

-Tu ne veux pas de preuves ?

-Non. Tu m'as clairement dit que la tornade était la conséquence (ou la cause ?) de tes pouvoirs, alors utilise les qu'en cas de besoin. D'ailleurs, ton nez est en train de saigner Max...le tien aussi Chloé.

Je portai immédiatement la main au niveau de mes narines...qui fuyaient d'un liquide rouge bien familier, dont j'en devinai évidemment la cause. Chloé ne prit pas d'air paniqué, malgré la surprise se lisant dans ses yeux quand elle fixait le sang sortant de son visage.

-Oh non...ça recommence, chuchotais-je, j'ai réutilisé mes pouvoirs, ça fait pourtant longtemps ! Chloé...

-Je t'ai accompagné lors du voyage. J'ai subi les mêmes modifications que toi.

Henry fit une grimace assez perplexe, passée la surprise, l'inquiétude commençait à s'installer au sein du véhicule. Arcadia Bay était à des kilomètres de nous et nous ne pouvions pas prendre l'aéroport pour des raisons dont je ne prendrais pas la peine d'expliquer. Pour relier Seattle et l'extrême sud de l'Oregon, il nous faudrait plusieurs heures.

-D'ailleurs, sa se situe où Arcadia Bay déjà ? demanda Henry. J'y suis déjà allé mais ça fait un bout de temps.

-Euh...tu vois Bandon Beach ? C'était à environ cent-cinquante kilomètres de là.

-Oh...je vois...si j'ai bon souvenir, c'est à huit heures et demie de route non-stop.

Huit heures et demie en voiture ? C'était vachement plus court que notre premier voyage. Je fixais un regard tantôt interloqué, tantôt blasé Chloé qui détourna du regard en sifflotant.

-Chloé...tu m'avais dit que ça allait durer plusieurs jours un voyage en voiture, on a même passé plusieurs jours à rejoindre un aéroport...tu peux m'expliquer ?

-Je...euh...ne me tape pas, okey ? demanda-t-elle d'un ton hésitant.

-Je n'aime pas la violence. Et entre nous deux, ce serait plutôt toi qui mordrais en première.

-Si tu veux, soupira-t-elle, bon...en fait, j'avais suivi un chemin qui j'avais prévu depuis plusieurs semaines auparavant. Au cas où nous partirions, Rachel et moi. Je...c'est venu tellement naturellement que je n'avais pas vraiment fait attention. Désolée Max.

Et à ce moment-là, j'avais retrouvé une vielle amie perdue de vue depuis presque deux ans et demi : la jalousie. Je me sentais à la fois stupide d'éprouver de nouveau de la jalousie envers Rachel alors qu'on avait fait la paix, mais également en colère envers Chloé pour cette "cachotterie" même si cela n'avait plus de sens. J'avais mal, terriblement mal, en gouttant à ce sentiment de défaite terrassant. Henry, qui sentait le malaise ayant pris place, interrompra le silence général.

-Les filles. Je vais rouler jusqu'à Portland, ça va me prendre à peu près trois heures mais je suis en forme, vous avez le temps de roupiller un peu, je sais que le patron t'a envoyé une mission nocturne Max. Après, j'ai une petite idée.

-Merci Henry, grognais-je en fermant les yeux.

Il soupira et revint à sa conduite tandis que je posai ma tête contre la vitre. Faire le vide était ma priorité maintenant, je ne voulais pas me laisser (encore plus) abattre par ce qui m'entourait : c'est ce qui avait failli tuer Kate une éternité auparavant. Oublier temporairement la colère et le chagrin et aller de l'avant...alors qu'on retournait en arrière. Je sentis quelque chose se poser sur mon épaule, m'arrachant à ma méditation.

-Chloé...ce n'est pas contre toi, mais je préférerai être tranquille pour l'instant, murmurais-je.

Le contact disparut, et ma méditation m'emporta dans mon sommeil.

Quelques ronflements plus tard, mes yeux s'ouvrèrent, le soleil était sans doute haut dans le ciel mais le ciel avait décidé de colorer la journée en gris et de la gorger de pluie. Je jetai un regard à côté de moi, encore étourdie, et vis que Chloé n'était pas là. Une légère odeur de tabac un peu cher envahissait l'espace.

-Tu te sens comment Max ?

-Hum...je vais bien. On est arrivés ?

-Oui. Bienvenue à Portland Oregon poulette !

Je n'avais pas vraiment de cœur à observer la ville, ni même de bouger en fait. Je me sentais en forme et faussement motivée à continuer, alors je regardais le passage lent des nuages dans le ciel en soupirant à la fois d'ennui et de fatigue.

-Où est Chloé ?

-En train de fumer, je me demande comment elle fait pour rester tranquillement sous la flotte.

-On avait un peu l'habitude d'errer sous la pluie, dis-je en repensant à la tornade, attends...tu fumes là ?

-Oui, mais je fume rarement...jamais. Chloé m'avait dit que ça me détendrait.

-Tu n'es pas musulman toi, le taquinai-je, tu sais...éviter ce qui te nuit à ton corps et tout ?

-Si. On fait tous des gaffes à un moment ou à un autre, mais je ne pense pas fumer de nouveau après cette clope. De toute façon, je compile à moi tout seul au moins trois Pêchers Capitaux alors…

Je me redressai assez lourdement, mes os et mes muscles ayant décidé de m'emmerder, et jetai enfin un regard à l'extérieur où se trouvait Chloé trempée et accoudée à l'angle d'un mur en fumant difficilement une cigarette roulée. Elle avait retrouvé une certaine teinte dans son regard -qui avait failli lui aussi mourir après de longs mois d'agonie- qui trahissait sa colère. Ses sentiments semblaient tellement embrasés que je me demandais pourquoi elle n'était pas sèche.

-On est où exactement Henry ?

-On est à côté d'un salon de coiffure appartenant à un ami. Vu que vous êtes affichées dans tout le pays -enfin les coins où Internet n'est pas merdique- je vous ai prévu chacune une perruque, des lentilles pour changer la couleur de vos yeux, et après je vous laisse vous débrouiller pour modifier votre visage. Sauf que ce connard est fermé jusqu'à dans quarante minutes...

-Wow...merci Henry, soufflais-je étonnée, tu te donnes à fond pour nous. Pourquoi ?

-Ben on est amis, répondit-il de façon évidente, je fais quelque chose de mal ?

-Pour Chloé et moi, non...mais j'ai peur que tu t'attires des soucis. La dernière fois qu'un ami m'a défendu il a failli partir à l'hôpital.

-Sauf que moi, je risque un tout petit peu plus qu'un séjour entre quatre murs ! riait-il. Moi, je risque juste de perdre un poste bien payé et de devoir me mettre au sport ! T'imagine le cauchemar ?!

Son rire me fit du bien, un rire un peu fort et un peu bête comme celui d'un enfant, mais qui donnait tellement d'espoir au milieu de toute cette merde. Un petit rire et une remarque de mon ami plus tard, nous étions plongés dans un fantastique fou rire qui me brûlait le ventre et qui soulageait énormément. J'osai alors de nouveau un regard à Chloé qui ne pouvait pas baigner dans cette ambiance presque sereine. Ouch, elle semblait être sur le point de pleurer, mais elle alla se réfugier dans la ruelle à proximité.

-Max...tu devrais appeler tes parents. Ils sont sans doute au courant de tout cela, et ils voudront au moins savoir que tu n'es pas morte.

-Tu es vraiment optimiste, toi.

-Déformation professionnelle poulette, navré que cela te dérange.

-Ça ne me dérange pas, dis-je en souriant, je vais sortir pour les appeler. Merci Henry.

-Tu pourras le faire plus tard, Mad-Max, va sauver ta famille.

J'eus un mouvement de freinage en entendant ces derniers mots, et compris immédiatement. Je sortis et me mit à composer le numéro de mes parents.

La discussion fut assez longue, j'ai dû leur expliquer quel était le problème, où j'allais et qui m'accompagnait. Certaines questions furent vraiment gênantes, surtout celles sur les photos qui me faisaient à la fois revivre la scène en elle-même mais également l'image volée, et leur suppliai de ne pas aller sur les réseaux pour les voir car elles étaient vraiment gênantes. Ma mère fut la première à comprendre à quel point la situation était désastreuse. Je pensai également à un plan pour les protéger eux -les parents de la "nouvelle actrice porno amatrice de Seattle"- en leur demandant de modifier les noms sur les boites aux lettres et autres et de cacher toutes les photos de moi dans un coin. Cette partie du contrat fut difficile à mettre en place, ce fut presque une bataille pour leur faire comprendre l'impensable. Enfin arriva la fin de l'appel.

-Max, prends soin de toi surtout, ne fait rien qui puisse te mettre en danger, je t'en prie, je t'aime ma grande.

-Bisous Maman. Je reviendrai, ne t'en fait pas, Chloé est avec moi. Moi aussi je t'adore Maman, prends soin de toi.

Quelques reniflements de tristesse et une tonalité de téléphone plus tard, la pluie battait toujours son plein, et Chloé semblait m'attendre, accoudée à son pan de mur. Je m'approchai lentement, sachant qu'elle était en colère et que n'importe quelle parole -même de ma part- pouvait tout faire foirer.

L'odeur du tabac trempé et brûlé n'était pas forcément irritant pur l'odorat, au contraire c'était largement plus supportable que ses anciens joins, mais Chloé venait de s'en enchaîner trois de suite alors qu'elle avait ralenti sa consommation au fil des mois. Ce qui me détruisit encore un peu plus le cœur.

-Chloé...tu vas bien ?

-Je crois que oui, disait-elle d'une dureté soudaine qui m'étonna, désolée...je, ces trois heures en bagnole ne m'ont pas fait du bien. J'avais besoin de souffler, et c'est compliqué de le faire quand tu n'arrêtes pas de penser.

-Je sais Chloé, tourner la page, c'est ce qu'il faut faire.

-Ouais. Sauf qu'on est en train de relire les pages mais à l'envers. Ça va faire simple dit comme cela, mais si on retourne à Arcadia Bay...ça veut dire qu'on remonte dans le temps.

Je soupirai.

-Ne m'en parle pas. Maintenant que le passé nous a rattrapé et que j'ai réutilisé mes pouvoirs pour quelque chose...j'ai peur que la réaction en chaîne ne se répète. J'ai déjà détruit Arcadia à moi toute seule, je ne veux pas être un danger pour plus de personnes.

-Tu es déjà en danger avec moi et inversement, riait-elle cyniquement. Pourquoi Arcadia ?

-Je ne sais pas, répondis-je quasi-immédiatement, c'était venu en premier si je pouvais retrouver de nouveau un nid...tombé de son arbre mais un nid quand même. On ne sait pas ce qu'est devenu la ville, ou les restes, et la question avait ressurgi immédiatement. Je ne sais pas quoi dire d'autre.

-Je vois...à la recherche du foyer ?

-Sûrement.

J'avais pris la décision d'arrêter la discussion. Je sentais que Chloé était encore un peu irritée par la situation alors conclure sur une de nos habitudes aurait été crade de ma part, enfin, d'après moi. Je tournais le dos à Chloé et m'apprêtais à rentrer dans la voiture quand elle me prit par l'épaule, ce qui m'obligea à reposer son regard sur elle. Elle s'approcha et m'embrassa brièvement.

-Moi je ne cherche pas le mien. Il est juste tout-terrain.

-Tu es bien émotive ces derniers temps, riais-je.

-Ça me plaît bien, conclut-elle dans un sourire.

Et, finalement, nous repartîmes les bras sur les épaules -et capuche sur la tête- dans la bagnole où se trouvait un Henry stressé au téléphone. D'un regard complice, Chloé et moi avions décidées de fouiner un peu.

-Tu es con ou te le fait exprès mec ? Putain, je n'y crois pas ! Arrête mec, là je suis en train de risquer mon cul là, alors ce n'est pas le moment de me balancer une mauvaise nouvelle dans la gueule ! Comment ça ? C'est à propos de l'affaire Jefferson ? Bon, vas-y je t'écoute, en plus j'ai eu de nouveaux détails sur ce qu'il faisait. Oui, un témoignage, et il sera anonyme mec. Comment ça ? Mais c'est trop tôt ! Bon, il est enfermé où, que je puisse faire ce qu'il faut faire ? La prison de...? Oh, je vois, je prends note, merci mec. Oui je te rappellerai quand j'aurai fini avec mon contretemps ou préviens-moi si c'est validé. Passe le bonjour à ta cousine.

Il soupira et rangea son portable tandis que Chloé et moi nous dirigeâmes vers le salon qui ouvrait ses portes. Henry arriva, frustration dans le regard, et clama d'une voix tremblante :

-Commençons, c'est votre heure les filles. J'aurais deux ou trois choses à vous dire après ça.


PARTIE 2 : Escape and Changes.

Le type qui nous avait accueilli transpirait le cliché puant à vingt-cinq mètres à la ronde, vomitif. Et vous savez de quel genre de cliché je veux parler et que je hais le plus au monde : voix -volontairement ?- efféminée, attitude féminine plutôt "osée" (je vous en prie, ne me forcez pas à décrire comment il était habillé, c'était presque pire que les photos ou la Dark-Room) et enfin démarche faussement voluptueuse "comme les femmes" (j'en suis une et je vis avec une autre et je peux vous certifier que ce genre de démarche est contre-instinctif). Après, fallait l'avouer, il ne manquait pas de charisme -il en avait même un peu trop- et était très poli, un peu trop même.

Ce qui m'avait frappé en premier lieu était la façon dont Henry saluait son pote. Je venais d'apprendre qu'il parlait un plutôt bon français, que son ami s'appelait "Maxime" -aucun commentaire s'il vous plaît-, et une discussion dans cette langue -dont je ne comprenais que quelques mots- débutait entre les deux amis. Vers le milieu de la discussion, Henry nous pointa du pouce et Maxime nous observa durant quelques longues minutes.

Ouais, niveau gêne, c'est comme la fois où Chloé m'avait surprise lors de certaines soirées de...d'entraînements ou lors du fameux appel d'Arthur.

Finalement, ils semblèrent avoir passé un accord et Henry se retourna vers moi.

-Max, tu vas être pris en charge par Maxime, c'est son copain Christian qui va s'occuper de Chloé.

Un couple gay qui aidait un couple lesbien à se cacher de leur orientation...on dirait soit le début d'une mauvaise blague empreint d'humour noir ou bien simplement une nouvelle boucle qui se concluait. Maxime -blanc comme un cul mais ça avait l'air d'être sa couleur- s'approcha de moi et me prit presque en otage en n'emmenant vers coin où se trouvait une chaise derrière une cloison -au revoir Chloé, on se revoit dans une nouvelle vie ! - et entreprit de me rassurer en me parlant avec un accent bâtard du français et du cliché gay -pitié !

-Tu n'as pas à t'inquiéter, je bosse depuis longtemps dans ce domaine. Détends-toi et laisse-moi faire.

J'avais fermé les yeux durant toute la séance, et...même si ce gars était assez étrange, je dois avouer qu'il travaillait plutôt bien (je n'ai jamais dit qu'il y avait un rapport, d'accord ?). Je sentais mon crâne se faire doucement malmener entre tiraillements et coupes (légères), chaud et froid, mesures et pose d'un tissu. Ce carnaval chevelu avait duré une bonne vingtaine de minutes qui m'avaient également servi à apprendre un peu de français. Et, vous savez, j'aime bien cette langue...mais bon dieu ce que c'est compliqué à prononcer ! Bref.

Alors que j'étais en position allongée, Maxime m'invita à ouvrir les yeux, et me montra une étrange petite boite avec deux parties circulaires.

-Tiens, j'ai préparé des lentilles pour toi, retentissait son accent "pâte à gâteaux", ils vont changer la couleur de tes iris pour pas qu'on reconnaisse tes magnifiques yeux bleus.

Il me les mit délicatement sur les yeux, je ressentis une légère présence mais rien de très gênant. Il essuya rapidement ma nuque et le sol et m'invita à me lever en fermant les yeux. Soudainement, on s'arrêta, ce qui signifiait pour moi que Chloé se trouvait face à moi.

-Eh bien ! Tu as fait un bon travail chéri ! retentit la voix grise de Christian (pitié que personne ne comprenne la référence...)

-Merci, toi aussi tu as fait des merveilles ! Bon, les filles, à vous de jouer !

J'acquiesçais aveuglément et commençai à parler avec Chloé.

-Tu te sens comment Chloé ?

-Pas trop mal. Tu stresses ?

-Pas mal oui. Qui ouvre les yeux en premiers alors ?

-Honneur aux dames, tu le sais...oh merde.

Ce n'était pas vraiment le moment, mais un bref rire général retentit dans le salon avant le retour de mon amante.

-Alors, honneur aux aînées, dis-je.

-Tu m'as eue, j'ouvre les yeux...wow.

Elle se tut durant quelques secondes oppressantes.

-Je...suis comment alors Chloé ?

-Comme au naturel...tu vas te sous-estimer.

J'ouvris alors les yeux, et remarqua immédiatement les changements qui ont été faits sur Chloé. Ses mèches bleus électrique avaient laissés place à son blond vénitien naturel qui avait l'air un peu pâle avec la lumière ambiante et lissés de manière à donner un semblant de finesse, ses yeux bleus étaient cachés par un manteau d'argent perçant qui changeait comme un petit détail, une petite chose qui renforçait l'accent guerrier de Chloé. Elle était très belle, oui, comme un personnage de manga ou de roman.

-Chloé...tu es...woaw.

-Merci, dit-elle dans un sourire un peu gêné, regarde-toi. Mais tu risques d'avoir un petit choc.

Et mon regard s'orienta vers un miroir. La personne sur le miroir avait des cheveux roux à la teinte presque naturelle avec quelques mèches rebelles qui avaient une couleur brune, légèrement en pétards et cachant ses oreilles, des yeux dorés hypnotisant et resplendissant de rareté. Le tout tenait dans une étrange et pourtant efficace harmonie, les traits d'un autre visage que je ne connaissais que trop bien se mêlaient aux nouveaux dans cette harmonie artificielle. Il m'aura fallu quelques minutes pour réaliser que ce visage était le mien, me bluffant énormément.

-C'est...moi ? Non, ce n'est pas possible ! Maxime, t'as...je n'arrive pas à trouver les mots ! dis-je confuse.

-Bien évidemment que c'est toi. Tu peux le dire, je suis un dieu dans mon domaine !

-Tu as fait tu bon boulot vieux frère, intervint Henry à la voix plutôt rauque, mais ce n'est pas encore l'heure de t'envoyer des sacrifices. Je vais te payer, suis-moi. Les filles, allez dans la voiture s'il vous plaît, affaire personnelle.

Ils s'en allèrent dans un coin pour discuter -visiblement- argent. Nous nous approchâmes l'une de l'autre Chloé et moi avant de se lancer chacune dans l'observation de l'autre. La transformation était flagrante uniquement sur le visage, sinon dans tout ce qui est physique ou manières de s'exprimer, c'était Chloé toute crachée. Quoique, lorsque Chloé retira sa perruque...

-Il t'a fait une décoloration ? dis-je surprise.

-Ouais, pour lui je me ferai rapidement griller avec une mare sur la tête. Et puis ça permet de mieux cacher la perruque.

-Ça fait bizarre de te voir comme ça. Ça me fait penser à...à avant.

Penser à avant...mais à quel avant ? Celui où j'avais laissé Chloé aux mains des aspects les plus sombres de la vie ou celui où j'avais amené Chloé au-delà de tout cela ? Elle était magnifique, un peu comme une pomme empoisonnée. Elle se regarda rapidement dans un miroir et soupira joyeusement.

-Si je te fais penser à avant toutes nos merdes, je vais prendre ça comme un compliment.

-Ça m'arrangerait pas mal à vrai dire, répondis-je en un sourire gêné.

-Tiens, je me pose une question. Si je couche avec toi alors que tu portes le costume, est-ce que je suis infidèle envers toi avec toi-même ?

-Te connaissant...tu voudras essayer, riais-je, on verra plus tard. Mais en attendant...

-...on doit espionner les deux copains ?

J'acquiesçais d'un seul regard et reconnus là ma bonne vielle meilleure amie. Bon, faudra s'habituer à Chloé aux yeux gris. Tandis que nous nous approchions du duo en pleine négociation, Christian nous fixa soudainement. Il n'avait pas l'air dangereux mais il nous fixait de manière assez tendue, un peu entre la compassion et la colère. En un quart de seconde, je compris qu'il avait entendu parler de nous un peu avant que nous arrivions.

-Ce n'est pas contre vous les filles, je vous trouve touchantes ensemble. J'ai juste la rage de devoir aider des personnes comme moi à se cacher parce qu'elles ne rentrent pas dans le moule.

Il se retourna et retira son tee-shirt, m'offrant alors le spectacle de plusieurs traces bleutées sur le dos qui tournaient parfois au violacé, des petites cicatrices en forme de croix et des lettres GAY boursouflées garnissaient le plat barbare surmontées de taches noires circulaires et légèrement profondes. Des marques rouges peignaient encore l'ensemble du dos de notre hôte. Le choc se lisait sur le visage de Chloé, même au travers de ses lentilles cachant son naturel.

Il remit son vêtement et commença d'un air mélancolique :

-Ça m'est arrivé il y a trois semaines. Deux membres de ma propre famille -mes cousins- accompagnés de quelques amis m'avaient retrouvé chez moi et insultés de tous les noms -"Traître" "Pédé" "Sodomite" et j'en passe- avant de commencer à me rouer de coups d'environ tout ce qu'ils avaient en main et de me marquer ces mots au fil d'une capsule de bière bon marché et un peu rouillé. Paradoxalement, ils avaient eu aussi en tête de tester ce que je faisais amoureusement d'habitude. Jamais quelqu'un n'aurait dû voir ou vivre cela, c'était tellement barbare, tellement douloureux. Jamais de ma vie je n'avais pensé que j'allais m'habituer au goût de mon propre sang ou même à ce que ma seconde compagne soit la haine parce que je ne suis pas amoureux comme tout le monde. J'ai décidé d'assumer avec Maxime ce que nous étions, des humains qui s'aiment pour nous, et des monstres de foire pour les autres. Maxime et moi vivons depuis cinq ans ensemble, mais peu de choses changent. Même changer quelques petites choses, en remontant le temps, n'aurait servi à rien et ne servira jamais. N'oubliez pas les filles, si vous pouvez éviter nos cauchemars, si vous voulez vivre en vous cachant, je ne vous en voudrais pas. Vous êtes jeunes et jolies, vous auriez pu avoir un magnifique avenir devant vous. Si vous vous cachez, alors aimez-vous du plus que vous le pouvez. Si vous vous cachez, restez alors quoi qu'il arrive vous-même. Si vous vous cachez, mais que vous décidez un jour de vous dévoiler...soyez fortes et restez ensemble. Pensez à vous avant tout, et si on vous insulte, ne vous enfermez pas autour. Si vous vous aimez, alors faites comme vous le faites d'habitude.

Mon amante, assez libertine sur les bords, revint se lover confortablement entre nous trois.

-Pourquoi vous nous dites cela ? réussis-je à sortir entre deux blocages de voix.

-Je vous dis juste ce que j'ai vécu, rien de plus. Au fait, dit-il alors qu'il s'éloignait, le bleu t'allait bien Chloé, c'est un peu dommage que j'aie dû l'enlever.

Et il disparut dans l'arrière magasin. Son monologue m'avait vraiment marquée, surtout l'altercation avec les monstres qui lui avaient servi de bourreaux. Nous nous étions cachées Chloé et moi et nous le faisions toujours. Toutes les douleurs, toutes les souffrances qu'on avait réussi habilement à éviter n'était qu'une simple formalité pour nous, mais une terrible habitude pour lui. Il avait survécu miraculeusement à la mort au moins une fois sans connaître les autres. Malgré les clichés, malgré les apparences, ces deux garçons étaient invincibles. Je me sentais, à ce moment-là, tellement nulle, tellement faible d'esquiver cet obstacle, de passer outre tous les dangers avec mon putain de pouvoir divin. Durant une seconde, et même en étant maquillée, j'avais l'impression de découvrir qui était Maxine Caulfield.

Ni une héroïne, ni une tragédie grecque, ni une guerrière, ni une courageuse. J'étais une survivante, certes, mais une lâche parmi eux. Je modifiais le temps à ma guise, tout ce qui allait mal, je les effaçais ! Pas de meurtre de Chloé, pas de suicide de Kate ! Pas de torture dans la Dark-Room, pas d'ultime instant avec ce que j'aimais ! Pas de...

-Max, disait doucement Chloé en interrompant mes pensées, viens. Henry a évoqué le nom de Jefferson.

Nous nous rapprochâmes alors -bien difficilement- du débat qui avait modifié le visage d'Henry en un visage colérique et stressé. Nous nous tûmes alors que la discussion faisait rage.

-Tu es sûr de toi, Henry, de les emmener là-bas ? Tu sais, elles risquent...

-Je le sais mec, mais Max me l'a demandé et elle n'est au courant de rien.

-C'est dangereux pour les deux, Henry ! Et puis...si tu as craqué pour elle, dis-le maintenant qu'on ne débatte pas plus longtemps.

-Putain, tu es comme les collègues de bureaux ! D'un : j'ai une femme, de deux : c'est ma meilleure amie, et de trois : je suis cette affaire depuis trop longtemps pour que ça finisse aussi sec. J'ai besoin de ces informations.

-Et tu envoies Max au casse-pipe ?

-Et toi tu crois que je suis amoureux d'elle ? Laisse tes côtés d'écrivain de romance à la Meyer de côté et laisse-moi t'expliquer ce que je veux faire.

-Mec, depuis qu'Arcadia Bay est devenu comme elle l'est, Max et Chloé risquent de craquer. Dis-moi pourquoi tu veux absolument les renvoyer dans cette...chose.

-Maxime. Je suis sur l'affaire Jefferson depuis que David Mensen l'a amené dans la police et que ce dernier a disparu dans la nature. J'ai eu tous les détails de ce que ce taré faisait et j'ai des noms de victimes mais il me faut plus de détails et il ne voudra pas me les donner. Je ne veux pas les traumatiser, Max encore moins car c'est mon amie, mais je ne peux pas laisser le boulot non fini.

-Et pourquoi cela ? Pour que tu sois celui ayant résolu la légendaire Affaire Jefferson ? Pour que tu puisses prouver que tu n'es pas un pauvre type richard qui ne fait que lire des mots à la télé et bouffer comme vingt fois la Somalie ? Par satisfaction personnelle ? Par vengeance auprès de Max ou par pur esprit journalistique ?

-Pour des raisons que tu ne veux même pas imaginer. Alors, lâche-moi la grappe et laisse-moi faire mon boulot et tenir ma promesse.

-Tenir une promesse pour que tu puisses mieux poignarder ta Maxine ?

-Ferme ta gueule ! Tu as rempli la dette que tu me devais depuis longtemps en les aidant alors laisse-moi disparaître de ton existence et toi disparaître de la mienne.

-Si tu veux, Ô grand sauveur.

-Arrête de m'appeler ainsi...rah, j'ai un message, attends...oh merde.

-Tiens, la fameuse date butoir a été annoncée ?

-Tu ne crois pas si bien dire, regarde : "Le pénitencier fédéral d'Arcadia Bay viens d'annoncer la date de l'exécution du condamné numéro 04117516 : Mark Jefferson pour le 15 Mars 2016 à 16h35, avançant la date de dix jours par rapport à ce qui était prévu"...putain de merde !

-Alors...tu as pris ta décision définitivement ?

-Tu es mauvais négociateur, Maxime, adieu.

Tout s'éclaircissait, tout se justifiait et tout était vraiment cruel. Henry était certes un ami en or...mais on allait devoir parler sérieusement.


PARTIE 3 : The lifedead town.

Le reste du voyage fut long. Si long que je ne pusse à peine m'endormir alors que Chloé se servait de mon épaule en tant qu'oreiller. Les cinq heures après notre départ de Portland étaient marquées par le silence pesant entre Henry et moi, entrecoupé par des murmures de jurons, et de par la tension permanente dans l'habitacle depuis que Henry avait compris que ses idées étaient connues de nous deux. Deux heures et trente minutes de conflit au regard où on ne disait rien et où on savait tout. Mon cerveau avait du mal à garder le rythme de tous les twists et de toutes les découvertes de ces derniers mois. Il n'y avait même pas d'enquête à faire de mon côté, tout m'arrivait comme une balle de revolver tiré à bout portant. Et malgré mes tentatives de rester concentré sur les aspects les moins graves, mon esprit allait de dégoût en dégoût.

Se cacher pour survivre et ruser pour se cacher...un sacré quotidien de pirates n'est-ce pas ?

Nous avions gardé nos perruques lors du voyage pour éviter que tout soit gâché si quelqu'un nous voit, d'autant plus qu'une seule visite sur Twitter m'avait montré que le phénomène grossissait. Des centaines de personnes qui soit nous insultaient, soit nous défendaient, continuant à faire grossir l'ampleur des dégâts avec ou sans volonté de nuire. L'humain est vraiment trop étrange pour moi. Enfin je me mis à observer ma complice dans le crime, le temps, les emmerdes et tout le reste, toujours endormie. Ses yeux -peu importe la couleur- s'étaient closes lourdement à peine quelques minutes après notre départ où nous étions silencieuses et ses cheveux bleus à peine quelques heures auparavant laissaient place à leur teinte d'origine, me donnant un double coup dans le cœur.

Après plusieurs heures de voyage, j'entendis enfin un "désolé" sortir de Henry, excuses qu'il approfondit à la vue de mon regard incompris.

-Je suis vraiment désolé Max de tout ce que tu as entendu dans le salon, je voulais vous le dire plus tard, quand vous étiez moins tendues. J'aurais dû vous prévenir qu'Arcadia Bay n'est devenu qu'une petite plaine où avait été construite cette prison, j'aurais dû vous prévenir de l'exécution de Jefferson et de tout le reste...

-Ce n'est pas vraiment l'heure aux excuses Henry, dis-je d'une voix froide et monocorde, dis-moi juste ce que tu attends de moi et de Chloé.

-Je n'attends rien de spécial de Chloé, mis à part le soutien dont vous vous faites preuve l'une à l'autre, mais toi...je comptais tirer des informations de ce type. Tu vois, il refuse de parler de ce qu'il faisait et ton témoignage m'est précieux pour que tout ce qu'il a fait ne soit pas emporté dans la tombe avec lui.

-Et tu voulais que j'aille le voir et que je lui demande cash "Salut ! Alors c'est vrai que vous preniez des photos glauques de jeunes filles pour vous toucher le poireau la nuit ?" alors que cela risque d'empirer les choses ?

-Crois-moi, j'ai étudié le personnage. En aucun cas il ne voudra me dire tout en détail ce qu'il faisait, mais je savais au fond de moi qu'il avait voulu refaire une ultime fois son "art" sur une cible bien précise. Et après, tu m'as raconté tes voyages dans le temps, et ça a fait tilt. Jefferson ne voudra parler qu'à toi.

-Pourquoi ?

-Parce que, même si tu l'as vécu, il ne t'a jamais pris en photo pour son mémoire dans sa chambre du diable. Je ne t'oblige à rien, mais je me suis juste un peu trop lancé. Si tu ne veux pas, je ne t'en voudrais pas personnellement, j'aurais juste la rogne de ne pas avoir pu tout dévoiler.

-J'y réfléchirai.

Un léger sourire de la part de mon vieil ami, je me remis à ma contemplation du paysage.

-Arcadia Bay a beaucoup changé à mon avis, dis-je d'une voix presque mélancolique, n'est-ce pas ?

-Oui. Hormis le centre pénitentiaire, ils ont érigé un mémorial, reconstruits quelques habitations éloignées de la prison...mais la ville est désertée. Ils ont tenté de faire du neuf avec du vieux, mais la tornade couplée à la présence de la prison a renforcé la "malédiction" de la ville. Dors, essaye de ne pas y penser.

Quelques heures plus tard, vers la fin de l'après-midi, enfin nous arrivions à Arcadia Bay. Et Henry n'avait pas menti : la ville avait subi un sérieux lifting. Les décombres qui ternissaient le paysage avaient disparus au profit de successions de terrains vagues et de fondations abandonnées à la terre sèche et au bois dont la fragilité sautait aux yeux. Le large de la plage de sable auparavant fin était devenu qu'un tas d'algues et de déchets fades et puants s'agglutinant jusqu'au ponton d'accès enseveli. Les habitations, l'hôtel et les restaurants n'étaient pas plus que des fantômes, des cadavres de vie et des trous de mémoire, alors qu'un seul et unique bâtiment neuf imposait sa supériorité, pourtant caché par un amas de fils barbelés et de barrières surplombant la zone de l'ancienne Académie Blackwell.

La ville était encore un peu habitée par un groupuscule de familles à un seul enfant chacune, les quelques édifices debout mis à part le vieux phare et la prison étant une école et un rassemblement de maisons. Dès les premières heures nous avions trouvés une famille qui nous accueillait chaleureusement Chloé et moi, c'était un petit couple de septuagénaires adorables -bien qu'un peu fatigués- que nous surnommions Bernard et Bianca et qui avait été touché par notre histoire "un peu modifiée". Henry avait sa voiture pour lui, et ça valait toutes les maisons au monde !

La vie à Arcadia était assez dure selon Bernard et Bianca, pas mal triste. Dans le journal qui avait survécu, on lisait entre deux conseils de cuisine avec les restes un suivi bref et peu sûr des affaires se déroulants entre les quatre murs de la surnommée Blackwell Jail. Les enfants qui vivaient avec leurs parents sont surtout des personnes un peu paumées, qui se sont retrouvés dans cette zone par hasard et qui y restent car les impôts sont moins chers. Nous vécûmes en leur compagnie durant deux jours avant que le petit couple s'éteigne dans leur sommeil. Il fallait avouer...ça a bousculé à peu près toutes les personnes vivantes ici depuis plus de trois mois et leur entièrement fût programmé pour le lendemain matin.

Nous avions décidé d'y aller, déjà par respect et remerciement pour ces hôtes improbable malgré notre brève rencontre, et surtout pour aller voir le fameux mémorial dont nous avait parlé Henry, qui nous déposait alors en ce matin du 12 Mars aux portes du cimetière. Chloé et moi étions main dans la main, poing serré au maximum et prêtes à affronter l'inévitable. Henry resta à quelques mètres du portail, préférant ne pas s'introduire dans deux cérémonies.

L'enterrement du petit couple était à environ deux cents mètres derrière nous, et l'ambiance était horrible. Il n'y avait même pas pleurs ou de reniflements de tristesse, juste un silence cosmique. L'atmosphère était tellement lourde à porter, nos pas semblaient profaner un moment sacré, et nos pleurs inexistants signifiaient une grande gêne. Cet enterrement fut atroce à supporter, et ce fut lorsque j'aperçus du coin de l'œil un petit papillon bleu se poser sur la pierre blanche que je réalisai que cette place aurait pu (ou dû) être celle de Chloé.

Enfin nous étions en face du fameux mémorial : une grande obélisque blanche d'une cinquantaine de mètres de haut où sommeillaient à la base un immense parterre de fleurs de couleurs diverses poussant en bouquets et gravée d'une épitaphe simple mais lourd de sens :

POUR NOS MORTS, EMPORTÉS PAR LES ALÉAS DU TEMPS.

Le parterre était surmonté d'une large plaque de marbre, gravée de centaines de nom. Une plaque commémorative de mon génocide. Alors que je faisais glisser aveuglément mes doigts le long des gravures de personnes que je connaissais ou non lorsque mon ongle accrocha à un J. Mon regard se posa alors sur le nom d'une de mes grandes amies.

-Joyce...

Un nombre incalculable de mots noirs gravés dans la pierre blanche défilait alors devant mes yeux, des centaines de morts, des centaines de noms, des centaines de personnes réduits à l'état de souvenirs vagues. Les noms de Warren, de Nathan, de Victoria, de Dana, de toutes ces personnes qui me pesaient sur le cœur, qui ravivaient les flammes presque mortes de ma mémoire. Des corps non retrouvés, des souvenirs oubliés, des noms gravés : voilà ce qu'étaient devenus toutes ces personnes. C'étaient des amis ou des ennemis, des personnes qu'on aimait ou haïssait, des enfants et des adultes, des humains à l'existence et au souvenir aussi brefs qu'un suivi d'actualité. Les pleurs de l'enterrement du petit couple tintèrent à mes oreilles comme des mensonges, l'horrible promesse impossible de ne jamais oublier ces personnes parties de l'autre côté.

Les regrets sincères commençaient à attaquer mon cœur à coups de marteau, des larmes de regrets me brûlaient les yeux, le bras de Chloé était ma seule porte de sortie de cet enfer. Mon esprit et mes sentiments partaient trop, bien trop, rapidement en fumée : la peur de l'oubli, la honte de mes choix, mon amour pour Chloé, la fierté de nos presque trois ans. Puis la colère surgit quand mon doigt s'arrêta sur le nom de Kate. La colère de devoir vivre ce qu'elle avait subi, cette drôle d'évidence ou de paranoïa de porter la malédiction de ma victime, condamnée à la honte de se voir dévêtue sur Internet. Et l'explosion survint quand je lus le nom de Rachel au milieu de toutes ces personnes. Rachel...une vague de haine se profila en moi, une vague destructrice, une vague enflammée n'ayant pour seul but et ambition de détruire tout ce qui existait sur son passage.

Mais au lieu de cracher, hurler, pleurer, insulter, je choisissais de tourner les talons et de m'en aller. Chloé m'attrapa par les épaules, et lut dans mon regard ce que je voulais faire, elle était au courant de tout. Je lus au travers de son faux regard une vraie lueur de compassion et de colère. Elle ne dit rien, et se contenta de m'embrasser chastement. Personne ne nous voyait, tous concentrés sur leur futur trou de mémoire.

Nous nous séparâmes, et nous nous dîmes à ce soir en un regard. Je me ruais vers Henry et lui dit :

-Je suis prête.

Il me mit au jus de ce qui allait se passer suivant son plan, que j'écoutais d'une oreille un peu distraite. Fausse carte d'enquêtrice pour moi et carte de presse pour lui, et nous étions en route pour naviguer au travers de la fameuse orgie de barbelés que cachait Arcadia Bay. Pour être honnête, avec tout ce qui m'était tombée sur la tronche et tout ce que j'avais vu, ma mémoire avait préférée oublier à quoi ressemblait cette fichue morgue précoce. Imaginez Alacatraz en un peu moins grand et un peu plus délavé (oui c'est possible).

Nous voguions à bord de ce vaisseau de fer et de crime sous les directives de notre guide du jour et la terre, enfin arrivés dans ce que l'on appelait Couloir de la mort dans les légendes. Les prisonniers -masculins- qui me voyaient passer n'apercevaient pas Maxine Caulfield, ni même mon homologue Hélena Chase, mais juste une forme qu'ils voyaient barbare et rare, qu'on nommait...

-Eh, bonasse !

...femme. Enfin bref, enfin nous étions arrivés devant la cellule qui m'intéressait, une chaise posée face à la grille de fer, où un homme que je connaissais bien sommeillait. Henry interrompra son sommeil.

-Eh, mon salaud, j'ai quelqu'un pour toi.

Il se réveilla et me fixa longuement d'un regard à la fois las et curieux. Il s'approcha de son portail, et prit une sorte de tabouret qui était à proximité.

-Henry Smith, qui est donc cette jeune femme ? Quel est son importance dans votre enquête ?

Sans prévenir Henry, j'enlevai mes lentilles de contact et ma perruque sous le regard déconfit des deux hommes.

-Elle à toute son importance. Bonjour Monsieur Jefferson, ravi de nous revoir.

CHOIX IMPORTANT :

A : Parler directement des photos (blâme ect)

B : Parler un peu de lui (questions ect)

C : Cracher sa haine (tout est dit).