Alerte : suite à une longue réflexion, j'ai changé d'approche pour cette fanfiction, ce qui a également abouti à un changement de maison pour Viridis (j'ai eu une révélation concernant son caractère, son évolution, ses besoins... rhaaaa ses personnages qui n'en font qu'à leur tête alors que je voulais mettre en avant la maison Poufsouffle!) DONC, si vous êtes restés sur une Viridis-Poufsouffle, je vous encourage à relire le chapitre 5 où vous ferez la connaissance de sa nouvelle maison et d'un nouveau personnage important.

Encore désolée pour l'attente, et bonne lecture.


Chapitre 6 : Guerre d'influence

Je pensais sincèrement que le choixpeau m'avait envoyé à Serpentard uniquement à cause des penchants de notre famille. Vous saurez que ce n'était pas sa seule raison et que vous ne finirez donc sans doute pas vous-même à Serpentard obligatoirement.

Non, c'est en côtoyant Filehn que j'appris ce que j'avais de « Serpentard ».

Filehn O'Chriss appartenait à une famille influente, avait grandi en profitant de son influence et sans éprouver de réelles difficultés dans sa vie. Ce qu'elle voulait, elle l'avait, et elle passait le plus clair de son temps à Poudlard à s'entourer des personnes qui étaient à la hauteur de ses désirs. Cela, je le compris rapidement, de la même façon que j'avais très rapidement compris le mode de fonctionnement de Régine, ironiquement appelé la « princesse de Gryffondor ». Bien entendu, vu que son prénom venait de regina, reginae en latin, qui signifiait « reine », le titre de « reine de Gryffondor » aurait été plus approprié… mais cela lui aurait donné bien trop d'importance. Au moins « princesse » montrait qu'elle prétendait à une place de pouvoir qu'elle n'avait pas réellement.

Et Filehn était la première à vouloir le lui rappeler.

J'étais donc aux prises dans une gueguerre d'influence entre deux filles de deux maisons rivales depuis des siècles… à cela s'ajoutait le fait que Filehn avait appris que j'avais déjà remis à sa place la « princesse » et que ma place dans son « camp » était donc acquise.

Magnifique.

J'étais là pour travailler, moi.

Ce qui aurait pu me faire dire que j'aurais été mieux à Serdaigle, mais j'avais cependant cette aptitude improbable de voir clair dans le jeu des autres, dans les manipulations. Et ça, c'est typiquement Serpentard.

Enfin, de mon point de vue, il s'agissait surtout de faire preuve de maturité et savoir voir l'immaturité chez les autres, mais non, apparemment c'était un vrai trait de caractère prisé par la maison du serpent.

Ceci dit, je me rendis vite compte que dormir dans le même dortoir d'une des princesses de l'école, de devoir éviter d'entrer trop à fond dans leur jeu d'influence et savoir me dérober pour remplir mes seuls objectifs était un travail de composition de tous les instants… et que j'appris rapidement à perfectionner.

Ce qui est…. Foncièrement Serpentard, en fait.

Je passais donc pour être une parfaite fourbe alors que je souhaitais simplement faire mes affaires à part de cette gueguerre infantile.

Je m'arrangeais pour me lever plus tôt que Filehn, j'engloutissais mon petit-déjeuner et j'allais parfois à la volière pour rejoindre Njord, quand il y était du moins, car je donnais régulièrement des nouvelles à mon grand-père. La compagnie des animaux m'était nécessaire, pour lisser les frustrations éprouvées en évoluant au sein des humains, surtout au début. Pour une personne peu habituée comme moi aux déceptions et agressivités sociales, prendre du recul était même vitale.

Au moins, mon seul parent, tout Gryffondor qu'il était, m'avait félicité de mon entrée dans la maison de Serpentard. C'était rassurant. Quand Njord avait une course ou que je n'avais pas besoin de la simplicité du monde animal, je me rendais à la bibliothèque, dès son ouverture. Une stratégie payante car ce n'était clairement pas dans les habitudes des deux princesses qui devaient être occupées à se lancer des regards assassins au-dessus des tables de la grande salle. Il n'était pas bien difficile de me trouver une occupation car il m'était impossible d'assister aux cours d'Etude sur les moldus, en plus des deux autres options que j'avais choisis : runes et soins aux créatures magiques. Le professeur en charge de l'étude des Moldus me faisait cependant passer les cours que je devais rattraper sur mon temps libre, faute d'avoir trouvé une meilleure solution, apparemment. L'un des principaux avantages d'éviter Filehn à tout prix au point de me lever pratiquement avant tout le monde était donc de me permettre de rattraper mon retard tranquillement.

Je n'avais pas besoin d'être en classe pour savoir que j'étais sans doute la seule Serpentard à suivre ce cours. Quelque part, ne pas y être me permettait d'éviter d'évoluer dans l'école avec cette drôle d'étiquette de « Serpentard intéressée par les moldus autrement qu'en faisant preuve de mépris, ou de pitié. »

Très étrange, en soit.

C'est une des étiquettes qui me fut cependant attribuée par une de mes premières connaissances du Poudlard Express :

– Tiens tu étudies, ça ? Je ne m'y serais pas attendu, de la part d'une Serpentard.

Je relevais la tête et reconnut celle de Charlie qui tenait un gros livre à couverture de cuir écailleuse. Il souriait.

– Tu es peut-être surpris, mais ça n'a pas l'air d'être un reproche.

Il jeta un coup d'oeil à la bibliothécaire, que j'avais suffisamment côtoyée pour savoir qu'elle était TRÈS stricte sur le calme et le silence qui devait régner dans son domaine, puis il s'assit en face de moi, en lui tournant le dos.

– Non, ce n'est pas une reproche. Tu sais, les Weasley sont une vieille famille, et pourtant mon père adore tout ce qui approche de près ou de loin aux moldus, alors… je suis habitué à ce que certains stéréotypes ne soient pas respectés.

Je souris et ne put m'empêcher de lui répondre :

– Laisse-moi deviner… il n'était quand même pas à Serpentard ?

Il ricana aussi silencieusement que possible.

– Non, bien sûr, mais je ne te vois pas avec Filehn, en ce moment, et d'une manière générale, j'ai l'impression que tu la fuis, en particulier en cours de soins aux créatures magiques.

Je jetais à mon tour un regard autour de moi, mais nous étions très peu à être aussi studieux de si bon matin… il n'y avait que quelques cinquièmes et septièmes années particulièrement stressés par leurs examen finaux pour commencer à étudier aussi assidûment de bon matin.

– Disons que j'essaie, mais c'est pas simple. Enfin, c'est plus simple au cours des créatures magiques : elle ne s'y intéresse pas, contrairement à moi… mais être à la même table qu'elle en potions, c'est un vrai calvaire.

Filehn avait en effet très vite remarqué que je me débrouillais très bien en potion et avait la fâcheuse tendance à me demander mon aide. Enfin… je n'ai jamais eu de problèmes pour aider les autres en cas de besoin – très peu Serpentard à mon goût, mais très Gryffondor – mais à un moment je jugeais qu'il y avait des limites – ça c'est un peu plus Serpentard. Donc, aider, d'accord, mais me demander de couper ses racines en plus des miennes… c'était vraiment trop. Mais revenons-en au présent.

Je me souviens que cet échange avec Charlie avait lieu un mardi, car le cours de potion de ma troisième année qui avait lieu l'après-midi même, et cet après-midi-là est marqué au fer rouge dans ma mémoire. Pourquoi ? Très simple : ce mardi, spécifiquement, je sais que j'avais un examen pratique. Je sais aussi que je l'appréhendais parce qu'au dernier examen du même genre, j'avais tellement aidé Filehn, que la qualité de ma potion en avait pâti et que la princesse avait donc injustement eu une meilleure note que moi.

Que cela m'arrive une fois… ce serait anecdotique, mais je n'étais pas dupe. Je devenais de plus en plus cette petite Gryffondor portant les bagages de Régine… mais du côté Serpentard une petite servante de Filehn. Voilà ce qu'elle voulait dire le soir de mon arrivée quand elle jugeait que je ne serais pas décevante. N'étant pas de famille noble, elle ne jugeait pas que je puisse être mieux que cela.

Il n'en était pas question.

Je sentais déjà que je me trouvais au matin d'un jour décisif. J'avais cette adrénaline en moi… mais je voulais la couver tranquillement, me préparer tranquillement. Je relevais les yeux de mon devoir sur les moyens de transport de moldus pour regarder Charlie – j'avais choisis la bicyclette comme sujet d'étude, j'éprouvais déjà un vif intérêt pour cette machine et désirais en acquérir une.

– Et toi, tu étudies quoi de si bonne heure ?

Sans rien dire, il révéla la couverture que je supposai être en peau de dragon, au vu du titre : « Dragons, coutumes et habitats ».

Évidemment.

Je ne dis rien, il ne dit rien. Pas besoin, on savait tous les deux que c'était sa passion et il était inutile de se lancer dans un dialogue passionné sur ces magnifiques créatures si c'était pour finir expulsés de la bibliothèque. Nous eûmes un sourire entendu, puis on se contenta de travailler jusqu'à ce que vienne l'heure d'assister aux cours du matin en nous quittant sur un « bonne journée ».

Le matin, c'était métamorphose. Dans cette matière, j'étais cette élève exaspérante qui réussissait tout du premier coup sans le moindre effort et qui, en plus, avait l'audace de ne pas se vanter ce qui ne donnait aucune raison aux autres de me reprocher mon talent.

J'étais vraiment horrible.

D'un autre côté, je ne voyais pas trop de quoi me vanter : je n'avais aucun mérite. J'avais été littéralement conçue pour réussir en métamorphose, alors il était évident qu'il s'agissait de la matière – pourtant réputée une des plus difficiles – que je préférais.

L'avantage, c'était qu'une aide de ma part pour un travail de Filehn l'aurait grillée d'office : son niveau en métamorphose était exécrable et McGonagall n'aurait pas été dupe.

C'était ma bouffée d'air du matin.

Cela m'aida à couver ma petite envie de révolution.

Ensuite, ce fut le cours de sortilèges. Je ne me rappelle de rien en particulier qui se passa ce jour-là. J'étais une élève moyenne dans cette matière, mais persistante, donc je finissais toujours par y arriver.

Dès le moment où on ne me demandait pas de lancer un sort de feu.

Tout commença au déjeuner. Filehn O'Chriss me rejoignit en sortant du cours de sortilèges avec ce que j'appelais « les ancienns », ses trois ombres, ses trois suivants, ceux avant moi. C'était des triplés et les parents avaient cruellement manqué d'imagination pour les nommer ce qui avait manifestement empêché leurs fils et fille d'avoir une personnalité propre. Les deux garçons se nommaient Flynn et Fly, et la fille, Cry.

Et justement, je trouvais ça à pleurer.

Filehn les avaient choisi comme amis proches pour quatre raisons :

Un, Flynn et Cry étaient tous les deux plus baraqués que grands, oui même Cry qui était une fille, et servaient souvent de force dissuasive partout où ils allaient. Fly semblait avoir pris moins de place dans le ventre de leur mère et était de constitution… normale, mais pas pour sa famille.

Deux, Cry et Flynn avaient de fait été repérés pour entrer dans l'équipe de Quidditch en tant que batteurs et s'entourer de personnalités ayant une quelconque popularité dans quelque domaine que ce soit était une priorité pour Filehn. Je suppose que c'était aussi une raison qui la poussait à m'avoir auprès d'elle, j'étais la curiosité des troisièmes années, fraîchement arrivée, et une véritable génie en métamorphose.

Trois, ils étaient du genre à suivre le mouvement quand ils avaient en face d'eux une personne de la prestance de Filehn.

Quatre, même s'ils ne faisaient pas partie d'une vieille famille de sorciers, ils n'avaient pas eu un parent moldu dans leur arbre généalogique depuis cinq générations, et leurs parents occupaient des places de premier ordre au Ministère. Ce qui faisait cinq raison, en fait…

Voilà.

Tout ce charmant groupe me rejoignit donc et, comme souvent, je me sentis oppressée par l'obligation de devoir être considérée comme leur proche. Les deux autres filles du dortoir de troisième année de Serpentard étaient apparemment cousines et ne se lâchaient pas, sans jamais autoriser quiconque d'entrer dans leur cercle. Elles se contentaient de cultiver leur image auprès de tout le monde, pour ne froisser personne, tout en surveillant leurs arrières mutuellement. Elles faisaient en sorte d'avoir de bonnes notes, une bonne appréciation de la part de l'ensemble des professeurs et passaient le plus clair de leur temps à chuchoter quand elles étaient en dehors des cours.

En fait… je les suspectais d'être les principales personnes à l'origine des rumeurs dans l'école. C'est pourquoi je prenais mille précautions en leur présence car je n'oubliais pas que j'étais là un peu en terre « d'asile ».

Dehors, des criminels me cherchaient.

Je me retrouvais donc obligée de supporter la fameuse clique de Filehn, du moins pour l'instant.

– Alors, prête pour cet aprem' ?

Je mangeais une saucisse quand elle posa la question, de but en blanc, après avoir demandé à Flynn et Cry comment s'était passé leur entraînement de Quidditch. Fly, avait sorti son livre de potion et je le suspectai de bouder la conversation : depuis quelque temps il occupait un peu la place de la cinquième roue du carosse et ne semblait pas apprécier. Moins grand, moins baraqué que son frère et sa soeur, et certainement pas dans l'équipe de Serpentard, il n'avait plus grand-chose d'intéressant pour Filehn. Pour elle, d'ailleurs, à moins d'un miracle, il n'y avait plus rien à tirer de lui.

Je me contentais de hausser les épaules, j'avais la bouche pleine.

– Ça veut dire quoi, ça ?

J'étais en train de manger, là ! Et les bonnes manières ? Je déglutis donc leeentement, je me rappelle bien de ce petit instant de composition, je pesais chaque geste avant de les faire, chaque mot avant des les prononcer, tout devait être parfait.

– Je n'ai pas révisé.

– Quoi ? C'est la solution de ratatinage, pas une partie d'échec !

Je haussai de nouveau les épaules.

– J'avais du retard en sortilèges.

Ce qui était vrai, j'avais été la seule à devoir pratiquer le dernier sortilège vu en classe pour la fois suivante parce que je ne le maîtrisais pas assez. J'avais été particulièrement satisfaite de pouvoir montrer au professeur Flitwick le matin-même que je réussissais parfaitement mon sort. Je continuai :

– Tu n'es pas obligée de me demander de l'aide. Tu faisais bien sans moi avant.

Je trouvais cela très clair, comme approche, peut-être même trop. Elle leva pourtant les yeux au ciel comme si je disais là une évidence, mais une évidence stupide :

– Évidemment, mais il y a des priorités ! Cet après-midi, c'est un e-xa-men ! Tu aurais dû te préparer.

Le pire, c'est qu'elle voulait faire croire que c'était de ma faute. Sérieusement. Elle disait souvent des cruautés sans la moindre méchanceté. Pour elle, c'était juste comme ça que cela devait être. Elle était méprisante pour les né-moldus, enfin les sang-de-bourbe comme elle disait, et le fait que je ne les appelle pas ainsi la rendait juste condescendante avec moi pour les trois prochaines heures.

De la même façon, elle donnait l'impression de s'inquiéter de la réussite de MON examen avant le sien en apprenant que je n'avais pas révisé… et elle faisait preuve d'une telle mesquinerie en étant tout bonnement… naturelle.

Pourtant, à la table des potions, elle poussa ses racines vers moi dès qu'elle en eut l'occasion.

Cela faisait bien un bon mois que l'année avait commencé et j'avais eu le temps de remarquer que les dires des Gryffondors dans le Poudlard Express concernant le professeur Rogue n'étaient pas complètement infondés. Il était certain qu'il avantageait ses élèves. Je faisais donc partie des privilégiés mais j'étais à peu près sûre qu'il n'apprécierait pas pour autant qu'une Serpentard fasse un scandale au milieu de son cours avec une autre Serpentard.

Ma première approche fut d'ignorer les racines de Filehn qui se contenta d'attendre que je finisse de couper les miennes, quand ce fut le cas, elle fit mine de les prendre…

– Attention Filehn, tu vas te brûler ! sortis-je aussitôt sous le coup d'une inspiration subite.

Rogue se retourna, vit la main de l'Irlandaise tendue au-dessus de mon chaudron et haussa un sourcil :

– Miss O'Chriss, je crois que vous feriez bien d'écouter votre camarade, comme vous devriez commencer à vous inquiéter de vos racines toujours intactes et… bien loin de votre chaudron. Je vous rappelle que nous sommes en examen et que vous devez vous débrouiller seule.

Le regard noir qu'elle me lança fut édifiant et je le classe dans l'un de mes meilleurs souvenirs. Il ne faisait aucun doute que Rogue avait parfaitement compris ce qu'il se passait. Impossible de tricher, donc : il avait vu qu'elle était en retard, et il était impensable que, lorsqu'il repasserait, elle puisse prétendre avoir trois étapes d'avance sur moi. Elle devait donc commencer à rattraper seule son travail.

– Tu me le revaudras, siffla-t-elle.

– Je ne vois pas de quoi tu parles, tu allais avoir la main au milieu des effluves. Tu sembles ignorer que c'est aussi dangereux pour certaines potions que de plonger directement la main dans le feu, murmurais-je d'un ton plein de bienveillance.

Aucune de nous n'était dupe. La manière avec laquelle elle passa le reste de l'heure à plisser le nez en disait long. Néanmoins, je pus enfin passer un cours de potion normal. À un moment, quand je relevais la tête, je vis Charlie lever le pouce vers moi, dans le dos du professeur Rogue, suivi par plusieurs autres garçons à sa table.

Je trouvais ça étrange d'être approuvée par des Gryffondors, même s'ils n'appréciaient généralement pas Filehn, parce que j'avais agi en parfaite Serpentard.

C'est peut-être là que j'eus pour la première fois cette impression d'apprendre à me connaître moi-même, avant les autres : je me considérais comme quelqu'un de droite. Mon grand-père m'avait transmis des valeurs sociales empreinte de justice, ma mère celles du travail, et pourtant, je me retrouvais à Serpentard et à Serpentard, je découvrais que je pouvais être aussi fourbe qu'eux, quand je le désirais.

C'était un profond bouleversement… mais je le remis à plus tard, car je voulais maintenant écraser Filehn en reprenant la note qui me revenait de droit.

On aurait pu coopérer, ou au moins trouver un terrain d'entente, mais elle avait préféré me marcher dessus. Elle en subissait maintenant les conséquences.

Quand je rendis le flacon contenant mon échantillon, je vis que la potion de Filehn, n'était pas achevée alors qu'elle l'avait rendue en première, accompagnée des triplés. Je savais que cela ne pouvait signifier qu'une chose : ils prenaient le temps de me préparer quelque chose, à l'extérieur du cachot, peut-être même dans notre dortoir.

Joie.

– Miss McTerrwick, pourrais-je vous demander une faveur pour notre prochain cours ?

Les yeux noirs de Rogue transpercèrent les miens et je sentit aussitôt mon cœur s'affoler en pensant au reproche qu'il allait me faire. Il n'en fut rien, il me proposa d'interchanger nos places avec Régine qui, en entendant également son nom, se figea au moment où elle rendait son flacon…

– M-Mais… professeur…

– Ne m'interrompez pas !

Elle se ratatina.

– Donc, bien qu'elle l'ait momentanément oublié, Miss O'Chriss est un bon élément en potion, je pense qu'être avec Miss Bellees la… motivera.

Bon… en terme de manipulation, le professeur Rogue était clairement au-dessus. Régine était devenue rouge, à mes côtés, mais ne dit rien, sous peine de voir des points de maison lui être retirés.

– En ce qui vous concerne, Miss McTerrwick…

Il jeta un regard très significatif sur les flacons des Gryffondors dont aucune n'avait la bonne couleur ou la bonne consistance. Une tendance que l'on pouvait facilement mettre sur le fait que le maître des potions les arrosaient de remarques acerbes sans leur fournir une aide concluante. Je me souviens même que l'une d'elle devenait progressivement gazeuse.

– Je crois que la maison du lion aurait besoin d'un coup de patte… d'une Serpentard. Vous comprenez ?

– Oui professeur.

– Très bien. Vous pouvez disposer toutes les deux.

Régine était furieuse et sortit en balançant son sac sur son épaule, je la suivais. Une fois dehors et en compagnie de ses groupies, elle se retourna en se plantant devant moi :

– Bravo, t'es dans le collimateur de Filehn ET dans le mien. Tu viens de signer pour ton pire cauchemar.

Vous pensez peut-être que ça m'a affectée ? Peut-être que oui. Vous êtes peut-être en train de lire en étant assis bien au chaud, une boisson pas loin de la main et peut-être que mon histoire vous semble au final très prenante, mais très éloignée de vous.

Ce n'était pas mon cas.

J'avais une blessure encore bien fraîche qui me rappelait que ses menaces n'étaient que les paroles d'une étudiante, enfermée dans son rôle d'étudiante, dans son monde d'étudiants. Elle n'avait aucune idée de ce qu'étaient les cauchemars. Alors, elles allaient peut-être m'en faire voir de toutes les couleurs, mais on m'avait préparée à affronter un endroit secret et lourd de magie occulte, un endroit enfermant bien des murmures plus terribles que les paroles qu'elle venait de me cracher dessus avec véhémence.

Enfin, ses menaces n'étaient rien face à la réalité de ma situation : ma mère morte et ses criminels à ma recherche.

Je me retrouvai déconnectée.

Je l'ignorai. Elle prit cela pour de la faiblesse ou bien elle fut désappointée par mon manque de réaction, en tout cas, je n'étais clairement pas prête à recevoir un sortilège de jambencoton.