Placer ses pions

-Je veux votre résumé sur le cours d'aujourd'hui pour la semaine prochaine, déclara le professeur. Avec, les différents cas de figure qui peuvent se présenter à vous en pratique et les solutions possibles. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'en Médicomagie, il faut être prêt à tout. Je vous dis au prochain cours.

Dans le brouhaha, les élèves rangèrent leurs affaires et quittèrent la salle. Harry emboîta le pas tout en souriant. Il adorait ses cours. Il avait découvert la Médicomagie peu après le Tournoi des Trois Sorciers et il avait été totalement séduit. Il avait étudié en autodidacte la théorie avant de demander conseil à Mrs Pomfrey qui l'avait orienté vers les lectures utiles et l'avait aidé à s'exercer sur les sorts de soin les plus simples. L'organisation de ses études, cependant, avait posé problème. En effet, James s'était totalement détaché de tout ce qui concernait de près ou de loin Harry donc il n'avait rien voulu entendre pour financer de quelconques études. Sirius était donc intervenu et les avait financées. De toutes façons, Harry ne voulait rien avoir à faire avec James.

Le brun sortit de la salle et rentra chez lui, puisque c'était le dernier cours de la journée. Pour une fois qu'il finissait tôt, il allait en profiter. Il avait décidé de suivre les conseils de ses amis et de rencontrer les différentes entreprises de l'empire Potter et de se présenter comme héritier. Nul n'ignorait que James et Lily avaient eu deux enfants et que Harry était le premier né mais ce dernier était curieux de savoir comment James avait justifié le fait que ce soit Aurore qui soit à ses côtés et non celui qui allait hériter de tout.

Dans sa chambre, il choisit un costume Moldu sombre qu'il mit avant de fignoler sa tenue. Il laissa un mot pour ses colocataires et emprunta la cheminée internationale.

-Bonjour, Harry, sourit Théo qui l'attendait de l'autre côté. Pile à l'heure.

-Salut Théo, répondit Harry. Quelle heure est-il ?

-Pas loin de onze heures. On y va ?

Les deux amis quittèrent l'immeuble et entrèrent dans les rues de Chicago. Théo avait obtenu son poste durant l'été et devant son analyse très juste et sa plume droite, le journal avait tenté par tous les moyens de débaucher le jeune homme d'Angleterre. Voyant sa chance, ce dernier n'avait pas voulu la laisser passer et avait imposé quelques conditions. D'abord le secret de sa présence aux Etats-Unis et l'utilisation d'un pseudonyme. Puis le fait qu'il tenait à rester habiter en Europe malgré la menace Voldemort. Et enfin des horaires aménagés et sa présence dans l'Illinois que deux fois par semaine du fait du décalage horaire. Entre autres choses bien entendu.

-Tu as pu partir sans qu'on te pose trop de questions ? sourit Théo

-Personne n'était encore rentré, haussa des épaules Harry. De toute façon, j'ai laissé un mot.

-Vaut mieux. Vu comment ils piquent une crise quand ils ne savent pas où on est.

-Tu l'as dit.

Ils déjeunèrent dans un restaurant où Théo était un habitué avant que ce dernier ne le conduise devant un immeuble.

-Tu es sûr que tu veux le faire ? demanda Théo, inquiet

-Mieux vaut prévenir que guérir, trancha Harry.

-Tu as raison. Bonne chance. Je viens te chercher dès que tu m'appelles, n'oublie pas.

-Maman poule.

-Je ne tiens pas à me faire écorcher vif s'il t'arrivait quoi que ce soit. Très peu pour moi !

Sur un sourire, Harry entra dans l'immeuble. Il prit l'ascenseur et se dirigea vers l'accueil.

-Bonjour, fit Harry. Pourriez-vous dire au directeur que Mr HP est là ?

-Bien sûr. Veuillez patienter je vous prie.

Moins de dix minutes plus tard, le jeune homme était installé dans le bureau du directeur de l'entreprise.

-Je vous souhaite la bienvenue, monsieur Potter. Je suis Jonathan Cold, le directeur.

-Enchanté, sourit Harry. J'imagine que vous savez pourquoi je suis ici.

-J'en ai une petite idée. Vous êtes le fils de Lord James Potter ?

-Exactement.

-Pourtant il a présenté sa fille comme son héritière.

-Même si elle était née la première, Aurore n'aurait jamais pu hériter de l'empire Potter. Les lois des Potter sont assez claires là-dessus.

-Je comprends. Mais pourquoi n'êtes-vous pas venu avec eux ?

-N'étant pas en Angleterre, vous ne pouvez pas savoir. Disons que mon père et moi avons une relation plutôt houleuse.

-Vous parlez de cette tentative de vous renier totalement depuis que vous avez neuf ans ?

-Comment êtes-vous au courant ?

-J'ai des liens avec différentes familles Sang Pur d'Europe. Cette décision a fait grand bruit. En plus d'être totalement illogique.

-Je ne vous ferais pas part de mon avis de peur de vous influencer.

-Mon opinion est déjà faite, Mr Potter.

-Très bien. Si je suis ici, c'est pour me présenter en tant d'héritier Potter.

-Excellente idée. Si vous ne l'aviez pas fait, cela vous aurait porté préjudice quand vous auriez repris l'affaire familiale. Je vais vous poser quelques questions.

-Allez-y.

-Vous connaissez-vous en management ?

-Je codirige une petite entreprise avec deux amis à moi en Angleterre. Weasley et Weasley, Farces et Attrapes.

-Je vous demande pardon ? Vous êtes l'un des dirigeants de cette entreprise qui commence à être réputé à travers le monde ?

-J'en possède le tiers, pour être exact. Les jumeaux Weasley s'occupent de la confection et de la vente en magasin des produits, je fais en sorte que les produits soient les plus attirants et les moins dangereux possibles. Vous connaissez ?

-Et comment ? La réputation de cette entreprise dépasse les frontières ! Félicitations !

-Merci.

-Avez-vous une quelconque qualification donc ?

-Avec l'entreprise des Weasley, j'ai été éduqué dans les affaires à la fois par mon parrain Lord Sirius Black ainsi que par les Gobelins.

-Les Gobelins ?! Étrange.

-Pas tant que ça. En fait, ils ne supportent pas qu'on renie à un enfant son droit de vivre. Alors qu'un père veuille autant nuire à son enfant, il n'y a qu'un pas …

-C'est compréhensible. Concernant votre sœur …

-Je vous écoute.

-Elle ne semble guère écouter l'avis des personnes plus qualifiées qu'elle.

-C'est un fait. Elle en a toujours fait qu'à sa tête.

-Vos propos me semblent assez neutres.

-Vous ne voulez pas savoir ce que je pense de ma sœur. Vraiment pas.

-Sujet sensible. Pourtant c'est votre Survivante.

-Croyez-moi, je ne veux surtout pas en parler.

-Soit. Si vous deviez reprendre cette entreprise, que feriez-vous ?

-Tout d'abord, je me renseignerais sur l'activité. Ensuite, j'écouterais ce que les employés en bas de l'échelle me diront sur leurs conditions de travail et leurs propositions pour les améliorer.

-En bas de l'échelle ?

-Oui. Ils savent ce dont ils ont besoin donc c'est une bonne idée de voir ce qu'ils veulent.

-Je comprends. Continuez.

-J'irais ensuite voir les cadres pour effectuer le même travail.

-Je vois votre démarche. Mais vous n'allez pas voir quelles sont les personnes qui doivent être virées ?

-Je serais hypocrite de faire ça. Je débarquerais comme une fleur et je saurais d'emblée qui doit rester et qui doit partir ? Ça prouverait ou bien que je suis arrogant parce que je crois que je sais tout, ou bien que je suis très influençable. Je préfère me faire ma propre opinion avant de faire quoi que ce soit, merci bien.

-Excellente analyse.

La conversation roula sur d'autres cas de figure durant une petite heure. Le directeur fut convaincu que le jeune homme en face de lui ferait un meilleur supérieur que la gamine insupportable qu'il avait vu avec le propriétaire de l'entreprise.

Alors qu'ils allaient se quitter, Jonathan Cold prit la parole.

-Mr Potter. Je vais contacter mes collègues dès que possible.

-Pourquoi, si je n'ai pas indiscret ?

-Vous avez simplement plus la tête sur les épaules que votre sœur. Je vais donc demander à tous mes collègues qui travaillent pour Lord Potter de vous recevoir pour que vous puissiez vous faire une idée.

Harry faillit écarquiller les yeux. Lui qui se posait la question de savoir comment atteindre toutes les entreprises sorcières de son père, cela lui enlevait une épine du pied !

-Je vous remercie, fit Harry. Si cela pouvait ne pas remonter aux oreilles de mon père …

-Soyez sans crainte. Toutes les précautions seront prises.

-Je vous dis donc au revoir, Mr Cold.

-Au revoir, Mr Potter.

Les deux hommes se séparèrent.

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Dumbledore était assis dans son bureau, réfléchissant intensément.

La débâcle du Ministère ne servait pas ses intérêts. Si Augusta Longbottom n'était pas intervenue, il aurait pu, sous le couvert de cette loi, légitimer l'action de l'Ordre du Phénix en les présentant comme un club d'apprentissage à la Défense. Il savait que James et Aurore, après ce revers, allaient vouloir se venger et il n'allait rien faire pour les en empêcher. D'ailleurs, cela arrangerait ses affaires si la matrone était définitivement écartée de la politique. Et il était sûr de faire rapidement abonder en son sens le jeune Neville qui l'avait toujours respecté …

Cependant, il y avait autre chose qui le chiffonnait. Ce qu'Augusta avait déclaré n'était pas du tout faux. Aurore présentait des capacités médiocres tout au mieux et l'évènement dont elle avait fait référence le démontrait assez clairement. Durant toute sa scolarité, il s'était plusieurs fois posé la question. Et s'il s'était trompé de Survivant ? Mais à chaque fois, il se souvenait de l'aura de magie noire qui entourait la petite fille après qu'elle ait vaincu le mage noir et se rassurait qu'il avait le bon Survivant, malgré les bonnes capacités de son frère jumeau.

Harry Potter aussi était un problème. Outre ses capacités supérieures à la moyenne, il restait l'héritier des Potter, ce qui n'arrangeait pas vraiment ses affaires. Il avait été instruit par Sirius Black et ses alliés restaient des grands noms Sang Pur anglais tels que Malfoy, Nott, Zabini ou encore Longbottom. Tout en sachant que chaque nom apportait son lot d'alliés. Chose qu'aurait dû avoir Aurore en tant que Survivante. Malheureusement, cette dernière avait réussi à tous se les aliéner à cause de son comportement. Le directeur savait qu'il aurait dû dire au jeune père de ne pas laisser autant de liberté à sa fille mais ce qui était fait était fait. Il avait bien cru qu'elle avait réussi à s'approcher d'une alliée de choix, Hermione Granger, mais elles n'étaient pas aussi proches qu'il ne l'avait espéré, encore plus depuis qu'elles avaient entamé leurs études supérieures. Dumbledore avait bien tenté d'amadouer Harry mais ce dernier avait toujours été suspicieux vis-à-vis du directeur, de par sa proximité avec son père, ou plutôt son géniteur vu leurs relations plus que désastreuses. Il allait devoir retenter sa chance avec le jeune homme qui pourrait bien lui être utile dans la lutte contre Voldemort, d'autant plus qu'il amènerait pas mal de monde avec lui. Il savait que ça n'allait pas être facile mais il fallait qu'il tente le coup. Maintenant, il lui fallait un plan …